Le déchétarisme « intellectuel »

Gaëtan Pelletier

Les poubelles débordent de denrées comestibles. Si certaines ont dépassé, parfois d’un jour ou deux, la date de péremption et que d’autres ont à peine été touchées, beaucoup sont en fait directement passées du frigo aux ordures. Au-delà de cette disponibilité, les contingences économiques accentuent encore la convoitise de ces récupérateurs. Se nourrir revient d’autant moins cher quand les cordons de la bourse ne sont pas déliés. Un lieu commun qui, dans la réalité, pousse de nombreuses personnes à sauter le pas et à soulever le couvercle des bennes à ordures. Lien

 

Oui, on peut faire les poubelles par « idéalisme ». Pour dire qu’on jette trop. Un « déchétarisme »idéologique, de principe. Il faut avoir bien des principes pour faire les poubelles. Mais il en est pour qui c’est une manière de s’alimenter. Il y aurait environ 25,000 sans abris à Montréal. Chaque ville a maintenant ses mendiants, ses récupérateurs, non pas par idéologie, mais parce qu’ils ont faim.

Ma fille, il y a quelques années, travaillait dans une chaîne de resto fast-food bien connue. Elle allait l’ouvrir à 5hres du matin. Un jour, elle surprit un type en train de fouiller dans les poubelles. Étant donné que la chaîne avait pour « principe » de jeter au lieu de donner, elle lui offrit en catimini de lui donner de la nourriture directement, sans passer par la poubelle. Tant et si bien que je crois qu’il s’est établi une relation singulière avec ce pouilleux mendiant qui parlait peu. Elle commença à lui fabriquer un petit menu en faisant l’inventaire de ce qu’elle devait jeter.

Pendant ce temps, étudiante, elle aida un autiste. Qui devint un ami. Mais les autistes sont des amis lourds à supporter. Ça a duré des années…

Tout ça pour dire que certains sont des éponges qui étanchent la misère des autres, sans qu’on en sache la raison.

« Faire le bien ».

La formule est délicate et mère Térèsienne. Les sociétés occidentales font pousser les citoyens dans une terre d’ambition et de faux savoirs. Tout le monde sait que le mal est plus aisé que la bonté. Un psy y trouverait sans doute une « raison » d’ainsi se flageller sans rien en retirer.

On ne retire rien de la « bonté ». Dans un monde à « tendance » athéiste, ou la granule de la chair s’en ira après la mort dans la terre, la bonté n’a plus aucun sens. Il y a longtemps que le confort d’ici a remplacé la « récompense » dans un autre monde. Surtout s’il n’existe pas.

C’est la naissance de l’Homme-Cyborg, ce mélange de chair et de mécanique. Il est né avec le pouvoir et les réalisations de la technologie. De sorte qu’on a cru que nous étions une machine. En fait, nous le sommes devenus de par nos institutions qui engagent des génies sans trop d’âmes. Mais ils ont réussi. Magiciens à chapeaux…

Nous sommes définis par un ensemble de composants dont certains s’expliquent et d’autre pas. Mais ce qui s’explique a pris plus d’importance que ce qui ne s’explique pas encore. C’est là tout le drame : la gageure du présent par inconscience personnelle devenue inconscience collective. Dieu vient de se faire damer le pion par un Ipod ou un MacIntosh.

Vive Steve Jobs!

Il est mort, mais il va ressusciter à travers une machine.

C’Est la culture de la réussite technologique et non de la réussite de soi. Du moins de ce qu’il pourrait y avoir d’autre à l’intérieur de ce moi qu’un robot de sang et de chair.

La philosophie de vie est ramenée à 500 millions de spermatozoïdes qui ont pour mission d’ovuler. On voit ça sur un plan « technique ». Ouah!

C’est banal. La télé HD à 1080p c’est bien plus impressionnant. Les avions invisibles également. Sauf que ce sapré homo sapiens vient d’oublier que ce sont ces 500 millions de spermatozoïdes qui, en fin de compte, on créé la télé HD.

Nous avons le « disque » dur… un peu amnésié.

L’hiver approche

Il y a à peine 100 ans on craignait l’hiver. Il fallait amasser suffisamment de nourriture pour survivre à ce coup de froid qui dure des mois ici, au Canada. Une fois cette peur et danger réglés, nous voilà rendus à des banquiers qui thésaurisent du virtuel : l’argent.

Que quelqu’un m’explique comment et pourquoi nous avons évolué dans une direction aussi chimérique? En quoi sommes nous devenus « intelligents »?

C’est ça le problème! Le même que la pauvreté des déchétariens obligés.

La nourriture : l’Homme burger

De petits mensonges en petits mensonges. De gros mensonges par ceux qui ont le pouvoir de bâtir des « Histoires » trafiquées, par des moyens  – dont ces crapauds bouffis, et ce dans tous les domaines, de complots, de zigzags, de barbouillis, bref, d’une culture qui ressemble que trop à un burger plastifié, chargé de sel et de sucre, comme nous aimons et chérissons notre orgueil, notre « intelligence » sans bonté, mais clinquante, notre égoïsme par lequel nous nous léchons comme les animaux lèchent leur poil, etc.

Cent ans?

Des siècles et des siècles à se nourrir dans les poubelles de ceux qui nous lancent leurs restants de table. Oui, la nourriture est « chimifiée », remplie d’agents de conservations tout aussi douteux les uns comme les autres.

Nous, nous avons des agents de conversations : tout aussi douteux.

Des fabricants de discours.

Des déviateurs de faits historiques.

Des fomenteurs de complots.

Des voleurs de pays.

Des monteurs de lignes.

Des sniffeurs de lignes.

Des kapos sous antidépresseurs.

Des téléphones «  appuyez sur le deux ».

Les compteurs électriques sont « intelligents »

Les machines sont toutes intelligentes. Tu peux pleurer, Rosie, tes émotions ne sont pas intelligentes.

C’est la réussite totale : on nous a rendus secs comme du blé fauché et nous voilà dans le grand hiver de l’humanité. Un steak entre  deux pains : le cerveau et l’âme. Les sociétés étant devenues des restos en chaîne.

Des dictateurs  « preachers » , grands saints de la foi en cette démocratie maquillée.

Le monde est à l’envers : ce sont les banques qui braquent leurs armes sur les clients.

C’est à ça qu’on est nourris : de fritures, de gras, d’agents (secrets), de givrés malins.

Des technocrates et des comptables.

On est devenus « burger » pas à peu près : on dirait une vache morte qui a été dépecée par des fausses religions, de faux « représentants du peuple », et une éducation en train de tourner à la fabrication en chaîne de Ford-T.

Nous voilà enfin devenus à la mesure de ce qu’on voulait faire de nous : des créatures en éprouvettes.

Quand l’eau est chargée de bactérie, on la fait bouillir.

Il va falloir chauffer un peu nos sociétés, nos « idées », nos idéalismes pour en arriver à un monde meilleur.

Ce  barbarisme cryptique  a fini par nous faire croire que la démolition par le scalpel était moins douloureuse qu’un coup d’épée.

Comme disait Miller : un cauchemar climatisé…

On est refroidis avant d’être coupés…

C’est pas beau?

Gaëtan Pelletier

2011

Une réponse à “Le déchétarisme « intellectuel »

  1. Mais on retire beaucoup de choses de la « bonté », un bien-être, un sourire, une amitié, …et puis, est-il besoin de « retirer » quoi que ce soit pour « faire » ?

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