Archives mensuelles : décembre 2016

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Il est minuit, bonne année!

Funny Pictures.  L'édition de ce soir (50 photos)

Le père Noël qui puait de la bouche

Père Noël

( Un « classique » de 2008🙂 )

Il neigeait à manger debout.

La ville était blanche. Pour une fois…

Roger, le mendiant barbu qui portait toujours tout ce qu’il avait dans un grand sac vert sur le dos, arpentait les rues. De son souffle court émanait une vapeur qui s’élevait vers le ciel.

On entendait des chansons des haut-parleurs de chaque vitrine. Les rues étaient bondées.

And so this is Christmas

And what have you done?

Another year over

A new one just begun

Une larme coulissait de sa joue. Il avait froid. Et sous sa tuque verte, élimée, en laine effilochée, sourdaient des cheveux blancs.

Montréal.

Il faisait un froid à ne pas mettre un chien dehors. Pourtant…

Alors il marchait, marchait, pour éviter que le froid le tue.

Il tomba pour la première fois.

Il se releva, reprit son souffle et repartit.

Quand il tomba la seconde fois, il resta un moment immobilisé. Il eut une légère perte de conscience. Et lorsqu’il rouvrit les yeux, il vit devant lui un portefeuille. Mais un portefeuille singulier. Il contenait beaucoup d’argent et de nombreuses cartes de crédit.

Il le prit, l’enfouit dans sa poche puis reprit sa route. Il rentra dans un restaurant. Un petit resto avec des bancs au rebord nickelé qui devaient dater des années 50. Il commanda trois cafés et un … déjeuner.

– Vous avez une belle barbe blanche, fit remarquer la serveuse.

Il sourit.

– Je suis le père Noël.

– Je n’en doute pas.

– Si je vous donnais un bon pourboire, pourriez-vous me trouver un flacon de whisky?

Elle sourit.

– Je vais faire un effort.

Il lui donna une vieille bouteille d’eau qu’il traînait toujours.

Elle se dirigea vers l’arrière, prit un grand flacon et remplit la bouteille.

Quand elle revint, il avait terminé son repas.

Il était presque deux heures.

Il sortit, héla un taxi, et demanda au conducteur de le conduire à l’adresse indiquée sur un carte trouvée dans le portefeuille.

*

Ding Dong!

Il n’avait pas vu un tel château depuis longtemps. Un château lumineux et bruyant. . Il y avait une file de voitures de luxe à l’entrée. Toutes de couleur acier ou argent.

Il sortit la bouteille et prit une lampée.

La porte s’ouvrit.

Apparut  un  garçon, cheveux courts, cravaté.

–  Êtes-vous le père Noël?

– Non.

La mère, juste derrière le garçon, prit ce dernier et le tira  derrière elle.

–  Vous êtes un mendiant? Ce n’est pas l’heure.

Il puait et elle ressentit un certain dédain.

– J’ai trouvé ceci dans la rue…

Il tendit le portefeuille.

Elle écarquilla les yeux.

–  Georges, quelqu’un a retrouvé ton portefeuille.

L’homme arriva aussitôt, souriant, mais il perdit son sourire en voyant le mendiant.

–  Bonne nouvelle!

Il regarda sa femme. Ils se demandaient comment ils allaient s’en débarrasser. Car il pouvait tout leur demander…

En arrière plan, une grande fête. Et des tables de nourriture, des vins, des bières… Et des gens bien vêtus…

–  Nous ne ….savons…

–  … comment vous remercier…, continua la dame.

Il haussa les épaules.

–  Ce n’est rien…

Il hésita.

– Sauf que j’ai pris un café et ai mangé un peu… En plus, le taxi…

Ils s’esclaffèrent. Soulagés…

–  Je veux voir le père Noël, demanda le garçon.

–  Qu’est-ce que tu as eu pour Noël mon garçon?

–  Je ne sais pas encore… Mais je crois que c’est un ordinateur et plein de jeux. Je voudrais voir votre sac… Est-ce que vous avez quelque chose pour moi?

–  On ne sait jamais…

L’homme et la femme cessèrent de sourire. Ils devinaient  ce que transportait l’homme.

–  Le monsieur doit repartir…

–  Oui, renchérit le propriétaire.

–  Mais pourquoi?

Ils ne surent que répondre.

–  On va fouiller le sac et si j’ai quelque chose que tu désires je te le donnerai. Je ne voudrais pas vous importuner plus longtemps…

–  D’accord.

Il répandit le sac sur le plancher et il apparut une navette spatiale qu’il avait lui-même sculptée.

–  Qu’est-ce que c’est ? demanda le garçon.

–  Un peu ma vie…

…..

–  …une sorte d’oiseau en bois qui représente la liberté.

–  Elle  peut voler?

–  Tout peut voler, il suffit d’y ajouter les ailes de l’esprit… Tu comprendras plus tard…

–  Quand je serai grand?

– Ça dépend… Pour être grand il faut toujours savoir rester un peu petit…

–  Pourquoi es-tu si sale?

– J’ai passé par toutes les cheminées du monde… On s’y brûle, on se salit, et… ce n’est pas le plus beau métier du monde…

–  Mais il n’y a qu’un père Noël?…

Il prit une lampée, pendant que les parents s’étaient éloignés.

– Oui… Exact… Il n’y en n’a qu’un… Celui que l’on voit… Et ce n’est pas ce qui nous est donné qui importe… C’est comme si le cadeau te cherchait et te trouvait…

Les yeux du garçon s’illuminèrent.

–  Je crois que vous êtes vraiment le père Noël.

–  On ne sait jamais… Car on ne donne que ce qu’on l’on a de plus précieux. Tu pourrais prendre tout ce qu’il y a dans ce sac… Mais ce que tu désires est ce que je désire aussi. Mais je suis vieux et malade… C’est un peu comme passer le flambeau…

– Vous pensez que je ferais un bon père Noël?

–  Je crois que oui… Voilà la navette … C’est ce que j’ai de plus cher au monde… Il vole seulement si on la  fait voler avec ce que l’on a d’enfant en soi. Les autres sont collés sur Terre…

–  C’est assez, Jérémie. Laisse le monsieur tranquille, il doit…

– Oui, je sais, il a un autre monde à visiter…

–  Oui.

– Vous voulez combien pour nous avoir ramené le portefeuille?

–  Rien. C’est votre cadeau… Votre fils est un garçon qui vient de me donner ce que je cherchais : croire. Croire qu’en chaque enfant il y a un… sauveur… Et il vivra si personne ne tue en lui la magie avec laquelle tout le monde est né…

…..

– Alors, je m’en vais… Bonne soirée à tous…

*

Il faisait froid, si froid… Il ouvrit une portière, deux portières… Du moins il essaya. Il trouva enfin son logis : une Mercédez. Il s’étendit sur le siège arrière.  À travers la vitre givrée il entrevit la silhouette du garçon dans une fenêtre du château.

Il prit une lampée et s’endormit.

*

Vers cinq heures on trouva l’homme mort dans la voiture. Tout le monde étant un peu soûls on décida de traîner le cadavre jusqu’à cette borne fontaine  au coin de la rue. On ne voulait pas avoir d’ennuis avec les policiers. Trop long…Trop embêtant…

*

Pendant la nuit, le garçon rêva que la navette volait dans l’espace immense toute picotée d’étoiles. Et son rêve était si merveilleux qu’il le raconta à ses parents le lendemain.

*

Je me demande encore si le père Noël existe, dit le garçon…

L’homme et la femme se regardèrent. Ils ne surent que répondre. Mais ils pensèrent tous deux qu’il ne servait à rien. Ce n’était qu’une illusion.

Mais pendant qu’il mangeait, le jeune homme volait au-dessus de la ville, la navette posée  sur la table, souriant, se disant qu’un jour il serait le père Noël.

Gaëtan Pelletier

21 décembre 2000

Clarté d’hiver

noel

Merci à Claude pour l’envoi

Joyeuses fêtes sous le régime du néolibéralisme

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« Vous êtes libres de marcher sous le libre-marché »

GP

La mariée était vraiment trop belle

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Je me suis marié le 18 février 2047. C’est par hasard que j’ai rencontrée Anna, dans une bibliothèque de livres de papier. Dehors, il pleuvait des cordes. C’était en fin d’après-midi et le vent de la mer, un faux en provenance d’un programme du gouvernement sous le règne du petit-fils de DT ( Donald Trump), que d’insérer dans des lieux publics une invention toute récente: des odeurs rappelant celle qui existaient dans les années 2020. Le propriétaire de la bibliothèque était un chinois qui habitait un petit village dans le nord du Québec: Chinoville.

En ce temps -là tout était connecté. Le simple effleurement d’un livre pouvait activer une chanson, un autre livre, des dizaines de films. Tout tournoyait. Mais ce n’étaient  que des pubs.

Je cherchais un vieux dictionnaire de Paul Rouaix: Le dictionnaire des idées suggéré par les mots. Quand j’ai glissé ma main sur le dictionnaire, une autre est apparue: celle d’Anna. Alors, dans la pièce une vieille chanson des Beatles a été déclenchée: Anna. J’adorais cette chanson. La veille, je l’avais fait jouer une dizaine de fois sur le SI ( SuperInternet) version tridimensionnelle. Au moment où mon regard croisa le sien, des fleurs virtuelles, comme des oiseaux translucides volèrent  à travers la pièce pour aller rejoindre les mains d’Anna qui s’ouvrirent pour accueillir le bouquet par un sourire triste. Dès lors, mes palpitations cardiaques changèrent de rythme.  « L’amour, je dis-je! Enfin l’amour! « 

Nous sortîmes de la bibliothèque et prirent un taxi volant. Le ciel était zébré de ces taxis qu’il suffisait de héler par un simple bouton jaune. Mais chaque taxi avait une couleur différente et changeante.  J’ai appuyé sur le bouton qui déclina mon identité et mon adresse.

***
Anna adorait les chansons des années 50 et 60 de l’autre siècle. Il semblait que nous étions fait l’un pour l’autre. Nous nous sommes mariés le lendemain et avons fait un voyage au pôle Nord où vivaient les riches de ce monde. Le reste de la planète était pratiquement invivable. Nous nous sommes promenées sous de fausses banquises, admirant des répliques d’ours polaires. Puis nous sommes repartis le lendemain vers l’Afrique avec des combinaisons anti-chaleur pour chasser des lions virtuels. Ce matin-là, il y eut toutefois un incident: l’un des lion fut si mal programmé qu’il bouffa une touriste américaine. La fille de Bill Clinton ne survécut pas.  Anna pleura pendant une quinzaine de minutes devant les « restes » de la femme en charpie, le corps disloqué. Le travailleur-robot fut condamné et détruit par un juge robot.

Notre lune de miel ne s’arrêta pas là. Nous faisions l’amour 3 ou 4 fois par jour. Anna était inassouvissable. J’ai dû avoir recours aux injections du Dr Perfo qui s’avérèrent très utiles. Un jour, elle téléchargea un programme de partouze en 3D. La pièce fut – après avoir déboursé près de 10,000 $ chinois- emplie de danseurs et danseuses à moitié nus.  Ce fut la soirée la plus excitante de notre notre union qui ne cessait de grandir. J’étais excité. Et Anna faisait le café, le ménage, et – de temps en temps – elle pouvait me jouer une des ces émissions des années 1962 avec tous les personnages.  J’étais ravis. C’était exactement de ce monde que m’avait décrit mon père dans les petits écrits auxquels il se livrait le soir.  La soirée fut toutefois stoppée par une quinzaine de policiers-robots qui pénétrèrent dans l’appartement du voisin. Il fut accusé de participation à un réseau de climatophiles ayant mis la main sur des vidéos représentant la Chine du 20 ième siècle. On l’exécuta en deux minutes, puis ont le fit brûler et réduit en cendres. L’opération n’avait duré que quelques minutes. Les cendres furent aspirées et conduites au cimetière planétaire situé près de Las Vegas.

***

Anna avait le don de trouver des substances qui rendaient heureux. Elle me disait qu’elle avait travaillé dans un laboratoire qui fabriquait ces substances.  Nous en faisions usage… Et grandement.

Un jour, je me suis levé et j’ai écarté les faux rideaux qui donnaient sur un monde montagneux, remplis de rivières, et dont les bruits se répandaient dans la pièce. Je cherchai Anna. Elle n’était plus là.

J’ai fait une plainte au poste de police et il m’a été envoyé un message concernant Anna.

Monsieur, 

Le virus Anna a été créé par un clan de résistants situés on ne sait où pour l’instant. Le virus a une durée de vie de 28 jours. Il est présenté sous la forme d’une jolie dame sensible ou d’un mâle fort ressemblant. Ce virus avait d’abord été créé par une compagnie publicitaire. Mais il a été rapidement pris en charge par une entreprise en lutte contre notre système.  Ouvrez votre ordinateur à l’adresse indiquée pour localiser le virus. 

Abala 345?$9k 

C’est ce que je fis. J’en vis 323 modèles tous en opération sur la planète. Au moment où j’allais fermer mon appareil, je n’ai pu payer pour la transaction. Un point rouge s’alluma à la porte de mon appartement. Mon compte bancaire était vide. Une armée de policiers étaient en route vers mon appartement… On m’avait ciblé. J’avais pour nom Anna…. Et je vis mon corps se transformer à grande vitesse. Si vite que j’ai eu à peine  le temps de me regarder dans le miroir. Vraiment, la dernière injection qu’elle m’avait offerte était pour le sexe, mais bien plus…

On défonça la porte…

Gaëtan Pelletier

Décembre 2016

 

 

À la recherche d’une bougie

 

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«Car serait-il possible que nous ayons jeté, pillé, brûlé cette bibliothèque plus grande que mille fois celle d’Alexandrie, que nous ayons renié tous les poèmes de cette poésie, que nous ne soyons plus capables d’avoir la force d’un arbre, d’avoir sa dureté, en même temps que sa sagesse et son humilité? Serait-il possible que nous soyons venus à bout de notre propre magie?» Serge Bouchard

***

Nous allons nous éteindre parce que nous manquons de bougies en pleine foudre électrique.

On ne sait plus à quel saint se vouer, ni à quel salaud, ni à un quelconque rêveur, un peu ignare. On a perdu la trace des êtres. On s’est fait flouer par les avoirs. Alors les gens rêvent. À un Jésus économique ou chef de pays.

On a atteint le fond du pari. Et celui des partis…  Faites vos œufs! On peut banqueter ( de banquet et non de banque)  à cerveau-que-veux-tu en avalant tout l’arsenal électronique qui nous font sortir l’œil de l’orbite et la raison de nos êtres. Et alors? Que nous reste-t-il de cette chère simplicité? Avalée dans le broyeur de la complexité.

Ce qui a été détruit par la marchandisation doit se guérir par la marchandisation. À l’avenir, les hommes politiques couleront un à un sous la hache. Amour, loyauté et, surtout, l’honnêteté ne font plus partie de cette vie. On écrit le monde avec du venin de serpent. Et on s’en contente. Parce que ce qu’il reste de la beauté du monde, de sa saveur, on l’arrache et on le vend. Même çà coups de tueries.

Dans cet immense noirceur, les bougies  sont recherchées. On veut une lueur dans un monde de massacres et d’austérité inventée. Quand on en trouve une, il y a le grand souffle des marchands possesseurs savent l’éteindre ou l’étouffer en l’étranglant.

À travers tout ça, on pourra faire le constat que ce n’est pas la bombe atomique qui aura saboté une petite planète aux grands êtres, mais un tit, tout petit comptable associé à un avocat.

Voter pour un politicien c’est comme voter pour un campeur: il vit quelques années dans une tente à 100$ millions, puis s’en va. Bref, il décampe…  Il y a file dans le terrain rond  qui tourne dans l’espace. Plus les gens grandissent, plus ils se rendent comptent que le terrain rapetisse. Alors, ils meurent et d’autre jeunes campeurs arrivent. Et ils allument une bougie…

Gaëtan Pelletier

 

Le sein

Ce que l’on n’a pas compris de « NOUS » c’est que chacun est lié l’un  à l’autre, ( à tous les autres, en fait,)   que chacun est nourrit l’un par l’autre et l’autre par l’un. Physiquement et intellectuellement.  On ne peut pas séparer l’un de l’ensemble. Si l’un se sépare, c’est une question d’orgueil, de vanité et de totale incompréhension du phénomène de la vie.  Si l’un est méchant, il se peut qu’il soit ignorant de sa méchanceté. Si l’un est amour, il se peut qu’ils soit ignorant de son amour. Mais fondamentalement, personne n’existerait sans tous ces apports de l’un à l’autre.  Si l’un est savant, c’est un héritier de la Vie.

Personne n’existerait dans cette « culture » ou savoirs qu’il ou qu’elle chérit tant et dont plusieurs cherchent à s’approprier… comme SA création.

Pas même Einstein… Avant d’être l’unicité, il est la somme.

Alors, il ne reste que l’amour, ce bizarre phénomène « expliqué » par les biologistes.

Personne ne peut exister sans les autres… Sans la culture, sans le passé, sans la misère, sans les réussites de l’ensemble.

Les « dieux » terrestres se font eux-mêmes, mais nous sommes là pour les nourrir. Et ils sont là pour nous nourrir. Quand vous rencontrez quelque’un, ne serais-ce que de le croiser, vous rencontrez une partie de vous.

Hélas! Dans cet enfer de culture de l’individualisme, il s’accentue cette pauvre certitude d’être « d’une valeur supérieure ». C’est là la souche du mal. Le poison. Les petits Satan de papier, dans leur cheminement et au choix de l’argent au détriment de la Vie, de toute vie, détruisent l’éden et leur propre enfer du même coup. Ils y perdent leur petit royaume qu’ils croient avoir créé.

Gaëtan Pelletier

Jerry Lee Lewis – Great Balls Of Fire (Tilman) | The Voice Kids 2015 |

COMMENT COMBATTRE LE CAPITALISME NÉOLIBÉRAL

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PARTIE 2

 

COMMENT COMBATTRE LE CAPITALISME NÉOLIBÉRAL

« Réduire l’aventure humaine à la compétition, c’est ravaler l’individu au rang de primate », écrivait Albert Jacquard [34]. Cette phrase n’est cependant pas très aimable envers… les primates ! Ceux-ci sont en effet très capables de coopération, de compassion et de justice, comme l’a bien montré Franz De Waal [35] . J’ai tenté, dans le premier chapitre, de cerner au mieux la logique du capitalisme néolibéral. Cette logique domine aujourd’hui les relations sociales dans beaucoup de nations du monde : les acteurs qui en sont porteurs s’efforcent et sont parvenus à l’imposer à presque tous les autres (ceux qui n’en veulent pas ou la voudraient autrement, ceux qui s’inspirent d’autres logiques, plus ou moins incompatibles). Ces autres acteurs résistent peu ou prou au néolibéralisme et ce sont leurs formes de résistance qui vont nous intéresser ici : je vais d’abord en proposer une analyse descriptive et ensuite, voir comment ces acteurs pourraient, à mon avis, augmenter l’efficacité de leur lutte.

Formes actuelles de lutte contre le capitalisme néolibéral

Quand, dans l’histoire des collectivités humaines, une logique dominante en remplace une autre, deux grands types de réaction se produisent. D’une part, certains acteurs défendent les enjeux de l’une ou l’autre logique qui a prévalu dans un passé (proche ou lointain) qui leur paraissait meilleur (nous dirons que leurs luttes sont « diachroniques »), alors que d’autres s’en prennent plutôt à la logique qui domine là et alors, dans le présent, et bien sûr, dominera le futur (nous appellerons leurs luttes « synchroniques »). D’autre part, certains acteurs, plus modérés dans leurs revendications, veulent des réformes, mais pas pour autant le remplacement de la logique dominante par une nouvelle (nous appellerons leurs luttes « alter » ou « défensives »), alors que d’autres, plus radicaux, veulent supprimer cette logique et en mettre une autre à sa place (nous dirons de leurs luttes qu’elles sont « anti » ou « offensives »). Bien sûr, entre ces formes extrêmes, il existe aussi des formes intermédiaires, qui les combinent sur l’un ou (et) l’autre de ces deux axes.

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Si nous examinons maintenant les mouvements sociaux et politiques qui combattent aujourd’hui le capitalisme néolibéral, nous pouvons les classer (au moins provisoirement et sans prétendre à l’exhaustivité) selon ces deux critères (voir le tableau). Ce qui nous frappe d’abord, c’est évidemment leur extrême dispersion : nous venons d’une époque où le mouvement ouvrier et socialiste (donc la « lutte des classes » au sens strict, qui était une lutte synchronique, alter et/ou anti) monopolisait pratiquement toute la scène sociale et politique. En revanche, les mouvements d’aujourd’hui se répartissent entre tous les champs relationnels qui composent la vie collective, et leur dispersion s’accompagne d’une division, causée par leur forte ambiguïté. Il est évident que tous ces mouvements n’ont pas des enjeux communs, que les acteurs qui y sont engagés n’ont pas d’identité commune qui pourrait les solidariser, qu’ils n’ont pas les mêmes adversaires et qu’ils ne sont pas d’accord entre eux sur leurs méthodes de lutte. Cette dispersion et cette division expliquent la faiblesse de chacun de ces mouvements pris séparément, donc leur inefficacité relative. C’est à peine s’ils peuvent égratigner le « bulldozer néolibéral », que rien ne semble pouvoir arrêter ou dévier de sa logique.

Quelques conseils aux acteurs pour augmenter l’efficacité de leurs luttes

La relation entre l’acteur et le sociologue soulève toujours une question délicate. Le rôle du sociologue n’est certes pas de prendre la place des acteurs ni de diriger leurs luttes : ce n’est pas lui, mais eux, qui font l’histoire. En revanche, ce rôle est d’éclairer les acteurs, en leur proposant des analyses aussi proches que possible des relations sociales telles qu’elles fonctionnent vraiment, au-delà des discours idéologiques et utopiques, dont ils les recouvrent toujours d’un double voile. Comme l’écrit Paul Veyne, « Les sociologues et les historiens sont à plaindre : quand ils ont à déchiffrer les motivations de nos options, ils sont en présence d’un texte doublement brouillé ; la solution que nous avons choisie ne coïncide jamais avec la rationalité qu’on pourrait lui supposer et le poids de nos différentes motivations semble modifié par les contraintes de la solution. [36] » En me fondant sur mes analyses, je me contenterai donc ici de donner aux acteurs quelques modestes conseils, dont ils feront l’usage que bon leur semblera !

1. Ne pas confondre le modèle culturel subjectiviste et l’idéologie néolibérale

Il me semble indispensable de rappeler d’abord à mes lecteurs le sens de ces deux notions et surtout, de les inviter à ne pas les confondre. [37] Le modèle culturel subjectiviste appelle les individus, pour mener une « vie bonne », à se conformer à un principe éthique central : « soyez sujets et acteurs de votre existence personnelle », ce qui, en soi, nous apparaît comme une injonction plutôt désirable. En revanche, l’idéologie néolibérale leur propose, pour se conformer à cette injonction culturelle, de se livrer corps et âme à la consommation, à la compétition et à la communication. Or, cette interprétation du principe culturel central introduit dans le néolibéralisme une contradiction majeure : en obéissant à cette idéologie, ce régime ne cesse de faire grandir les inégalités, d’étendre l’exclusion sociale et de porter atteinte à l’environnement, donc de priver une grande partie des individus de l’accès aux ressources dont ils auraient pourtant besoin pour réaliser leur épanouissement personnel. La consommation leur fait confondre l’être avec l’avoir, la compétition renforce l’exclusion et met la nature en péril, et la communication, plus virtuelle que réelle, les renvoie à leur solitude.

Dès lors, le régime néolibéral est, paradoxalement, une machine à fabriquer des individus privés d’épanouissement personnel, alors que pourtant, la culture régnante leur en reconnaît le droit et le leur fait désirer, mais sans en donner les moyens à un nombre croissant d’entre eux. Néanmoins, la plupart se taisent, supportent les conditions de vie que le régime néolibéral leur imposent, courent du matin au soir pour garder leurs emplois et payer leurs dettes, s’engagent dans une impitoyable compétition, se débrouillent comme ils peuvent, font avec ce qu’ils ont, se distraient en se cherchant des compensations illusoires… Seules quelques minorités résistent.

2. Essayer de faire comme Marx… mais sans commettre la même erreur !

Au milieu du 19e siècle, pour savoir comment combattre le capitalisme industriel national, Karl Marx a d’abord cherché à comprendre comment il fonctionnait : rappelons sa démarche. La bourgeoisie possédait tous les moyens de production (propriété privée) ; elle achetait la force de travail – que le prolétariat était obligé de lui vendre pour survivre –, comme une marchandise, à sa valeur d’échange sur le marché du travail (salariat) ; pendant son temps de travail, ce prolétariat produisait des biens ou des services dont la valeur d’échange était supérieure à celle de son coût salarial (exploitation du travail et plus-value) ; la bourgeoisie revendait les biens ou les services produits sur le marché et réalisait ainsi la plus-value en argent ; enfin, elle décidait de l’usage qu’elle ferait de ses profits : elle pouvait, soit, les dépenser pour satisfaire ses intérêts particuliers (on la dira alors dominante), soit, les mettre au service de l’intérêt général, en agrandissant ses entreprises et en contribuant au progrès technique et au progrès social (on la dira alors dirigeante). [38]

En analysant ce mode de production du surplus économique, Marx a clairement identifié les deux enjeux stratégiques, dont dépendait la capacité de la bourgeoisie de se reproduire et de prospérer : la propriété privée et le salariat. Dès lors, fort logiquement, pour orienter les luttes du prolétariat, il a proposé que celui-ci s’en prenne à ces deux variables-là. Il y avait trois solutions : a) supprimer la propriété privée des moyens de production et la remplacer par une propriété étatique, gérée par les dirigeants d’un parti prolétarien (voie communiste) ; b) conserver cette propriété, mais en confier la gestion aux travailleurs eux-mêmes (voie autogestionnaire) ; c) la conserver, mais contraindre la bourgeoisie à faire un usage dirigeant de la plus-value, en améliorant le salariat, donc en réduisant la durée du travail, en payant de meilleurs salaires aux ouvriers et des impôts aux États pour financer la sécurité sociale (voie social-démocrate).

En théorie, ces trois voies étaient réalistes et pouvaient donc être efficaces, que ce soit pour remplacer le capitalisme par un autre régime ou pour profiter de son dynamisme pour améliorer les conditions matérielles de la population en général. Cependant, dans la pratique, comme l’histoire nous l’a appris, la première voie (la plus utopique, celle que Marx préférait !) a été nettement moins efficace que les deux autres. Un siècle après la révolution russe de 1917, l’histoire a suffisamment prouvé qu’il en a bien été ainsi : il suffit, pour s’en persuader, de comparer aujourd’hui les conditions de vie du peuple russe à celles des peuples scandinaves. Bien entendu, le succès du modèle social-démocrate, la dérive totalitaire du régime soviétique et l’échec du modèle communiste ne s’expliquent pas par une « erreur » de jugement de Marx, mais par les conditions historiques très différentes des pays scandinaves (déjà assez avancés sur la voie de la modernité) et de la Russie (où le régime féodal était encore bien présent au début du 20e siècle). Mais, quoi qu’il en soit, partout la voie social-démocrate (réformiste) s’est révélée beaucoup plus efficace que la voie communiste (révolutionnaire) et que la voie autogestionnaire.

Malgré tout son génie et sa connaissance de l’histoire, Marx n’a pas pensé – du moins pas à ma connaissance – que la voie communiste se révélerait beaucoup moins adéquate que la seconde et surtout que la troisième. [39] Il ne semble pas avoir prévu que les dirigeants du parti révolutionnaire, agissant au nom du prolétariat, se transformeraient en une nouvelle classe gestionnaire au moins aussi dominante et bien moins dirigeante que la bourgeoisie capitaliste elle-même. [40]

Mon objectif est ici de suivre la même démarche que Marx, mais en évitant de commettre la même erreur. Qu’au moins l’histoire nous apprenne enfin ceci : quelle que soit la lucidité et la générosité de certains individus membres d’une classe gestionnaire, la logique des relations de production et de gestion des richesses est telle qu’elle les incite et les entraîne à devenir dominants (à se préoccuper de leurs intérêts particuliers) ; et la seule manière d’obtenir d’eux qu’ils deviennent dirigeants (se préoccupent de l’intérêt général) est de les y contraindre par la force d’un mouvement social et politique de la classe productrice. Cela est bien regrettable, mais les humains sont ainsi, et si l’on veut qu’ils changent, il faut les prendre pour ce qu’ils sont et non pour ce qu’on voudrait qu’ils soient !

3. Identifier clairement les enjeux stratégiques de la ploutocratie néolibérale

Pour savoir comment combattre efficacement le capitalisme néolibéral d’aujourd’hui, il fallait d’abord faire une analyse correcte des enjeux stratégiques de sa classe gestionnaire. Disons d’emblée, et clairement, que l’exploitation du travail n’est plus son enjeu majeur : elle dispose, partout dans le monde, d’une inépuisable « armée de réserve » de travailleurs, prêts à se laisser exploiter en acceptant n’importe quelles conditions de travail ; en outre la productivité du travail n’ayant jamais été aussi élevée, elle peut extraire à volonté des plus-values faramineuses, légales et illégales, se les approprier et les gérer à son gré.

Par conséquent, la grève des travailleurs, qui fut longtemps l’arme absolue du mouvement ouvrier, a perdu une grande partie de son efficacité : elle peut même, comble de l’ironie, servir parfois de prétexte à la délocalisation d’entreprises vers des lieux jugés plus « hospitaliers ». Quels sont alors ses enjeux stratégiques ? Ils sont à rechercher du côté des échanges commerciaux et financiers plutôt que dans la production. Que ce soit, « en dernière instance » la production, donc l’exploitation du travail, qui produise cette plus-value, n’empêche pas que ce qui est stratégique pour la ploutocratie ne soit plus le « procès de production » lui-même, mais d’autres enjeux (que j’essaie précisément d’identifier ici). La bonne question est donc : de quelles conditions dépendent la reproduction et l’expansion de la ploutocratie en tant que classe gestionnaire ?

a) De la manipulation des besoins de consommation

La ploutocratie a surtout besoin de vendre tous les biens et les services que ses entreprises sont capables de produire. Elle doit pouvoir compter sur des consommateurs solvables et durables, qui constituent la principale source de ses profits commerciaux et financiers, qui sont la condition essentielle de sa prospérité. Pour atteindre cet objectif, ses armes les plus efficaces sont la manipulation des besoins par la publicité (inculquer aux gens l’irrépressible besoin d’acheter le dernier gadget à la mode) et par la pratique systématique de l’obsolescence et de l’endettement.

b) De l’innovation technologique

Sa capacité compétitive dépend de la compétitivité de ses entreprises, et celle-ci, de la course effrénée à l’innovation technologique. Cette logique innovatrice, s’il est vrai qu’elle fait faire à l’humanité un gigantesque bon en avant des connaissances scientifiques du monde et de leur traduction en technologies qui nous sont bien utiles, a aussi pour effet de renouveler constamment les biens et les services disponibles et d’exacerber la compétition entre les entreprises et les pays, donc, de leur imposer une course à la croissance illimitée, d’éliminer les entreprises qui n’en sont pas capables et d’exclure les pays qui ne parviennent pas à suivre le rythme.

c) De la dérégulation des marchés

La ploutocratie a besoin d’un monde sans frontières politiques, d’un espace mondial où règne la libre concurrence, où puissent circuler sans entraves les biens, les services, les capitaux et les informations. Elle a besoin que les États-nations, non seulement ne mettent aucun obstacle à cette libre circulation (notamment par des droits de douane, le contrôle des changes, des taxes sur les transferts de capitaux, des conditions imposées aux investissements étrangers, des aides à des entreprises nationales en difficulté…), mais qu’ils la favorisent activement . [41] (notamment en accordant des avantages fiscaux, en sauvant des banques de la faillite, en construisant des infrastructures, en prenant en charge des externalités négatives sur l’environnement, en menant des interventions politiques ou militaires dans certains pays où les conditions sont défavorables au régime néolibéral).

d) De la réduction des dépenses sociales des États nationaux

La ploutocratie a encore besoin que les États nationaux se mettent au service de ses intérêts. Elle en attend encore essentiellement deux choses : qu’ils gèrent les finances publiques avec une rigoureuse austérité budgétaire, notamment en ce qui concerne les politiques sociales (coût de la sécurité sociale, de l’éducation, de la santé, etc.) ; et qu’ils privatisent les entreprises et les services publics qui sont susceptibles d’engendrer des profits (surtout les services de communication). Elle exige donc de chaque État national qu’il dépense le moins d’argent possible. En effet, puisque ces dépenses sont financées par des impôts ou par des emprunts, elles augmentent les charges des entreprises et réduisent d’autant leur capacité compétitive sur les marchés internationaux. La concurrence entre les entreprises entraîne donc celle entre les États : les pratiques du dumping social (relatif aux salaires et aux charges sociales) et fiscal (les cadeaux, la fraude et les paradis fiscaux) favorisent évidemment la compétitivité des entreprises.

e) De la fraude fiscale et de la spéculation financière

La ploutocratie ne s’approprie pas seulement des bénéfices commerciaux. Pour que le régime néolibéral fonctionne au gré de ses intérêts, il doit aussi lui permettre de réaliser des profits financiers. Les profits dont il s’agit ici sont essentiellement liés à des transactions en bourse, à la spéculation (sur les prêts d’argent, les titres boursiers et les devises) et à la fraude fiscale. Dès lors, elle pratique notamment le « génie fiscal » : elle profite des différences de régime fiscal entre les pays, qui lui proposent des « montages » financiers ; elle « joue » sur les échanges (de services, d’argent, de technologies…) entre des entreprises qui dépendent d’un même groupe transnational ; elles profitent des « cadeaux fiscaux » que leur proposent les États pour les attirer chez eux. [42]

f) De la maltraitance de l’environnement

Pour les entreprises, la question de l’environnement est très ambiguë. D’une part, une réelle prise en charge des dommages causés à l’environnement par leurs activités aurait pour conséquence des coûts supplémentaires qui réduiraient leur capacité compétitive. Mais, d’autre part, ces dommages sont tellement alarmants que l’opinion publique les contraint à en tenir compte. Dans ces conditions, il faut bien qu’elles fassent quelque chose pour limiter les dégâts, ou, au moins qu’elles déclarent assumer leur « responsabilité environnementale ». Prétendre se préoccuper de la protection de la nature est devenu aujourd’hui un argument publicitaire utile pour stimuler les ventes.

Par ailleurs, les menaces qui pèsent sur l’environnement sont tellement réelles que l’innovation technologique s’attache activement à créer des biens et des services nouveaux qui n’auraient aucun impact négatif sur la nature : des automobiles électriques, des panneaux solaires, des éoliennes, etc. Ce nouveau « créneau écologique » est devenu une source de profits considérables pour les entreprises [43] . On peut même penser que la logique du capitalisme néolibéral finira par résoudre les problèmes de l’environnement, parce que les technologies propres constitueront demain les biens et les services les plus rentables pour la ploutocratie.

g) De la docilité des travailleurs

Enfin, la ploutocratie a besoin, pour avoir les mains libres, de mettre fin à l’influence des syndicats de travailleurs : elle veut qu’ils renoncent aux droits acquis de haute lutte par le mouvement ouvrier ; elle les veut soumis à ses exigences, disposés à accepter des contrats précaires, flexibles, mobiles, créatifs, « licenciables » à merci, bref, elle veut un retour aux conditions de travail qui prévalaient au 19e siècle en Europe, et qui prévalent encore aujourd’hui en Afrique, en Asie (notamment en Chine) et en Amérique latine..
Tels sont, me semble-t-il, les sept enjeux stratégiques – ceux qui sont indispensables au fonctionnement du capitalisme néolibéral selon les exigences de la ploutocratie. Dès lors, pour obliger celle-ci à tenir compte de leurs revendications, c’est à ces enjeux-là que les mouvements sociopolitiques de résistance, s’ils veulent être efficaces, doivent s’attaquer. Je les rappelle ici – et l’ordre dans lequel ils sont cités importe peu : a) la protection des consommateurs contre la manipulation de leurs besoins ; b) la limitation des effets néfastes (faillites, chômage, exclusion) de l’innovation technologique ; c) la régulation des marchés par les États nationaux ; d) la défense des acquis sociaux de l’État-providence ; e) la lutte contre la fraude fiscale et la taxation des grosses fortunes et des transactions financières ; f) la protection de l’environnement ; g) la défense des droits humains et des travailleurs.

Quand on connaît bien les enjeux stratégiques d’une lutte sociale, il est plus facile de savoir qui est l’adversaire, sur qui on peut construire une solidarité et par quels moyens il est possible d’imposer des revendications.

4. S’en prendre à un adversaire commun

D’abord, il faut dire clairement qui l’adversaire n’est plus : ce n’est plus la bourgeoisie du capitalisme industriel dont parlait Marx. Bien sûr, elle existe encore, mais elle a perdu sa puissance et ce n’est plus elle qui gère la richesse : ou bien ses usines ont fait faillite, ont disparu, ont été fusionnées et souvent délocalisées, ou bien certains de ses membres ont réussi à se reconvertir et à devenir membres de la ploutocratie. Ensuite, il importe de ne pas confondre la ploutocratie elle-même avec ses collaborateurs. Comme je l’ai précisé déjà dans le chapitre précédent, je rappelle que ces derniers sont des technocrates dont elle se sert et qui sont ses complices plus ou moins dévoués : les managers des entreprises (qui ne sont que des administrateurs délégués) ; l’armée d’économistes, de juristes, d’ingénieurs ou d’autres universitaires qui travaillent dans les entreprises, dans les agences de notation, d’innovation ou de publicité ; les grandes organisations internationales, qui sont financées par les États pour imposer le modèle néolibéral au monde entier ; et les politiciens des États nationaux – qu’ils soient libéraux, socialistes ou autres –, qui se soumettent aux exigences du néolibéralisme (en prétendant que ce serait pire s’ils ne s’y soumettaient pas).

Bien sûr, tous ces gens-là sont des complices actifs de la ploutocratie ou, au moins, s’abstiennent de lui opposer une résistance significative. Ces technocrates remplissent des rôles bien précis : évaluer correctement les risques, conseiller les investissements et les opérations spéculatives, inventer des montages fiscaux complexes pour échapper à l’impôt, gérer les entreprises pour qu’elle fassent les profits attendus, faire pression sur les États nationaux pour qu’ils soient contraints d’adopter le modèle économique néolibéral, inventer sans cesse de nouveaux produits à vendre, et créer de nouveaux besoins de consommation.

Dès lors, s’il n’est évidemment pas inutile d’exercer des pressions sur ces technocrates, surtout sur les États nationaux et les organisations internationales, ils ne sont pas eux-mêmes le véritable adversaire. Comme je l’ai écrit plus haut, la ploutocratie comporte trois personnages principaux : les banquiers, les spéculateurs et les actionnaires des sociétés multinationales. Leur but essentiel est de « faire du fric » ! Ils exigent une rentabilité annuelle proportionnelle aux risques qu’ils croient courir : si le risque est faible, ils peuvent se contenter de moins de 1%, mais s’il est très élevé, ils exigeront 25% ou plus. De l’argent qu’ils prêtent ou retirent et des investissements qu’ils consentent ou non dépendent le bon ou le mauvais fonctionnement de l’économie dans le monde.

5. Construire une identité commune

La formation d’une identité commune aux membres d’une catégorie sociale dominée quelconque (un « Nous les… ») est indispensable pour construire entre eux une solidarité active. Ce processus, souvent lent et difficile, ne se produit en effet que dans certaines conditions qui le favorisent. [44] Les dominés doivent notamment (mais c’est essentiel) prendre conscience de la place qu’ils occupent dans la relation sociale qui les assujettit et dont un acteur dominant profite. Ils doivent donc, dans leur pratique vécue, savoir que « c’est nous » qui, par notre contribution (notre participation, nos compétences, notre travail, nos achats), produisons cette richesse ou ces privilèges dont jouit cet acteur dominant ; savoir que «  c’est nous » qui sommes exploités et considérer que « c’est injuste », que c’est inadmissible ; savoir que «  c’est de nous » (et seulement de nous) que dépend que « ça change » ; croire que « c’est possible » de faire changer cette situation ici et maintenant ; savoir sur qui et comment ils peuvent agir pour être efficaces.

Il faut parfois des décennies, voire plus d’un siècle, avant que les membres d’une catégorie sociale dominée n’acquièrent une conscience fière de ce qu’ils sont, avant que leur solidarité active ne se construise, avant que leur privation n’engendre de l’indignation, avant que celle-ci les conduise à la mobilisation et avant qu’ils se dotent d’une organisation solide et structurée. [45]

Étant donné la logique du capitalisme néolibéral mondialisé, les catégories sociales parmi lesquelles, ici et aujourd’hui, ces conditions de base d’une action collective conflictuelle organisée peuvent être réunies, chez qui cette prise de conscience est donc possible, me paraissent être les consommateurs des biens et des services que proposent les entreprises et les banques, ainsi que les usagers des services publics, bref, des clients (un « clientariat »). Ce sont eux qui, en se laissant manipuler dans leurs besoins, en s’endettant pour consommer, en tolérant, bon gré mal gré, des conditions de travail précaires, et en supportant d’être de plus en plus exclus du secours solidaire des États, contribuent, par leur assentiment au moins implicite, à la production des bénéfices commerciaux et des intérêts financiers, qui enrichissent la ploutocratie et dont elle fait l’usage dominant que bon lui semble. Ce « clientariat » peut, à mon avis, former la tête avancée d’un puissant mouvement social et politique, capable d’éveiller et d’unir tous les autres acteurs qui sont repris dans la typologie que j’ai proposée ci-dessus.

La formation d’une solidarité entre des « clients » se heurte cependant à un obstacle important, qui trouvent son origine dans la logique du capitalisme néolibéral et plus précisément, dans le modèle culturel subjectiviste régnant. Cet obstacle concerne le rapport des individus à l’organisation. Sans organisation, un mouvement social n’arrive à rien. Or, les clients ont une forte tendance à l’individualisme, que l’idéologie néolibérale encourage autant qu’elle peut [46] . Dès lors, ils ont horreur du contrôle social qu’exercent sur eux les organisations : ils ont le sentiment d’y perdre leur autonomie, d’être contraints de se soumettre à la pression des autres et, plus encore des « chefs ». Ils n’aiment pas renoncer à leur liberté de penser ce qu’ils veulent, d’entrer et de sortir du groupe, de faire ou non ce que les autres attendent d’eux.

Ils se méfient des délégués, des représentants qui parlent et agissent en leur nom, mais qui peuvent aussi se faire récupérer. Ils préfèrent les assemblées libres, où participe qui veut, où prend la parole qui veut. Ils détestent les dogmes, les drapeaux, les « grandes causes », les idéologies et les leaders. Ils se méfient des autres organisations politiques et sociales (les partis, les syndicats, les églises). Ils constituent, dès lors, un cauchemar pour les militants, pour ceux qui veulent organiser des groupes structurés. Contrairement à ce que l’on affirme parfois, ils ne sont pas du tout dépolitisés : ils veulent faire preuve de solidarité, ils sont prêts à descendre dans la rue, mais ils signent plus volontiers des pétitions (surtout sur internet) ; ils se sentent indignés par les politiques néolibérales, ils sont disposés à se mobiliser, mais ils détestent la discipline des organisations. La plus grave conséquence de cet individualisme pour l’action collective est la division et la dispersion des mouvements, donc la faiblesse de chacun d’eux pris séparément.

6. Choisir des méthodes efficaces de lutte

Comment agir sur la ploutocratie ? Il semble que ce soit là une question majeure pour tout mouvement social. Prenons encore l’exemple de la classe ouvrière. Elle n’a été efficace que là où elle a utilisé la grève du travail, organisée par ses syndicats. Comment trouver aujourd’hui, au niveau mondial, l’équivalent de ce que fut la grève hier, au niveau national ? Voici deux pistes d’action.

La première consiste à expérimenter des formes alternatives de production, de distribution et de consommation de biens et de services. C’est le projet de l’économie sociale et solidaire qui se manifeste dans plusieurs continents et de diverses manières. Il existe aujourd’hui dans tous les pays du monde des dizaines de milliers de groupes divers qui refusent d’entrer dans le « jeu » du modèle néolibéral. Ils promeuvent des échanges de valeurs d’usage (l’économie du don), des monnaies locales alternatives, l’autogestion par les travailleurs d’entreprises mises en faillite ; ils pratiquent un mode de vie basé sur la « simplicité volontaire », sur le « convivialisme ». Bref, ils cherchent un mode de production alternatif au capitalisme néolibéral. Il convient, bien sûr, de faire de ces expériences, non pas des îlots marginaux ou un secteur à part, mais des pratiques qui alimentent la réflexion sur les exigences sociales et environnementales que les citoyens peuvent faire valoir auprès des entreprises, œuvrant ainsi pour de nouvelles régulations publiques et pour des discriminations positives à l’égard des d’entreprises qui respectent leurs travailleurs, leurs consommateurs et leur environnement. [47]

La seconde est le boycott de certains biens et services produits par certaines entreprises ou certaines banques. [48] Pas plus que les ouvriers n’ont cessé de travailler, il ne faut pas cesser de consommer, ni de communiquer, ni non plus supprimer entièrement la compétition. Mais de la même manière que le prolétariat a exigé de meilleures conditions de travail, il faut exiger aujourd’hui de meilleures conditions de consommation, de compétition et de communication, au moins pour tous les biens qui sont considérés comme essentiels à l’épanouissement personnel de tous les individus, surtout de ceux qui n’en ont pas les moyens. Il faudrait définir les règles d’un contrat de responsabilité sociale et environnementale, que devraient respecter les entreprises privées pour les biens et les services qu’elles proposent.

Ces règles – auxquelles il faudrait réfléchir et dont il faudrait débattre soigneusement – concerneraient bien sûr les conditions de création d’emplois, de juste contribution à l’impôt, de taxe sur la spéculation financière, de contribution à la sécurité sociale, de localisation des entreprises, de protection de l’environnement, de respect des droits des travailleurs et des consommateurs, etc. Et il faudrait appeler à boycotter les entreprises qui refusent de se soumettre à ces règles. Les grèves du « clientariat » deviendraient ainsi l’équivalent fonctionnel des grèves du prolétariat. Soyons clair : son but n’est pas de tuer des entreprises (personne n’y a intérêt), mais de les contraindre à s’occuper au moins autant de l’intérêt général que des intérêts particuliers de leurs actionnaires.

Les initiateurs d’un tel mouvement – retournant ainsi contre la ploutocratie ses propres armes – pourraient faire un usage intensif des nouvelles technologies de la communication. Les grandes manifestations de rue, souvent infiltrées par des extrémistes incontrôlables (complices ou non des forces répressives), pourraient ainsi être remplacées ou renforcées par des actions sur internet, pour obtenir des engagements sociaux et environnementaux de la part d’une banque ou d’une entreprise, et pour la boycotter si elle ne tient pas ses promesses. Si des millions de clients menaçaient (par des pétitions circulant sur le web) de retirer leur argent de telle ou telle banque ou de ne plus acheter les produits de telle ou telle entreprise, celles-ci seraient obligées de respecter les droits de leurs travailleurs, de leurs consommateurs et de l’environnement.

7. Formuler une utopie réaliste

Concevoir un projet d’action efficace, c’est construire une nouvelle utopie : mais il faut que celle-ci soit réaliste et adaptée au capitalisme d’aujourd’hui. Parler d’« utopie réaliste », bien sûr, c’est énoncer ce qu’on appelle un oxymore [49] . C’est pourtant ce qu’a su faire le mouvement ouvrier. Pour qu’un projet de lutte sociale soit efficace, il faut qu’il soit utopique, parce qu’il doit proposer un horizon dont il est possible de s’approcher pas à pas, même en sachant qu’il ne sera jamais atteint (ce qui permettra de renouveler sans cesse les revendications : il n’y a pas de « lutte finale » !) ; mais il faut aussi que ce projet soit réaliste, pour qu’il permette d’accumuler des victoires partielles (ce qui permet d’entretenir la mobilisation).
Pour qu’elle soit réaliste, une utopie doit remplir au moins trois conditions : a) qu’elle puisse être traduite en revendications partielles et concrètes, qui seront autant d’étapes vers un objectif inaccessible ; b) que ces revendications découlent d’une analyse scientifique de la réalité (et non des « rêves » ou même des « bonnes intentions » des acteurs) ; c) et que ces revendications soient portées par un mouvement social ou politique organisé, dont les dirigeants sont étroitement contrôlés par leurs membres (démocratie interne) et qui dispose d’une force suffisante pour imposer ses enjeux à son adversaire.
******
Il me semble clair que la tâche la plus urgente est de former un mouvement social assez fort pour imposer à la ploutocratie d’accomplir sa fonction dirigeante, et non d’être, sans limites, dominante comme elle l’est actuellement. Il faut donc unir les nombreux mouvements aujourd’hui dispersés : construire une solidarité autour d’un principe commun d’identité, formuler des enjeux fondés sur un projet utopique réaliste, nommer un adversaire accessible et se mettre d’accord sur des méthodes efficaces de lutte.

Illustration de couverture : Tiago Hoisel

TITRE Le capitalisme néolibéral. Comment fonctionne-t-il ? Comment le combattre ?
DATE 12/2016
COORD. / AUTEUR Guy Bajoit
MOTS-CLÉS Néolibéralisme

La planète des petits chaperons rouges

La plus ancienne version retranscrite et figée est celle de Charles Perrault, parue dans Histoires ou contes du temps passé, avec des moralités en 1697. Cette version sera plus malheureuse et moralisatrice que celles qui suivront. L’héroïne en est une jeune fille bien élevée, la plus jolie du village, qui court à sa perte en donnant au loup qu’elle rencontre dans la forêt les indications nécessaires pour trouver la maison de sa grand-mère. Le loup mange la vieille dame en se cachant des bûcherons qui travaillent dans la forêt voisine. Il tend ensuite un piège au Petit Chaperon rouge et finit par la manger. L’histoire en finit là, sur la victoire du loup. Pas de fin heureuse pour l’héroïne, la morale de Perrault est sans appel. Le Petit chaperon rouge

Le Petit Prince de Saint-Exupéry, c’est vraiment beau.
J’étais en train de fureter dans l’Histoire de la planète et de ses habitants… Elle se résume assez bien avec le Petit Chaperon rouge.
Il y a bien des petites filles, mais peu de loups. En plus, l’histoire varie de différentes versions.
La planète est comme une petite maison dans l’univers, et la petite fille est la richesse à gober.
Et tout le système est en fonction de la fabrication de loups pour avaler les petites filles.

On empoisonne nos aliments.
On coure après nous avec des cartes de crédit.
On nous ment à tous les coins de nouvelles.
On a des dirigeants qui sont comme des loups déguisés en épouvantails à jardins.
On a des banques ( des cochons tirelires) sans avoirs réels.
On nous a inventé des guerres. Le trafic d’armes est payant.
On plante de la dentelle dans toutes les lignes des journaux
On empoisonne nos aliments
On fomente des rebellions
On s’endort au volant
On concocte des médicaments pour les maladies crées par le grand épandage d’industries qui volent les travailleurs.
On investi en cachette dans les mines anti personnelles

C’est vrai qu’il était beau le livre de Saint-Exupéry.
Il disait « Dessine-moi un mouton ».
Et le diable est arrivé.
C’était une école… Une industrie.
L’invention de la chaîne.
Dessine-moi un mouton.
Maintenant, fabrique moi une machine à dessiner des moutons.

Et quand le mouton eut accès à la machine, il décida de remplir le monde de moutons. Restait plus qu’à lui faire pousser de la laine synthétique pour contenter les actionnaires des propriétaires des éleveurs de moutons.
Puis on inventa une  machine à raser les moutons.
Les affamés de la laine les tondaient si souvent qu’ils finirent par avoir des rougeurs à la peau.
Ce qui était une bonne chose, car il fallait inventer de la crème à mouton rougis en créant un savant laboratoire avec de savants moutons, et le ti casque de plastique, pour trouver la formule chimique pouvant éteindre la rougeur des moutons blancs.
Un autre arriva en disant :
«  Je peux faire pousser la laine deux fois plus vite »
Les actionnaires en firent sonner leurs bijoux. ( Merci John).
« Vrai? »
On créa un autre laboratoire pour faire pousser la laine plus vite.
C’était génial.
On créa une école de génies.
Les moutons, bien dociles, avaient besoin de la crème. On augmenta le prix de la crème de 10% pour satisfaire les actionnaires.
Le mouton était vraiment soulagé d’avoir la peau moins en feu.
Arriva un jour un mouton mal léché. Noir. Un « outsider ».
On le regarda avec une certaine envie de vomir.
Il fallut une étude de 625,242$ pour trouver une solution aux possibles moutons noirs qui possiblement déclencheraient une série de moutons noirs.
C’était la panique.
On créa un laboratoire qui envoya des spécialistes en Afrique pour étudier la Albinos africains. Sans se soucier d’eux, pauvres, on engagea une firme qui acheta des cordons ombilicaux à prix d’or : 2$.
On créa un autre laboratoire pour tenter d’implanter des cellules souches chez les moutons blancs… avant qu’ils ne deviennent noirs.
Un vaccin naquit : le M1MA ( Le mène 1 mène l’Autre).
Mais comme il fallait secouer l’économie, il arriva un incident fortuit : les moutons développèrent une maladie qui fit que leur laine poussait deux fois moins vite. Dans un rapport de 634 pages, une armée de savants en conclurent que la crème aidant à augmenter de vitesse la pousse de la laine contenait un agent qui en s’infiltrant dans la peau créait lentement une résistance.
On créa un laboratoire.
Les moutons poussèrent un soupir de soulagement.
Toutefois, il fallut augmenter les taxes sur la nourriture des moutons.
Comme disait le cégépien : la morale de cette histoire est que si on mélange deux contes ont finit par avoir trop de comptes. Et que si le loup finit par trouver la grand-mère et la manger, c’est que le petit chaperon rouge est peut être un agent infiltré de la CIA ou bien une simple nymphette à capuchon qui veut avoir l’héritage de la vieille et la prime qui va avec celle-ci.
Pour ce qui est du Petit Prince avec son « Dessine-moi un mouton », c’est qu’on a compris depuis longtemps avec Le Petit Chaperon rouge que pour ne pas pouvoir reconnaître le loup, il fallait diversifier son portefeuille d’investissements ( les poils et la figure) en éparpillant les traits d’un pays à l’autre et de compagnies à numéros.
Je laisse cette partie aux spécialistes en économie.
Si la grand-mère a été mangée, c’est qu’elle en savait trop de par son vécu  ou avait trop…
Il fallait éliminer une dépense.
Les jeunes moutons, mal pris, avaient bien de la misère à se nourrir, faisant face, parfois, aux caprices de dame nature.
Monsanto s’en occupa…
Depuis 100 ans, on bouffe des contes, on dessine des moutons, mais on est tous des petites filles qui vont à l’école pour apprendre comment fabriquer des laboratoires.
Un mouton blessé, c’est à pleurer…
Alors, chacun est un petit ONG missionnaire qui s’acharne à sauver des moutons.
C’est triste à mourir.
Personne n’enseigne l’histoire des moutons.
Alors, le soir, quand les lumières sont toutes allumées, que la télé hurle, on écrase son tout petit dans sa couchette et on tente d’en faire quelqu’un de bien.
On lui raconte l’histoire du Petit Prince.
« Dessine-moi un mouton »
Il prend son ordi…

gp