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Alep: un Stalingrad « vert »

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« Nous prenons désormais un repas par jour. Mes enfants et moi n’avons pas mangé à satiété depuis deux semaines. » Hassan Yacine

La vie passe devant nous, meurt sous nos yeux, secouée ou passive, assassinée lentement. Les enfants sont brisés, emportés par les laideurs dont on a accouché avant eux. Elyan

 

***

Les monstres de la fine technologie bâtissent des Guantánamo pour torturer et tuer des enfants. La terreur extrême des chevronnés des jeux d’échec dans lequel les humains sont des pions brisés, anéantis. Le summum de la barbarie à travers les « inventions » des explosifs au phosphore, napalm et bombes à fragmentation.

Les cœurs de pierre sont fait de sable cimentés, durs, sans pitié. C’est le signe d’un rachitisme de l’âme humaine, de la vie, au profit d’un technocratie d’un monde qui dérive en perdant son âme. La guerre « routine ». Une invention nouvelle: dans un monde où l’amour fait des enfants, ces enfants deviennent des tueurs d’enfants, des tueurs de vie. Un pays, un échiquier.

La nouvelle noblesse de nos dirigeants est sanguinaire. Le chaos est sans limite. La manière d’anéantir de plus en plus sophistiquée.  Que nous reste-t-il d’humanité?

Ce qui n’engendre pas la paix, la tranquillité, le respect des « peuples », est un échec total d’une civilisation suicidaire. Les apparats des pays dits civilisés ne sont pas convaincants. Nous participons tous à ce massacre de par l’énormité des hommes-machines empêtrés dans leurs luttes et fausses négociations.

Pour un humain, un vrai, celui qui se sait pareil aux autres et qui souffre quand les autres souffrent, nous savons que la complexité est nourrie par la complexité.

L’Occident a éduqué ses citoyens pour voir les diables et les méchants ailleurs qu’en son pays. Pourtant, ils y participent ou laissent certains y participer. Nous sommes divisés pour nous faire tuer par ceux qui nous divisent pour nous bouffer.

C’est le règne des monstres élus. Comme des compagnies à numéros, le monde de la finance mondiale, discrète, mais active, nourrit la confusion nécessaire à la tuerie complète d’une bataille nouvelle:

Citoyens VS États. Les dictateurs sont parmi nous, mais fragmentés, avides et ambitieux.

Laissez-les faire, ils combattent pour un monde meilleur… C’est ce qu’ils disaient il y a un siècle.

Achetez-vous un pays, et allez vous battre sur une île si vous avez besoin de tant de sang « nécessaire ». Pourquoi tout cet argent pour la paix alors qu’il ne sert qu’à la guerre? Redonnez-le aux peuples. Sans doute qu’ils seront faire mieux que ces enfants encore vivants qui pourparlent comme des pitbulls aux crocs empoisonnés.

Gaëtan Pelletier

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Cri du cœur d’un syrien

« 1 million de morts civils en Irak, 220 000 en Afghanistan, et 80 000 au Pakistan. Si l’on ajoute, concernant l’ancienne Mésopotamie, le bilan de la première guerre du Golfe (200 000 morts), et ceux du cruel embargo infligé par les États-Unis (entre 500 000 et 1,7 million de morts), ce sont presque 3 millions de morts qui sont directement imputables aux politiques occidentales, le tout au nom des droits de l’homme et de la démocratie. »

 

Conférence Nobel par Svetlana Aleksiévitch

À propos d’une bataille perdue

Je ne suis pas toute seule sur cette tribune … Je suis entourée de voix, des centaines de voix, elles sont toujours avec moi. Depuis mon enfance. Je vivais à la campagne. Nous, les enfants, nous aimions bien jouer dehors, mais le soir nous étions attirés, comme par un aimant, par les bancs sur lesquels les vieilles babas fatiguées se rassemblaient près de leurs maisons, leurs « khatas », comme on dit chez nous. Elles n’avaient plus de maris, plus de pères, plus de frères, je ne me souviens d’aucun homme dans notre village après la guerre. Pendant la Seconde Guerre mondiale, un Biélorusse sur quatre est mort au front ou dans la résistance. Notre monde à nous, les enfants de l’après-guerre, était un monde de femmes. Je me rappelle surtout que les femmes parlaient non de la mort, mais de l’amour. Elles racontaient comment elles avaient dit adieu pour la dernière fois à ceux qu’elles aimaient, comment elles les avaient attendus et les attendaient encore. Les années avaient passé, et elles attendaient toujours: « Il peut revenir sans bras, sans jambes, du moment qu’il revient … Je le porterai … » Sans bras … Sans jambes … Je crois que j’ai su dès l’enfance ce que c’est que l’amour …

Voici quelques tristes mélodies prises dans ce chœur que j’entends …

Première voix :

« Pourquoi tu veux savoir ça ? C’est tellement triste. Mon mari, je l’ai rencontré à la guerre. J’étais tankiste. Je suis allée jusqu’à Berlin. Je me souviens, on était devant le Reichstag, il n’était pas encore mon mari, et il m’a dit : « Si on se mariait ? Je t’aime. » Et ces mots m’ont fait tellement mal ! On avait passé toute la guerre dans la boue, dans la poussière et le sang, à n’entendre que des jurons … Je lui ai répondu : « Commence par faire de moi une femme, offre-moi des fleurs, dis-moi des mots tendres … Dès que je serai démobilisée, je me confectionnerai une robe. » J’avais même envie de le frapper tellement cela m’avait fait mal. Lui, il a bien senti tout ça. Il avait eu la joue brûlée, elle était couverte de cicatrices, et j’ai vu des larmes sur ces cicatrices. J’ai répondu : « D’accord, je t’épouserai. » Mais moi-même, je n’arrivais pas à croire que j’avais dit ça … Autour, il y avait de la fumée, des briques cassées, bref, c’était la guerre … »

Deuxième voix :

« On habitait près de la centrale atomique de Tchernobyl. Je travaillais dans une pâtisserie, je faisais des gâteaux. Mon mari, lui, était pompier. On venait de se marier, on se tenait toujours par la main, même dans les magasins. Le jour où le réacteur a explosé, il était de service, justement. Ils sont partis en chemise, en vêtements de tous les jours, il y avait eu une explosion dans une centrale atomique, et on ne leur avait même pas donné de tenues spéciales. C’est comme ça qu’on vivait … Vous savez … Ils ont passé toute la nuit à essayer d’éteindre l’incendie, et ils ont reçu des doses de radiations mortelles. Le lendemain matin, on les a transférés directement à Moscou en avion … Stade aigu de la maladie des rayons … C’est quand on n’en a plus que pour quelques semaines à vivre … Le mien, il était solide, c’était un sportif, il a été le dernier à mourir. Lorsque je suis arrivée, on m’a dit qu’il se trouvait dans une chambre spéciale où on ne laissait entrer personne. J’ai supplié : « Je l’aime ! – C’est des soldats qui s’occupent d’eux, là-dedans. T’as pas besoin d’y aller ! – Je l’aime ! » On essayait de me dissuader. « Ce n’est plus l’homme que tu aimes, c’est un objet qui doit être désactivé. Tu comprends ? » Mais moi, je me répétais une seule chose : « Je l’aime, je l’aime … » La nuit, je montais le voir en passant par l’échelle d’incendie … Ou bien je demandais aux gardiens, je leur donnais de l’argent pour qu’ils me laissent entrer … Je ne l’ai pas abandonné, je suis restée avec lui jusqu’à la fin … Après sa mort … au bout de quelques mois, j’ai eu une petite fille, elle n’a vécu que quelques jours. Elle … On l’avait tellement attendue et moi, je l’ai tuée … Elle m’a sauvée, elle a pris toute la dose de radiations. Elle était si petite … Un tout petit bout de chou … Mais je les aimais tous les deux. Est-ce que l’amour peut tuer ? Pourquoi c’est si proche, l’amour et la mort ? Ça va toujours ensemble. Qui peut m’expliquer ça ? Je me traîne à genoux autour de leurs tombes … »

Troisième voix :

« La première fois que j’ai tué un Allemand … J’avais dix ans, les partisans m’emmenaient déjà en opération avec eux. Cet Allemand était allongé par terre, il était blessé … On m’avait dit de lui prendre son pistolet, j’ai couru jusqu’à lui, l’Allemand s’est agrippé des deux mains à son pistolet et il l’a brandi devant mon visage. Mais il n’a pas eu le temps de tirer le premier, c’est moi qui ai tiré …

Ça ne m’a pas fait peur d’avoir tué … Et pendant la guerre, je n’y pensais pas. Il y avait beaucoup de gens tués autour de nous, on vivait au milieu des morts. J’ai été étonné quand, des années plus tard, brusquement, j’ai commencé à rêver de cet Allemand. Je ne m’y attendais pas du tout … Il me poursuivait, ce rêve … Je suis en train de voler et lui, il veut m’en empêcher … Je m’envole, je vole … Il me rattrape et je dégringole avec lui … Je tombe dans une sorte de fosse … Je veux me redresser, me relever, et il m’en empêche … Je ne peux pas m’envoler à cause de lui …

C’était toujours le même rêve … Il m’a poursuivi pendant des dizaines d’années …

Je ne peux pas parler de ce rêve à mon fils. Quand il était petit, je n’y arrivais pas, je lui lisais des contes de fées. Maintenant qu’il est grand, je n’y arrive toujours pas … »

Flaubert a dit de lui-même qu’il était « un homme-plume ». Moi, je peux dire que je suis « une femme-oreille ». Quand je marche dans la rue et que je surprends des mots, des phrases, des exclamations, je me dis toujours : combien de romans qui disparaissent sans laisser de traces ! Qui disparaissent dans le temps. Dans les ténèbres. Il y a toute une partie de la vie humaine, celle des conversations, que nous n’arrivons pas à conquérir pour la littérature. Nous ne l’avons pas encore appréciée à sa juste valeur, elle ne nous étonne pas, ne nous passionne pas. Moi, elle m’a envoûtée, elle a fait de moi sa prisonnière. J’aime la façon dont parlent les gens … J’aime les voix humaines solitaires. C’est ce que j’aime le plus, c’est ma passion.

Le chemin qui m’a menée jusqu’à cette tribune a duré presque quarante ans. D’une personne à l’autre, de voix en voix. Je ne peux pas dire qu’il n’ait jamais été au-dessus de mes forces, ce chemin, bien des fois, j’ai été choquée et horrifiée par l’être humain, j’ai éprouvé de l’admiration et de la répulsion, j’avais envie d’oublier ce que j’avais entendu, de revenir au temps où j’étais encore dans l’ignorance. Et plus d’une fois aussi, j’ai eu envie de pleurer de joie en voyant la beauté de l’être humain.

J’ai vécu dans un pays où, dès l’enfance, on nous apprenait à mourir. On nous enseignait la mort. On nous disait que l’homme existe pour se dévouer, pour brûler vif, pour se sacrifier. On nous apprenait à aimer les hommes armés de fusils. Si j’avais grandi dans un autre pays, je n’aurais pas pu faire ce chemin. Le mal est impitoyable, il faut avoir été vacciné contre lui. Mais nous, nous avons grandi parmi des bourreaux et des victimes. Même si nos parents vivaient dans la peur et ne nous racontaient pas tout (la plupart du temps, ils ne racontaient rien), l’air que nous respirions était contaminé par ça. Le mal était toujours là, à nous épier du coin de l’œil.

J’ai écrit cinq livres, mais j’ai l’impression que cela n’en fait qu’un seul. Un livre sur l’histoire d’une utopie …

Varlam Chalamov [l’auteur des Récits de la Kolyma], a écrit : « J’ai participé à une grande bataille perdue pour un renouvellement effectif de la vie ». Moi, je reconstitue l’histoire de cette bataille – la victoire et la défaite. Comment on a voulu instaurer le royaume des Cieux sur terre. Le paradis ! La cité du soleil ! Et au bout du compte, il n’est resté qu’un océan de sang et des millions de vies gâchées pour rien. Mais il fut un temps où aucune idée politique du XXe siècle ne pouvait être comparée au communisme (et à son symbole, la révolution d’octobre), aucune n’exerçait sur les intellectuels occidentaux et sur les hommes du monde entier une fascination aussi puissante, aussi éclatante. Raymond Aron appelait la révolution russe « l’opium des intellectuels ». L’idée du communisme a au moins deux mille ans. On la trouve chez Platon, dans ses enseignements sur un gouvernement idéal et juste, chez Aristophane, dans ses rêves sur un temps où « tout sera mis en commun » … Chez Thomas More et Tommaso Campanella … Et plus tard, chez Saint-Simon, Fourier et Robert Owen. Il y a chez les Russes quelque chose qui les a poussés à tenter de réaliser ces rêves.

Voilà une vingtaine d’années, nous avons pris congé de « l’empire rouge » avec des malédictions et des larmes. Aujourd’hui, nous pouvons déjà considérer l’histoire récente calmement, comme une expérience historique. C’est important, car les discussions sur le socialisme ne sont toujours pas terminées. Une nouvelle génération a grandi, qui a une autre vision du monde, mais bien des jeunes lisent de nouveau Marx et Lénine. Dans des villes de Russie, on ouvre des musées consacrés à Staline, on lui dresse des monuments.

Il n’y a plus d’empire rouge, mais « l’homme rouge », lui, est toujours là. Il continue à exister.

Mon père, qui est mort il n’y a pas longtemps, a cru au communisme jusqu’au bout. Il avait gardé sa carte du Parti. Je ne peux pas prononcer le mot sovok, ce terme méprisant qui désigne aujourd’hui ce qui est soviétique, il faudrait que j’appelle comme ça mon père, des gens qui me sont proches, des gens que je connais. Des amis. Ils viennent tous de là-bas, du socialisme. Il y a parmi eux beaucoup d’idéalistes. De romantiques. Aujourd’hui, on les appelle les romantiques de l’esclavage. Les esclaves de l’utopie. Je pense qu’ils auraient tous pu vivre une autre vie, mais ils ont vécu une vie socialiste. Pourquoi ? J’ai longtemps cherché la réponse à cette question, j’ai parcouru de long en large cet énorme pays qui s’appelait il n’y a pas si longtemps l’URSS, j’ai fait des milliers d’enregistrements. C’était le socialisme, et c’était notre vie, tout simplement. J’ai recueilli par petits bouts, miette par miette, l’histoire du socialisme « domestique », du socialisme « intérieur ». La façon dont il vivait dans l’âme des gens. Ce qui m’attirait, c’était ce petit espace – l’être humain … Juste l’être humain. En réalité, c’est là que tout se passe.

Tout de suite après la guerre, Theodor Adorno, bouleversé, a dit : « Écrire un poème après Auschwitz est barbare ». Mon maître Alès Adamovitch, dont je veux aujourd’hui citer le nom avec gratitude, estimait lui aussi qu’écrire de la prose sur les cauchemars du XXe siècle était un sacrilège. Ici, on n’a pas le droit d’inventer. Il faut montrer la vérité telle qu’elle est. On a besoin d’une littérature qui soit au-delà de la littérature. C’est le témoin qui doit parler. On peut aussi songer à Nietzsche qui disait que pas un seul artiste ne peut supporter la réalité. Ne peut la soulever.

J’ai toujours été tourmentée par le fait que la vérité ne tient pas dans un seul cœur, dans un seul esprit. Qu’elle est en quelque sorte morcelée, multiple, diverse, et éparpillée de par le monde. Il y a chez Dostoïevski l’idée que l’humanité en sait bien davantage sur elle-même qu’elle n’a eu le temps de le fixer dans la littérature. Qu’est-ce que je fais ? Je recueille les sentiments, les pensées, les mots de tous les jours. Je recueille la vie de mon époque. Ce qui m’intéresse, c’est l’histoire de l’âme. La vie quotidienne de l’âme. Ce dont la grande histoire ne tient pas compte d’habitude, qu’elle traite avec dédain. Je m’occupe de l’histoire laissée de côté. J’ai entendu plus d’une fois, et je l’entends aujourd’hui, que ce n’est pas de la littérature, que c’est un document. Mais qu’est-ce que la littérature aujourd’hui ? Qui peut répondre à cette question ? Nous vivons beaucoup plus vite qu’avant. Le contenu fait exploser la forme. Il la brise et la modifie. Tout déborde et sort de son lit : la musique, la peinture, et dans le document, la parole échappe aux limites du document. Il n’y a pas de frontières entre les faits et la fiction, les deux se chevauchent. Même un témoin n’est pas impartial. Quand il raconte, l’homme crée, il lutte avec le temps comme le sculpteur avec le marbre. Il est un acteur et un créateur.

Ce qui m’intéresse, c’est le petit homme. Le grand petit homme, pourrais-je dire, car la souffrance le grandit. Dans mes livres, il raconte lui-même sa petite histoire et, en même temps que sa propre histoire, il raconte la grande histoire. Ce qui nous est arrivé et ce qui nous arrive n’a pas encore été pensé, il faut le mettre en mots. Pour commencer, il faut au moins le mettre en mots. Cela nous fait peur, pour l’instant, nous ne sommes pas encore en état de nous débrouiller avec notre passé. Dans Les Démons de Dostoïevski, en préambule à une conversation, Chatov dit à Stavroguine : « Nous sommes deux êtres qui nous rencontrons hors du temps et de l’espace … Pour la dernière fois ici-bas. Laissez tomber votre ton, prenez-en un qui soit humain ! Pour une fois dans votre vie, parlez d’une voix humaine. »

C’est à peu près ainsi que débutent mes entretiens avec mes personnages. Bien entendu, une personne parle depuis son époque, elle ne peut pas parler depuis nulle part. Mais il est difficile de parvenir jusqu’à l’âme d’un homme, elle est encombrée des superstitions, des parti-pris et des mensonges de son temps. De ce qu’on entend à la télévision, de ce qu’on lit dans les journaux.

J’aimerais vous lire quelques pages de mon Journal, pour montrer comment le temps avançait … Comment l’idée se mourait … Comment je suivais ses traces …

1980–1985

J’écris un livre sur la guerre … Pourquoi sur la guerre ? Parce que nous sommes des gens de la guerre, soit nous l’avons faite, soit nous nous y préparions. Si on y regarde bien, nous pensons tous d’une façon guerrière. À la maison, dans la rue. C’est pour cela que chez nous, la vie humaine a si peu de valeur. Comme à la guerre.

Au début, j’avais des doutes … Encore un livre sur la guerre … À quoi bon ?

Au cours de l’une de mes expéditions journalistiques, j’ai rencontré une femme qui avait été brancardière pendant la guerre. Elle racontait qu’un jour, en hiver, alors qu’ils traversaient le lac Ladoga à pied, l’ennemi avait remarqué leur mouvement et avait commencé à leur tirer dessus. Les chevaux et les gens disparaissaient sous la glace. Cela se passait pendant la nuit, et elle avait attrapé ce qui lui avait semblé être un blessé, elle l’avait traîné vers le rivage. « Il était tout nu, trempé, je me suis dit qu’il avait dû perdre ses habits … Une fois sur la rive, je me suis aperçue que ce que j’avais traîné était un énorme esturgeon blessé. Et j’ai lâché une bordée de jurons – les hommes souffrent, mais les bêtes, les oiseaux, les poissons – en quoi ont-ils mérité ça ? » Au cours d’un autre voyage, j’ai entendu le récit de la brancardière d’un escadron de cavalerie. Pendant une bataille, elle avait transporté un Allemand blessé dans un trou d’obus, et elle ne s’était rendu compte que c’était un Allemand qu’une fois en bas, il avait la jambe déchiquetée, il pissait le sang. Mais c’était un ennemi ! Que faire ? Là-bas, en haut, les nôtres étaient en train de mourir ! Mais elle a fait un pansement à cet Allemand, et elle est repartie en rampant. Elle a ramené un soldat russe sans connaissance. Quand il est revenu à lui, il a voulu tuer l’Allemand, et l’autre, qui avait repris conscience lui aussi, s’est précipité sur son fusil pour tuer le Russe. « Je leur ai flanqué une torgnole à tous les deux. On pataugeait tous dans le sang. Les sangs s’étaient mélangés. »

C’était une guerre que je ne connaissais pas. La guerre des femmes. Cela ne parlait pas de héros. Cela ne racontait pas comment des hommes tuaient héroïquement d’autres hommes. Je me souviens d’une lamentation de femme : « Quand on marche sur le champ de bataille après un combat … Ils sont, là, allongés par terre … Tous si jeunes, si beaux … Ils regardent le ciel. Ils font pitié, les uns comme les autres … » C’est ce « les uns comme les autres » qui m’a soufflé ce qu’allait être le sujet de mon livre. Il parlerait du fait que la guerre, c’est tuer. C’est cela qui reste dans la mémoire des femmes. Une homme vient de sourire, de fumer – et il n’est plus là. Ce dont les femmes parlent le plus, c’est de la disparition, de la vitesse à laquelle, à la guerre, tout se transforme en rien. L’être humain, le temps humain. Oui, elles avaient demandé elles-mêmes à être envoyées sur le front, à dix-sept, dix-huit ans, mais elles ne voulaient pas tuer. En revanche, elles étaient prêtes à mourir. À mourir pour leur patrie. Et aussi – on ne peut effacer cela – pour Staline.

Pendant deux ans, ce livre n’a pas été publié. Jusqu’à la perestroïka. Jusqu’à Gorbatchev. « Après votre livre, personne n’ira plus faire la guerre ! m’a déclaré un censeur. Votre guerre est effroyable. Pourquoi il n’y a pas de héros ? » Je ne cherchais pas des héros. J’écrivais l’histoire à travers les récits de témoins et de participants que personne n’avait remarqués. Auxquels personne n’avait jamais rien demandé. Nous ne savons pas ce que les gens, tout simplement les gens, pensent des grandes idées. Juste après la guerre, une personne aurait raconté une guerre, et des dizaines d’années plus tard, elle en raconte une autre, bien sûr, son récit se transforme, parce que dans ses souvenirs, elle met toute sa vie. Tout ce qu’elle est. La façon dont elle a vécu toutes ces années, ce qu’elle a lu, ce qu’elle a vu, les gens qu’elle a rencontrés. Ce en quoi elle croit. Et au bout du compte, si elle est heureuse ou non. Les documents sont des êtres vivants, ils changent en même temps que nous …

Mais je suis absolument convaincue que des jeunes filles comme celles de l’année 1941, il n’y en aura jamais plus. C’était le point culminant de « l’idée rouge », davantage même que la révolution et que Lénine. Jusqu’à aujourd’hui, leur Victoire s’interpose entre le Goulag et nous. J’aime infiniment ces jeunes filles. Mais avec elles, on ne pouvait pas parler de Staline, ni du fait qu’après la guerre, des trains entiers remplis de vainqueurs partaient pour la Sibérie, emmenant dans les camps les plus hardis. Les autres sont rentrés chez eux et ils se sont tus. Une fois, quelqu’un m’a dit : « Nous n’avons été libres que pendant la guerre. Dans les détachements d’avant-garde. » Notre plus grand capital, c’est la souffrance. Pas le pétrole ni le gaz. La souffrance. C’est la seule chose que nous produisons constamment. Je passe mon temps à chercher une réponse : pourquoi nos souffrances ne se convertissent-elles pas en liberté ? Sont-elles vraiment inutiles ? Tchaadaïev avait raison : la Russie est un pays sans mémoire, un espace d’amnésie absolue, un esprit vierge de critique et de réflexion.

Les grands livres, ce n’est pas ça qui manque, chez nous …

1989

Je suis à Kaboul. Je ne voulais plus écrire sur la guerre. Mais me voilà plongée dans une vraie guerre. On écrit dans la Pravda : « Nous aidons le peuple frère afghan à bâtir le socialisme. » Partout, des hommes en guerre. Des objets de guerre. Le temps de la guerre.

Hier, on ne m’a pas emmenée au combat. « Restez à l’hôtel, jeune fille. Après, on sera responsables ! » Je reste à l’hôtel, et je me dis qu’il y a quelque chose d’immoral à regarder le courage des autres, les risques que prennent les autres. Cela fait déjà deux semaines que je suis ici, et je ne peux me défaire du sentiment que la guerre est un produit de cette nature masculine qui m’est incompréhensible. Mais le quotidien de la guerre est grandiose. J’ai découvert que les armes sont belles : les pistolets-mitrailleurs, les mines, les tanks. Les hommes ont beaucoup réfléchi à la meilleure façon de tuer d’autres hommes. L’éternelle dilemme entre la vérité et la beauté. On me montre une nouvelle mine italienne, ma réaction « féminine » est de me dire : « Elle est belle. Pourquoi est-elle belle ? » On m’a pourtant expliqué que si on marche ou si on roule sur cette mine d’une certaine façon … sous un certain angle … tout ce qui reste d’un homme, c’est un demi-seau de viande. Ici, on parle de ce qui est anormal comme de quelque chose de normal, qui va de soi. C’est la guerre … Personne ne devient fou en voyant ce genre de scènes – un homme allongé par terre, qui n’a pas été tué par les éléments ni par le destin, mais par un autre homme.

J’ai vu charger « une tulipe noire », un avion qui ramène au pays des cercueils de zinc contenant les soldats tués. On habille souvent les morts avec de vieux uniformes datant des années quarante, avec des culottes bouffantes, et même ces uniformes, il arrive qu’il n’y en ait pas assez. Les soldats parlaient entre eux : « On a mis des nouveaux morts au frigo. On dirait que ça sent la viande sanglier pas fraîche ! » J’écrirais cela. J’ai bien peur que chez nous, on ne me croie pas. Nos journaux, eux, parlent des allées de l’amitié plantées par les soldats soviétiques.

Je bavarde avec les soldats, beaucoup sont des volontaires. Ils ont demandé à être envoyés ici. J’ai remarqué que la plupart d’entre eux viennent de familles cultivées – des parents enseignants, médecins, bibliothécaires – bref, des gens qui lisent. Ils rêvaient sincèrement d’aider le peuple afghan à construire le socialisme. Maintenant, ça les fait bien rire. On m’a montré l’endroit, dans l’aéroport, où sont entreposés des centaines de cercueils de zinc qui luisent mystérieusement au soleil. L’officier qui m’accompagnait n’a pas pu se retenir : « Peut-être qu’il y a mon cercueil, là … Ils vont me fourrer dedans … Pour quoi je me bats, ici ? » Et puis il a eu peur : « N’écrivez pas ça … »

La nuit, je rêvais de tués, ils avaient tous l’air étonnés : comment ça, je suis tué ? Je suis vraiment mort ? Ce n’est pas possible !

Avec des infirmières, je suis allée dans un hôpital pour civils afghans, nous apportions des cadeaux pour les enfants. Des jouets, des bonbons, des biscuits. Moi, j’avais cinq ours en peluche. Nous sommes arrivés à l’hôpital – un baraquement tout en longueur, et sur les lits, pas de draps, juste des couvertures. Une jeune Afghane s’est approchée de moi avec un enfant dans les bras, elle voulait me dire quelque chose, en dix ans, tout le monde, ici, a appris un peu de russe. J’ai donné un ours à l’enfant, et il l’a pris avec ses dents. « Pourquoi il le prend avec ses dents ? » ai-je demandé, étonnée. L’Afghane a soulevé la couverture. Le petit garçon n’avait plus de bras. « C’est tes Russes qui nous ont bombardés. » J’ai failli tomber, quelqu’un m’a retenue …

J’ai vu nos préparations d’artillerie transformer des kichlaks, c’est-à-dire des villages, en champs labourés. Je suis allée dans un cimetière afghan aussi grand qu’un kichlak. Quelque part au milieu du cimetière, une vieille Afghane hurlait. Et je me suis souvenu de cet autre village près de Minsk, de cette maison où l’on venait d’apporter un cercueil de zinc, de la mère qui hurlait. Ce n’était pas un cri humain, ni un cri d’animal … Il ressemblait à celui que j’ai entendu dans ce cimetière de Kaboul …

J’avoue que je ne me suis pas libérée tout de suite. J’étais sincère avec mes personnages, et ils me faisaient confiance. Chacun d’entre nous a suivi son propre chemin vers la liberté. Avant l’Afghanistan, je croyais dans le socialisme à visage humain. Je suis revenue de là-bas libérée de toutes mes illusions. « Pardonne-moi, ai-je dit à mon père en le retrouvant, tu m’as élevée avec la foi dans les idéaux communistes, mais il suffit de voir une seule fois ces anciens écoliers soviétiques, ceux auxquels vous enseignez, maman et toi (mes parents étaient instituteurs), de les voir tuer sur une terre étrangère des gens qu’ils ne connaissent pas, pour que toutes tes paroles tombent en poussière. Nous sommes des assassins, papa, tu comprends ? » Mon père a fondu en larmes.

Beaucoup de gens sont revenus libres d’Afghanistan. Mais j’ai encore un autre exemple. Là-bas, en Afghanistan, un garçon m’a crié : « Tu es une femme, qu’est-ce que tu peux comprendre à la guerre ? Tu crois qu’à la guerre, les gens meurent comme dans les livres ou au cinéma ? Dans les films et les livres, la mort c’est beau, mais moi, hier, j’ai vu un ami mourir d’une balle dans la tête. Il a couru une dizaine de mètres en retenant son cerveau avec ses mains … » Sept ans plus tard, ce même garçon, qui est devenu aujourd’hui un homme d’affaires brillant, aime bien raconter ses souvenirs d’Afghanistan. Il m’a téléphoné. « Pour-quoi tu écris ces livres ? Ils sont trop horribles. » C’était un autre homme, ce n’était plus celui que j’avais rencontré au milieu de la mort, et qui ne voulait pas mourir à vingt ans …

Je me suis demandé quel livre j’aimerais écrire sur la guerre. J’aimerais écrire un livre sur un homme qui ne tire sur personne, qui est incapable de tirer sur un autre homme, que la seule idée de la guerre fasse souffrir. Où est-il, cet homme ? Je ne l’ai pas rencontré.

1990–1997

La littérature russe a ceci d’intéressant qu’elle est la seule qui puisse raconter l’expérience unique à laquelle a été soumis un immense pays. On me demande souvent pourquoi j’écris toujours sur des sujets tragiques. Parce que c’est ainsi que nous vivons. Bien que nous habitions à présent dans des pays différents, « l’homme rouge », lui, est partout. Il vient de cette vie-là, avec ces souvenirs-là.

Pendant longtemps, je n’ai pas voulu écrire sur Tchernobyl. Je ne savais pas comment m’y prendre, avec quel instrument, et par où aborder cela. Le nom de mon petit pays perdu au fin fond de l’Europe, dont le monde n’avait presque jamais entendu parler jusque-là, a soudain retenti dans toutes les langues, et nous, les Biélorusses, nous sommes devenus le peuple de Tchernobyl. Nous avons été les premiers à être touchés par quelque chose de totalement inconnu. Il est devenu clair qu’en plus des défis du communisme et des nationalismes, en plus des nouveaux défis d’ordre religieux, d’autres problèmes nous attendent, plus terrifiants et plus absolus, qui sont pour l’instant invisibles à l’œil nu. Quelque chose s’est entrouvert après Tchernobyl …

Je me souviens des affreux jurons de ce vieux chauffeur de taxi quand un pigeon s’est jeté sur son pare-brise. « Il y en a deux ou trois par jour qui s’écrasent comme ça … Et dans les journaux, ils écrivent que la situation est sous contrôle … »

Dans les jardins publics, on ramassait les feuilles et on les emportait hors de la ville, on les enterrait. On découpait la terre dans les endroits contaminés et elle aussi, on l’enterrait – on enterrait de la terre ! On enterrait du bois, de l’herbe. Tout le monde avait l’air un peu fou. Un vieil apiculteur racontait : « Un matin, je suis sorti dans mon jardin, il y avait quelque chose qui manquait, un bruit familier … Plus une seule abeille … On n’entendait plus une seule abeille. Pas une seule ! Qu’est-ce qui se passait ? Elles ne se sont pas envolées le lendemain ni le jour suivant … Ensuite, on nous a dit qu’il y avait eu un accident à la centrale nucléaire, elle est tout près d’ici. Mais pendant longtemps, on n’a rien su. Les abeilles, elles, elles savaient, mais pas nous. » Dans les informations que les journaux donnaient sur Tchernobyl, il n’y avaient que des mots qui évoquaient la guerre : explosion, héros, soldats, évacuation … Dans la centrale, le KGB s’activait. Ils cherchaient des espions et des saboteurs, il y avait des rumeurs selon lesquelles l’accident était une action planifiée par les services secrets occidentaux pour porter préjudice au camp du socialisme. Vers Tchernobyl affluaient des blindés et des soldats. Le système fonctionnait de façon militaire, comme d’habitude, mais dans ce monde nouveau, un soldat avec une mitraillette flambant neuve, c’était tragique. Tout ce qu’il pouvait faire, c’était recevoir d’énormes doses de radiations et mourir en rentrant chez lui.

Sous mes yeux, l’homme d’avant Tchernobyl se transformait en homme de Tchernobyl.

Les radiations, on ne pouvait ni les voir, ni les toucher, ni sentir leur odeur … Nous nous trouvions déjà dans un monde qui nous était à la fois familier et inconnu. Quand je suis allée dans la zone, on m’a expliqué en vitesse qu’il ne fallait pas cueillir des fleurs, ni s’asseoir sur l’herbe, ni boire l’eau des puits … La mort était tapie partout, mais c’était déjà une autre sorte de mort. Avec de nouveaux masques. Une physionomie inconnue. Les vieilles personnes qui avaient vécu la guerre ont été évacuées une nouvelle fois, elles regardaient le ciel : « Le soleil brille … Il n’y a pas de fumée ni de gaz. Personne ne tire. Ce n’est pas la guerre, ça ! Et faudrait qu’on devienne des réfugiés ? »

Le matin, les gens se précipitaient sur les journaux et les refermaient aussitôt, déçus : on n’avait pas trouvé d’espions. On ne parlait pas d’ennemis du peuple. Un monde sans espions et sans ennemis du peuple, ça non plus, on ne connaissait pas. Quelque chose de nouveau commençait. Après l’Afghanistan, Tchernobyl faisait de nous des gens libres.

Pour moi, le monde s’est élargi. Dans la zone, je ne me sentais ni biélorusse, ni russe, ni ukrainienne, je me sentais la représentante d’un système biologique qui pouvait être anéanti. Deux catastrophes se sont produites en même temps : une catastrophe sociale – l’Atlantide socialiste a été engloutie par les eaux – , et une catastrophe cosmique – Tchernobyl. La chute de l’empire bouleversait tout le monde. Les gens étaient préoccupés par la vie quotidienne, au jour le jour. Avec quoi faire ses courses, comment survivre. En quoi croire. Sous quel nouvel étendard se rassembler à présent. Ou bien fallait-il apprendre à vivre sans grande idée ? La dernière solution n’était familière à personne parce que nous n’avions jamais vécu ainsi. « L’homme rouge » se trouvait confronté à des centaines de questions, et face à elles, il se retrouvait seul. Jamais il n’a été aussi seul qu’en ces premiers jours de liberté. J’étais entourée de gens en état de choc. Je les écoutais …

Je referme mon Journal …

Que nous est-il arrivé quand l’empire s’est effondré ? Avant, le monde était divisé en deux : il y avait les bourreaux et les victimes (c’était le Goulag), les frères et les sœurs (c’était la guerre). L’électorat, c’est de la technologie, le monde moderne. Avant, notre univers se divisait encore en ceux qui avaient fait du camp et ceux qui les y avaient envoyés, aujourd’hui, il se divise en slavophiles et en occidentalistes, en traîtres à la nation et en patriotes. Et aussi en ceux qui peuvent acheter et ceux qui ne peuvent pas. Ça, je dirais que c’est l’épreuve la plus cruelle après le socialisme, car il n’y a pas longtemps, nous étions tous égaux. Finalement, « l’homme rouge » n’a pas été capable d’accéder à ce royaume de la liberté dont il rêvait dans sa cuisine. On s’est partagé la Russie sans lui, et il est resté les mains vides. Humilié et dépouillé. Agressif et dangereux.

Voici ce que j’ai entendu en voyageant à travers la Russie.

– Chez nous, la modernisation n’est possible qu’avec des charachkas [prisons pour scientifiques], et des exécutions.

– Les Russes, ils n’ont pas envie d’être riches, ça leur fait même peur. Qu’est-ce qu’ils veulent ? Ils ont toujours voulu une seule chose : que les autres ne deviennent pas riches. Plus riches qu’eux.

– Chez nous, on ne trouve pas de gens honnêtes, mais on a des saints !

– Nous ne verrons jamais de générations qui n’aient pas connu les verges : les Russes ne comprennent pas la liberté, ce qu’il leur faut, c’est un cosaque et un fouet.

– Les deux mots principaux de la langue russe, c’est la guerre et la prison. On vole, on fait la fête, on vous colle en prison … On en sort et on y retourne …

– La vie en Russie doit être féroce et sordide, du coup, l’âme s’élève, elle prend conscience qu’elle n’est pas de ce monde … Plus il y a de saleté et de sang, plus il y a d’espace pour l’âme.

– On n’a pas la force de faire une nouvelle révolution, ni le grain de folie nécessaire. On n’a plus le cœur à ça. Les Russes, ils ont besoin d’une idée qui leur donne la chair de poule.

– Notre vie oscille entre le bordel et la baraque de camp – bordak et barak. Le communisme n’est pas mort, son cadavre est toujours vivant !

Je prends sur moi la liberté de dire que nous avons laissé passer la chance qui nous a été donnée dans les années quatre-vingt-dix. En réponse à la question : « Que devons-nous être, un pays fort, ou bien un pays digne où il fasse bon vivre ? », nous avons choisi la première option : un pays fort. Nous voilà revenus au temps de la force. Les Russes font la guerre aux Ukrainiens. À leurs frères. Mon père est biélorusse et ma mère ukrainienne. C’est le cas pour beaucoup de gens. Des avions russes sont en train de bombarder la Syrie …

Le temps de l’espoir a été remplacé par le temps de la peur. Le temps est revenu en arrière … Nous vivons une époque de seconde main …

À présent, je ne suis pas sûre d’avoir terminé l’histoire de cet « homme rouge » …

J’ai trois foyers : ma terre biélorusse, la patrie de mon père où j’ai vécu toute ma vie, l’Ukraine, la patrie de ma mère où je suis née, et la grande culture russe, sans laquelle je ne peux m’imaginer. Tous les trois sont chers à mon cœur.

Mais de nos jours, il est difficile de parler d’amour.

Traduction: Sophie Benech

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Merci à Michèle pour l’envoi…

Gaëtan

La demain d’oeuvre

 

Elois

…les machines étaient de plus en plus productives, les hommes aussi, et bientôt le seul travail des français consisterait à presser leurs petites télécommande afin que des esclaves professionnels ou ménagers réalisent les moindres tâches qui leur causaient autrefois tant de peines, de difficultés ou de tracas. Ci-gît la défunte société des loisirs, Le Monde

HIER 

Je devais avoir 16 ans et suffisamment  de boutons ( d’acné) pour coudre une toile de tente  quand le prof commença à nous décrire le monde merveilleux de demain: la société des loisirs. Les robots allaient prendre la relève du condamné « à gagner son pain à la sueur de son front » et nous allions tous aller voyagedenocer sur la lune. Vers l’an 2000…  Il posa alors la question qui tue à un jeune assis à l’avant de la classe mais dont l’esprit flottait derrière:

– Que fais-tu comme activité? As-tu des passions, des rêves pour ton avenir ?

Le pauvre garçon qui déjà était en loisirs « prolongé », envasé dans sa paresse d’ado gélatineux, fit non de la moue. Avec pas un seul mot.

Le prof écarquilla les yeux.

– Mais que vas-tu faire quand arrivera la société des loisirs?

Il bougea de l’acné, sans plus.

Devant ce silence étrange, le prof paniquait à l’idée de voir quelqu’un de chanceux ne rien faire, sauf travailler une quinzaine d’heures par semaine. Pour le reste, il pouvait s’adonner à la farniente la plus saugrenue. C’est ce qu’il avait dit le prof: 15 heures semaine. Alors, je me suis dit, c’est le temps d’en profiter: les femmes ne travaillent pas. ( c’était il y a longtemps… Oui,oui! Bien sûr… Les tâches ménagères, les enfants, les plancher à laver, et tout le reste). Les femmes qui se mariaient étaient des FAF: femmes au foyer. Je me suis donc dit  que si elles ne travaillaient pas, elles pourraient faire l’effort d’aller faire une carrière de 7h30 par semaine. Sans être Christine Lagarde au FMI, une FAF devrait au moins s’émanciper. Se libérer…

Silence total: on aurait pu entendre une abeille du village voisin faire l’amour à une marguerite.

AUJOURD’HUI

Longtemps je me suis couché de bonne heure. 

Nous arrivâmes à l’heure actuelle en piètre États. La pharmacologie dut créer des pansements pour l’âme, afin de guérir les travailleurs d’une donnée non prévue à l’époque, et dont la plupart des travailleurs furent victimes: le stress. Il ne fut pas prévu, non plus, que les FAF pourraient aller se battre en Irak. Même le mari de la FAF n’avait pas prévu que la dernière lettre, ayant pour mot  foyer allait coûter les yeux de la fête. Car nos deux grands brûlés, arrivèrent le soir, incapables de faire l’amour, néantisés par la fatigue, ne purent produire que deux travailleurs tout au long de leu vie active. Ni que le point G allait devenir le point G7 ou G20. Et que dans certains pays il faudrait importer de la main-d’oeuvre pour étancher la faim des investisseurs.

La moitié de la classe, voire celui assis et sans réponse est maintenant droguée au travail. Le travailleur fiévreux  coure  les usines, les compagnies , à travers le monde pour devenir un athlète du boulot. Ou simplement survivre à la paperasse…

Bref, d’assis sur les bancs d’école, le citoyen devint une sorte d’ Éloïs  à demi anesthésié, victime des Morlocks souterrains.   Il est injecté chaque jour d’une bonne dose de goebbelisation, et travaille à bâtir un monde meilleur et des armes meilleures pour détruire le monde meilleur.

Le banquier qui était votre ami l’est encore… Mais sur Facebook.

DEMAIN

Je me suis laissé réquisitionner. Mes mains étaient vides et je ne pouvais lutter ni contre le roi ni contre le gendarme qui avait des fusils et des pistolets. Ils ont prétendu que je m’appelle Iacob et non Ion comme m’avait baptisé ma mère. Ils m’ont enfermé avec des juifs dans un camp entouré de barbelés, — comme pour le bétail — et m’ont obligé à faire des travaux forcés. Nous avons dû coucher comme le bétail avec tout le troupeau, nous avons dû manger avec tout le troupeau, boire le thé avec tout le troupeau et je m’attendais à être conduit à l’abattoir avec tout le troupeau. La vingt-cinquième heure, Virgil Gheorghiu

L’hélium est un gaz noble ou gaz rare, pratiquement inerte.

La main-d’oeuvre sera de la moins d’oeuvre. Les robots – quelle nouvelle! – n’ont pas été construits pour alléger la tâche des travailleurs, mais pour gonfler les avoirs des banques qui servent à gonfler des avoirs des investisseurs, des banques, des investisseurs, des…

Il n’y aura plus qu’un seul métier: souffleur de ballons. À l’hélihomme…

Proust écrivait au passé simple, le politicien continuera de parler au futur antérieur, et les banquiers au présent du subjonctif trafiqué. On revient toujours à la machine à voyager dans le temps.  On l’avait prédit: le travail n’existera plus. Si vous en doutez, vous êtes un complotiste .08.

Le conformisme rend l’homme libre. Comme le travail… Arbeit Mach Frei.  Demain nous serons des vendeurs de mains, de cerveaux, de tout ce qui pourra servir quelques mois par an pour boucher les trous du « progrès ». Nous serons SDF mondialiste, allant de pays en pays, avec la FAF et la marmaille, pour trouver bonheur dans un coin du monde paisible. On nous avait dit qu’il n’y aurait plus de guerre.

Personne ne loisira: il faudra chercher de l’emploi 7  jours sur 7 .  C’est une manière que l’on aura trouvé de rendre responsable le travailleur  voleur de bisbilles de farniente.

Mais, au moins, demain, c’est pas loin. Demain c’est jeudi. N’oubliez pas le cadran pour remplir les formulaires et rencontrer vos agents…  Les Morlocks n’ont plus peur de la lumière: il vivent dans des bureaux, au 20e étage. N’oubliez pas votre matricule.

Gaëtan Pelletier

Juin 2015

 

Le sucre, cause des guerres ?

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Comme on le voit sur cette image, ce soldat ayant perdu son char – on voit ce qui reste par la roue – porte un âne sur lui.

Il a mangé trop de sucre, enfant.

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Les études sont les choses les plus «scientifiques» mais en même temps les plus stupides au monde. On peut montrer n’importe quoi. Dire que les citoyens payent des impôts pour que des chercheurs fassent des études et en arriver à des résultats parfois surprenants.

Surtout, très pleins de bon sens…

Selon une étude, trop de bonbons durant l’enfance favorise la violence. On ne parle pas des crétins de dirigeants qui sont à la tête des pays et qui envoient de jeunes soldats sucrés pour les grandes causes….

Les armes de destruction en Irak : du bonbon pour les assoiffés de terres, d’argent, de pouvoir.

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SUÇON POUR ENFANT

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SUÇON POUR ADULTE: BALLES DE AKK47

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L’ARTICLE

Trop de bonbons dans l’enfance favorise

la violence à l’âge adulte

Agence France-Presse
Londres

Les enfants qui mangent des sucreries tous les jours présentent plus de risques de devenir des adultes violents, selon une étude de chercheurs de l’université de Cardiff (pays de Galles) publiée jeudi.

L’étude, publiée dans le numéro d’octobre du British Journal of Psychiatry, est la première à examiner les effets de l’alimentation des enfants sur la violence à l’âge adulte.

L’analyse portant sur plus de 17.415 Britanniques nés en 1970, qui participent à une étude interdisciplinaire à long terme, a conclu que les enfants de 10 ans qui mangeaient des sucreries de façon quotidienne ont un taux de condamnation pour violences plus élevé entre 29 et 34 ans.

Les scientifiques ont observé que parmi les individus violents dans cette tranche d’âge, 69% avaient mangé des sucreries et des chocolats presque tous les jours dans l’enfance, tandis que chez les adultes non violents, seulement 42% avaient reçu une dose quotidienne de sucreries.

«Notre meilleure explication est que donner aux enfants des sucreries et des chocolats régulièrement pourrait les empêcher d’apprendre à patienter avant d’obtenir ce qu’ils veulent» et les pousser «à un comportement impulsif, étroitement associé à la délinquance», a indiqué Simon Moore, responsable de l’équipe scientifique. Cyberpresse ( Agence France Presse).

Et le reste…

Gaëtan Pelletier

Les vraies raisons de l’assassinat du guide libyen Kadhafi…RIP

 

Alerte : Les Etats-Unis d’Amerique préparent des armées régionalisées

armée régionalisée

par Roberto M. Yepe Papastamatin *

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La nouvelle stratégie des Etats-Unis appelle une réponse de l’Amérique Latine et des caraîbes, et cette réponse doit être aussi régionale. Sans aucun doute il s’agit d’un thème tout à fait pertinent à aborder au sein de l’Alba-TCP, au conseil de la Défense de l’UNASUR et au sein de la CELAC.

Le 19 octobre dernier, le quotidien le New York Times publiait un reportage qui devrait préoccuper sérieusement tous les gouvernements, et les forces politiques et sociales qui défendent la souveraineté de leurs pays respectifs et qui luttent pour un monde plus équilibré. Sous le titre suggestif de « Les Etats-Unis préparent une stratégie pour l’Afrique, au Kansas » [ U.S. Army Hones Antiterror Strategy for Africa, in Kansas ], le travail du journaliste Eric Schmitt impressionne par la clarté avec laquelle il révèle la stratégie du Pentagone pour surmonter les fiascos d’Afghanistan et d’Irak et maintenir la suprématie hégémonique des E.U. au niveau mondial, avec cette fois avec une utilisation plus efficace du pouvoir militaire.

Selon le reportage, des milliers d’effectifs militaires qui étaient auparavant déployés en Afghanistan se sont préparés à Ford Riley, Kansas, pour développer des missions en Afrique, c’est une partie de la nouvelle stratégie du Pentagone que d’entraîner et de conseiller les forces autochtones pour l’affrontement de « menaces terroristes » et « autres risques de sécurité », de manière que les forces étasunienne n’aient pas à le faire directement. Dans l’étape initiale de ce programme, une brigade de 3 500 effectifs de la Première Division d’Infanterie de l’Armée, connue comme la Big Red One, sera utilisée pour opérer plus de 100 missions en Afrique au cours de l’année à venir.

Ces missions engloberont depuis des équipes de deux francs-tireurs au Burundi jusqu’à des armées aérotransportées et humanitaires en Afrique du Sud avec des groupes de 350 soldats. Des équipes de la brigade qui se préparent au Kansas ont déjà entraîné des forces au Kenya et en Tanzanie qui en ce moment affrontent le mouvement Al-Shabab en Somalie. Selon le lieutenant-colonel Robert E. Lee Magee, dont le bataillon a envoyé des troupes au Burundi, au Niger et en Afrique du Sud au cours des derniers mois, et dont l’unité se déploiera à Djibouti au mois de décembre prochain, « notre objectif est d’aider les africains a résoudre les problèmes africains, sans qu’une grande présence étasunienne soit nécessaire »

Toujours selon le reportage du quotidien newyorkais, « le Commandement militaire des Etats-Unis pour l’Afrique est un ballon d’essai pour ce nouveau programme de l’Armée, qui a pour finalité de créer des brigades alignées régionalement et qui éventuellement s’étendra l’année prochaine à tous les commandements du Pentagone qui s’occupent des différentes zones géographiques du monde, incluant l’Europe et l’Amérique Latine ». Pour le général Ray Odierno, Chef d’Etat Major de l’Armée, l’objectif est de préparer une armée qui puisse être utilisée régionalement dans tous les commandos combatifs, « avec la finalité de soutenir et exécuter notre stratégie de sécurité nationale »

Pour n’importe quel lecteur bien informé, la signification de l’utilisation du concept de la « sécurité nationale étasunienne » paraîtra évidente. En temps de crise fiscale, et dans une situation de détérioration morale sans précédent de l’impérialisme usaméricain, les stratèges politiques et militaires des Etats-Unis sont à la recherche d’une façon de maintenir leur suprématie globale de la manière la plus économique possible, et de minimiser leur présence et la perte d’effectifs militaires propres. Et pour cela, ils cherchent à potentialiser la préparation et la mobilisation des forces militaires d’autres pays en fonction des intérêts étasuniens dans chaque scénario régional.

Dans le cas de l’Amérique latine, ce nouveau dessein stratégique a été exposé de manière transparente il y a un an dans le document du Pentagone intitulé « La politique de défense pour l’hémisphère Occidental », dans lequel il est signifié sans aucune pudeur ; “Nous poursuivrons l’identification des opportunités de collaboration pour dérouler des actions qui transcendent l’hémisphère. Ce projet non seulement renforce les associations des Etats-Unis dans l’hémisphère, mais aussi il renforce l’importance qu’elles revêtent pour soutenir les priorités globales des Etats-Unis, incluant la réorientation jusqu’en Asie et au Pacifique ». Cela veut dire que ce qu’ils prétendent obtenir, c’est la mobilisation subordonnée des forces militaires latino-américaine et caraïbes en fonction des intérêts étasuniens au niveau global et particulièrement de leurs objectif stratégique de maintenir une position dominante en Asie et de contenir l’émergence d’une nouvelle superpuissance dans la région.

La nouvelle stratégie globale des Etats-Unis appelle une réponse de l’Amérique Latine et des Caraïbes, et cette réponse devrait également être régionale. Sans doute est-ce un thème particulièrement pertinent de débat pour l’Alba-TCP, le Conseil de Défense de l’UNASUR et la CELAC. Il ne s’agit pas de prévisions d’opinions de militants radicaux de gauche ou d’anti nord-américains. Les documents mêmes du gouvernement des E.U et la presse de ce pays nous avertissent de ce qui vient. Dans le nouvel équilibre mondial qui se constitue, il est urgent de défendre l’autonomie stratégique de l’Amérique Latine et des Caraïbes non seulement dans sa dimension politique, mais aussi militaire.

Roberto M. Yepe Papastamatin * pour Con Nuestra América

Con Nuestra América, le 2 novembre 2013

Traduction française pour Les états d’Anne : Anne Wolff

El Correo. Paris, le 4 novembre 2013.

http://les-etats-d-anne.over-blog.com/article-projet-global-d-instrumentalisation-des-armees-mondiales-au-service-des-interets-et-de-la-securites-120942486.html

Note de la traductrice

Un petit mot au sujet de ce texte. Depuis un moment je m’intéresse au processus de militarisation de la planète dont nous sommes témoins ainsi qu’à d’autres aspects de la guerre globale, guerre, économique, cybernétique. Je constate que les lecteurs francophones ont fort peu accès à des données pourtant fondamentales, indispensable pour comprendre les différents modes et aspects qu’adopte cette guerre globale qui pourtant affectent nos quotidiens. De nombreux auteurs latino-américains traitent par contre de ce « problème » en profondeur et en extension, nous donnant des éléments qui nous permettent de comprendre des processus qui sont également à l’œuvre dans nos régions, l’application du programme écrit par et pour le Pentagone qui se déroule actuellement et jusqu’à 2020. Le principe fondateur énoncé par ce programme est « l’obtention de la domination du spectre complet » censément au service « de la défense des intérêts et de la sécurité des Etats-Unis ». Comme le dit l’auteur ci-dessus, nul lecteur « bien informé » ne peut ignorer que ce concept recouvre une réalité toute différente de celle qu’il énonce. Non seulement, il ne s’agit plus de défense mais bien d’une guerre de conquête des ressources de la planète, mais il n’est plus non plus question des « Etats-Unis » au sens où ce terme est censé évoquer les habitants de ce pays. Il s’agit par contre clairement de défendre les intérêts d’une oligarchie transnationale, oligarchie qui a pris le contrôle non seulement du gouvernement étasunien mais aussi de son armée et qui se comporte toujours d’avantage en « propriétaire de planète »,propriétaires non seulement des terres et ressources, ais aussi des destins des habitants, exerçant un droit de contrôle sur leur comportement jusque dans l’intimité, jusqu’à nos pensées qui sont de plus en plus contraintes de se conformer au cadre normatif imposé, sous peine de criminalisation, sous peine de psychiatrisation, alors que s’opère une dangereuse dérive qui se traduit par « sous peine de mort, sans procès, ni jugement ». Cette dernière dérive se traduit dans le droit qui s’étend, que s’arrogent le président des Etats-Unis, armées, paramilitaires, police, DEA, et qui à présent s’inscrit creuse son chemin pour prendre toujours d’avantage le caractère d’une pseudo-légalité de tirer à vue sur ceux qui seront qualifiés de terroristes ou de narcotrafiquants et dont nous constatons dans les faits qu’ils sont bien plus souvent des résistants, des dissidents, voir les « dommages collatéraux ». Ne nous trompons pas sur ce qu’incarnent ces dommages collatéraux. Ils ne sont pas les victimes de tragiques erreurs, mais bien des éléments importants nécessaires pour instaurer cet état de terreur permanent qui paralyse les peuples et les réduits à l’impuissance. Pour ceux qui l’ignorent, sachez que le droit de tirer à balle dans la foule en cas d’émeutes est inscrit dans la Constitution Européenne.

Le nouveau décret grec qui applique une directive de l’Union Européenne, qui s’étendra donc à l’Ensemble des pays de la Zone concrétise ce qui n’est plus « une dérive de la démocratie » ais bien la claire instauration du totalitarisme, en voici le contenu

Quiconque qui, de manière intentionnelle viole les sanctions ou les mesures restrictives instituées à l’encontre des États ou des entités ou des organismes ou des personnes physiques ou morales, par les décisions du Conseil de sécurité des Nations Unies ou par celles des réglementations de l’UE, ceci est passible d’emprisonnement d’au moins six mois, la peine maximale étant deux ans d’emprisonnement, sauf si, une autre disposition prévoit une peine plus lourde. Les dispositions de l’alinéa précédent s’appliquent de même, que lorsque ces actes ne sont pas répréhensibles en vertu des lois du pays où ces faits sont perpétrés”.

Ironiquement, je pourrais dire que même au Honduras, ils n’ont pas osé aller aussi loin dans la légalisation de l’inique et de l’illégitime.

Nous devons affronter aujourd’hui une redoutable tendance, une bande de crétins – désolée, je ne vois pas d’autre mot – manipulés qui se prennent pour les Nouveaux Inquisiteurs ou leurs valets, font aujourd’hui la chasse aux sorcières de service, les daltoniens incultes, chasseurs de « rouge-bruns », ont tout d’un nouveau clergé fanatisé.  Je comprends qu’on puisse être lassés du fanatisme avec lequel d’autre part certains ressassent inlassablement les mêmes arguments pour prouver que les attentats de 11 septembre 2001 ont été menés sous fausse bannière, contribuant à faire une publicité imméritée à cet incident mineur d’une longue guerre. 3OOO morts, deux tours pas très belles, les Afghans, les Irakiens, les Libyens, les Syriens, pour ne citer qu’eux, seraient certainement « soulagés » de n’avoir eu à souffrir qu’un incident aussi minime plutôt que les guerres sans quartiers qui y ont assassiné, torturé les peuples, détruits les infrastructures et semé la destruction irréversible de l’uranium appauvri et j’en passe. De même un complot ne se poursuit pas de génération en génération sans qu’il soit supporté par une idéologie forte et contraignante pour ceux qu’elle formate. Le problème fondamental est donc cette idéologie et non ceux qui vont l’incarner qui ne sont que les rouages d’une machination qui les précède et dont nous espérons qu’elle ne leur survivra pas.

L’urgence est donc de se concentrer sur cette idéologie, nous reconstituer les boîtes à outils conceptuelles, sans se laisser impressionner par les Inquisiteurs de service, pour en comprendre la nature, les implications, d’en repérer les applications, les modes de fonctionnement, les champs d’action. De la démonter comme on démonte une mécanique pour en identifier les rouages. Une clé pour comprendre ces processus est le principe du programme du Pentagone Joint Venture 2020 « obtention de la domination du spectre complet », un programme qui comporte une militarisation de l’ensemble de la société, sa mise au service des Intérêts et de la Sécurité des Transnationales qui sont les Eléments Dominant d’un Monde-Marché-Unique, dans lequel tout est marchandise, objet de commerce, susceptible de produire du Profit dont on ne sait plus trop bien à qui il bénéficie finalement, les aspirants Propriétaires du Monde feraient plutôt pitié qu’envie et si nous avons à nous préoccuper d’eux, c’est qu’ils sont néfastes pur l’ensemble des habitants de la planète qu’il entendent dominer et contraindre, surveiller et punir !

Anne Wolff

Quelques traductions inédites sur ces thèmes

En ce qui concerne ce programme J.V. 2020, une description et analyse ici

Militarisation impérialiste : nouveaux masques pour de vieux projets

En ce qui concerne son application deux textes clés de Nick Turse , initialement publié sur TomDispatch qui les résume fort bien

La nouvelle doctrine d’obama : un plan en 6 points pour une guerre globale. Ou comment mettre la planète à feu et à sang…

Les opération spéciales « us » mènent guerre secrète dans 120 pays

Et, parmi bien d’autres, dont les premiers cités, nous permettent d’établir les liens entre eux, qui décrivent application et ramifications

« culture stratégique » : le commandement sud et la militarisation des universités

Décrit la mise au service du projet global des universités mais aussi de la société civile et qui fonctionne déjà en France sous le nom de clubs « société défense », par exemple à Lille, alors que le projet militaire conjoint de lutte contre-insurrectionnel y a pour nom « Opération Scorpion »

Un exemple d’application de cette « culture stratégique »

L’avant-garde yanqui en Amérique Centrale : peuples indigènes en grand danger !

Un des visages de la doctrine dite d’Obama, la fusion des armées officielles et privées, ainsi que des entreprises et services de renseignement dont le rôle de garde-chiourme et assassins au service des transnationale est très, très, très clairement démontrés en Amérique Latine :

Les entreprises militaires privées pénètrent l’Amérique Latine

Ceci n’est qu’un tout petit aperçu du travail accompli par ces nombreux chercheurs (et dont de nombreuses traductions inédites figurent sur ce blog) qui recomposent les toiles entrecroisées des processus qui conduisent à la « domination globale », et malheureusement à de rares exceptions près, les chercheurs européens ont tendance à briller par leur absence. Forcément, les chasseurs de sorcières leur ont confisqué les outils qui nous permettraient de comprendre et d’expliquer la réalité de la globalisation et qui se passe très bien du 11 septembre 2001 pour prouver que ce projet s’installe de manière occulte ou discrète, utilisant les guerres sous faux prétexte,  la manipulation, la corruption, le conditionnement psychologique des « élites » et des peuples, l’infiltration-subversion, les assassinats sélectifs, etc.,… pour s’imposer comme ultime et unique idéologie à l’exclusion de toute autre.