Archives mensuelles : avril 2019

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Bingo!

Le Dépotoirium, Chapitre 31

31

La vie est désormais une nouvelle version de la fable de La Fontaine : le renard a la liste de tous les corbeaux et  la quantité de leurs fromages, ainsi que la qualité. .C’est un calculateur et parleur, un babillard qui a la langue dans toutes les poches des banques. Il use de ces réseaux dits « sociaux » pour glaner vos goûts, vos dégoûts, vos amours, vos désamours, et il se pourlèche les babines tel un loup se glissant dans votre ordinateur.  Il vous traque et vous détraque dans un amalgame de fourberies. Un vrai magicien d’US.  Il forme même des renards pour aller conter fleurette aux corbeaux.  Ponzi Way Of Doing !

***

Dans la grande trousse fournie par l’État concernant l’art de réussir sa vie, il n’y a plus que quelques mots : la trilogie, travail,  argent, économie. Le « nouveau travail » consiste à jouer au savant en participant à la science disjonctée, (parfois en vendant son cerveau aux nations les mieux nanties), pour motifs de profits, bien souvent, et par quelques hurluberlus qui rêvent de conquérir la planète Mars, sans toutefois en connaître les raisons pratiques. Impôts et taxes sont désormais le don obligé. Viva le nouveau dieu qu’est l’homme! Et comme dans toute religion, celle-là, laïque, il existe des formes nouvelles de dîmes et de dons obligés pour que le citoyen participe aux grandes œuvres qui sont l’équivalent des cathédrales de jadis.  Les épluchés sociaux, pelés par les boutiquiers stockeurs mondialistes vous formatent une vie de bonheur au bas de chaque écran que vous regardez, aux marteaux des pubs plus invasives que des punaises de lit. On vous intoxique lentement à la compétition. Pour l’estime de soi, il faut « abattre » les autres. « Je suis diplômes. Je suis travail. Je suis réussite. » L’impatience vous gangrène l’esprit. Vous vous tendez. Vous êtes un arc et vos flèches se retournent, en fin de compte, toutes sur vous. On veut bien mourir, mais pas chaque jour. Big Pharma est le pompier douteux qui éteint les feux de vos douleurs. Dormez à l’oxycontin, flottez jusqu’à Zanzibar au diazépam, et mourez au hasard dans un van, sous les yeux de vos enfants rivés à leurs tablettes. Les hyper riches sont les nazis du 21ième siècle éparpillés sur un tout petit globe bleu. Avalez  toutes ces recettes  sophistiquées pour trouver un croûton de bonheur. Le nouvel Hitler n’est aucunement raciste. Il s’est même multiplié comme un pain de Jésus.   Que tu sois de Karachi, de Saint-Juste-de-la Bretonnière,  de Tangso, de Lagos, de Gamirasu, de Metz, peu importe. Tous goûteront à la finale cancéreuse de la planète. Car la finance s’est emparée de toute la nature, des hommes, et même d’une nouvelle drogue : la surconsommation, à la portée de tous grâce au crédit. Il vous lance de « l’avoir » comme on lance des biscuits à une Blondi affamée, chienne d’Adolf.

Nous encourageons des armuriers de nos impôts. Igor en a-t-il contre René, Edward contre Kheilane, Adib contre Lenka?  On mourra de nos bonheurs en nourrissant des fous qui aiguisent des armes et ses conspirations dont on admire le génie.  Chaque humain est devenu une putain. Nous sommes en « activité putanière » à temps plein. Nos salaires sont des rations. Le reste s’en va à l’État pour acheter le nécessaire pour se défendre contre un ennemi dont nous ne savons rien, sinon que c’est un humain comme nous.

***

Depuis que Mona est née nous trouvons le sommeil dans les  recoins du jour et de la nuit.  Ce printemps, la pluie a fait son pipi de cumulus stradivarius, un vrai violon transformé en bateau, qui déluge et déluge jusqu’à déraciner des arbres et des maisons. La neige s’en va sous terre. Elle meurt lentement à la vue du soleil et de l’axe de la Terre qui pivote. Mona nous donne à peine le temps de regarder la télévision pour être au courant de tous les bons coups tordus qui dérèglent la belle race humaine. Mona a de petites pousses  de cheveux roux. Les oiseaux reviennent du Sud et se perchent sur les fils électriques. Ils n’ont pas peur de tomber parce qu’en chutant, ils ont leurs ailes. Ils ne savent même pas qu’ils ont des ailes comme nous ne savons pas que nous avons une âme. Autre chose sous ce capot qu’est le corps.  Nos vies sont sur des fils et nous n’avons pas d’ailes. Alors, comme tout le monde, nous tombons, nous chutons.  Quand je  regarde les oiseaux,  je me dis que « dieu » les a mis pour nous montrer le chemin de l’âme. Parfois, on dirait des peintures volantes, des chanteurs un peut trop matinaux,  les êtres les plus libres en ce monde. Plus libres que les humains.  Les arbres se sont fait des bébés-feuilles. Au début, c’est tout menu. Elles ont l’air frêle. Puis  ça s’ouvre comme des antennes paraboliques pour boire  la lumière et la chaleur du soleil. Le soleil est un tétin  pour tout le vivant.

De temps en temps, on parle à Anne et Carl par Skype. On s’est demandés pourquoi on avait mis au mon des enfants.  Ce doit être pour la même raison que les arbres font des bourgeons.  On s’inquiète. On s’inquiète parce que lorsque les enfants  auront trente ans, on sera en 2050. En 2050, ils achèteront sans doute des bouteilles d’air de Chine et « Eau Canada » sera la propriété d’intérêts étrangers. C’est aussi compliqué que ça. Pendant l’hiver on avait hâte au printemps. C’est le printemps et on a hâte à l’été. Avoir hâte est l’envers d’être. On ne peut pas « bien exister » si notre cerveau est une masse mouvante de pensées et de poisons de tout le barda de ce monde. Il fallait trouver une solution pour échapper aux torrents de « la pensée ». Si vous dites aux gens qu’ils sont pensés, ils le nieront. Ils disent qu’ils pensent. Ils se croient supérieurs parce qu’ils pensent en s’abonnant à tous ceux qui « pensent ».   Les hommes sont liés aux idées pareilles aux chiens attachées à leurs niches. Et ils croient  être libres… Nous consommons de la connaissance ( du savoir en boîte)  et des certitudes. Les hommes sont toujours des enfants qui ne sont pas sortis de leur berceau et des bras de leurs mamans. Il en est qui vendent de la drogue et d’autres des idées.  Et nous payons cher pour entretenir des gourous à cravate, des poteaux technologiques – comme ces miroirs donnés aux attardés que nous sommes.  Il y a entre la réalité et nous tout un monde qui barre la route de nos esprits, de nos âmes. La « réalité », l’ouverture d’esprit, le silence, tout cela est fondu et nos rapports au monde réel éclatés. Il est là le nouvel apprentissage du siècle du numérique, du fatras organisé, des peurs vendues aux quatre coins de la planète. On ne peut rien apprendre si « nous sommes appris ». Mais nous jappons, grognons, à genoux, couchés, limités. Nous préférons acheter des limites vendues sous couvert de sécurité et de confort. Ces limites mêmes sont nos chaînes. L’être humain est un être d’aventure de l’esprit, d’âme. Et plus nous sommes « usinés », plus nous nous morfondons dans un moule invisible taillé par les financiers, les faux meneurs des pays. Il n’existe plus de pays, il n’existe que des usines.  Et les riches nous lancent leurs os, prenant tout le reste. Et ils enferment l’avoir comme un trésor. Il n’existe pas de trésor mort et utile. Ce qui est utile est vivant et bouge. Et c’est ainsi que les chiens ne sont plus bons qu’à faire des os pour les chiens +.  Chèques et math. Carte de débiles. Cartes de crédit. Nous sommes vides comme des lapins de Pâques. Une croquée et le lapin se brise sous la dent, émietté-chocolat. C’est bon comme si Jésus était caché à l’intérieur.

La pensée du jour

Vous ne pouvez pas être sensible si vous n’êtes pas passionné.

 Krishnamurti

***

Le soir, comme d’habitude, Maggie et moi, ont lis dans notre lit. Chacun ses bouquins. Elle recherche des stylistes-penseurs. Depuis que je suis né j’ouvre des livres, fasciné par les récits des grands conteurs, captivé par les mots et les phrases, les paragraphes, les pages et l’odeur des livres. Ça sent le souvenir et le plaisir du souvenir.  Avec les livres électroniques, les odeurs ont déserté, la vie y est désertée, trop apprise dans l’ordre rendu coquet. Les fleurs de rhétorique n’ont plus leur parfum de jadis. On a tué le mystère des madeleines.  En ouvrant les livres d’aujourd’hui, la culture est livresque. On écrit à partir des livres et non de la vie.  Ils/elles ont le style sucré, barbe à papa, et à la fin du livre il ne reste rien. Rien sur la vie, le cosmos, la misère humaine. Il faut en ouvrir mille. C’est chercher du lithium avec une baguette de sourcier. Mais on trouve de l’eau. Lire c’est parfois se doucher avec les pages d’un dictionnaire avec des lettres-gouttelettes.

— Qu’est-ce que tu lis, Maggie?

— Un livre qui parle du climat. Ou des soucis à venir…

— Tu veux m’en lire un extrait?

Elle navigue, évasive, sous ses tenailles chenues. Le songe  était faux. Sa petite accolade n’était qu’un rêve tourné en nuages telles des vapeurs d’eau. Ses petites mains osseuses manipulaient son clitoris à la vitesse de la lumière. Elle rêvait d’homme homme tendre et dur, prête à se jeter dans les bras du premier velu. Alors, sur son lit de fer, elle ondulait, pendant que dehors les brassées de vent faisaient battre en chantonnant la fenêtre entrouverte. Tout oscille dans cet univers clos dans lequel ses amours s’épuisent. Des ces voyages aériens elle avait tant rêvé. Le jour allait bientôt s’ouvrir et laisser les arbres chantonner avec sa brassée d’oiseaux moqueurs. Elle pensait en même temps aux arbres rongés dans la forêt touffue. Et cela la ramena à l’entour de son vagin mal rasé.  Elle se remémore sa vie de bureau, les blagues d’Éric, ses cafés délirants, et les mots qui sortent de sa bouche. Ah! Elle ne rêve que de les arrêter. Mais la Terre ne va pas bien. Tous ces plastiques qui se retrouvent dans les océans, toute cette horreur des tôles gondolées des bidonvilles. Elle s’arrête un moment. Incapable de se concentrer. Elle se jette sur son flacon immobile de pilules. Elle tente de balayer ses pensées du jour qui reviennent sans cesse. Boomerang! Boomerang.  Elle repart dans son rêve du ténébreux Éric qui se tient dans l’embrasement clair de la porte, sourire moqueur. Ils ont une mission en commun : nettoyer cet univers sale, les scories qu’on semées les générations précédents qui ont tout eu. Son clitoris s’énerve. Le doigt d’Éric de Norvège est là. Elle imagine ses muscles vibrant sur son corps paralysé par sa force. Il chantonne un air qu’elle ne connaît pas en des mots étranges pour elle. Après une dizaine de minutes, les convulsions dérobent son idée et son esprit redescend vers son clitoris. Elle entend la voix bienveillante d’Éric, une voix fantomatique qui remplit la pièce : « Détend-toi ». Puis il la frôle de son souffle qui agite tout son corps. Et son doigt devient Éric.

Une voix déchire la nuit. Elle a trouvé son slogan.

— Un livre concernant le climat?

— Oui.

Je n’avais rien à faire. Je ne dors jamais avant deux heures de la nuit. Alors je me suis amusé.

Dialogues sur les trains

Deux humains étaient debout sur des rails et voyaient le train se diriger vers eux. Une énorme locomotive.

« Nous devrions parler du train »

«  C’est exact »

« À quelle vitesse va le train penses-tu ? »

«  Soyons plus pratique. Il nous faut d’abord calculer la vitesse du train »

«  C’est génial! As-tu ce qu’il faut? »

« Oui, grâce à mon portable et à mon lien avec un super ordinateur »

« Je n’ai rien pour le moment car l’ordinateur demande un moment de répit pour calculer notre distance et la grosseur du train »

« La grosseur du train ? »

«  Oui. Plus la locomotive est grosse, plus le train est proche, donc moins il est loin »

« C’est génial! Alors, tu as une réponse? Bon! Tu me le diras quand tu en auras une.

«  J’en ai une. »

« L’ordinateur dit qu’il ne peut plus calculer la grosseur de la locomotive  et qu’il faudrait choisir, par exemple, le son de la locomotive »

Et il appuya sur la touche.

« Tu as une réponse? »

«  L’ordinateur dit qu’il n’entend plus ma voix ».

On entendit une explosion de tôle froissée, un grand vacarme, si grand que les quatre oreilles dormirent de leur dernier sommeil, sourds au train.

Les deux policiers qui enquêtaient sur la scène en conclurent qu’ils s’étaient suicidés.

« C’est impossible » dit son confrère.

« Ah! Pourquoi ?

« L’auto est en marche. Donc ils s’apprêtaient à partir. »

« C’est logique. Je me demande s’ils savaient qu’ils étaient sur les rails »

L’autre éclata de rire en butant son pied sur un bras au bout duquel pendait un téléphone.

« Ils ont déraillé »

« Donc ce n’est pas le train qui les a tués? »

« On ne le saura jamais. Mais si on veut s’occuper des autres cas, c’est bien le train »

Quand Maggie a lu mon histoire, elle m’a dit que j’étais à l’envers de la thèse de Yuval Noah Harari.

— Pourquoi?

— Parce qu’il croit que l’homme trouvera une autre machine qui sera plus qu’un train… Et  peut-être que cette recherche sera sa fin.  Ce qui ne l’empêchera pas de voir tout le reste qu’écarte Harari, de bon gré ou de mal gré. On peut connaître le cœur du néo-libéralisme en ignorant le sans cœur de la bête globalisante.

— Tu trouve ça dans tes livres d’écrivains stylistiques?

— Non. Dans tes écrits… Tu devrais l’intituler  La fin du monde va bon train…

— T’es trop drôle!…

***

Je regarde l’eau couler à travers la fenêtre. Il a plu pendant deux jours. Le terrain est tourbeux. Les fenêtres sont picotées de gouttelettes qui glissent, tentant de s’accrocher à la vitre. Les  ruisselets qui courent sur la route  semblent ne plus savoir où aller. Les nuages sont charbonneux et Mona braille. Mais il n’y a personne pour lire le braille.  On la berce, on la cajole, et puis, après un bon boire, c’est le silence. On est devenus des cloîtrés et la vie est un monastère : pris, nourris, travaille. Mona a pris toute la place. Il y a quatre yeux qui la surveillent presque vingt quatre heures sur vingt quatre. Quand elle dort, à deux,  nous avons deux yeux qui dorment.  On veille l’iris ouvert,  ou une partie du cerveau en dormance,  de peur qu’elle s’étouffe dans ses petits vomis. Comme dirait le comique avec ses calembours :  parlant de vomis, vaut mieux surveiller. On ne comprend rien au nourrisson. On vit sur le mode 911. On craint pour sa vie. Il n’y a plus 8 milliards d’humains sur Terre, il n’y a que Mona.  Elle est trop neuve pour qu’on la comprenne. C’est comme déballer un cadeau électronique et chercher le livre qui nous explique comment ça fonctionne.

— Tu n’aurais pas oublié le livre d’instruction dans ton ventre?

—  Ça n’existe plus…Il faut le télécharger sur l’internet, répondit Maggie, me tortillant une grimace.

Je suis devenu  muet comme une carte de Google Map.

On dirait que le nourrisson  passe sont temps à crier « Au secours! ». On débute tous dans la vie comme ça : « Au secours! ». On coure les seins, les faux seins de la pharmacie : les tétines  en plastiques qui imitent les biberons.  Même Einstein est né ainsi. Il a pleurniché dans son berceau, comme tous les enfants.  Après il a trouvé sa célèbre formule   E=mc2. « Écoutez-moi, je produis de la merde rapidement et  au carré ». Avec la quantité de couches que nous achetons, Mona est Einstein.  Mona, pour le moment, n’est pas plus qu’un brin d’herbe. Sauf qu’elle deviendra un être humain. Même si on veut en faire une merveille, c’est elle qui décidera.

Le brin d’herbe

Quand le printemps arriva, le petit brin d’herber s’est mis à boire l’eau de la terre.

Ça l’a fait grandir, il est devenu tout vert, tout solide.

Quand le printemps est arrivé le petit brin d’herbe a levé ses petits yeux vers le ciel. Il a tété la lumière, heureux. Mais il voyait les fleurs, belles en leurs couleurs. Mais point il ne les enviait. Il grandit jusqu’à les voir de haut, se disant qu’il touchait le soleil. Et des petites créatures bien vivaces bourdonnaient et s’accrochait à lui comme on s’accroche à un arbre.

Quand il fut adulte, on le faucha, on le laissa sécher et les vaches s’en nourrirent.

Quand les vaches eurent donné leur lait, tout leur lait, leurs bébés, on les abattit. Une fois mangées, ce qui en resta se répandit dans la terre, sécha près d’un brin d’herbe.

Pour que les arbres donnent des fruits, les abeilles ne cessaient de travailler.  Et l’eau, qui regardait chaque jour le soleil, avec de petits reflets d’argent, se transforma en une vapeur chaude et monta vers le ciel. Le vent les sculpta et le soleil les transforma en d’étranges formes luminescentes qui firent la joie des hommes. De temps en temps, mêlées aux vents et aux courants froids, la pluie, en colère secoua les brins d’herbes, arracha des toits de maisons…

Mais cela passa…

Puis un peintre amusé voulut faire de cela une « toile ».

Puis un poète amusé voulut faire de ce langage le langage des langages.

Puis un musicien amusé voulut en faire une musique.

Puis ils se dirent: « Tout cela m’appartient ». C’est mon œuvre.

L’un ne voyait pas comme l’autre, l’autre ne voyait pas comme l’un. L’un n’entendait pas comme l’autre. L’un ne parlait pas comme l’un. Et ils se dirent: « Cela c’est moi! » Moi SEUL!

Chacun voulait être tout et réclamer la richesse du TOUT.

Comme le brin d’herbe, personne ne songea à tout ce qui les avait nourrit, de manière invisible, de la terre, de l’eau, des espaces, de l’air et des autres.   Ils avaient grandis par les autres. Grandis par la liberté de ne pas n’être qu’une nourriture. Grandis par les tout petits brins d’herbe, des hommes-abeilles, des humains souffrant de la faim, mourant de soif, de tout ce qui vit. Comme si un ensemble avait une valeur une fois séchée, emprisonnée. Ils réclamèrent de l’argent pour avoir créé sans savoir qu’ils avaient été créés.

Maggie, pour le Dépotoirium

La pensée du jour

On est si grands que ça? J’ai plus de respect pour la feuille de laitue et le vers de terre qui travaillent ensemble…

JB

***

Maggie est vannée. À force de porter le bébé, les muscles de ses poignets sont devenus douloureux. Tendinite. Ça poigne est cuite.  C’est le médecin qui l’a dit. Et on ne contredit pas un DR. Un DR connaît tous les nerfs, les os, le cœur, les poumons. C’est un géographe du corps humain. C’est un mécano de la chair. On écoute. En plus, il lui a offert un traitement aux  antidépresseurs. « Bonjour Tristesse ». La vie est un livre de Sagan. Elle les a pris chaque jour se disant qu’un jour elle les enverrait à la poubelle. Ça m’a rappelé une veille chanson : « Where Are The Flowers Gone ? » Mais où donc s’en vont les milliards de pilules que gobent les humains? Il n’y a pas de cimetière de pilules…  J’ai eu peur…Peut-être qu’ils reviennent de par l’eau que nous buvons? … Peut-être que nous arrosons nos plants de tomate avec de l’eau anti-dépressive? Alors, tout devrait bien aller. Même les légumes sont imprégnés de ces substances de laboratoire. Je sors du cabinet, malade…malaaaaaade. Je verse mon sang dans ton corps. Je suis comme un oiseau mort. Lama. Lama. Lamentation.  J’ai toujours cet air de chanson qui me trotte dans la tête et pas de bouton pour l’éteindre.

***

Mona s’est calmée. Mona a commencé à sourire et à babiller des sons pour nous imiter : paaaaa, bli, bla, prout, et bougement de lèvres. Un jour elle pourra prononcer Worcestershire. Puis, quand elle sera grande, elle écrira une thèse : Le sourire de la Joconde et les copies robotiques japonaises.  On naît, on grandit, à Santa-Pacôma ou à Rio, puis on enfile les habits d’un hyper héros,  on devient rat de bureau fat et lardé,  pour ensuite craindre  la mort et le crépuscule des cellules. On est tous victimes de ce schéma poli, si gentils que nous sommes. On finit par s’y faire et se défaire. Toutes les vies humaines sont similaires. Même si on adopte la coiffure avec brioche, la mohawk tressée, ou la ombrée avec un balayage caramel. Au bout d’une vie on ne sait pas trop ce qu’on y gagne à part avoir nourri le coiffeur qui a ouvragé  votre treillis de cheveux. Mais c’est à la mode…

***

C’était un beau dimanche en mai. Nous étions assis sur la galerie. Puis au loin on a vu une vieille auto rouler vers notre maison. Elle était toute petite, puis elle a grossi.  L’auto s’est arrêtée. C’était une auto vieille de cent mille ans. Le type qui la conduisait en avait vingt-huit. Il est sorti avec un sac, un grand sourire, et une valise remplie d’objets bizarres. Un vendeur itinérant?  Ils sont tous sortis de prison et veulent se réintégrer à la vie. C’est-à-dire, pourrir dans un bureau avec un veston et une cravate ou dans une usine à souder la même pièce pendant 25 ans. Alors, ils vendent de l’hétéroclite : un couteau pour couper les tomates, un mini ventilateur pour ordinateur,  une mini caméra de surveillance dans un stylo,   etc.

« Je m’appelle Rick et je sors de prison. J’ai besoin d’aide. En attendant de trouver un emploi… »

— Tu as fait quoi pour aller en prison?

— Voyons Jason!  Ce n’est pas une question à poser.

— J’ai volé un couteau à tomates, un mini ventilateur et une caméra de surveillance…

Maggie a éclaté de rire, alors que j’étais là, penaud, à les regarder tous les deux.

— Tu veux un café?

— Ouah! Vous êtes des gens biens, vous.

— On essaie fort…

Maggie est entrée dans la cuisine, la porte se lamentant comme le chat qui sortait de la maison.

— Beau chat!

— On l’a trouvé… Il errait alentour de la maison. On l’a nourri… Et il revient toujours.

— Il a un nom?

— Crusoé.

—  Crusoé?

Il a sorti son attirail. Tout ce dont nous n’avions pas besoin. Sauf le couteau à tomates. Et encore…

Pendant qu’on buvait notre café, il lorgnait les  boisés environnant.

— C’est beau ici. On peut à la fois voir un peu le fleuve et aller dans la forêt…  Profitez-en! Dans quelques décennies, il n’y aura plus de forêt. Il y en aura une qui appartiendra au gouvernement ou à une compagnie privée. Alors, à chaque trente mètres, pour continuer, vous devrez visionner  une pub sur un tout petit écran. Et la porte ne s’ouvrira qu’au moment où la pub sera terminée.

— Le café est fort, dis-je.

— Pas tant que ça. En prison, on ne fait que lire. Je suis en quelque sorte allé à l’université nourri logé.

— Vous avez plein d’herbes autour de la maison. Dommage que je n’aie pas un coupe-bordure à vous vendre.

Pendant qu’il parlait, je regardais l’auto et je vis une forme humaine bouger, ou un gros chien.

— C’est quoi?

— C’est ma blonde qui dort dans l’auto.

— Ta blonde?

— Oui. Mon amour…

— Elle ne prendrait pas un café?

— Peut-être… Elle est en désintox et médicamentée. Elle dort au moins douze heures par jour. C’est une fille qui a mal. On s’est rencontré un jour par un simple commentaire sur un site internet : Le Dépotarium. Là où on ne parle pas trop de politique, de guerres, mais de vie ou de philosophie. Elle est ensuite venue me voir en prison et ça a cliqué. Je ne connais pas cette bande de fous qui ont démarré ce site, mais ça nous a fait du bien. Dommage qu’ils soient moins actifs…

Maggie et moi on s’est regardés, surpris. Et quand on s’est quitté des yeux, la fille est sortie de l’auto avec un étui de guitare.

— Elle joue de la guitare?

— Oui, et elle écrit des chansons.

***

Pendant que l’on mangeait, vers 18h30, Tommy demanda à Zumela si elle avait pris ses médicaments.

— Oui, mon amour.

— Zumela? C’est un nom étrange mais beau.

— On a pris ça dans la série espagnole Vis-à-Vis.

— On ne la connaît pas… La série, ai-je précisé.

Quand Zumela  nous regardait, j’avais l’impression que nous étions un livre vivant pour elle, ou des spécimens rares à étudier.  Il y a de ces gens qui ont le regard tellement vaste, tellement vrillant, qu’ils creusent  en vous une sorte de brèche.  Quand ils sont partis, quelques heures plus tard, Tommy nous a demandé une adresse internet pour que nous restions en contact. Alors, Maggie lui a donné celle du Dépotoirum.

— C’est vous Maggie! Comme disait la fille d’un livre que j’ai lu « la journée est neuve ».

— On cherche un coin pour s’installer avec une vieille maison mobile.

— Vous aimeriez prendre soin des vieux?

— Pourquoi?

— On aurait du travail pour vous. Ce n’est pas certain…

— Pourquoi pas! Demain on le sera. Au moins nous ne sommes pas des robots.

Zumela  s’est mise à pleurer et à pleurer comme si un miracle s’était produit.

— Il faut si peu pour échapper à la misère. Si peu… Je me demande pourquoi personne ne songe à cette misère qui nous tue à chaque jour.

— Vient mon amour, on s’en va.

— Dans l’auto…

— On verra…

***

La chambre était toute petite, mais ils ont gonflé le matelas par terre. Pour eux, c’était un château.

« Il faut si peu ». Il faut des humains. Pour les autres il faut beaucoup de choses pour calfeutrer un vide.

Ils sont repartis le lendemain.

C’étaient des oiseaux de la vie.

© Gaëtan Pelletier

Le Dépotoirium, Chapitre 30

Le Dépotoirium, Chapitre 29

Le Dépotoirium, Chapitre 28

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Le Dépotoirium, Chapitre 26

Le Dépotoirium, Chapitre 25

Le Dépotoirium, Chapitre 24  

Le Dépotoirium, Chapitre 23

Le Dépotoirium, Chapitre 22

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Le Dépotoirium, Chapitre 19

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Le Dépotoirium, Chapitre 11 

Le Dépotoirium, Chapitre 10

Le Dépotoirium, Chapitre 9

Le Dépotoirium, Chapitre 8

Le Dépotoirium, Chapitre 7

Le Dépotoirium, Chapitre 6

Le Dépotoirium, Chapitre 5

Le Dépotoirium, Chapitre 4

Le Dépotoirium, Chapitre 3

Le Dépotoirium, Chapitre 2

Le Dépotoirium, Chapitre 1

Fonte du Groenland depuis 1972: « Ça fait peur ».

La glace y fond donc six fois plus vite aujourd’hui que dans les années 1980, estiment les chercheurs. Les glaciers du Groenland, rien qu’à eux, auraient contribué à faire monter le niveau des océans de 13,7 millimètres depuis 1972.

«C’est un travail excellent, par une équipe de recherche bien établie qui utilise des méthodes nouvelles pour extraire plus d’informations des données disponibles», a commenté Colin Summerhayes, du Scott Polar Research Institute à Cambridge.

Comme un travail similaire de la même équipe pour l’Antarctique, la nouvelle étude offre un contexte plus long à la fonte rapide observée au Groenland ces dernières années.

«La fonte glaciaire observée depuis huit ans est équivalente à celle des quatre décennies précédentes», résume Amber Leeson, de l’Université de Lancaster.

voir la suite:

Cyberpresse

Au bord du lac Bijou

Dans le Sud de la Louisianne, dans le bois d’Attakapas,
Où la rivière rejoint la levée.
Planté dans l’anse est un vieux chêne vert,
Au bord du Lac Bijou.
Dans son feuillage, où les branches font leur crochet,
Les hirondelles reviennent chaque printemps.
Ils se refugient dedans ce chêne vert,
Au bord du Lac Bijou.
Tourne, tourne dans mes bras.
Tien moi serré encore.
Reste avec moi en bas ce chêne vert
Au bord du Lac Bijou.
C’était l’année, dans cinquante et sept,
La première fois je les ai vu.
Les deux ensemble, se battir un nid
Au bord du Lac Bijou.
Ils revennaient quand l’hiver était fini,
Je les appellais Pierre et Marie.
Un grand monsieur, noir comme la nuit,
Sa demoiselle avec lui.
.
Pendant le carême ce dernier moi d’avril,
Je lui ai vu une dernière fois,
Un oiseau seul, posé sur sa branche
Au bord du Lac Bijou.
Il restait tranquille, son coeur après se casser,
Guettant du matin au soir,
Jusqu’au dimanche qu’il est parti aussi
Du bord du Lac Bijou.
Paroliers : Ralph Zachary Richard
Paroles de Au bord du Lac Bijou © S.I.A.E. Direzione Generale

Svalbard: semences congelées et cerveaux engourdis

Image: wikipedia

Dans les scénarios les plus catastrophiques, si la planète devait connaître l’an 0 de l’ère végétale, elle aurait désormais de quoi reproduire son actuelle biodiversité. Grâce à l’«Arche de Noé verte», abritant des graines des principales cultures vivrières, et inaugurée mardi en plein coeur de l’Arctique.

Ce «grenier», véritable cocon pour la diversité végétale menacée par les catastrophes naturelles, les guerres et le changement climatique, a été enfouie dans une montagne de Longyearbyen, chef-lieu de l’archipel norvégien du Svalbard, à 1.000 km du pôle Nord. Le projet a été financé par la Norvège pour un montant de 6 millions d’euros. Le Figaro

Eh! Oui. Belle trouvaille! Là où ça cloche un peu, c’est que s’il y a des graines et qu’il n’y a plus de terre pour les semer?.On est dans le compost jusqu’au cou.

 C’est le coup d’épé dans l’OHHHHH! Tout a -dit-on, été prévu…  Sauvegarder les matériaux génétiques qui sont cruciaux pour la sécurité générale de la nourriture est une grande et importante tâche ».

Ne reste plus qu’à charrier la terre arable dans le Grand Nord.  

Gaëtan Pelletier
Réflexionneur et scepticologue

 

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Le sauvetage du siècle

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La ronde cathédrale

Photo de Humour en Tous Genres.