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Économie Orwellienne

Le 20 janvier prochain, Donald Trump prendra le pouvoir à Washington D.C., et il y a une chose que tout le monde se demande, c’est s’il mettra en œuvre des politiques économiques qui devraient vraiment nous inquiéter. Eh bien il y a ici un économiste, Michael Hudson, qui a bien réfléchi à la question et qui a étudié de près la corporation des économistes et la manière dont elle trompe le grand public en faveur des 1% les plus riches.

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Michael Hudson


SHARMINI PERIES: Michael Hudson vient nous parler de son prochain livre, J is for Junk Economics: A Guide to Survival in a Age of Deception*. Michael est un distingué chercheur en économie de l’Université du Missouri, Kansas City. Merci Michael d’être avec nous.

MICHAEL HUDSON: C’est bon d’être de retour à Baltimore.

PERIES: Donc Michael, votre nouveau livre, J is for Junk Economics est la suite, si on peut dire, de Tuer l’hôte: comment les parasites financiers et l’esclavage de la dette détruisent l’économie mondiale. Dites-nous pourquoi vous avez écrit ce second livre.

HUDSON: Tuer l’hôte était la description historique de la façon dont le secteur financier a pris le pouvoir, de la manière dont il a cherché à contrôler le gouvernement pour résister au mouvement vers la démocratisation en rétablissant une oligarchie financière. Les révolutions d’Europe en 1848 avaient pour objectif de libérer les économies des propriétaires fonciers, des monopoles et des banques. À la fin du XIXe siècle, il y a eu une contre-révolution économique qui a redéfini la notion de libre marché.

Quand Adam Smith et John Stuart Mill et même Marx parlaient de libre marché, ils parlaient d’un marché libéré des riches. Ces riches étaient principalement les propriétaires qui collectaient le loyer de la terre sur une base héréditaire sans travailler. Et aussi, les financiers et les banquiers, qui voulaient depuis longtemps que les gouvernements créent des monopoles pour les leur donner à la place du remboursement de la dette.

Toute l’idée du capitalisme industriel était de se libérer de ces coûts inutiles. Une économie n’a pas besoin qu’une classe de propriétaires perçoive des loyers. Elle n’a pas besoin qu’il y ait des loyers sur les monopoles. Mais vers la fin du 19ème siècle, les propriétaires ont riposté en prétendant qu’il était impossible qu’un revenu n’ait pas été gagné. Ils ont prétendu que les rentiers étaient productifs et non parasitaires.

L’essence de l’économie classique était de dire qu’il y a une différence entre la valeur et le prix. La valeur est le coût réel de la production de biens et de services. Ce coût peut être évalué en fonction de ce que ça coûte d’embaucher des travailleurs à un salaire décent. Tout ce qui n’est pas un coût réel est juste un privilège, un droit légal d’installer un péage et d’extraire un loyer.

Tuer l’hôte décrit comment la lutte contre la réforme économique classique a été menée politiquement. Je me concentre sur ce qui s’est passé depuis que Margaret Thatcher et Ronald Reagan ont introduit le néolibéralisme, suivis par les Clinton, par Tony Blair en Angleterre et par la plupart des pays européens actuels. J is for Junk Economics décrit comment le vocabulaire économique a été retourné d’une manière orwellienne pour signifier le contraire de ce que les mots signifiaient auparavant. Un marché libre signifie maintenant un marché où les propriétaires  sont libres de facturer tout ce qu’ils veulent. Où les monopolistes sont libres de facturer ce qu’ils veulent. Un marché ibre de toute réglementation.

L’intention néolibérale est de créer une méthodologie perverse. Je sais que le mot « méthodologie » est un mot technique. Ce que j’entends par là, c’est qu’ils donnent une vision mensongère de l’économie. Les statistiques du revenu national d’aujourd’hui, par exemple, font apparaître Goldman Sachs comme un producteur. Comme si Donald Trump jouait un rôle productif! L’objectif est de faire croire que les gens qui s’approprient une partie de la richesse produite sans travailler sont productifs, alors qu’ils ne fournissent pas de service qui contribue réellement au PIB et à la croissance économique.

Les gens pensent que le concept du PIB est scientifique, en partie parce que c’est un chiffre précis et qu’il peut être quantifié. Mais le concept sous-jacent de « marché » fait croire que la pauvreté actuelle est normale. Il fait croire que Goldman Sachs et Donald Trump sont des créateurs d’emplois au lieu d’être des destructeurs d’emplois. C’est illogique, quand on y réfléchit.

Je parle donc de vocabulaire. J’ai établi un dictionnaire de A à Z de tous les concepts qu’il faut connaître pour percer à jour la rhétorique orwellienne qui sous-tend l’économie dominante aujourd’hui. L’économie dominante est devenue de la junk économy. Par exemple, tout le monde pense qu’il est parfaitement naturel de payer un loyer. Les néolibéraux soutiennent qu’une économie bien gérée ne devrait pas être gouvernée du tout, mais que Wall Street, la ville de Londres, Paris ou d’autres centres financiers devraient s’occuper de la planification économique. selon eux, il faut laisser les gestionnaires financiers décider de la planification, parce que ce sont les gens les plus productifs du monde – alors que le gouvernement est juste un poids mort bureaucratique.

C’est le contraire de ce qu’on croyait il y a 100 ans. Je pense que j’ai déjà dit dans cette émission que le premier professeur d’économie a été Simon Patton, au 19ème siècle, à la Wharton School of Economics à l’Université de Pennsylvanie. Il considérait l’infrastructure publique – les routes et les autres transports – comme le 4e facteur de production. Le plus gros budget d’investissement des pays concerne les routes, l’eau et les égouts, les communications de base, les systèmes téléphoniques, les ressources naturelles et bien sûr les terres. Toutes cela est maintenant privatisé. Mais l’objectif de la gestion publique – par exemple celle de la santé en Europe – est de diminuer le coût de la vie, de réduire le coût des affaires, pour rendre l’économie plus compétitive.

En revanche, sous le Thatcherisme ou le Clintonisme (appelez ça comme vous voulez), l’objectif était de confier les infrastructures, les routes et même les trottoirs à des monopoles financés par Wall Street. Ils se mettent aussitôt à exiger un loyer pour pouvoir s’en servir. Le résultat est que le coût de l’économie américaine devient très élevé. Donc, quand Donald Trump dit qu’il va redonner toute sa grandeur à l’Amérique, ce qu’il veut dire c’est qu’elle va redevenir compétitive. Mais comment peut-on la rendre compétitive si on augmente autant le prix des soins de santé pour les Américains ? Ils dépensent maintenant autant en soins de santé qu’un Asiatique gagne dans une année entière. Même si on donnait aux Américains toute leur nourriture et leurs vêtements, et tout ce dont ils ont besoin gratuitement, ils ne seraient toujours pas compétitifs. C’est à cause de tout ce que les salariés doivent payer sur leurs salaires, autant de choses qui dans d’autres pays sont fournies par le gouvernement : les soins de santé, les services publics, les routes et ainsi de suite.

C’était la stratégie de développement économique de l’Amérique au XIXe siècle. C’est ce qui a fait des États-Unis le pays le plus compétitif au monde, et lui a permis de vendre moins cher que les autres. C’est aussi ce qui a rendu l’Allemagne compétitive. C’est ce qui a rendu le Japon compétitif. Mais tout cela se passe maintenant, comme si le monde qui existait avant 1980 – avant Margaret Thatcher, avant Ronald Reagan, avant même Bill Clinton – n’avait pas vraiment existé. On a expurgé les outils fondamentaux de la pensée économique, le  vocabulaire qui avait été développé pour distinguer entre les bénéfices réels obtenus grâce aux investissements et à la main-d’oeuvre et la rente économique, qui est une sorte de péage, de droit de tirage qui permet d’extorquer de l’argent au-delà du coût réel de production.

PERIES: Vous avez dit quelque chose de vraiment important, à savoir que les gens (du moins au cours de ce cycle électoral) commençaient à croire que Donald Trump créait des emplois plutôt qu’il en détruisait. Qu’est-ce que vous vouliez dire par là, et comment les gens ont-ils été menés en bateau ?

HUDSON: Je ne voulais pas dire qu’ils croyaient vraiment qu’il créait des emplois. Il voulait les convaincre qu’il créait des emplois. Et c’est vrai, il a embauché beaucoup de travailleurs et de sous-traitants. Mais il n’a probablement pas créé autant d’emplois qu’il n’en a été perdu par les gens qui jouent dans ses casinos. J’enseigne à Kansas City et un étudiant a fait une étude sur les raisons pour lesquelles les gens font faillite. La plupart des gens qui font faillite ne peuvent pas payer leur loyer. Ils ont perdu leur travail. Il ne leur reste plus qu’un seul moyen pour pouvoir payer leur loyer et ne pas se retrouver à la rue. Il y a un bateau amarré dans la rivière, où les gens peuvent jouer et parier. Ils vont y jouer en espérant un gain de 100 contre 1. C’est quitte ou double. Pour eux, c’est rationnel. Ils vont probablement perdre, mais la seule façon pour eux de garder leur tête hors de l’eau est de gagner à la loterie. Bien sûr, la plupart finissent par perdre. Donald Trump espère convaincre les ouvriers qu’ils peuvent devenir millionnaire – et s’ils gagnent à la loterie, ils préféreront ne pas être taxés, n’est-ce pas ? Alors il faut être gentils avec les millionnaires d’aujourd’hui, parce que vous pourriez gagner à la loterie et sortir de la classe ouvrière.

C’est l’illusion du « capitalisme ouvrier ». Ce serait sympa si c’était vrai. Mais je pense que c’est un mythe – un mythe auquel les gens veulent croire. Les lobbyistes qui représentent les élites et les intérêts de Wall Street veulent faire croire aux gens qu’ils vont pouvoir devenir des capitalistes, au moins en miniature. Mais le père de Donald Trump lui a donné quelques millions pour démarrer. Les dès sont pipés pour la plupart des gens. Une analyse honnête de l’économie devrait expliquer en quoi les dès son pipés et pourquoi les gens sont de plus en plus pauvres depuis 2008.

Pendant les 8 dernières années, l’administration Obama a présidé à une longue récession qui a touché 95% de la population. Toute la croissance a bénéficié aux 5% les plus riches. Il faut qu’on le sache.

PERIES: Pourtant, quand nous avons entendu le président Obama parler de son propre héritage, à plusieurs rassemblements de soutien à la candidature de Clinton, il a dit que nous étions bien plus riches qu’en 2008. Qu’est-ce qui est vrai?

HUDSON: Je pense qu’en prétendant que les pauvres étaient heureux, Obama a donné le baiser de la mort à Hillary. C’est ce qui lui a fait perdre l’élection. Imaginez Hillary allant dire aux gens qu’ils sont bien plus à l’aise qu’il y a 8 ans. La plupart des gens penseraient, « Qu’est-ce que tu racontes, je ne suis pas plus riche, je suis plus pauvre. Mon salaire a diminué. » En effet, si vous faîtes partie des  95 % des Américains, votre salaire a diminué. Vous êtes talonné par les dépenses de santé. Vos coûts de logement augmentent sans cesse. Tous vos coûts augmentent, alors que vos conditions de travail s’aggravent. Je pense que la plupart des électeurs penseraient: « Ca  ne va pas mieux du tout. Qu’est-ce que ça veut dire ? Hillary et Obama essayent-ils de nous faire prendre des vessies pour des lanternes ? »

Ils étaient révoltés. Ils se sont dit: « Ils ne me rouleront plus. Peu importe que l’autre camp ne vaille pas mieux, il faut les jeter dehors. Même si nous ne pouvons pas voter pour quelqu’un de bien, au moins pouvons-nous continuer à chasser les méchants. » Peut-être que, comme à la roulette, un bon candidat va sortir un jour, comme un numéro gagnant.

Malheureusement ce n’est pas comme ça que ça marche.

PERIES: Parlons donc des mythes qui sont vendus aux gens, comme quand le président Obama leur dit, pendant la campagne électorale, qu’ils sont mieux lotis qu’ils ne le sont réellement. Comment sont vendus ces mythes, et comment font-ils pour que les gens y croient?

M. HUDSON: Une façon de les convaincre que ça va mieux est de leur dire que les chiffres du PIB sont en hausse. C’est vrai. Pour l’ensemble de l’économie, le produit intérieur brut a en fait augmenté depuis 2008. Le problème, c’est qu’il n’a augmenté que pour 5% de la population. Mais il a tellement augmenté pour Wall Street, tellement augmenté pour 5% de la population, que son augmentation est supérieure au déclin subi par les 95%.

Je ne sais pas si j’en ai déjà parlé dans votre émission, mais j’ai participé en Allemagne à une conférence archéologique où on parlait du passage de l’empire romain à l’Âge des ténèbres et à la féodalité. Un critique a dit qu’il y avait une nouvelle interprétation économique, une nouvelle archéologie économique. Dans cette nouvelle façon de voir, il n’y a pas vraiment eu d’âge des ténèbres, car le commerce de luxe parmi les riches – les propriétaires terriens et les seigneurs de guerre – était si florissant que tandis que la population était transformée en serfs, les riches s’en sortaient très bien. Les archéologues ont trouvé de la belle poterie et des objets de luxe : pour eux, le sommet de la pyramide vivait dans le luxe. Il y avait tellement d’argent qu’il y avait sans doute une vraie croissance. Alors, ils appellent croissance la transition au servage et à la servitude de la population, parce qu’énormément de richesse a été ponctionnée par le haut de la pyramide.

La question est, est-ce vraiment de la croissance ou pas? Le président Obama et Hillary essaient de faire croire aux gens que si le PIB augmente et qu’ils n’en profitent pas, c’est de leur faute. C’est un discours qui « accuse la victime ». Elle accuse les victimes de ne pas avoir sur tirer profit de la croissance dont ont joui Goldman Sachs et Wall Street, Chase Manhattan et tous les banquiers qui auraient dû être jetés en prison.

La plupart des gens ne voulaient pas se voir comme des victimes, et ils se sont dit que Donald Trump allait faire quelque chose  pour eux au lieu de simplement s’enrichir lui-même.

PERIES: C’est vrai. Et pourquoi est-ce que vous rendez Obama responsable de tout ça ? N’a-t-il pas effectivement hérité d’une situation économique terrible?

HUDSON: La raison pour laquelle il est infiniment pire que le président Bush ou même le président Clinton est que 2008 a été un tournant dont il pouvait tirer parti. Les grands présidents de l’histoire, sont ceux qui ont été présidents pendant une grande guerre ou à un tournant de l’histoire. Obama a donné de l’espoir en promettant le changement. Mais ce n’était que de la démagogie. Il n’a apporté ni espoir, ni changement. Si, il a donné de l’espoir à Wall Street. Il a livré ses compatriotes à Wall Street. Au lieu de changer les choses, il a remis l’économie entre les mains de Wall Street. Il a confié le Trésor à Robert Rubin et à son gang de Wall Street qui avaient soutenu Bill Clinton. Rubin avait pris le contrôle de la banque la plus corrompue du pays, Citigroup. Sheila Bair de la FDIC voulait la fermer et la nationaliser. Mais Obama a donné le ministère de la Justice à des factotums de Wall Street comme Eric Holder qui a refusé de mettre un seul de ces bandits de banquiers en prison.

Donc, Obama a fait comme s’il représentait le peuple mais en fait il l’a matraqué. Exactement comme il l’a fait quand il travaillait à Chicago à gentrifier le quartier noir de la ville, en faisant gagner des milliards de dollars dans l’immobilier aux familles Pritzker et Crown. Il a livré ses administrés à ses sponsors, en les arrosant de fausses promesses et de belles paroles.

Par  9 décembre 2016

Article original: http://www.counterpunch.org/2016/12/09/orwellian-economics/

Traduction: Dominique Muselet

Note:

* J signifie Junk Economie : un guide pour survivre dans une ère de mensonges

Source: http://arretsurinfo.ch/economie-orwellienne/

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Jésus et les cloués électriques

clouteur électrique

 » Papa, où vont ceux qui meurent?  Ben! Là-haut… Je suis allée voir au deuxième étage, ils ne sont pas là-haut » ( Faut bien inventer..)

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Jean-François Copé ne sait pas trop d’où vient le nombre élevé de chômeurs. Ni le ministre du travail au Québec…

J’étais en train de chercher une image de Jésus sur la croix avec ses deux larrons. L’un est un repentant et l’autre jure encore. Le repentant ira au paradis et l’autre en enfer. C’est la version « officielle »… En fait, on ne sait pas trop ce qu’est ce « là-haut » et cet « ici-bas ».

J’ignore avec qui et quels clous  Jésus à été cloués. Mais dans un monde moderne, les clous auraient été achetés en Chine et la mitraillette à clous également.  Et étant donné qu’on est « moins barbare » qu’avant, mais on aime les mitraillettes à clous,on les aurait collé sur un panneau de gypse et on les aurait cloués en se questionnant s’ils allaient mourir « dignement ».

Le problème concernant les chômeurs est tellement complexe que personne ne peut l’expliquer clairement. On parlera d’un monde « moderne », de la mondialisation, du libre-échange, etc . Avant, les gens clouaient au marteau et c’était le bras qui faisait office de moteur. Il fallait bien des bras… Alors, avec le « progrès » et la mondialisation, on achète les bras d’ailleurs ou les machines remplaçant les bras.

Alors, les nantis du cerveau se dirent:  » Ils travailleront de la tête ». Pour empêcher le citoyen de travailler de la « tête » – bien qu’instruit aux institutions devenues des machines à produire des gens qui accumulent des tas de connaissances mais sont incapables de les lier ( et ne sont pas intéressés à…)  – on vous formera une tête qui sera ensuite remplacée par une machine savante. S’il fallait 100 secrétaires pour envoyer des lettres, il faut maintenant un  seul opérateur qui appuie sur un bouton pour envoyer des milliers de lettres, de factures, de pubs, etc.

Mais, ignorants et savants à la fois, c’est le travailleur qui fabrique la machine qui le remplacera. Copé-Collé!

C’est ainsi que nous sommes tous devenus de petits jésus qui meurent sous les inventeurs de toutes formes de marteaux possibles. Plus c’est rapide, moins on a besoin de travailleurs.

On trouvera ICI  ( Capitalisme, emploi et nature : sortir de l’engrenage destructif), une analyse savante – encore une!- des causes du chômage et aux énormes problèmes des sociétés « développées ». On aurait trouvé un aliment qui font que les vaches polluent moins.  J’avais écrit un article en 2012: La vache et le politicien.

On trouve des solutions  à la pollution, mais rien pour le chômage. En fait, le chômage, on le crée sans le savoir. Ceux qui savent « tout » passent si vite qu’ils n’apprennent rien de ceux qui ne savent rien mais qui savent tout.

C’est pourtant simple: pierre-feuille-ciseaux.   C’est le tracé historique en quelques doigts, mais au hasard…

Gaëtan Pelletier

Tout bascule

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« La recherche d’informations et le traitement de celle-ci ne sont pas humains, en ce sens que nous ne pouvons pas comprendre la mesure de que nous avons créé, et c’est peut-être pour cette raison que nous sommes en train d’en perdre le contrôle », plaide l’auteur.

ALEXANDRE MOTULSKY

Candidat au doctorat sur mesure en rhétorique, langage et argumentation, Université Laval, Québec

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Tout bascule, depuis quelques semaines (économie, planète, guerre, mort). La révolution numérique est rendue omniprésente, continuant sa course folle, et nous garde forcément prisonniers. Prisonniers du temps. Alors que je devrais être libéré grâce à cette technologie, je n’en suis que plus asservi. Et je ne comprends toujours pas que nous soyons encore en train de travailler alors que tous les outils de transmission de connaissance ont connu une évolution exponentielle, pour ne pas dire intersidérale, depuis les 15 dernières années.

Ce qui prenait des jours et des jours, avant, ne prend plus aujourd’hui que des fractions de fraction de seconde. Je ne sais pas si vous vous rendez vraiment compte de ce qui est en train de se passer, mais ça n’a juste pas de bon sens. C’est hallucinant, la recherche d’informations et le traitement de celle-ci ne sont pas humains, en ce sens que nous ne pouvons pas comprendre la mesure de que nous avons créé, et c’est peut-être pour cette raison que nous sommes en train d’en perdre le contrôle. Tout le monde parle à tout monde tout le temps. Ce vacarme assourdissant est tellement humain.

Quand j’étais jeune, pour envoyer de l’information à Montréal ou Paris, il fallait une éternité, comparativement à aujourd’hui. Je comprends que les légumes ne poussent pas plus vite maintenant qu’auparavant (quoique…), mais ce n’est pas une raison pour ne pas utiliser le temps qu’il fallait prendre pour livrer et rechercher les connaissances pour faire autre chose que de travailler.

Ça fait bien longtemps que l’ensemble des citoyens occidentaux n’a plus besoin de travailler pour subvenir à leurs besoins. Mais nous continuons notre soif de connaissance, parce que c’est dans notre nature profonde. Nous aimons rechercher, nous aimons comprendre, jouer, nous divertir, nous mouvoir. Le mouvement. Nous ne pouvons rester immobiles. Et pourtant, nous inventons des outils pour pouvoir rester immobiles. Des transports plus rapides, des autoroutes informatiques plus performantes. C’est fou. Notre désir de mouvement inextinguible n’est plus qu’une illusion. Notre immobilisme est roi.

Et pourtant, contradiction suprême, il va falloir que nous nous arrêtions un jour. C’est ridicule. Parce qu’il y a trop de complexité liée à cette nouvelle orgie d’information.

L’ordinateur est notre nouveau dieu : il est là, devant nous, tous les jours. Il a réponse à tout et tout est possible.

Je regarde régulièrement les offres d’emploi dans différents domaines, et je constate que les compétences que les employeurs recherchent n’existent pas. Ils sont comme l’homme que cherche Diogène, il n’existe pas, il n’est que chimère. Personne ne peut comprendre. Le monde est rendu fou (en a-t-il jamais été autrement ? me direz-vous), mais la différence avec le passé, c’est qu’à présent, la folie n’est plus seulement dans notre esprit, elle s’est enfuie dans les méandres du nuage.

Je n’ai pas de solution. J’aimerais que la folie revienne dans le monde physique, qu’on laisse l’univers virtuel sombrer seul dans la psychose, afin qu’il ne contrôle pas nos vies et que nous arrêtions d’avoir la prétention de penser pouvoir le contrôler. Au lieu d’y voir le moyen de nourrir notre besoin de transmission d’information, calmons-nous, prenons une grande respiration et fermons tous les objets numériques, regardons le ciel et acceptons que nous avons dépassé la limite de ce qu’il est raisonnable de demander à un cerveau humain.

La mort de l’argent

La chute de la chaussette noire

chaussette noire

Vous avez deux vaches. Vous équarrissez l’une, vous forcez l’autre à produire autant que quatre, et vous licenciez finalement l’ouvrier qui s’en occupait en l’accusant d’avoir laissé la vache mourir d’épuisement. Notion politique, Wikipedia, humour

***

La bataille de Modagiscio  et le décompte américain.

La semaine « économique » au Canada ressemble au film La chute du faucon noir.   Là où on a fait appel à la crème des soldats de l’armée américaine – la plus puissante au monde – dans une bataille dans laquelle moururent  19 soldats américains, mais un nombre défini « d’étrangers » par l’armée américaine de 150 morts dont le tiers étaient de non-combattants. En fait, on  estime à au moins 800 les « pertes » somaliennes.

***

En économie, au Canada, tout  chute, sauf les faucons. Le dollar canadien déprime: le voilà à 69 cents U.S. Et ce cher baril de pétrole produit en Alberta rapporte 30$  le baril mais il en coûte 60$ pour le produire. La manne noire aura duré ce que durent les roses…  On ne compte pas les pertes en eau potable… Les sables bitumineux, c’est sacré. Le père du présent Premier ministre  Justin Trudeau -Pierre Elliot Trudeau -, avait toutefois refusé la production des sables bitumineux parce qu’à l’époque ( début des années 70) il coûtait plus cher à produire. Mais quand le baril dépassa les 100$, au diable l’eau, les amérindiens, le poisson et l’environnement: il suffira de taxer  les fumeurs de charbon  et les autos qui trichent.

La parade des boules de cristal  

Canada: 18h30, 2016-2017-2018-2019- 2000 vains

Pendant 5 jours, à une heure précise ( bulletin économique de 18h30), sont passés les meilleurs économistes du Canada. Vous savez, ceux qui portent des chaussettes noires que l’on voit pointer de temps en temps au bout du pli du pantalon parfait. Eh! ben, ils sont parfaits du pantalon et ils parlent comme des gros  livres à bordures dorées. En résumé, ils vous expliquent  la technique du gonflement du ballon et du dégonflement du ballon. Puis, pour terminer, ils disent qu’ils ne savent pas ce qui va se passer… À quoi donc sert d’aller se faire « savanter »  et s’estampiller à Harvard,  et parler comme le renard de l’affable Lafontaine qui voulait le fromage du corbeau et la terre et les bâtiments et ce qu’il y sur tous les sols et sous-sols des pays?

« Faut-il s’inquiéter?, demande l’animateur à  chaque paradé du jour « .

« Bof ».

Mister Bof

La plus étonnante analyse fut celle d’un dénommé « Bof », qui fit remarquer que la crise de 1982 avait duré 18 ans. Bref, Mr Bof!, jusqu’à l’an 2000… J’en ai donc conclu que de l’an 2000 à l’an 2007, on a préparé celle de 2008. Ça leur a pris 7 ans. RE-Bref: la situation s’est améliorée… Il faut maintenant de moins en moins de temps aux prédateurs pour fabriquer une crise.

Mais pour résumer le plus étonnant est que les économistes bourse-souflés  s’adressaient  aux investisseurs. Eh! oui, aux investisseurs.  Car, il y a de bonnes occasions à voir la bourse se courber et se tortiller comme une scoliose. Mais bon! On croit encore à la « reprise économique » comme s’il y avait une autre terre quelque part pour nous sauver… Et on s’en fout des investisseurs! On veut savoir ce qui arrivera à la classe moyenne, aux pauvres, aux institutions déplumées par l’austérité chaque jour.

Voilà! Après 5 chaussettes noires,  on a toujours froid aux pieds. Leur capacité à « prédire » l’avenir semble suivre la courbe de la chute des indicateurs économiques de la couleur rouge qui nous jaunit  des yeux comme  ceux d’un   Harfang des neiges.

HarfangNeiges081216GillesGauthier

Alors, ils nous sortiront, après le grabuge, la formule célèbre de 2008:  » La tempête parfaite ». Pas besoin de chausser du Harvard pour voir le tourbillon ténébreux qui vrille en avalant tout sur son passage.

Mais à quoi donc servent les économistes qui fouillent les entrailles de la bourse pour prédire le futur?

À rien… Sans doute le même rôle qu’occupaient les prêtres du 18e siècle qui tentaient de faire sortir Satan d’un enfant en train de mourir d’une crise d’appendicite.

Alors, pendant que râle du cerveau le bas noir analyste, le lièvre des affaires a le temps d’avaler une multitude de compagnies, de robotiser les entreprises, les délocaliser et enfouir son butin dans des paradis fiscaux. Ce qui fait que l’État doit maintenant « pourboirer » les employeurs qui embauchent… On annonçait que la robotisation allait faire disparaître 3 millions d’emplois d’ici 2025. On vient de rectifier le tir: 5 millions d’ici 2020. En France seulement…

Un peu de sérieux…

Le monde actuel de « l’économie », c’est un peu comme ce fait divers qui s’est passé en Australie: IVRE, CE COCHON VOLE 18 BIÈRES PUIS SE BAT AVEC UNE VACHE.   Les investisseurs sont saouls, et volent aux petits campeurs et coureurs d’ emplois que nous sommes devenus tout ce que l’on peut voler.   Donnez de la monnaie-bière à un investisseur et il viendra battre vos vaches pour les acheter par la suite à bas prix prétextant qu’ils sont amochées.

Et on a le petit bas noir de 18h30 qui vous explique comment gérer votre troupeau, où est passé le troupeau, et que les vaches grasses finissent toujours par revenir.

Gaëtan Pelletier, employé de bourreau

***

Harfangs des neiges, Crédit photo, Gilles Gauthier

La mort était morte de rire (Attentats Paris 2015)

Publié par Marie-José Sibille

                                                  La mort était morte de rire

                                                       Attentats Paris 2015

En empathie avec toutes les familles de toutes les victimes du terrorisme, de la guerre, des  criminels climatiques, à Paris, en Russie, au Liban, et partout sur la Terre.

Il y a des personnes qui coupent les vers de terre en plusieurs morceaux. Je les ai vus ces garçons plus si jeunes, rire aux éclats en regardant se tortiller les bouts de vie sur le bitume.
J’en ai vu d’autres, des hommes déjà, essayant de démembrer un crabe vivant sur la plage, toujours riant, riant, jusqu’à ce que je leur fonce dessus pour leur demander d’arrêter. Et là, les yeux baissés comme des enfants pris en faute. Sûrement vite oublié. J’aurai sauvé un crabe.
Les crabes, mon grand-père les plongeait vivants dans une grande bassine d’eau bouillante, je revoie l’image comme si c’était hier. Il me disait que ça ne les faisait pas souffrir. Parce qu’il ne sentait pas leur souffrance.
Et il y a ce paysan débonnaire que je croise la semaine dernière dans le champ à côté de chez moi, armé d’un fusil à double canon pointé vers le bas. Je m’arrête pour lui dire que je ne veux pas le voir chez moi, en gardant un ton mesuré car nous vivons dans un village de chasseurs, et tout se négocie, même l’insupportable. Il me dit en riant lui aussi : « Ne vous inquiétez pas je ne suis pas chasseur, je guette juste les taupes et quand elles pointent leur nez, je leur tire dessus, elles bousillent ma prairie ». Ah bon? Tout va bien alors, ce ne sont que des taupes. Elles ne méritent pas le terme de chasseur. Alors lequel ? Nettoyeur ?
Avez-vous déjà tenu une taupe dans vos mains ? J’ai eu cette chance quand j’étais petite. Egarée hors de son trou – un produit chimique ? – mon père me l’avait mise dans les mains avant de la reposer sur sa terre. Un univers de douceur absolue, une innocence totale, aveugle, devant faire face à la violence, tout aussi aveugle. Et les petites pattes.
La peau de taupe est telle que les dames riches d’une autre époque s’en faisaient coudre des manteaux. Huit cent peaux de taupes pour un manteau. Je fais demi-tour cinq minutes plus tard pour demander au nettoyeur de les prendre vivantes, je les mettrai chez moi. Il a disparu. Je pense que je lui ai fait peur. Je peux avoir cette violence-là.
En ce lundi de deuil national, j’achète le Sud-ouest: les victimes locales prennent un visage, des créateurs, une mère adoptante, je suis émue, l’empathie est facile quand on se voit dans le miroir. Je prends une seconde le jeune terroriste recherché pour une des victimes, je ne regarde pas assez les infos.
Dans la même maison de la presse, toute une vitrine est réservée aux journaux des chasseurs. C’est la pleine saison. La couverture de l’un d’entre eux me sidère. Un sanglier mort ensanglanté, des chiens en train de rire, un homme la bave aux lèvres, non, excusez-moi, c’est le contraire. Ne foncez pas sur les commentaires pour insulter mes amalgames supposés. Je fais juste le constat que les mêmes zones sensibles résonnent en moi. Peut-être parce que les mêmes zones agressives sont éveillées chez ces hommes ?
Le soir, au journal télévisé que nous regardons pour l’occasion, de jeunes terroristes à l’air très « boy next door », s’amusent en menaçant les passants. « La guerre comme un jeu », dit la commentatrice. « Je me sens un peu moins vivante » dit une toute petite fille sur France Inter, quand sa maîtresse lui demande ce qu’elle ressent. La mort ricane derrière son épaule.
Ma part de sociopathie à moi ? Ce sont les mouches.
Je les tue. Sans rire, mais je les tue. Sans rire, mais parfois avec une seconde de jouissance, quand l’une d’entre elles m’a particulièrement ennuyée.
Les mouches sont trop nombreuses. Multipliées et portées par le réchauffement climatique, elles envahissent mon territoire. Elles sont différentes, et donc pour moi elles se ressemblent toutes. Pourquoi ne pas les massacrer alors? Ce ne sont pas des individus. Elles ont un pouvoir de reproduction mille fois supérieur au mien. Et en plus, elles m’ont agressées les premières. Je ne fais que me défendre de leurs frappes continues. J’ai enfin trouvé mon combat.
Car bientôt sur Terre, si je ne fais rien, les mouches prendront le pouvoir.

La mort était morte de rire (Attentats Paris 2015)

Alice au pays de l’austérité

Alices et Wonderland

Présidente d’honneur d’ATTAC France et présidente du conseil du Transnational Institute, poursuivant son combat contre la mondialisation capitaliste, elle met au jour la cohorte d’individus et d’entreprises mus par leurs seuls intérêts, et qui, s’immisçant dans les traités de libre-échange, se substituent à l’autorité issue du fonctionnement démocratique. Source

Québec, France, Belgique, Allemagne… En quelques jours les plans d’austérité ont été « dévoilés ». Il n’y a plus de pays, sauf des transnationales picorant les richesses des pays. Et on n’a plus de pays… Mais de nombreux politiciens qui en ouvrant les portes des pays ont permis à  l’émergence d’une toile d’araignée incompréhensible, mouvante, organisée, souterraine.

Les retraites passent de 60 ans à 62. De 62 à 64 dans certains cas.  Et les moyens de taxer sont de plus en plus raffinés ou… sournois.

Le siphon des multinationales a pris de l’ampleur. Une ampleur exponentielle qui fait en sorte qu’après avoir pillé et continuer de piller, on a vidé le patient de ses intestins.

Gloup!

On aspire les citoyens comme des moules…

On dirait qu’un pays s’est créé sur Mars ou dans le cyberespace, invisible mais empoisonnant.

Un Krach en rose, qui se veut lent et rassurant, mais qui ne l’est pas du tout.  Le 21 e siècle, qui devait être un siècle  de l’âge du Verseau est en train de tourner au cauchemar. C’est un 1929 étalé et « expliqué »… Par des incompétents ingénieux et dinosaures.

Avec les mouvements exponentiels et étalés sur la surface du globe, d’ici 5 ans, il pourrait y avoir une révolution mondiale à laquelle on ne s’attendait pas.

 

Un pouvoir occulte a été installé, insidieux, par la petite bourgeoisie politique « légère » et calculatrice, mais ignare et inadaptée aux courants mondialistes dans l’ignorance totale des tentacules et de ses trames pourtant prévisibles.

En vérité, les démocraties auront tué les pays… Pendant que la valse des pantins et des Pinocchio se poursuit, change de main, parle, la stabilité et le raffinement des entreprises a vite dépassé les minus idéologies caduques.  Les entreprises, dites privées, ont su profiter des murs des pays qui tombaient. Le mur de Berlin, c’était une blague…

Mais quelle démocratie? Celle des pouvoirs nombrilistes…

Cette déstabilisation de l’Occident va faire en sorte que les pays encore « debout » verront à leur tour leurs genoux plier.

Je le répète, la seule guerre qui reste à faire est celle des États VS Citoyens.

Quand la réflexion n’est pas suffisante, la douleur est un moyen d’apprendre, et sans doute le plus efficace.

Alice a bouffé trop de champignons…

Gaëtan Pelletier

16 décembre 2014