Le pipigraphe

L’entreprise les Viandes du Breton à Rivière-du-Loup confirme qu’elle met en place une nouvelle politique de gestion des temps de pause qui limite le droit de ses employés d’aller à la toilette

Un travailleur pourra désormais demander de s’absenter aux toilettes pour un maximum de 10 minutes, et ce, trois fois par semaine. ( Source

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Je me suis demandé où pissaient les esclaves qui ont fabriqué les Pyramides de Gizeh.   Mais peu importe… Pourvu que l’on fasse pipi quand l’envie vous en vient. L’entreprise en question s’appelle Viande du Breton. Les employés passent leur journée à découper des carcasses de porcs. Au froid, c’est certain … Ça doit donner envie d’aller au petit coin. Mais selon certains employés, quelques uns exagèrent: 30 minutes.

Mais dans un monde de rendement max pour les actionnaires, ça compte. Si un employé y passe 30 ans. 365X30minutes par 30 ans – attendez je vais prendre mon cerveau d’une main et mon crayon de l’autre…  Ça fait 82 heures par an pour un employé.  Pendant 30 ans 2460 heures. Et si 10 employés vont au pipi trop souvent on se retrouve avec 6000 semaines de pertes au bout de 30 ans. Et 13 ans de travail … sans travail.

 Ça vous démolit un administrateur…

Mais l’administrateur pense à tout. Il calcule. Alors, il se dit: « Réglons le problème une fois pour toute ». Il fait percer des trous dans le plancher et achète des milliers de mètres de tuyaux  raccordés au employés.  Là où ils doivent être raccordés. Pour un administrateur, c’est une question de plomberie rose…

Alors, il reprend son cerveau et calcule. Au bout de 30 ans, il aura économisé des centaines de milliers de dollars. Mais -Ô surprise -, pendant une réunion, au bout de 8 heures, ( payées à 90$ l’heure), les administrateurs  se rendent compte qu’il y a 43 femmes dans l’usine. Ils font appel à une firme spécialisée pour construire un appareil pouvant s’adapter au… confort féminin. Mais avant, une étude de faisabilité au coût de 4, 233.34$ .  Le fabricant se situe en Lituanie. Les gestionnaires font alors faire une étude pour évaluer les coûts de transport inclus.  Au final, après calculs sans crayon, ils jubilent: on aura épargné 32,234 $ sur une période de 30 ans.

Le jovial directeur est tout souriant au jour de la réception de l’appareil pour dame. Il ouvre la boîte et prend dans ses mains une sorte de pénis en caoutchouc avec sac de réception ajusté à la taille des dames.

Deux employés au nom de famille étrange, reçoivent la boîte à pipi lors du premier jour.  Ils l’ouvrent et constatent qu’il y a erreur. Mais ils s’amusent avec le modèle…

Le lendemain des centaines d’employés se retrouvent sur la chaîne de découpage. Au moment où tout le monde se met à travailler, l’un d’entre eux exhibe « l’organe plastique » féminin à ses confrères.

Ils se mettent tous  à rire à en pisser dans le tuyau…

Pendant 30   minutes…

gp

Dis-moi petite

tea3 - CP

Lorsque j’étais petite je regardais le monde comme un ensemble: une bulle qui aurait dû être parfaite.

Je me promenais souvent seule, examinant tout: la faune, les plantes, l’eau, les gens, les odeurs, les formes, les couleurs, les bruits et les silences aussi.

J’en suis venue à entrevoir qu’au fur et à mesure qu’ils vieillissaient, le fait de vivre semblait provoquer chez les gens divers désordres psychologiques,

Un peu tout ce qui existait semblait disparaître pour eux et était remplacé au fil des ans par un décor. Je me souviens d’une voisine qui venait visiter ma mère, arrivait d’un pas rapide, caquetant des inepties sur la couleur de ses rideaux ou sur son besoin pressant de punir sa petite fille parce que celle-ci avait sali sa robe. Bien sûr à ce moment je n’avais aucune idée qu’ailleurs dans le monde des milliers de personnes mourraient parce qu’elles n’avaient pas mangé. Par contre, la vie elle-même me racontait que cette voisine surfait à côté de la plaque. Elle n’avait pas remarqué le soleil qui brillait à faire sourire les fleurs, ni la tristesse dans les yeux de ma mère à ce moment-là.

Sa bulle comptait des rideaux et apparemment ils étaient clos depuis longtemps.

A 18 ans, âge légal pour quitter l’enfance, j’ai pleuré. Je savais sans l’ombre d’un doute que cette vie hors de la bulle allait me happer, qu’elle tenterait de modeler mon univers et qu’elle assassinerait mes rêves si je la laissais faire.

Et les cinglés se sont faits plus nombreux. J’ai appris sans joie qu’ils détruisaient le monde, étaient source d’infâmie et si peu humains parfois qu’ils volaient à leur genre l’intégrité de leur existence.

Un jour, alors que j’étais hospitalisée, je suis sortie à l’extérieur de l’hôpital en chaise roulante. Etant à ce moment beaucoup plus près du sol que je ne le suis normalement, j’ai pu humer les parfums de mon enfance. Je m’étais donc élevée longtemps au-dessus de la vie elle-même, au-dessus de ce qu’elle avait à offrir en tout temps. J’ai ajusté mon pas. Je savais que si j’allais trop vite: ce en tout temps allait peut-être finir par m’échapper. Je risquais de ne plus voir la tristesse dans les yeux de quelqu’un ou de punir bêtement une enfant qui a sali sa robe. Il y a donc un jour ou une poignée de terre nous donne le souffle de vie. Pourtant les enfants y jouent et s’en nourrissent parfois. Mais c’est peut-être une autre histoire.

Il peut pleuvoir: j’aime la pluie qui nettoie. Il peut faire soleil: j’aime les reflets qu’il donne à tout et la vie qu’il nourrit. Il peut passer du temps, de la vie, des rires, des larmes et des souffrances, j’aime n’avoir rien appris qui soit suffisamment altéré pour qu’aucune thèse ne vienne le contredire.

Il faut pouvoir faire un mélange de tout, sans doser trop. Il faut aussi non pas seulement savoir mais se rappeler que tout existe bel et bien dans sa forme parfaite et apprendre aussi à y puiser la source de vie qui nourrit l’humain en nous. Je ne crois pas qu’on puisse réellement gagner quoi que ce soit à courir des routes de nulle part, ni qu’il soit sain de tenter de les construire. Pourtant la vie maquillée le prétend.

Parfois le soir, lorsque la ville dort, que la nuit promet d’offrir durant quelques heures un refuge parfait, je me demande si l’humain hors de la bulle croit pouvoir acheter un jour chez Walmart l’équivalent du bien-être. Ce serait triste parce que Walmart n’existe pas partout dans le monde.

Au plaisir,

Elyan

Cat Stevens- Where do the children play

http://centpapiers.com/dis-moi-petite

The Way We Live

 

L’arme et larmes

On ne sait pas qui vend les armes pour les dommages collatéraux des guerres pour savoir que mon dieu est plus grand que le tien. Ça fait une vie en noir et blanc. C’est bon pour les films de Chaplin. Dans ce mondes d’ultra parlementaires et de renseignements cadenassés, on ne sait même plus qui crée de la richesse pour vivre ni celle pour tuer. Mais celle pour tuer rapporte sans doute plus. C’est un carnaval indigne!  La femme à barbe étonnait. Maintenant, c’est le dirigeant bien coiffé qui surprend.

Curieux mélange de barbarisme et de « réussites scientifiques « , de boursouflures vantardes  et de « progrès » monstrueux. La  valse des langues menteuses se fait toujours aller. Danser à leur musique! C’est notre lot… Jusqu’au moment où passe les colonnes de drogués missionnaires.

Je ne sais qui fait l’Histoire… Ce n’est pas un humain.

C’est quelque « chose ».

On dépense plus d’argent pour orner les tombes que les amours…

Gaëtan Pelletier

La faim des temps : L’ultime cercueil de l’Univers

Hui

Contraction de à le jour d’hui, où le a le sens d’un dém. L’a. fr. hui, hoi « le jour où l’on est », attesté dep. ca 1100 (Roland ds Gdf.), est empr. au lat. h?die « id. », lui-même contraction de h? die

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On devrait donc plutôt dire que c’est la réalité tout entière qui « passe », et non le temps lui-même, qui ne cesse jamais d’être là à faire justement passer la réalité. Ainsi discerne-t-on, à l’intérieur de l’écoulement temporel lui-même, la présence surprenante d’un principe actif qui demeure et ne change pas, par lequel le présent ne cesse de se succéder à lui-même (« Le temps lui-même en l’entier de son déploiement ne se meut pas et est immobile et en paix » , pour reprendre les mots de Heidegger). Ainsi donc, voulant dire que le temps est ontologiquement associé à la labilité et à la fuite, on se retrouve à devoir envisager son … immobilité ! Étienne Klein

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La créature « charnelle » a faim de  temps. Mais dans un seul jour, parfois, nous délaissons ce que nous croyons vraiment « inutile ». Or, cet « inutile » n’est qu’un trie  de l’intellect. La chair garde la chair… Mais en dessous, en creusant, en s’attardant, la plus belle et la plus grande chose de ce monde est de s’arrêter sur ce qu’on a vécu, pas à pas, cellule par cellule, grain à grain, délicats, possiblement glissant entre les doigts de l’esprit.

La beauté est une lueur… Mais pour la saisir, pour en croître, il faut les grandes mains de l’âme…

Oui, le corps a faim des « choses », l’égo a soif pour se satisfaire dans cette vie. Nous courons les demain pour nous satisfaire, les images fixes, alors que tout est en mouvement. L’humain, fripé, encagé dans ses sens,  trempé dans l’effervescence que trop dénaturée par la les gifles continuelles  de petits malheurs qu’il crée, en dieu déchu qu’il est, perdu, constamment flapi, exténué, perd de son essentiel dans une surexcitation sociale. Le monde a créé ses propres démons, et le feu est le feu que nous alimentons par le souffle géant qui nous bombarde chaque jour.

Mais chaque jour peut être une vie…

Hui

Il n’y a pas qu’un temps… Il y a des temps. Comme des mesures en musique.

Oui, hui…

Ce matin, en me levant, pendant que la bruine luisait tout sur le sol, comme si les larmes d’une certaine tristesse s’étaient imbibés dans les herbes, le bois, la voiture, et la vision de objets lointains. Le ciel était lourd. Trop lourd!…

Je suis sorti, j’ai regardé chaque goutte, chaque sculpture  d’eau, avec autant d’attention qu’il m’était possible. En séparant la tristesse de mélancolie dont nous sommes embués , la lumière manquante, l’interprétation parfois empoisonnante.

L’intellect  boit tout, mais l’âme se doit d’être un filtre…

On voit alors que la beauté existante est utile et non pas seulement une aigreur dont on se nourrit. Il faut ouvrir sa vision à la nécessité de la nature de planter ses gouttes en masse, de nous arroser en une douche qui atteint nos âmes. Mais elle ne le fait que pour la nature. Nous ne pouvons pas voir la joie des plantes de se nourrir… Nous ne percevons que notre manque d’éclairage, sans doute lié à nos vies plus profondes, d’un monde autre.

La douleur n’est qu’un ventre pour l’enfantement d’une joie, d’une reconnaissance et d’un pouvoir de transformation.

On ne peut pas séparer les gouttes de la mer et le plaisir de naviguer sur l’eau…

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De par ce petit voyage vers Québec, à la vue des arbres déjà défoliés, je ne songeais pas à rien, car il ne faut pas interpréter le sens de ce que nous voyons, mais simplement le regarder.

Nul besoin d’une formule ou d’un OM pour prier. Prier ne s’adresse pas à quelqu’un d’autre. Prier s’adresse à soi. Et, en même temps, à tous. Mais la plus belle prière est de chanter ou chantonner.  Ce petit exercice qui allie la parole aux vibrations efface complètement la nature de l’esprit qui divague dans son torrent de pensées, tout bouillonnant.

Chanter, suivre le rythme est retrouver, sans cérémonie, délavant toutes les strates du temps qui finissent par nous bouchonner.

Le tunnel, c’est nous qui le créons. L’égo est un cheval sauvage…

On ne peut pas danser si on est en déséquilibre.

Le web est saturé d’analyses. Changent-elles quelque chose en vous? Sinon qu’une nouvelle couche de malheurs dans lequel vous vous laisser noyer?

Il y a l’eau et la boue.

La chair, l’intellect, s’en délectent. Mais en même temps, il fige tout cela dans un cursus à grand risque : la vitrification.

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Il y avait bien des années que je n’étais pas passé dans un centre d’achats. Je me suis assis sur un banc, regardant les gens passer, puis j’ai levé les yeux vers les décorations de Noël. Une petite lumière scintillait, pendant qu’en bas, il y avait un défilé d’humains. Regarder sans juger, comme les arbres, c’est voir un peu…

J’imaginais qu’ils cherchaient des cadeaux.

Je suis sorti. Les nuages étaient là. Mais encore faut-il voir au-delà, les déchirer, se dire qu’ils ne sont pas notre tristesse d’automne, mais encore une illusion de nos êtres mais une nécessité de la nature.

Choisir de voir c’est en même temps se débarrasser de la notion du choix de ce que l’esprit, l’intellect choisit.

L’âme, elle, quand elle reste ouverte et silencieuse, ne choisit pas, ni ne se laisse enfouir.

Au fond, il n’y a pas de recette. L’art est une manière d’éviter les recettes. Mais la meilleur manière de les éviter est de se mieux connaître, de s’attarder, de ralentir…

Peu importe les douleurs des ciseaux sur les sculptures, l’effroi des mots et des formules auxquelles nous tentons tous d’échapper, le seul art qui demeure, reste et perdure, est celui de se sculpter à partir des outils des autres mais en délaissant leurs œuvres.

Car, nous sommes l’œuvre.

Il n’y en a pas d’autres. Même les arts que nous utilisons – parfois par péché d’égo – parfois par soucis de lutte sociale d’entre les arts, nous avons, inconsciemment, intuitivement une route à tracer par nos trouvailles et le débarras des peurs et des jugements.

Il n’est pas aisé de s’approvisionner et de se nourrir à l’humilité des arbres.

Eux, ignorent qu’ils sont regardés avec autant de fascination. Qui sait? Peut-être l’Univers a-t-il créé une manière de la faire sans que nous la connaissions?

Possible… Probablement invisible…

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Mon père disait qu’on mourait chaque soir en s’endormant…

Peut-être avait-il raison, en un sens… Car l’erreur est d’attendre le lendemain pour être « heureux ».

Il restera toujours la lutte entre les humains, la méfiance, la raison d’avoir raison, la peur d’avoir tort, etc. Les conflits de travail, l’esclavage, la culture de l’intellect au service des amputés de l’âme de ce monde, demeureront toujours.

Il n’y  a pas de réelle évolution des structures. L’Humanité, tout au  long de son histoire n’a pas cultivé réellement cette graine de dieu en nous. De par ses énormes et fourbes structures, elle vous nivelle au ras des ambitions matérialistes toujours et plus encore subsistantes.

C’est bien ce qui contribue à la fixité des hordes, à leur agglutinement artificiel configurée par les « meneurs ».

Ils enterrent des dieux et des hui. Pour eux, c’est toujours demain, et la vie est toujours un « projet » à réaliser.

Le temps n’a jamais rien réellement réalisé.  Même s’il a eu des siècles pour le faire. Nous sommes à la case départ : l’esclave est bien nourri, soit.

La solidarité humaine peut bien passer par une structure… Mais si la poutre que nous sommes est faible, nous ne pouvons pas soutenir la structure sociale qui nous mènera à la paix.

Ce qu’ignore le « structuraliste », c’est qu’il y a nécessité de parfaire l’un pour parfaire les autres.

C’est la raison pour laquelle si peu d’hommes ont échappé à tous les systèmes empoissonnant.

Pourtant, ce sont eux la base de notre culture de notre  développement personnel.

Beau leurre! Les travailleurs sont payés en temps et non pas en valeur réelle.

Par qui?

Par ceux de la monoculture… Celle des masses.

Il faut donc échapper au temps, à l’outil, et au nivellement.

Le pixel de votre écran, c’est vous.

L’image de votre écran, c’est ce « nous ».

On nous a appris à vivre à l’envers : les grands projets ne sont pas les pyramides de Gizeh, les grands projets c’est de saisir que le temps n’est pas à vendre, ni l’esclavage, ni l’authenticité humaine.

Le grand projet est une œuvre personnel désinfectée d’un peu d’égo, participante, mais dans un système qui aura compris.

Ce ne sont pas Allah, ni Jésus, ni d’autres prophètes, ni les malicieux organisateurs mondialistes qui règleront le sort du monde.

Nous assistons, au 21e siècle à une étrange  « mixiture » de dieux issus de l’antiquité, de gourous « moderne », d’un grand désir de réussite sociale, sans réussir vraiment.

Nous sommes donc à un point de convergence entre les retrouvailles de l’âme et de la grande déchirure des produits vendus, des modèles sidérants d’athéisme – malgré toutes les façades de fausses religions en luttes, toujours en luttes, mais défibrées par la faim des temps.

L’Homme tiraillé… Il est acheté et vend en même « temps »…

C’est le point des retrouvailles ou de la déconfiture complète et planétaire.

Analysons tant que nous voulons, nous ne règlerons rien. Car la petite lueur risque non seulement d’aller au tombeau, mais de faire de la planète le premier cercueil de l’Univers.

Gaëtan Pelletier

4 novembre 2012

En Alberta: « L’ avènement d’une humanité… inhumaine « 

A Fort McMurray, en Alberta, Canada, se déroule un des désastres écologiques de la planète : de monstrueux chantiers à ciel ouvert exploitent les immenses réserves de sables bitumineux. La romancière Nancy Huston, originaire de la région, s’y est rendue et témoigne. « C’est comme si je voyais l’avènement d’une humanité… inhumaine. »

Nancy Huston, célèbre romancière et essayiste, est originaire de l’Alberta. Dans le nord de cette province canadienne, d’immenses chantiers à ciel ouvert entourent une « ville champignon » : Fort McMurray. Les compagnies pétrolières, en exploitant les immenses réserves de sables bitumineux, rasent les forêts, polluent les sols, détruisent la faune et la flore. C’est un territoire gouverné par le pétrole et l’argent au mépris de la nature, des peuples. Au mépris de l’humanité.

C’est ce que dénonce le recueil Brut, la ruée vers l’or noir, chez Lux Éditeur. Les textes de Melina Laboucan-Massimo, David Dufresne, Nancy Huston, Naomi Klein et Rudy Wiebe se croisent et se complètent. Ils nous montrent l’ampleur de la catastrophe écologique du point de vue de chaque auteur. Reporterre s’est entretenu avec Nancy Huston. Une Interview à lire… ou à écouter.

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Nancy Huston, lors de la soirée de présentation du livre « Brut, la ruée vers l’or noir », le 27 avril 2015.

Reporterre – Vous êtes revenue en Alberta. Qu’avez-vous découvert ?

Nancy Huston –

 

Dire « revenir en Alberta », c’est très vague parce que l’Alberta est immense, plus grand que la France. Moi, je suis née au sud de l’Alberta et les installations pétrolifères sont dans le nord. Je n’étais jamais allée dans cette région. Mes grands-parents maternels habitaient la rivière de la Paix qui n’est pas très loin. C’est dans la région de l’Athabasca. Mais je ne connaissais pas la région même de Fort McMurray.

Et donc, je loue une voiture avec des amis. On roule pendant cinq heures et l’on découvre cette ville champignon qui a décuplé de population depuis le début des années 2000 en raison de l’extraction du pétrole. Fort McMurray est une ville terrifiante parce qu’elle est là pour l’argent. C’est véritablement la ruée vers l’or noir. C’est comme la ruée vers l’or à la fin du 19e ou au début du 20esiècle. C’est des hommes… uniquement des hommes, qui viennent du monde entier pour gagner beaucoup d’argent rapidement et repartir. Et ce que ça implique à chaque fois, c’est que les gens ont du mal à s’investir dans le lieu lui-même. Ils ont du mal à parler les uns aux autres. Ils ne parlent pas la même langue, ils ne viennent pas d’une même religion. Ils ne forment pas une communauté.

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Vue aérienne d’un chantier pétrolier au nord de Fort McMurray. Source : Google Earth

Fort McMurray est constituée essentiellement de centres commerciaux entourés de banlieues résidentielles extrêmement chères. Tout est cher : les restaurants sont chers, les centres commerciaux alignent des magasins de toutes sortes, mais tout est étrangement déprimant, étrangement désinvesti. Il n’y a de centre que pour le shopping. Il n’y a aucun centre d’aucune ville. La mairie elle-même est une sorte de bâtisse disgracieuse en brique marron. On peut aller de pubs en bars, parce que moi j’aime bien aller voir où les gens boivent. Et là où les gens boivent et en principe se rencontrent pour discuter, il est impossible de discuter parce qu’il y a des écrans partout qui diffusent des émissions très bruyantes de musique et de sport.

Donc, les gens jouent au billard ou ils boivent. Mais il est extrêmement difficile de se parler. De tous les lieux que j’ai visités sur Terre – et j’ai été dans tous les continents -, c’est l’endroit du monde où je me suis sentie le plus mal à l’aise. C’est comme si je voyais l’avènement d’une humanité… inhumaine. Une humanité qui n’est là que par rapport à une sorte de survie physiologique.

Que manque-t-il à Fort McMurray ?

La dimension spirituelle. Il y a des églises partout. Mais des églises qui ont le même type de publicité que les magasins, des affiches clignotantes proclament qu’il vaut mieux sauver son âme que réparer son toit. Des choses comme ça. Tout est pensé en termes de rentabilité.

Ensuite, il y a cette immense population : 100 000 personnes à Fort McMurray même et 30 000 autres qui habitent les camps de travail alentour, travaillant pour les quelque 55 compagnies pétrolières qui exploitent les sites d’extraction du pétrole. Au centre touristique de Fort McMurray, on peut, moyennant paiement, faire le tour d’un de ces sites en car. Nous l’avons fait.

Rouler trois-quarts d’heure et visiter le site modèle qui est celui de la compagnie Syncrude, ce qui veut dire « synthetic crude » : le brut synthétique. C’est ça qui est extrait de ces terres. C’est aussi apparemment lié à la Chine. Quand je dis que c’est un site modèle, ça veut dire qu’ils vont nous montrer une image merveilleuse et souriante de l’extraction du pétrole selon « syncrude ». Pendant quatre heures, on a fait le tour de ce site. On voit les forêts qu’ils essaient de replanter.

Moi, ça m’a fait froid dans le dos parce que je suis Canadienne et j’ai senti que j’étais en face d’une propagande exactement du même type que la propagande des pays de l’Est. Dans ma jeunesse, j’ai visité beaucoup de pays derrière le rideau de fer : depuis la Russie jusqu’à la Pologne en passant par la Bulgarie. Donc, je reconnais cette sorte de discours optimiste cynique qui dit que tout va bien dans le meilleur des mondes. Ils nous montrent les soi-disant « étangs », « tailings ponds », c’est-à-dire « étangs de rétention », remplis d’eaux complètement empoisonnées, résultant de l’exploitation des sables bitumineux. On nous montre que c’est vraiment bien contenu, ce n’est pas si grave que ça et qu’il y a toutes sortes de sons qu’on émet régulièrement pour effrayer les oiseaux, pour qu’ils ne se posent pas sur ces lacs et qu’ils ne meurent pas.

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Lac de stockage de produits toxiques dans le nord de l’Alberta, le 06 avril 2014. © Guy Oberson

Ce qui m’a le plus choqué dans cette visite était le discours sur les forêts. C’est comme si l’on disait en achetant un aquarium et en mettant trois poissons rouges, qu’on a reconstitué la mer détruite ! Une forêt est un écosystème extrêmement complexe. Ils ont arraché tous les niveaux de la terre, ils ont arraché les arbres, ils ont empoisonné les cours d’eau. Ils font comme si tout allait bien, que les oiseaux allaient revenir, que les animaux allaient revenir et vivre à nouveau là dedans. J’ai été effarée… j’étais glacée par le cynisme et la violence de mon propre pays.

Au travers de votre récit, vous rendez compte d’un changement de vocabulaire. Y a-t-il l’émergence d’une nouvelle langue ?

Il y a l’émergence d’une nouvelle langue. On dit « sables pétroliers » parce qu’on est censé être très fier d’avoir beaucoup de pétrole. Ce bitume sera raffiné et transformé en pétrole à terme. Mais pas chez nous, au Texas ou en Chine ou ailleurs. Le Canada exporte traditionnellement les matières premières non traitées, non retravaillées et c’est encore le cas ici. C’est le brut… vraiment très brut.

Mais cela rapporte énormément d’argent. On est très fier de ça. Mais le produit que nous extrayons de ces terres est incroyablement sale. Le mélange entre le bitume et le sable est une substance indiciblement complexe et qu’il faut traiter avec la vapeur sous pression pour séparer sable et pétrole. Cela relâche dans les eaux et dans nappes phréatiques des poisons qui vont avoir des effets meurtriers sur la faune et les humains, en aval de la rivière.

Quand des gens viennent de différents pays et différentes langues, il faut bien sûr inventer une novlangue. Donc, il y a une sorte de simplification à outrance de la langue anglaise. Et ce qui m’a aussi le plus sidéré là-bas, c’est des affiches, littéralement des panneaux d’affichage, qui disent« BE » : soyez. C’est le premier verbe, le verbe être, le dénominateur commun. Tout le monde peut connaitre ce mot-là en apprenant l’anglais. Et les gens, on les incite, on les encourage à juste« être ». Ça dit aussi « BE YOURSELF » : soyez vous-même… « BE, BE, BE, BE YOURSELF, BEUNIQUE » : soyez unique.

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Nancy Huston, romancière et essayiste, lisant le texte de Rudy Wiebe le 27 avril 2015.

Et bien sûr, le problème des hommes qui vont travailler là-bas, c’est exactement une difficulté d’être, parce que l’être humain devient soi-même par contact et interaction avec autrui. Notre cerveau à la naissance est incomplet et ne se développe que grâce à l’interaction linguistique et sensorielle avec d’autres êtres humains. Donc, si vous plongez des êtres humains à l’âge adulte dans un endroit complètement inconnu et très hostile… c’est un milieu où il fait froid, la température moyenne doit être de deux degrés. Il fait très froid en hiver et les hivers sont longs. Que devient un être humain dans ces conditions ?

On travaille souvent 12 à 15 heures par jour, 7 jours par semaine pendant 2 ou 3 semaines d’affilée et ensuite on a une semaine de repos. Si l’on n’habite pas trop loin, si l’on habite seulement au Texas ou à l’est du Canada, on peut rentrer pendant une semaine. Si l’on habite à l’autre bout de la terre, on reste sur place et on regarde la télévision. Les hommes sont drogués. Pendant qu’ils travaillent, ils ont des casques pour se protéger du bruit épouvantable des machines qu’ils sont en train de manipuler. Ils écoutent de la musique, j’imagine, tonitruante dans leurs casques du matin au soir. Ensuite, ils vont boire un verre et reçoivent encore des bruits des écrans. Dans leur chambre, ils ont une télévision et ont accès à internet. Ça devient une vie virtuelle de A à Z.

C’est comme si la réalité pouvait être mise entre parenthèses pendant des années. Ils restent deux ans, trois ans. Ils gagnent beaucoup d’argent, mais ça coûte très cher aussi de vivre à Fort McMurray donc ils ont tendance à prolonger leurs séjours. Ils se déconnectent complètement de leur vie là-bas. Leur corps de jeune homme avec ses besoins de jeune homme, que devient-il ? Et bien, il y a des boites de strip-tease,des prostituées. J’ai entendu dire qu’on faisait venir, pour des occasions spéciales, des prostituées depuis Edmonton en avion pour assouvir les besoins des… peut-être pour les boss et non pas pour les travailleurs, je ne sais pas.

« Be » est inscrit partout. Mais finalement, « être » renvoie à « posséder » ?

Ça se confond, être et avoir. C’est comme si l’on ne pouvait pas imaginer qu’il y ait une autre fonction dans la vie que d’avoir de plus en plus d’argent, d’être sûr de gagner assez d’argent pour envoyer ses enfants à l’école, à l’université. La vie devient entièrement un calcul de fric et rien d’autre. Les galeries d’art… bon, je veux bien que ce soit impossible dans une ville aussi récente et dans une région aussi ingrate de donner naissance à de grands artistes. Je ne suis pas naïve. Mais ce qu’on appelle des galeries d’art, c’est très comique. Ils ont des crochets, des ouvrages de crochets et de broderies qui montrent des camions. Ces camions gigantesques qui sont grands comme des immeubles de deux étages et dont ils sont très fiers.

C’est une sorte d’appauvrissement, d’abêtissement, je n’ai pas envie de dire bestialité parce que j’ai trop de respect pour les animaux. C’est une mécanisation de l’être humain. C’est comme si l’homme était en train de se transformer volontairement en machine, de faire partie de ces camions et de ces excavateurs qui arrachent la surface de la Terre. Quand on les regarde, c’est comme si l’on voyait des dinosaures. Et l’on voit les hommes qui se mélangent à ces corps mécaniques de dinosaures et qui détruisent leur propre maison, leur propre terre.

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Site minier du nord de l’Alberta, le 06 avril 2015. © Guy Oberson

Les gens ont-ils conscience de cette destruction, de la catastrophe écologique ?

 

Je ne peux pas généraliser sur les Albertains parce que j’en connais peu. Les gens avec qui j’ai discuté là-bas n’avaient pas l’air plus inquiets que ça. Je sais qu’il y a de plus en plus de mouvements écologistes, notamment les communautés autochtones, mais pas seulement, qui protestent.

Mais autour de moi, c’est vrai, à Calgary, à Edmonton, les gens avec qui j’ai discuté prenaient ça à la légère. Ils avaient l’impression… on aurait dit… que les écolos, c’étaient : ou des doux dingues ou des manipulés par les gauchistes, voire par les pays arabes. Le but de l’opération est de remplacer l’Arabie Saoudite comme premier fournisseur de pétrole des États-Unis. Donc, on est très fier de cette mission, nous les Albertains, et l’on ne voit pas plus loin que le bout de notre nez.

– Propos recueillis par Lucas Mascarello


- Brut. La ruée vers l’or noir, David Dufresne, Nancy Huston, Naomi Klein, Melina Laboucan-Massimo, Rudy Wiebe, Lux Editeur, 112 pages, 12,00 €

http://www.reporterre.net/En-Alberta-l-avenement-d-une

Chittagong: vivre de bateaux morts

South-east of Bangladesh, in the Bay of Bengal near Chittagong. Young workers reaching their ship in the morning. Shipbreaking is a controversial industry. The positive economic and recycling impacts are counterbalanced by the Human and Labor rights violations and Environmental pollution. It is considered that 100.000 workers worldwide are employed in shipbreaking. Greenpeace and FIDH have among others been pointing this industry as being the deadliest one in the world.

J‘avais écrit ce petit article en 2012, je crois. Ce soir, à TV5 on retrouve un reportage sur ce « scandale ». Salaire 5 euros par jour. Très bien payé. Et selon le reportage environ 20% des travailleurs sont des enfants. Ce que nient les propriétaires.  

Reste que dans tout ça, l’Occident et autres pays « riches » se débarrassent de leurs carcasses de flottes maritimes pour « rien ».  

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À Chittagong au Bangladesh, nous pouvons retrouver le plus grand cimetière de bâteaux. teau au monde. D’immenses pétroliers et autres bateaux gigantesques, sont échoués partout sur les plages. Plus de 20 milles ouvriers y travaillent à dépecer ces énormes machines pièce par pièce .On les appels les Briseurs d’épaves. Malgré le fait que l’histoire de ses ouvriers reste très caché par les autorités il y a beaucoup de controverses autours de ses ouvriers maltraités.

Ses ouvriers travaillent sous une température d’une chaleur épuisante et ne portent pratiquement pas de protections. Ils n’ont que des sandales en caoutchoucs dans les pieds, s’ils ne sont pas pieds nus. Ils n’ont que des vulgaires bouts de tissus sur le corps et ne portent ni gants, ni casques, ni lunettes protectrices. Pourtant les matériaux avec lesquels ils travaillent  sont hautement dangereux .

Selon plusieurs rapports publiés par des ONG, il y a en moyenne 1 blessé grave par jours et un mort chaque semaine. Ils meurent suffoqués, écrasés, ou brûlés par des explosions trop fréquentes. Beaucoup de travailleurs sont des jeunes adolescents qui habitent sur les chantiers. Ils doivent ramasser de l’argent pour leurs familles dont ils sont éloignés depuis un très jeune âge. Les travailleurs sont payés un peu moins d’un dollar par jours ce qui est considéré comme un bon salaire au Bangladesh.

Les dirigeants gardent ses faits cachés et les journalistes sont leurs pire ennemies .Pour pouvoir entrer sur les sites certains journalistes doivent soudoyer les agents de sécurités en leurs donnant quelques dollars qu’ils acceptent rapidement. Le marché de l’acier des bateaux compte comme 80% des besoins du pays et est utilisé pour construire des ponts et des bâtiments. Le Bangladesh à un urgent besoin d’acier c’est pourquoi les autorités du pays laissent entrer des bateaux pollués bourrés d’amiantes qui tuent des ouvriers sur le coup ou à petit feu.

Heureusement, l’organisation du travail a lancé un projet pour instaurer de meilleures conditions de travail d’ici 2015,mais pour les aidés il serait important de faire des moyen de pression ou simplement contacter des leurs des gants ou des botte de travail ce qui pourrais leurs sauver la vie car en attendant 2015 il sera déjà trop tard pour plusieurs de ces travailleurs.

http://multimedia.cyberpresse.ca/bangladesh/index.html

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Il s’agit d’une cité de recycleurs de bateaux (shipbreakers). Lorsque des bateaux vont mourir ( des gros bateaux de plusieurs milliers de tonnes) ils viennent s’échouer ici. Le cimetière est visible dans Google Maps.

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Excellent reportage et précisions à l’adresse qui suit

http://www.zeppelin-geo.com/galeries/bangladesh/shipbreaking/shipbreaking_texte.htm