Les désanalyses. Chapitre cinq : la défabrication de l’humain

Sarkozy

Photo: exemple de blatte brouillée

***

Vive le totalitarisme furtif!  Gisèle Tardif

***

Un auteur, dont j’ai oublié le nom, disait que les hommes politiques, en temps de paix avaient fait  plus de dommage que les guerres du 20 ième siêcle: 170 millions en temps de paix, et 100 millions pendant les guerres. En ce début du 21 ième siècle,  probablement avons nous dépassé ces chiffres en quelques années.  En toute logique, ce serait la raison pour laquelle il vaut mieux être en état de guerre qu’en état de paix. Le politicien qui se frotte le nombril pour faire sortir son génie, est un transporteur de contrats. C’est l’homme d’affaires des hommes d’affaires . Mais en réalité, c’est l’inverse… Le rôle du citoyen est de trouver le revers de l’inverse. De sorte que tout le monde est perdu. Les sacrifiés ne sont plus déterrables de leur charnier. Il n’y a pas de charniers visibles. Il n’y a que des dommages collatéraux fantomatiques. Ça, c’est dans la vie de l’échiquier politique journalier. De temps en temps, ou trop souvent, les deux s’emmêlent: on ne sait plus si c’est un jeu politique ou une guerre.

C’est l’ère de la tyrannie de la bêtise. Mais laquelle? C’est de la construction d’un individu dans un groupe et de par un groupe qui qui construit l’individu. Il n’y a pas seulement maman et papa qui nous mettent au monde. Il y a la société. Et la société c’est le grand bain des valeurs, de l’éthique, bref, du formatage de la personne humaine par la soi disant éducation.  Y compris les médias sociaux et tout l’appareillage d’information torsadé.  De temps en temps, voire souvent, il faut se former soi-même à partir du moment où l’on constate l’hégémonie dominante et destructrice.

Hélas! L’esprit humain est une éponge à dieux. Il avale  des dieux comme de petites pilules, en people, version laïque du descendu sur terre pour jouer du cerveau et refaire le monde en quatre ou cinq ans.  Hillary Clinton sera le nouveau dieu d’un pays qui a placé dieu sur un billet de banque. C’est une valeur… En partant, c’est le nerf de la guerre. J’en suis venu à la conclusion que l’Amérique ( USA) vit en mangeant des autres. Ils ont créé le cannibalisme planétaire… blanc. La faim dont on ne sait quoi mène à la fin dont on sait qui. Ou presque…

Le plus important de toute cette bulle qui boursoufle comme des crapauds ayant trop fumé de cette économie qu’ils n’arrivent pas à arrimer au véritable progrès est qu’ils construisent par ignorance sèche toutes les machines- ou les entretiennent à coups de subventions- les humains qui deviendront des blattes par la culture ( et le système d’éducation marchandisé) de blattes supérieures ( de pouvoirs) en blattes inférieures. Ce qui signifie que l’ignorance est en train de prendre le pouvoir sur la connaissance. Le pouvoir d’être sourd a vaincu  le pouvoir d’entendre.

Je ne sais si j’ai été clair. Je vais tenter de l’être: nous sommes les  civilisés les plus ignorants qui donnons nos vies à des plus ignorants. De sorte que la prochaine génération de dirigeants politiques en sera une plus pauvre donnant naissance à une autre plus pauvre en terme de capacité d’analyses , de pouvoir réel, mais champions dans les formules.  De sorte qu’à brouiller l’incompréhension pour tromper les peuples, on ne construira que des brouillés.  Alors, ce sera la démocratie complète mais stupide: un brouillé non dirigeant sera aussi brouillé qu’un dirigeant. Tout le monde est ego…

Gaëtan Pelletier

Si vous allez à Moscou, n’oubliez pas vos AK-47 en souvenir

AK 47

Des AK-47 en souvenirs. C’est ce que l’on propose à l’aéroport de Moscou.

Dans un communiqué, la société en pleine modernisation et à la recherche d’une nouvelle image, a expliqué que la boutique proposerait «des copies d’armes à feu pouvant être achetées comme souvenir par toute personne en âge légal». La Presse

Peut-être qu’au Canada on pourrait offrir de petites statuettes de Justin Trudeau. La trudeaumanie 2 est en train de chauffer le Canada. Je pencherais pour Céline Dion, elle aussi en statuette, plantée au bout d’un bateau qui va bientôt couler.

En fait, le meilleur souvenir serait une petite boule bleue avec des océans. Pour se rappeler d’un monde propre existant jadis et maintenant tellement malmené.Mal menée… C’est bien le mot.

Gaëtan Pelletier

Le rat politique

Rat

 

 

Avant propos: Cette étude n’a rien à voir avec des personnages existants ou ayant existé ou qui existeront.

***

Étude menée avec une équipe de travail composée de ma consœur,  la  Dr Hilary Sukapipe, chercheuse à Columbia, et du psychiatre    le Dr Gilles  Matlousse. 

***

Mon équipe et moi avons procédé à l’étude du comportement d’un rat placé derrière un bureau. Cette étude s’est échelonnée sur une période de 3 ans.

Au tout début, nous avons attelé à une petite  turbine électrique qu’il activait  courant sur un rouleau. Au bout de 2 jours, le rat, en sueurs, a commencé à se demander qui pouvait bien tirer profit de la turbine. Nos collègues et moi étions  abasourdis. Nous  lui donnions de l’eau et de la nourriture, mais rien de plus : pas de  flat TV  screen ni musique , ou le loisir de loucher les petites de Star Académie.

– What the hell is going on here? S’exclama le rat. ( On ne lui en demandait pas tant).

Le rat, au bout de son rouleau, débarquait de son travail le soir pour aller suivre des cours à l’université. Il obtint un Bacc.  en administration en faisant des copier-coller d’articles picorés sur le net, ou des copier-coller de bouches à Bush.  Bien qu’épuisé, il ne se laissa pas abattre et se mit à ingurgiter des substances pour ne pas dormir et d’autres pour dormir.

Il présenta un  CV, et obtint rapidement  un emploi de DG pour la firme Pub Inc. qu’il racheta quelques mois plus tard.  Il se rasait le poil tous les matins, et  se lynchait plaisamment d’ une cravate bleue ou rouge pour aller travailler. Inutile de plaider davantage sur la capacité d’adaptation des rongeurs…

Un jour, nous lui glissâmes  une pile de dossiers. Il  il passa  des heures à les ronger. Mais au bout de quelques jours, se rendant compte de son pouvoir, le rat se mit à travailler vraiment : il fit  des réunions, se mit à rédiger des communiqués  puis à donner des ordres à des subalternes, les TDR ( Tourneurs de roues).

Après quelques réussites, il se produit un phénomène singulier : le rat devint ambitieux et sournois.  Il soudoya deux ou trois autres rats du même acabit.  Finalement comme échappatoire à l’impôt il créa une une Cie à numéro : THE 3.14.16. C’est ainsi qu’il se créa un cercle…

Je décidai de prendre des notes afin d’élaborer mon article :

Il arrive souvent que les principes utilisés en dosimétrie interne proviennent d’études effectuées « à des fins pratiques » sur des animaux de laboratoire. Les données ainsi acquises peuvent être extrapolées aux humains; dans certaines circonstances, cette extrapolation requiert pour ainsi dire un acte de foi. Les résultats de notre étude indiquent que la portion du cerveau  la plus sensible aux effets néfastes de l’argent est le tubule proximal.

Notre cobaye se mit plus tard à parler de  de rendement et de «qualité totale».  Ce qui signifie en langage d’opération de gestion  que sur une chaîne de montage où l’on fabrique 1000 boulons à la minute, il s’en perdrait 5%. Ce qui au bout de cent ans – le rat l’avait calculé – la Cie perdrait $123,233.13. Il prit donc les mesures nécessaires afin d’éviter ces pertes. Puis, pour se faire pardonner, il érigea un temple pour les disciples du l ibre-échangisme.

Le rat eut l’idée de récompenser  ses employés en leur donnant un titre. Le balayeur acquit le titre de  Détrusologue. À partir de ce moment, les rats se mirent à fonctionner comme des humains.

Quand un rat ne réussissait  pas, il était  renvoyé et traité de  rat-é.

Ceux qui continuaient, malgré l’effort qu’on leur demandait, avaient droit  aux anti-dépresseurs, à l’acupuncture, et au psy.  Certains  s’adonnaient aux cartes et au bingo, à la pétanque ou à la loto.

Au bout de quelque temps, grâce au cercle qu’il s’était formé,  et des contrats obtenus par sa firme Pub Inc., notre rat fut  promu au rang de haut fonctionnaire.

Il se bonifia d’ une île fiscalo-paradisiaque , une villa en Argentine, et une maison de campagne à Pohénégamook,  ainsi qu’un  vieux presbytère en ruine à Saint-Bernard-du-Déluge.

Je pris note, afin  ne pas oublier :

Cette dualité Sciences de la Matière / Sciences du Vivant se retrouve par ailleurs dans les trois équipes de l’unité, ces équipes étant également de composition pluridisciplinaire. Le laboratoire poursuit ses efforts, en coordination avec les autres acteurs en vue de structurer un plateau technique RMN de neuroimagerie au bénéfice des recherches en neurosciences cliniques, biologiques et cognitives. Autre méthode d’imagerie in vivo, l’imagerie optique (microscopie confocale bi-photonique) est développée en parallèle sur une plate-forme dédiée, dans le cadre des études in vivo sur le petit animal.. (Kali Fourchont)

Poursuivant notre étude nous offrîmes au rat  un compte de dépenses. Il ne tarda pas à voyager en jet, à mâcher  de la gomme, bref, à ronger le peuple.

Pour faire bien, il se mit  au golf. Ses ancêtres  avaient  vécu dans un trou pendant des années : il eut  le sentiment de retourner chez lui à toutes les fois qu’il propulsait une balle.

Voyant que tout allait bien, nous avons glissé un agent secret  dans son entourage. L’agent ( il est secret, donc on ne peut pas dire son nom) , .008,  se rendit tôt  compte que le pisté  sniffait une substance étrange tout en buvant du cola. Or, il est indiqué clairement dans un article de M. Cardéno les effets néfastes d’une telle addiction  :

The kinetic mechanism of rat liver hexokinase D (glucokinase) was studied under non-co-operative conditions with 2- deoxyglucose as subst-rate, chosen to avoid uncertainties derived from the co-operativity observed with the physiological substrate, glucose. The enzyme shows hyperbolic kinetics with respect to both 2-deoxyglucose and MgATP2-, and the reaction follows a ternary-complex mechanism with Km = 19.2 +/- 2.3 mM for 2-deoxyglucose and 0.56 +/- 0.05 mM for MgATP2-. Source  Désolé pour l’anglais, et pour les intéressés, il y a un format PDF ) 

Le  rat périclite, comme il est clairement  indiqué dans l’article.

La chute

Un jour, en ouvrant la porte d’une  toilette publique pour aller pisser, le rat se retrouva en face d’une dizaine de camé-rats. Il fut alors traîné en court  et parut devant une commission d’enquête. On passa au beigne fin : il s’était fait remonter une narine en plastique et monter une marine de  bateaux.

On découvre alors qu’il avait  vendu de la pub à ses amis golfeurs.

Il passa alors 3 jours  à une commission d’enquête, buvant de l’eau du Maine embouteillée au Chili par des Kardachèques  pauvres et sales qui n’en avaient pas pour se laver et n’avaient pas le droit d’en boire.   On fit la preuve que le rat  était vêtu d’un complet contrefait faussement griffé. (Made by Ankit , 12 ans)

-Bof! Rétorqua-t-il. La moitié de l’argent en circulation vers les années 1850 aux U.S.A  était contrefaite.

– Mais nous ne sommes plus en 1850, lança un membre du comité.

– Non! Aujourd’hui, on ne la voit plus. L’argent, comme le F-35, est devenu furtif. Il est crypté …

Il avoua  son «crime» et fut  condamné à deux ans moins un jour de travaux communautaires : nourrir 24  chatons et vider leur litière. Tous les chats moururent noyés « dans un gros verre d’eau », plaida l’avocat. On lui confia alors un perroquet. Il l’éduqua si bien que le perroquet fut élu.

Que faut-il conclure de tout cela.  Je vais affiner les conclusions de  l’article d’un confrère ,  Ramousse R.

http://www.cons-dev.org/elearning/ethic/EA8.html

Or, certaines manipulations expérimentales n’ont pas le même effet suivant qu’elles sont appliquées à un rat « naïf », qui est confronté pour la première fois avec l’intrusion d’une souris dans sa cage, ou à un rat « non tueur » confirmé qui s’est familiarisé avec la présence d’une souris dans son environnement, ou encore d’un rat « tueur » qui a une longue expérience du comportement d’agression interspécifique et de ses conséquences. En effet, la souris n’a pas la même signification pour les trois type de rats.

Monsieur Ramousse veut dire qu’un simple citoyen est comme une souris en face de plusieurs type de rats. Ça dépend toujours pour qui on vote. Mais le choix est toujours entre plusieurs types de rats.

Gaëtan Pelletier

Cordonnier lassé

**********************************

Sources :

J’avoue les avoir trafiquées:

COLA and Liver, by . J.R. Rollskin. A study of a young man with round glasses driving a broom at school over a cooco’s nest.

M. Lim Zamorato, B.L. Traky, J. M. Zoolinski, R. Fullhammer, K. Cacapello, G. Moodie Blue, D.P. Meyerhof.

(1998). Assessment of the effect on money on rats and monkeys.

Behaviour of non- isolated rat and human red blood cells upon hypnotic-dialysis encapsulation of carbonic anhydrase and nostril power. . Alvarez F A, Tejed MC, Diaz JC Phd.

Le cochon scribe

Bosch Le cochon scribe

La classe des scribes formait la base de l’administration de l’État et c’est chez elle que se recrutait l’élite intellectuelle du pays [l’Égypte] (M.-A. Hussein, Les Orig. du livre du papyrus au codex, trad. par R. Savoie, 1971, p. 13). Caen 

***

Les scribes politiques écrivent avec leur nombril et leur innocence patentée la grande noirceur des États qui définissent les mots, généralement pour les adoucir. On parlait jadis de « ressources humaines ». On a gommé le mot humain pour modifier la formule: « capital humain ».  Le « dépromu » au rang de la monnaie fait maintenant partie de l’échiquier mondialiste des trafiquants d’esclaves assujettis au monde du travail mondialisé. On peut vivre au Canada et manger de la saucisse de Hongrie. Question de coûts de main-d’oeuvre et de tout un arsenal de causes invisibles et volontairement cultivées pour faire de la Terre une boulette achetable. Mais le prix à payer est que les éleveurs de saucisses crèvent de faim dans leur « propre » pays.

Le lièvre et la torture 

Ce n’est pas une fable, c’est la direction de l’Humanité vers une cible implacable de la disparition et d’une Shoah planétaire: car le lièvre des affaires, dans son pouvoir et sa rapidité rend tout à fait risible le ventriloque politique pris au sérieux par ceux qui malheureusement n’ont rien compris. Le lièvre est efficace et électronique, le politique, même avec des élections aux six mois n’arriverait pas à « changer le monde ». Une illusion optique épileptique… On vit dans une toile de  Bosch Bush Boss, avec ses bizarreries en apparence anodines et sans significations, avec ses monstres maquillés et lustrés de titres. Mais on votera… À chacun son joujou de la finance. À chacun son animalcule ou son ensemble de groupies sniffant leur ligne de parti.

La torture de la grimace démocratique dure et perdure sans qu’il n’y ait aucune victime. C’est le mensonge dutemps…  « L’éternité c’est long, surtout vers la fin« , disait Woody Allen. La torture, elle, semble ne pas avoir de fin. On dirait qu’elle s’affine au fil des décennies. On dirait qu’elle s’aiguise au  point d’être une aiguille invisible.

L’accord parfait 

Il fut un temps durant lequel les humains étaient des sujets. Puis ils devinrent des verbes. Puis lentement des compléments d’objets directs ou indirects. De sorte que l’on se retrouve avec une phrase parfaite: sujet, verbe, complément. Mais le sujet et perdu, le verbe inutile. Il reste le complément. Dans les grandes phrase sociétaires il n’a plus d’action. C’est un homme-outil. Pas plus important qu’une tronçonneuse ou qu’un tourne-vices. Pourvu qu’ils soit « qualifié ». en éducation, c’est la compétence. Pour le savoir, vous devez être ignorant. Même dans le grand Canyon des formules préfabriquées et solennelles larguées par les sociétés.

Maintenant, l’ignorance a plus d’importance que le savoir réel. La prise de conscience… Et pis encore: le verbe est mort écrasé sous la machine à sous sautillante qui valse et danse dans l’arrière  scène qui rappelant  les premières images de cinéma: plus d’ombre que de lumière.

Le petit tableau des scribes 

C’est comme les tableaux de Bosch: on a les humains qui se tortillent dans cet enfer, suant dans une cale de Titanic, aplatis par le stress, et retroussés par la gente pharmaceutique et ses poisons lents. On a les autres, victimes des gurus de la finance, totalement déphasés, un cochon qui vous embrasse aux quatre ans, et qui vous murmure à l’oreille, habillé en bonne sœur, que tout va bien.

Pile ou face 

Puis dans la cuisse une pile connectée au cerveau: cadmium, mercure, plomb, lithium. En France seulement, on doit consommer environ 1 milliard de piles par an. 2% de recyclables seulement.  Imaginez le nombre de piles fabriquées en Chine qui parcourent le monde! Imaginez les armes désuètes, les pays saccagés, la faim, la soif, la misère.  Le travailleur est une pile que l’on jette après usage. Tout ça fait partie de la mécanisation du ramassage des richesses glanées par les systèmes sophistiquées d’une mafia mondiale. Les stratèges du « scribisme » ont étendu leur pouvoir jusqu’à ce que l’être humain n’ait plus de visage: il est masqué et étouffé dans le masque de fer. Puis il devient ce persona  théâtral sans visage.

La vie de par les institutions invisibles ne sera plus possible à l’avenir. Si elle devient possible de par notre passivité, nous ne seront qu’une toile Bosch dont personne n’aura compris le sens. Puisqu’il n’y aura plus personne pour la regarder….

Gaëtan Pelletier

Juillet 2015

De l’art de gouverner le monde ( Fethi Gharbi)

 

Machiavel

 

Fethi Gharbi

« Gouverner, c’est faire croire » – Machiavel

« Le XXIème siècle sera religieux ou ne sera pas », citation apocryphe dementie par Malraux lui-même mais qui ne cesse d’être ressassée depuis voilà plus ´d’un demi siècle . En 2008, Nicolas Sarkozy n’a pas hésité à nous la resservir toute crue au moment où l’Occident se trouvait pris dans le tourbillon de son choc des civilisations(1), une citation devenue la tarte à la crème de tous et de n’importe qui, chacun y apporte, comme dans les auberges espagnoles, tout ce qu’il souhaite trouver. En vérité, le spirituel chez l’auteur de « La metamorphose des Dieux » est aux antipodes du « retour du religieux » sous sa forme fondamentaliste et identitaire. Mais la pensée de Malraux n’est pas la première à avoir été corrompue. Il faut dire que l’art de la perversion constitue une constante dans la réthorique d’une intelligentsia à la dérive.

Cette manie du hold-up intellectuel tendant à vider de sa substance toutes formes de pensées subversives s’inscrit dans ce que Gramsci nomme : « guerre de position », une guerre où le culturel se présente comme l’outil décisif de domination dans la société post-industrielle. L’hégémonie s’étant substituée à la coercition, elle soumet sans violence les masses consentantes tenues en laisse par une société civile fortement structurée mais viscéralement réformiste. Dans cette guerre des tranchées, protégée par ses fortifications idéologico-culturelles, la droite, détentrice privilégiée du logos, demeure inébranlable. Sarkozy n’a pas manqué de le souligner à sa manière : « Au fond, j’ai fait mienne l’analyse de Gramsci : le pouvoir se gagne par les idées… » (2)

Il est vrai qu’à la différence des régimes fascistes de l’entre-deux-guerres, les dominants préfèrent aujourd’hui gouverner en manipulant les esprits. Les trente glorieuses, fruit paradoxal de mesures socialisantes prises par les états les plus libéraux de la planète, ont cédé la place dès les années soixante dix à l’autocratie du marché. Ce retour en force de la loi de la jungle déguisée en démocratie libérale n’a cessé de rogner voilà plus de trente ans et jour après jour tous les acquis démocratiques et tous les contre-pouvoirs. Les peuples, envoûtés par de pseudo-valeurs, assistent impuissants au dépérissement du Politique et à la montée fulgurante d’une ploutocratie vorace. Cependant tous les raffinements de cet art de la mystification cèdent systématiquement la place à la coercition dès que l’Occident « s’ouvre » sur le monde extérieur. Richard Hofstadter considère qu’historiquement la paranoïa est une composante psychologique essentielle de la politique étasunienne (3). Depuis des siècles, affirme-t-il, antimaçonnisme, anticatholicisme, antisémitisme, anticommunisme n’ont cessé d’exacerber l’imaginaire de la droite américaine. Au lendemain de la deuxième guerre mondiale un délire paranoïaque s’empara des étasuniens à l’instigation du sénateur McCarthy. Les communistes furent frappés d’anathème et une véritable chasse aux sorcières gagna le pays. En vrai stalinien, McCarthy n’arrêta pas pendant plusieurs années de persécuter des milliers de personnes et d’instaurer une atmosphère de suspicion causée par ce qu’on appela alors « la peur rouge ». Mais le délire persécutif finit souvent par se transformer en délire mégalomaniaque. ; « Je crois que Dieu a présidé à la naissance de cette nation et que nous sommes choisis pour montrer la voie aux nations du monde dans leur marche sur les sentiers de la liberté » affirmait le président Wilson au lendemain de la première guerre mondiale. Sans trop s’attarder sur la valeur euphémique d’un tel discours, il importe de souligner que ce messianisme outrancier remonte bien loin. Au beau milieu du 19ème siècle, au moment de l’annexion du Texas et au moment de l’irréversible conquête de l’Ouest apparaissait la « manifest Destiny », une idéologie de « droit divin » tout à fait anachronique justifiant cette expansion coloniale en lui conférant un caractère providentiel (4). C’est ce puritanisme conquérant qui présidera en fin de compte au destin impérialiste des Etats-Unis. Cet exceptionnalisme américain qui pour s’illustrer a toujours besoin d’un ennemi extérieur tout aussi exceptionnel, préfère évoluer au sein d’un espace mythique où l’ange du Bien et l’ange du Mal se livrent à un combat à mort. Un manichéisme sanctifiant l’interventionnisme américain et jetant l’opprobre sur l’ennemi extérieur qu’on doit éradiquer de manière on ne peut plus radicale : bombes atomiques lancées gratuitement sur le Japon, Agent Orange et Napalm déversés sur le Vietnam ou encore uranium appauvri empoisonnant irréversiblement le sol irakien… Autant de traitements de choc nécessaires à la purification de l’espèce. Depuis plusieurs années cette vision du monde se trouve renforcée par l’alliance des protestants évangéliques et des néo-conservateurs. La paranoïa semble de nouveau obséder la classe politique étasunienne qui après en avoir fini avec le communisme s’invente aujourd’hui un nouveau Satan et part en croisade contre « l’Axe du Mal ».

Or ce « style paranoïaque », stratégie agressive et pérenne d’une paradoxale « république de droit divin » ne concerne en fait que l’altérité. Les peuples occidentaux quoiqu’échappant à la coercition n’en subissent pas moins une violence symbolique tout aussi dévastatrice. Dominer par la mystification au lieu de la violence, c’est là toute la magie du système pervers-narcissique ; faire de sa victime, une victime consentante ignorant qu’elle est victime. Loin du fascisme qui piétine la loi pour s’imposer, le pouvoir pervers narcissique préfère mystifier sa proie pour mieux l’abuser, tout en restant dans les limites de la légalité. Cette manipulation des masses trouve son explication dans l’histoire même de l’économie capitaliste. Pour le philosophe Bernard Stiegler, le productivisme tout autant que le consumérisme sont à l’origine de la déresponsabilisation et de l’infantilisation des individus. Cela a commencé au 19ème siècle avec la prolétarisation des artisans qui ont ainsi perdu tout leur savoir-faire au profit de la machine et de son propriétaire. Avec l’automatisation, la prolétarisation aujourd’hui tend à se généraliser. Le consumérisme est venu ensuite compléter ce long processus « d’acculturation » en procédant à la rupture de la transmission intergénérationnelle, portant ainsi un coup fatal au processus d’individuation. En effet, la société postindustrielle perçue communément en tant que milieu propice à l’exacerbation de l’individualisme repose en réalité sur une politique de massification à outrance, une politique de dépersonnalisation totale. Cette grégarisation systématique de la société envoûtée qu’elle est par l’attrait de la divine marchandise plonge les individus dans une sorte de dipsomanie inassouvissable. Leur soif ne sera ainsi jamais apaisée en raison de la rapide caducité des objets qu’ils sacralisent. Sans sublimation et sans interdits, guidés essentiellement par leurs pulsions, ils n’atteindront jamais la jouissance promise, frustrés par un manque toujours renouvelé à cause du rythme infernal de l’obsolescence programmée des produits du marché (5). Or cet état de frustration permanent est si nécessaire à la bonne marche du système au point que quelqu’un comme Ivan Illich n’hésitera pas à avancer que dans l’économie néocapitaliste « le taux de frustration doit toujours rester supérieur au taux de croissance ». Bien que cela paraisse paradoxal, cette civilisation consumériste souffre d’une faim chronique entretenue et aiguisée par les médias. Ces derniers ont un effet fondamentalement narcissique. A travers ses divers écran, le spectateur régresse comme par enchantement vers un univers pré-œdipien où s’opère la captation du désir savamment orchestrée par le marketing. Addiction et frustration se relaient et modulent cet homme nouveau, l’homo consumeris : un être infantilisé, coupé de son histoire et de son environnement, compulsif, attaché au superflu, dépourvu de tout sens critique et viscéralement apolitique. Les techniques du neuromarketing ayant ainsi fait leurs preuves ne manqueront pas de contaminer la sphère politique. Quoi de plus naturel lorsqu’on sait que l’état providence a vécu. Le politique totalement asservi par l’économique, réduit au rôle subalterne de courtier au service des multinationales,n’aura aucun scrupule à se servir de tout l’arsenal rhétorique mis au point par le marketing.

Cependant, le cercle vertueux consommation/production qui a fait les beaux jours des trente glorieuse s’est subitement rompu. En effet, le recul du capitalisme productif dans les pays occidentaux à partir des années 70 a totalement renversé la vapeur. Un retour vers le capitalisme sauvage de la fin du 19ème siècle, amorcé au Chili et en Argentine pendant les années soixante dix finira par s’imposer en Occident sous Thatcher et Reagan à partir des années quatre vingt. Les trente glorieuses, trente ans de trêve, trente ans d’illusions, au bout desquelles le système n’a pu résister à retrouver sa vraie nature. Le capital s’emploiera alors à rafler la totalité ou presque de la plus-value au détriment du monde du travail voué ainsi à une précarisation sans précédent. Entre 1979 et 2005, aux États-Unis, les salaires horaires de 80 % des personnes travaillant dans le secteur privé (mis à part les cadres) n’ont augmenté que de 1 %, alors que leur productivité s’est accrue de 60 %. Pendant ce temps, les revenus des ménages les plus riches (1 % de la population) ont augmenté de 228 %. Le PIB américain a plus que doublé, la part du revenu national accaparé par les profits des grandes sociétés n’a jamais été aussi élevée depuis 64 ans, alors que celle des salariés a sombré à son niveau le plus bas depuis 1929. Le développement anomique du néolibéralisme menace ainsi l’ensemble de la planète d’un chaos innommable. En effet, toute dynamique de précarisation des conditions de travail et de vie de la population conduit toujours, après un certain seuil, à l’effondrement de la cohésion sociale, voire à l’affrontement. Or malgré une dégradation constante des conditions de travail et de vie depuis plus de trois décennies en Occident, le seuil d’une révolte ne semble pas avoir été atteint alors que le monde tout autour est mis à feu et à sang. En effet, malgré les bouleversements socio-économiques qu’impose le règne absolu de la flexibilité et de la mobilité du capital dans les pays développés : Dumping social, chômage chronique, intérims, contrats à durée déterminée, les salariés, dressés les uns contre les autres, ont de moins en moins conscience d’appartenir à un groupe social homogène. La compétitivité n’est plus alors l’apanage des états ou encore des entreprises, elle s’empare également du travailleur à travers l’individualisation du salariat et la démolition méthodique des solidarités et des protections sociales. Dans cet univers darwinien, l’effritement social et le chacun pour soi enferme de plus en plus les gens dans la solitude de leur égo. C’est sans doute la première fois dans l’histoire que le social se trouve totalement et parfaitement encastré dans l’économique comme le souligne K. Polanyi (6). La dérégulation du marché s’étend alors insidieusement au social et au culturel qu’elle soumet à ses lois propres. Face m.maux problèmes sociaux qui s’accumulent, livrés à eux-mêmes, de plus en plus d’individus plongent dans le déni de soi ou au contraire dans la paranoïa, ce qui se traduit par une augmentations des suicides dans les entreprises et par une multiplication des crimes immotivés.

La stratégie de la frustration, pierre angulaire du consumérisme donne la main en ce début de millénaire à la stratégie de la tension. Toutes les techniques rodées par le marketing pour susciter le manque s’emploieront à susciter la peur. L’utopie néolibérale ayant épuisé toutes ses déceptions, renonce aux vertus de « la main invisible » et replonge dans la barbarie de ses origines. Tout ce que la ploutocratie ne parvient plus à obtenir grâce aux lois du marché, elle se l’accapare par la violence. Il suffit pour cela de déshumaniser, de barbariser tous ceux qu’on veut dominer ou détruire. Les foules occidentales, manipulées par les médias, apeurées, totalement grégarisées, consentent à tout. Mystification des uns et persécution des autres, telle est la politique de la peur suivie par l’Empire depuis quelques décennies. Dans son livre « Les armées secrètes de l’Otan », l’historien Daniéle Ganser met à nu cette stratégie machiavélique née avec la guerre froide. De 1960 à 1985 des dizaines d’attentats visant des civils ont semé la mort à travers toute l’Europe occidentale. Parmi les plus meurtriers, on cite celui de la gare de Bologne en 1980 ou encore celui de Barbant en Belgique en 1985. Tous ces crimes ont toujours été imputés aux groupuscules d’extrême gauche. Il a fallu attendre les années 90 pour que le président du conseil italien Guilio Andreotti reconnaisse que l’OTAN, avec l’aide du Pentagone de la CIA et du MI6 étaient les commanditaires de ces attentats en Italie et en d’autres pays européens. Des groupes armés recrutés parmi l’extrême droite, les fascistes et les nazis commettaient ces forfaits sous fausse bannière dans le but de discréditer les partis communistes en Europe. Tous les moyens étaient bons pour contenir le péril rouge. Mais la guerre d’usure engagée par le monde libre ne s’arrêta pas là (7). Poursuivant l’œuvre ébauchée par les britanniques avec l’installation de l’état wahhabite saoudien à la tête de l’Arabie, les Etats-Unis, en scellant le pacte de Quincy en 1945, annoncent une offensive tous azimuts contre l’union soviétique et contre toute politique nationaliste, souverainiste et socialisante dans le monde arabe. La stratégie de la guerre sous fausse bannière s’amplifie et ébranle tout le Proche-Orient. En effet l’instrumentalisation du wahhabisme et du panislamisme des frères musulmans a réussi après un demi siècle d’efforts soutenus à transformer une virtualité en réalité. Des milliards de dollars sont déversés pour créer et entretenir l’extrémisme religieux. Or, des organisations terroristes telles qu’Al-Qaida ou Daesh n’auraient jamais été montées avec autant de facilité n’étant ce désordre de fin de règne de la modernité. Elles s’emparent d’une quête du sens d’une jeunesse désemparée pour la transformer en arme de destruction massive au service d’un fondamentalisme insensé. Cette régression identitaire qui fait tache d’huile et se répand même dans les pays européens est ce cri de détresse lancé à la figure d’une civilisation marchande à l’agonie. Les grands récits, surtout celui du progrès sous ses différentes formes ayant échoué, le monde s’est trouvé enlisé dans l’immobilisme de la postmodernité. Désabusé, chaque groupe social replonge dans les tréfonds de sa mémoire en quête d’une quelconque transcendance. En fait, le monde est pris dans le tourbillon d’une grande crise qui n’est pas seulement économique, une crise beaucoup plus violente et beaucoup plus dangereuse que celle de 1929, une crise du sens. La financiarisation de l’économie, loin d’être la cause directe du marasme actuel, ne constitue en fait qu’une fuite en avant face à une crise structurelle de l’économie réelle. Le capitalisme productif en modernisant ses moyens de production par l’introduction de la robotique et de l’informatique a mis hors circuit une grande partie des travailleurs. Il a pour ainsi dire scié la branche sur laquelle il était assis. Les investisseurs, face à la réduction de leur part de la plus-value, ont préféré délocaliser ou alors se tourner tout simplement vers la spéculation financière. Ils ne font en fait qu’ajourner la crise par toutes sortes de subterfuges qu’offre l’économie fictive. Or, la production n’a jamais été aussi florissante. En effet, le marché se trouve face à une contradiction insurmontable : d’un côté, une mise à mort du travail avec son cortège de centaines de millions d’actifs réduits au chômage et à la précarité, de l’autre, un capitalisme productif qui pour compenser la baisse du taux de profit croule sous le poids de la surproduction. Le mondialisme de la marchandise, phase ultime de l’accumulation capitaliste, semble s’enliser n’ayant plus de possibilités d’extension. A vouloir être le tout du monde, le capital s’étouffe, étranglé par les limites du monde qu’il vient de dévorer. Incapable de reconnaître sa stérilité, il invente la chimère du crédit et de l’endettement, s’adonnant ainsi à une autophagie délirante. La crise de 2008 n’a finalement servi à rien et l’automate poursuit inexorablement sa course insensée vers l’inconnu.

Fethi Gharbi

1) http://passouline.blog.lemonde.fr/2008/0a3/17/malraux-sera-ou-ne-sera-pas/

2) Le Figaro, Paris, 17 avril 2007.

3) Le style paranoïaque dans la politique américaine http://www.michelcollon.info/Le-%E2%80%8BS%E2%80%8Btyle-paranoiaque-dans-la.htm

4) L’expression Manifest Destiny est apparue en 1845 dans l’article du journaliste new-yorkais John O’Sullivan qui déclarait : « C’est notre destinée manifeste de nous déployer sur le continent confié par la Providence pour le libre développement de notre grandissante multitude. » (« It is our manifest destiny to overspread the continent alloted by Providence for the free development of our yearly multiplying millions »).

5) Documentaire : Prêt à jeter ou l’obsolescence programmée https://www.youdtube.com/watch?v=5eSoBBapXCgl

6) Karl Polanyi : La grande transformation https://fr.m.wikipedia.org/wiki/La_Grande_Transformation

7) Terrorisme ? C’est la wahhabite connections, imbéciles ! http://m.solidariteetprogres.org/terrorisme-wahhabite.html

You’ve got a Friend – Celine dion, Shanaia Twain, Carole King and Gloria Estefan.

Le progrès

Le progrès nous a appris à s’entre tuer  à grande vitesse, mais à nous faire vivre à petits feux jusqu’à la braise froide. Quand un homme tombe, on n’entend pas la chute de son ombre…

Gaëtan Pelletier