Le Dépotoirium, Chapitre 29

 

29

Je/Nous

Cessons de diviser.  Cessons cette construction artificielle du « nous » pour des « raisons » … d’exploitation. Je/nous sommes une monnaie bipède devenue. Une partie de nous n’existe plus puisqu’elle s’est transmutée en monnaie virtuelle. Ils ont les claviers, nous avons la pomme de terre. Ils sont en train de granuler la monnaie d’échange en milliardième d’octets. Les vieux voleurs de banques n’existent plus. Les perceurs de coffres ont disparu. Nous avons élu des psychopathes  furtifs. Ce sont des oiseaux de funestes augures. Se contenter d’haïr la stupidité et la déshumanisation c’est s’envenimer corps et âmes. Pourquoi persister à être aussi mollusque? On nous a divisés. Ils ont fabriquée une société en eau noirâtre, trouble dans laquelle dansent des particules. On ne peut pas être propre dans une eau maculée. On a bâti un monde où l’on ne peut se reconnaître en l’autre. La nouvelle barbarie est « soft », indécelable. Je/nous sommes un marc de café du trésor des argentiers qui nous filtrent et nous boivent. Nous allaitons des fous. C’est la lèpre d’aujourd’hui.   La nouvelle barbarie  est sa propre foi qui s’étend comme une maladie sur le monde, sur le gens.

  Quand on regarde un cheval de mer, ce n’est pas un robot que nous regardons. Quand nous nous émerveillons des couleurs multiples des oiseaux de ce monde, ce sont les mêmes couleurs que l’on aperçoit, emmêlées et mouvantes à travers l’œil des  télescopes. Comme si l’Univers avait fait vivre quelques  couleurs sur le plumage des perroquets et autres oiseaux qui nous rendent notre ébahissement d’enfant.

Où est la vie promise? Et la terre, et la terre?  

Maggie/Carl/Jason

War

Je suis en guerre et je djihade athée. En guerre contre les minus qui cultivent et répandent leur rôle et leur folie de vandales planétaires. Je  suis en guerre contre le carnage du NOUS  en ces temps des JE que l’on construit et déconstruit en blocs l’ego, pour diviser et régner.

Je suis en guerre contre les conglomérats mondialistes qui délocalisent au gré des profits. Pour leurs biens et  ceux des actionnaires,  ces escroqués  croyant pouvoir aspirer à cette  classe, ne servant que d’investisseurs intermédiaires. Les églises sont remplies d’offrandes aux dieux. Et voilà maintenant les banques.

Je suis en guerre contre l’État et ses politiques de petits comptables, ses austérités glacières  pendant que ça chauffe dans l’éther des échanges commerciaux et que l’État, ce minus fourgon blindé, chantant comme un coq l’existence du P.I.B, a perdu sa guerre contre une mafia internationale qui s’est invisibilisée avec dans des ailleurs qui ne sont jamais ici : on se déplace de pères en fisc…

Je suis en guerre contre le système financier dématérialisé. Moi qui croyais pouvoir échanger   30 poules pour un cochon,  on me donne une monnaie de singe enfermée dans une institution bancaire faussaire. J’ai nourri le lapin et il a bouffé le chapeau que j’avais sur la tête. Le sale-Haut !

Je suis en guerre contre YES WE CAN et autres  slogans clichés dont nous sommes arrosés chaque minute, chaque jour, et les formules « vertes » et la méthode de lutte contre les GES,  les petits soldats pompeux esclaves eux-mêmes de leurs prétentions de pouvoir.

Je suis en guerre contre mon employeur qui braque son bâton d’austérité et qui m’offre 0,03% d’augmentation de salaire, dépossédés que nous sommes par les spécula  dans un système où on ne voit pas le tunnel au bout de leur prétendue lumière.

Je suis en guerre contre  la faim parce qu’on avait promis de l’éradiquer. Menteurs! Car, même nous, les « privilégiés  »,  parvenons à peine à éradiquer la nôtre.

Je suis en guerre contre les armes, car elles ne pourront jamais être transformées en chaudrons, en cuillères, et même si elles l’étaient, il n’y aurait rien à mettre dedans pour bouffer. Il a toujours été  plus payant de tuer que de faire vivre.

Je suis en guerre contre les États qui cultivent les armes plus que les choux, les navets, les hiboux. Ils volent la sueur des travailleurs pour leurs rêveries mégalomanes. Il faut un milliard de baguette de pain pour faire voler un chasseur, et cinquante pour une balle de mitraillette.

Je suis en guerre contre les voitures qui réclament de l’asphalte  pour brouter des kilomètres d’herbe d’arbres,  et qui passent leur temps à rouler et à dérouler des routes. Ils avalent des jardins et des terres arables à la vitesse de la lumière de leurs phares.

Je suis en guerre contre les pratiquants non pratiques : ils prient des dieux, déforment des textes dits « sacrés », mais ils bousillent tout, au nom de toutes les statues le monde dans lequel nous vivons. Il est étrange qu’un dieu demande à l’homme de détruire ce qu’il a créé, en premier : son semblable. 

Je suis en guerre contre  contre les tueurs  d’abeilles.  En guerre contre les abatteurs de fleurs, les gratte-ciel remplis de cravatés moulus à la pâte artificielle des bureaucrates crasseux de l’esprit, mais proprets d’habits.  L’habitat fait le moine…

Je suis en guerre contre tout ce qui s’achète. Car tout ce qui s’achète finira dans les états financiers, les banques, mais jamais entre les mains des droits fondamentaux de l’humain : l’eau, la nourriture, l’habitat, les paysages, les couchers de soleil, et le spectacle des baleines dans le Saint-Laurent.

Je suis en guerre contre toutes les formes de fascisme  qui percent  le cerveau des enfants pour les cimenter, les engouffrer dans des miroirs parlants et colorés.   Le cerveau est une pâte à modeler et certains sont en train de se faire statufier par leur propre sécheresse. Et chaque matin, d’où que l’on soit, de n’importe laquelle « croyance », le final et le roulement de tambour est en train de terminer des milliards d’années dites d’évolution. Et chaque matin, chaque jour, chaque semaine, chaque mois, nous diluons notre profondeur d’âme pour glisser dans des sables mouvants malheureusement fabriqués Made au dans aucun pays et par des No One, des inconnus. Heinz Hitler!

À  force d’être en guerre contre tout ce dont nous avons à lutter, nous allons simplement nous détruire les uns les autres. Et il n’y aura plus d’autre pour faire de chacun un UN.  Et il n’y aura plus d’eau pour « allaiter » ces corps d’eau. On sera à sec et à sable. Déserts de tous les désertés des autres.

    Je suis en guerre contre ce suicide planétaire continu, à développement exponentiel  de poison   par des cravatés coiffés à gauche ou à droite.

Je suis en guerre pour un jour finalement vivre en paix.

***

Février. La Terre est un SDF dans l’espace infini. Maggie et moi empruntons les sentiers frileux de la neige et du froid qui mordille  nos doigts de pieds. Quand on fait de la raquette dans les raidillons, il nous pousse des panaches de fumée aux bouches. On crache des gerbes de vapeurs si intenses qu’ils s’en vont et meurent à au moins deux mètres. Puis ils disparaissent comme le dernier souffle des âmes. Chaque  pas est ardu. . Chaque pas est une montagne de pas. Nos poumons galopent. De vrais chevaux vapeurs. Nos poumons voudraient avaler tout l’air de la terre. On a traversé les sentiers au moins dix  fois. On le connaissait par cœur. On est allés là où il n’y a pas de sentier.  Le grand boisé cachait ses secrets dans l’inconnu des chemins renoncés. La difficulté et la peur de perdre ses repères est ennemi de la créature humaine. Deux semaines plus tard, nous avons décidé de changer de boisé. Un traîneau, une chaufferette, et une tente quatre saisons. La meilleure nourriture pour l’esprit est le silence.  Quand les oreilles cessent de se faire hurler des slogans, des pubs, des misères de ce monde, rien que marcher et respirer nous fait vivre  une vie entière en deux jours.

C’est la cordillère des anges. La candeur infiltrant nos corps, nos esprits, nos âmes. Marcher est une prière et voilà le temple des temples. Voilà l’architecture du monde. Et le ciel est le toit d’une cathédrale infinie. Parfois on s’arrête, on se regarde, et l’univers semble nous dire qu’il nous aime. Le petit homme enivré de ses robots, des ses fils électriques veut aller voir les autres planètes. Nous enverrons de l’argent à la NASA quand les enfants cesseront de mourir de faim. Nous sommes en guerre contre la morte lente, la défiguration intérieure des enfants au travail. Nous avons mal à la douleur des autres.  Cette vie a trop de compartiments : les vendeurs, les savants, les pauvres, les mégalomanes, les gens simples. Cette vie est NASDAQ, conte en banque qui roue les citoyens  encagés. Nous sommes soumis à des  perroquets qui ne savent pas voler ou ne peuvent pas voler. L’homme est devenu une poule pondeuse de profits.

***

Au petit matin, on s’est levés froids comme des banquiers. Brrr! J’ai allumé le réchaud, préparé le café, et dans cette tente cocon, on  a bouffé deux tranches de pain grillé  noircies.  On a bu le premier café de notre vie. Noir et corsé. Quand on a jeté les marcs dans la neige, la neige a eu peur et s’est affaissé sous la chaleur. Puis elle a soufflé un jet de vapeur. Comme si elle imitait nos bouches. Y-a-t-il une vie après le café .D’après un élève de Harvard, les flocons respirent.   Au moment où  j’ai ouvert la porte de la tente, un amas de neige nous enterrait. Nous avons zieuté les environs avec des yeux achetés tout neufs d’ici. Des yeux sans idées, des yeux sans livres, des yeux sans théories momifiées. Des yeux neufs. Des yeux dix.  Il n’y avait ni fanfare, ni trompettes, et pas de Jéricho. La pureté n’est qu’un mot. Mais la pureté qui n’a pas de mot, qui s’infiltre en nous,   fait que c’est le froid qui nous embrase est de ne pas avoir peur. L’afféterie des barbares n’existe pas ici : ils n’ont pas de bureaux, ni de cadres, ni de victoires. Ils sont défaits en ce monde et c’est la raison pour laquelle ils  achètent tout. Leur richesse ne sert qu’à dévêtir l’humain de la beauté de cet univers.  Ils achètent le vivant et les paysages. Ils achètent les coqs, les marmites, le feu, pour priver les plus pauvres de ce qui leur appartient.   Maintenant on vend  des paysages, des proximités d’eau, et des visites en des parcs « naturels ».  Le citoyen a le droit de se planter un arbre. C’est sa forêt.

***

On est rentrés fourbus. Quand on sera vieux on sera fourbus rien qu’en se levant le matin. Quelle ne fut pas la surprise de trouver sur notre messagerie du petit couple parfait de sociaux lustrés : Maude et avec son beau  chevalier et son armure roulante : la Audi de luxe. On s’est regardés en se disant tout bas que ce n’est pas le chien le meilleur ami de l’homme, mais le silence. Il faut laisser les mots en laisse dans son cerveau. Du moins être radin, grands lésineurs, bouche cousue. En fait, nous savions tous les deux qu’un monde, maintenant, nous séparait. Le mot bourgeois ne satisfaisait plus pour les décrire : des avaleurs de paysages terrestres. Ils sont allés à Venise et à Vegas voir le show de Celine ( pas de é pour la langue anglaise) Dion  Tout de suite on s’est lancé sur le Canal Météo pour connaître l’état des routes. Quand aux routes de l’État, on en savait que trop. Elles s’allongeaient selon les plaisirs de dame auto et la file de ses propriétaires de garages-églises – nouvelle religion du 21ième siècle. Zut! C’était trois jours de ciels purs, limpides avec quelques flocons languissants. Un vrai paradis pour les amateurs de visites rapides et skieurs d’occasion. On paniquait. Rien à manger, ou presque. Notre frigidaire était aussi vide que nos cerveaux devant la situation qui se présentait. Mais, en ouvrant le message, on a vu un menu… qu’ils emportaient pour nous faire goûter à des nouveaux plats découverts pendant leurs voyages. On vivait maintenant de manière si simple que nos menus valsaient selon nos jours dans de petits repas, souvent à l’ancienne, recettes de nos parents, dont le célèbre Boulettes de bœuf ou gruau au lait et sirop d’érable. Avec pain « made à la maison ». Un vrai régal.

***

Ils sont arrivés à 18h13.  On était en train de regarder les nouvelles locales où il était question des dividendes que rapportaient les éoliennes plantées dans une forêt de la chaîne des Appalaches.  Et les maires des municipalités se frottaient les mains,  ravis d’avoir pu retirer 300,000$, de revenus en cette belle et rebelle année.

Ils sont entrés pendant vingt minutes. Attirail et bagages, auto, vêtements. La petite élite est faite de mouvements amples, copieux. Les gestes sont de petits festins.  Théo s’était  fait tailler une belle coupe de cheveux : un côté rasé comme un marine et  le dessus  de la tête dru  comme une forêt amazonienne. On dirait qu’il pousse des lianes pour ces tarzans de la finance. Il doit y avoir des serpents cachés dans ce scalp tout bouclé.

— Qu’est-ce vous faites de beau. ( traduction : quel est votre travail)

— On s’occupe des vieux dans une villa …

— Seigneur! Ce doit être difficile… Et pas payant.

— Exact. Mais c’est ce que nous avons choisi, répondit Maggie.

— Je pourrais vous embaucher à un bon salaire.

— Ah!

— Le père de Jason est décédé… Cancer du pancréas, ajouta Maude.

— Alors? ( De temps en temps, on disait : so?, on s’anglicisait et s’américanisait à petits trots)

— Alors, il nous a légué une petite fortune offshore et une compagnie qui roule sur l’or.

— Toujours ce petit syndrome du missionnaire?

— Eh! Oui. Parce qu’au bout de la vie, on ne sait pas ce qu’il reste de…

Théo  coupa la phrase :

— Il ne reste rien…

— Mais si, Théo … Il reste ce que nous aurons semé ici-bas. Et il reste un mystère…

Zut! Voilà une réplique de ratée. J’ai le ton d’un mendiant gêné d’être pauvre.

Maggie cherchait la formule salvatrice pour échapper aux bourreaux-conformistes qui ont trouvé une bible dans leurs déchets. Une bible laïque. Aux nues l’O.N.U! Ils étaient maintenant de confession …sociale et vert.

— On dirait deux témoins de Jéhovah en visite. Avez-vous de petits pamphlets pour nous montrer que Monsanto, le patron du personnage de Sérotonine, va tourner au vert? Que le lion va se transformer en mouton. ( Il y a des gens qui jettent, alors j’ai jeté un beau froid piquant dans la conversation).

On se regardait, les yeux vrillés et, comme disait Ferrat, « à n’en savoir que dire ».

Théo, qui aimait bien les batailles verbales ( avocat, il va de soi)  dessina un grand sourire avec ses grosses babines charnues  de carpes  suceuses  des vases des fonds de rivières et des humains de classe ouvrière. Théo aurait dû se faire baptiser Théo Rique.

— Toujours aussi sarcastique?

—  Toujours…

On se connaissait suffisamment bien pour se regarder dans les yeux jusqu’au creux  de ce qui nous restait de l’âme après le passage des tsunamis néolibéraux transnationaux. ( Ce qu’on peut se payer de mots pour tenter de décrire une bande de cancrelats en train de nous investir).

On devait deviner. Les femmes devinent toujours.

— T’es enceinte! S’écria Maggie.

— Ouiiiiiiiiii!

— Moi aussi.

Pour dévier la conversation, c’était réussi.  J’ai gelé. J’avais le visage qui s’était vidé de sa couleur pourpre.  Maggie enceinte?  Enceinte en grand secret.  Un peu plus et je l’apprenais par la radio de Washington D.C,  ou  d’un Twit de la maison blanc caillé.

Elles se sont levées et ont fait une accolade. Tout  plein de chaleur. Alors, je me suis emparé de la bouteille de vin rouge et je l’ai avalée au goulot. On m’a scruté du menton jusqu’à la crinière. Un enfant! Il fallait arroser ça jusqu’à oublier, ou presque. Je commençais à douter de ma mission  de sectateur enflammé et, pis encore, de  raté. Looser pieux? Je n’osais pas me poser la question, tellement j’étais troublé. Après, j’ai bouffé des insectes, plat, dit en passant, délicieux, bien  que je ne pouvais m’empêcher de voir la créature du film Alien avec Sigournay Weaver;  je restais sur mon appétit, mais pas celui de la table.   Le vin aidant, je retrouvai quelque ardeur à mon ouvrage. ( phrase de Balzac, mais parlant du café). Il me restait un fond d’honnêteté : me faire monétiser? Jamais! Enfin, c’était sans doute le fond du fin fond devant le bonheur de nos vieux amis. Tout le monde a des idéaux. Mais pour persévérer dans ce monde tordu, on se fabrique  de minis idéaux. On les entretenait. Le « petit  geste », comme ils disent. Et cela se produisit vers 23h00 heures quand Maude alla quérir sa petite mallette réfrigérée pour enfouir les restes de table.  Pendant ce temps, dans les usines de la planète sortaient des milliers d’auto. Pauvre petite Maude. Si belle et si légère, valsant au moindre vent. Et pourtant, je l’adore. C’est une bonne personne… Ce qui est dommage est que la planète est remplie de bonnes personnes

— On est verts au quart de tour. On ramasse les plastiques, les restes de tables, bref, tout ce  qui s’en va  à l’usine de bioéthanol ou de biomasse, je ne sais trop.  Nous n’utilisons plus de pailles en plastiques et, quand on prend un café, on apporte nos tasses.

— Nous, on jette nos ampoules empoisonnées, nos piles, notre viande, la litière du chat, et les carcasses de  rats morts que l’on attrape.  L’alentour de la maison en est infesté.

— Jason blague…

Il restait les vidéos de leurs voyages. Un vrai tour du monde en 80 minutes. On allait être crucifiés sur nos chaises, les bras en croix. Pendant la « projection », Théo s’affala sur le plancher avec son verre de vin. Et Maude lui demanda de recommencer pour le filmer. Il le fit.

« Demain sur You Tube », tonitrua Théo.

« Seigneur! Éloignez de nous ce calice! »

Sur  You Tube, ils  avaient ouvert un autre compte : Les mille et une vies.

    Maggie s’est collée à moi,  tressautant dans  ses petits rires étouffés. Elle me connaissait bien. Elle savait qu’au fond, moi aussi je voulais un enfant. Mais ce n’était pas vraiment le propos de son rire, du moins ce  qu’elle avait en tête et qui la faisait rigoler.

— Vous allez coucher ici?

— Non, on a réservé le petit motel à l’entrée du village.

La bonne nouvelle! Il aurait fallu avoir l’air dévasté. L’hypocrisie est le sport social le plus truculent. Nous connaissons des athlètes en provenance de bien des pays. Plus on grimpe dans le gratin social, plus on gagne des médailles d’honneur. Venez ou regardez les danser au bal des échangistes de gratifications!

La bouteille ne me lâchait pas. Dans les vins, les bourgeois se rassurent sur la valeur de leurs palais. D’habitude, je bois de la bière noire déguisée en blonde : La Bitt à Tibi, que j’adore. Une bière au parfum de sapin ou d’épinette que je bois en écoutant la chanson de Richard Desjardins : Nous aurons. Car il y a là en même temps que la beauté, un désespoir, un filament de volonté déjà avorté. Ce serait trop beau…

Nous aurons 

Nous aurons tout ce qui nous manque
Des feux d’argent aux portes des banques
Des abattoirs de millionnaires
Des réservoirs d’années-lumière

© Gaëtan Pelletier

Le Dépotoirium, Chapitre 28

Le Dépotoirium, Chapitre 27

Le Dépotoirium, Chapitre 26

Le Dépotoirium, Chapitre 25

Le Dépotoirium, Chapitre 24  

Le Dépotoirium, Chapitre 23

Le Dépotoirium, Chapitre 22

Le Dépotoirium, Chapitre 21

Le Dépotoirium, Chapitre 20

Le Dépotoirium, Chapitre 19

Le Dépotoirium, Chapitre 18

Le Dépotoirium, Chapitre 17

Le Dépotoirium, Chapitre 16

Le Dépotoirium, Chapitre 15

Le Dépotoirium, Chapitre 14

Le Dépotoirium, Chapitre 13

Le Dépotoirium, Chapitre 12

Le Dépotoirium, Chapitre 11 

Le Dépotoirium, Chapitre 10

Le Dépotoirium, Chapitre 9

Le Dépotoirium, Chapitre 8

Le Dépotoirium, Chapitre 7

Le Dépotoirium, Chapitre 6

Le Dépotoirium, Chapitre 5

Le Dépotoirium, Chapitre 4

Le Dépotoirium, Chapitre 3

Le Dépotoirium, Chapitre 2

Le Dépotoirium, Chapitre 1

Le balai devant sa porte

 

 

L’humilité est la voie d’accès la plus rapide et efficace vers la sagesse.

Elle n’est pas naturelle chez l’homme, qui est un dieu, il doit faire un effort pour atteindre l’humilité.

Je crois que la dégénérescence de la civilisation est le fait d’un manque d’humilité individuel qui a connu un succès social inconséquent, que tout le monde a voulu imiter. Il s’agit de celui des maitres de maison dont les servantes servaient à dissimuler les crasses. En vérité, les personnes de ménage connaissent mieux que quiconque les secrets de l’univers. En nettoyant les crasses des autres en plus des leurs, ils accèdent à un niveau de spiritualité inégalé. Ils connaissent le cœur des hommes, leurs faiblesses, et leurs et leurs défaillances. On peut tout savoir de quelqu’un en examinant les crasses qu’il laisse. L’homme sage lui ne laisse aucune trace.

Il y a que d’être servi est devenu un signe de richesse inexplicable, que je qualifie d’inconséquent parce qu’il ne prend aucune mesure de l’état dans lequel le monde allait se retrouver quand tout le monde désirerait cela.

Il y a que, dès leur plus tendre éducation les gens acquièrent des mauvaises habitudes et évitent d’expérimenter ce qu’il y a de plus important et élémentaire dans l’univers, qui est la loi de l’équilibre. On ne leur apprend pas dès l’enfance, que quand on fait, on défait, quand on déplace, on replace, quand on salit on nettoie, quand on dérange on s’excuse, que dans chacun de ces binômes l’un autorise l’autre, et ils n’accèdent pas à l’étape suivant de cette réflexion qui consiste à voir qu’en terme général, ce que les uns uns font, les autres doivent le défaire, et réciproquement quand quand on défait ce que d’autres ont fait, on obtient un crédit positif qui peut devenir une réelle richesse.

Que quand on accepte de subir une conséquence qui n’est pas celle de nos propres actes on soigne le monde, et on le prend à sa charge, là où ceux qui génèrent des crasses ne font que s’en décharger, et s’éloigner du monde. Ils se perdent.
DAVY

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Au moment de payer l’addition

The Cooling | Reina del Cid

 

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Le cercle des vicieux

L’art de voler

L’art de voler est un court métrage sur les «murmures»: les mystérieux vols de l’étourneau sansonnet. On ignore encore comment des milliers d’oiseaux peuvent voler dans des essaims aussi denses sans se heurter. Chaque nuit, les étourneaux se rassemblent au crépuscule pour présenter leur spectacle
aérien époustouflant. En raison de l’hiver relativement chaud de 2014/2015,
les étourneaux sont restés aux Pays-Bas au lieu de migrer vers le sud.
Cela a permis au cinéaste Jan van IJken de filmer l’un des phénomènes naturels
les plus spectaculaires et les plus étonnants de la planète.

Houellebecq, la sérotonine des peuples

C’était mon premier Houellebecq. Sans doute le dernier. Cet univers glauque, d’une belle écriture, tourne en rond sur tous les sujets possibles et impossibles, le personnage principal se permettant de critiquer la beauté ou la laideur de tout ce qu’il perçoit sur son passage.

On se demande comment Houellebecq peut avoir autant de succès. Et c’est tant mieux pour lui… On pourra juger, plus tard, de la qualité de son oeuvre.  Car, au fond, en naviguant sur la toile, on peut trouver – et en mieux – tout ce dont traite l’auteur. Il nous renvoie notre propre image d’ignorant, peu attentifs à ce qui se passe en ce monde. Il le souligne, certes. Sans doute trace-t-il en caractère gras la décadence qui marque ce monde . Sans plus. Le long soliloque finit par lasser, car il ne mène qu’au soliloque lui-même. Le personnage est un homme perdu, « neurasthénique », embourbé  dans une société qui l’a tissé. À la limite, pleurnichard, prêt à chigner à la moindre occasion. Voilà ce qui est permis à un personnage qui s’autopsie d’une certaine manière sans rater d’égratigner ce qui l’entoure, ne serais-ce qu’un village ou un bâtiment.

Voyage en Houellebecquie

Ces 300 et quelque pages (heureusement composées un peu gros) sont un voyage, une plongée plutôt, en Houellbecquie, principauté lugubre, recouverte d’un brouillard qui ne se lève jamais, où les femmes ne sont que des putes et/ou des salopes (c’est évidemment compatible) qui ne sont en fait que des chattes sur pattes, plus ou moins humides, et les hommes des bande-mous, déprimés et alcooliques quand ils ne sont pas « pédés » ou mieux pédophile allemand (rien de tout cela n’étant incompatible non plus dans ce roman aussi misogyne qu’homophobe). A la tête de cette principauté, règne le grand duc Michel qui prend un plaisir évident à décrire une société la plus désespérée possible, peuplée de sujets en perdition qu’il décrit avec un cynisme jubilatoire, parfois drôle, même si les ressorts comiques sont souvent un peu attendus. On l’a lu 

On l’a lu… Et à se demander ce qui nous reste par la suite. Si un livre ne laisse rien, et ne peut nous dessiller au brouhaha de ce monde, il n’existe que pour prouver  qu’encenser Houellebecq c’est un peu démasquer notre propre décadence. On peut alors se questionner sur le mot « littérature », ou enrichissement. À part quelques traces d’humour caustique, bien que rares, – et on reste en manque – l’effet tombe à plat. On y voit là qu’un coup de publicité pour Flammarion.

Houellebecq, Simenon et Gide 

Pendant la lecture du livre, on se croirait dans un univers de Simenon ou le « héros » est en fuite. C’est un des thèmes récurrents   des livres de Simenon ( La fuite de M. Monde, L’évadé, Lettre à mon juge, etc), avec toutefois les qualités qu’exigeaient Gide de Simenon à qui  il demandait de peaufiner davantage  ses écrits. « Allez! Vous y êtes presque ». Et le pauvre Simenon de répondre: « Si je savais ce qui est bon, je ne ferais que du bon ». ( de mémoire).

Au moins, Houellebecq ne rate pas cette partie avec un style qui vous porte et un rythme parfaitement accordé au personnage qui s’autoflagelle. Peut-être est ce là ce qui attire autant de lecteur: Houellebecq est peut-être l’artisan d’un miroir dans lequel nous nous reconnaissons, dans nos sociétés qui  fertilisent  des blasés et les entretienent  avec une bonne ration de consumérisme, y compris les antidépresseurs.

Houellebecq: la sérotonine des peuples. L’opium en pharmacie…

Gaëtan Pelletier