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Les derniers travailleurs

robots

 

En l’an 2075, les derniers travailleurs quittèrent la dernière usine du monde: l’usine à fabriquer des robots.

Ce qu’ils ignoraient c’est qu’ils avaient fabriqué la dernière voltige en matière de « génie humain… » la fabrication d’un robot qui fabriquerait tous les robots nécessaires à la marche de ce monde.

S’imposa – par un régiment lent et vicieux- l’ère nouvelle des dirigeants ayant enfin parvenu à leur fin par l’accaparement des terres, le tressage lent en louvoiements hypocrites des multiples crises monétaires et la concentration des richesses en quelques conglomérats qui n’eurent plus que pour jeu: la lutte monétaire.

Le dernier travail: polir et nettoyer les robots. Servir cette nouvelle race de seigneurs et travailler sous terre à des projets intra-planétaires  et extra-planétaires.

Tous avaient le droit de voter, mais tous avaient le droit de ne pas voter.

Tous avaient le droit de se taire, mais tous avaient le droit de parler dans une machine pour exprimer et analyser aux fins d’amélioration de leur monde sur une plateforme virtuelle leur désagrément. En gros, tous avaient le droit de gerber en format électronique.

Tous DEVAIENT transmettre un rapport de 20 pages, journalièrement,  dans le but de parfaire leur statut de travailleur-progrès.

Tous avaient le droit de se parler entre eux par des voies de communications à distance.

Tous avaient le droit de se faire des amis.

Tous avaient le droit d’écrire dans un commentaire d’échanges qu’ils n’étaient pas un robot.

Une machine, au service de LETACMOA, dirigée par une firme indépendante de robots avait pour tâche d’analyser et de transmettre un rapport aux plaignants. Mais le plaignants devait répondre au robot sous peine de sanction(s).

Tous devaient étudier -et ce gratuitement – afin de ne pas être des serviteurs, mais des critiques instruits, libres, et au parfum du système dans lequel il vivait pour parfaire ce système.

Tous avaient le droit de se plaindre de quelconque injustice. On lui attribuait alors un avocat-robot pour la défense.

Deux mois par an, tous les non-robots avaient le droit de voyager sur une île, à l’équateur, pour des festivités arrosées d’alcool, de bains, de soleil.

Tous avaient le droit de demander aux robots-serviteurs  de suivre ses ordres.

Tous avaient le droit d’être créatifs: il y avait alors un concours du meilleur robot à construire lors des cérémonies vacancières.

En l’an 2075, Robert et Camomilla remportèrent le prix en créant un robot féminin,  à la peau noire, et qui pouvait répéter toutes les citations célèbres écrites par les artistes de jadis. Mais sa principale qualité était de former un travailleur en l’espace de 39 secondes. C’était un record.

Il y eut une fête foraine avec des feux d’artifices énormes constituées de fusées qui explosaient dans l’espaces.

Et l’on hurlait, les dents grandes ouvertes:

Yeah! Yeah! YES!

Gaëtan Pelletier

3 janvier 20XX

L’énergie Omélia

Transformer un model en cyborg avec Photoshop

Ce matin-là, on pouvait lire dans le journal en format montre projeté sur le mur de la rame de métro que 200 millions de ce nouveau produit pouvant vous nourrir pendant 120 jours par dégradations lentes  avait été vendus.

C’était la désolation totale, car l’essence avait disparu de la planète et les autos rouillés faisaient toutefois l’envie d’éventreurs de ferrailles. On pouvait voir, entremêlés aux ordures rendues depuis longtemps impossibles à enterrer,  des masses énormes et difformes, des montagnes de détritus, des lierres de fabrication par les firmes Masantéo, un drôle de paysage semblables à des serpents verts, rigides saisir la tôle. Cette mauvaise herbe, issue d’expériences antérieures s’était répandue et multiplié par millions dans une progression inimaginable. Des céleris géants, de près de 30 mètres, pointaient le ciel. Bien qu’il était défendu d’en manger, les pauvres, affamés les découpaient à la tronçonneuse pour se nourrir. Des arbres fruitiers, dont des pommiers tout aussi énormes s’étaient répandues dans les champs au point d’enlacer les quelques demeures bâties parfois des tiges de maïs qui en séchant formaient un matériau sec qui pouvait remplacer les matériaux de bois d’antan disparus depuis longtemps.

Le ciel était assombri par un couche noirâtre qui cachait le soleil. Des appareils sillonnaient le ciel afin de creuser cette masse noire pour créer des tunnels de lumière afin que la Terre puisse faire la différence entre le jour et la nuit.

Une dame s’approcha de moi. Je fus charmé.  Non seulement elle était belle, mais elle avait ce charme  discret que j’adorais. Et nous finîmes par parler littérature. Elle avait mis la main sur quelques oeuvres marquantes du 21 e siècle, format papier, dissimulé dans des sacs à ordures que chacun avait la tâche de transporter d’un endroit à un autre afin d’éliminer ou du moins atténuer toute forme de pollution.

Le trajet étant long, après quelques 30 minutes de discussion, je tombai sous le charme. J’attribuai à tout ce qu’elle connaissait de moi à nos similitudes de cette civilisation décadente qui s’éteignait lentement. Elle disait se nommer Omélia et se méfier des autres. Son regard affichait une peur visible et un doute sur qui j’étais.

Nous louâmes une cabine privée afin de nous entretenir d’un endroit qui avait été épargné de ce monde affreux qui nous éteignait lentement.

Fuir. Trouver un endroit paisible ou vivre, élever des enfants, fabriquer cette vieille nourriture de nos ancêtres afin d’éviter tout cet empoisonnement continu et créer une civilisation renouée avec la nature offerte et non celle créée par une masse de technocrates et de politiciens agenouillés.

Nous étions tous les deux épuisés. Nous devions nous lever chaque matin vers 03H30 pour nous rendre au travail: Montréal- San Francisco. Pour « tenir le coup », chacun devait avaler des comprimés d’une nouvelle molécule qui permettait de dormir d’un sommeil réparateur en trois heures au lieu de six. Mais les effets secondaire étaient parfois désastreux sur certains humains ambitieux: on pouvait choisir entre la formule 1, 2, ou 3. La formule 1 permettait une récupération rapide et un cumul de deux emplois. Cette récompense écourtait toutefois la vie. Ceux qui dépassaient la quarantaine avaient bien de la chance.

Omélia me montra les photos de ses enfants qui étaient décédés vers l’âge de six ans, incapables d’avaler les doses de connaissances répétitives et en comprimés, modifiant les cellules du cerveau. La chimio-école était une trouvaille de deux décennies seulement. L’État offrait une compensation de quelques milliers de dollars US pour la perte des êtres chers.

Après deux heures de discussion concernant le « monde actuel », les rires, les ébats, elle m’offrit un nouveau  « support » qui permettait de dormir 5 minutes pour deux heures de sommeil. Format électronique.

Omélia possédait une grande culture. Une culture qui remontait à quelque 200 ans sur l’évolution de l’humanité. Tout était détaillé. Si détaillé qu’elle pouvait de parler des Beatles, de toutes leurs chansons, des accords de guitare, des montages, etc. Tout, ou enfin presque…

Elle se colla à moi pour m’injecter le petit sérum électronique qui allait nous endormir pendant 5 minutes. Mais lorsque nous passâmes devant un énorme pylône, sa voix se fit hachée bizarrement et je compris que j’avais affaire à une pub ambulante qui tentait de m’inculquer le désir  à jamais effacé de bouffer la nourriture qui pouvait me nourrir pendant 120 jours.

Lorsqu’elle m’étreignit, je vis ses yeux tourner au vert vitreux et sa poigne ferme de cyborg me saisir la colonne vertébrale pour me paralyser.  Tous avaient été avertis de porter une arme sur eux: un pistolet à eau. Comme on éteint un clavier…  Il fallait toutefois trouver l’interstice qui permettait de glisser l’eau dans ce robot publicitaire pour le faire vaciller. Les nouveaux modèles étaient étanches et difficiles à percer. J’avais donc fabriqué une nouvelle arme pour me prémunir au cas ou… Un simple jet à capsule de la grosseur d’un stylo. Mais pour transpercer sa « chair » de plastique, il me fallait la dissoudre. Mais l’autre moyen était de lui enfoncer dans les narines un produit qui allait faire défaillir son système.    Toutefois, à chaque semaine, un nouveau modèle encore plus performant de pub apparaissait.

Comme en tout, on nous contrôlait par le bruit: celui de la parole, des discours, des entretiens, des musiques, radios, appareils portables vieillots, montres-téléphones, etc. Bref, tout ce qui nous faisait « vivre » nous tuait. tout ce bruit environnant, de plus en plus  continu, permanent, était la source de nos malheurs. Alors, l’énergie qui activait cette machine à pubs n’était autre que le bruit transformé en une source d’énergie inépuisable puisque nous n’avions plus aucun silence pour nous reposer. Tout était bruit. Tout était discours. Et tout nous apparaissait normal puisque nous sommes faits pour écouter aux fins d’apprendre, nous étions piégés dans un forme d’apprentissage qui était à la fois notre vie et notre mort.

Il faut observer pour vivre… J’avais remarqué que plus je parlais, plus elle « vivait ». Plus le bruit ambiant s’amplifiait, plus elle était agitée et « performante ».  J’avais trouvé la faille.

Alors, je lui parlai tout bas en lui disant:

– Laisse-moi t’embrasser tendrement, sans bruit. Cette bête de pub ignorait que son énergie provenait de tout environnement sonore. Elle n’avait pas été fabriquée pour savoir comment elle fonctionnait, mais dans le seul but ou mission d’intégrer une pub dans un humain.

Elle se radoucit et sa poigne devint moins ferme… Comme pour me …conquérir.

Je l’ai embrassée. Étant donné qu’elle s’était déguisée en format des années 40 de l’autre siècle, elle portait deux attaches à cheveux qui me charmaient. J’ai caressé sa chevelure pendant quelques secondes, saisit ses attaches et lui ai enfoncé dans les oreilles pour détruire son système d’énergie.

Elle se leva d’un bond, titubant, le regard révulsé, les yeux hagards. Mais ce n’était pas terminé. Des capteurs d’énergie d’appoint avaient été installés sur ce modèle. Elle tentait alors de reprendre de l’énergie sonore par d’autres sources.

Elle ouvrit la bouche et écarquilla les jambes. Je lui flanqua une main sur la bouche et me lança sur elle en lui serrant les jambes. Elle cessa de fonctionne un moment, puis parut résister au silence qui devait être programmé pour un court moment.

Elle resta figée sur le sol, son mécanisme étouffé, et bien … morte. Je n’avais pas le temps de saisir les informations à ce nouveau modèle de pub.

En sortant, je claquai la porte…

Ses yeux s’ouvrirent… Elle semblait chercher la lumière. Je fermai le plafonnier et jetai mon manteau sur ses eux.

***

Gaëtan Pelletier

Mai 2014

La question qui tue

La vérité, c’est une agonie qui n’en finit pas. La vérité de ce monde c’est la mort. Il faut choisir, mourir ou mentir. Je n’ai jamais pu me tuer moi. » – Céline

***

Un singe – qui avait appris quelques notions de langage – demanda un jour à la créature devant lui:

– Qui es-tu?

Les yeux agrandis, fier, le propriétaire de la bête lui fit faire le tour de son domaine et lui montra toutes les magnifiques et magiques machines qu’il avait crées.

Le singe étonné, se cacha le visage, honteux de n’avoir pas pu penser  à tout cela. Au moment où il  prit place devant la merveille des merveilles, un écran géant en  3D, il resta le regard figé sur l’écran. On y passait un documentaire sur les réalisations du 20 ième siècle, dont les armes et les souffrances humaines, les cadavres jonchant le sol, les émeutes, les bombes incendiaires, le napalm, tout tout tout.

Pendant que le proprio grignotait ses croustilles et dégustait son soda, le singe prit une arme blanche accroché au mur, une longue épée de Samouraï et fendit le crâne du propriétaire.

Il tambourina sur son thorax…

« Enfin! J’ai appris à être comme vous ».

Gaëtan Pelletier

19 juin 2013,

Le tournant de l’Histoire : Le procès de James Gondi contre son téléphone intelligent en 2021

Téléphone intelligent

Récit de Silence Friction

***

En 2019, les sociétés occidentales établirent la nécessité du téléphone intelligent. Il fut déclaré et essentiel pour chaque citoyen. Et une amende de 50,000$ était donnée à ceux qui n’en possédaient pas. Il était d’ailleurs fournit par l’État par une subvention généreuse de 66% du coût de l’achat. Le forfait comprenait tous les forfaits dont une liste des « nécessités » dictée par le gouvernement.

Et c’est ainsi, qu’à partir de ce jour-là, les gens devaient tout transiger par le téléphone muni d’une puce qui était inspectée chaque année par un employé de l’État.

Le téléphone intelligent – de la taille d’un briquet de campeur – incluaient des milliers de fonctions, dont une, entre autres, était de faire parvenir à l’État tous les revenus mensuels, l’impôt étant devenu une perception mensuelle et mécanique afin d’alléger la tâche du citoyen.

James Gondi, le 28 février 2019, reçut un2 mise en demeure de l’État du fait qu’il n’avait pas payé ses impôts depuis le début de l’année.

Il téléphona au Ministère du Revenu pour tenter de s’expliquer.

Après 32 heures d’attente une employée robot lui répondit :

« Nous avons à cœur la réussite de nos citoyens, si vous habitez Montréal, faites le 2, si vous êtes un PDG, faites le 1, si vous appartenez à une autre classe que les 50 mentionnées, faites le 0. Au son du timbre sonore, enregistrez votre message ».

Bip!

« Plongeur dans un restaurant »

« Cette option n’est pas valide. Plongez vous dans un scaphandre? »

« Non »

«  Dans quoi plongez-vous? »

«  Dans l’eau »

« Alors, vous plongez dans un scaphandre? »

« Non. Je ne plonge pas, je lave de la vaisselle »

« Vous lavez sous l’eau? »

«  Non, dans un restaurant ».

« Le restaurant se trouve-t-il dans un sous-marin? »

« Non. Sur la rue Crescent à Montréal »

« Montréal, n’est pas dans l’eau. C’est une île. Veuillez recommencer la procédure et suivre avec soin les directives. Pour fin d’identification, afin que nous soyons sûr que ce n’est pas un robot qui répond, veuillez répéter la phrase suivante : Sésame, ouvre-toi! »

« C’est Sam, ouvre-toi ».

«  Vous avez failli au test, une unité d’agents-vérificateurs se présentera à votre domicile dans …. 5 minutes ».

***

Il ouvrit la porte et se retrouva face à deux types : un asiatique marbré, et un roux grassouillet.

« Veuillez nous suivre ».

***

Le procès fut planifié pour le 7 mai de l’année.

La juge Julie Abank demanda au défenseur :

« Qu’elle est votre défense? »

«  Madame la juge, mon téléphone été en contact avec un téléphone d’un sans abris, et je crois qu’il a manifestement trafiqué la carte-mémoire, ou il y a eu alors un échange. J’ignore véritablement ce qui s’est passé… Mais je pense également que c’est un puce défaillante… Je ne suis pas technicien, je suis plongeur.

« Plongeur?  Scaphandrier, vous voulez-dire ? »

« Non, je lave la vaisselle dans un restaurant. Et cette option ne semblait pas disponible, car le robot-fonctionnaire qui m’a contacté n’a pas semblé pouvoir faire la différence.

« Il vous a demandé une identification? »

« Oui! Quelque chose comme «  Sésame, ouvre-toi. Je ne savais pas très bien le prononcer… et…

« Ah! Vous voulez dire : « C’est Sam, ouvre toi ».

« Mais non, c’est le contraire ».

« Sachez que les mode d’identification comportent tous des prénoms… Vous auriez dû le savoir ».

La juge ordonna à l’officier d’emmener à la barre le téléphone intelligent.

« Vous êtes bien le numéro AB738-234-901? »

«  Oui, je le suis ».

«  Pouvez-vous nous dire le nom de votre propriétaire? »

«  C’est James Quondit »

« James Gondi? »

« Oui »

«  Il semble que vous êtes programmé avec certains défauts de langage ou de prononciation »

Le téléphone se leva debout, et rétorqua :

«  Avec tout mon respect, Madame, j’ai été conçu par la firme Sonmanteau. Et cette firme n’a une marge d’erreur que de une sur un million. En tant que téléphone, je vous rappelle que j’ai traité jusqu’à maintenant 672,000 cas, et sans faille. J’aimerais profiter de l’occasion pour porter plainte à mon propriétaire qui non seulement a hurlé dans mon micro, mais il m’a secoué avec une violence inacceptable. Si j’avais été un enfant, Madame la juge, je serais déclaré débile mentale avec lésions cervicales. J’ai analysé tous les traits de caractères de mon propriétaire, intégré  et analysé tous ses courriers électroniques, et je peux imprimer un rapport de 632 pages concernant ses activités illicites et a des habitudes alimentaires malsaines »

« Vous voulez dire? »

« Il bouffe de l’ail à longueur de journée… De sorte que j’ai dû payer pour faire remplacer ma puce olfactive trois fois, sans compter les dommages étendus à mes autres puces, puisque je commence à comprendre ce qu’est un vomi… »

« Monsieur ou Madame AB738-234-901, nous avons procédé à une évaluation psycho-électronique de votre profil, et vous semblez avoir coulé ou fondu de quelques circuits. En l’occurrence, je vous condamne à purger une peine de 3 mois dans un centre de réhabilitation pour TI, où vous subirez des modifications afin de parvenir à accomplir la tâche qui vous est assignée en tant qu’employé de l’État. Toutefois, de par vos droits, vous avez le droit de d’aller contre ce jugement selon les conseils de la firme qui vous a élaboré…

«  Alors, je veux aller en appel… »

Le procès dura 3 ans. Les avocats de la compagnie engagèrent une douzaine de psychologues et psychanalystes afin de détruire la défense du citoyen James Gondi. Mais deux jours avant le verdict, le téléphone s’effondra par obsolescence programmée.

L’État fournit une nouveau téléphone au citoyen qui,  en lavant la vaisselle, l’échappa dans l’évier.

Le laboratoire de la compagnie tenta vainement de le réanimer et envoya une facture à l’État. L’État refila la facture au citoyen et l’accusa de négligence.

Étant donné que les journaux étaient alors écrits par des journalistes-robots, il parut en titre gras à la page frontale du journal « États du Monde » :

UN TÉLÉPHONE INTELLIGENT EST RETROUVÉ MORT NOYÉ

Gaëtan Pelletier

24 décembre 2012

Gazanus Inc.

2044

Dans une ville près de chez vous…

 

Les entrailles de la Terre étaient vides de ce précieux or noir qui avait fait rouler les voitures pendant plus d’un siècle, était devenu rarissime.

Quelques années plus tôt on avait créé un programme de production de gaz à partir des déchets humains. Chaque maison était connectée à un immense réservoir où était traité l’or brun transformé en gaz.

Pour vivre, on mangeait énormément de soupe au chou, fèves, etc. , bref tous ces produits qui gonflent. Un compteur était relié au maison, et chaque mois on vous envoyait un chèque pour votre production.

         Chéri, qu’est-ce que tu fais aux chiottes.

         Merde! Je travaille… Mais pas trop…

Le voisin venait d’acheter la maison. Il s’était endetté. Et pour payer son hypothèque il n’arrêtait pas de manger pour gonfler ses revenus de production d’or brun. Il n’avait pas arrêté d’avaler des produits pour aller aux chiottes. Il est mort dans son lit, le pauvre.

Je ne voulais pas en arriver là.

Et comme tout bon capitaliste, pour me soustraire à la tâche, j’avais acheté une petite usine dans le quartier industriel. 254 sièges. Comme le parlement d’Ottawa.

Mes ouvriers travaillaient assis, les culottes baissées. Pour la plupart, ils lisaient en travaillant.

Je fis le tour, ce matin-là, et vit un de mes ouvriers, le faciès pourpre, en pleine production. Il faut spécifier que l’usine ressemblait davantage à une étable.

Il sortit de l’usine, épuisé, vidé, il fut attaqué par trois voleurs qui entaillèrent ses entrailles et lui volèrent sa précieuse cargaison.

Je me rendis sur les lieux pour l’identifier.

Un belle voiture passa en trombe.

Le luxe n’a jamais eu de pris et n’en aura jamais.

J’étais dégoûté.

Quelques jours plus tard, je vendis ma compagnie Gazanus Inc. pour une bouchée de pain.

Mais je suis resté handicapé : à chaque fois que je lis j’ai envie de courir aux chiottes.

 

LE VIRUS

Picasso, couple

Picasso, couple

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Cela se passait en l’an de grâce 2458.

Hélène Rokopovich venait tout juste de divorcer pour la troisième fois. On ne la reprendrait plus.

Dans son beau condo, elle voyait à l’extérieur de magnifiques arbres en plastique qui donnaient plus d’air  que les “ vrais ”. C’était un paysage qui s’étendait à perte de vue. Mais quand elle sortait de sa tour de 180 étages, elle se noyait dans une foule qui allait hagarde, les yeux couverts de lunettes teintées.

Elle commanda donc un nouveau mari virtuel. Les modèles précédents ne lui avaient pas donné satisfaction. Elle prit bien soin cette fois de ne pas intégrer la fonction “ macho 1999 ”.

Elle attendit trois secondes. Dieu ! que c’était long. Elle flanqua alors la disquette dans son appareil pour “ décompresser ” les fichiers et donner forme au bonhomme qui apparaissait à l’écran de l’ordinateur.

Fébrile. Ah ! qu’elle était fébrile.

Un mâle d’une beauté inégalée apparut en quelques secondes. La silhouette floue, souriante, presque translucide se transforma en une masse bronzée, l’œil pétillant tout imprégné de tendresse.

En souriant, elle tendit la main derrière elle pour programmer avec la touche A,  le programme Amour.

Il y eut comme une gerbe d’étincelles et l’être se transforma en quelques secondes en une chose monstrueuse qui s’élança sur elle. Elle eut à peine le temps de se retourner pour voir sur l’écran le nom du virus informatique : “ The Upper Fly ”.

Gaëtan Pelletier

Circa 1996

R.AMB.BO 8886

 

 Quand le vaisseau atterrit sur la planète, les êtres qui l’occupaient furent ravis par la beauté de celle-ci.

Un jardin sauvage aux plantes et aux forêts grandioses.

C’était en 8886 de l’ère actuelle.

Et des oiseaux. Pour la première fois ils voyaient des volées d’oiseaux dans un ciel bleu.

Pendant des jours, des mois, ils fouillèrent sans trouver de trace de vie intelligente.

Cependant, par un jour de canicule, sur une plage, ils découvrirent enfoui dans un coffre contenant des milliers de disques. 

 

Ils l’intégrèrent à leur analyseur robotisé qui finit par bâtir un lecteur adapté au disque.

Puis un soir, ils prirent place devant un grand écran pour visionner les disques.

Tous les contenus étaient passés au filtre d’un ordinateur puissant qui devait par la suite leur révéler la grandeur d’une telle civilisation disparue.

Au bout d’une semaine, l’ordinateur surchauffa et cessa de fonctionner.

Ils essayèrent de décrypter le langage mais ils avaient peine à saisir les propos du héros.

Les lettres R.AM.BO. demeurèrent un mystère.

Ils regardèrent toutefois la série avec grand intérêt.

Ils en conclurent, dans un rapport, après avoir quitté la planète que ce surhomme était responsable de la disparition de l’humanité.

Gaëtan Pelletier 1995