Archives mensuelles : avril 2008

LE VOYAGE DU BAGAGE

 

 Je suis venu sur Terre, faire un tour

Mon corps  pour  bagage, en voyage

 

Je suis venu m’éblouir, voir un peu

La beauté des lieux  et les âmes

 

Je naviguais, enfant,  sur des ruisseaux

Découvrant  des mers en   radeaux

 Flottant sur des miroirs de   soleils brisés

La prunelle géante des tout  petits toujours  grands

La fièvre aux mains ,  à palper, affamées

Voulant  saisir tous les souffles  des jours

 

Le sablier  a brésillé  la fraîcheur des heures

J’a vu trop d’hommes piller, encager les ors

Dans les guerres perdues des faibles et des forts

Sans répit, sans regrets, sans paix que les leurres

 

Je suis venu sur Terre, faire un tour

Mon âme pour  bagage,  le corps en image

 

J’y partirai comme on quitte un visage 

L’œil en larmes de  tous les amours

Œillade est si  frêle au fleuve  des toujours

Un frémir lumineux, dans l’océan des âges

 

Gaëtan Pelletier

24 avril 08

 

 

 

 

 

 

ENTRE DEUX SOLS

 

ENTRE DEUX SOLS

 

J’ai perdu les mots, comme je perdrai un jour mon corps. Ce n’était qu’une trame sonore et la musique est restée, mais le reste s’en est allé.

Je ne pourrais dire qu’un peu de ce que je ressens.

Peut on expliquer la mer par les vagues, décrire chaque vague, briser le temps?

Je vois des écumes blanches toutes en bulles friser les étendues d’eau.

C’est l’image du temps.

Le cadran de nos os.

Le bruit déchire l’air.

Petit roseau, petit roseau, où va donc ta chair?

 

C’est un soir gagné, une journée retrouvée, dans le blanc quand on a le vent de la voie qui crie.

J’ai perdu les mots. Je les ai fait mourir. Ils ne servaient plus à dire. On a tous trop triché…

Je me révolutionne en silence avec quelques notes de temps en temps.

Chacun est une bulle d’éternité.

Plouch!

Une chenille écrasée par un grand fardier.

Un truck, un camion, un char de sots…

Dans l’armée des cravatés je suis un col roulé

 

1 janv.-07

 

FREDDY BEAR

  

C’est l’histoire d’un ours en peluche à qui sa mère avait acheté un petit garçon.

 

L’ours emportait toujours l’enfant avec lui. Il le tenait sous le bras, l’embrassait, le cajolait et lui parlait. Et l’enfant lui répondait. Même si sa mère disait que ce n’était pas vrai.

 

Un jour que Freddy étai fâché, il prit son enfant et le déchira. Il sortit des entrailles un liquide rouge, des viscères, et de la façon dont il le tortillait, sa mère se dit qu’il n’était pas de très bonne qualité.

 

Elle l’enterra dans le jardin pour faire plaisir au petit.

 

 

Elle alla au «Boys are Os» pour s’en procurer un autre. Les étalages étaient remplis  de modèles : des roux, des blancs, des noirs. Et tous avaient des visages immobiles, avec de grands yeux noirs, bleus ou gris, qui regardaient dans le vide. On aurait dit des boutons de chemise.

 

L’ours s’arrêta devant un modèle. Un modèle à cheveux blancs, frisottés, l’air un peu perdu. Il s’appelait Albert et portait un T-shirt sur lequel était inscrit E=mc2.

 

De retour à la maison, il embarqua l’enfant sur son train et le fit tourner alentour de la pièce.

 

¾ Viens dîner, Freddy.

¾      Je n’ai pas le temps…

¾      Qu’est-ce que tu fais?

¾      Je pose des questions à l’enfant.

¾      Et il te répond ? Demanda candidement la mère.

¾      Oui, bien sûr.

 

Il arrêta le train. Juste devant un globe terrestre.

 

¾ Une dernière question, dit-il. Quelle différence il y a entre un ours et un enfant?

 

Il courut vers son repas avant d’avoir la réponse.

 

Lorsqu’il revint quelques heures plus tard, le train était à plus d’un mètre devant le globe terrestre.

 

Il prit l’enfant au cheveux blanc, lui tordit les oreilles, et lui déchira le ventre avec une aiguille.

 

Celle de l’horloge grand-père qui était tombée sur le plancher.

 

¾ C’est bon pour toi!

 

Gaëtan Pelletier

3 octobre 2000