Archives mensuelles : octobre 2010

Le bras canadien

 

Pendant qu’au Québec le gouvernement Charest se rapproche des positions environnementales du gouvernement Harper tout en faisant fi de la majorité québécoise voulant un moratoire sur les gaz de schiste, et que la ministre de la condition féminine s’affectionne des recruteurs militaires dans nos écoles québécoises, le Canada plonge dans une suite de défaites, qui ne seront pas sans impact sur l’avenir de son gouvernement.

Alors qu’aux  Émirats Arabes le Canada se fait mettre à la porte de la seule base militaire de laquelle pouvaient partir ses troupes pour l’occupation de l’Afghanistan et le maintien du régime du dictateur Hamid Karzaï, à l’O.N.U., Ottawa essuie un cuisant revers sur son application au poste non-permanent du Conseil de Sécurité. Incapable de s’acquitter de sa responsabilité ministérielle en ce qui concerne les dossiers internationaux, et le reflet de celle-ci par le vote punitif de la communauté internationale, le ministre des Affaires étrangères Lawrence Cannon chemine le péché vers l’opposition. Il accuse celle-ci de diviser le Canada.

Mais ce n’est pas l’opposition qui se dégage de ses responsabilités envers l’enfant-soldat Omar Khadr, détenu dans une prison jugée illégale par la Cour Suprême des États-Unis d’Amérique, où il y est torturé, et dont la notion de droit n’existe pas pour les prisonniers. Steven Blaney affirmait pour sa part, qu’Omar Khadr avait commis un geste grave sur les ondes de Radio-Canada lors du «Match des Élus». Mais quand on s’y attarde, qu’y a-t-il de grave à lancer des grenades à ceux qui nous en lancent également, lors d’une guerre par exemple, et pour préciser, lors de la défense de «sa terre» des forces illégitimement invasives? Et n’est-ce pas l’un des premiers gestes, que de lancer une grenade efficacement, qu’on apprend en cours d’instruction dans les Forces Armées Canadiennes, ou à tout de moins, dans le métier d’infanterie? Encore faut-il que l’histoire racontée par les soldats envahisseurs de l’Afghanistan soit vraie…, ce qui ne semble pas être le cas. Mais qu’importe si elle est vraie ou non, avec une logique pareille, il n’y aurait plus de place dans les prisons! Quel geste de guerre, dans une guerre, n’est pas un geste grave, dites-moi? Dire qu’Ottawa vient de se payer des machines à tuer  des civils, sans pilote…, ça promet.

Refusant donc d’en venir à l’évidence de son incompétence à se faire impartial dans plusieurs dossiers, le ministre Lawrence Cannon reflète bien l’irresponsabilité de ce gouvernement, qui se complaît dans une hypocrite extension des politiques impérialistes états-uniennes. D’une part, il appuie tous crimes d’Israël, au nom de la défense, lorsqu’il s’agit pour la plupart du temps, d’attaques.

Au nom de la défense, Ottawa sous les conservateurs, laisse Israël user d’armes de Destruction Massive sur des civils. Au nom de la défense, Ottawa n’est aucunement gêné qu’Israël possède un arsenal nucléaire de plus de cent ogives alors pourtant, qu’Israël déboute les agents de l’Agence Internationale de l’Énergie Atomique hors de ses frontières, tout en refusant de signer le Traité de Non Prolifération nucléaire. Ottawa se réfugie pourtant derrière la «menace nucléaire» inexistante de l’Iran pour s’empresser de la bombarder de sanctions, et de justifier la prochaine guerre de l’impérialiste Yankee. Et pourtant, Téhéran a signé le TNP, puis ne refoule pas les agents de l’AIEA.

Sinon, les attaques, et de 2006 au Liban, et de 2008 à Gaza auront également démontré les vraies couleurs des conservateurs à Ottawa, se complaisant de crimes commis contre l’humanité, n’étant plus très loin de condamner celle-ci de se retrouver en travers du chemin des ADM d’Israël. Qui ne s’en rappelle pas? On dirait bien que certains s’en sont rappelés à l’ONU.

Outre les crimes et les atrocités que le Canada ait pou soutenir sous les conservateurs, il y a bien entendu le dossier de l’environnement, qui n’arrange rien dans le contexte. Alors que des pays sont au bord de se faire avaler par les océans, les conservateurs continuent de braver «Gaïa», comme s’il était normal que les nappes phréatiques des régions touchées par les sables bitumineux soient imbibées de produits chimique et de métaux lourds, et que les communautés autochtones les bouffent et les boivent, au gain de multiples versions cancéreuses.

Le Canada, qui signait jadis des ententes auprès des nations unies sur des engagements clairs et définis quant à l’environnement, passe désormais ses contrats auprès chez Lockheed Martin, plus conciliante, finalement, avec ses nouveaux principes.

Finalement, le Canada n’est-il pas que le bras canadien de l’Empire États-unien?

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Un article de Sylvain Guillemette: http://reactionismwatch.wordpress.com/2010/10/19/le-bras-canadien/

REACTIONISM WATCH

La synchronicité

Extrait

La synchronicité est cette brèche ouverte sur l’irrationnel nous permettant d’appréhender d’autres dimensions où les rapports apparents de cause à effet sont transcendés par un sens intelligible, sensible et plein d’esprit (d’humour) qui tisse d’autres types de liens beaucoup plus nourris de conscience et d’harmonie que la trame grisâtre et fade du monde quotidien.

La synchronicité, c’est aussi un flux cohérent d’apparentes coïncidences que les surréalistes ont qualifié de hasard objectif. Mais les faits parlent bien plus que toute prétendue théorie, dès lors que ces prétendues coïncidences se perpétuent jusqu’à dix fois par jour, et dépassent ainsi de beaucoup les classiques lois de la probabilité. Carl Gustav Jung fut le premier à codifier ce phénomène. Mais l’on peut présumer sans crainte d’erreur qu’il a cours en ce monde depuis la Nuit des Temps, et sans doute avant, chaque fois, semble-t-il, qu’une ultime nécessité ou impérieuse harmonie, s’est faite sentir. La Synchronicité navigue en d’autres eaux plus limpides que celles trop polluées de nos consciences suffocantes, et planent en d’autres cieux plus sereins et plus bleus que les nuages de nos yeux, en manque d’arc-en-ciel.
(…) Mais l’harmonie nous donne encore rendez-vous dans une relation privilégiée, non moins intime et sensible. Le téléphone, la radio, le courrier, les rencontres, les regards, les sourires, les amours, tout concourt à cette synchronicité bénie des dieux. Mais quand l’harmonie magique vient à nous quitter en notre for intérieur, tout au contraire, se décale, se désaxe, jusqu’aux prochaines lueurs de l’aube synchronisée.
(…) Nous pourrions nous amuser à disséquer les pleins et les déliés de la synchronicité… Mais rien ne vaut l’expérience individuelle vécue à laquelle je ne puis, cher lecteur, me substituer. Ces harmonies renouvelables et renouvelées sont les premiers fruits mûrs de ces fameuses Règles d’Or… auxquelles je me permets de vous renvoyer.
Tous ces phénomènes baptisés par notre ignorance de parapsychologie … nous démontrent combien la science fait forcément fausse route chaque fois qu’elle se contente de quantifier des masses de matière, sans jamais se poser la question de l’esprit qui s’y cache et l’anime. La moindre expérience de synchronicité ou de télépathie met au défi les notions par trop limitées et relatives de l’espace-temps… et semble psalmodier l’esprit du poète qui interroge : Objets inanimés, avez-vous donc une âme qui s’attache à notre âme et la force d’aimer?
Mais au-delà, ces harmoniques soulignent et sanctifient le Sens de la Vie, déboutent l’absurde et débouchent sur l’Infini. Elles nous font toucher Dieu du bout de l’âme, sur la pointe des pieds et nous élèvent à notre véritable condition d’Oiseau Rare qui rêve d’un paradis sans nuage… où président avant tout des lois d’harmonie, de simultanéité, d’interconnexions permanentes, d’informations holistiques et de Vraie Fraternité Universelle. A chacun d’entre nous d’ouvrir en soi ces brèches d’infini pour que la vie de tous les jours devienne une Bonne Aventure et une Magique Odyssée. Les forces de l’Invisible sont parmi nous, puisque… Tout est dans Tout. Et réciproquement!
Jean-Jacques Dexter

ZENTAO ou La Vraie Vie

Guy Trédaniel Éditeur

Par  Mestengo, Situation planétaire

 

LA CULTURE DU MANGE-DEBOUT

L’actrice Sarah Bernhardt dormait les dernières

années de sa vie dans son cercueil.

Ceci, disait-elle, afin de s’y habituer mais

aussi de le rentabiliser.

Dormez vous bien?

Qui êtes vous pour l’État? Qui sommes nous pour l’État? À la société? À quel lit faut-il loger.

Depuis des lustres qu’on multiplie les études pour savoir combien coûte un citoyen dans sa manière de vivre, dans sa façon de réagir, et sur ses  bobos allant de la tendinite au poignet jusqu’aux problèmes  des maladies mentales en passant par la migraine.

À en croire cette montagne d’études, le citoyen  coûte tellement cher que L’État  devrait se débarrasser du citoyen.

Faire de l’humain un mange-debout

De plus en plus on voit sourdre cette grossièreté  de résumé de la personne humaine abrégé à son rôle de travailleur. C’est un concept que cultivent nos voisins du Sud, les étatsuniens. Si vous visionnez  un film américain (US), vous noterez que les gens sont tellement occupés qu’ils saisissent un hamburger ou un hot-dog chez un vendeur ambulant dans la rue. Dans les films français, les scènes les plus typiques sont celles où l’on prend un repas à la table, bien arrosé, et où l’on discute… Ou se dispute. Peu importe. On vit… On vit. Et c’est ça le but de la vie : vivre. Et heureux si possible.

Je les ai nommés les mange-debout.

Et ce n’est pas pour rien : les étatsuniens sont les gens qui prennent le moins de congés de toutes les sociétés occidentales. Ils sont absorbés par leur travail, avalés par leur job, compulsifs. Et à mesure qu’évolue (sic) une société, plus les maladies reliées au stress prennent de l’importance. C’est arrivé au japon il y a quelques décennies. À tel point que les dirigeants ont été obligés de lancer un message à leurs citoyens : ralentir la cadence.

Coût de l’insomnie au Québec : 6,5 milliards $  par an

Publiée dans la revue spécialisée Sleep, l’étude menée par des chercheurs à Québec estime que les trois quarts des dépenses engendrées par l’insomnie sont attribuables à des conséquences indirectes, comme des absences du travail et des diminutions de la productivité. Les coûts directs de l’insomnie comprennent les consultations médicales, les coûts de transport pour se rendre à ces consultations, ainsi que les médicaments obtenus avec ou sans ordonnance. (Source : cyberpresse)

Il est évident que l’on est moins productif quand on ne dort pas… Alors notre citoyen a tendance à s’auto-guérir. Et par quel moyen? L’alcool. Coûts de ce médicament? 340 millions $ par année. Un vieux remède qu’utilisaient nos grands pères.

La grande surprise des chercheurs.

Dans quel laboratoire vivent ces chercheurs?

Pas dans le monde, on dirait. Je ne sais pas combien a coûté l’étude. On précise toutefois qu’elle a reçu un appui financier des Instituts de recherche en santé du Canada. Je précise,  pas dans le monde, parce qu’il est aisé de voir qu’au Québec et ailleurs – toujours dans les sociétés dites évoluées,  que l’alcool est une vu comme une panacée – à quel point l’alcool est devenu un moyen d’éponger sa souffrance et son stress, et la somme de toutes les peurs.  Il ne sert pas toujours à son but premier qu’est le plaisir. Hélas!

Du houblon dans la boîte à lunch

Rappelons que chaque petit fort au Québec, il y a quelques siècles, avait sa brasserie. Le soldat avait pour ration un litre de bière par jour. La bière est une nourriture riche en vitamine B. Et ça devait aider un peu au combat… On devait manger vite pour affronter l’ennemi. Plus vite on mangeait, moins on avait peur.

Doper l’athlète aux olympiques du marché

L’État devrait commander une autre étude sur les sources du stress. On a dû déjà le faire. Mais les sociétés – encore une fois dites évoluées ( Évoluées vers quoi? On commence à se le demander, nous aussi, le simple citoyen à quelle évolution nous travaillons ) – a trouvé une solution moins coûteuse.

C’est assez étrange comme raisonnement

«Les coûts liés à l’alcool constituent un peu une surprise à nos yeux, de même que la fréquence de sa consommation en vue de provoquer le sommeil», a commenté la coauteure de l’étude, Meagan Daley, professeure au cégep Champlain-St. Lawrence, à Québec. Elle a fait remarquer que les somnifères coûtent aussi peu que 11 cents par comprimé, alors qu’un verre de vin coûte beaucoup plus.»

Je ne vous cache pas que j’ai envie de brailler. Un verre de vin coûte plus cher qu’un comprimé… Il y a de quoi aller au dépanneur…

Je répondrais à la professeure  qu’une fois le médecin trouvé et la prescription remplie,  additionné au clic!clic!  d’un examen,  et les effets secondaires de ces poisons…. Je serais porte à croire qu’on arrive kif-kif. (1)

Ce qui veut dire qu’au lieu de s’attaquer à la source du problème, on préfère doper le citoyen… pour le rendement.

Connaissez-vous un québécois qui va tergiverser entre une bière et un comprimé? Et quand on connaît cette mensongère industrie pharmaceutique – cette empoisonneuse – en tant que québécois, je ne prendrais pas de chance. Le Ziban, cet anti-dépresseur, sert maintenant à stopper le tabagisme. Pourtant, il a été conçu pour enrayer le phénomène de la dépression, cette maladie encore malheureusement perçue comme une faiblesse. Il vous soigne par effet secondaire. C’est donc dire à tel point les concepteurs de ces bombes chimiques connaissent leur produit.

C’est comme créer une cuillère et se retrouver avec une fourchette.

Les chameaux de la vertu

En  Ontario, on a évalué à 500 millions $ les pertes dues à la contrebande de tabac. Les réussites de la lutte au tabagisme sont dues davantage à la prévention et à l’éducation qu’à cette  idée saugrenue et obtuse de camoufler le produit derrière les comptoirs.

Il semble que nos dirigeants tentent de trouver tous les moyens pour que le pays accouche d’un citoyen parfait. Et sans émotions… Par une sorte de rigorisme têtu et bête, sans regard à la personne humaine et la complexité celle-ci.

Bref, créer un robot.

Comme le dit la chanson de Desjardins :

Pour faire un bon gars

Pas d’alcool, pas d’tabac

Dans un monde idéal, soit.

Dans la réalité, la complexité de l’humain face à cette tentative de l’automatiser réagit mal. Qui plus est, face à ère effrénée ou l’on coure pour travailler dans un horaire et un milieu souventes fois contre nature, le citoyen ne dort que d’un œil, avec pour seul rêve le cauchemar qui l’attend le lendemain.

L’Homme ou le matelas?

Nous vivons dans une société qui fait des choix. En regard de quoi ou de qui? Il semble qu’on les fasse en regard de quoi. Insensé mais hélas fidèle à notre monde.

Allez donc faire un tour chez les marchands de matelas. Étudiez-le. On est loin de la paillasse du moyen âge. Des couches et des couches savamment étudiées :

La composition des matelas s’est considérablement diversifiée : Les matières utilisées : coton, fibres synthétiques, lainage, mousses PU, mousses viscoélastiques (dites à mémoire de forme), mousse de polyester.

C’est compliqué un matelas. À mémoire de forme.

C’est ça notre progrès : améliorer les matelas au lieu d’améliorer nos vies. C’est ça notre orientation de société.

Orienté et déboussolé.

Un bon matelas Hi-Tech (sic), coûte entre 500$ et 1000$.

Pour jouer le jeu de tous ces cerveaux voués au veau d’or de la matière grise, j’ai calculé qu’un adulte qui commence à se somniférer à 25 ans, dépense, à 11 cent la pilule (espérance de vie de 85 ans), 2400$ pour se geler avant de dormir.

Ah! J’oubliais, l’inflation.

Et si 30% des canadiens ont des problèmes de sommeil, à devrait tourner autour des 2,5 milliards.

J’arrête ici, parce que si je continue je vais finir par prouver que la nuit coûte plus cher que le jour.

Bon! Je pense que je vais aller me coucher. J’espère que le matelas se souviendra de ma forme.

(1) Kif-kif.

Il s’agit d’une expression qui date de 1867 et qui a été empruntée à l’arabe maghrébin et ramenée en France par les soldats des armées d’Afrique du Nord.
C’est un dédoublement du mot arabe ‘kif’ qui signifie ‘comme’.

Victoire ou désespoir

Mes idées s’envolent et planent
Mes pensées se concrétisent
Déception,manège et passion
Ma tête est entremêlé et perdubé

Les pleures se figent dans mon coeur
Je suis détruit et vidé…
Aucune raison ne garde l’esprit saine
Dans ce labyrinthe,rien n’est retrouvable

Mon âme décroîte et s’enflamme
Vie manquée ou ratée quelle dilemme
Mon sort ne se trouve pas dans mes mains
Je n’i peux rien,c’est contre mon gré

Se coucher le soir en espérant
ne plus jamais se réveiller
C’est l’un de mes plus grand rêve
J’espère que ce jour viendra…

Mes yeux saignent et se ferment
Cette douleur me perfore le coeur…
Me restant immobile et détruite
Pogné dans ce piège,sans issue

Ève Bolieu
Octobre 2010

Alain Bésil, écrivain. Le mystère du lac Pohénégamook. (extrait, chapitre 3)

 

CHAPITRE 3

 

LA FEUILLE ET L’ARBRE

 

 

 

Même si tu inventais des millions de roues, tu

ne pourrais pas aller plus loin que la terre. C’est pour ça

que mon camion est un Ford 150, tout rouillé. J’ai

beau lui mettre des pneus neufs, il n’ira pas plus loin

que sa carcasse.

Léon

Quelle surnaturelle merveille !

Et quel miracle ; voici :

Je tire de l’eau et je porte du bois

Poème Zen

P’ang-iun

À quelques mètres de là, un pouvait entrevoir la silhouette d’un vieux camion  pourpre défraîchi, râpé. Ses  vitres, comme les yeux des  vieillards, semblaient souffrir de cataractes : gondolantes, ternes, ridées de crevasses et de fendillements, le monde, à travers elle, se percevait flou, vaporeux.   La vie en avait éreinté et tordu la carcasse. Avec ses convexités distinctives des années cinquante, Léon le comparaît au charme de Marilyn Monroe. Comme toute décennie, celle-ci était  lié costumes, techniques, arts, dans une sorte d’ADN inconsciente. Les idées, à travers les temps, font l’amour aux idées, aux croyances, aux certitudes.  Des formes communes surgissent, sans qu’on en sache la raison, dans des desseins imbriqués  par une architecture inconsciente, s’activant sans cesse.

Deux hommes, affairés, lorgnaient la demeure provisoire  des deux intellectuels, à travers un pare-brise fendillé et parsemé de chiures de mouche et de granulations tenaces.

Le jour s’éteignait lentement, traçant ça et là des lacets d’ombres sur le sol, dessinant des fleurs  charbonnées  sur le sol. Les cimes des arbres – personne ne semblait l’avoir noté – copiaient les structures des fleurs en noir et blanc. Jeu de lumière et de noir.

La nuit.

La grande paupière de l’horizon fermait ses yeux rougis. Ce bout de Terre était fatigué et avait besoin de repos. Et quand Léon jetait un œil vers l’Ouest, ses paupières devenaient lourdes.

Jean-François, son jeune compagnon et chef d’équipe,   avait été embauché par la petite ville dans le but  de saboter l’entreprise des deux chercheurs. Étudiant en Philosophie dans une université de langue anglaise, il retournait dans son patelin,  l’été,  pour retrouver sa famille. Avec sa crinière ondulée, frisottée,  mi-longue,  il affichait  cet air hagard des gens débonnaires pour qui la vie est une balade lente et   assurée. Comme si au bout de celle-ci, le mystère de l’existence serait conquis. Telles les feuilles des trembles, si vertes, qu’ils s’agitaient pour affirmer leur puissance et leur certitude vive face  la venue de l’hiver. Une feuille ne sait pas qu’elle va mourir et s’affaler sur le sol.

Léon, lui, regardaient les feuilles se trémoussant aux vents. Il les regardait parce qu’il était au fait des saisons.

Le jeune homme  sortit de la Ford. Il passa ses mains sur ses jeans poussiéreux. Puis il se retourna vers la Ford 150, et la regarda d’un air méprisant. Le passé était le passé. On lui avait appris l’avenir, rien que l’avenir, là où tout était enfin non révolu. Des moustiques tournaient alentour de sa tête. Il percevait les bruits des maringouins au ras de ses oreilles, les infimes morsures à l’arcade sourcilière. Il détestait la campagne.

Sa démarche, sa prestance, lui concédaient l’air de ceux qui regardent la vie,  enceints de leur culture manufacturée,  avec la légèreté des ailes de la vérité. Il en avait été toujours ainsi, et il en sera toujours ainsi.  Telle une possession, tel un or, qu’à force d’engranger, on peut se prémunir d’une certitude inébranlable.  Son but :  la réussite sociale. S’il vivait dans le moment présent, ce n’était pas au sens philosophique ou zen : mais  par méconnaissance de l’Histoire et des penseurs.  Sa plus grande ignorance était que les idées ont aussi leur histoire, mais qu’elles sont souvent trafiquées. Le passé est toujours dépassé. Au fond, il était victime du monde moderne, et du consumérisme d’idées : la suivante est toujours la meilleure. Bâtir un futur. Une sorte de devise qui le faisait agir.

Il adorait les chats et en possédait deux : Bush et Antibush. Le chat étant  un animal  territorial,  la préservation de son lieu de vie est le moteur principal de ses interactions avec les autres individus. Le maître s’estimait  ainsi : son territoire était celui des idées.   Il avait étudié tous les tracés des grands penseurs, mais il voulait baliser la sienne dans son mémoire de doctorat. Comme tous ceux de son âge,  il avait, par cette naïveté nécessaire à l’existence, l’éternité devant lui. Il ne pratiquait aucune religion, sauf celle d’une spiritualité qui consistait à faire une vingtaine de minutes de méditation transcendantale,  dans le but affété d’éclaircir son esprit pour être plus productif. Il aspirait   à parfaire le monde. La dualité des noms de ses chats était en quelque sorte les bibelots fixes, incassables de son univers intérieur. Le monde – du moins celui sur Terre – représentait une dualité à définir, un mystère qu’un jour on pourrait agglutiner.

Léon, son  employé, lui avait été assigné.  Léon le  menuisier. Pourquoi Léon ? Pourquoi ce Léon, cet ignare qui se promenait toujours avec son parfum de sapin ou de cèdre ? Se frottait -il les aisselles à tous les matins d’un bout de bois ?  Léon, lui  qui  avait appris son métier le tas,  en tâtonnant, sculptant  le bois pour lui donner les formes harmonieuses pour  un accomplissement, une fin  pratique.  Il   avait pris conscience que le bois n’était qu’un matériau qui une fois mort pouvait donner vie à toutes les formes. Ce  matériau, en apparence inerte, pouvait reprendre vie sous des formes diverses. C’était cette mort, cette inertie qui permettait à son créateur de le faire revivre.  Léon avait appris à  faire revivre les choses mortes. Et plus il travaillait sur des formes, plus il se rendait compte que cette mort apparente, cette fomre dormante n’avait pas de fini. Un  arbre n’est pas qu’un arbre : une fois qu’il avait  terminé sa tâche d’oxygéner, il restait de multiples  fonctions. Même morte, cette inertie matérialisée avait au contraire plus de vies que ses cinquante ou cent ans vécus.

« L’arbre attend longtemps, mon gars, très longtemps…Si longtemps que plusieurs hommes vont passer avant qu’ils ne remarquent l’arbre. Il a la patience d’attendre son artisan. »

Quand on lui demandait de fabriquer un table, il fabriquait la table en y a joutant une touche particulière, de sorte qu’elle soit unique, comme l’arbre duquel il l’avait tirée.

« Un arbre ne meure jamais, mon grand. Quand il n’y a plus rien à voir de sa carcasse, il se fait invisible, comme s’il se transformait lui-même en nourriture pour les arbres. C’est juste, qu’en attendant, il reste une nourriture pour les humains… Quand j’ai compris ça, j’ai été étonné… Et je continue de l’être…».

Le futur Dr en philosophie  écoutait ses propos sans grand intérêt. Car pour lui, un arbre était un arbre. Point. Son rôle dans la création n’avait pas de but plus grand que de fournir de l’oxygène ou de fabriquer des maisons. Ou encore ces affreux bateaux laids qu’on vend dans les boutiques comme attrape-touristes.

Il soupira. Ils étaient ensemble depuis quelques jours seulement, et il était lassé d’entendre toujours ce même discours.

Léon découpait sa pomme dans le soir,  avec ce canif usé, la lame arquée par de nombreux aiguisages,  en mangeant une cosse, se délectant, tranquille et béat.

–    Tu ne sais rien, vieux con ! Il y a tellement de choses à savoir. Et c’est tellement beau…

–    On ne peut pas faire une maison avec une branche, mon gars !

Jean-François resta figé un moment, ne sachant que répondre. Il y avait quelque chose dans la phrase qui l’avait intrigué. Mais il ne savait pas quoi. Alors, tardant’à répondre, Léon reprit :

–    Tu as l’air figé mon gars. C’est qu’un arbre n’a pas la chance de s’arrêter et de s’écouter. Nous,les humains, nous avons le pouvoir de nous arrêter un instant. Comme un arbre attend la sève.

–    Explique-moi.

–    Je ne sais pas à quoi ça servirait. Je te regarde, avec ton appareil, là, sur tes oreilles, et je n’entends que du bruit. S’il te faut des sons aussi forts, je ne vois pas l’intérêt pour toi quand tu entends le bruit des feuilles et du vent. Je ne prétends pas que c’est ce qu’il y a de mieux… Je pense seulement qu’on ne sait plus vivre. On fait des livres avec les arbres, mais on ne fait pas d’arbres avec les livres. Pourtant, ils sont de la même souche. Sauf qu’ils sont passés par quelqu’un qui a décidé d’écrire dessus, d’en faire du papier. Alors il s’est dit : « On peut faire plus que l’arbre». C’est certain…

–    Tu viens de le dire… Plus que l’arbre, c’est certain…

–    J’ai dit plus, je n’ai pas dit mieux…

–    Oups ! On devient subtil… Se moqua le jeune homme. Tu vois, t’es rendu à bout avec ton arbre, Léon. Alors, laisse aux jeunes le travail de finir ce monde… De le parfaire, de l’enrichir.

Il y eut un moment de silence.

–    Tu n’as plus rien à dire.

–    Je me suis dit que justement, l’encre a tellement coulé qu’il a noyé les arbres.

Le jeune homme prit une grande respiration :

– Tête de cochon !

***

Il retourna à sa lunette pour essayer de voir les deux amoureux.

–    Quand je construit une maison, lui avait dit Léon , il faut constamment reprendre ses calculs et les adapter. C’est comme ça qu’un jour j’en ai bâti une sur un sol glaiseux. Il a fallu que j’adapte la structure aux mouvances du sol, aux pluies, aux gels, aux saisons. C’est comme ça dans ta vie, mon homme. C’est comme ça… Pire encore : il faut pendant des années la repeindre, refaire des parties de murs usés… C’est comme ça…Je me suis dit que si j’arrivais à faire la maison presque parfaite, il y aurait un peu de moi dans la maison… Quand je regarde celles que j’ai construites, je me dis qu’elles me regardent aussi…

–    T’aurais besoin d’un psy, Léon !

–    Pas vraiment, parce que tout ce que tu construits dans ce monde, c’est toi. Pas besoin d’un psy qui pense connaître la maison que tu es. Il sait juste placer les chambres au bon endroit… Et encore…

Puis il ajouta :

–    Comment vont tes lunettes, mon gars ?

–    Pas mal.

–    Qu’est-ce que tu vois.

–    Ils ont fait un feu de camp. On voit des braises monter et une aura rouge ovale dans l’air. Je pari qu’ils mangent des guimauves, les chanceux.

Léon ne savait plus quoi dire. Ils étaient tellement différents : l’un travaillait le bois, l’autre égrappait les idées des grands penseurs pour se tricoter une pensée originale.

–    T’es marié ? Léon.

–    Veuf !

–    Ta femme est morte ?

–    Il faut bien qu’elle soit morte pour que je sois veuf…

–    Comment elle était ?

–    Belle ! Avec des yeux comme des chandelles. Elle savait que j’aimais le bois comme je l’aimais, elle. Je l’ai aimée verte, je l’ai aimée à l’automne… Et je l’ai aimée quand elle est retournée à la terre.

–    J’aimerais ça faire un feu de camp. On gèle ici.

–    C’est comme ça les soirs d’été. Et c’est parfait comme ça. Pour dormir il faut être gelé un peu. C’est pour ça que j’aime ce pays… Mais je pense que le pays ne m’aime pas.

–    Pourquoi tu dis ça ?

–    Parce qu’il n’y a plus de pays… Avec la mondialisation, les pays sont dans tous les pays. C’est comme si les sapins étaient devenus des érables parce que le monde veut des érables.

–    T’es un drôle de numéro…Léon !

Il continuait à contempler le feu de camp, fasciné par ce fanal de braise délinéant un arc carminé dans la nuit humide.

–    Tu vis en ville ? Jeff

–    Pourquoi vous m’appelez Jeff ?

–    Parce que J.F., au son, ça fait Jeff.

–    Et qu’est-ce que ça a voir avec notre mission ?

–    Rien. C’est juste que je te trouve bizarre de regarder les braises d’un feu de camp alors que le ciel est un feu de camp. En ville, vous ne voyez rien. Ce qui vous éclaire, vous aveugle. Je le sais… Ma belle-sœur habite en ville. Je suis allé la visiter un jour, en pleine canicule. Elle avait laissé la fenêtre ouverte parce qu’on crevait de chaleur. Les bruits des autos, c’était plus terrible  que les mouches ici. Au moins les mouches ne beuglent pas.

–    Mais ici les artistes ne chantent pas. Il n’y a rien ici…C’est mort. Les jeunes s’en vont en ville parce qu’il y a de la vie. Tu devrais voir la rue les vendredis soir… On s’amuse comme des fous…

Léon ne savait trop que dire.

–    Tu veux une bière ?

–    On ne boit pas au travail, Léon.

–    Je ne trouve pas que c’est un travail que de regarder les gens avec des lunettes d’approche, fit remarquer Léon. D’abord, ils ignorent que nous sommes là. Tu veux voir quoi ? La sorte de pyjama qu’ils portent. Il y a longtemps que j’ai cessé de travailler.  J’ai travaillé trois ans pour une compagnie qui voulait que je leur fabrique des moules en bois.

–    T’as raison. Donne-moi une bière.

–    Qui te dit  que j’en  avais ?

En rigolant, il fit sauter le bouchon.

***

Le temps passa. Et plus les bières se vidèrent, plus les espions s’amusaient.

– Ils sont vert pas à peu près…Les voilà à la chandelle.

– À moins qu’ils s’offrent une partouze sous les draps. Les chanceux…

– Ce sont des intellectuels.

– Ben! Ils ne sont pas dangereux. Les sociétés ne se servent plus d’eux.

– À quoi ça sert alors de connaître, de savoir?

– C’est quoi une thèse?

– C’est une hypo-thèse. Ajouta-t-il en souriant.

– Je ne comprends rien à ce que tu dis…

– J’ai envie de pisser

–  C’est plus clair….Vas-y, je surveille. C’est pas les poteaux qui manquent…

Il ouvrit sa fermeture éclair. Au moment où il le fit, le chant des grillons déchira le silence de la forêt.  L’engin pris dans la fermeture éclair, en tirant sur celle-ci, traça une mince ligne rouge sur son pénis. Il hurla.

***

– Tu ne trouves pas que le son s’est éteint de façon étrange?

– On dirait qu’il a accouché d’un son nouveau…

–    Drôle de son ! fit remarquer Éva. On dirait une vache qui meugle.

 

G.W.Bush’s Halloween

 

Michael Grimm’s Bang! Bang!

– Will you buy a sport car? A Ferrari?

– Oh! no. I am not that  kind.  I am a geek…  I like collecting Stamps…

MG

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Michael Grimm was raised in the swamplands of Hancock County, Mississippi by his loving grandparents. “They made us go to church a lot,” he says of his grandparents, who raised Grimm and his sister after their parents’ divorce. That’s when he turned to music, as a 5-year-old. His grandmother played piano in a Baptist church built by her father, who was a preacher. Outside of church however, his grandparents were true Country Music fans. As a 12-year-old, Michael Grimm was escorted by his Grandma to the local southern Mississippi bars where he would perform the songs of George Jones, Travis Tritt and other Country greats. “She’d sit in the bars with her glass of soda and watch over me because she loved to listen to me sing, and she thought that was the way to get my career started,” Grimm says. Blending the two genres, Grimm was writing music and playing guitar as a 15-year-old. In the years since, Grimm’s tastes have evolved from Country music to Southern Soul – while moving from the swamps of Mississippi to the deserts of Las Vegas, where he is fortunate enough to keep a busy schedule playing in clubs from one end of the valley to the other. After several years of hard work on his sound, Grimm arrives now with a huge catalog of meticulously crafted songs and a mature, soulful delivery unmatched by anyone on the market today. Michael Grimm is determined to keep REAL music alive while continuously trying to realize his dream to make it and to give back to his Grandparents for all they have given him.

L’ÂMOGRAPHE

J’ai l’image de mon esprit qui flottait au-dessus

de ma couchette. Lorsque ma mère entrait dans

la chambre, je la voyais d’un angle étrange,

comme si je me promenais au ras du plafond.

C’était normal pour moi. Sortir de mon corps.

J’étais né avec ce «pouvoir» et je croyais que

tout le monde le détenait. . Je l’ai conservé

jusqu’à la puberté. Il a disparu doucettement.

À mon grand regret…

Quand on naît, on est au temps zéro. Mais on ne sait pas trop comment cela va se passer. C’est une sorte de coma nécessaire à la douleur de la naissance. Et on passe bien des années à essayer de s’adapter à ce monde étrange de la matière.

Il n’y a pas de vraie différence entre la naissance et la mort : à la mort, tranquillement, la vie nous quitte, et la lueur des yeux s’en va, comme une lumière usée.

C’est à peu près pareil pour toute vie. Nous nous croyons différents, et nous le sommes ; nous nous croyons unique et nous le somme. La similitude nous sert pour tout l’aspect social de nos vies et dans nos rapports avec les autres. Pour le reste, la vie est une aventure unique et si la conscience est un tant soit peu allumée, elle peut être le plus beau voyage : celui de créer sa propre foi et d’y douter. Le doute est aussi important que la foi. Croire c’est mourir, douter c’est vivre.

C’est comme ça que je suis né. C’est comme ça que je mourrai…

***

Je suis né dans un village qui ressemblait à un nid : une vallée semée de maisons entourée d’îlots d’arbres. Oui, à un nid, et je me dis que c’est pour cette raison que je me suis toujours senti un oiseau.

De la forêt. Jusqu’au Maine… Deux rivières. L’une se situait aux États-Unis, l’autre au Canada.

Mon père et ma mère s’étaient mariés en 1941. Peu après que mon père fut enrôlé dans l’armée. De force. Se refusant à y aller , il avait donc cessé de manger des jours durant pour s’affaiblir et ne pas passer l’étape médicale. L’Europe était trop éloignée… Ce n’était pas sa cause. Ou bien il avait peur…

Je me souviens que nous habitions un deuxième étage d’une maison qui appartenait à mon oncle de souche irlandaise. Une maison sise au bas d’un terrain en pente. Derrière on pouvait apercevoir un champ, une voie ferrée et, en arrière plan une rivière. L’inclinaison était si forte qu’en jetant un coup d’œil à la fenêtre on pouvait y voir passer les quelques voitures de l’époque. Des mastodontes lourds, pour la plupart noir, de sorte que l’été on avait l’impression de se promener dans un four.

Mon oncle était roux comme une carotte et s’emportait fréquemment. Surtout lorsqu’il buvait. Souventefois. Alors «l’ire» s’emparait de lui. La plupart du temps il se chamaillait avec son frère.

Lui, il alla à la guerre, débarqua en Italie, se fit tirer une balle dans le pied pour s’enfermer ensuite dans une cave à vin attendant les secours. Il en ressortit deux jours plus tard, ivre mais vivant. C’est la seule façon de gagner une guerre… Ne pas mourir. Et il la gagna. Il boita presque toute sa vie et traîna son accent irlandais dans un français qui se désintégrait à mesure que la bouteille baissait. Sa pension de vétéran fut son principal soutien.

1952

J’étais dans le Maine. Un champ de pommes de terre. Automne. Tôt le matin. Il y avait plus de buée dans les champs que sur les fenêtres. Des vapeurs étranges… Le soleil frappait la terre et le choc de la chaleur du froid des champs formait des nuages. Les tracteurs chantaient avant les coqs. La terre avait une haleine de pommes de terre pourries. Les champs humides, les sillons, les bruits des tracteurs et, au loin, comme des foulards de brumes courant sur les champs. Des tonneaux de bois. Des bruits de patates qui tombaient au fond. Un tambourinement dans l’air frisquet du matin qui nous glaçait le dos. On déjeunait tôt le matin. Le soleil apparaissait l’œil à demi ouvert à l’ouest et il traînait des flaques d’ombres dans les vallons.

Aller aux patates était à cette époque une façon de gagner sa vie. Une manière de survivre. Mes parents avaient été élevés pendant le crack de 1929. Et les menus de table étaient composés de recettes inventées à partir de légumes et de jarrets de porc. Noël était une orange. La pauvreté, presque la misère, ils l’avaient connue. Ma grand-mère avait accouché de dix-sept enfants. Ça faisait des bouches à nourrir. Avant qu’ils ne deviennent des bras, les temps étaient durs. Plus tard on appela cela «la revanche des berceaux». Un manière de combattre le fait anglophone du pays. Les conquérants anglais versus les abandonnés français.

Le soir venu ils se couchaient le dos brisé, pour se relever le lendemain en se jetant en bas du lit. C’était ça la vie. Ils y passaient trois ou quatre semaines puis revenaient dans le nid de Pohénégamook : c’était suffisant pour passer l’hiver. L’été on jardinait. On semait du navet, des carottes et des pommes de terre… Il y avait toujours un petit poulailler derrière les maisons pour les œufs et la poule… le dimanche. Quand on a faim, personne ne se demande si l’œuf vient avant la poule. On ne se demande rien ; quelqu’un est là pour résoudre le problème du sens de la vie. On pousse dans l’étroitesse des apprentissages souventes ffois utiles aux sociétés. Mais au delà , il y a la vie intérieure plus riche, plus cachée, que tout le monde cache : la passion de l’existence où certains sont morts avant de naître, ou un peu après, rien que pour n’avoir pas douté de la foi. Mais avant le luxe d’être soi, il faut avoir le luxe de manger…

Ce devait être vers la fin août que l’on procédait à l’embauche des travailleurs. Je me vois encore dans le sous-sol de l’église, à Estcourt, par un beau dimanche au milieu d’une foule qui piaillait. Ils étaient grands, trop grands. On me bousculait, on chahutait. Je me sentais malmené. Il y eut un gémissement. Une femme perdit conscience près de moi. Elle s’affaissa et je vis son crâne heurter le plancher de ciment. Ses yeux révulsés me figèrent sur place. J’entrevis un filet d’écume qui sourdait de sa bouche. Les gens paniquaient. Le temps parut s’arrêter. Je me suis sentis soulevé. Mon père me tenait dans ses bras. Un attroupement se forma. On prit la femme pour la transportée. Elle fut aspirée dans la foule. Une grande porte s’ouvrit et un pan de lumière inonda quelques secondes l’étouffoir de ciment et de pierres.

Au retour, on ne parlait que d’elle. Elle mourut à son arrivée à l’hôpital.

Nous sommes retournés dans le Maine cet automne-là. En revanche, mon père et ma mère ne se levaient plus pour aller aux patates, ils se levaient encore plus tôt pour nourrir ceux qui y allaient. Je pense que c’est ainsi qu’il apprit son métier de cuisinier. Il remplaça le cuisinier, passant de valet de cuisine à …chef.

Je passais mes journées à jouer dehors, près d’une route de terre en tirant avec un pistolet de plastique sur les gens qui passaient en voiture. Les travailleurs rentraient, essuyaient leurs gros pieds sur le perron et rentraient manger. Ils avaient tous le même parfum : celui des pommes de terre pourries.

De temps en temps nous allions au cinéma. Je n’ai vu que des western américains. Des chevaux, des cowboys, des méchants, des bons, de la poussière, des bagarres. Ce n’était que de la fiction, mais cela ressemblait curieusement à la vie.

Il y avait près de la maison un petit ruisseau. J’y bâtissait des bateaux des débris de bois qui traînaient ça et là. Les courants et les entrelacs dans leurs gargouillis constants me fascinaient. Et les quelques algues vertes qui dansaient me charmaient de par leur flottement curieux d’ensemble. Un ballet vert sous un ciel bleu.

Je bouffais de la terre. On ne sait pas pourquoi les enfants bouffent de la terre. Je ne peux me souvenir du goût, mais je me rappelle bien de l’âpreté du sable dans ma bouche.

Je ne savais pas que j’avais cinq ans. On ne se rappelle jamais de l’âge qu’on a.

J’avais plus de doigts que de bougies sur mon gâteau. J’avais du souffle pour éteindre un feu, mais je ne savais pas encore comment le diriger vraiment.

On est malhabile quand on est tout petit. Quand on est grand on pense qu’on ne l’est plus.

À chaque anniversaire on est tous pompier. Je sais maintenant que les feux grandissent plus vite que nous.

« Il a tiré ici, regardez ce trou.» Il affichait son T-shirt

avec une percée cerclé comme une brûlure juste en dessous de

l’aisselle.

Mon premier frère vint au monde le 2 février 1952. Il y eut des complications après la naissance. Il fut hospitalisé à Edmundston. C’était loin, pour moi, et très long le trajet. J’ai le souvenir flou d’une visite à l’hôpital. On découvrit qu’il était allergique au lait. Au lactose dirions nous aujourd’hui.

Lors des repas , et que je le voyais s’agiter dans sa chaise de bébé, ma mère cachait le lait sous la table. Il en raffolait, mais ne pouvait pas en manger.

Mon père essayait tous les métiers. On qualifiait ma mère «d’intellectuelle». Elle passait son temps à lire : des revues et des nouvelles glissées dans des romans-photo. Il n’y avait pas de soap opéra dans les années cinquante. Il y avait ces revues aux histoires d’amour.

Le diplôme qu’elle avait à l’époque lui aurait permis d’enseigner. Mais j’ai appris plus tard qu’elle travaillait dans un salon de coiffure comme assistante. Et mon père acheta une chaise de barbier. L’appartement n’était pas grand. La chaise prenait une grande place, et il y avait toujours du monde à la maison et du poil sur le plancher. Il commença à demander 15 cents la coupe. Puis un peu plus tard 25 cents. Comme tous les hommes de l’époque, il avait les cheveux gommés. Ma mère était maigrichonne. En revoyant les photos léguées à la suite de sa mort, je voyais une petite femme aux yeux grands et clairs, les jambes un peu arquées. Sous cette apparence frêle se cachait une âme têtue. Les photos avaient été prises par mon père. Les photos en couleur étant rarissimes il les avaient retouchées avec des crayons pour colorer. Cela donnait un résultant étrange : entre la photo et la peinture. Barbier, peintre, violoniste. Je pense qu’il avait l’âme d’un artiste et que c’est la raison pour laquelle il eut autant de difficultés dans sa vie. Quand il buvait, il imitait mes oncles et mes tantes. J’entends encore les rires de ma tante Yvonne et Aurore pour qui il avait un certain penchant. Parce qu’elles étaient en chair et qu’elles riaient toujours. Il n’avait pas le droit de les aimer de sa chair, mais il les aimait en désir, sans doute. Je savais que cela agaçait ma mère. Plus tard, bien qu’elle entretenait des liens plus ou moins étroit avec ses sœurs, elle se méfiait d’elles.

Ma mère, elle, n’était pas naïve. Et dans cet univers de cachotteries de sentiments et de passion, j’ai cru comprndre qu’elle avait préféré se taire, et s’enterrer elle-même pour ne pas créer de remous. C’était une grande âme étouffée, qui paraissait fragile. Elle acquiescait en silence sur tout, mais au fond d’elle-même, elle rejetait souvent. C’était là son doute… Mais au fond se cachait une force non pas de la nature mais de la vie plus profonde comme si un instinct, une révélation lui dictait qu’il existait un sens et un but plus profond à la vie, mais qwu’il nous était inconnu.

Ma grand mère avait accouché de 17 enfants. Pour la revanche du berceau, au Québec, elle avait fait sa part. Je ne sais pas si elle les avait fait avec passion, mais au moins on aurait pu croire qu’elle était une fabricante d’âmes pour l’église catholique dont le but est toujours d’offrir à Jésus et à son père le plus de disciples possible pour le paradis. À la différence d’une secte, on ne voit pas le guru.

Il ne savait pas qu’on pouvait être «différent». Il n’a jamais su assumer cette différence. Il n’avait jamais aimé l’école. Écrivant au son, il se sentait à la fois gêné et frustré : être quelqu’un passait par le pouvoir de l’écriture et du discours. L’estime de soi lui manquait. Et cette tare se répandit dans la famille par ses chromosomes.

Le temps avala quelques horloges et je me retrouva chez un arracheur de dents… Déjà… Cette faiblesse me poursuivit toute ma vie. Et à chaque fois qu’il me conduisait chez ce médecin qui m’arrachait une dent, j’avais droit à un cadeau. Le dernier fut… des dentiers. Mais ce fut plus tard, bien plus tard…

***

Un jour, deux types entrèrent dans la maison. Mon père pensa sans doute qu’ils voulaieint une coupe de cheveux. Ce qui se passait sous mes yeux avaient l’air d’un drame. Il pratiquait égalment le métier de chauffeur de taxi, et les deux types en voulaient un. Je ne parvenais pas à saisir cet air sombre qu’il arborait. Mais quand il partit je pouvais lire l’angoisse de ma mère.

Il revient tard le soir, refusant de dire où il avait laissé les deux types. Mais il enleva son T-shirt blanc et montra à ma mère un trou, sorte de perforation brûlée, juste en dessous de l’aisselle : quelqu’un lui avait tiré dessus.

Alors, pendant des jours, au petit village, les gens firent un pèlerinage pour voir la trace de balle.

Il l’avait échappé belle. Il garda longtemps en souvenir le T-shirt. Mais comme tous les souvenirs dans la vie, d’autres événements se préparent, et bien des oublis passent.

Mon premier ami fut un porc. On n’a pas de préjugés

envers les porcs quand ceux-ci jouent avec vous et

vous démontrent une intelligence et une sensibilité

qu’on ne rencontre pas toujours chez les humains.

– Il n’ira pas à l’école, dit mon père.

Curieusement, mais qui avait tant soif de savoir, j’en fus chagriné : on allait regarder mon entrée à l’école parce qu’on avait déniché un job quelque part en forêt, au nord du Québec.

Le voyage fut long. Je crois que la première étape fut de s’arrêter à Québec où il loua une chambre. Il passa visiter ma tante Cécile qui avait émigré en ville. L’une des rares à ne pas avoir demeuré en campagne.

La chambre qu’il avait loué était situé au 4ième ou 5ième étage d’un hôtel avec vue sur le port et tout l’achalandage qui me rivait les yeux à la fenêtre. Je n’en revenais pas de toutes ces lumières, moi, issu d’un village où les étoiles faisaient office de lampadaire.

Nous sommes partis le lendemain pour un voyage qui me parut une éternité. Il devait être 7 ou 8 heures quand je m’endormis dans l’auto pour me réveiller dans une puanteur étrange : mon jeune frère, un bébé de deux ans, m’avait fait dessus.

Ce soir-là nous avons couché dans un motel. C’est dans cette entrée que j’ai vu pour la première fois un appareil de télévision. Je me souviens avoir vu un avion passer dans l’écran. J’ignore jusqu’à quel point peuvent s’aggrandir des yeux quand on voit des images sur un écran pour la première fois. Mais je n’étais plus que yeux rivés sur cet appareil.

Les souvenirs d’après sont vagues. Je me suis retrouvé le lendemain dans une auto-chenille à travers une forêt sombre. À travers les hublots on pouvait voir les goutelettes glisser et les arbres vaciller. Un train d’enfer, des odeurs d’huile et des chapelets d’injures parce que la voiture tanguait. Ce n’était pas une route, mais une voie à travers les arbres. Et il devait avoir plu en abondance cette année là puisque l’auto-chenille s’est enlisée dans la boue et il fallut une éternité pour la sortir de là. Je pense qu’il a fallu un camion pour la tirer afin de poursuivre le chemin.

L’hiver arriva. Le sol gela, les premiers flocons de neige descendirent doucement pour recouvrir le sol.

Mon père se levait tôt pour cuisiner et ma mère lui servait d’assistante.

J’allais jouer dehors à tous les matins. C’est comme ça que je fis la rencontre d’un porc qui venait chaque matin manger derrière la cuisine, près de la porte. On lui jetait un sceau des restes du repas. Avec le froid de canard qui régnait déjà, des vapeurs fumantes se dégageait du tas de nourriture. Il prenait son repas sur un lit de neige. Puis quand il était rassasié, il venait à ma rencontre. Je ne sais pas qui des deux était le plus curieux. Lui me reniflait, moi je le regardais. Je connaissais les chiens, les chats, les vaches, mais je n’avais jamais vu un animal semblable. Étrangement, je ne le voyais pas comme un animal. Au sens d’une créature pas trop évoluée et dépourvue d’intelligence. Je ne connaissais rien à ce qu’on nommait intelligence. J’étais un instinctif tout à fait ouvert à tout ce qui se présentait. Connaître sans préjugé. Vraiment connaître. Apprendre les préjugés c’est rétrécir sa vision de la vie. J’ai eu la chance d’apprendre seul sans que quelqu’un me dise qu’un porc est laid et visqueux ou sale. C’est sans doute pour cette raison que j’ai détesté, plus tard, l’école et les formes d’apprentissage qu’on fait aux enfants. On leur montre si tôt ce qu’il faut faire ou ne pas faire, penser ou ne pas penser que le système, la grande fabrique de travailleurs et on traite l’enfant comme si c’était un ignorant. Il l’est, mais en quelques années, si on le laisse un peu libre, il en sait déjà plus que bien des adultes.

Revenons à nos…porcs.

Je pense que notre premier échange fut très intéressant : lui se servait de son nez, moi de mes yeux. Mais au fond il y avait quelque chose de bien plus profond et fondamental : l’instinct que nous partagions. Et le porc n’avait pas de préjugé envers moi non plus. Mais comme toute créature différente il fallut nous apprivoiser : je craignais qu’il m’attaque, je craignais sa réaction, mais il avait également peur de la mienne : lui avait déjà vu des humains, lui. Et je compris plus tard à quel point le porc avait raison.

Il était gras et poilu… Une peau rose recouverte d’une sorte de duvet blanc. J’étais impressionné par son gros museau et son langage étrange. J’avais déjà appris un peu d’anglais dans le Maine, j’étais ouvert à tous les sons qui se présentaient. Et comme tous les humains, je cherchais un sens aux choses.

Je vis que le porc avait une queue en tire-bouchon. C’est étrange, mais chaque fois que j’ai ouvert une bouteille, tard, très tard dans ma vie, je voyais la queue du porc ouvrir la bouteille, comme une fête…

Le porc commença à me taquiner avec son museau. Je compris qu’il voulait jouer. Mais à quoi peuvent jouer un porc et un enfant ? Comme j’avais vu des films américains, j’ai pensé qu’il pouvait me servir de cheval. Je grimpai dessus et il se laissa faire. Il partit à grande course. C’était excitant. Mais étant donné les courbes de mon cheval, je ne pouvais rester que quelques secondes. Et c’est là que ce passa la magie : quand je chutais, il s’arrêtait. Je rembarquais et nous partions en trombe avec toujours le même trajet : le tour du camp.

Nous avons joué comme ça pendant tous les mois d’hiver. À chaque matin je retrouvais mon porc à l’entrée, le lancement du sceau, les vapeurs aux odeurs toujours pareilles. Je le laissais déjeuner en paix et quand il était prêt nous jouions au cowboy.

Je suis devenu très habile à monter la monture. Mais le porce allait tellement vite qu’un jour je fis une chute en tournant le coin du camp qui me marqua. J’étais sonné… et pour de vrai. J’avais le visage planté dans la neige et je ne voyais plus rien. La tuque toute croche et je tentais, bedaud, de me relever. Le porc vint vers moi et se mit à parler. Comme s’il voulait me secouer. J’ai alors replacé ma tuque, essuyé le visage et remonté sur ma monture.

Mais comme dira plus tard Geoges : All things must pass. Et c’est ainsi que le porc disparut parce qu’il avait été élevé pour nourrir les bûcherons du camp. En ai-je maingé6 Je ne sais pas. Sans doute que oui. Ceux qui disparaissent prennent toujours une autre forme…. Ils en deviennent invisibles.

Il y a probablement un peu de porc dans tous les êtres que j’ai rencontré dans ma vie. Je ne me suis pas fié aux dires, je me suis fié à mon instinct. Rares sont ceux qui ont passé le test. J’ai toujours eu du flair pour les méchants…

Il se passa deux ou trois incidents pendant cette hiver-là : un bûcheron fut attaqué par un orignal, je suis allé à la rencontre d’un ours et j’ai tenté de le caresser. Tout le monde me regardait à partir du camp. Personne ne sortait de peur que la bête ne me déchiquète. Mais je suppose que les bêtes ont un flair pour les «enfants». J’ai encore le souvenir des chevaux attelés à leur traîneaux aux skis de bois plaqués d’acier sur lesquels j’embarquais parfois. Il y avait le froid, le froid mordant, et les museaux des chevaux qui crachaient de leurs narines des jets de vapeur.

Puis au printemps arriva un couple avec deux enfants. Je pense que c’était le patron… J’ai joué avec les deux enfants, dans un petit camp, à un jeu étrange : fabriquer des images à partir de cubes. L’une m’avait particulièrement frappé : c’était celle d’un diable cornu. Qui donc m’avait déjà appris la peur du diable,la crainte de l’enfer ? On ne sait pas ce qu’on enseigne aux enfants à travers les discours des adultes que ceux-ci entendent sans…écouter. Ce sont comme des messages subliminaux. Les premiers, sans doute.

L’été passa. L’école m’attendait…

LA RÉPONSE DE DIEU

 

Sahib  était à son poste, trempé de sueurs; les balles sifflaient de partout. Il pouvait entendre les cliquetis métalliques sur les tôles froissées qui l’environnaient. Certaines étaient bâfrées de sang déjà coagulé. Il attendait seulement que l’une d’entre elles l’atteigne. Deux jours, trois jours sans dormir. Il n’en pouvait plus. La mort le délivrerait. Mais pourquoi mourir à 20 ans?

Il se dit qu’il n’en sortirait pas vivant. Pourtant, il avait  un destin l’attendait, une vie, une vraie. Et c’est pour cette raison qu’il cria dans un dernier espoir.

«Seigneur! Où es-tu?»

Il attendit une réponse qui ne vint pas.

Il répéta sa question avec une rage qui lui gonfla les veines du cou :

«Seigneur! Où es-tu?»

Le soldat, camouflé, enterré sous le noir de la nuit, entendit l’appel et répondit sur un ton sarcastique :

« Je suis ici, crétin!»

Sahib  comprenait la langue de l’ennemi. De plus, il était violoniste, doté d’une oreille absolue. Chaque syllabe comprenait une note qu’il avait saisie. Cet air était la troisième ligne d’une partition d’une œuvre pour piano de Mozart.

Pourquoi?

Il se rendit compte que son ennemi était à gauche et qu’une lueur, probablement celle de sa mitraillette était visible et que lieu correspondait à la provenance du son.

Il sortit de son trou et se mit à tirer vers une cible invisible. Comme si Dieu lui avait donné l’endroit. Il jubilait.

Il vida alors son chargeur dans un rayon de trente à quarante degrés de haut en bas.

****

Mahmoud était déjà blessé quand les balles se mirent à pleuvoir. L’une d’entre elles lui coupa l’annuaire de la main droite. C’en était fini du piano. Et c’était là le seul instrument qu’il avait pour rejoindre Dieu. Ce Dieu qui avait permis qu’un salaud lui enlève ce qu’il avait de plus précieux : un langage qui reliait tous les êtres.

Il se dit qu’il n’en sortirait pas vivant. Pourtant, il avait  un destin l’attendait, une vie, une vraie. Et c’est pour cette raison qu’il cria dans un dernier espoir.

«Seigneur! Où es-tu?»

Yosef, entendit le cri de l’ennemi. Pour répondre à son sarcasme, il répondit par quelques notes de Fur Elise de Beethoven.

«Je suis ici, crétin!».

Économie américaine 2010