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Le rôtisseur de la Terre

Entre l’arbre et le ciel

Source: Facebook

Feu de quand

Source: Facebook

Le Quincailleur

A Benthic sea cucumber commonly known as the pink see-through fantasia. Pink fantasia..sounds like a character from a Disney movie. Beautiful!

Concombre des mers Benthique ( Source)

Il en est qui s’étonnent de voir les autos, les appareils ménagers, les téléphones, bref, tout le clinquant pour  l’esprit. Fascinés comme des lapins devant une carotte parce que le lapin l’a cultivée.

Au fait, que savons nous de la Vie, la vrai, la multiple, l’incompréhensible? Nous sommes fascinés par ce que nous comprenons et non pas par ce que nous ne comprenons pas. C’est la raison pour laquelle nous écartons ce que nous ne comprenons pas et nous nous faisons la grosse tête pour la grandeur de nos minuscules  pouvoir de créer. Que créons nous en manipulant des tomates, en s’émoustillant d evant un robot qui parle ou une machine capable de battre un champion aux échecs? Ou un savon qui lave à l’eau froide?

Si un jour, pour faire le test de la connaissance humaine, et  que  vous décidez d’aller à la quincaillerie pour vous bâtir un papillon ou un perce-oreille, vous constaterez qu’ il n’y a pas de matériaux. Aujourd’hui, nos sommes en pâmoison devant une télé en trois dimensions, des armes sur-sophistiquées, des clés USB,etc.  Mais pour concombre des mers, si beau  et si fragile, si translucide comme entre deux mondes, probablement gélatineux , d’une construction à vous couper le souffre, nous sommes sans air. Étouffés! Du moins pour ceux qui le peuvent…

Comme dans la vie, – notre vie de tous les jours, – on s’attarde aux choses et non aux êtres. On se croit des quincailliers outillés, le torse bombé, ronflants ( malgré l’étranglement cravate), sûrs de nous. Encore, dans notre racine lourde et ligneuse, ce qui dirige le monde et le moi-  qui y est est logé-  est qu’on nous a appris à être des aveugles.

C’est le plus bel état qui sert à diriger ce monde, car les aveugles ont toujours un chien avec eux. C’est l’ombre qui suit l’aveugle. Nous, nous les élisons.

Gaëtan Pelletier

L’humanité disparaîtra. Bon débarras!

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Yves Paccalet est un écrivain, philosophe, journaliste et naturaliste français, né le 15 novembre 1945 dans le hameau de Tincave (commune de Bozel), en Savoie. Collaborateur du commandant Cousteau de 1972 à 1990, il a été élu conseiller régional de Savoie en 2010 pour Europe Écologie Les Verts, mais quitte le parti en 2013 à la suite de nombreux désaccords avec l’échelon national.

Ici, des extraits de son livre “L’humanité disparaîtra, bon débarras”.


L’homo sapiens se croit tout : il n’est rien. Je l’apostrophe dans ces pages : « Tu disparaîtras, bon débarras ! » Mais son suicide me consterne, Quand je songe à mes enfants, je forme des vœux pour que le processus ne s’accélère pas trop. Je ne prédis aucun avenir radieux à l’humanité, mais je ne puis m’empêcher de lutter pour sa survie. Lorsque je dénonce le saccage des récifs et des mangroves, je ne défends pas uniquement la biodiversité des océans, mais la sécurité de mes congénères. J’écris ce livre afin que ce que j’écris dans ce livre n’arrive pas. Hélas ! cela adviendra. Je n’ai aucune influence, au reste la littérature, la philosophie, la poésie, l’art ou les idéologies n’ont jamais transformé l’homme, ni le monde.

1/5) Une planète dévastée

Je rencontre des pêcheurs. Ce sont des papous Kamoro. Naguère ces indigènes vivaient de la mer. Ils filaient dans la vague à la rame, sur leurs élégants « longs bateaux », et rapportaient au village thons, bonites, mérous et dorades. A présent, de riches marchands, surtout chinois, leur vendant (très cher) et leur achètent (trois fois rien) leur production. Les Papous ne pêchent plus pour eux, mais pour d’autres. Ils ne capturent plus en fonction de leurs besoins, mais pour un marché lointain et toujours plus avide. A peine sortis de l’âge de pierre, les voilà jetés dans le tourbillon de la mondialisation. Les précieuses protéines animales ne finissent plus dans le ventre de leurs enfants, qui souffrent de la faim, mais dans la panse des nantis, qui mangent du poisson pour maigrir tout en dissertant sur les vertus médicinales des oméga 3. Notre espèce ne survira pas aux désastres qu’elle provoque. Nous n’en avons plus pour très longtemps. Nous sommes tous des papous.

 

La mine de Grasberg en papouasie occidentale. Explotations, expulsions, meurtres et pollutions l'accompagnent...

2/5) Le problème démographique

Nous produisons des enfants. Beaucoup trop d’enfants. Chaque seconde, trois Homo sapiens tombent sur notre planète, tandis qu’un seul la quitte pour recycler ses molécules dans les boyaux des asticots en attendant le Jugement dernier ou une éventuelle réincarnation (si ça se trouve, en asticot…). Nous remplissons la planète de notre engeance. Nous tartinons le globe d’une couche de bambins, marmots, gosses, gamins ou mouflets, désormais si nombreux qu’une armée d’ogres n’en viendrait pas à bout. J’ai moi-même expérimenté la force irrésistible de la pulsion reproductrice. J’ai déposé quatre enfants (cela va plus vite en faisant des jumeaux) sur une Terre qui ne m’avait rien demandé. Du point de vue de l’écologie, j’ai conscience d’avoir commis une lamentable erreur. Les engendrer fut un non-sens, la pire imbécillité de mon existence. J’ai rajouté mes rejetons à la vague humaine. Parce que nous, Homo sapiens, sommes de plus en plus nombreux sur un vaisseau spatial aux dimensions et aux ressources limitées, nous aurons de plus en plus souvent, et avec de moins en moins de scrupules, recours à la violence.

 

Population mondiale (en milliard)

3/5) Nous somme tous des assassins

Je cherche l’humanité au fond de l’homme : je n’y vois que la moustache d’Hitler. Nous ne sommes ni le fleuron, ni l’orgueil, ni l’âme pensante de la planète: nous en incarnons la tumeur maligne. L’Homme est le cancer de la Terre. Cette formule choquera les âmes sensibles; mais peu me chaut d’offusquer les « humanistes » qui ont des yeux pour ne pas voir et un cerveau pour imaginer que Dieu les a conçus afin qu’ils passent leur éternité à chanter des cantiques au paradis ou à cuire en enfer. Parce qu’ils se veulent humanistes ou qu’ils croient au paradis, certains d’entre nous endossent le costume de saint Michel et tentent de combattre ce Lucifer de nos tréfonds. Courage ! Je crains que la victoire n’advienne ni à Pâques, ni à la Trinité, ni à l’aïd el-Kébir, ni au Têt. Être méchant va de soi : chacun en est capable. Se montrer généreux constitue une montagne à escalader. Le résultat est moins assuré que l’alpiniste: on a vu maintes belles âmes rouler dans le précipice et intégrer la cohorte des assassins. Nous sommes des salauds, je dirais même plus, nous aimons nos perfidies. Nous les justifions. Nous leur trouvons toutes les excuses possibles et impossibles, nous les rebaptisons « légitime défense », « acte de bravoure » ou choix tactique. Les capitalistes parlent de « concurrence loyale », ce qui fait rire tous ceux qui étudient les relations entre les entreprises. Voyez ces philosophes qui se haïssent en dissertant de la bonté universelle ! Regardez ces humanitaires qui se disputent l’aide aux victimes ! Examinez ces soldats de la vraie foi qui égorgent l’infidèle en psalmodiant : « Dieu est amour ! » Que cela plaise ou non, et quelles que soient les indignations du philosophe ou du moraliste, la vérité s’impose : nazis nous sommes.

4/5) La grande explication

L’éthologie nous enseigne que, comme tout être vivant, l’Homo sapiens obéit à trois pulsions principales : le sexe, le territoire et la hiérarchie. C’est au territoire et à la hiérarchie que je me  réfère expressément lorsque j’évoque notre côté nazi. Du côté du territoire et de la hiérarchie, tout est permis et même encouragé. La possession et la domination sont élevées au rang des valeurs. On les récompense par des biens matériels, un salaire, une rente, des profits. Chaque fois que nous étendons notre domaine ou que nous prenons le dessus sur quelqu’un, nous en tirons une récompense chimique en dopamine et autres molécules gouleyantes. Nous n’avons qu’une hâte : recommencer. Devenir toujours plus riches et plus puissants. Voilà pourquoi nous ne lâcherons aucun de nos avantages personnels pour sauver notre mère la Terre… Nous préférons la voir crever que de renoncer à nos privilèges. Non seulement l’homme anéantit ses semblables en braillant Lily Marlene, It’s a long way ou l’Internationale, mais il devient le bourreau de la Nature. Nous ne céderons rien (en tout cas rien d’important : les autres n’ont qu’à commencer !) pour arrêter nos saccages et nos pollutions. Le silence des oiseaux devient assourdissant, qu’il soit causé par la guerre, la dévastation mécanique ou la chimie, il préfigure celui de la vie. Quelques beaux gestes ne remplaceront pas le grand partage. Nous ne nous en tirerons que par la vertu d’une décroissance raisonnable. Sauf que c’est impossible, parce que personne n’en veut. Le vingt et unième siècle sera belliqueux, ou je ne m’y connais pas.

5/5) La Biosphère comme valeur

On reproche aux écologistes leur catastrophisme. Ils ne sont qu’objectifs. L’humanité disparaîtra d’autant plus vite qu’elle accumule les conduites ineptes. Elle s’imagine au-dessus de la nature ; elle est dedans. Pour l’écologiste (en tant que scientifique), il n’existe aucun Dieu ou Être suprême qui fournisse une âme immatérielle et éternelle à une créature « élue ». Tous les êtres vivants appartiennent à un écosystème global (la Terre), divisé en écosystèmes locaux. Chaque individu s’inscrit dans un milieu qui lui permet de prospérer et de se reproduire. Quand je mourrai, un peu de mes nitrates imprégnera des alluvions où j’alimenterai les racines d’un nénuphar dont une abeille butinera la fleur. Je réaliserai, pour le restant de mon immortalité, le bonheur d’avoir vécu quelques années sur la Terre, dans le parfum des fleurs, en caressant les miens, sous l’œil énigmatique des étoiles.


Article initialement publié sur le site biosphere.ouvaton.org, à l’adresse suivante:
http://biosphere.ouvaton.org/de-2005-a-2008/519-2006-lhumanite-disparaitra-bon-debarras-dyves-paccalet

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La vie au 21 ième siècle: heureux comme un poisson sans eau

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Lettre à Antoine

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« L’homme robot, l’homme termite, l’homme oscillant du travail à la chaîne : système Bedeau, à la belote. L’homme châtré de tout son pouvoir créateur et qui ne sait même plus, du fond de son village, créer une danse ni une chanson. L’homme que l’on alimente en culture de confection, en culture standard comme on alimente les bœufs en foin. C’est cela, l’homme d’aujourd’hui. »
Antoine de Saint-Exupéry, Lettre au général « X »

Dommage que tu ne sois plus de ce monde pour « apprécier » cet homme robot dont tu parlais. Toi qui, comme moi, aimais bien cultiver les petits princes et rêver d’un monde meilleur que celui dans lequel tu as vécu, n’en reviendrais pas.

Nous sommes à peine plus que des épluchures, des nègres au service d’un monde en train de perdre tous ses pays. On parlait de « botte nazie ». Maintenant, c’est le soulier verni des pillards qui parcourent le monde avalent des richesses comme un énorme Gargantua assis dans son bureau, un cafard ingénieux et monstrueux.

La propagande,elle, est une soumission constante à la peur des pertes d’emplois. Ils font fabriquer nos chemises à l’autre bout du monde. Ils râpent le dos des pauvres, assujettis, étranglés dans leurs grandes usines sordides.  Sorte de camps de concentration, qui dit que le travail rend libre.  Peut-être vivons nous dans un grand camp de concentration et on ne sait pas ce qu’on va faire de nous?  On a l’impression d’être comme ce juif de Varsovie qui demanda qu’on lui sauve la vie en donnant ses dents en or. On les lui arracha, et il fut sauf pour un laps de temps inconnu. Nous aussi nous vendons ce qui nous permet de manger. Nous sommes – un terme que tu ne connaissais pas – des survivants de chaque jour. Et sous les mots que tu désignais: « le fonctionnariat universel ».

La beauté de la vie est en train de s’éteindre. La  Terre des hommes est une Terre de vendeurs du temple échevelés: ils nourrissent des contes en banque. Maintenant, on sue du cerveau. On transpire de l’âme… Du moins, de la partie de celle qui nous reste. Car notre petite lumière, elle aussi, est amochée.

« La civilisation est un bien invisible puisqu’elle porte non sur les choses, mais sur les invisibles liens qui les nouent l’une à l’autre, ainsi et non autrement. Nous aurons de parfaits instruments à musique distribués en grande série, mais où sera le musicien ? »  Lettre au général « X » 

C’est une bonne question… Mais où sont donc ceux qui ont le réel pouvoir? Ils ont inventé un nuage-camouflage pour n’être pas vus. Imagine les morceaux d’Hitler tout éparpillés et que l’on tente d’en faire le portrait pour savoir qui a construit cette monstruosité sans but humain.

*

Je me souviens qu’à 14 ou 15 ans, mon enseignante m’avait prêté de tes livres, parce qu’elle disait que j’avais du talent. Je les ai lus… Mais ça m’a pris bien du temps à comprendre. En fait, la moitié d’une vie… Et encore. Eh! bien maintenant, on s’arrange pour que tous les habitants de cette planète restent à cet âge pour ne pas comprendre ce que tu disais.

Bonne éternité!

Gaëtan Pelletier, 2017