Archives de Catégorie: HUMANISME

Pour tous les silences

Il avait son petit appartement (de plus en plus minuscule au fil des ans) et n’avait conservé que le peu dont il avait besoin. Table de billard, piscine, ordinateur, cinéma maison, roulotte avaient disparu et tous ceux qui aimaient le voir entouré d’objets ne venaient plus et ne téléphonaient plus.

C’est ainsi, qu’une vie durant, il avait dû renouveler sans cesse l’intérêt des autres à son égard et qu’au fil du temps il fut envahi par tous les objets témoins de ces amitiés éphémères. Puis, peu à peu, plus aucun ne l’a fait sourire: ni la roulotte, ni non plus ce vieil ami dont il était sans nouvelles depuis ces fameuses vacances qui n’eurent pas lieu car son fils lui avait demandé la roulotte la veille de leur départ.

Non ça n’allait pas… Il avait besoin que quelqu’un remplace la moustiquaire brisée de la porte-patio de son appartement.

L’ouvrier spécialisé lui avait dit: « Tout est trop vieux, achetez une porte neuve »! L’artisan lui avait dit: « Je n’ai pas le temps.  C’est pourtant facile à faire, même un imbécile peut le faire »! Son garçon lui avait dit: « Mais t’as pas besoin d’une moustiquaire »!  Il les a écoutés.  Après tout, puisqu’il ne souhaitait pas tomber en disgrâce aux yeux de tous, vieux et sans objets, il se devait de les laisser se montrer de bon conseil, même si cela ne lui était d’aucune aide.

Eux racontent qu’il n’a plus toute sa tête, car il est obsédé par la moustiquaire de sa porte-patio. Vous n’en croyez rien? Interrogez son fils qui lui rend occasionnellement visite…

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« Eh bien il faut voir que depuis trois années, chaque fois que je vais le voir, il est question de cette sapristi moustiquaire! A force, tous ont hâte qu’il se retrouve dans une maison pour personnes âgées et qu’il cesse de lasser tout le monde avec cette moustiquaire. Cela devient pénible pour les autres! On dirait un enfant qui ne sait rien faire et qui voudrait tout avoir… mais qui a besoin des autres évidemment! Que voulez-vous, ça n’ira pas en s’améliorant! Pour l’instant il se débrouille car il peut aller à la banque, mais viendra le jour où je serai obligé de me charger de ses avoirs! Je m’y prépare mentalement. »

« Tiens il me téléphone justement »!

« Quoi? … venir manger chez toi samedi prochain? Bien non vois-tu… je te rappelle que je travaille toute la semaine moi! Lorsque le samedi arrive, je dois aller faire les emplettes et le soir venu j’ai absolument besoin de détente et de musique! D’ailleurs c’est ce que vivent tous ceux qui sont dans ma situation. Nous n’avons plus aucun temps à nous. Tu comprends j’en suis certain!

« Ah oui ce Noël nous partons en vacances dans le sud avec des amis. Je préfère t’en aviser longtemps à l’avance pour éviter que tu ne t’y prennes à la dernière minute pour trouver un endroit où aller réveillonner. Ça ne se fait pas, te laisser seul à Noël. Tu me connais: j’ai le coeur tendre! 

Quoi?  je suis fils unique? Ecoute crois-tu que je peux l’oublier puisque c’est moi qui doit tout faire pour toi »!

« Ah oui au fait, pendant que j’y suis, j’irai chez toi cette semaine pour te faire signer l’endossement de l’hypothèque du condo que j’achète. Essaie d’être là car je dois finaliser tout ça avec la banque. Quoi? écoute as-tu compris ce que je viens de dire? Evidemment que je n’aurai pas le temps de prendre le repas avec toi ce jour-là non plus. Il faudra remettre ça. Toi tu as des horaires flexibles, mais moi pas. Je sais bien que tu dois t’ennuyer. Il n’y a personne de ton âge dans ton entourage. J’y pense… n’en doute même pas! Je me dis souvent que je serais tranquille si je te savais entouré. Tu sais c’est facile: on fait tout disparaître chez toi en vendant ou en donnant à des oeuvres tout ce qui ne te sera plus utile (je conserverai pour toi les objets de valeur) et tu pourras te la couler douce dans une résidence pour personnes âgées.  Là-bas tu auras tout, mais alors tout ce qu’il te faut!

« Et le plus beau c’est que tu n’auras plus besoin de penser à ta moustiquaire car je te l’accorde, depuis trois ans qu’elle est éventrée, nous avons l’air de vivre à la mendicité. Je sais que tu es fier, moi aussi d’ailleurs, donc ça ne va pas. Attends j’ai quelqu’un sur une autre ligne, je te reviens. Oui? non non j’arrive bientôt. Je consolais mon père qui a toujours cet énorme problème de moustiquaire éventrée qui le détruit peu à peu. Je sais .. je suis sensible que veux-tu. Après tout c’est mon père! Oui d’accord je le lui dirai. »

« C’était Robert. Il m’a demandé de te dire de ne pas t’en faire parce qu’il y a des gens qui vivent bien pire situation. Prends les prisonniers… qu’il m’a dit: eux seraient heureux d’avoir une moustiquaire à la porte, même éventrée! C’est comme ça! On n’a pas tout ce qu’on veut dans la vie. C’est bien dommage d’ailleurs parce que moi aussi, si j’avais tout ce que je veux, je n’aurais plus besoin de toi pour l’hypothèque. »

« Bon allez. Prends soin de toi. Garde le moral. Tu disais? Ecoute je n’ai pas le temps de discuter. Une prochaine fois. Allez à bientôt. »

« J’espère qu’il ne se mettra pas en tête d’engager des frais exorbitants pour faire changer toute la porte-patio. L’hiver arrive. Ce serait une dépense insensée. Mais voilà, c’est ce que je dois craindre sans cesse de sa part, car il vieillit et n’a décidément plus toute sa tête. »

« Nous sommes différents, car moi, lorsque je serai vieux, je ne ferai pas tourner les autres en bourrique.  Je donnerai tout mon argent à mes enfants et j’irai vivre dans une maison pour personnes âgées et découragées. Je suis sûr que je pourrai leur remonter le moral. »

Que voulez-vous, la vie est injuste. Tu travailles toute ta vie et un jour ton existence fait chier les autres. Je sais bien… on peut jouer les forts et même les insouciants quand on a suffisamment de pognon et de ruse pour les tenir en respect, mais ils demeurent tout de même aux abois. A croire qu’en vivant longtemps on développe une aura qui rend les autres agressifs!

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Cette nuit-là, il faisait très chaud. Il n’avait plus de climatiseur. Son fils l’en avait débarrassé il y a trois étés de cela, lorsqu’il avait dû être hospitalisé d’urgence pour une appendicite. Lorsque l’hôpital avait rejoint son fils pour lui apprendre que son père était entré d’urgence à l’hôpital, celui-ci avait eu peur que des voleurs ne s’introduisent dans son appartement par la fenêtre où était situé le climatiseur et ne dérobent les objets de valeur.  Il les avaient donc tous emportés avec le climatiseur, afin de les mettre à l’abri.

Depuis ce temps, il n’y a plus que la porte-moustiquaire éventrée lorsqu’il fait chaud, comme cette nuit-là…  Mais il se gratte toute la nuit (les moustiques que voulez-vous) et il doit chasser les mouches toute la journée. On pourrait croire que ça l’occupe, mais avec l’âge il devient de plus en plus morose et se fatigue de tout.

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Que n’avait-il plus d’outils, tous donnés à son fils qui lui avait vanté les joies du bricolage, ni d’escabeau que celui-ci lui avait emprunté de façon définitive car il disait craindre qu’il fasse une chute. « Réfléchis: Je ne pourrai pas prendre soin de toi si tu te casses les deux jambes! Je ne peux pas continuellement être aux petits soins avec toi.  J’ai bien d’autres choses à faire! »

Cette nuit-là, il s’est levé et s’est dirigé vers la porte-moustiquaire, là où il y avait le trou béant, témoin de sa folie. Il décida de supprimer l’objet du litige entre lui et son fils, entre les attentes et les besoins maudits. Il s’élança dans la moustiquaire pour qu’elle cède enfin:  un premier geste vers la raison des autres!  L’état dans lequel elle se trouvait avait fait taire toute dignité en lui et avait accentué l’emprise du monde extérieur sur sa vie:  un monde sur lequel la seule ouverture que cette moustiquaire lui permettait d’avoir était depuis trop longtemps source de conflits.

L’été où il avait été hospitalisé, il n’avait pas protesté auprès de son fils du fait qu’aucun voleur n’aurait pu s’introduire chez lui par la fenêtre où se trouvait le climatiseur, puisqu’il demeurait au cinquième étage. Il se doutait qu’il l’aurait mal pris.

ELYAN

 

Le totalitarisme menace le monde, selon le neuropsychiatre Boris Cyrulnik

« Je suis un peu triste de voir que j’ai commencé ma vie en subissant un langage totalitaire, et que j’arrive au dernier chapitre de mon existence en voyant réapparaître un autre langage totalitaire », dit Boris Cyrulnik, 80 ans, au micro de Stéphan Bureau. Ayant échappé à l’horreur nazie pendant l’Occupation, le neuropsychiatre français regarde avec une certaine inquiétude l’état actuel du monde, dont les dérives lui rappellent le « langage totalitaire » des années 1940.

« Le langage totalitaire est tragiquement bien accepté par la plupart des cultures et actuellement, on le voit réapparaître au Proche-Orient, en Europe et même en Amérique du Nord », note Boris Cyrulnik.

Bien qu’il soit pour le moment minoritaire sur la planète, ce langage totalitaire, que le neuropsychiatre définit comme la « pensée paresseuse et celle qui donne des certitudes », se développe extrêmement vite et de façon épidémique.

Ce n’est pas l’idéologie imaginaire des nazis, c’est un autre langage totalitaire. Mais si on le laisse se développer, il sera aussi cruel que le nazisme ou le communisme. […] Il y a péril, absolument.

 Boris Cyrulnik, neuropsychiatre

Quand la guerre réduit les enfants en poudre

Belle comme Beyrouth
Epuisée comme Damas
Timide comme le Caire
Détruite comme le Yémen
Blessée comme Bagdah et
Oubliée comme la Palestine »

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Cendrer la Syrie
Mobiliser des enfantssoldat
Vendre des armes pour s’enrichir
Charcuter la beauté du monde
Démaisonner
déconstruire
banaliser
persister

Shame on US, Shame on all the countries participating

Honte! Honte! Honte! Tout un siècle de massacres dans l’histoire du passé, d’un XXième siècle horrifiant, et voilà que cela se poursuit de plus belle  laide…

Ce que tous les peuples du monde donnent à leurs dirigeants, ils le transforment souvent en armes. Notre travail, nos bras, notre humanisme, notre FOI  en ces systèmes fondés sur l’argent, la démesure, la vanité, nous tue…

Cultiver des armes ne nourrira jamais personne…

Sommes-nous des cibles de carton?

135 enfants tués cette semaine seulement en Syrie…  Sans compter ceux de l’Afrique, de l’Amérique du Sud, et même des États-Unis qui eux s’entre-tirent assez bien (SIC)…

 

Gaëtan Pelletier

Quand il est mort le bûcheron…

bûcherons

Ça me peine: je ne verrai plus le bûcheron qui aimait les arbres , les coupait, en plantait et en prenait soin. Il est décédé il y a quelques jours. Jusqu’à la fin, il allait parcourir les bois le matin, tôt, quand les oiseaux réclament leur repas à leur maman.

C’était comme ça au Québec il y a quelques décennies. Les fils de ces piliers , aujourd’hui  administrateurs, médecins, avocats, simples travailleurs sont issus de cette race qui savaient à peine lire et écrire. Mais personne ne s’en souvient. Ce qui fait mourir ce monde c’est d’en effacer le passé. Le passé c’est la souche de ce que nous sommes. L’essentiel. Et c’est peut-être ce dont nous sommes en train de mourir: de l’essentiel. On se demande à quoi rêvent la génération jeune actuelle. Elle rêve d’une vie simple et tranquille, mais la « machine à fabriquer des êtres et des robots »  elle ,s’occupe de fabriquer les rêves. C’est une propagande intoxicante pour le cerveau et l’être. On se « désêtre »…

La formule frappante serait: une lutte les uns contre les autres et une réussite présente, journalière, annuelle, pour un échec final de l’humanité. Nous cultivons le provisoire et détruisons toute forme de concret pour laisser aux mains des grands chefs d’entreprises et des délirant personnages soi-disant importants nos destins.

Combien donnons nous, chacun d’entre nous pour que nos États fabriquent des armes au lieu de construire ce qui ne détruit pas, nous y inclus? On veut nous faire croire à la nécessité des guerres. Nous payons un prix fou pour la soi disant paix.

Alors, où son les résultats de cette « logique » de fabricants d’armes? Oui, c’était plus simple « avant ». Il y avait un certain confort à « travailler » pour rendre nos vies moins misérables. Mais depuis quelques décennies, chacun est un Christ crucifié entre deux voleurs.

Si on juge l’arbre à ses fruits, la perle Terre suspendue dans l’espace est en train de mourir d’un cancer de pollution, et d’un fourmillement de Satan(s)  élevés au grain du virtuel en train de falsifier la réalité.

Il y a quelque chose qui cloche au pays-Terre: on ne peut pas s’aimer et se détruire en même temps. On ne peut pas aimer la nature et la tuer en même temps. Taxe-carbone mon œil! Comme si l’argent réglait tout… Lui également se dirige vers l’invisible. Imaginez tous les aveugles que nous aurons dans deux décennies!

Gaëtan Pelletier

Le rabot et le robot

 

Les 70 robots du nouvel hôpital de Montréal effectueront pas moins de 3500 transports chaque jour.

«C’est terminé l’époque où le personnel soignant transportait de lourds chariots», affirme Jacques Morency, directeur associé du projet de construction du Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CHUM).

Ce dernier assure que cette technologie fera gagner du temps au personnel et, par conséquent, profitera aux patients.  ( Une autoroute de robots au CHUM- Centre Hospitalier  Universitaire de Montréal).

***

Le coût réel de cette  mégalomanie n’est pas connu. Peut-être 3,5 milliards de dollars canadiens. Et encore, il n’est pas terminé. Tout ça en raclant les petites gens payés au salaire misérable et quelques fonctionnaires et autres portraitistes cravatés et emballés par leur  « conception » du  progrès. Ils pensent que le couteau électrique, c’est le summum de l’intelligence humaine. « Coupons les postes ». À la main, c’est trop dur…

Selon les Américains –  ce peuple uni  divisé en 50 –  on ira un jour sur Mars. Nous ignorons pourquoi, puisqu’il n’y a pas de travailleurs à exploiter. Et ça, avec un pétard à mèche et quelques ordinateurs.

Ils sont terre-à-terre quand il s’agit de voler des terres, mais bien aérien et infantilisés quand ils spéculent  concernant l’avenir. Aller sur mars?

L’Histoire démontre que tous les dirigeants, sous toutes les formes de pouvoir: dieu, la monarchie, la démocratie,(sic)  et l’actuelle et réelle qui a le pouvoir,  la finance  dont la  musculature de lièvre mondialisée , bat de plein fouet l’escargot politique qui carillonne  son disque rayé de promesses et de discours de langue de boa.

De fait, organiser et maintenir une illusion est possible. Il suffit d’y croire à plusieurs.

En 221 avant notre ère, la dynastie Qin unit la Chine. Peu après, ce fut au tour de Rome d’unir le Bassin méditerranéen. Les impôts levés par les Qin sur leurs 40 millions de sujets financèrent une armée permanente de centaines de milliers de soldats et une bureaucratie complexe forte de plus de 100 000 fonctionnaires. Sapiens, une brève histoire de l’humanité. 

Alors, que veulent ces « gens » en construisant une excentricité semblable, aux allures  dignes des Pyramides de Gizeh pour soi-disant nous soigner après nous avoir rendus malades?  Les robots remplaceront les travailleurs, – une coutume du  21e siècle  – pour  ensuite les accuser d’être responsables  du « dégât » actuel des sociétés. Maintenant, c’est le citoyen qui est responsable.

Le rabot 

L’autre jour, en fouinant dans mon garage, j’ai trouvé un vieux rabot « manuel », acheté il y a  plus de 30 ans. J’ai dû l’utiliser trois ou quatre fois. Mais j’ai compris en l’examinant que les « dirigeants » l’utilisaient à souhait en rabotant les humains, et ce depuis des millénaires. Je l’ai tourné dans tous les sens, ajusté la lame, et je me suis rendu compte qu’il fallait mes bras pour l’utiliser.

Robotiser,  c’est comme couper des bras humains à la guillotine. C’est une image… Car, en fait, on coupe l’âme de millions d’humains en fabriquant un rabot électronique. Plus besoin de bras. Les pauvres ont des cerveaux, des âmes,  ils sont humains. Et tous les humains ont droit aux richesses de cette planète. Il n’y a pas de différence entre un banquier et un mendiant… Sauf, celle-ci: un banquier ne donnera rien à un mendiant, mais un mendiant voyant passer un banquier coulé partagera son pain blanc fabriqué par un robot.

C’est beau et ça fait grandir les yeux la technologie, mais on notera que plus les sociétés sont portées et transportées par le progrès (sic) plus les médecins,  psychiatres, les intervenants pédagogiques, les aidants naturels, bref, tous les rapiéceurs d’âmes, finissent par dépasser le nombre de robots qui finiront par se faire eux-mêmes sans les politiciens.

Racisme acolore et pernicieux 

Dans cette place que prend chaque jour la robotisation, il met au monde un racisme tout nouveau: celui des gens simples, des ouvriers, ceux qui ne comprennent rien au charabia des élites, mais leur font  confiance.  Alors, peut-on parler d’égalité des races et des êtres? C’est là une purge mondialiste,  une extermination pure et simple de ce qu’on nommait autrefois prolétariat:

 Selon Raymond Aron (en 1955), le prolétariat regrouperait « les salariés qui travaillent de leurs mains dans les usines », c’est-à-dire les ouvriers.  Raymond Aron

Aussi bien écrire tout de suite: Arbeitslosigkeit macht frei. ( Le chômage rend libre, traduction google), car c’était le but, il y a un demi-siècle, de délivrer l’homme du dur labeur. Mais on le remplacerait par quoi ce dur labeur?

Le silence des bourreaux 

Personne ne semble vraiment savoir où l’on va. On dirait une race de moustiques virevoltant autour d’une ampoule de 40 Watts dans une canicule de fin juin.    Ne demandez pas en personne de parler d’avenir, car parler d’avenir est parler des nouvelles techniques et non pas d’un homme libre ou plus riche.   Ce que  nous voyons, c’est un humain raboté, varlopé, qui disparaît sous les dentelures de  l’intelligentsia fiévreuse,  parfumée d’un élitisme qui finit par empester.

Les robots dénués d’empathie mènent et forgent le monde avec un outil binaire. Va savoir qui est le un et le zéro!  Mais il reste une hiérarchie transformée et applaudie. Oui, les imprimantes 3D peuvent vous bâtir une maison en quelques jours, mais le but d’avoir un toit est d’avoir échappé aux grottes et de savoir ce qu’est une qualité de vie.

Rêvasser en cœur

On peut rêver qu’un jour quelqu’un créera un programme capable d’identifier tous les destructeurs de vie et qu’une imprimante 3D leur créera une prison en un jour. Et pourquoi pas une bonne petite salle de visionnement avec toutes les phrases de leurs discours en boucle.

La goûte d’eau sonore… Un supplice importé de Chine, mais retaillé à la mode occidentale, baptisé ( c’est suffisamment liquide pour un tel qualificatif) de discours.

Gaëtan Pelletier

http://www.journaldemontreal.com/2015/06/23/la-triste–couteuse-saga-des-super-hopitaux

http://www.lapresse.ca/actualites/sante/201106/13/01-4408901-les-couts-du-chum-enfin-connus.php

Sapiens: une brève histoire de l’humanité ,  Yuval Noah Harari , Albin Michel, 2015

 

Le dernier voyage en taxi

Grand-Mere

Un chauffeur de taxi new yorkais raconte :

Je suis arrivé à l’adresse et j’ai klaxonné. Après avoir attendu quelques minutes, je klaxonne à nouveau. Comme il s’agissait de ma dernière course de la journée, je pensais partir, mais finalement je me suis stationné et puis je me suis dirigé vers la porte et j’ai toqué.

« Juste une minute », a répondu une voix de personne âgée. Je pouvais entendre quelque chose qui traînait sur le plancher.

Après une longue pause, la porte s’ouvrit. Une petite femme de 90 ans se tenait devant moi. Elle portait une robe imprimée et un chapeau à voilette, ressemblant à un personnage de film des années 1940.

À côté d’elle il y avait une petite valise en nylon. L’appartement semblait comme si personne n’avait vécu dedans depuis des années. Tout le mobilier était recouvert de draps.

Il n’y avait pas d’horloge sur les murs, pas de bibelot ni aucun ustensile sur les comptoirs. Dans un coin il y avait une boîte en carton remplie de photos et de verrerie.

« Pourriez-vous porter mon bagage jusqu’à la voiture? » dit-elle. J’ai porté la valise jusqu’à mon véhicule, puis suis retourné aider la femme.

Elle prit mon bras et nous avons marché lentement vers le bord du trottoir.

Elle n’arrêtait pas de me remercier pour ma gentillesse. « Ce n’est rien », je lui ai dit « J’essaie simplement de traiter mes passagers de la façon dont je voudrais que ma mère soit traitée. »

« Oh, tu es un bon garçon », dit-elle. Quand nous sommes arrivés dans la voiture, elle m’a donné une adresse, puis demanda: « Pouvez-vous passer par le centre-ville? »,

« Ce n’est pas le plus court chemin », répondis-je.

« Oh, cela ne me dérange pas », dit-elle. « Je ne suis pas pressé. Je me rends au centre de soins palliatifs. »

J’ai regardé dans le rétroviseur. Ses yeux scintillaient. « Je n’ai pas de famille » reprit-elle d’une voix douce. « Le docteur dit que je n’en ai plus pour très longtemps. » J’ai discrètement arrêté le compteur.
« Quelle route voudriez-vous que je prenne? » Demandai-je.

Pendant les deux heures qui ont suivi, nous avons roulé à travers la ville. Elle m’a montré le bâtiment où elle avait travaillé comme opérateur d’ascenseur.

Nous avons traversé le quartier où elle et son mari avaient vécu quand ils étaient jeunes mariés. Elle m’a fait arrêter devant d’un entrepôt de meubles qui était à l’époque une salle de bal où elle était allée danser lorsqu’elle était jeune fille.

Parfois, elle me demandait de ralentir en face d’un bâtiment particulier ou dans un coin et s’asseyait le regard perdu dans l’obscurité, sans rien dire.

Lorsque le soleil commença à rejoindre l’horizon, elle dit soudain: « Je suis fatiguée j’aimerai que nous y allions maintenant ».

Nous avons roulé en silence à l’adresse qu’elle m’avait donnée. C’était un petit édifice, comme une petite maison de convalescence, avec un portique pour rentrer dans une allée.

Deux infirmiers sont sortis et se sont dirigés vers le taxi. Ils étaient très attentionnés et surveillaient tous les mouvements de la vieille dame. Visiblement ils attendaient son arrivée.

J’ai ouvert le coffre et porté la petite valise jusqu’à la porte. La femme était déjà assise dans un fauteuil roulant.

« Combien vous dois-je? » M’a-t-elle demandé, en ouvrant son sac.

« Rien » lui dis-je.

« Vous devez gagner votre vie », répondit-elle.

« Il y aura d’autres passagers, » ai-je répondu.

Presque sans y penser, je me suis penché et lui ai donné une accolade. Elle me serra fort.

« Vous avez donné un petit moment de joie à une vieille dame », dit-elle. « Je vous remercie. »

Je lui serrai la main, et me retournai. Derrière moi, une porte a claqué, c’était le bruit d’une vie qui se termine.

Je n’ai pris aucun passager le reste de ma course. J’ai conduit sans but perdu dans mes pensées.

Je n’ai pratiquement pas parlé le reste de la soirée. Que se serait-il passé si cette femme avait eu à faire à un chauffeur en colère, ou à quelqu’un d’impatient et pressé ? Et si j’avais refusé de prendre la course, ou avais klaxonné plusieurs fois, puis parti sans attendre ?

Après réflexion, je ne pense pas avoir fait quelque chose de plus important dans ma vie.

Nous sommes conditionnés à penser que nos vies tournent autour de grands moments. Mais les grands moments sont souvent des jolis petits instants auxquels nous ne prêtons pas assez attention.»

Auteur inconnu

Trouvé ici

Roméo et Louise : une histoire d’amour des années 30

 

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L’histoire des peuples est l’histoire de la trahison de l’unité.

Antonin Artaud

En temps de paix, les fils ensevelissent  leurs pères ; en temps de guerre, les pères ensevelissent leurs fils.

Hérodote

Le malheur est à l’art ce que le fumier est à la culture maraîchère.

San Antonio

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Toute histoire est une histoire d’amour. L’envers en est la haine… Si l’amour apporte quelque chose à la vie, la haine la détruit… Satan  est notre incapacité d’aimer. Aimer n’est pas seulement  ressentir, aimer c’est agir. Satan, c’est une sorte de vêtement  à l’envers de Dieu…

Les  âmes d’aciers râpent la chair des humains.

Nous vivons une ère où l’on a créé un nouveau terrorisme : la peur de manquer de tout. On ne fait plus la différence entre le désir inassouvi de possession et les besoins réels de la vie.

LES ANNÉES 30

Le Canada avait alors une population d’environ 11 millions. Étalée sur un territoire immense en richesses naturelles. Il n’échappa toutefois  pas à la crise suite au  Crash de 1929. Mais, au moins, il y avait des terres, des forêts, des rivières, et des gens débrouillards.

Aujourd’hui ce dont il faut se méfier, c’est que les terres et les ressources n’appartiennent plus aux terriens, mais à des compagnies, des conglomérats, des entités invisibles.  Et de plus en plus concentrées. Et de plus en plus dispersées. Notre avoir collectif nous échappe. Nos terres sont vendues. Notre domaine agricole a des allures de compagnies de plus en plus concentrées.

De là  l’illogisme de ceux qui vous diront de diversifier vos portefeuilles… Dans la réalité, la richesse est la diversification, mais dans la virtualité que l’on veut nous vendre, on fait le discours contraire : la richesse est la concentration.

Et quand le tout appartient à un UN, les parties du tout sont appauvries.  Donc, affaiblies. C’est le principe somme toute simple des structures des ingénieurs.

Un pilier ne supporte pas un ensemble complexe et lourd. C’est la subtilité et répartition des forces qui rend solide.

Or, on ne nous vend que cet UN.

Bien sûr, nous sommes habitués à nos « richesses », à nos gadgets qui les enterrent.

Ce sont les miroirs affinés et illusoires d’un monde qui périclite.

Essayez, en cas de crise, de manger votre ordinateur ou votre cellulaire.

Vous m’en direz des nouvelles…

Le mot craquelin sera alors vraiment compris….

LE LIVRE

Barry Broadfoot partit à la recherche de témoignages de gens qui avaient vécu cette dépression. 600 témoignages.

Le livre  n’est plus disponible en français. J’en ai trouvé un sur EBay l’an dernier. Publié en 1973, il en reste toutefois des éditions en anglais.

Vu à travers le vécu, c’est un voyage dans le temps enrichissant pour comprendre la misère des besoins primaires que vivent encore aujourd’hui la plus grande part des habitants de la planète.

Vous lirez dans ce livre comment un fermier du Québec fit de ses 17 enfants des esclaves; comment un homme de Winnipeg vendit sa fille en mariage; comment les fermiers de Saskatchewan abandonnèrent leurs fermes, ensevelis sous des tonnes de sable; comment le gouvernement établit des camps pour chômeurs afin de les retirer des rues pour éviter les révoltes…

Vous croyez que c’est dépassé? Désuet? Vous voyez le Canada comme un grand pays?  Là où peut rêver sous la gouverne des mêmes modèles de vautours qui ont enseveli 10 années de vie de gens simples? Wall-Street et sa progéniture de cravatés pompeux n’est pas là pour soigner l’âme humaine. Wall-Street tricote du virtuel.

59 % des citoyens disent qu’ils ne peuvent pas retarder leur paye d’une semaine…

On comprend alors que le plus grand terrorisme des pays,  dits développés,  est en fait celui d’une paire de menottes virtuelle : la dette. C’est une bouée de sauvetage temporaire. Comme les bouées de sauvetage, c’est de l’air dans une enveloppe de plastique.

Continuons d’avoir peur…

Pour suppléer au cuir, on a inventé le similicuir. Pour suppléer à la réalité, on a inventé…

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Roméo et Louise

J’ai choisi un passage plutôt romantique : une histoire d’amour. Mais  Ô combien touchante! J’aurais envie de vous l’expliquer en termes « intellectuels »… Car il y a en effet, une belle leçon à tirer de ce passage : celui de quitter la vie simple par « désir » d’un autre monde plus « plastique ». Et les conséquences qui s’ensuivent…

Mais je vous laisse le texte, car tout le monde a sa vision des choses, des êtres, de l’univers, de la « réalité ».

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« Je me suis acheté un cheval porteur, je l’ai chargé et je suis parti en direction de la rivière Fraser. Et je me suis trouvé une femme aussi, dans une réserve indienne. J’ai fait affaire avec son père. Louise était une très bonne femme, toute jeune. Pour 10$ et un veau, et elle a amené son pony, un pony indien increvable. Le bonhomme avait une Winchester 44-40 et je l’ai achetée pour 10$, je crois qu’il m’a eu là-dessus, mais il m’ »a donnée une boîte de cartouches. J’ai dit à Louise d’apporter tout ce qui lui appartenait, mais avez-vous déjà vu une indienne avec un coffre de cèdre? Ha! Ha        Elle avait des couvertures, des vêtements, un couteau à écorcher, une chaudière pleine de petits cailloux qu’elle ramassait depuis des années dans le ruisseau, et des petits pamphlets distribués par les missionnaires avec des images de Jésus flottant  là-haut dans le ciel. Le premier soir, on en a pris un pour allumer le feu et ma petite squaw a trouvé ça bien drôle. La question de la religion était réglée.

« On est retourné dans les montagnes et on a trouvé une cabane de trappeur en bon état. J’ai rafistolé le poêle, posé des bardeaux sur le toit. On a travaillé fort tous les deux, moi sur la hache et elle avec le cheval, qui transportait les billots jusqu’à la cabane.

Et puis on a rentré notre bois et alors il a fallu décider de ce qu’on ferait de nos veaux. Parce qu’on n’avait pas de foin, vous voyez, et les chevaux peuvent passer l’hiver dans ce pays-là mais pas les vaches. Elles ne peuvent pas gratter la neige jusqu’au sol pour y trouver de l’herbe. Louise savait quoi faire. Vous savez ce qu’elle a fait? Elle s’est approche du premier veau avec son couteau, elle a posé sa main juste au-dessus de la queue d l’animal, a promené ses doigts le long de sa colonne vertébrale et, arrivée à son cou, slic, elle lui a planté son couteau et le veau n’a jamais su qu’il était mort. Là, j’ai su que je m’étais trouvé une vraie femme.

Pas question de manger des steaks matin, midi et soir, non m’sieur. Elle les a dépecés jusqu’à la derni

ère once en gardant toute la graisse, et elle en a fait.

C’était toute une bonne femme et oubliez pas qu’elle avait seulement quinze ans et elle l’aimait son homme blanc au bras tatoué. Elle l’examinait souvent ce tatouage et , chaque fois, elle se mettait à se parler dans son dialecte indien et je n’ai jamais su ce qu’elle racontait.

Elle savait repérer les quelques orignaux qui passaient parfois au nord de chez nous, même si elle n’y était jamais allée. Y en a encore des indiens qui savent ces choses-là. On dit que l’indien d’aujourd’hui doit apprendre à vivre dans le bois tout comme le blanc, mais c’est pas vrai.

Elle m’a beaucoup aidé, cette petite fille-là. Je me suis mis à penser comme un indien et elle, comme un homme blanc, et on s’arrangeait très bien. On a vécu ensemble pendant quatre ans et l’été, moi, j’allais travailler comme cowboy et elle, au Lac ( le lac Williams ) ou quelque part, et on volait tout le monde au coton.  Notre cabane commençait à ressembler à une place qui a du bon sens, avec un jardin ou les mauvaises herbes semblaient ne pas vouloir pousser, et on avait du blé d’Inde, des patates et des citrouilles, à l’automne, et je pense qu’on vivait avec 200$ par année. (…)

La vieille Winchester nous a toujours donné notre orignal. Bon dieu! De quoi arrêter un train ces balles-là. On avait de la perdrix, plein de poisson, quelques légumes, et on achetait du sucre, de la farine, du sel, des fèves, du pétrole, de la graisse, de l’étoffe, un peu d’avoine pour les chevaux, une bouteille pour Noël et on a fait toutes sortes d’affaires et je lui ai montré à lire et à écrire et elle m’a montré a vivre dans le bois.

Non. Pas d’enfants. Ils ne sont jamais venus.

Une fois, la police de la Colombie britannique s’est amenée et ils avaient l’air pas mal curieux et Louise leur a servi un gros steak d’orignal, hors saison, évidemment, mais j’achetais toujours un veau d’un rancher, à l’automne, ce qui me donnait un facture et, comme ça, on mangeait du bœuf, du chevreuil  et de l’orignal à l’année longue juste sur cette facture-là et c’était toujours Louise qui s’occupait d’abattre le veau. D’une vois chaude, la main sur l’ »épine dorsale et la bête s’apercevait de rien.

(…)

Évidemment, c’était pas toujours la cerise sur la crème glacée. D’abord on n’a jamais vu de crème. Pis des cerises non plus. J’avais des problèmes avec Louise, mais pas parce qu’elle était indienne, mais parce qu’elle était femme. Ces photos sur les murs, des photos de revues de femmes. Là-bas, Christ, c’était un tout autre monde. Des voitures éclatantes, des robes longues, du champagne. Pourquoi on peut pas aller à Vancouver? Allons à Vancouver. Quand est-ce qu’on va aller à Vancouver voir un film? Je luis disais que là-bas, le monde entier était à l’envers.

C’était les sales années 30, évidemment, mais j’avais là une fille de 19 ans, belle comme un lys de montagne, grande, mince, intelligente, qui n’avait jamais vu un film,entendu la radio ou porté la bonne robe ce qui fait que, Christ, c’ était seulement une question de temps avant que je capitule. Alors un bon matin, j’ai dit d’accord. « Prépare-toi, on s’en va à Clinton prendre le train pour Vancouver ». Elle était comme une enfant. J’avais vaguement l’idée de voler une voiture, le vieux truc des plaques matricules, en tout cas me faire un coupe d’argent vite, comme je le pourrais et j’avais quelques idées. J’suis un bien bon garçon, hein? Eh! Bien, non! De toutes manières, on allait s’amuser et s’aimer tant qu’on pourrait, ça c’était garanti.

Trois jours plus tard, on fermait la cabane. Je suis allé atteler les chevaux et comme je revenais vers la cabane, que le diable m’emporte si c’est pas vrai, elle était debout devant la porte dans une toilette incroyable. Vous auriez dit une femme de la haute société, habillée comme les modèles dans les revues de mode de la ville. Elle s’était acheté de l’étoffe l’automne précédent, je suppose, elle avait bien étudié les photos et elle s’était fait ces vêtements, chapeau, veston, jupe, blouse toute l’affaire. Aux pieds, elle avait encore ses mocassins.

« Alors j’ai poussé des cris d’admiration, elle a eu des petits rires neveux et on est parti sur le sentier. Elle était monté en amazone à cause de sa jupe, voyez-vous. En amazone sur une grande selle western, si vous pouvez me croire. Tout à fait comme une grande dame. On est arrivés devant un ruisseau et son pinto, un de ces petits chevaux indiens, a probablement dû être effrayé par le rouge de sa jupe qui était pas rouge, Christ, elle était écarlate, et il a fait un saut de travers et Louise a été projetée et j’ai entendu très distinctement un craquement. Sa tête s’était écrasée sur une pierre dans le ruisseau. J’ai senti tout de suite qu’elle était morte avant même de m’approcher d’elle. Elle l’était. Pas même un dernier sourire avant de mourir. Morte. Je l’ai attachée à la selle et je suis arrivé chez son père, 20 milles plus loin, avant la tombée de la nuit et, le lendemain matin, on l’a enterrée dans sa toilette de ville rose et écarlate sous de beaux peupliers.

«  On avait pas besoin de prêtre. On n’y a même pas pensé. Y avait seulement moi et Louise et tout le reste du monde, tous vos maudits dossiers, vos cartes de sécurité sociale et vos cartes d’assurance-automobile, et vos grand livres de recensement à Ottawa, tout ça n’existait pas. C’est sa famille et moi qui l’avons enterrée dans une boîte de bois et je suis resté près de la fosse quand ses frères et se s cousins ont commencé à jeter de la terre et j’ai dit : « Adieu, Louise, je t’ai aimée, et je suis content que t’as pas vu la ville. J’ai dit à son monde que je reviendrais pas, que la cabane, tout ce qu’il y avait dedans était à eux, et son frère, Manuel a dit qu’il planterait une croix blanche sur la tombe et qu’il m’en enverrait un dessin s’il savait où est-ce que j’allais être et j’ai dit que je ne savais pas où j’allais être et je suis monté sur mon cheval, le même que celui sur lequel j’étais arrivé dans ces pays et avait rencontré Louise, et j’ai quitté ce maudit pays et je suis jamais retourné. »  p. 123, 124, 125.

( Il éclate en sanglots.)

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