Archives de Tag: Gaëtan Pelletier

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Banque

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I keep having to remind myself that it’s the lionesses that do the hunting and killing and get their faces soaked in blood I mean is there a more badass animal

the king of the jungle
in the second it’s like ‘maybe if I look away she’ll stop yelling at me’

I TOLD YO BITCH ASS TO PICK UP THE CUBS

Its the alpha

Fun fact:When Lions fight they try to look big and powerful to scare off the opponent.
When Lionesses fight, it’s to the death,
And I think that pretty much sums up the difference between males and females. One tries to big itself up, one won’t back down.

those three pictures in the commentslook like my parents

La chanson de l’avion moqueur

Un avion à hydrogène dans quinze ans pour voler sans polluer ...

L’oiseau à hydrogène pour 2035. Photo: Airbus

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On s’ennuie tellement du voyaging et de ses revenus pour capitalistes en chaleur que – la larme à l’oeil – on voudrait ressouder la période de l’avant Covid avec un petit air de « respect de la pollution ». Bref, un produit propre. Les salauds ne font pas toujours des produits propres. Les salauds font de l’argent pour les salauds. Encore un avenir tout beau, scintillant, avec promesse de voyages silencieux et , snif!, proprets à saveur environnementaliste.

Il y aura des taudis en Amérique du Sud, en Inde, en Afrique, peu importe. Un avion soi-disant propre construit avec des matériaux les moins chers possibles, ce qui signifie toujours une négritude lointaine et des noirs de toutes les couleurs, pourvu qu’ils soient pauvres.

C’est la rengaine jaunâtre du monde des technocrates, industriels globalistes, visionnaires machiavéliques, supposément créatifs et tassés vers la foi d’une civilisation bâtie sur la réussite technologique. Les mégalomanes sont prêts à racler le fond de la terre pour dénicher les précieux métaux et faire fondre l’humanité entière dans des débris  dispersés ou enterrés … dans des endroits pauvre.

Pour ceux qui fiévraient à la pensée de visiter de beaux pays chauds, il n’aura nul besoin de prendre l’avion: il suffira d’attendre les canicules après la fonte des réserves de glace, le démantèlement de la structure terrestre qui servait à réguler le climat, tout sera à l’envers. Tout l’est déjà. Il suffit de planter des politiciens farfelus et d’une intelligence autoproclamée pour achever l’horrible désordre qui découd la fine laine de l’humanité.

Les envahisseurs

Au milieu du siècle précédent,  on a craint d’être attaqués par des E.T. , des créatures laides, odieuses, méchantes, ignorantes de la beauté,  mais surtout  de la surprenante  émotion humaine. Que non! Autre scénario. La Terre est victime d’un envahisseur: un groupe de scientifiques malhabiles qui détruisent la planète.

La morte viene dallo spazio  ( Le danger vient de l’espace)

Un cinéma fossile  de 1958.

C’est bientôt l’heure zéro au Cap Shark. L’Union Soviétique et les États-Unis ont allié leurs connaissances scientifiques pour mettre au point un programme spatial : un homme va, pour la première fois, être propulsé vers la Lune… C’est le début de l’ère interplanétaire. Mais lors de la phase de transfert de la Terre vers la Lune la mission échoue, la fusée devient incontrôlable et la cabine est éjectée et revient sur Terre : le scientifique qui était à bord est sauf.

La fusée poursuit seule son voyage et son moteur nucléaire explose près de la ceinture d’astéroïdes. Un gros astéroïde détourné de sa trajectoire par l’explosion se dirige droit vers la Terre. Toutes les nations joignent leurs forces et envoient dans l’espace un barrage de missiles nucléaires. WiKipedia 

Description de cette image, également commentée ci-après

Les anciens scénarios étaient radicaux et expéditifs. Bang! Mais nous voilà aujourd’hui ( 2020) dans un autre scénario qui laisse à tous les humains le temps de faire son testament pour « donner ses dettes ». La Covid-19 a mis sur la paille un nombre alarmant de ces représentants de » l’industrie touristique »: hôtel, restaurants, cafés, spectacles, et les petits aspirants au vedettarisme (sic), en plus des stand-up comiques,  une industrie à brasser les rates. Tous à quêter le gouvernement pour perte. En jérémiades, oubliant que le gouvernement c’est aussi Gisèle la caissière du supermarché.

Le déraciné de la Nature qui vit dans ses boîtelettes (sic)  de 3 mètres carrés est devenu une machine à rêver dans un monde de cauchemars. On pense trimer dur pour sauver ce monde alors que l’on ne sauve que les riches et les mégalomanes qui s’autoproclament visionnaires. Les fomenteurs d’illusions sont légion.

L’oiseau moqueur, c’est cet  écervelé agité qui ne voit pas plus loin que son nombre. Car, il est connu comme nous sommes devenus des chiffrés. On ne déchiffre plus, on chiffre.  Ils plantent tous des fleurs dans le désert. Et toute cette technocratie digne des prévisions des années 30 – de l’autre siècle – est devenue les sorcier d’une tribu gadgettée à souhait.

L’avoir est une drogue si puissante qu’elle est en train de massacrer l’être dans sa spiritualité profonde d’un monde toujours mal connu qui est celui de la présence de l’humain en ce bas-monde.

Faites comme le professeur de la Casa de Papel   Trouvez l’envahisseur dans la chanson issue de la guerre 39-45 de la résistance.

Bella Ciao 

Mi sono alzato
O bella ciao, bella ciao, bella ciao, ciao, ciao
Questa mattina mi sono alzato
E ho trovato l’invasor
O partigiano, portami via
O bella ciao, bella ciao, bella ciao, ciao, ciao
O partigiano, portami via
Ché mi sento di morir

Bella Ciao, ce pourrait  être, dans une version plus élargie,  la belle planète sur laquelle nous vivons.

Gaëtan Pelletier, 2020

Interdiction de produire en partie ou en totalité sans le consentement de l’auteur.

La maison


C’était une maison de mille montres
Une maison de mille horloges

C’était une maison toute illuminée
Et les yeux étaient comme des fenêtres…

C’était une maison qui pouvait danser
On y entendait des airs intérieurs…
De l’extérieur…

C’était une maison qui pleurait
Et de ses fenêtres coulaient
La pluie…

C’était comme un grand sablier rose
De sable habité
Qui coulait parfois en jours moroses

C’était la maison d’un seul invité…
L’âme…

C’était un corps…
Qui est encore…
Et qui s’en ira
Quand s’en iront
Toutes les roses horloges
Qui le font, le logent….

Gaëtan Pelletier

La musique invisible

 

La nuit est une noire
Le jour est une blanche
Et chacun joue de son instrument
Avant, pour comprendre le souffle perdu
De l’après…
 
Entre
Temps
 
Le charme des fleurs sont des aiguilles parfumées, qui meurent et qui meurent trop vite pour  en comprendre la beauté.
Les fleurs font peur.
La beauté arrivée, aussitôt nous quitte, et nous voilà alarmés.
 
La blanche est dans le ciel, sans portée. En nuées flottantes, en colères d’éclairs et de tonnerres. La vie a une odeur de pluie pendant que la tristesse est la vallée de la joie.
 
La nuit est une noire
Le jour est une blanche
 
Vous êtes un jazz ou une mélopée.
Une chanson d’amour.
 
Je suis en adoration devant le sifflement du vent qui fouette les feuilles, les clapotis des notes imprévisibles sur les toits, et les pleurs des maisons qui coulent aux yeux des gouttières.
 
La nuit est une noire
Le jour est une blanche
 
Il faut des yeux d’aveugles pour voir, et des sourds pour entendre des yeux.
La nature est un livre en braille, un livre en pleurs, un livre à la joie…
Hymnotisant!
 
 
 
 
 
 
La flûte enchantée, Mozart. On dirait un sourire et quatre yeux… 
 
Gaëtan Pelletier
03 septembre 2012

La mondialite

 

Les peuples autochtones face à la mondialisation

Image: Jounal Métro 

La « mondialite » 

Il y a des causes incalculables et impossibles à tracer ou à cerner dans l’actuelle mondialisation sur l’effet de la personnalité humaine. De fait, plus personne ne contrôle réellement ni le destin des peuples,  ni la manière et les intentions de ces usines à fabriquer « du bonheur ». Nous ne savons plus de quoi notre  personnalité est construite, ni par « qui », ni comment. La masse pyramidales des causes invisibles est insaisissable. Nous sommes émiettés, brisés, dans cet énorme réseau bizarroïde, baroque et aliénant. Il n’y a plus de vision d’ensemble permettant une analyse et une conclusion tant les « intervenants » sont eux-mêmes ignorants des effets sur l’être humain. Mais qui donc s’en soucie? Notre pseudo partage de richesses est totalement ruiné par par la séquence pompeuse des intérêts des compagnies à numéros et des conglomérats tant sophistiqués et mouvantes qu’ils échappent aux analystes les plus futés. Le monde se bâtit  maintenant par des snipers économiques, par bribes, et toute analyse qui  néglige  les  facteurs invisibles devient cette forme de langage des vaporisateurs d’actualité que l’on retrouve dans les médias  La machine à construire vient de dépasser la capacité des penseurs et des analyses. On scrute le quotidien, mais peu souvent à travers la mémoire de l’Histoire. Dès lors, on ne fait qu’en répéter les erreurs et les horreurs.

Pour construire un monde nouveau, il faut comprendre celui dans lequel nous vivons. Or, il est depuis longtemps – et de plus en plus – crypté. Et volontairement crypté…  Personne ne peut comprendre l’arbre s’il se est aveugle des racines…

Gaëtan Pelletier

 

Le ruisseau et les pierres

J’ai un jour «attrapé» le mot grésil comme on imite un geste, c’est-à-dire non pas en le décomposant et en faisant correspondre à chaque partie du mot entendu un mouvement d’articulation et de phonation, mais en l’écoutant comme une seule modulation du monde sonore (Merleau-Ponty, Phénoménol. perception, 1945, p.461)

 

***

Les matins me réveillent

Avec sa cloche de lumières

Son pas frileux  dans  la rosée  les champs, Les lueurs craquent sur les arbres et se répandent en faisceau. Nous voilà les premières fleurs  des pensées qui reviennent.

Comme une vie est un jour

Comme une vie un toujours

D’amours j’aurai frémi

Temps de chair dans  la Terre-nid

Que je quitterai d’un regret souriant

Le ciel s’est orangé, pareil à mon sang. J’entends les délires des bruits brouissailleurs  et la beauté me hante. Elle là, ici, dans les yeux frileux, les misères nues, les oiseaux qui chantent.

Les vieux prennent leur marche à pas muets, le souffle un peu gris, la mine ternie.

Ils auront marché du ventre à la terre. Comme nous tous, sur des bougeoirs de chair, la mèche éméchée.

Comme une vie est  un jour

Comme une vie un toujours

Il faut prendre le temps qui tourne  des horloges des corps, avant qu’il ne retourne à l’envers détricoter ce chandail éphémère.  Les yeux de l’esprit sont trop petits, si petits, qu’ils ne savent concevoir  ceux des âmes.

Laissons-nous aimer les doux

Laissons-nous aimer les tendres

Les autres sont des lueurs. Aimer les peines, admirer  les peurs, les rires et les larmes. Je me souviens d’un ruisseau qui parlait à chaque pierre. Je n’ai su où il allait, je ne savais pas les mers. Maintenant je sais, et j’attends la culture des hier.

Comme une vie est un jour

Comme une vie un toujours

J’attends de voir la mer

Je ne vois plus la différence entre le chant de l’eau sur la pierre, ni celle de la chair sur la misère. Alors je vis, alors je dors, je puise de l’eau, de la beauté – parfois du sang.

Comme une vie est un jour

Un ruisseau parlant par la voie des pierres.

Gaëtan Pelletier

20 mai 2010

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Le psychalogue

La braise des arbres

Crédit photo: Lise Bernier

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C’est l’automne et voilà que les arbres s’habillent de lueurs. Les coulis tout tendres animent les yeux des dieux enfermés en nous et en NOUS. Il y a des braisent qui dorment au bord de la route dansante. Ouvrez vos chakras, ce sont les fleurs en vous, les couleurs infinies qui dansent sans bruit.

Aux matins frisquets, le givre écrase le tapis d’herbes en prière. Sous le froid et l’effroi elles s’en iront en terre de l’hiver. Et le lièvre coure vers son manteau blanc et plus tard danser, cachottier à l’abri du renard roux.

Le dormir sera long et les jours trop courts.

L’arbre  écrit en lettres  jaunes, rouges, rousses ou de  vert persistant, et parfois de brûlures aux feuilles, gaiement, parlant d’un retour, l’œil rougi de peine mais à la fois souriant.

Ce sont cadeaux à l’iris, une peinture frétillante sous la main des vents. Le pinceau soleil, de rais délicats, trace l’énigme  saisons des âmes  par la voix des lumières feuille à feuille.

La paix dense enfermera les bois dans le grand coffret blanc de froid. Et les hommes ne comprendront que plus tard ou jamais l’énigme des toiles parlantes que nous sommes et toujours seront.

© Gaëtan Pelletier, 7 octobre 2019

 

Le Dépotoirium, Chapitre 33

33

Ruralitarium

Du temps de la « ruralité », les humains s’entichaient des bêtes : vaches, lapins, cochons, poules, chiens. Tous avaient un nom. Tous avaient l’amour de ceux qui les côtoyaient, en prenaient soin.

Machinarium

Le nord-américain moyen a dans son garage, une voiture, une moto, une scie, un marteau électrique, une tondeuse à gazon, une pompe à air, cintreuse, cisailles électriques, coupe-bordure à essence, etc. Et tous ces outils demandent énormément d’amour et d’entretien. De plus, ils sont pour la plupart soumis à l’obsolescence programmée. Le nord-américain aime ses outils comme on aime son  chat ou son chien. Et c’est ainsi, qu’à force d’être élevé par des objets « intelligents » il s’est lentement convaincu qu’il était une sorte de rabot-robot qui allait mourir comme meurent les tourne-visses électriques au cimetière des objets nommés « centres de récupération ».

Carl, pour Le Dépotoirium

***

À partir du moment où l’on croit connaître quelque chose de la vie, on l’étreint, comme pour le garder en trésor. On l’étouffe pour s’en nourrir. Les idées n’ont rien de différent de l’argent, de l’avoir. Les couards saisissent au vol un oiseau, une idée, pour l’enfermer. Ça les rassure. Peur de ce qui bouge, peur de ce qui s’use. L’industrie de la peur. C’est dans la stagnation de l’eau que prennent leur plaisir les crapauds.

Dans un monde autant déchiré, brisé, on continuera d’offrir le même buffet froid et sans cœur. Si l’éducation n’a pas pour premier but de se questionner sur nos réussites et nos échecs, nous ne pouvons plus avancer d’un seul pas. Sauf dans les armées, et sous ordre hurlé. La Terre ressemble à une longue et caniculaire  souffrance que l’on ne peut éteindre. Un feu sans fin. L’asphalte passe comme un coup de pinceau sur le visage vivant de la Terre. Pour les autos…  Le pompier est un marchand. Le marchand est le pyromane.  En un ou deux petits siècles, le singe culotté, nommé « marchand », aura  gommé les plus belles créatures. Le homard Galathea Pilosa, aux couleurs de fêtes de l’Amérique Latine, s’éteindra un jour sans que personne n’en perçoive  le cœur de la beauté. Pour certains ce cœur a pour nom « dieu », pour d’autres ce n’est qu’un hasard d’un grand peintre qui, en souriant, a laissé toutes ces toiles vivantes. Même ces « toiles » enfoncées dans les yeux des humains, ceux-là ne voient rien. Pour plusieurs de ces humains, même le cimetière ne leur accordera pas cette belle humilité. La certitude est meurtrière. La certitude a fait plus de dommages que toutes les guerres de l’histoire. La certitude est une virago. Une harengère qui pue à force de moisir dans ses convictions.   Les pierres sont grises et ternes et même les écritures s’égrènent malgré la dureté des pierres.  Un homme, même pour le plus savant ou le plus célèbre,  il ne peut lui rester qu’une partie de son nom et une date ébréchée :

P e re Tr m bl y 1912-1957
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C’est novembre. Le jardin a fermé ses petites portes, car la terre est froide. Il pend des perles de gelures translucides.  Mais  pointent parfois quelques carottes aux feuilles enragées, tenaces, résistantes. Il a neigé et il neigé à Saint-Honoré de Témiscouata. Les lièvres sont déjà tout blancs.  Tout a débuté par des grains des cristaux  frivoles – de vrais papillons de givres – voletant et semblant grimacer sous les vents trop forts.  Nous sommes tous assis dans le salon à s’extasier de nos trois petits génies de marmots.  Carl boit sa coupe de vin pendant que Maude pianote  des texto. La pièce s’est remplie de jouets comme sont remplis les garages des gens de ce pays.  Et c’est comme ça qu’est la Terre. Si on demeurait dans cette maison  pendant un siècle et qu’on emmènerait quelques voisins à la fête, il n’y aurait plus de place après la moitié de ce temps.  Si nous n’avions que le terrain qui nous appartient pour jeter tout ce que nous achetons nous finirions empoisonnés, manquant d’air, d’eau et de nourriture. Ce petit coin, cette maison,  est une réplique de la Terre. Pour le ver de terre qui s’est enfoui pour l’hiver, le petit jardin c’est sa planète. Elle est immense. Un ver n’écrit pas de vers. Il n’y a pas de poésie quand il n’y a pas de cette âme elle-même enfouie sous la chair. Le miroir des miroirs. On parle Lexus et surtout pas lexique. Les mots, les beaux comme les laids, sont en train de mourir sous la vitesse de la vie.  C’est à ça que je pense en déballant les cadeaux que l’on s’est offerts. Faire des enfants c’est sans doute un petit pas pour l’homme mais un grand pas en arrière pour l’humanité. La pièce est pleine de monde mais en même temps vide de monde. On ne se parle que par formules car c’est la tiédeur parfaite qui s’est installée. Elle a pris toute la place. La tiédeur est une grogne muette.  Nous sommes désormais d’une race de tièdes qui surveille son alimentation, son  eau, et qui  a mis le cola dans la même catégorie que l’alcool et la cocaïne. Les filles s’échangent des recettes santé pendant que l’on discute des derniers articles qui mitraillent  les écrans. On est tellement renseignés qu’on ne sait plus rien. Il en a coulé des octets sous les claviers.  Il y a eu la vie de bohème, maintenant c’est la vie de blêmes et mats.  On est blancs comme la vanille transformée. Jadis, les paysans parlaient de la météo. Nous,  nous parlons des broquilles  de consommateurs.
— Tu t’es acheté quoi comme auto?
— Je roule électrique. C’est silencieux et vert.
— On enverra les vieilles batteries dans un pays pauvre, répond Carl.
Théo, haussa les épaules.
— Tu as acheté quoi comme guitare?
— Une Martin usagée sur Kijiji.
— Tu vas te convertir à l’Islam comme Cat Steven?
— Non. Je suis ni laïque, ni croyant. Je suis un poisson dans un aquarium au milieu de l’Atlantique. Je cherche à sortir de l’aquarium. Je…Il hésita. Spiritualité. C’est tout… Je ne suis pas encore défini : je suis une sorte  transgenre et j’ai deux paires de chakras qui me murmurent aux oreilles.
— Les filles sont dans la cuisine… Si on buvait un peu…
Ils on cessé de parler.
— Et le Dépotoirium? Qu’est-ce qu’on en fait.
— C’est moi qui ai payé le loyer.
— T’es le seul à pouvoir payer un loyer aussi cher… On comprend… Tu veux dire qu’il t’appartient?
— Non. Mais quelqu’un tente de le couler. On est la cible de cyber attaques…
— Tu es sérieux?
— Oui, et c’est peut-être l’un d’entre nous.
— Ou un ennemi commun… Mais les avocats ont plus d’ennemis que d’amis.
— On devrait peut-être parler d’autre chose.
— Bien d’accord.
On s’est mis à radoter, à se raconter nos bons coups. Le vin crépitait des étincelles dans nos yeux.  Une rivière de vin. L’atmosphère est cagnarde,  mais le vin est vif. Hélas, il  est de plus en plus vicieux de produits chimiques :
Polyvinylpolypyrrolidone, sulfate de cuivre, Acide métatartrique, soufre etc.  Ah! Les fins palais qui goûtent et gagnent des concours de sommeliers.   Seigneur qu’il y a de l’avenir au fond des bouteilles de vin! L’avenir a le goût des dizaines de produits,  probablement bons pour le cancer. Et les snobs s’en délectent! Menum! Menum!  Le goûting est à la mode. Il faut également s’adapter au transgenring auquel plusieurs parents font face.   Et Carl de nous lancer les vers de Nelligan : La romance du vin.

Je suis gai ! je suis gai ! Vive le vin et l’Art !…
J’ai le rêve de faire aussi des vers célèbres,

Des vers qui gémiront les musiques funèbres
Des vents d’automne au loin passant dans le brouillard.

Nous avons bu bu bu et mis les bouteilles aux rebuts.  Et puis tout est presque redevenu comme avant. Carl s’est lancé dans les jeux de mots niais et Théo dans ses rêves fous de conquérir le monde dans le but de  laisser son nom glorieux,  ne serait-ce que sur une pancarte de ruelle cul-de-sac.   Voilà qu’on presque  devenus des gens normaux. Puis le vin nous a vissés sur les vieux divans de Ginette Lachance. Quand Théo s’est demandé où nous avons déniché ce beau mobilier vintage, j’avais répondu que c’était chez Ginette Lachance.
— Qui est Ginette Lachance?
— C’est la veille de 91 ans, ancienne coiffeuse qui est décédée  juste avant d’atteindre son divan préféré. Pauvre Théo! J’avais le goût le lui dire que c’était une blague, mais, hélas, c’était vrai. Aussi vrai que l’Ovni de Roswell.
Les bébés étant endormis, les filles sont revenues. Et là, ça a presque tout changé. Et vraiment tout changé…
La pièce est devenue noire. Les lumières ont vacillé puis le courant a été coupé. On attendait qu’il revienne, sans bouger,  en silence. En vain. Après 20 minutes, on chassait  les chandelles dans le fond des tiroirs, des bric-à-brac et recoins de la maison. Carl, carrément pompette, continuait ses jeux de mots : «  Il y a puéril en la demeure ».   Qui donc a des chandelles en ce monde impeccable et sans ratés? Nous. Mais où?  Maggie s’en servait de temps en temps pour pratiquer l’autohypnose.
On a zieuté à la  fenêtre. Un vent d’au moins soixante-dix  kilomètres heure, avec des rafales de cent.
« Il faut écouter la radio pour savoir ce qui se passe ».
— Il n’y a pas de radio sans électricité. D’ailleurs, il n’y a plus de radio dans les demeures. Il y a péril… Il y a seulement une télévision avec postes de radio intégrés : 250, minimum.
— Et mon téléphone ne fonctionne pas ici… Dans quel monde vous êtes vous enterrés?
— Il y a de l’électricité dans ta Lexus, Théo. Tu voulais sauver le monde? Sauve nos trois enfants et les mamans comme on veut sauver Mamie-Terre…
Théo est sorti en zigzaguant  dans l’air affolé. Puis il est entré dans sa Lexus de luxe et l’a démarrée. On a attendu une vingtaine de minutes. Théo ne rentrait toujours pas. Alors on était cinq à la fenêtre pour attendre le rapport du meilleur investisseur du coin. Les phares de la voiture se sont éteints. On a attendu. Dix minutes. Puis un autre dix minutes. Quelque chose clochait.  Carl est sorti. On a attendu un autre cinq minutes. En ouvrant la porte on a entendu un cri. Puis Carl est entré en traînant Théo vêtu de son beau manteau gris barbouillé de la blanche neige. Ö drame! Ö désespoir. Le blanc avait sali son beau manteau  gris.
— Je me suis cassé la jambe! Je me suis cassé la jambe! Une marche de l’escalier a cédé.
Le vent avait soufflé la bougie. J’ai alors fouillé dans le vieux coffre du salon, me rappelant que nous avions une toute petite lampe de poche. Aussitôt trouvé, aussitôt allumée.
— Et? Cher Théo…
— Et ce sera comme ça pendant au moins 8 heures. Minimum. Un truc a sauté et les employés ne seront pas capables de le réparer avant demain… Et encore. Tout dépendra de la duré de cette tempête non prévue.
La pièce refroidissait de plus en plus. Le thermomètre avait le mercure bas.
Les trois filles s’exclamèrent en chœur.
— Les enfants! Mon Dieu! Les enfants.

***
— Il n’y a rien pour nous réchauffer? Seigneur, les enfants vont mourir. Ils ont besoin de chaleur.
— J’ai une vieille chaufferette au kérosène dans la remise. 20,000 Btu. On va pouvoir tenir au moins douze heures.
***
C’était la scène la plus étrange du monde. On était assis autour de la chaufferette avec les trois bébés. De belles lueurs vacillaient sur les murs. Des aurores boréales intérieures. De la menterie-lumière. Mais on était enfin un peu réchauffés. Maude et Anne avaient fait des sandwiches et nous avons bouffé. De la mangeaille à tour de bras. Elles nous avaient bricolé un festin. C’était la bonne nouvelle… Car la mauvaise suivit :
— Nous n’avons que pour à peine trois heures de kérosène.
— Il faut réduire le chauffage.
— Ce ne sera pas suffisant… On ne tiendra pas le coup.
Pendant des heures on a placé des couvertures accrochées au plafond par des clous pour rapetisser l’espace et  se fabriquer une sorte de tipi à l’intérieur dans  la maison. Il fallait un peu d’air pour ne pas s’empoisonner au monoxyde de carbone. On cherchait des techniques de survie. C’est Théo qui eut une idée.
— Il faut chauffer pendant 15 minutes et arrêter la chaufferette pendant 45 minutes. Il a fallu replacer les couvertures et les faux murs plus proches encore et placer le détecteur de monoxyde de carbone accroché à un des  faux murs. On prenait la garde chacun notre tour. Le vent sifflait et giflait  la maison. Au bout de trois heures, on s’est retrouvés les uns sur les autres. Carl est allé chercher une autre bouteille de vin. « Il vaut mieux mourir grisé que dégrisé. » À dix heures du matin nous étions épuisés. Les enfants avaient dormis mais ils pleuraient, hurlaient. On regardait dehors. On se serait mis à prier. Même à inventer des prières.
— On va tous mourir. C’est votre faute… Vous habitez trop loin.
— Trop loin de quoi?
Carl avait un air abruti. Mais il regardait tout cela d’un calme de statue.
— Pourquoi on se déteste autant alors qu’on s’est tellement aimés? Pourquoi nous sommes-nous tant entraidés dans la misère?  C’est bien ce monde d abrutis : ils ne peuvent s’entendre que s’ils n’ont pas le choix. Les Inuits ne pensaient pas à s’entre-tuer, car chacun était une source d’énergie.
— Qui a dit qu’on se détestait? Chacun a fait sa part et on s’est retrouvés collés en rond devant un feu dangereux. On a pour une fois travaillé ensemble pour prendre soin des  trois bébés.
— On peut s’aimer et être différents…

Maude sautillait avec l’enfant qui pleurait, tentant de le calmer.
… Il faut le changer de couche. Où est la lampe de poche? Où sont les couches?
— Lesquelles? … Mon bébé est plus gros que le tien…
On a bien ri. On a ri comme  en nos jours les plus fous.  On a ri parce qu’on était coincés,  obligés de se répartir les tâches.  Pareil à ce monde dans lequel nous vivons, il s’y trouvait davantage  de vin que de kérosène.  C’était à l’image de la planète en fête. Du moins en certains coins du globe… On ripaillait pendant que des enfants mouraient de faim, qu’on défaunait  et qu’on rasait  les poumons de la Terre. Mais on n’y pensait pas.  On avait peine à penser, accrochés à notre seule survie. Une certaine misère épure certains tracas et nous mène à la sobriété de l’existence. Ça m’a rappelé le livre de Michel Lacombe, La vagabonde de Saint-Ours,  dont l’histoire se passait en Auvergne, juste avant la Grande Guerre, sur les terres à défricher, les animaux à soigner puis à tuer.  La dame a fini par se prostituer. C’est ainsi qu’est la misère du 21ième siècle : la planète est devenue un lupanar. Alors, lupanons  jusqu’à la fin des temps, et en voiture électrique. Vendons corps et âmes pour les puissants.
— Tu as trouvé les couches?
— Oui. Mon bébé est plus petit que le tien.
Théo avait enlevé son bel habit de semaine, lui qui portait son jean troué le dimanche. Il avait l’air d’un gueux et s’en amusait. On balayait la pièce avec la petite torche électrique. C’était le début du froid humide qui nous imprégnait. Le corps était devenu un buvard de froidure.
— On va finir par souffler sur les bébés pour les réchauffer…
— On fera le bœuf chacun notre tour…
— On sait bien qui fera l’âne…
— Un jour j’irai crécher ailleurs…
— Ça nous rappelle notre premier appartement.
— On était fous.
— Mais on était… En ce moment, dans nos vies, on dirait qu’on a et qu’on a…
— C’est Théo qui a…
— Vous pouvez rire! Maude gagne  plus d’argent que moi sur You Tube. Dire que mes arrière grands-parents cultivaient les terres… En fait, un tout  petit coin de terre. Ce qui a permis à mon grand-père d’ouvrir un magasin général : il a vendu les terres et la ferme pour le capital.
La tempête s’était un peu calmée. Il était 12h20 quand le bus conduit par Denis arriva, devancé par un tracteur muni d’une souffleuse à neige. On s’est rués vers la fenêtre en hurlant de joie.
— On est sauvés!
On jubilait. On s’est embrassés, on a sautillé, puis on a ramassé tout ce qu’on pouvait emporter.
« N’oublions pas les bébés »
***
Le Centre, en cas de panne, produisait  son électricité à l’aide d’une énorme génératrice. Dans la salle principale,  attendait une foule d’yeux agrandis. Ce qui restait d’eux, quelque peu brisé, c’étaient bien ces petites billes allumées en attente des nouvelles vies qui arrivaient. On était exténués. Alors, les vieilles dames prirent les enfants d’assaut. Je ne sais pas par quel miracle les enfants se sont calmés, mais l’une des pensionnaires  a réussi à endormir un bébé en 10 minutes. Les mamans sauvent les enfants et les papas les envoient souvent à la guerre. Les locataires terminaient leur repas. La sieste les attendait. Je crois qu’ils l’ont oubliée,  complètement pâmés, excités par  cette  vie toute neuve et en apparence fragile.  Le début et le commencement de la vie réunis. On nous a offert un appartement qui était  libre. On s’est mis à la recherche des enfants qui passaient d’une paire de bras à l’autre. « Ce qu’il est beau », dit Angèle. « Ce qu’il est mignon »!, ajouta Gérard avec son cœur habile et ses bras tachetés.
« Monsieur Gagné nous a quittés  il y a quelques heures. Il avait demandé « l’aide à mourir ». Il avait même loué deux appartements. L’autre lui servait de laboratoire pour sa passion de l’électronique et les jeux qu’il organisait pour tous les occupants… Il va nous manquer. C’était un homme extrêmement chaleureux et intelligent. »
En y entrant, on a vu tout de suite de quoi elle parlait. Il avait laissé son ordinateur ouvert et le mot de passe sur un collant jaune collé  à l’écran.
Théo voulait absolument fouiller l’ordi.
— Théo! Espèce de violeur d’écrans, voyeur… Tu n’as pas de respect pour rien.
—  Pauvre Jason! Tu connais quelqu’un qui a réussi à être quelqu’un avec du « respect »? Tu sais bien que non…
Quand l’écran s’est ouvert, Théo est resté figé.
— Vous devriez voir ça. Surtout toi Jason…
— Moi?
— Oui.
Alors je suis allé jeter un œil.
— C’était notre grand commentateur. Seigneur!
Aimé Laliberté.
Maggie dormait déjà, affalée sur le lit avec le bébé et Maude berçait le sien sur une grande chaise rembourrée de tissus à carreaux.   Anne cherchait un lit. Je l’ai suivie, vers l’extérieur. Dans le couloir j’ai aperçu Alice et Germaine. Elles nous ont offert une chambre et on n’a pas refusé. On ne voulait pas de Maude et Théo.  On a dû dormir longtemps, car c’était l’émission La Voix à la télé et tout le monde la visionnait  dans la grande salle.
« Pourquoi ils hurlent quand ils chantent? »
«  C’est la jeunesse »
«  Non, je pense que c’est une tempête de voix. C’est comme ça partout dans le monde. Ça crie. C’est vrai qu’on est sourds. Mais bon, il doit bien y avoir de jeunes oreilles en ce monde? »
La grande horloge indiquait 20h45. On s’est vite rendu compte que Maude et Théo s’étaient enfuis  en taxis pour aller chercher leur Lexus et qu’ils trouveraient un motel pas très loin. Ils savaient que la maison n’était pas verrouillée. Alors ils avaient déjà, à cette heures, pris leurs attirail et  la poudre d’escampette comme deux volailles. Ils avaient peur des vieux…
On a cherché Carl partout. Lui aussi, sans doute sous les insistances de Théo avait sans doute,  repris la route. On était donc les seuls au Centre et on a décidé d’aller passer la nuit dans l’appartement qu’on nous avait offert.  Au petit matin, on nous attendait dans la salle à manger. Ils étaient sept ou huit à jouer avec Mona qui regardait, rieuse, tous  ces visages tournés vers elle.
Théo, qui avait été méchant dans ses mots nous avait dit qu’on prenait soin des vieux parce qu’on se sentait coupables. Il voulait jouer les psys. Et dans ses formules creuses, il a ajouté que « l’avenir n’est pas hier ». Pauvre Théo! La planète est peut-être déjà vieille, mais  il l’ignore. Je me souviens que Maggie lui avait répondu qu’il n’y a pas de vieilles vies mais de vieilles idées qui apparaissent sous déguisement. Il n’a pas répondu. Je pense qu’il n’a pas compris. Il n’a pas compris qu’on devra cesser de cultiver des rois. Il n’a pas compris que nous sommes entrés dans un siège aussi bête et assassin  que celui de Waco.

Fin

© Gaëtan Pelletier

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