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Le Dépotoirium, Chapitre 29

 

29

Je/Nous

Cessons de diviser.  Cessons cette construction artificielle du « nous » pour des « raisons » … d’exploitation. Je/nous sommes une monnaie bipède devenue. Une partie de nous n’existe plus puisqu’elle s’est transmutée en monnaie virtuelle. Ils ont les claviers, nous avons la pomme de terre. Ils sont en train de granuler la monnaie d’échange en milliardième d’octets. Les vieux voleurs de banques n’existent plus. Les perceurs de coffres ont disparu. Nous avons élu des psychopathes  furtifs. Ce sont des oiseaux de funestes augures. Se contenter d’haïr la stupidité et la déshumanisation c’est s’envenimer corps et âmes. Pourquoi persister à être aussi mollusque? On nous a divisés. Ils ont fabriquée une société en eau noirâtre, trouble dans laquelle dansent des particules. On ne peut pas être propre dans une eau maculée. On a bâti un monde où l’on ne peut se reconnaître en l’autre. La nouvelle barbarie est « soft », indécelable. Je/nous sommes un marc de café du trésor des argentiers qui nous filtrent et nous boivent. Nous allaitons des fous. C’est la lèpre d’aujourd’hui.   La nouvelle barbarie  est sa propre foi qui s’étend comme une maladie sur le monde, sur le gens.

  Quand on regarde un cheval de mer, ce n’est pas un robot que nous regardons. Quand nous nous émerveillons des couleurs multiples des oiseaux de ce monde, ce sont les mêmes couleurs que l’on aperçoit, emmêlées et mouvantes à travers l’œil des  télescopes. Comme si l’Univers avait fait vivre quelques  couleurs sur le plumage des perroquets et autres oiseaux qui nous rendent notre ébahissement d’enfant.

Où est la vie promise? Et la terre, et la terre?  

Maggie/Carl/Jason

War

Je suis en guerre et je djihade athée. En guerre contre les minus qui cultivent et répandent leur rôle et leur folie de vandales planétaires. Je  suis en guerre contre le carnage du NOUS  en ces temps des JE que l’on construit et déconstruit en blocs l’ego, pour diviser et régner.

Je suis en guerre contre les conglomérats mondialistes qui délocalisent au gré des profits. Pour leurs biens et  ceux des actionnaires,  ces escroqués  croyant pouvoir aspirer à cette  classe, ne servant que d’investisseurs intermédiaires. Les églises sont remplies d’offrandes aux dieux. Et voilà maintenant les banques.

Je suis en guerre contre l’État et ses politiques de petits comptables, ses austérités glacières  pendant que ça chauffe dans l’éther des échanges commerciaux et que l’État, ce minus fourgon blindé, chantant comme un coq l’existence du P.I.B, a perdu sa guerre contre une mafia internationale qui s’est invisibilisée avec dans des ailleurs qui ne sont jamais ici : on se déplace de pères en fisc…

Je suis en guerre contre le système financier dématérialisé. Moi qui croyais pouvoir échanger   30 poules pour un cochon,  on me donne une monnaie de singe enfermée dans une institution bancaire faussaire. J’ai nourri le lapin et il a bouffé le chapeau que j’avais sur la tête. Le sale-Haut !

Je suis en guerre contre YES WE CAN et autres  slogans clichés dont nous sommes arrosés chaque minute, chaque jour, et les formules « vertes » et la méthode de lutte contre les GES,  les petits soldats pompeux esclaves eux-mêmes de leurs prétentions de pouvoir.

Je suis en guerre contre mon employeur qui braque son bâton d’austérité et qui m’offre 0,03% d’augmentation de salaire, dépossédés que nous sommes par les spécula  dans un système où on ne voit pas le tunnel au bout de leur prétendue lumière.

Je suis en guerre contre  la faim parce qu’on avait promis de l’éradiquer. Menteurs! Car, même nous, les « privilégiés  »,  parvenons à peine à éradiquer la nôtre.

Je suis en guerre contre les armes, car elles ne pourront jamais être transformées en chaudrons, en cuillères, et même si elles l’étaient, il n’y aurait rien à mettre dedans pour bouffer. Il a toujours été  plus payant de tuer que de faire vivre.

Je suis en guerre contre les États qui cultivent les armes plus que les choux, les navets, les hiboux. Ils volent la sueur des travailleurs pour leurs rêveries mégalomanes. Il faut un milliard de baguette de pain pour faire voler un chasseur, et cinquante pour une balle de mitraillette.

Je suis en guerre contre les voitures qui réclament de l’asphalte  pour brouter des kilomètres d’herbe d’arbres,  et qui passent leur temps à rouler et à dérouler des routes. Ils avalent des jardins et des terres arables à la vitesse de la lumière de leurs phares.

Je suis en guerre contre les pratiquants non pratiques : ils prient des dieux, déforment des textes dits « sacrés », mais ils bousillent tout, au nom de toutes les statues le monde dans lequel nous vivons. Il est étrange qu’un dieu demande à l’homme de détruire ce qu’il a créé, en premier : son semblable. 

Je suis en guerre contre  contre les tueurs  d’abeilles.  En guerre contre les abatteurs de fleurs, les gratte-ciel remplis de cravatés moulus à la pâte artificielle des bureaucrates crasseux de l’esprit, mais proprets d’habits.  L’habitat fait le moine…

Je suis en guerre contre tout ce qui s’achète. Car tout ce qui s’achète finira dans les états financiers, les banques, mais jamais entre les mains des droits fondamentaux de l’humain : l’eau, la nourriture, l’habitat, les paysages, les couchers de soleil, et le spectacle des baleines dans le Saint-Laurent.

Je suis en guerre contre toutes les formes de fascisme  qui percent  le cerveau des enfants pour les cimenter, les engouffrer dans des miroirs parlants et colorés.   Le cerveau est une pâte à modeler et certains sont en train de se faire statufier par leur propre sécheresse. Et chaque matin, d’où que l’on soit, de n’importe laquelle « croyance », le final et le roulement de tambour est en train de terminer des milliards d’années dites d’évolution. Et chaque matin, chaque jour, chaque semaine, chaque mois, nous diluons notre profondeur d’âme pour glisser dans des sables mouvants malheureusement fabriqués Made au dans aucun pays et par des No One, des inconnus. Heinz Hitler!

À  force d’être en guerre contre tout ce dont nous avons à lutter, nous allons simplement nous détruire les uns les autres. Et il n’y aura plus d’autre pour faire de chacun un UN.  Et il n’y aura plus d’eau pour « allaiter » ces corps d’eau. On sera à sec et à sable. Déserts de tous les désertés des autres.

    Je suis en guerre contre ce suicide planétaire continu, à développement exponentiel  de poison   par des cravatés coiffés à gauche ou à droite.

Je suis en guerre pour un jour finalement vivre en paix.

***

Février. La Terre est un SDF dans l’espace infini. Maggie et moi empruntons les sentiers frileux de la neige et du froid qui mordille  nos doigts de pieds. Quand on fait de la raquette dans les raidillons, il nous pousse des panaches de fumée aux bouches. On crache des gerbes de vapeurs si intenses qu’ils s’en vont et meurent à au moins deux mètres. Puis ils disparaissent comme le dernier souffle des âmes. Chaque  pas est ardu. . Chaque pas est une montagne de pas. Nos poumons galopent. De vrais chevaux vapeurs. Nos poumons voudraient avaler tout l’air de la terre. On a traversé les sentiers au moins dix  fois. On le connaissait par cœur. On est allés là où il n’y a pas de sentier.  Le grand boisé cachait ses secrets dans l’inconnu des chemins renoncés. La difficulté et la peur de perdre ses repères est ennemi de la créature humaine. Deux semaines plus tard, nous avons décidé de changer de boisé. Un traîneau, une chaufferette, et une tente quatre saisons. La meilleure nourriture pour l’esprit est le silence.  Quand les oreilles cessent de se faire hurler des slogans, des pubs, des misères de ce monde, rien que marcher et respirer nous fait vivre  une vie entière en deux jours.

C’est la cordillère des anges. La candeur infiltrant nos corps, nos esprits, nos âmes. Marcher est une prière et voilà le temple des temples. Voilà l’architecture du monde. Et le ciel est le toit d’une cathédrale infinie. Parfois on s’arrête, on se regarde, et l’univers semble nous dire qu’il nous aime. Le petit homme enivré de ses robots, des ses fils électriques veut aller voir les autres planètes. Nous enverrons de l’argent à la NASA quand les enfants cesseront de mourir de faim. Nous sommes en guerre contre la morte lente, la défiguration intérieure des enfants au travail. Nous avons mal à la douleur des autres.  Cette vie a trop de compartiments : les vendeurs, les savants, les pauvres, les mégalomanes, les gens simples. Cette vie est NASDAQ, conte en banque qui roue les citoyens  encagés. Nous sommes soumis à des  perroquets qui ne savent pas voler ou ne peuvent pas voler. L’homme est devenu une poule pondeuse de profits.

***

Au petit matin, on s’est levés froids comme des banquiers. Brrr! J’ai allumé le réchaud, préparé le café, et dans cette tente cocon, on  a bouffé deux tranches de pain grillé  noircies.  On a bu le premier café de notre vie. Noir et corsé. Quand on a jeté les marcs dans la neige, la neige a eu peur et s’est affaissé sous la chaleur. Puis elle a soufflé un jet de vapeur. Comme si elle imitait nos bouches. Y-a-t-il une vie après le café .D’après un élève de Harvard, les flocons respirent.   Au moment où  j’ai ouvert la porte de la tente, un amas de neige nous enterrait. Nous avons zieuté les environs avec des yeux achetés tout neufs d’ici. Des yeux sans idées, des yeux sans livres, des yeux sans théories momifiées. Des yeux neufs. Des yeux dix.  Il n’y avait ni fanfare, ni trompettes, et pas de Jéricho. La pureté n’est qu’un mot. Mais la pureté qui n’a pas de mot, qui s’infiltre en nous,   fait que c’est le froid qui nous embrase est de ne pas avoir peur. L’afféterie des barbares n’existe pas ici : ils n’ont pas de bureaux, ni de cadres, ni de victoires. Ils sont défaits en ce monde et c’est la raison pour laquelle ils  achètent tout. Leur richesse ne sert qu’à dévêtir l’humain de la beauté de cet univers.  Ils achètent le vivant et les paysages. Ils achètent les coqs, les marmites, le feu, pour priver les plus pauvres de ce qui leur appartient.   Maintenant on vend  des paysages, des proximités d’eau, et des visites en des parcs « naturels ».  Le citoyen a le droit de se planter un arbre. C’est sa forêt.

***

On est rentrés fourbus. Quand on sera vieux on sera fourbus rien qu’en se levant le matin. Quelle ne fut pas la surprise de trouver sur notre messagerie du petit couple parfait de sociaux lustrés : Maude et avec son beau  chevalier et son armure roulante : la Audi de luxe. On s’est regardés en se disant tout bas que ce n’est pas le chien le meilleur ami de l’homme, mais le silence. Il faut laisser les mots en laisse dans son cerveau. Du moins être radin, grands lésineurs, bouche cousue. En fait, nous savions tous les deux qu’un monde, maintenant, nous séparait. Le mot bourgeois ne satisfaisait plus pour les décrire : des avaleurs de paysages terrestres. Ils sont allés à Venise et à Vegas voir le show de Celine ( pas de é pour la langue anglaise) Dion  Tout de suite on s’est lancé sur le Canal Météo pour connaître l’état des routes. Quand aux routes de l’État, on en savait que trop. Elles s’allongeaient selon les plaisirs de dame auto et la file de ses propriétaires de garages-églises – nouvelle religion du 21ième siècle. Zut! C’était trois jours de ciels purs, limpides avec quelques flocons languissants. Un vrai paradis pour les amateurs de visites rapides et skieurs d’occasion. On paniquait. Rien à manger, ou presque. Notre frigidaire était aussi vide que nos cerveaux devant la situation qui se présentait. Mais, en ouvrant le message, on a vu un menu… qu’ils emportaient pour nous faire goûter à des nouveaux plats découverts pendant leurs voyages. On vivait maintenant de manière si simple que nos menus valsaient selon nos jours dans de petits repas, souvent à l’ancienne, recettes de nos parents, dont le célèbre Boulettes de bœuf ou gruau au lait et sirop d’érable. Avec pain « made à la maison ». Un vrai régal.

***

Ils sont arrivés à 18h13.  On était en train de regarder les nouvelles locales où il était question des dividendes que rapportaient les éoliennes plantées dans une forêt de la chaîne des Appalaches.  Et les maires des municipalités se frottaient les mains,  ravis d’avoir pu retirer 300,000$, de revenus en cette belle et rebelle année.

Ils sont entrés pendant vingt minutes. Attirail et bagages, auto, vêtements. La petite élite est faite de mouvements amples, copieux. Les gestes sont de petits festins.  Théo s’était  fait tailler une belle coupe de cheveux : un côté rasé comme un marine et  le dessus  de la tête dru  comme une forêt amazonienne. On dirait qu’il pousse des lianes pour ces tarzans de la finance. Il doit y avoir des serpents cachés dans ce scalp tout bouclé.

— Qu’est-ce vous faites de beau. ( traduction : quel est votre travail)

— On s’occupe des vieux dans une villa …

— Seigneur! Ce doit être difficile… Et pas payant.

— Exact. Mais c’est ce que nous avons choisi, répondit Maggie.

— Je pourrais vous embaucher à un bon salaire.

— Ah!

— Le père de Jason est décédé… Cancer du pancréas, ajouta Maude.

— Alors? ( De temps en temps, on disait : so?, on s’anglicisait et s’américanisait à petits trots)

— Alors, il nous a légué une petite fortune offshore et une compagnie qui roule sur l’or.

— Toujours ce petit syndrome du missionnaire?

— Eh! Oui. Parce qu’au bout de la vie, on ne sait pas ce qu’il reste de…

Théo  coupa la phrase :

— Il ne reste rien…

— Mais si, Théo … Il reste ce que nous aurons semé ici-bas. Et il reste un mystère…

Zut! Voilà une réplique de ratée. J’ai le ton d’un mendiant gêné d’être pauvre.

Maggie cherchait la formule salvatrice pour échapper aux bourreaux-conformistes qui ont trouvé une bible dans leurs déchets. Une bible laïque. Aux nues l’O.N.U! Ils étaient maintenant de confession …sociale et vert.

— On dirait deux témoins de Jéhovah en visite. Avez-vous de petits pamphlets pour nous montrer que Monsanto, le patron du personnage de Sérotonine, va tourner au vert? Que le lion va se transformer en mouton. ( Il y a des gens qui jettent, alors j’ai jeté un beau froid piquant dans la conversation).

On se regardait, les yeux vrillés et, comme disait Ferrat, « à n’en savoir que dire ».

Théo, qui aimait bien les batailles verbales ( avocat, il va de soi)  dessina un grand sourire avec ses grosses babines charnues  de carpes  suceuses  des vases des fonds de rivières et des humains de classe ouvrière. Théo aurait dû se faire baptiser Théo Rique.

— Toujours aussi sarcastique?

—  Toujours…

On se connaissait suffisamment bien pour se regarder dans les yeux jusqu’au creux  de ce qui nous restait de l’âme après le passage des tsunamis néolibéraux transnationaux. ( Ce qu’on peut se payer de mots pour tenter de décrire une bande de cancrelats en train de nous investir).

On devait deviner. Les femmes devinent toujours.

— T’es enceinte! S’écria Maggie.

— Ouiiiiiiiiii!

— Moi aussi.

Pour dévier la conversation, c’était réussi.  J’ai gelé. J’avais le visage qui s’était vidé de sa couleur pourpre.  Maggie enceinte?  Enceinte en grand secret.  Un peu plus et je l’apprenais par la radio de Washington D.C,  ou  d’un Twit de la maison blanc caillé.

Elles se sont levées et ont fait une accolade. Tout  plein de chaleur. Alors, je me suis emparé de la bouteille de vin rouge et je l’ai avalée au goulot. On m’a scruté du menton jusqu’à la crinière. Un enfant! Il fallait arroser ça jusqu’à oublier, ou presque. Je commençais à douter de ma mission  de sectateur enflammé et, pis encore, de  raté. Looser pieux? Je n’osais pas me poser la question, tellement j’étais troublé. Après, j’ai bouffé des insectes, plat, dit en passant, délicieux, bien  que je ne pouvais m’empêcher de voir la créature du film Alien avec Sigournay Weaver;  je restais sur mon appétit, mais pas celui de la table.   Le vin aidant, je retrouvai quelque ardeur à mon ouvrage. ( phrase de Balzac, mais parlant du café). Il me restait un fond d’honnêteté : me faire monétiser? Jamais! Enfin, c’était sans doute le fond du fin fond devant le bonheur de nos vieux amis. Tout le monde a des idéaux. Mais pour persévérer dans ce monde tordu, on se fabrique  de minis idéaux. On les entretenait. Le « petit  geste », comme ils disent. Et cela se produisit vers 23h00 heures quand Maude alla quérir sa petite mallette réfrigérée pour enfouir les restes de table.  Pendant ce temps, dans les usines de la planète sortaient des milliers d’auto. Pauvre petite Maude. Si belle et si légère, valsant au moindre vent. Et pourtant, je l’adore. C’est une bonne personne… Ce qui est dommage est que la planète est remplie de bonnes personnes

— On est verts au quart de tour. On ramasse les plastiques, les restes de tables, bref, tout ce  qui s’en va  à l’usine de bioéthanol ou de biomasse, je ne sais trop.  Nous n’utilisons plus de pailles en plastiques et, quand on prend un café, on apporte nos tasses.

— Nous, on jette nos ampoules empoisonnées, nos piles, notre viande, la litière du chat, et les carcasses de  rats morts que l’on attrape.  L’alentour de la maison en est infesté.

— Jason blague…

Il restait les vidéos de leurs voyages. Un vrai tour du monde en 80 minutes. On allait être crucifiés sur nos chaises, les bras en croix. Pendant la « projection », Théo s’affala sur le plancher avec son verre de vin. Et Maude lui demanda de recommencer pour le filmer. Il le fit.

« Demain sur You Tube », tonitrua Théo.

« Seigneur! Éloignez de nous ce calice! »

Sur  You Tube, ils  avaient ouvert un autre compte : Les mille et une vies.

    Maggie s’est collée à moi,  tressautant dans  ses petits rires étouffés. Elle me connaissait bien. Elle savait qu’au fond, moi aussi je voulais un enfant. Mais ce n’était pas vraiment le propos de son rire, du moins ce  qu’elle avait en tête et qui la faisait rigoler.

— Vous allez coucher ici?

— Non, on a réservé le petit motel à l’entrée du village.

La bonne nouvelle! Il aurait fallu avoir l’air dévasté. L’hypocrisie est le sport social le plus truculent. Nous connaissons des athlètes en provenance de bien des pays. Plus on grimpe dans le gratin social, plus on gagne des médailles d’honneur. Venez ou regardez les danser au bal des échangistes de gratifications!

La bouteille ne me lâchait pas. Dans les vins, les bourgeois se rassurent sur la valeur de leurs palais. D’habitude, je bois de la bière noire déguisée en blonde : La Bitt à Tibi, que j’adore. Une bière au parfum de sapin ou d’épinette que je bois en écoutant la chanson de Richard Desjardins : Nous aurons. Car il y a là en même temps que la beauté, un désespoir, un filament de volonté déjà avorté. Ce serait trop beau…

Nous aurons 

Nous aurons tout ce qui nous manque
Des feux d’argent aux portes des banques
Des abattoirs de millionnaires
Des réservoirs d’années-lumière

© Gaëtan Pelletier

Le Dépotoirium, Chapitre 28

Le Dépotoirium, Chapitre 27

Le Dépotoirium, Chapitre 26

Le Dépotoirium, Chapitre 25

Le Dépotoirium, Chapitre 24  

Le Dépotoirium, Chapitre 23

Le Dépotoirium, Chapitre 22

Le Dépotoirium, Chapitre 21

Le Dépotoirium, Chapitre 20

Le Dépotoirium, Chapitre 19

Le Dépotoirium, Chapitre 18

Le Dépotoirium, Chapitre 17

Le Dépotoirium, Chapitre 16

Le Dépotoirium, Chapitre 15

Le Dépotoirium, Chapitre 14

Le Dépotoirium, Chapitre 13

Le Dépotoirium, Chapitre 12

Le Dépotoirium, Chapitre 11 

Le Dépotoirium, Chapitre 10

Le Dépotoirium, Chapitre 9

Le Dépotoirium, Chapitre 8

Le Dépotoirium, Chapitre 7

Le Dépotoirium, Chapitre 6

Le Dépotoirium, Chapitre 5

Le Dépotoirium, Chapitre 4

Le Dépotoirium, Chapitre 3

Le Dépotoirium, Chapitre 2

Le Dépotoirium, Chapitre 1

Le Dépotoirium, Chapitre 28

28

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Le loup et le chien
Suivez-moi ; vous aurez un bien meilleur destin.
    Le Loup reprit : Que me faudra-t-il faire ?
Presque rien, dit le Chien : donner la chasse aux gens
       Portants bâtons, et mendiants
Flatter ceux du logis, à son maître complaire ;
        Moyennant quoi votre salaire
Sera force reliefs de toutes les façons
       Os de poulets, os de pigeons,
Sans parler de mainte caresse.
Le loup déjà se forge une félicité
        Qui le fait pleurer de tendresse.</em
Chemin faisant il vit le col du Chien, pelé :
Qu’est-ce là  ? lui dit-il.  Rien.  Quoi ? rien ? Peu de chose.
Mais encor ?  Le collier dont je suis attaché
De ce que vous voyez est peut-être la cause.
Attaché ? dit le Loup : vous ne courez donc pas
   Où vous voulez ?  Pas toujours, mais qu’importe ?
 Il importe si bien, que de tous vos repas
        Je ne veux en aucune sorte,
Et ne voudrais pas même à ce prix un trésor.
Cela dit, maître Loup s’enfuit, et court encor.

La Fontaine

Nous,  les errants de la terre, avons  quitté les bois et les terres, nos libertés et l’air,  pour devenir des salariés. Il suffit de chasser les pauvres et les mendiants pour gagner son os. Et en investissant une partie de son émolument, on pourra le gonfler et accéder à un étage supérieure, puis s’avionner jusqu’aux lagons bleus quasi pareils  aux dieux des yachts princiers des gentilés sans villes ou villages sinon que la Terre entière.  Avec  horaires  et chaîne au cou présentée format bijoux.   Que c’est joli au cou!  Sans indication de la longueur  de la chaîne pour se rendre à la bouffetance. Petit homme, petite cabane, et chômeurs pourchassés. Les kapos ont leurs conversations enregistrées avec le chômeur pour être sûr qu’il fouettera un peu notre paresseux en « recherche d’emploi ». Petite bande de pain rassis, courez les loups que nous sommes pour en faire des chiens asservis!

Cherche chien pour apporter contes en banque aux îles des eaux bleues

et des paysages d’Édens achetés argent comptant. Envoyez-nous votre C.V. 

Ce « monde » est une chaîne de Ponzi : il y a des chiens en laisse, enchaîné, bouleté à leur boulot, leur belle tâche.  On a sacrifié toute liberté. Et le roi de  la laisse, des chiens-kapos essaie de vendre son mode de vie à tous les habitants de cette planète. Moyennant salaire… Le roi de la laisse  est un est un embaucheur d’esclaves. La longueur de la chaîne dépend du titre qui vous est octroyé. En arrachant la terre sous les pieds du vivant, tel un tapis ou une nappe de table – ô le grand magicien! – on a prit  tout ce dont possédait l’humain. On l’a dépouillé. Après, c’est la distribution des médailles ou des gratifications au « rendement » pour le chien-PDG.

Carl.

***

Rien ne va plus au pays des vermeilles. C’est la panique sur le rond et bleu Titanic dans sa courte et épineuse traversée  cosmico-tragico-historico-cosmique.   Il faut à tout prix,   « sauver le ballon et l’air extérieur du ballon en  découvrant  une énergie propre. Quelquefois aquatique, parfois électrique, inextricables, énigmatiques  et cachées. La pomme est à vendre. Et  plantent des fleurs de palles en étoile dans les océans qui volent les vents.  Pauvres fous! Pauvres hères et pauvres diables! Chacun invente sa propre saleté. Il faudrait retourner  à La Santa Maria,  à la  Pinta et la Niña, les voiliers de Colomb. Quel bon vent nous amène des Granny Smith d’Australie? Allez savoir!  Ce doit être Nestlacola. L’homme est un pompier pyromane de calendrier ectoplasmique. Un pompier fidèle.   Quand l’O.N.U tonitrue,  il est trop tard Dr Chouette Heures, pour sauver l’homme de la lèpre mondialiste étouffé par les champignons de toutes les formes de techniques.  Les humains ont soudain les yeux grands comme Sirius. L’iris est une étoile qui grossit à vue d’œil. Voilà l’œil boursouflé! L’homo erectus est devenu l’homo étendus.    Hélas!  Consume!   Jette! Enfouie ta cuisinière sous un amoncellement de terre. Plouf! Invisible.   On dirait un chat dans une crèche de Noël qui ne sait pas où il habite, mais qu’il cherche seulement à crécher.  Le père Noël n’existe pas, comment n’existent pas les spéciaux des boxing days. Les vendeurs trigaudent. Ils trichent à langue que veux-tu! Vipères et filous sympathiques.  Et voilà les journaux devenus des murs de lamentations.  Ça geint et se tortille même dans les gazettes jaunes.  La Terre s’est fait avaler par  une race  semblable à un  Reinhard Heydrich, maître du violon et assassin, SS et glacier. Économie de fous-braques  et de bric-à-brac. Pantagruel mondialistes et philanthropes escobar. Nous ne sommes bons qu’à faire exploser des boyaux de ventres et d’améliorer des barres de savon.  Toutes les guerres détruisent ce qui se construit  dans le ventre des femmes dans les entrailles et le chamois de la Terre.  Et tous ces mythomanes oublient d’où ils viennent.  Et les voilà à nous manigancer des robots-guerrier. Qu’est-ce que le petit homme peut faire avec un robot-guerrier?  Même un chien ne peut pas ronger un bras de robot-guerrier. Ce que l’on ne peut donner aux chiens, on voudrait le donner aux hommes?  Les « paysans » devraient  laisser mourir de faim ces avatars de l’existence.  Qui n’a pas de cœur n’aurait pas le droit de manger. Ils veulent qu’on se jette aux orties, qu’on se débarrasse de nos âmes, qu’on se dépouille de nos mystères, qu’on brûle la grandeur des arts et des arcanes  comme on a brûlé des livres sur les places publiques.  Gardons notre blé et laissons-leur leur dollar-douleur.

***

Ce matin, Maggie mon amour  s’est levée toute chavirée, endolorie jusqu’aux os. Elle a pris son café de deux doigts faibles.  Dehors, les brins de neige floconnent et font une petite danse comme  pour fêter Noël. À la télévision, le rouge a volé toutes les autres couleurs. Maggie  a mangé son porridge à la petite cuiller.  Puis elle a bouffé de la radio.  Elle aime la radio. Alors elle écoute des parlures de gens cultivés. Ils font l’actualité comme si on autopsiait un cadavre. C’est beau à voir. Parfois, c’est  laid à entendre.  Car ça déparle en laissant leur beau coulis sonores empester le petit haut-parleur. Je suis inquiet pour Maggie. La grippe a assiégé a villa et voilà son visage tordue comme un Picasso.  On a beau se laver les mains comme des Ponce Pilate, les virus font la file et changent  de nom et de structures. Maggie e toussote et n’a pas le goût de faire l’amour. Ce n’est pas Maggie.  Maggie n’a pas que les cheveux qui sont en feu.  Je lui ai dit de prendre le lit et de ne pas s’en faire. Au repos. Je l’ai étendue toute chaude, presque brûlante. J’aurais pu faire cuire un œuf sur son front  comme le font ceux qui utilisent des capots de voitures, l’été, en période de canicule. Demain  on annonce   50 millimètres de pluie. Et nous sommes le 22 décembre.  Maggie et la Terre fièvrent en même temps.

— Repose-toi, ma belle, je vais revenir vers cinq heures. Si c’est urgent, tu m’appelles.

— Oui. Seigneur! J’ai les joues brûlantes. Je me sens comme Jeanne d’Arc sur le bûcher… Mais je vais m’en tirer. Va.

***

Sur la route, en direction du centre, je n’ai rencontré que deux voitures. Ici il y a encore de l’espace, ici. Il y a de grands champs blanc cassé qui n’ont pas de maison. On voit sourdre des brindilles  roides de blé qui sourdent de la neige.  Des têtes de Navy Seals.  La route est glacée. Cinq kilomètres à parcourir. Par un soir où même le ciel semble gelé. Les nuages ne savent plus où lancer leurs ballots de neige.  Et moi, assis, l’arrière-train en train de développer des hémorroïdes, j’évite les lames de neige. Je fonce à pleine allure. Et ça fait de beaux ploufs dans ces finesses cotonneuses.

Au travail, je regarde l’heure davantage l’heure  que les vieux. Sans doute pas pour les mêmes raisons.  Il y a des horloges partout. Ils sont là, collés aux murs en scrofules mécanique. Quand on la regarde bien, une horloge, c’est un film d’horreur. Le corps est tout plein de tic-tac. Chaque cellule est une horloge. Mais qu’est-il arrivé à Baby Jane?  Les horloges tuent en silence. Et c’est ce qui est arrivé à la vieille Antoinette. On l’a retrouvée, l’air endormie sous une horloge qui continuait de vivre. Chère entropie de chair! Tu nous fais suer. En voilà une qui ne suera plus. Elle est, puis elle était. Tout son être est allé dans le versant étrange du passé de la race humaine. À quoi donc sert cette vie quand on s’en va en lisant un vieux livre d’amour ? Elle s’est en allée en plein milieu de « Love Story », son livre préféré.  Il n’y pas eu de panique. Les autres la regardaient imperturbables.  Et Antoinette leur renvoyait leur miroir tout ridé et fixe. Poilnareff, le chat de Charles, à ses pieds, avait les yeux rivés vers le haut  du crâne d’Antoinette. On a mis le corps sur une civière et on l’a emmenée tout en douceur comme si on avait peur de la briser.  On dit : « Vers la dernière demeure ». « On doit y être bien puisque personne n’est revenu », disait Charles le blagueur. Un grand maigre au regard triste et doux. À 90 ans, il se permettait toujours d’avoir une compagne. « Il est bon comme le pain », disaient les pensionnaires  du foyer.  Il en était à sa quatrième épouse ou compagne.  Je me souviens qu’Antoinette avaient dit  : «  Ne vous approchez pas de lui, il a déjà  fait trépasser trois». Elle s’est fait prendre au jeu du taquin rieur et s’en était amouraché.  « C’est un bon bonhomme! ».

En vidant sa chambre, je vis qu’elle écrivait de petits mots ici et là, dans un calepin d’écolier, parfois sur des bouts de papier. J’ai eu envie de « voler » le carnet et écrire quelques unes de ses pensées sur le Dépotoirium.  « La vie est une livre sans fin et nous n’en sommes qu’une phrase. » Je me suis assis sur son lit et je tournais les pages.  Je sentais une présence à côté de moi. Pourtant, il n’y avait personne dans la pièce. Et puis quelque « chose » a frôlé mon épaule. En me retournant, je vis  le chat   avec  ses grands yeux verts rivés sur moi comme s’il me reprochait de lire le petit cahier. Puis il s’est assis sur mes cuisses  pour se faire cajoler. Il ronronnait si fort que j’ai mis la main sur son gros ventre poilu pour ralentir  ce bourdonnement qui paraissait  la pièce. Poilnareff semble être assis entre deux chaises de mondes. À cheval sur quelque part et quelque lieu inconnu et ici-bas.

Toc! Toc! Toc!

— On vous demande à l’entrée.

Quand on m’a tendu le téléphone, j’avais déjà deviné.

— C’est Maggie. Je crois que tu devrais venir me chercher…

***

La distance pour se rendre à l’hôpital :  50 kilomètres. Maggie était affalée sur le siège, dans un état second, fiévreuse. Je roulais à 130 kilomètres heure. Je n’ai pas vu l’auto-patrouille qui faisait la garde derrière le bouquet  de conifères le long de l’autoroute.  La neige recommença à tomber, voletante, agile. Mais voilà qu’un arbre de Noël de fer et d’acier, éclaboussait le blanc de phares girouettant. La voiture me dépassa et activa un coup de sirène.

— Vous rouliez à 130 dans une zone de 100.

— Je sais. Ma compagne est malade. Je dois la conduire à l’hôpital.

Il jeta un œil  vers Maggie.

— Elle est soûle?

— Non, je crois qu’elle a une bactérie.

— Ah! Et comment vous savez

— je travaille à la Villa…

— Et vous… Vous avez fumé de la marijuana?

— Non.

— Comment savoir si c’est vrai que vous y travaillez…

— Je n’ai pas de carte sur moi.

Il afficha un petit air coquin et inquisiteur, comme si j’essayais de le tromper.

— Alors, donnez-moi le nom de certains résidents. J’en connais plusieurs. Ma tante Antoinette y habite.

— Elle est morte il y a quelques heures… Je suis désolé. Mais Maggie, elle, n’est pas en âge de mourir. Et Charles est bien peiné…

C’est lui qui nous a conduit à l’hôpital et qui nous a fait entrer par la porte des accidentés pour que tout aille plus vite.

— On manque de personnel. Le service est lent. Je vous souhaite bonne chance.

—  Votre nom? Et grand merci…

—  Steve. Si ça vous tente un jour de venir prendre un  petit repas chez-nous…

—  Je pensais que les policiers ne se tenaient qu’avec les policiers.

— C’est vrai. Parce qu’on nous déteste.

— Je vais finir par moins vous détester…

***

Un stigmate  rouge s’était formé le long de la joue de Maggie. Les rideaux roses de ses yeux s’étaient  abaissés.  Le médecin lui avait injecté des antibiotiques et des calmants.  Elle dormait  dans un lit douillet, appesantie, les yeux mi-ouverts.   Le médecin a  tracé une ligne le long de la plaque rouge étendue sur son visage.

— On va voir si l’infection progresse.

Alors, inquiet, je suis resté à son chevet, écrasé  sur une chaise. Je suis resté longtemps. Longtemps est un mot qu’on ne peut pas calculer. Il n’y a pas de formule mathématique pour le mot « longtemps ». Six fois longtemps, reste longtemps.  Malgré l’invention des autos volantes, longtemps est un grand secret. Il faut courir le long d’un train pour le savoir, ou souffrir de migraine.

Le lendemain, la ligne avait été recouverte par une plaque rouge qui allait de l’oreille jusqu’au au cou. Je paniquais. J’aurais cherché un être supérieur dans la poussière derrière les  calorifères. J’aurais creusé jusqu’en Chine. J’aurais pioché le sol, le la, leurré le si…

Je ne sais pas à quoi servent les chapelets, mais j’ai eu envie d’en emprunter un  Misbah   ou komboloï. Une  fois désespéré, à chapelet donné, on ne regarde pas le grain.  Il est dit qu’il n’y a pas de différence entre tricoter une paire de bas et égrener un chapelet. Mais je ne savais pas tricoter. À Montréal, j’ai connu des SDF qui se tricotaient du bonheur avec des aiguilles remplies de drogue. Alors, j’ai enfilé des cafés, assis sur un banc, puis je me suis endormi. Mon corps s’est dopé de fatigue. J’aurais hurlé : « Mon Dieu! Faites quelque chose ». « Mon » étant un possessif, je me suis demandé si un « dieu » pouvait appartenir à quelqu’un. À part G.W.Bush.

Il a fallu quatre jours d’hospitalisation avant que la bactérie ne soit maîtrisée.  Je voyageais de la maison à l’hôpital et, de temps en temps,  j’allais travailler. J’étais angoissé de la voir malade, de peur de la perdre. Et, bête comme je suis, je me suis dit qu’on ne peut pas perdre quelqu’un puisque personne ne nous appartient. Mais d’un autre côté, elle faisait partie de l’amour que l’on de tout ce qui existe en ce monde.  Elle était sans doute la belle et infime cristallisation de tout l’amour que l’on porte en soi. De cet amour, cette proximité   qui était le ciment des clans, jadis.

Maggie est sans doute trop fragile pour continuer un travail aussi pénible.   Avec Maggie, je n’ai pas besoin de parler, d’expliquer. On se regarde et on s’entend comme deux bouches et deux oreilles recueillies en chacun de nous. On s’aime à tout vent. Rien que son souffle est musique pour moi. J’entends la mer et les vents siffler à travers les arbres.  Deux êtres qui respirent pendant des heures dans une même pièce finissent par se transformer de deux à  un. À force de s’échanger de l’air, la structure chromosomique subit des transformations.  Et quand Maggie  sourit, ou éclate de rire, je me dis que c’est là un acte de cette vie bien plus grand que celui de créer un transhumanisme qui, au fond, n’est que le rêve des riches techno crasses durcis jusqu’au métal et aux circuits électroniques.  Ils ne comprennent rien aux carottes. Ils veulent vivre longtemps, dix fois plus longtemps que les pauvres. Et longtemps est une mesure bête qu’ils ne saisissent pas. Ils  berlurent.

— Un perce-oreille est peut-être laid à voir, mais il ne fait pas de mal. Mais il y a des leaders qui massacrent ce monde.

— Tu travailles sur un article?

— J’ai commencé, mais ça me déprime. Même si je m’attaque au vieux Prescott Bush, père de l’encensé George Herbert Walker Bush – qui vient de s’éteindre et qu’on pleurniche à tous les canaux de télévision –  ça n’a pas empêché le fils George W. Bush  d’accéder à la présidence.  Le grand-papa avait financé l’ange Adolf, un peintre en bâtiments, car il ne peignait que des édifices. Chanceux qu’il fut, il a rencontré Albert Speer. Ça me soulève le cœur que ce cher Speer n’a eu qu’une peine d’emprisonnement. Il a été l’architecte des souterrains de travailleurs esclaves.  Il en faut des porte-voix pour atteindre une oreille et ensuite le  cerveau.  On ne peut pas aimer son chien et brûler des enfants. Et pourtant, on l’a fait. Et pourtant l’Oncle Prescott ( en Oncle Sam) y a participé. Et comme dirait Elvis : « One for the money ». On est en terrain minés de minables, de fraudeurs qui mettent au monde des fraudeurs.

— Tu devrais boire ton café à la cuiller…

***

© Gaëtan Pelletier 

Le Dépotoirium, Chapitre 27

Le Dépotoirium, Chapitre 26

Le Dépotoirium, Chapitre 25

Le Dépotoirium, Chapitre 24  

Le Dépotoirium, Chapitre 23

Le Dépotoirium, Chapitre 22

Le Dépotoirium, Chapitre 21

Le Dépotoirium, Chapitre 20

Le Dépotoirium, Chapitre 19

Le Dépotoirium, Chapitre 18

Le Dépotoirium, Chapitre 17

Le Dépotoirium, Chapitre 16

Le Dépotoirium, Chapitre 15

Le Dépotoirium, Chapitre 14

Le Dépotoirium, Chapitre 13

Le Dépotoirium, Chapitre 12

Le Dépotoirium, Chapitre 11 

Le Dépotoirium, Chapitre 10

Le Dépotoirium, Chapitre 9

Le Dépotoirium, Chapitre 8

Le Dépotoirium, Chapitre 7

Le Dépotoirium, Chapitre 6

Le Dépotoirium, Chapitre 5

Le Dépotoirium, Chapitre 4

Le Dépotoirium, Chapitre 3

Le Dépotoirium, Chapitre 2

Le Dépotoirium, Chapitre 1

Le Dépotoirium, Chapitre 27

27

On est devenus fleurs de lumière
Dans ce jardin rond de la Terre
Deux miroirs se mirant
Polis des ans et des ans

Ton œil est une lettre d’amour
Que je lis et relis, à fleur d’iris
Tu écris en bleu, moi en vers
Les tendres bouquets de nos délices

Jason

***

Quelqu’un a dit un jour que la beauté allait sauver le monde. On attend la beauté comme on attend Jésus ou Jéhovah. La beauté s’est tapie dans  les petites gens qui l’ont en eux.  Il y a des sourires et des rires qui sauvent le monde. C’est tout beau à voir. On voudrait s’acheter une autre paire d’yeux sur Ebay.  On en voudrait encore,  comme  si nous souffrions d’une faim immense de couper l’artère du mal en chacun de nous.  On cultive la laideur exponentielle, la destruction exponentielle, de par ces  portails organiques au pouvoir qui se prennent pour les nouveaux rois de ce monde. Des statuettes d’idoles concepteurs de jouets électroniques, ou de rejetons de Greenspan Le Fourbe.  On dirait que plus les dirigeants s’exercent à la stupidité, meilleurs ils deviennent.  Et voilà le  monde se  tord et grimace sous la douleur semée des  affairistes  barbouilleurs. Des nains de la Vie. Ils savent tout. Alors, ce sont des ignorants.  Il y a de grands jardins de laideur que plantent et engraissent, sèment et récoltent ces  gens d’un pays qui n’existent plus.  Le pays est devenu une fiction. La notion de pays est une hallucination participative.  La crapulerie des barbares à cravate décime  cette toile multidimensionnelle qu’est la création  pour la transformer en monnaie plate et insensée, puisqu’elle n’a rien de la vie. Elle n’a rien de nous. Rien du lièvre, de la tortue, mais seulement de la torture. Cette crapulerie nous écorche, nous moule à grandes douleurs pour nous formater, nous créer ou, plutôt, nous recréer.   Alors, on s’accrochait à son petit radeau Terre, en attendant que le fiel passe, que la lie prenne le train pour nulle part, les nerfs en boule, tendus  par le travail et la pagaye. Le gagne-pain étant  un salariat détroussant le minus habens machiné par la globalisation et les râpes incessantes qui nous brûlaient  la chair jusqu’à l’âme. Heureux, ceux qui communient à l’hôtel des pilules, des gélules, des nouvelles molécules!

Tous les mots lancés atterrissaient à nos pieds. Des articles boomerang. Zip! Ça vole dans le ciel du Net et ça revient. Du moins, nous en avions l’impression. Il a suffit de faire pousser des Dépotoirium ici et là pour récolter un peu de vérité. Alors,  un jour,  les gens se mirent tout de même à écrire sur des pancartes, à se vêtir de jaune, à râler, à vociférer, à marcher en rond. La démocratie avait des coliques. La démocratie engagea alors des milliers de types sortis tout droit de la Guerre des étoiles, et le prince – avec l’argent du peuple- mit fin à toute révolte. Car ce que l’on nommait mouvement, était une révolte. Ah! Les révoltes n’existeraient plus?  Ces milliers de soldats, carapacés ,   avec une physionomie de sauterelles géantes, caoutchoutées et testéronées,  lançant leurs balles de caoutchouc, accomplissaient leur devoir,  étaient devenus des néo-kapos.   On allait donner une leçon aux citoyens.  Celui qui casse une vitre, casse un pays. La violence des riches n’a rien à cirer du minet trimeur  qui rame et qui rame pour maintenir la vitesse de croisière de la monnaie virtuelle des riches qui ont  le pouvoir de la changer en avoirs réels. Les États créent des morales, les engraissent pour écraser le petit garnement qui ne comprend rien à la grandeur des pays. Petit homme, écrase-toi! Marmonne dans les rues. Fais tes petits feu-feux au coin des ruelles au nom de poètes. Be proud! Be Elvis et son désert de Vegas. Demande justice, exige ton pain blanc que tu achèteras bientôt sur le Net,   mais n’embête pas le système. On te livrera ta baguette. Elle sera codée. Nous créons de la richesse… Un mouton sans laine est encore vivant. Davaï! Davaï! Travaille.

Ce jour-là, Ariane perdit un œil, et Frédéric, une main.  La Terre n’était plus qu’un radeau sur lequel les gens s’agrippaient. Gelés, fourbus, tremblotant de l’âme. Une belle et longue bactérie couraient dans les entrailles des terriens. Une bactérie bien installée : celle de la somme de toutes les frayeurs .Peur de mourir de faim  dans une ville sans potagers, l’asphalte ayant tout bouffé. Peur de tout, même de la peur. Pas de bouffe? L’usine à cure-dents allait disparaître.

Un jour, les autos intelligentes, se promèneront dans les villes réclamant un pont, une route, un traversier. Les autos se fabriqueront elles-mêmes. Elles coucheront dans tous les lits de tous les pays. Les pauvres  auront la tâche de coudre les cuirettes des sièges, et le volant sera là où siège la compagnie. Les doubles freins seront enfreints.

***

De la fonte des neiges jusqu’à la grande orgie des vendeurs du Temple qui s’en donnaient à cœur joie en barbouillant toute la surface du globe, on ne savait où donner du cerveau. L’Alapi à dos roux, l’Engoulevent coré, le Ninoxe hirsute n’intéressent pas les investisseurs. Les oiseaux ne sèment ni ne moissonnent. Donc nous ne sommes pas intéressés par les investisseurs. À leurs yeux nous ne valons pas plus que ces oiseaux. Nous sommes des plumeaux en devenir. Les « Ils » et les « Elles ».  Car, creusant cet univers,  tout nous liant, nous sommes l’Alapi, le singe, le furet, la marmotte et le rosier sauvage ainsi que  le perce-oreille.   La liberté n’intéresse pas les thésaurisateurs.  Les arbres se laissent faire, parce qu’ils sont à cueillir, mais ne sont pas armés pour se faire faucher  irrespectueusement.  C’est la négritude de la matière, de l’eau, des sous-sols, de tout ce qui vit à l’air libre ou sous l’eau.  Cette eau  servait maintenant à fabriquer de l’essence  dans les immondes  carrières de  sables bitumineux.  Tout pour le petit poney d’acier qu’est la voiture.  Tout.  Dans les rivières naissent des poissons difformes. Comment  pouvons-nous échapper à ces difformités?  Nous sommes poissons. Nous sommes arbres. Nous sommes eaux.  Même les banquiers respirent de par les  arbres. Mais ils l’ignorent. Ce sont des ignorandères. Un animal en voix d’extinction. En voies de parler en menteries.    C’est la naissance des néo-Jourdain, ce monsieur,  qui, en parlant, faisait de la prose. On ne fait pas de poésie, ni nourrissons la vie avec un homme-slogan.   Dans les grandes cités du monde, les ciels avaient pratiquement disparus   sous le smog et les lumières nerveuses des soirées trop longues. Les avions parcouraient le ciel en volées d’oiseaux enchevêtrés, toujours plus nombreux, toujours plus chargés de juilletistes à longueur d’année, d’affairistes, d’acheteurs de paysages avalés par les téléphones. On dirait que la planète, tranquille, attendait le départ de ce voyageur venu il y a seulement quelques milliers d’années, pour se refaire.   Tout se mourait, tout s’éteignait. Le ravissement de la vie avait fait place à l’extase des miroirs qui parlent.

***

Maggie avait  un nouvel ami. Mais le nouvel ami de Maggie semblait cloqué de souffrances,  tout barbouillé de la vie, avec ses grands yeux noirs dessinés au fusain de l’enfer. Quand il nous a fait visiter sa demeure, un trou de solitude, une tanière qui refusait la lumière, une  baraque  plantée au milieu d’un bois avec toute la tristesse de l’automne, ça nous a remués.  Il pleuvait. Mais Monsieur  Bruno portait toute la sécheresse du monde sur son visage gélifié. Un visage de terre cuite.   On aurait voulu éteindre sa peine, le prendre dans nos bras, le serrer, le chatouiller comme un bébé pour le faire  rire. Le langer. Il ne riait jamais ni se boyautait. Du moins jusqu’à notre petite visite.  Bruno était un chat  noir ramassé par Maggie. Un chat noir qui habitait une maisonnette  sans plancher, avec une seule pièce et deux fenêtres.   Une grotte. Une grotesque.

Il a allumé le poêle  au centre de ce petit rectangle glauque. Le rhum était bon et ça l’a déridé.

Quand il s’est mis à rire, il parut délivré des carcans qui l’oppressaient.   Maggie m’a regardé du coin de l’œil.  On s’est compris comme des jumeaux en foire. Seigneur ! Il riait faux. Il riait comme les grincements de violon du film Psychose,  de Hitchcock.  On voyait et revoyait la scène sous la douche. L’alcool semblait déchirer le placenta dans lequel il était menotté. Ainsi libre, il se mit à parler, lui, d’habitude si muet.

***

En revenant à la maison, Maggie et moi  restions silencieux.  Le désarroi nous arrachait  les mots de la bouche. Bruno le chat n’était pas tout à fait équilibré. Un brin sublunaire. Alors, on ne savait que se dire. On pensait tout bas.  Il y a des bons et des mauvais silences. Et celui-là n’était pas du bon côté de la lune… On n’arrivait pas à dégivrer de la langue. Alors, on s’est endormis entre les pages d’un livre.

On n’a  jamais revu Bruno. Bruno a vécu le temps d’un logis provisoire : maison et corps.  Bruno s’est pendu.   Personne n’a su qu’il s’était suicidé. Personne. Personne sauf la police et  l’entrepreneur des pompes funèbres. Comme dans tous les villages, tout le monde le savait, mais personne ne l’a su. C’était un petit étranger bizarre. Qui s’occupe vraiment des étrangers bizarres?

On a oublié, ou presque. On a oublié parce que le lendemain  Carl a téléphoné pour dire qu’il venait nous visiter. On était enchanté. De vraies flûtes de Mozart. De la musique à nos yeux.

***

Peu avant, pendant que nous étions avachis sur notre couche, à lire, Maggie m’a regardé. La chambre était chaude. Le silence ne disait rien. On pensait à Bruno et à sa courte vie. On pensait qu’on allait  tresser une belle amitié et, surtout, le déstresser. La guerre fauche les jambes des enfants qui dansent.  La guerre économique fauche la joie des gens qui s’arrêtent de danser.  Avec le blé on fabrique du pain. Avec les gens, on fabrique de la richesse.  Au travail, il y a des vieillards qui ont des étoiles dans les yeux. Ils ont appris à vivre. C’était au temps des artisans de la vie. Aujourd’hui, c’est la machine de la vie. Ce n’est pas un marteau ou un tournevis, c’est une bête supposément intelligente qui remplace la douceur de construire, de bâtir, d’être le petit artisan de sa courte vie. Il n’y a pas d’école pour apprendre le « bonheur ». Hélas ! Il y en est pour apprendre à tromper  son voisin. Pour la Vie, il n’y a plus rien. Pour la machine, il y a tout.

J’ai éteint la lumière. Il y a comme une grande paupière qui s’est refermée sur la maison.

***

Le lendemain, Carl est arrivé avec un autre amour : une belle brunette avec un galbe de jambe  bellement musclé. C’était une athlète au teint cuivré. Une panthère.    Elle  s’amusait à tenter  de  guérir notre Carl  à coups de brocoli, de céleri, et de bouillons de légumes. On était aussi dubitatif que perdus, se grattouillant les tempes.

— Je vais le refaire de A à X.  Je ne me fais pas d’illusions sur le Z…  As-tu pris tes vitamines?

On  voyait Carl rigoler dans le coin-coin avec son air de canard et ses plumes. Il devait l’aimer pour se laisser dorloter vert comme dans converti.  Ça semblait l’amuser. Il se bidonne et s’abandonne, tout ébloui et ravi.

Le temps était doux. On est allés s’asseoir derrière la maison. Un bel octobre. Un lambeau de nuage léchait la lune ballonnant le ciel. Et puis, lentement, montèrent les cri-cri des grillons. Carl parut subjugué.

— Des grillons en octobre?

— Eh! Oui. C’est la campagne et le réchauffement climatique.

— Le réchauffement climatique! Il n’y a plus de feuilles dans les arbres, ou du moins elles sont déjà tournées à l’orange et au rouge vif. Il y a quelque chose qui cloche.

Maggie arrivait mal à cacher son sourire. Et la belle Annie, avec sa moue inquisitrice, avait l’air de se demander si elle ne rêvait pas.

— Beau soir pour essayer la cuvée de marijuana Made In Canada, dit Carl.

La belle Anne a soupiré.

— Mon amour! Tu devrais peut-être attendre un peu… T’entends les grillons?

— Ah! Je croyais à être le seul à les entendre.

Maggie se dirigea vers la lampe jaunâtre et activa un petit bouton. Le chant monta d’un cran. Il sembla en avoir des milliers qui stridulaient en frottant leurs élytres.

— Je vois. Produit de Chine. Il n’y a que les chinois pour créer une telle invention. Je me suis acheté un briquet électronique qui se recharge par une prise USB. On n’arrête pas le progrès, ni l’absence de moralité…. Pour changer de sujet…   Anne est une athlète. Elle fait des poids et haltères, coure, danse. Ça lui fait de belles épaules.

Jason regarda Carl avec son sourire le plus galopin  et se pencha vers lui. Il lui murmura  à l’oreille : « De belles épaules? Tu as une belle phrase pour éluder… ton penchant pour l’ensemble de son anatomie. Tu as trouvé une houri avant le paradis ».

Carl pouffa de rire. Puis il reprit :

— C’est bien d’avoir quelqu’un pour prendre soin de toi, Carl.    Vous vous connaissez depuis longtemps?

— Huit jours et deux heures…

— Tu as cessé de prendre… Des amphétamines, et le reste? On n’abordera pas le sujet…

— Huit jours et deux heures…

— Ça a dû être long…

— Pas besoin de te moquer…

— On se connaît depuis longtemps… Je pense qu’on avait seize ans. Tu m’avais prêté un DVD… Kurt Cobain. Tu voulais avoir des trous aux genoux…

— Tu vois. Anne en a…  Moi, c’est dans la tête.

— C’est la mode… rétorqua Maggie

— C’est la preuve que l’on peut vendre n’importe quoi au nom de la mode.

Les deux filles se sont dirigées vers la cuisine pour préparer le goûter. On les entendait rigoler. Maggie l’a aimée tout de suite.  Pendant qu’elle n’était pas là… Entre gars…

— Où l’as-tu dénichée?

— C’est elle qui m’a trouvé. Elle fait une maîtrise en sociologie sur les youtubeurs. Elle a pensé que j’étais le sujet idéal.

— Et tu as couché avec elle?

— À condition de me mettre au céleri et cacahuètes. Et marcher pendant une heure chaque jour…

— Ça alors! Et tu le fais…

— D’une certaine manière. J’apporte mon ukulélé… Et je triche en m’arrêtant près d’un gros érable.

— C’est …passager.

— Je n’ai jamais autant aimé quelqu’un. C’est difficile à croire… Même si elle a l’air compliquée, elle est simple. Elle est franche, surtout.  Je suis certain qu’elle sait que je triche mais elle trouve ça drôle. Alors, elle me fait faire des pompes en se bidonnant. Quand je rechigne, elle me dit que c’est bon pour mon… Enfin! Pour faire l’amour…

— Elle a dû accrocher à tes chansons.

— C’est ce que j’ai pensé. Sauf qu’elle ne me connaissait pas. Ça ne l’intéressait pas. Elle enseigne le yoga et c’est un de ses élèves qui lui a parlé de moi.

— En bien…

— justement, non… Ça a dû la rendre curieuse.

Les filles sont revenues. On a passé une belle soirée. On ne s’est pas compliqué la vie. On n’a pas cherché le bout du monde. Je ne sais pas si Anne est aussi géniale qu’elle semble l’être,  mais il y a des femmes qui mettent au monde des hommes.

Deux jours plus tard, j’ai trouvé un texte de Carl sur le Dépotoirium.

Je me suis dit que les pompes, c’est sûrement efficace pour l’ensemble de l’anatomie.

L’Antiprophète

 

Carlil Jibran 

Puis un maître dit, Parle-nous  du travail.

Et il répondit :

Que les écoles soient une usine à diplômes. Fabriquez et ne demandez vous pas ce que vous fabriquez. Le marteau et le clou s’interrogent-ils sur leur fonction?

     Et vous êtes les fourmis de l’État. Vous devez être construit pour le bien de L’État. Fourmi rouge ou fourmi noire, fourmi blanche,  peut importe. La sueur est acolore. Il faut qu’elle ruisselle et se propage jusqu’à l’intérieur de vos êtres. L’humain s’aiguise par le faire.

On fera de Jean  un cuisinier ou de Paul  un technicien  capable de  créer un grille-pain  qui terminera sa vie à la millième journée.   Et vous jetterez le grille-pain.  Et quand tout le monde jettera son grille-pain il y aura quelqu’un pour l’enfouir. Ne vous demandez pas où est passé le grille-pain, demandez-vous ce que le grille-pain a fait pour vous.

Ainsi, ils créeront des emplois. Bénissez le lave-vaisselle, le frigo et la cuisinière. Ils vous permettront de travailler jusqu’à 70 ans, mourant si vite ils aimeraient tant  avoir de votre vie, votre temps.

Ne vous acharnez pas à penser.  Et quand on ornera vos bureaux d’un titre, vous vous direz : j’ai raison, je suis bien, je vis  dans un château, je conduis une voiture construite là où j’aimerais aller, mais c’est si loin que je dois prendre l’avion. Ils tisseront le jour vos rêves des lendemains. Il n’y a pas d’accomplissement sans douleur. Tout travail accouche d’une grande patrie.

Et comme disait Santa Tatcher : « Il n’y a pas d’alternative ».

Apprenez que   dans le sommeil des  cerveaux endormis personne ne peut  distinguer savoir et sagesse. Le travail est votre liberté. Il vous épargnera la prison de la faim, de la soif. L’eau d’une bouteille sait-elle qu’elle est emprisonnée?

Qui a besoin de sagesse? Ne cherchez vous pas le pain, les sushis, les burgers et les bons riz?

La vache sait-elle qu’elle appartient à un troupeau?  Du lait qu’on lui prend, la vache s’en plaint-elle?

Garder une vache pour se nourrir est bien, mais engager quelqu’un pour traire mille vaches est mieux. Soyez quelqu’un. Soyez l’un qui pense pour tous et que les « tous » oublient les « uns ».

 Vous dormez mal? Vos draps sont-ils inadéquats? L’État a tout du diazépam,  et du sommeil les pannes.

En vérité, celui qui  sait combien de vaches, de dindes et d’avocats, de cuisiniers, de vendeurs d’assurance et de comptables sont nécessaires à L’État, est celui que vous avez élu.

C’est l’élu. Et, le matin, en lisant le journal, rassurés, vous direz : « Je sais, je l’ai lu ».

On vous fera suer comme les fleurs aux matins de rosée. Et c’est bien ainsi. La lavette tordue est celle qui lave le mieux pour faire à croire à la beauté et au lustre de ce monde.

Et quand vous serez vide de vos nerfs, vous apprendrez à haïr ou à être indifférents aux autres. La gélule qui gèle vous redonnera un peu de zèle.

Vous irez aux guerres nécessaires. On fournira logis et repas, armes et tombeaux et on vous reléguera. Ne vous demandez pas qui vous tuez, mais « quoi ». Et si la réponse ne vient pas, la médaille suivra. Et vos enfants, et vos petits enfants de l’admirer, diront : « Papa était un héros ».

Vous serez plongés dans la misère pour manger. Il faudra apprendre par vous-même à apprendre d’où vient votre Ketchup, vis fromages, et les feuilles saladières de Californie, afin de les copier et les réusiner en un nom parent à ceux de vos pays.

Peuple d’Or-falaise, il vous faudra vous vêtir des tissus du bout du monde, remerciez les travailleurs de moins de 12 ans pour les belles coutures de vos vêtements, car ils servent à larder vos bouches et vos rires en paonnant.

L’auto électrique sauvera le monde. Ce sera le Jésus mécanique électrico-électronique de l’ère nouvelle. Vous irez, en toute quiétude, aller chasser les l’élan et la gazelle, sans masques, le toupet au vent, avaler de vos caméras   les paysages les bucoliques paysages.

La misère est le repos du travailleur.

Le labeur en est  le beurre.

Carl

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© Gaëtan Pelletier

Le Dépotoirium, Chapitre 26

Le Dépotoirium, Chapitre 25

Le Dépotoirium, Chapitre 24  

Le Dépotoirium, Chapitre 23

Le Dépotoirium, Chapitre 22

Le Dépotoirium, Chapitre 21

Le Dépotoirium, Chapitre 20

Le Dépotoirium, Chapitre 19

Le Dépotoirium, Chapitre 18

Le Dépotoirium, Chapitre 17

Le Dépotoirium, Chapitre 16

Le Dépotoirium, Chapitre 15

Le Dépotoirium, Chapitre 14

Le Dépotoirium, Chapitre 13

Le Dépotoirium, Chapitre 12

Le Dépotoirium, Chapitre 11 

Le Dépotoirium, Chapitre 10

Le Dépotoirium, Chapitre 9

Le Dépotoirium, Chapitre 8

Le Dépotoirium, Chapitre 7

Le Dépotoirium, Chapitre 6

Le Dépotoirium, Chapitre 5

Le Dépotoirium, Chapitre 4

Le Dépotoirium, Chapitre 3

Le Dépotoirium, Chapitre 2

Le Dépotoirium, Chapitre 1

Le Dépotoirium, Chapitre 25

25

Chassez l’inconscient par la porte il revient par la fenêtre.
Freud

Le petit moteur de la tondeuse à gazon communiquait sa trépidation au bras de Higgins et, par son bras, à son corps entier, de sorte qu’il n’avait plus l’impression de vivre au rythme de son propre cœur mais à celui de la machine. Rien que dans la rue, il y en avait trois, plus ou moins pareilles, qui fonctionnaient en même temps, avec le même bruit rageur, parfois des ratés, et, quand l’une d’entre elles s’arrêtait, on en entendait d’autres plus loin dans le quartier.
La boule noire, Georges Simenon, Page 1,  Paragraphe  1

Perdre son temps sans perdre sa montre
    Mes arrières grands parents perdaient un temps énorme à ne rien faire. L’hiver, pendant la période des fêtes, étant pauvres, ils se fabriquaient des cadeaux. Amazon n’existait pas.l’hiver. Pas de camions, pas de bus, pas de trains, pas d’avions. « Voici ton cadeau ».  Ils jouaient aux cartes le dimanche, surtout en hiver. Il faisait froid comme à Stalingrad, en décembre 43. Le poêle bouffait  comme un Gargantua du bois et du bois, de l’érable, du bouleau, du merisier. Le poêle était rouge. Avec sa grande gueule de fer, ses chromes et ses parures, ses fausses dorures, on aurait dit  un chevalier bardé du moyen-âge, un  combattant du froid Sibérien qui régnait sur le Québec à partir du 15 décembre.
    Ils avaient trois mois pour faire leurs provisions. Trois mois et deux jardins à côté de la maison.
    On enfouissait dans la cave les choux, les pommes de terre, les carottes.  De temps en temps, on tuait un cochon. Un cochon était une bûche rose, remplie de protéines, de graisses et d’os pour faire les soupes. Le cochon et les pommes de terre  maintenaient la chaleur de leurs  corps aux alentours de 37 degrés.  À  — 20 degrés, les occupants  allaient faire leurs besoins dans la petite remise à attenante à  la maison. La nuit, ils « préféraient » pisser à l’intérieur dans un « pot de chambre ».
     Ils avaient une vie de misère, car il leur fallait  sortir de la maison pour jauger le temps qu’il faisait en mouillant leur index dans leur bouche  pour s’en faire un thermomètre.  C’était au début de l’autre siècle, quand les gens allaient à la messe en carriole,  avec pour moteur un cheval vapeur qui crachait des panaches blancs de ses narines. Le cheval était intelligent, car il semait des crottins  pour retrouver son chemin, au retour de la messe de minuit. Un vrai petit Smartphone  quadrupède!
   Qu’avons-nous gagné? Pendant qu’ils faisaient l’aumône aux pauvres, aux Églises,  nous faisons « aumône » aux riches. Nous avons simplement changé de misère. Une servitude non pas liée à la dureté de la nature, mais à celle des humains qui ne savent plus reconnaître d’autres  humains. La naissance de l’humain émeri…. On se fait émeriser de nos avoirs par tous les voleurs patentés. On se fait paupériser par la classe de riches camouflés derrière les politiciens : les masques. Tous des Zorro zéros en ce qui concerne la vie.

Jason
***
Au bout d’un temps, au bout de jours, au bout d’un mois, la pensée cessa de faire son petit cirque du soleil, ses cavalcades, ses petites parades d’excitée par tout ce qui bouge, tout ce qu’on vend. Les avides – que nous étions devenus – tournant à vide commençaient à se désintoxiquer de la drogue de l’avoir et de l’avoir +.  Colmater ses vides jusqu’au vertige. Le colmating est un art de vivre. Enivrons-nous d’une rasade, une bonne lampée de gadgets, de colifichets électroniques. De temps en temps, les riches changent de pauvres à râper. Ils font tous les pays de la Terre pour en dénicher. À la bataille de Stalingrad, tous les soldats avaient des poux. Et quand ils mouraient, les poux déménageaient vers les vivants. Ainsi sont  les mallophages affairistes qui finissent par nous gangrener l’âme. De sorte que nous n’y pensons plus. Personne ne se lève pour dire : « Oups! J’ai perdu mon âme ! » Non, pas même ceux qui ont perdu leur portefeuille ou pouvoir d’achat.  De sorte que l’on devient machine à la place de la machine. Nous croquons de l’électronique. Croque-Croque. Mange-mange. Avale en amont! Vomit en aval.
***
Le  soir, en campagne, la cerveau reprend son rythme de chasseur-cueilleur éreinté.  Il n’y a pas de lampadaire pour écarquiller nos deux grands yeux peureux ou affolés.  Pas de magasins aux façades multicolores et tapageuses.  Il n’y a que les étoiles discrètes, éparpillées dans le champ  noir de la coupole céleste. Elles papillotent et brasillent des cils. On dirait de grands yeux-lucioles venues d’autres temps, d’autres espaces.  Et c’est ainsi que l’esprit éteint son feu et refroidit la grande braise des épouvantes frayeurs semées dans le creuset du quotidien. De la lumière partout, à embrasement continu. Un petit brûlé sera plus tard un grand brûlé. On a tué les nuits et gommé les  étoiles.

Tamisez Londres
Éteignez Paris…
L’amour qu’on me donne
N’est celui dont je rêve la nuit
( Merci, Monsieur Lafontaine)
***

Je me souviens des premiers pas dans notre maison, du plancher légèrement gondolé, des premiers regards vers les murs et les plafonds, vers les fenêtres. La maison était vivante. Je ne sais – ou ne savait à ce moment-là – en quoi elle était autant  vivante, aussi accueillante, vive et chaude.  Des vibrances partout. Invisibles mais palpables. Inaudibles mais tellement bavardes. Sorte de grand-gueule pour l’âme. Il y régnait des atomes de l’univers entier, des temps anciens, de vies passées si lointaine, si profondes, que je ne pouvais pas capter tout cela avec la raison. Quelque chose d’autre existait, était,  survivait. Ma mémoire profonde était liée à sa mémoire. J’ignorais en quoi ma vie était en quelque sorte sabotée. Plus tard, j’ai pensé que c’était cette distance avec l’inconnu bien plus riche que ce  connu que nous admirons tant. J’étais intrigué et curieux. Il y a des langages que nous avons oubliés. Nos vies étaient en quelque sorte une palilalie des comportements. Une répétition involontaire de gestes et de croyances inculqués. Nos vies étaient-elles nos vies? Je ne voyais en cette vie qu’un voyage dans la matière. Nous étions des vaisseaux roses, noirs,  jaunes ou rouges. Peu importe la couleur des vaisseaux. Nous étions en voyage. Nous étions ici pour un temps pour une heure, pour leurre. Car tout ce dont nous pouvions voir de nos regards étriqués n’étaient qu’une illusion de la matière.
J’ai demandé à Maggie. Maggie a des réponses à tout. Et pourtant elle ne se gave pas de savoirs. On dirait que les savoirs la poursuivent.  Elle est une porteuse de savoirs.  C’est une antenne de la Vie. La vie avec un grand V. Il suffit de lui demander…
— Je pense que c’est le bois, m’a-t-elle répondu.
J’étais sans mot.
— Oui, le bois duquel est fabriquée cette maison. Le bois n’est pas réellement mort. Le bois a conservé toute la paix des forêts, toute la vie, touts les événements, mêmes les plus ténus et en apparence  futiles ou considérés peu importants. Tout. Les murs sont en dormances. Les murs sont des disques durs. Toutes les plantes qui entourent la maison également. Cette maison est faite d’arbres abattus et taillés  par des humains, des arbres empilés  les uns sur les autres. C’est à la fois un mur contre le monde extérieur  et une communication continuelle avec le vivant des forêts, du temps passé, d’une mémoire invisible et inaccessible.  Nous sommes loin de la maison luxueuse de Maude et Théo. Mais je crois que c’est nous qui avons le vrai luxe. Tout s’achète. Tout s’achète sauf l’ataraxie, cette quiétude des philosophes.

Pendant les jours qui suivirent, dès que nous avions congé, nous partions en balade dans le boisé derrière la maison. Et c’est là que je fis la découverte de ma « madeleine » de Proust.   Dès que l’air frais d’automne prit  le dessus, que les arbres commencèrent à  agiter les branches pour se délester de leurs feuilles, je fermais les yeux. La maison était chaude, mais au moment de franchir la porte, en fermant les yeux j’entrais dans un état second que je finis par saisir à force d’être attentif. Cela provenait de mon enfance. Je devais avoir cinq ou six ans. Ma mère m’envoyait toujours jouer dehors au milieu de l’avant-midi. En hiver, dans le village où j’étais né, le vent froid  et le décor environnant paraissaient bloquer toute pensée en provenance de la mémoire. Je restais muet dans un état de contemplation totale, sans parasites de souvenirs, de connaissance que l’on garde et qui tournent tels des chevaux de foire dans la tête. C’est à ce moment que je l’ai reconnue, cette « madeleine ».  Elle  était là, quelque part en mon être, caché, et avait été profondément  enterrée par ’une vie « active » et agitée. Ainsi, tout au long de nos vies, nous nous délestons de ces moments présents, pris dans une trappe de temps, entre le passé et le futur.
***
Ce soir-là, à l’automne qui approchait, j’écrivais dans un recoin de la maison, à la lueur d’une petite lampe que j’ai remplacée plus tard par une chandelle. La chandelle a des vertus : elle est discrète. La flamme valse et se tortille et  ne projette qu’une faible lueur. Et cette danse de lumière paraissait avaler le conscient et éveiller l’inconscient.  C’est elle qui, je crois, m’a inculqué l’idée de rouvrir Le Dépotoirium.
— Maggie, il faut rouvrir Le Dépotoirium.
Elle a souri…
— Je m’en doutais.
***
Chaque soir, on lisait au lit. On lisait des ouvrages sur l’art de jardiner,  des romans policer, des essais et des tentatives.  On n’avait pas les moyens d’acheter des livres. J’avais déniché  de vieilles liseuses  dans les petites annonces classées. Alors on se ravitaillait sur des sites plus ou moins …nets. From Russia With Love! .RU.  Rue de la sardine, Les charbonniers de la mort, Quand la Chine achète le monde, etc. Il y en avait pour les fins, les fous. Même des livres d’âmes folasses   qui trempaient leur clavier dans de grands sujets tous brouillonnés.

La chambre était parfois  froide, si froide, que nous grelottions. Dans les draps de glace, on enfouissait des briques chauffées sur le poêle, ou des pochoirs spéciaux que l’on pouvait chauffer à la micro-onde. Tout était bon. Même le 37 degrés qui multiplié par deux en faisait 74.   Alors, on se collait comme deux Maine Coon. Pour se réchauffer.  On riait de nos petits malheurs et de notre matelas posé par terre, faute de lit. On avait de la vie dans nos veines à faire éclater nos hormones affolées. Des hormones ou des ballons.  On s’aimait d’amour tendre, on s’aimait d’amour dur, d’amour qui dure. On s’aimait, même si on ne savait pas pourquoi on s’aimait. Et qui donc connaît les liens de l’amour? Je me suis dit un jour que nous avions des affinités. Mais que signifiait vraiment ce  qui m’était venu à l’esprit? « Affinités ». Cela rappelait des liens.  Et ces liens invisibles avaient son secret dans un univers   mal connu. Il me vint alors une réponse qui m’empêcha de dormir… Tout était lié. Nous étions des « détachés », des pièces de meubles Ikea qui essayaient de se monter un dieu pour vivre. Nous étions une fleur de vie perdue dans des fleurs de vies.

Les faux dieux avaient le droit de se faire laminer d’or par la petite gente agenouillée. Les États et leur nouvelle religion « laïque » étaient  apparus pour remplacer le « vieux dieu » désuet. Les dieux sont comme les appareils à obsolescence programmée : ils font un temps. On se fera des colliers de messies pour sauver le monde. On consomme des messies comme des appareils électroniques. L’Univers n’a pas de temps et ne peut avoir comme horloger un banquier visqueux et dérapé, portant une cravate en forme de serpent qui lui descend jusqu’au nombril. Comme dans la période nazie,  ils ont donné une tâche et un costume à chacun. Les États distribuent les galons. « Créateurs de richesse »! Mon œil de pirate véloce. Faire confiance aux banquiers et à l’économie c’est se faire un dieu d’une énorme peau de banane qui encercle la Terre. Alors, nous glissons. Continuons de les laisser nous pigeonner.

Ils sont costumes.
Et fiers de l’être.
L’être et le néon.
L’été les papillons courent les ampoules électriques.
Nous sommes papillons.
Nous sommes les soumis des bombix et votons en X.

Après avoir noté que le chat se tenait toujours le long d’un mur, Maggie m’a dit :

— Il a peur de se faire attaquer par un  prédateur. C’est un réflexe chez les chats….

Il est tellement beau et poilu, rond et velu qu’on l’a baptisé Plumeau. Quand il passe dans la maison, sa toison semble ramasser toute la poussière qui flotte  sur le plancher.

— Avec ce qu’il mange, il va nous faire déclarer faillite.

Maggie rigole. Dans son petit coin, elle arrange son bracelet de montre acheté sur Ebay. J’ai beau chauffer et chauffer, les fenêtres sont trop abîmées. Il passe de l’air comme dans le cerveau d’un politicien.  Celles du deuxième étage, surtout. Il faudrait les changer, mais nous n’avons avons attrapé la pauvreté provisoire. On rit jaune, mais c’est vrai. En attendant,  J’ai calfeutré celles de la chambre avec du plastique et de la laine minérale.

Comme le chat, on s’est installés à la frontière d’une forêt qui se perd jusqu’au Maine. C’est notre mur de chat.  On craint les prédateurs lardés d’avoirs, investisseurs qui morfalent des mal-heureux. En deux mots, un mouvement. Là où nous sommes installés, il y aura nulle part où aller, donc il n’y aura pas de route.  Hier, en allant faire une balade, j’ai vu des sentiers des empreintes de  lièvres. Je ne connaissais rien au lièvre, j’ai regardé sur Wikipedia. Il y a tellement de sentiers que l’on croirait se rende en Sibérie ou au bout du jour en skiant.  Alors, nous  sommes allés chercher de vieux skis à l’éco-centre de la ville voisine. Le type, un grand maigrichon, nous les a vendus deux dollars CAD.  Quand on a voulu fouiller le conteneur où se trouvaient les télévisions et les ordinateurs, il n’a pas voulu qu’on entre.

— Les ordinateurs peuvent contenir des renseignements… Je n’en sais pas plus. C’est mon boss qui me l’a dit.
— C’est à vous l’auto, là?
— Oui. La meilleure de sa catégorie. Quatre roues motrices…
— J’adore les autos couleur orange.
— Oui. C’est vrai que c’est beau…
Puis après quelques secondes :
— Vous êtes nouveaux dans le coin.
— Ah! Ça paraît autant?
— C’est simple, ce sont toujours les mêmes qui viennent ici pour ramasser quelque chose. Les autres jettent…
— On s’est installés ici. On vient de Montréal.
— Montréal? Vous allez vous ennuyer ici.
— Il y a l’internet…
Quel beau sourire! Sardonique…
— Vous vous moquez de moi?
— Non. Pas du tout… J’habite le même village que vous. Je vous ai aperçus un jour en allant visiter tante Yvonne.
— Et c’est drôle?
— Non. Mais il y a une coutume ici. Du moins entre les habitants du village. On fait des gageures sur le temps qu’ils vont rester…
— Vous avez parié contre nous?
— Oui. Parce que ceux qui restent sont ceux qui cultivent des morceaux de terre abandonnés. Ils ont les cheveux longs, ils sont habillés de… façon bizarre, et certains écrivent des livres. Ils s’intègrent rarement à la vie du village. Ils ont un pied à Montréal et un talon ici… Ma femme leur achète de l’ail. Elle ne veut plus de l’ail de Chine. Elle dit que même les chinois n’en mangent pas.
— Je vois…   Mais à votre place je parierai contre ceux qui parient contre nous. Maggie a une montre de Chine. C’est moins dangereux pour la santé.
— Oui. C’est possible. Mais c’est à voir. Je connais bien votre maison. Elle est solide. Elle a été bâtie par Isidore Beaulieu. Dans le temps, on les faisait solide et en bois. Rien que du bois… Les pièces proviennent des vieux camps de bûcherons qui travaillaient dans un village qui a été abandonné.  Mais tout ce monde s’est regroupé à l’arrivé du chemin de fer. Ça fait partie de l’Histoire…
— Ça vous tenterait de prendre un café à la maison?
— Pour avoir un ordi pas cher? Répondit-il, moqueur.
— C’est une partie de la chose. Mais on peut s’en passer.
— Rien que votre timbre de voix me dit que vous êtes franc et honnête.
— C’est ce qu’on est…. Du moins je le crois.

— Vous n’êtes pas obligé, vous savez…
— Non, mais ça me tente. Des gens qui achètent des skis et qui n’ont pas de souliers…
— Qui vous a dit qu’on n’a pas de souliers?
— Parce que ça n’existe plus de souliers pour ces attelages.
— Vous avez une solution?
— Changer les attelages. C’est simple… Et achetez des souliers.

Le bal des Éluminés

Tout le poids du faux et grand récital de la mondialisation est issu et tissus  des arracheurs de dents milliardaires alliées aux éluminés. Élus et illuminés. Le citoyen est une souris  coincée dans une trappe-nigaud. La grandeur du travaillisme,  ou autres petites sucreries pour  édenter les peuples,  est en train de fondre. Les Éluminés  poursuivent,  en bon curés de société, leurs sermons sur les montagnes d’écrans plats. Fais ton devoir, petit citoyen! Fais-nous pousser une pomme de terre et on te refilera les épluchures! Donne-nous 60% de tes revenus et on te guidera. Tu es né pour les épluchures. Fais ton devoir! Ramasse tes petites ordures de plastique. Arrêter les fabricants de sacs de plastique? Non!Non!Non! Pas question.  Ce sont des emplois. Et on ne touche pas aux emplois. Sinon, vous allez crever de faim. Voulez-vous crever de faim? Voulez-vous ne pas avoir suffisamment d’argent pour courir les vendredis fous, vous attrouper aux ouvertures des magasins afin de grailler du désir les Smartphones auxquels vous êtes attelés? « Mangez de mon discours. Mangez-en tous, car ceci est mon cors. Je parle en pubs d’auto. Mais vous m’écoutez ».  Petits béni-oui-oui. Nourritures à Morlocks. Ainsi nous sommes dans l’inattention mièvre et assommante. « Haïssez-vous les uns les autres. Nous vendrons plus d’armes. » 

Jason

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© Gaëtan Pelletier

Le Dépotoirium, Chapitre 24  

Le Dépotoirium, Chapitre 23

Le Dépotoirium, Chapitre 22

Le Dépotoirium, Chapitre 21

Le Dépotoirium, Chapitre 20

Le Dépotoirium, Chapitre 19

Le Dépotoirium, Chapitre 18

Le Dépotoirium, Chapitre 17

Le Dépotoirium, Chapitre 16

Le Dépotoirium, Chapitre 15

Le Dépotoirium, Chapitre 14

Le Dépotoirium, Chapitre 13

Le Dépotoirium, Chapitre 12

Le Dépotoirium, Chapitre 11 

Le Dépotoirium, Chapitre 10

Le Dépotoirium, Chapitre 9

Le Dépotoirium, Chapitre 8

Le Dépotoirium, Chapitre 7

Le Dépotoirium, Chapitre 6

Le Dépotoirium, Chapitre 5

Le Dépotoirium, Chapitre 4

Le Dépotoirium, Chapitre 3

Le Dépotoirium, Chapitre 2

Le Dépotoirium, Chapitre 1

 

Le Dépotoirium, Chapitre 24

Chapitre 24

Une âme est grande quand elle contient toutes les autres. Une âme est grande quand elle sait qu’elle n’est que le fragment d’une autre.

Maggie

1%

Qu’est-ce qu’ils ont les hommes? Ou qu’est-ce qu’ils n’ont plus? 1% d’entre eux a  réussi à encercler 99% d’entre eux. Ils se sont enfermés, enclos telles des bêtes dans l’ignorance, par la confiance et la culture des dieux. La foi rase les montagnes.

Ils étaient ivrognes. Ivrognes de la gloire. Ivrogne de la réussite. Peureux jusqu’à l’étrier  de l’oreille. Alors, ils se sont mis à boire en léchant des écrans. Il en sortait un miracle, la magique ébullition de leur gargouillis de ventre et de cerveau affamés. Ils eurent droit à tout. Sauf à la liberté… Aujourd’hui, ils traversent les ponts des villes dans leur merveille d’auto(ritaire), noblement cirée, tirée du fer du  Canada,  du lithium du Brésil, munie d’une caméra de Chine pour voir ce qu’il  y a derrière eux… Une queue… Une queue de voitures qui rampent à 1 kilomètre à l’heure, en hiver, fulminants du panache du tuyau d’échappement  que la route se dégag des voitures qui attendent à 1kilomètreà l’heure  heure…

Jason

***

Quand à quatre-vingt dix ans tu as les yeux d’Yvonne, tu as les yeux d’Elsa. Et ses yeux étaient si profonds qu’en l’approchant pour la voir, j’ai vu tous les soleils, j’ai vu tous les ans venus se mirer. Ainsi était Yvonne, un hellébore, une fleur prolongée de cette existence. Elle me prit la main. Une main chaude, pleine d’émoi. Il y a tant qui nous échappe. . En fait, dans la vie, tout nous échappe. Nous sommes programmés pour des ignorances provisoires.

— Vous êtes le nouveau?

— Je pense que oui. À moins qu’un autre ait arrivé avant moi.

— Vous êtes le troisième en quatre mois. Les autres ont eu peur du silence. Ou des lamentations des vieux.  Ici, parfois la maladie hurle. Elle crie pour s’extraire.   Du moins de temps en temps. Dehors, c’est une autre forme de  silence qui fait fuir les citadins… Les gens de la ville ont peur d’être seuls, on dirait. Ils s’ennuient du bruit et de l’effervescence.   Ils aiment les concerts des bus, les sirènes qui déchirent leurs tympans. Ici, il n’y a que les oiseaux… Ils croassent et passent. Certains  chantent, d’autres pas. Je suis née en ce coin de pays. Je suis partie longtemps. Je suis revenue pour le revoir et repartir. La planète n’est peut-être qu’un fil électrique sur lequel se posent les humains…

—  Vous êtes une locataire?

— Pas encore. Je suis bénévole… Je suis encore trop jeune…

Bien sûr, elle blaguait. Le bleuté des veines en disent long sur le parcours  d’une vie. C’est une carte sur la chair humaine avec ses tracés et ses infimes brisures.

— Venez visiter, avant de commencer…

J’avais aidé des vieux à mourir, maintenant, j’allais les aider à vivre. Je les avais aidés à traverser leurs peurs. Je les avais calmés ou simplement écoutés. Dans cette vie il y a des bouches à nourrir, mais aussi des oreilles. Ma mère m’avait dit que jeune j’avais été un garçon sage. Je pense que j’avais simplement compris qu’en écoutant sa petite voix intérieure, on apprenait davantage. Le reste était tapage. Et du reste je m’éloignais. J’avais mes encoignures, mes tranquilles solitudes. Le tohu-bohu n’a jamais enseigné quoique ce ne soit à personne. Air  de Bach n’est pas un chambard. Air est une poignée de vibrations colorées  arrachées à un autre monde. On choisit son petit jardin : la laideur ou la beauté. Les fabricants d’armes ont aussi leurs claviers.  J’avais simplement choisi le mien sans en connaître la « raison ». Il y a autre chose que la raison en ce monde quand on creuse plus loin que la manne vendue par les marchands du Temple Bleu.   J’avais au moins appris qu’au bout d’une vie, cette vie n’avait rien de facile. Alors, en quoi pouvais-je les aider?

Je crois que j’allais seulement les aimer.

Personne ne sait ce qu’est l’amour. C’est un mot. Et chacun décide de sa signification. Ce mot en a presqu’autant qu’il y a d’humains sur Terre. C’est le mot dont on abuse dans un monde bâti sur la haine.

Je ne sais pas vraiment qu’elle ma définition du mot « amour ».  Je me sens malhabile à l’exprimer. Je joue de l’amour comme les chanteurs country jouent de la guitare. Parfois je suis un  piètre musicien de l’amour comme nous le sommes à peu près tous. Piètres à ignorer ou à confondre le sentimentalisme et l’aimer-respect. D’aimer, il ne reste que le respect profond. Je cherche toujours. Et toujours je cherche. Affamé d’un mot perdu, jamais vraiment connu. Si vainement confondu à l’agitation de glandes turbulentes. Qui sait? Le chercheur d’or sasse la vase et l’eau de la rivière. Mon corps est une rivière. Mon âme et un océan. Je creuse et je creuse. Je brasse et je sasse. Je fouraille pour les pépites. Peut-être que l’amour est jaune. Peut-être que l’amour est vert?  Peut-être est-il une aurore boréale de l’âme et des chakras valsant au fond d’un monde trop profond en nous. J’aimerais en faire une équation. Mais il y a sans doute des mondes qui échappent aux chiffres, aux calculs. Et je reste coi dans mes quoi. Ainsi va le monde. Ainsi vont les êtres. Et sans doute que cette partie de nous, cette ignorance d’être et d’agir est la plus grande des shoah.

 

Les jeunes ne savent pas voir les trésors des vieux. Ni les gouvernements.  Les jeunes ont des ornières toutes neuves, roses.  Chez les vieux, on dirait que leur chair a été épongée. Ils ont l’air d’avoir toujours soif. Ils sont secs, semblables à des lunes de dunes empilées.. Les jeunes  sont nés au moment  des tablettes électroniques. Et ils sont ces nouveaux amérindiens trompés par la religion l’infini apparent des   magico-matrices.  Pour eux les vieux n’ont pas de vie. Pourtant, ces tortues vivent souvent un siècle.

Quand on ne porte pas attention à la vie, on risque de vivre et de mourir en brouillon. Ils trouvent étrange que  les « personnes du troisième âge » se mettent à trois pour envoyer un mail. Ils ne font pas la différence entre un humain et une télé 3D.

C’est vrai qu’ils ressemblent parfois à des néfliers, ces arbres crochus. Ils marchent tout de travers, et vont, on dirait, dans aucune direction.

On comptait soixante-cinq  locataires. Si on ne les comptait pas, on comptait des milliers de vies. Certains administrateurs comptaient soixante-cinq bouches. Les liardeurs comptaient sans doute les dents. D’après une étude du Ministère des Chirurgien Dentistes, un édenté coût moins cher à nourrir.

LISTE DES CLIENTS PAR PRIORITÉ  D’ENTRÉE

* riches ( avec ou sans dents, prothèses ou gencives)

* Édentés

* Semi édentés

* râteliers (prothèse supérieure)

* râteliers (double prothèse)

* râteliers ( à côté du plat ou hors bouche)

Les voies des gens chiches  sont impénétrables. Le mot riche ressemble trop au mot chiche. Mais les voies sont au moins  rentables… L’efficience est calculable en fonction de la division des opérateurs engagés n’ayant aucun contact réel avec les usagers. Loin des yeux, loin des peurs. Dans le cas de l’analyste éloigné,  on parle de téléprocédure. Ainsi va le monde : l’implantation de la téléprocédure est la manière de diviser pour régner ou faire régner.  La manière de se tenir à distance de la douleur, de voir la douleur, de la ressentir dans son empathie enterrée.   Alors, on manque la beauté parfois camouflée sous ces douleurs. On rate tous les passés quand on n’est pas présent.

Je suis allé à la pêche aux regards. Sans appât, sans cannes, sans lignes.  J’aimais voir la vie à travers les yeux qui restent ou ce qui reste des yeux, ce tout petit miroir de l’âme. En passant près d’un locataire, je le vis rivé à  sa boîte de pilules. Il devait en prendre une dizaine, voire davantage, par jour. Il les scrutait à la loupe.

« Celle-là est jaune. C’est bizarre, la blanche a la même forme. »

— Charles souffre d’Alzheimer. Avant, il était joaillier. Alors, il voit le monde en joaillier… Il faut le surveiller, car de temps en temps, il fait des dessins d’enfants avec ses pilules. Un jour, il les a collés sur un papier et l’a suspendu au mur de sa chambre. Puis il a fait une exposition de son œuvre. Il demandait dix dollars pour la contempler. Un joaillier qui a rêvé d’être peintre.

—Il a fait beaucoup d’argent?

— Il y a une bande de drôles qui lui ont fait de faux chèques. Ici, malgré les apparences, on s’amuse beaucoup. Pas toujours… Comme dans la vie. Mais, parfois, c’est la fête.

— Vraiment?

— C’est fou ce dont on peut se souvenir. Il en a refusé plusieurs… Vous connaissez les Amas du Japon? Elles pêchent des perles en apnées. Et parfois elles sont vieilles. Elles ont quatre-vingts ans et plongent encore. Elles peuvent garder leur souffle pendant quatre ou cinq minutes.  Lui qui avait une passion pour l’argent ne l’a jamais perdue. Il n’a jamais perdu son souffle, sa passion.  Même qu’il se souvenait de la richesse ou de la pauvreté et de la richesse des gens du village…  Mais pas souvent de leur nom… Il m’a dit un jour qu’il les reconnaissait à leur voix. Il n’avait qu’à fermer les yeux pour voir…

***

C’est en fin d’après-midi qu’entra un nouveau locataire. Certains ne veulent pas vivre ici. La porte d’entrée est connue, mais pas la porte de sortie.  Conrad était de ceux-là. De ceux qui voulait mourir dans son lit. La tête sur son oreiller de plumes. Mais Conrad  avait eu un accident  en conduisant  son petit véhicule électrique,  heurtant la bordure du trottoir. Il  s’était retrouvé avec une blessure au crâne après le capotage. On l’avait rafistolé de quelques points de sutures, mais on avait omis de jeter un œil à l’intérieur de son  crâne.  Quatre-vingt seize ans Monsieur Conrad. Il revenait de l’hôpital un peu sonné. Mais il n’avait rien du vieillard décharné. Il était de taille moyenne et costaud. Chaque matin il allait prendre son café au petit restaurant du coin. Chaque matin que « dieu » lui apportait. « Dieu a oublié de venir me chercher », répétait-il depuis des années.  Deux heures plus tard, il fut conduit d’urgence à l’hôpital.

C’est l’entrepreneur des pompes funèbres qui l’installa, tout beau, cravaté, dans un élégant  tombeau brun, bien gaufré (pour ne pas s’il se blesse pendant le  voyage?),  devant lequel chacun allait se signer.

Quand le téléphone a sonné, à la réception, la propriétaire du restaurant demanda à la réceptionniste :

—  Comment va Conrad?

— Il est parti.

— Avec son véhicule électrique?

— Pas vraiment…

Réjeanne avait compris.

***

 Et la coq dit à la poule : « T’as de beaux œufs, tu sais? »

 

Théo avait signé le pacte. C’est Maggie qui me l’a montré, perdu dans une grappe d’artistes et de « personnages importants » . Le pacte, dit le Pacte Transitoire… Un mouvement (sic), créé à la suite de l’avertissement de l’ONU : « Nous avons deux ans pour renverser la vapeur ».

— Bof! Nassim Harramein arrive bientôt avec son moteur à énergie libre. Il l’a déjà. Mais il ne le montre pas. On a eu le moteur Nobue Minato, et d’autres, bien avant.

Pétrole 

Réduire ma consommation de pétrole partout où c’est possible, en diminuant l’utilisation de ma voiture, en priorisant le transport collectif, le transport actif (vélo, marche), le covoiturage, l’autopartage, le transport électrique, le télétravail; en choisissant un véhicule écoénergétique si je dois en posséder un;
Réduire l’utilisation de l’avion et compenser les émissions des vols que j’effectue;
Améliorer la performance écoénergétique de mon habitation et avoir recours à des énergies renouvelables pour mon système de chauffage;
Amorcer une démarche sérieuse visant à désinvestir mes épargnes du secteur des énergies fossiles; Etc.

Encore une fois, on refile la responsabilité aux usagés. Il n’y a que les pauvres qui ne consomment pas. Qu’on médaille les SDF! Qu’on les médaillent des buffets des poubelles qu’ils fouillent trop souvent, le pied cimenté à la rue. Et voilà les mieux nantis ébahis. Un peu naïfs d’avoir attendu si longtemps pour lire les blogues. Le cannibalisme planétaire y est crié à cors et à cris. La souffrance est le marché. Les responsables, les grands maîtres qui ont  soumis les petits maîtres tout luisants dans leurs postes de kapos ciselés, avec toutes les vertus du conformiste reconnaissant, mais esclave de ses illusions. Il faut être sa propre révolution. Et pas trop salement…

— Dommage que nous n’ayons plus Le Dépotoirium.

— Dommage, cher Jason. Mais c’est toi qui a la clef du site… Tu pourrais leur dire que la longueur des pipelines mondiaux frôle les 400,000 km… Et pendant que je parle, c’est sans doute dépassé. Et qui t’écouterait?

— Il faudrait cloner des messies pour enrayer le faux progrès. Ils s’entre-tuent à grands feux et à petits vœux. Il faut être plusieurs pour être un. Une auréole ne fait pas le printemps. Tous des saints éteints…   Tous des tisons à peine tiédis. On leur dirait qu’un jour les terrains de golfs seront transformés en potagers qu’ils ils iraient marcher à la grande Église d’Ottawa, de Londres, ou de Paris. À Sainte-Retraite-des-Anges, on ne marche pas… On claudique. Ou bien on lambine comme nous le faisons de temps en temps. J’aime les Beatles et Bach. L’amour c’est de ne pas avoir à dire qu’on est désollés. On n’a plus de pays parce qu’on les a vendus en milliards d’exemplaires de la grosseur d’un dé de jeu.

—  Mais j’ai envie d’écrire… Écrire, toujours écrire… Qu’est-ce que j’ai dans la caboche pour me faire petit messie de coins de rue? Je dois souffrir de n’avoir pas une maladie déclarée par les suppôts  de l’industrie pharmaceutique… Demain, je m’en vais pancarter pour exiger le nom d’une maladie portant mon nom. La Jasonite.

« Smack »

Se nourrir de gryllidés

Je suis surpris que pour contrer la faim, personne d’entre ces gens à matière grise soufflée n’ait songé à modifier la structure génétique d’un grillon pour en faire une bête de 50 ou 60 kilos. Avec 20% de protéines, le grillon gonflé serait parfait pour le gril, une fois démembré. Un grillon, au contraire d’une vache, ne pète pas… ou peu. C’est trop laid pour aller voir.

On pourrait créer des parcs pour grillons en lesquels les adeptes de la chasse pourraient en tirer quelques uns et les garder pour l’hiver.

« J’ai un grillon dans mon congélateur. On va pouvoir passer l’hiver ».

Jason

 

© Gaëtan Pelletier

Le Dépotoirium, Chapitre 23

Le Dépotoirium, Chapitre 22

Le Dépotoirium, Chapitre 21

Le Dépotoirium, Chapitre 20

Le Dépotoirium, Chapitre 19

Le Dépotoirium, Chapitre 18

Le Dépotoirium, Chapitre 17

Le Dépotoirium, Chapitre 16

Le Dépotoirium, Chapitre 15

Le Dépotoirium, Chapitre 14

Le Dépotoirium, Chapitre 13

Le Dépotoirium, Chapitre 12

Le Dépotoirium, Chapitre 11 

Le Dépotoirium, Chapitre 10

Le Dépotoirium, Chapitre 9

Le Dépotoirium, Chapitre 8

Le Dépotoirium, Chapitre 7

Le Dépotoirium, Chapitre 6

Le Dépotoirium, Chapitre 5

Le Dépotoirium, Chapitre 4

Le Dépotoirium, Chapitre 3

Le Dépotoirium, Chapitre 2

Le Dépotoirium, Chapitre 1

 

 

Le Dépotoirium, Chapitre 22

Chapitre 22

Un beau jour, toutes les couleurs du monde entier se
mirent à se disputer. Chacune prétendait qu’elle était
la plus belle, la plus importante, la plus utile, la
préférée ! ( Philosophie amérindienne)

La Terre est une pomme… Mais si on la mange en entier, graines y compris, il ne restera plus rien pour semer quelque chose. Et la Terre donne tout. Nous prenons tout, nous lui arrachons la peau, défonçons ses entrailles, dévorons ses yeux, volons ses vies.

Nous n’avons rien à lui donner.

Faites un don. Dites merci la Terre.

C’est tout.

Carl 

***

La maison-château de Maude et Théo ressemble   à un robot démembré : une table, une  tête en forme d’horloge et des épées anciennes pareilles à de grands doigts d’acier accrochés aux murs. Acier à chier.  Métallique de Ah! À Zèbre,  avec ses nombreuses rayures qui glissent le long des murs.   On pouvait se mirer partout.  Le seul bois qu’il y avait provenait  de Russie. J’ai dit un jour à Maggie que si on partait en voyage, on irait voir le lac Baïkal. La plus grande réserve d’eau douce au monde. Il n’y aura un jour  que Microsoft d’assez riche pour acheter le lac Baïkal en baril de  45 gallons.  Puis la Chine achètera Microsoft. C’est le pétrole du futur. Ça peut faire rouler un humain pendant cent ans.

Maude  nous a sorti un texte du Dépotoirium et l’a lu.

—  Nous avons une surprise pour vous.

— Ouais! Nous allons éditer Le Dépotoirium format  papier.

— Mais de quel droit?

— Parce que c’est bon.  Je vais vous le lire. C’est de Carl, je crois.

 Nous ne sommes que des glaçons et notre vie une toute petite saison. C’est de l’aquamation avant la lettre. Maintenant, on ne brûle plus les corps : on les dessèche parce que nous sommes constitués d’au moins 70% d’eau. Dans quelques décennies, les anciens présidents des États-Unis, les leaders de Wall-Street, les dormeurs du mal, seront séchés comme du poisson boucané.  Il n’en restera qu’une ossature poudrée que l’on remettra à la famille qui perdra ses eaux en pleurant. Ils chialeront en embrassant de l’engrais historique. Ils s’habilleront de noir pour afficher leur tristesse. Tels les vieux tableaux des classes du siècle dernier. À la craie. Et le buisson Bush aura son nom sur une bibliothèque ou sur une galerie de tableaux de peintres célèbres. Lui, qui comme passe-temps, peignait en autoportrait dans une baignoire. Prendre plus d’eau par les pores de la peau pour vivre plus longtemps? On ne sait ce qui se passe dans la tête de ces nombrilistes qui n’ont rien compris de la vie.

À partir de là, dans l’insoutenable brisure et distance des humains, nous étions scindés. Et des scindés arrive la scission. Je voyais le chasseur Villeneuve,  dans la série Life Below Zero, démembrer son orignal et en découper les morceaux. Puis il vantait les mérites du cerveau. Au goût, bien sûr.  Plus tard il le fera pétiller  dans une poêle à frire pour s’en régaler. Les corporations des G7 se régalent et brûlent les cerveaux à coups de milliards de messages, de tweets,  d’articles, d’objets à se procurer parce que ce sont les toutous des adultes du 21ième siècle.   Ils sont contents de nous mener au petit bal des décervelés.  Nous sommes dans la fosse au néant, fritant dans une énorme poêle à frire  mondiale. On veut aller vite pour engranger à la vitesse d’une formule 1  l’argent invisible. On déshabille Jacques et Mohamed pour habiller Heinz.

Tels des fonctionnaires de l’État, bientôt nous serons tous tablettés. Maintenant, tout le monde a les yeux et l’attention vissés à un téléphone ou à une tablette. On pensait que c’était fait pour apprendre, mais c’est fait pour se  pendre et faire semblant d’apprendre. Même la tribu des Maschco-Piro seront tablettés pour « évoluer ».  Le jour où nous aurons réussi nos vies sera le jour dans lequel nous aurons le temps de tricoter des bas de laine  et de faire de la télévision autre chose qu’une mitraillette à pubs. Regardons tous les trous de nos têtes et voyons que nous sommes bêtes à faire rigoler un chimpanzé.

Nous sommes tellement mal à l’aise qu’on tousse pour passer le temps. Et dans le coude S.V.P. Comme si nous étions porteurs d’un virus pour s’entre-fuir.

— Je ne sais pas que dire…

— Prendriez-vous un verre de vin?

— Soit! Ou la bouteille…

« Asseyez-vous ». (Asseyez-vous comme dans j’ai une mauvaise nouvelle à vous apprendre). En fait, ils nous ont fait part de leurs projets : une piscine creusée.  Un faux petit lac chloré derrière la maison. Pour faire court, l’été, ils feront des longueurs.

— Je me souviens que tu avais écrit sur le site : « Sauvez la planète, il n’y a qu’ici qu’il y a de la bière. »  Et là, on va manquer d’eau pour en fabriquer…

J’avais été naïf de penser que nous formions une  entité, une belle équipe.

Maude nous a fait visiter la pièce dans laquelle elle montait ses capsules de You Tube. Elle qui était  autant  organisée qu’un puzzle encore dans sa boîte avait changé. Changé en quoi? Tout n’était qu’ordre et volupté.  On ne peut pas changer en quelqu’un d’autre. Elle était sans doute  ainsi au plus profond d’elle-même.

— Et vous deux?

On n’a rien dit. On a fait des haussements d’épaules pour se développer le splénius et le trapèze. Si on continue à badiner dans le vide on deviendra des Arnold Schwartz and Eager. On voudra tout. La paresse est le cœur du tout qui veut tout.

— On songe à déménager en campagne. Dit Maggie.

— En campagne? Il n’y a pas de vie là-bas. Pas de culture… Ici, ça bouge.

— On ne veut pas « bouger » comme vous deux… On veut bouger comme « nous deux ». On n’a plus envie de se tordre le cerveau comme un citron. On n’a pas envie de mourir au bout d’une carrière…

— Nous on n’a pas envie de vivre au bout d’une route de gravelle avec des chèvres et des choux.

— On voyant votre maison, on a deviné…

— Théo a de l’ambition…

— Peut-être qu’il s’est acheté de l’ambition. Il y a de l’ambition à vendre partout. Il y a même des ventes de garage d’ambition. C’est souvent du prurit de toute une vie, une démangeaison qui vient d’un grand trou, d’une fissure dans la vie des enfants. Pour se réparer on se colle de la Crazy Glue en format « titres ». Dr. ,M.D,. O.P.D.G.,T.M. L’univers n’a pas d’abrégiation. J’aime mieux un poème sur ma pierre tombale que deux lettres.

Un fois mort, l’arrivisme n’a pas de sens s’il ne mène pas à quelqu’un… Il mène à des choses. Nous on ne pense pas qu’une chose n’est qu’une chose… Si c’est une chose, ça n’a pas de vie.

— C’est vraiment bon ce vin. Tu parles et tu parles…

— C’est vrai… Alors, qu’on me remplisse mon verre pour que je vide mon petit moteur de cœur.

Les filles se regardaient, déconfites, penaudes, devant nos petits crachats de  venins. Il dort un serpent en chacun de nous. On l’avait réveillé. On a réactivé les milliards de diablotins des recoins de nos êtres. Certains ne vivent qu’en s’alimentant de d’Asmodée, Belphégor, et autres racailles imprimés quelque part en nos cellules.

Mais les filles, dans leur connivence ancrée,   tenaient à leur profonde et  indomptable  amitié. Et c’était bien ainsi. Théo et moi savions qu’on ne pourrait semer la zizanie en elles. Et c’était bien ainsi.

Puis l’atmosphère s’est détendue. On a enfouie la hache de guerre. Au grand pays de la vie, rien n’est parfait.  Même s’il y avait un prophète pour chaque personne, c’est à se demander si cette planète irait mieux.  Les États-Unis ont deux prophètes : Jésus et l’État. Ils prient pour leur dinde. Et votent pour une dinde. Alléluia! Au pays de la Thansktaking, il n’est pas défendu d’aller siroter le pétrole ailleurs en tuant des dictateurs.

Vers 11 heures,  on est partis à la sauvette, sans trop espérer  de retrouvailles. On s’était perdus. Du moins pour un moment.

***

— Je m’en vais au lit.

— Bonne nuit, Maggie. Je vais te rejoindre plus tard… ( plus tard n’est pas précis).

J’ai décapsulé  une bière puis une autre. Il était deux heures du matin quand j’ai décidé de rayer le site de la carte,  ou du moins le mettre en veille sur un serveur .ru.

La biblique tour de Babel était née. On disait n’importe quoi, pourvu que le cerveau se fasse aller les méninges. La Terre commençait à suer ici et là,  à sécher, encore ici, encore là. Inondations, déserts, puis avertissement de l’ONU. Les enfants aux cheveux blancs et aux titres pompeux se sont réveillés. Ils ont deux ans. Leur âge. Deux ans pour sauver l’humanité. Comme disait le sage indien : le planète se reverdira.

On a fait taire tous les philosophes. On les a laissé  parler dans le vide. C’est la totale : une fricassée de fric et de fabricants de fric. Bonjour à tous les désâmés et désaimés de la planète : Alto Hospicio, Atbassar, Varéna, Koror, etc. Les villes ne manquent pas. Ni les vils pour vous soudoyer votre belle planète. On va vous arracher votre beau tapis vert sous les pieds. Zip! Allez-hop! Il y a de l’énergie sous vos pieds. Scalpons-la!

Merci pour la taxe carbone. Il y a des cerveaux et de grandes institutions mondiales qui en seraient privées, vu le peu d’énergie que demande leur « réflexion ».

Et la taxe âme? 0% sur 65 ans.

Après le déluge, on  ira tous vers la tour de Shinar.

***

J’avais besoin de mon petit coin pour écrire.  Les mots   dégagent l’âme de sa boue. Il faut tirer la plus infime pépite  d’or de cette terre qu’est le corps.  Les écuries d’Augias. On est tous une écurie à nettoyer. On a tous une tache à détacher. Ça m’arrivait souvent, l’été , de regarder la vie revenir, aux aurores.  La lumière paraissait transporter toutes les choses, les imprégner, les rendre vraiment vivantes. Le grand projecteur se pointait le nez lentement, pour ne pas faire peur aux brindilles et à la rosée du matin.  Le printemps, je passais des heures à tenter de comprendre les glaçons suspendues aux toits du garage et de la maison. J’ai toujours pensé que les glaçons pouvaient parler.  Je les regardai s’éteindre lentement, nourrir la terre.  Et là, je vois des gens froids nous gouverner, nous assassiner, nous mourir. Des gens froids, glacials qui n’ont pas de saison. Ils sont carrière et butés. Ils vivent d’une carrière, une seule. Ils aiment vivre dans des moules et travaillent pour des fabricants de moules.

Grand arrière papa, papi-pépite, un homme en or, cultivait son jardin. Il plantait trois graines : une pour la pluie qui faisait périr et nourrir en même temps, l’autre pour l’oiseau, et enfin une pour lui-elle. Arrière Grand-maman, mamie-pépite, pétrissait son pain. Ils ne venaient  pas de San-Antonio, ils venaient de Saint-Émile. Aujourd’hui, on emprunte pour payer son pain molasse, sans échine, à croûte flasque. Le progrès consiste à aller voir s’il y a de l’eau sur Mars. Pauvres fous! Bientôt, il  n’y en a plus pour la bière et bientôt plus pour le pain. On leur aurait, à Grand-Papi et Grand-Mamie,  qu’un jour ils boiraient de l’eau dans des bouteilles de plastiques qu’ils se seraient roulés sur le plancher et que leur rate aurait défoncé les vitres de leur maison de pauvres.

Le jour où nous aurons réussi nos vies sera le jour dans lequel nous aurons le temps de tricoter des bas. Tricoter c’est comme égrener un chapelet. C’est la paix la grande des grandes prières.  Ça a le même effet sur l’esprit, l’âme, ou du moins cette part d’inconnu en nous que les formules vendues dans des livres sacrés.  Maintenant, ce sont les machines de Chine qui tricotent nos bas de laine.

— Eureka! On ne sait plus marcher, Maggie. On nous a appris à courir.

***

Quand Maggie n’est pas là, elle me manque comme certains sont en  manque d’une série américaine. Elle/Je  sommes fatigués. Épuisés. Flapis! Et toutes les douleurs de l’âme nous montent à la tête.  On aimerait se payer une cargaison d’espoirs. Des espérances aussi belles que l’Australie, là où les kangourous  sautent  haut pour aller loin.  Nous, c’est la traînaille intérieure. On enjambe le quotidien… Il faudrait des Zola dans chaque pays  pour écrire  le même livre : « Le ventre de la Terre » pour expliquer l’expression « courir ventre à terre ».

And bla bla!

**

Nourrir le vent

L’été souffle ses lumières
Dans les pupilles
Après les hivers
Et je bois des yeux,  tout  ébahi
Les grandes coulées chaudes de la Vie

Les fleurs attendent les abeilles
De leurs robes-peinturlures
Des diamants de parfums
Habillent les champs
Tout va au vent!
Tout va au vent !

À la percée des matins roses
L’ariette des oiseaux
Défait lentement
Le silence du noir

C’est une lueur qui message
Un jour au soleil
Tout va au vent!
Tout va au vent!
Porter de mains délicates
Le coffre des beautés
Tout va au vent!
Tout va au vent!
Que nous sommes
Pendant que resteront
Les souffles que nous laisseront
En partant
Comme pour nourrir le vent…

Jason

***

J’étais repu. Je me suis dit : autant en emporte le vent, les toits de maison, les brûlures des canicules et les rivières qui se font engrosser par la pluie diluvienne. Autant passer à autre chose. J’avais une boîte de poèmes que je gardais secrètement au fond d’une armoire. Je l’ai prise et je l’ai portée dehors dans une poubelle. C’est là qu’on déchiquette le monde, que l’on enterre tout, même le crayon utilisé pour les écrire. J’en ai fait mon deuil. Un autre… À quoi sert d’engranger de l’inutile? Au feu! Aux rebuts! À l’enfouissement ! Là où rien ne dure. On traîne de vieilles pensées comme de vieilles pantoufles. J’ai dû pleurer en prenant mon dernier verre. Il faut bien de temps en temps évacuer les peines. Je vais aller écouter Jiddu Krishnamurti pour me rassurer que le monde « est ». Et non qu’il « a » …

Le Canada s’apprêtait à lancer son industrie du cannabis. Les noces de Cana : Bis! Doublez la mise dans l’euphorie!  La félicité sans félicitation. Toujours la sollicitation. La peau sur le revenu. Travailler six mois pour soi et six mois pour l’État. Nous avons été transformés  en des insectes térébrant, creusant leur tombe à coup d’onglées. Demandez-vous ce que votre pays fait pour vous? Ils font des dons à Méphistophélès et à ses représentants de guerre. Satan a trop de noms pour être nommé. Le diable est aux vaches et à la bourse. Tenez-vous le pour dit. Un jour, les jeudis seront noirs.

Dans la broussaille de ses cheveux roux, j’ai fait de mes doigts un peigne….

Je n’ai pas pou écrire ou poursuivre…

© Gaëtan Pelletier

Le Dépotoirium, Chapitre 21

Le Dépotoirium, Chapitre 20

Le Dépotoirium, Chapitre 19

Le Dépotoirium, Chapitre 18

Le Dépotoirium, Chapitre 17

Le Dépotoirium, Chapitre 16

Le Dépotoirium, Chapitre 15

Le Dépotoirium, Chapitre 14

Le Dépotoirium, Chapitre 13

Le Dépotoirium, Chapitre 12

Le Dépotoirium, Chapitre 11 

Le Dépotoirium, Chapitre 10

Le Dépotoirium, Chapitre 9

Le Dépotoirium, Chapitre 8

Le Dépotoirium, Chapitre 7

Le Dépotoirium, Chapitre 6

Le Dépotoirium, Chapitre 5

Le Dépotoirium, Chapitre 4

Le Dépotoirium, Chapitre 3

Le Dépotoirium, Chapitre 2

Le Dépotoirium, Chapitre 1

 

Le Dépotoirium, Chapitre 21

Chapitre 21

On peut chercher Théo aux quatre coins de la planète ces temps-ci. Il tourne à la radio et dans la vie.  Même si la planète n’a pas de coin, Théo y trouve toujours un coin. Il sait vivre dans une encoignure comme une punaise de lit sait vivre dans  une fente, une gerce.  Comme les agents de la CIA et dieu,  Théo est  partout. Mais il ne sait pas qu’il est partout. Les filles et l’impôt lui courent après. Ils le cherchent partout.

Le téléphone a sonné. L’oreille de Maggie s’y est collée.

Une  infirmière du bout du monde. Zoetermeer, Pays-Bas. Carl était hospitalisé pour surdose d’une drogue .   Le cadran marquait 04.42.

C’était sa tournée d’adieu. On espérait que dieu ne le prendrait pas.

« My name is Kristijntje ». Et, comme dirait Proust : « Nous sûmes par la suite qu’il allait mieux, même si longtemps il s’était couché tard ». On s’est lancés sur Skype pour le voir.

— Je retourne bientôt à la maison.

— C’est tout?

— La drogue de l’hôpital est vraiment bonne… (silence)  Tim est mort…

— Tim?

— Mon gérant.

— J’abandonne tout. Je ne veux pas mourir comme Amy Winehouse.

On connaît la chanson.

Il est arrivé 10 jours plus tard et est allé se reclure dans sa maison de campagne. Il est habillé déglingué, pareil à sa maison : haillonneux de la tête au pied. Il n’est pas là. Il n’est pas dans ses vêtements. Il habite dans son esprit. Et son esprit habite ailleurs.

Quelques jours plus tard, devant un notaire, il a appris que son agent lui avait légué sa fortune. Il est sorti désonglé à force de se ronger les doigts.

Les journaux à potins ont répandu la nouvelle.

Les chasseurs d’argent sont arrivés :

« C’est Steven.  Te souviens-tu, qu’un jour à la maternelle, on jouait ensemble? »

«  Ma sœur est en chaise roulante et elle t’aime beaucoup. Elle pourrait marcher, mais l’intervention ne se fait qu’aux États-Unis. Tu devrais partager…  »

«  Ma mère a adopté le chihuahua de ta mère il y a quelques années. C’est toi qui es venu le porter. Tu semblais joyeux. Tu chantais la chanson de Pérusse :

C’était un ti chihuahua

Qui allait d’une jambe à l’autre 

Si ça te tente un jour de venir faire un tour pour parler un peu de la vie. Mon frère est interventionniste en santé animale. Viens faire un tour… On parlera de ton chien. «

***

Mardi. Tous les mardis, quand arrivaient à notre porte les circulaires de tous les magasins environnants, nous les épluchions. On sait éplucher un épis de maïs ou une pomme de terre, alors, ils se sont dit ( les vendeurs du temple bleu) que l’on saurait éplucher une circulaire de grande surface. Si on faisait l’inventaire de tous les garages du Canada, on retrouverait la moitié des outils vendus et en dormance. Le mâle a deux mains et dix doigts mais un inventaire d’outils qui pourrait reconstruire Tahiti après une secousse sismique.

Une bonne scie circulaire à 59.99$. Un tourne-visse magique, presque déluré, aux allures d’une mini fusée. Des raquettes dans un monde d’asphalte. Un bric-à-brac d’affolés qui n’ont rien à faire que d’acheter. Et dans le tas, un tout petit journal de papier : « Le pape considère l’avortement comme un meurtre de tueurs à gages ».

Pour sauver la planète, il faudra se débarrasser du tiers des vaches et de la moitié des autos. Allez donc demander à l’industrie automobile de rayer de la carte les autos! On aime son auto comme son chat. On le flatte dans le sens de l’acier. Le moteur ronronne sous les caresses. On ne touche pas à l’industrie de l’auto. Sinon ce sera la pancartation de milliers de travailleurs pour sauver l’industrie. Sinon, c’est le chômage. Pas d’auto à construire : pas de pain.  Quant aux vaches ils pètent tellement, et leurs pets sont si  nuisibles à l’environnement  que quelqu’un décidera un jour de les abattre. Ça créera de l’emploi : Vachier. Un métier d’avenir. Mais on ne touchera pas aux autos. Une auto c’est encore plus sacré qu’une vache. De temps en temps, des curés bénissent des autos.   Adieu cacilocavallo et gournay! Adieu les goûteux fromages! Adieu les spécialistes qui se vantent d’avoir un palais plus gros que le tien.

Alors, on  élèvera des grillons. L’industrie de l’élevage de grillons est en pleine expansion. Le grillon regorge  de protéines, de vitamines, d’oméga-3, de calcium et magnésium, etc. Le village voisin a déjà des millions de grillons pour fabriquer de la farine à grillons. Il a été subventionné par un politicien qui ne mange pas de grillons. Il mange de la vache masculine.  Le grillon a l’allure d’une crevette : il est  laid. Le grillon sert de modèle d’extra-terrestre dans les films américains. Les ET veulent s’emparer de l’Amérique étasunienne. Mais le grillon parle trop. Il stridule. Dans un film, c’est coquet. Les spectateurs regardent les acteurs écouter le chant des grillons, par un beau soir d’été, beau et calme,  avec une bière entre les jambes.

Tout le monde aime Céline Grillon.

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Si nous étions des chats, nous ne pourrions voir que la litière-Terre commence à être trop petite. Le Sahara est le plus grand désert du monde : 9 065 000 Km2. Mais c’est une toute petite litière pour l’humanité. Pas un chat du Canada n’irait aussi loin pour un si petit besoin. Le monde a maintenant trop de chats, sauf pour les vendeurs de produits pour chats. Le monde a maintenant trop d’autos, sauf pour les vendeurs d’autos. Le monde a maintenant trop de vaches, sauf pour les cowboys. Et les cowboys sont à l’ouest. Être à l’ouest est une expression qui signifie qu’il a perdu le Nord. Perdre le Nord, c’est être déboussolé. Être déboussolé c’est être fou. Tous les fous disent qu’il faut faire disparaître les pailles en plastique et les contenants de café pour sauver la planète. Car le monde ne se sauve pas. Dire « Sauver le monde » est une expression insensée et pleine d’arrogance envers la grandeur de la création.

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Il fallait rêver tout haut et acheter tout bas. Car rien de notre projet n’avait été dévoilé. Je passais mes quelques heures libres à fouiner dans les annonces de terres à vendre avec maison délabrée, crucifiée  par des milliers de clous qui pètent  au froid la nuit. Passer des hivers sous la couette avec un mètre de neige, sans maître, les oreilles bouchées de froid. Voilà! Notre société  est un fatras joufflu parce que c’est une musique qui veut se passer des silences. On nous bourre tels des oursons en peluche. Et on a, à la place des yeux, des boutons cousus qui nous cousent les yeux. Nous sommes des non-voyants qui regardons la vie à travers deux trous de bouton

J’envoyais par email mes trouvailles à Maggie. Maggie et moi allions à des séances de méditations pour apprendre à nettoyer notre cerveau. Au fond, pourquoi avaler tout ce qui passait dans les journaux, la radio, la télé, la tablette électronique?  On ne sait pas trop si la  méditation fonctionne. Certains disent qu’il faut vider son esprit. Alors, on sera tous des politiciens.  Peut-être qu’un jour, quand nous aurons notre potager, une simple carotte, deux choux, une salade et des pommes de terre nous aideront à nous pencher vers le sol, à tenter d’exterminer les bestioles qui ravages nos plants, on comprendra mieux ce qui ravage nos plans. J’ai oublié les radis.   On aura le dessous  des ongles noirs, terreux, et  le cerveau cessera de tourner en rond dans le cercle fermé de sa mémoire. Le cerveau est un perroquet. Et la cage est le pays du perroquet. Et le parlement est la cage des perroquets. On n’en sort pas.

Notre cerveau  ira ailleurs, dans un pays plus grand que les idées, les systèmes.  Nous avons été adultes tellement longtemps qu’on ne sait plus comment redevenir enfants. Le pape a peut-être tort : le monde a trop d’adultes et pas assez d’enfants. Peut-être que le bonheur est dans une goutte d’eau. « Si on n’a pas d’enfants, on adoptera un arbre ou un nuage. » Une île est un ego dans l’eau. Alors, que faire de ses pensées? Les îles parlent. Les îles pensent. On ne peut pas penser seul, car s’il n’y a pas d’île, il n’y a pas de dialogue entre l’île et celui qui la regarde.

Je me tenais en statue de sel. «  Pourquoi sommes-nous si compliqués? Les médecins disent que leur patient est mort par complication. C’est une belle formule… Alors, l’humanité est en train de mourir par complication. Nous sommes victimes d’apories. Nous sommes d’excellents constructeurs d’abysses. Plus on se creuse la cervelle, plus on fabrique des trous. Tout a commencé par une creusure. La bêtise humaine l’a  agrandie. Le cerveau est une évidure. Et la vie dure est le résultat de l’évidure. Tout est parfait. Notre humain se mire dans l’acier alors qu’il a le plus beau miroir en face de lui : l’autre.

« Tu te prends trop au sérieux », m’a dit Maggie. Tu pompes toutes les douleurs du bout du monde. Tu es un aimant qui attire la misère d’une manière obsessive.

Elle avait raison. J’avalais tous les poisons et les débris des naufragés de la mondialisation. Tout me faisait mal.

— Ce n’est pas ma faute et je n’ai pas choisi. Je suis connecté à tout ce qui vit. Quand je plonge dans la rivière avec un masque de plongée et que je vois l’omble de fontaine, je deviens l’omble de fontaine. Ou bien je ne nous distingue plus de l’omble de fontaine. La truite et moi aimons les fonds de rivière.  Quand je regarde un caillou, je vois des cailloux. Et quand je vois des cailloux, je vois l’assemblage d’un artiste. Le fond de la rivière, pour moi, c’est une œuvre d’art. La nature est une galerie dehors. Elle n’a pas de murs, et c’est tant mieux. L’art ne s’enferme pas. Les humains ne s’enferment pas dans des pays ou des religions, sinon ce ne sont plus des humains. Pourtant, ils sont enfermés. Le Canada est un grand bateau de sauvetage avec dix petits bateaux de sauvetage : le Québec, l’Alberta, l’Ontario, etc.

Elle et ses grands yeux verts émeraude! Elle pourrait porter ses yeux à son cou que ce seraient des bijoux. Mais elle les porte à son âme. J’avais des coupures de souffle rien qu’à la regarder. Car de son bel œil tout mouillé d’une mer qui n’est pas d’ici, tout ce qui pouvait exister de bon et de lumineux, elle l’avait dans ses iris. Je l’aimais comme un gars amoureux d’un Cessna 172, avec ses mains en ailles dorées, au fuselage oblong et aux grands rêves de voler à travers les plumes d’un oreiller. Les oreillers sont pleins d’oiseaux. C’est la nuit que chaque plume se réveille et nous emmène dans des rêves extraordinaires, parfois troubles. « On doit être des oiseaux du cosmos venus visiter la Terre avec une énorme enveloppe composite, indéchiffrable, belle et pieuse. »

— Des Icares icariens. Des bibittes pensantes… J’arrive à peine à étrangler mes souffrances! Alors, comment éteindre les tiennes? S’aimer ce doit être s’échanger autant de souffrances que d’amour. Je ne sais trop… C’est comme si tout d’un coup je n’avais plus envie d’être un chasseur d’idées. Je ne voulais plus échafauder de systèmes qui ressemblent trop à des filets de poisson.

— Allons marcher, ça nous fera du bien.

Après une heure de marche dans les rues de la ville la fatigue a fait l’effet d’une injection de demerol. La tête sur des milliers de plumes, le corps avec des muscles déraidis, la nuit nous a apporté de beaux et bons conseils. Mais ils étaient aussi confus que ceux des articles et des militants gauchistes qui se veulent de redresser le monde.

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La a neige a fondu et que les premières pousses vertes  son apparues.  Le printemps a mis des pendants d’oreilles aux toits des maisons. Les bijoux pleuraient goutte à goutte. Les glaçons finissaient par mourir, se transmutaient  en eau,    puis s’enfonçaient dans le sol. Nous ne sommes que des glaçons et notre vie une toute petite saison. Un petit glaçon accroché à un toit. À la première chaleur, nous tombons sous la faux. C’est vrai pour tout le monde.

Les bonhommes de neige meurent en se fondant jusqu’au plus profond de la terre. Il y a des ruisselets  plein les rues. Des lacs pleins de miroirs et des miroirs pleins les lacs. C’est beau d’aller se chauffer la pelure rose endolorie par  le frigo de l’hiver. Un jour nous serons de ces petits bonhommes de neige avec une carotte au bout du nez, par ce qui nous pend au bout du nez : la fin d’un temps.

En attendant, on s’aime à perte de vue. Quand elle n’est pas là, Maggie me manque comme une série américaine. C’est tout ce qu’on a comme repère. C’est nous les vides d’aujourd’hui. Épuisés! Nous sommes épuisés! Flapis! Et toutes les douleurs de l’âme nous montent à la tête. On aimerait se payer une cargaison d’espoirs. Des espérances aussi belles que l’Australie, là où les kangourous  sautent haut. Nous, c’est la traînaille intérieure. On enjambe le quotidien… Il faudrait des Zola dans chaque pays qui écriraient le même livre : « Le ventre de la Terre ».

Prier

Ce sont sans doute les oiseaux qui savent le mieux prier. Ils habitent des arbres et font des pauses  sur des fils électriques, creusent la terre et y trouvent des vers, des graines par je ne sais quel miracle. Car je dois être ignorante de ne pas savoir comment les oiseaux trouvent les graines. Il me faudrait un livre ou alors aller sur la toile.

Peut-être avons-nous oublié de regarder la vie des oiseaux?  

Les enfants sont comme les oiseaux et aussi intelligents. Ils voient des paquebots sur des flaques d’eau. Et dans leur regard étonné et patient  se cache un dieu.

Le malheur des enfants c’est d’avoir des adultes comme enseignants. Ce sont les enfants qui devraient montrer l’art de vivre aux adultes.

Alors, le monde est à l’envers. Le monde est sans dessus-dessous.

Les adultes ne savent pas être petits. Ils font des cerfs-volants qui peuvent se rendre à la lune et ils s’applaudissent. Tous les enfants peuvent jouer avec des cerfs-volants, mais peu d’adultes iront sur la lune. Et que peut-on faire sur la lune s’il n’y a pas d’oiseaux, ni d’arbres, ni de poissons volants?

Les enfants sont si intelligents qu’il leur arrive parfois de se demander si les poissons pleurent. Les adultes trouvent ridicule une telle question. Mais les adultes n’ont pas compris que l’enfant se demande où vont les larmes des poissons s’ils sont dans l’eau.

Un humain adulte  est trop occupé à sa tâche sociale. Alors il est étouffé et étranglé dans la multitude de cordes de ses pensées, de ses souvenirs, de ce qu’il a accumulé pour comprendre ou tenter de comprendre. Il passe son temps à expliquer.

Les adultes manquent toujours de temps. Plus ça va, plus ils manquent de temps. Alors, ils s’achètent des montres et des montres, des tic-tacs en quantité négociable.

Il finit par vivre avec ses vieilles montres emmagasinées dans les tiroirs de sa mémoire. Puis il tourne en rond pareilles aux aiguilles de la montre.

Prier, c’est regarder la vie et dire simplement : « Je suis ». Il n’y a pas d’entité préfabriquée ou de grandeurs inventées. Prier peut se résumer parfois à sourire à l’autre.

À quoi ne sert  de prier pour un monde meilleur si on ne prie pas pour être meilleur?   

 Puisqu’il n’y a rien à faire contre ce grand mystère, il faut prier comme les oiseaux. Bref, ne pas prier pour un monde meilleur… La Terre n’est qu’un œufrier d’âmes dans l’Univers. On s’y perche un moment… Et les États sont nos petits fils électriques.  

Le « sentiment » religieux est une horrible perdition: il est clos, enfermé, pas mieux que la fixitude des banques.

C’est bien simple: chacun est l’église de l’autre. La grandeur humaine n’est pas dans la réalisation « visible », mais dans l’invisible que nous ne savons pas cerner encore moins y entrer.  De par nos « valeurs », le mendiant est un échec. Mais de par nos valeurs cloisonnées, notre échec peut être plus grand que celui du mendiant. On ne connaît pas, ou bien mal, ce qui nous grandit et ce que chacun a besoin pour grandir.

Nous avons cette illusion que la Vie a des limites. Mais nous ignorons que les limites qu’elle semble avoir sont celles que nous posons.  L’Univers n’est pas une « idée », c’est une Vie en continuelle  création. Et c’est possiblement nous qui en sommes les acteurs. Nous sommes émotions et déchirements. Ce sont nos idées qui nous dessinent. On est des croquis croqués. Alors, on fait des erreurs.  

Dans la simplicité et l’écoute, nous sommes une prière créatrice. La Vie ne nous demande pas de faire à la sueur de nos fronts, elle ne nous demande rien. Elle veut simplement que nous soyons dans l’acceptation, sans attente.

On ne peut pas « organiser » un bonheur. Car ce qui est organisé, calculé, est à l’envers de la Vie.

Les oiseaux ne comptent pas les arbres qu’il reste, ni les branches. Quand le vent agite les arbres, on dirait que les arbres saluent les oiseaux et les invitent à la maison qu’ils sont.  Ils attendent qu’ils arrivent pour les  cueillir.

Prier, c’est ce re-cueillir.

Maggie

Pour le Dépotoirium

© Gaëtan Pelletier

Le Dépotoirium, Chapitre 20

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Le Dépotoirium, Chapitre 13

Le Dépotoirium, Chapitre 12

Le Dépotoirium, Chapitre 11 

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Le Dépotoirium, Chapitre 8

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Le Dépotoirium, Chapitre 5

Le Dépotoirium, Chapitre 4

Le Dépotoirium, Chapitre 3

Le Dépotoirium, Chapitre 2

Le Dépotoirium, Chapitre 1