Archives de Tag: Gaëtan Pelletier

Le voyage du cercueil

 

Le monde a semé des luminures 
Des joyaux piégés, des devantures 
Les Seigneurs à dollars, laminés d’or 
Poursuivent la crasse camouflée de dorures, dort 
 
Mon frère, dort, dans la peur de la Vie plus que de la mort 
Et pendant qu’ils frivolent, volent et volent
 Sous tes pieds les sols  
Ils sèment des déserts de poison, et dans l’aride territoire 
Le corps acéré, maigre  en lame de rasoir 
 
 
On entend d’ici, le rouge des printemps 
Les giclures pourpres des sangs 
Les enfants labourés ont leurs pieds attachés 
À nos écrans pourprés 
 
Les machines délirantes crachaillent leurs feux, carburent 
Aux discours insidieux des faux dieux 
Et la chamaille te larme! 
Et tes cris son ceux des enfants! 
Tu hurles, tu râles, en attendant 
De nouvelles armes…
 
La Terre est ta maison, et la maison t’enterre 
Tel un rond, fourbe, et lent cimetière 
Les esclaves acolores quittent leur village 
Pour engrosser l’avoir de ces fallacieux sages 
 
On te dit « main-d’oeuvre », déplacé, dépaysé 
Le doigt et l’âme dans l’engrenage 
Le cachot est virtuel, et les négriers cuivrés 
On t’a monté un beau bateau, petit nègre de mirages! 
 
La vanité aura creusé dans l’Univers 
Un cercueil: La terre 
Sous les combustions allongées 
Des cendres virevoussantes dans une urne givrée
 
 
 
 
 

Gaëtan Pelletier 

18 août 2013 

 

Les voyages arrêtés

Que reste-t-il de ces voyages
Que l’on  fait au pays des yeux
Entre le ventre de la mère
Et celui de la terre?

J’aurai vu des âmes  sable/enfant
Et des bétons figés, dur amour, dur amant
Qui ont  bu tout l’eau des pleurs
Laissant à sec, les beaux amours océans

Au générique de la vie, défilent des géants
Qui dorment au cimetière, enterrés
Sous leur cœur de pierre, figés
Laissant sur Terre des cadavres boitillant

Laissez-vous aimer jusqu’à écouter
Le parlé du parfum  des fleurs,  frémir
Aux touchers, saisir d’une main les couleurs
La Terre est un jardin où l’on sort comme des fleurs!

Après une croisière de l’ombre  à la lumière
Que reste-t-il de ces voyages
Que l’on fait au pays des yeux?

Gaëtan Pelletier

20 juin 2010

Absences

Aux soirs de tes absences, je dors d’un œil ouvert
Sur ton âme et ton corps, dans mon vieux lit d’hiver
Je t’enverrais des fleurs, de vert et de lilas
Pour faire fleurir en toi, les printemps de nos voies
 
Aux soirs de tes absences, si tu savais, ma belle
Le tué de mes respirs, ma lumière affamée
Je ferais voyage aux lèvres, pour en boire la buée
Je t’enverrais tout l’or, de ma mine irréelle
 
Aux soirs de tes présences, je vais au lit l’œil vert
Comme une veillée tendre, une chandelle allumée
Faire l’amour aux paupières, qui tremblent nos hier
 
Aux soirs, aux tout doux soirs, juste avant la nuit
Je prépare la fête, les rideaux de mes yeux
Je descends les toiles, de chair pour l’infini
 
Puis je fais le voyage, de l’absence à présence
La chambre est déchirée, des ciels et des ciels
 
Culbutent nos amours, aux bougeoirs éternels
 
 
© Gaëtan Pelletier
09, avril , 1998

Quand j’étais petit tout était grand

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L’homo sapiens est devenu un coq sautillant, éméché, ébréché, vissé à son électrode de téléphone-dieu. Nous ne sommes plus vivants, nous sommes en décomposition. On est devenu le compost des manipulateurs. 

Quand j’étais enfant, le monde s’arrêtait aux frontières du village, ou presque. Le reste était une vision embrouillée. Il ne rentrait dans le cerveau des enfants que les déchets psychiques du village, mais aussi la bonté des gens. Pour trouver dieu, il fallait regarder le ciel qui picotait d’étoiles. On se levait le matin, puis on allait jouer dehors. Je me souviens qu’on donnais de l’argent de par les biais des religieuses pour les pauvres chinois qui crevaient de faim à l’autre bout du monde.  On nous parlait de Jésus, pas de Steve Jobs. Et courir n’était pas un sport, c’était voler sur deux pattes. Le matin, personne n’ouvrait la radio. On n’avait pas le temps. C’était silencieux. Si silencieux qu’on pouvait entendre les enfants manger, la bouilloire bouillir, et pour connaître la météo de la journée, on jetait un œil à la fenêtre. Pas de dame météo pour nous dire qu’il pleuvra dans trois jours, ou qu’il grésillera. La banane était un fruit exotique. Et plus tard, la fille à Raoul qui, avec son foulard dans le cou, et ses yeux qui pétillaient, donnaient des sueurs aux pré-ados.

Aujourd’hui, on se réveille le matin avec toutes les douleurs du monde. La télévision a cent canaux et le web des millions. Nous déjeunons aux tragédies. Et on se les refile par le biais de Facebook.  On a la météo politique qui dit qu’il fera beau dans dix ans. Une reprise d’il y a 30 ans… Pour nettoyer tout le cerveau, comme on nettoie un ordinateur avec  un programme, il faut faire de la méditation, du ski, manger peu, et prendre l’avion pour le bout du monde parce qu’on est bien ici…  Je me souviens que le tapis pour méditer était couvert de marguerites, qu’il faisait chaud comme dans le Sud.

Je reviens  à Facebook parce que c’est là qu’on trouve des pensées profondes sur la vie. En formats carré-bloc. Avec tête à l’appui. Comme des plaques de philosophies, des blocs Gogo « Pense Positif ». On en ressort purifiés. On s’est nourris les uns les autres. On se passe le petit carreau de sucre pour l’esprit. Facebook est un église dans laquelle chacun est le prêtre de l’autre, parfois le sauveur. Ce doit être un confessionnal en format Uber… Je cherche encore.

Je panse simplement que les gens sont trop petits pour ce qui est grand. Le cerveau a la grosseur d’un bol à mélanger une recette de gâteau. Il n’est pas outillé pour avaler tous les malheurs du monde. Car ce sont ceux-là qui sont privilégiés. Les catastrophes.

Je saute, comme ça, du coq à l’âme. Mais je ne crois pas que l’on puisse se nourrir et être nourris par toutes les formes d’ordures qui passent en ce monde. On doit être devenus des charognards sans s’en rendre compte. D’autant qu’avec les déchets de la Terre, elle finit par ressembler à une décharge de détritus.

En fait, l’humour est sans doute le meilleur savon pour  décrasser sa  matière grise. Sauf qu’on ne frotte pas trop… On n’a pas le temps.  À force de vouloir TOUT,  on ne pousse plus… On sèche.

Gaëtan Pelletier

À la rechercher du temps couru

Une image d'une coureuse. Banque d'images - 22868441

Crédit image    Fr.123.rf

 

SPORT EXPRESS. Des chercheurs de l’Université McMaster à Hamilton (Canada) ont démontré, dans une étude publiée dans PLOS One, qu’une seule minute d’exercice très intensif, comprise dans une session d’entraînement de 10 minutes, avait autant de bénéfices pour la santé cardiovasculaire que 50 minutes d’exercice d’intensité modérée. Science et Avenir

***

À ma sortie de l’université, « pendant l’autre siècle », comme disaient mes élèves, j’étais si peu en forme que j’ai alors décidé de me mettre au jogging. Très à la mode à l’époque. En comptabilisant mes heures, j’ai dû perdre plusieurs années de ma vie à courir. Mais on perd encore plus de temps si on se met en forme pour travailler pour broyer le stress de « l’ère moderne ».  On est tous en format « parkinson »… Des agités soubresautant. Comme des petits drapeaux qui claquent au vent pour leur pays.

La course, c’était pour le corps… Alors, je me suis mis au yoga. C’était pour l’esprit.  En fait, pour les deux.

1 minute qu’ils disent… Soit!  Le reste doit être pour l’État et pour l’accaparante et désastreuse mondialisation. Qui sait si vos sueurs ne vont pas à l’achat d’armes se dirigeant vers la Syrie? Ou autre pays charmant qui n’ont pas de place dans les bulletins télévisés. Les guerres orphelines… On n’a pas le temps d’en parler.

 Il n’y a toutefois rien de nouveau dans cette découverte : la NASA, il y a 20 ou 30 ans, cherchait un moyen de mettre ses cosmonautes en forme. Ils découvrirent avec stupeur et contentement que dix minutes par jour d’exercice intensif était aussi avantageux que 50 minutes ou 60.  Le but était de ne pas perdre de temps…

Perdre son temps

Mes grands-parents perdaient un temps énorme. Ils vivaient d’une petite ferme, et l’hiver ils jouaient aux cartes le dimanche, puis le reste de la semaine ils marchaient dans le village. ILS NE TRAVAILLAIENT PAS. De vrais salauds! Ne te demande pas ce que ton pays peut faire pour toi… Mais c’était l’hiver. De longs hivers rigoureux. Et l’hiver les choux ne poussent pas.  On les enfouissait dans le caveau. Ainsi que les pommes de terre.

Le sagessarium 

La sagesse et la profondeur de la prise de conscience de la relativité des choses finit toujours par vous rattraper. À moins d’être politicien ou avocat…  Alors, perdre son temps n’a plus de sens puisque la vie ne se compte pas en temps mais en plaisir, tout infimes qu’ils peuvent être. On a compris que ce n’est pas le moment qui vous emprisonne, mais c’est vous qui savez prendre celui qui passe.  Ainsi, marcher une heure dans les bois, regarder les oiseaux, voir les branches se courber par le froid, écouter une vieille chanson qui vous renvoie à votre jeunesse, devient un art de vivre. Et vivre  se situe dans cette partie de visible et d’invisible. Car entre le cordon ombilical et la terre, il faut bien saisir que le cimetière est rempli de gens qui y ont couru.

C’est ainsi que les sages finissent par enfin vivre: en ne faisant rien qui ait un but. Là où tout est amusement, ce nain du bonheur… Mon grand-père suait tout l’été pour que son jardin pousse. Ils s’arrêtaient le dimanche parce que c’était défendu de travailler. Ils s’endimanchaient pour aller voir Jésus et après la messe, ils perdaient un temps fou à parler avec les voisins qui vivaient à 4 ou 5 km.

Aujourd’hui, on pédale sur une bicyclette stationnaire pour se rendre au bourreau…  On cultive son corps pour qu’il soit performant et qu’il pousse… En terre, rien ne pousse…

Gaëtan Pelletier

P.S.: Dédié à Henriette et Joseph ainsi qu’à Thomas et  grand-mère  Lord.

Image

Le tueur silencieux

travail-chomage

Soupir

T’es belle comme un silence quand j’éteins mes yeux 
Un vieux silences d’amoureux, un oiseau trop loin pour mes lunettes 
J’ai dormi avec toi si longtemps que je coure  pour éteindre tes cauchemars
 
 
T’as les yeux que jalousent les ciels 
Avec ton fond de petit bleu blues et tes blouses… 
On voyage à deux et à doux, jusqu’au bout 
À mourir dans la même tombe, deux pour un… 
Spécial du moi et de toi, annoncé au Canada  
 
On s’est regardés et on s’est dit, un soir en dînant 
Qu’un jour on ferait un voyage de noces sans corps et sans dents  
Comme un bout d’un voyage du ticket que j’ai acheté 
Je savais qu’il était marqué « éternité » 
 
On voyage de noces de temps en temps 
De la cuisine au salon, comme deux pays  
On se découvre à la douane des deux  
Sans papiers, on se déshabille au porche 
C’est la mode de se faire fouiller…
 
 
J’ai acheté toutes tes vagues, pour nos corps radeaux 
Il doit y avoir un bout du monde rempli de  lits d’eau 
On s’étendra sur une île étoile 
Il y a partout de la lumière qui miaule
Comme des chats 
Comme des chats 
Je te l’ai déjà dit: le monde est si grand qu’on a tous une maison
Une maisons sans façade et toutes les portes des portes 
C’est fait d’amour et la haine n’en n’a pas la clef… 
 

Gaëtan Pelletier

Juin 2015