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Si jamais je mourrais…

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Eliora Bosquet : Eros et Thanatos ( L’amour et la mort) 

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Si jamais, si jamais je mourrais sans mourir, je demanderais à Dieu une rivière, un lac, une canne à pêche, et un grand ciel bleu, des mots,  des pinceaux, et des rires d’oiseaux.

Je trouverais une femme, au hasard d’un arbre sans pomme, et j’aurais des yeux grands comme toutes les questions du monde. Le temps n’existerait pas, et nous serions luisants,  quasi translucides comme cette eau de   rivière qui bruisserait à longueur de jour,longueur  de nuit. Nous passerions nos jours à nous amourer, à marcher, à cueillir des toiles-papillons aux vols fous. Il n’y aurait ni bitume, ni auto, ni gens de misères, ni calculateurs frigidaire, et menteurs d’affaires. Notre maison aurait des siècles, et la chaleur viendrait de nos respirs.

De temps en temps, sans temps, la pluie viendrait faire un tour pour éponger la soif des sols et la nôtre. Les eaux feraient de tricots d’eau en contournant les grosses pierres ayant émergées  des sables du sol. On y nagerait comme dans les ventres des mères.

Nous aurions des enfants pour peupler une terre, des enfants à l’âme de lumière, des enfants qui s’en iraient ailleurs-ici, dans ce non espace, pour n’apprendre que vivre en amour est déjà prier.

Gaëtan Pelletier,

Mai, 2017

 

 

Les voyages arrêtés

Que reste-t-il de ces voyages
Que l’on  fait au pays des yeux
Entre le ventre de la mère
Et celui de la terre?

J’aurai vu des âmes  sable/enfant
Et des bétons figés, dur amour, dur amant
Qui ont  bu tout l’eau des pleurs
Laissant à sec, les beaux amours océans

Au générique de la vie, défilent des géants
Qui dorment au cimetière, enterrés
Sous leur cœur de pierre, figés
Laissant sur Terre des cadavres boitillant

Laissez-vous aimer jusqu’à écouter
Le parlé du parfum  des fleurs,  frémir
Aux touchers, saisir d’une main les couleurs
La Terre est un jardin où l’on sort comme des fleurs!

Après une croisière de l’ombre  à la lumière
Que reste-t-il de ces voyages
Que l’on fait au pays des yeux?

Gaëtan Pelletier

20 juin 2010

La mariée était vraiment trop belle

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Je me suis marié le 18 février 2047. C’est par hasard que j’ai rencontrée Anna, dans une bibliothèque de livres de papier. Dehors, il pleuvait des cordes. C’était en fin d’après-midi et le vent de la mer, un faux en provenance d’un programme du gouvernement sous le règne du petit-fils de DT ( Donald Trump), que d’insérer dans des lieux publics une invention toute récente: des odeurs rappelant celle qui existaient dans les années 2020. Le propriétaire de la bibliothèque était un chinois qui habitait un petit village dans le nord du Québec: Chinoville.

En ce temps -là tout était connecté. Le simple effleurement d’un livre pouvait activer une chanson, un autre livre, des dizaines de films. Tout tournoyait. Mais ce n’étaient  que des pubs.

Je cherchais un vieux dictionnaire de Paul Rouaix: Le dictionnaire des idées suggéré par les mots. Quand j’ai glissé ma main sur le dictionnaire, une autre est apparue: celle d’Anna. Alors, dans la pièce une vieille chanson des Beatles a été déclenchée: Anna. J’adorais cette chanson. La veille, je l’avais fait jouer une dizaine de fois sur le SI ( SuperInternet) version tridimensionnelle. Au moment où mon regard croisa le sien, des fleurs virtuelles, comme des oiseaux translucides volèrent  à travers la pièce pour aller rejoindre les mains d’Anna qui s’ouvrirent pour accueillir le bouquet par un sourire triste. Dès lors, mes palpitations cardiaques changèrent de rythme.  « L’amour, je dis-je! Enfin l’amour! « 

Nous sortîmes de la bibliothèque et prirent un taxi volant. Le ciel était zébré de ces taxis qu’il suffisait de héler par un simple bouton jaune. Mais chaque taxi avait une couleur différente et changeante.  J’ai appuyé sur le bouton qui déclina mon identité et mon adresse.

***
Anna adorait les chansons des années 50 et 60 de l’autre siècle. Il semblait que nous étions fait l’un pour l’autre. Nous nous sommes mariés le lendemain et avons fait un voyage au pôle Nord où vivaient les riches de ce monde. Le reste de la planète était pratiquement invivable. Nous nous sommes promenées sous de fausses banquises, admirant des répliques d’ours polaires. Puis nous sommes repartis le lendemain vers l’Afrique avec des combinaisons anti-chaleur pour chasser des lions virtuels. Ce matin-là, il y eut toutefois un incident: l’un des lion fut si mal programmé qu’il bouffa une touriste américaine. La fille de Bill Clinton ne survécut pas.  Anna pleura pendant une quinzaine de minutes devant les « restes » de la femme en charpie, le corps disloqué. Le travailleur-robot fut condamné et détruit par un juge robot.

Notre lune de miel ne s’arrêta pas là. Nous faisions l’amour 3 ou 4 fois par jour. Anna était inassouvissable. J’ai dû avoir recours aux injections du Dr Perfo qui s’avérèrent très utiles. Un jour, elle téléchargea un programme de partouze en 3D. La pièce fut – après avoir déboursé près de 10,000 $ chinois- emplie de danseurs et danseuses à moitié nus.  Ce fut la soirée la plus excitante de notre notre union qui ne cessait de grandir. J’étais excité. Et Anna faisait le café, le ménage, et – de temps en temps – elle pouvait me jouer une des ces émissions des années 1962 avec tous les personnages.  J’étais ravis. C’était exactement de ce monde que m’avait décrit mon père dans les petits écrits auxquels il se livrait le soir.  La soirée fut toutefois stoppée par une quinzaine de policiers-robots qui pénétrèrent dans l’appartement du voisin. Il fut accusé de participation à un réseau de climatophiles ayant mis la main sur des vidéos représentant la Chine du 20 ième siècle. On l’exécuta en deux minutes, puis ont le fit brûler et réduit en cendres. L’opération n’avait duré que quelques minutes. Les cendres furent aspirées et conduites au cimetière planétaire situé près de Las Vegas.

***

Anna avait le don de trouver des substances qui rendaient heureux. Elle me disait qu’elle avait travaillé dans un laboratoire qui fabriquait ces substances.  Nous en faisions usage… Et grandement.

Un jour, je me suis levé et j’ai écarté les faux rideaux qui donnaient sur un monde montagneux, remplis de rivières, et dont les bruits se répandaient dans la pièce. Je cherchai Anna. Elle n’était plus là.

J’ai fait une plainte au poste de police et il m’a été envoyé un message concernant Anna.

Monsieur, 

Le virus Anna a été créé par un clan de résistants situés on ne sait où pour l’instant. Le virus a une durée de vie de 28 jours. Il est présenté sous la forme d’une jolie dame sensible ou d’un mâle fort ressemblant. Ce virus avait d’abord été créé par une compagnie publicitaire. Mais il a été rapidement pris en charge par une entreprise en lutte contre notre système.  Ouvrez votre ordinateur à l’adresse indiquée pour localiser le virus. 

Abala 345?$9k 

C’est ce que je fis. J’en vis 323 modèles tous en opération sur la planète. Au moment où j’allais fermer mon appareil, je n’ai pu payer pour la transaction. Un point rouge s’alluma à la porte de mon appartement. Mon compte bancaire était vide. Une armée de policiers étaient en route vers mon appartement… On m’avait ciblé. J’avais pour nom Anna…. Et je vis mon corps se transformer à grande vitesse. Si vite que j’ai eu à peine  le temps de me regarder dans le miroir. Vraiment, la dernière injection qu’elle m’avait offerte était pour le sexe, mais bien plus…

On défonça la porte…

Gaëtan Pelletier

Décembre 2016

 

 

RITA


C’est la faute à la vie si nous mourrons.

C’est comme une fenêtre : la lumière y entre, mais en cas de feu, c’est pour sortir. C’est pour ça que de temps en soir, je m’étends sur une plage blanche : j’ai le feu, mais je ne veux pas sortir. J’écris des plages et des plages… Rien que pour voir si un jour poussera un océan.

J’ai toujours trouvé injuste que «Dieu» ne nous ait pas permis de nous pratiquer un peu à mourir avant que ça ne se produise… Et si le temps existe, ce n’est que pour voir l’éternité passer…

Comme une fille trop belle…

Et Rita était belle. Si belle! Elle était simple comme une candeur qui jouait du rire.
S’il y avait une musique plus belle que celle de Rita, comme disait mon oncle, Dieu l’a gardée pour lui.

J’aimais faire l’amour à Rita dans une auto. On s’enroulait sans rouler. On ouvrait la fenêtre et les grillons avaient des orgasmes à nous écouter gémir.

C’était une auto grise figée au bout d’un champ.

La vie est un toujours «en cas de feu». Et tout est une fenêtre. Quand je faisais l’amour à Rita, j’avais le feu sans la douleur du feu. Elle faisait tellement de bruit avec son rire, que le feu fuyait. … Alors on était toujours deux braises sans que nos maisons brûlent.

Ce doit être ça l’amour : tout flamme mais rien ne brûle.

La pensée sans émotion, c’est comme un chat empaillé.

Et Rita, elle, ne pensait pas trop. Un vrai chat… Rita était dévotion. Elle ne vous prenait pas pour vous garder. Elle se gardait de vous prendre. Elle ne demandait pas la lune, elle l’était. Je ne lui ai jamais donnée de fleurs… Lui en donner ça aurait été la prendre et la prendre et tout lui redonner.

Qui donc dans ce monde offre des fleurs à une fleur?

C’est la faute de la vie si nous vivons.

J’évite d’être un chat empaillé, et je ronronne sur le matelas blanc dans le noir. Des feuillets. Comme des autos qui me mènent à cette auto au bout d’un champ.
J’écris pour entendre le rire de Rita.
On dit que l’Univers est né il y a de milliards d’années… Certes, une grande explosion. On l’a dit. Et c’est savant. Je me suis dit que Dieu a eu un orgasme et que nous vivions sur le cadavre d’un spermatozoïde qui a perdu la queue. Et ceux allumés dans l’Univers cherchent encore un vagin… Qui sait?

Et pour la question de fleurs, je vois bien que nous ne sommes que des annuelles. Il faut se replanter à chaque année.

Une auto au fond des bois. Une banquette pour le festin…

Rita-bobo. Rita becquer bobo. Rita la tendresse. Rita la délicatesse.

C’est pour ça que j’arrive à dormir. Si la journée n’a pas été bonne, je me fais un bon matelas dans une auto au fond d’un champ. Car Rita n’est plus là. Je sais qu’elle me cherche dans un trou noir quelque part. Sans auto, sans rien.

Je pense que Rita avait raison. Pourtant sans feuillets…. Et sans mots…

Aimer vraiment n’a pas de mots.

Aimer est un rire qu’on écoute.

Gaëtan Pelletier

Chimanda Adichie: Le danger d’une histoire unique

Elle

Elle s’est levée un matin avec les yeux d’un orfèvre

Elle et ses yeux trop mouillés, que d’or après le dormir

Elle lorgnait mes bijoux et moi de frémir

J’avais les mains d’un chercheur, saoul des draps…

De la fenêtre entrouverte les oiseaux mozardaient, et des raies valsaient de lumière aux murs et au plancher. Des stries étranges, emmêlées aux froissements d’ailes d’ange. C’était l’été en plein ciel, nous sortions de la nuit longue d’un hiver noir. Un vent chaud caressait les rideaux dansottant aux fenêtres. Le cadran cessa de respirer. Et de par des reflets, des bougeoirs se pendirent aux murs. Une lueur se promenait sur le lit. Lumignon tout mignon, une braise pour les endormis que nous étions…

Elle a respiré ce matin comme une lumière étouffant dans l’ombre

Elle avait mes yeux et je nous regardais

Elle prit d’un doigt tendre la chaleur d’une bougie

Nous étions déjà de feu, l’incendie descendit…

Les odeurs des roses au jardin répandirent leur couleur sur nos joues. Au petit jour, tout est grand… L’édredon devint une mer bleu valsant de vagues, sous des reflets salins s’étendirent notre monde. C’était bien plus que la Terre, c’était bien plus que la chair…C’était, simplement… Et quand les deux furent un/une, les paupières se refermèrent… Il n’y avait plus personne pour voir la lumière, j’ouïr le chant, plus rien…

Il se rendormit sur Elle… Un peu de lui en Elle…

Gaëtan Pelletier

Circa 2000

Damien Rice – On Children

On Children
 Kahlil Gibran

Your children are not your children.
They are the sons and daughters of Life’s longing for itself.
They come through you but not from you,
And though they are with you yet they belong not to you.

You may give them your love but not your thoughts,
For they have their own thoughts.
You may house their bodies but not their souls,
For their souls dwell in the house of tomorrow,
which you cannot visit, not even in your dreams.
You may strive to be like them,
but seek not to make them like you.
For life goes not backward nor tarries with yesterday.

You are the bows from which your children
as living arrows are sent forth.
The archer sees the mark upon the path of the infinite,
and He bends you with His might
that His arrows may go swift and far.
Let your bending in the archer’s hand be for gladness;
For even as He loves the arrow that flies,
so He loves also the bow that is stable.

Marianna, Kahlil's Sister
Marianna, Kahlil’s Sister. Painting by Kahlil Gibran