Archives de Tag: POÉSIE

La braise des arbres

Crédit photo: Lise Bernier

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C’est l’automne et voilà que les arbres s’habillent de lueurs. Les coulis tout tendres animent les yeux des dieux enfermés en nous et en NOUS. Il y a des braisent qui dorment au bord de la route dansante. Ouvrez vos chakras, ce sont les fleurs en vous, les couleurs infinies qui dansent sans bruit.

Aux matins frisquets, le givre écrase le tapis d’herbes en prière. Sous le froid et l’effroi elles s’en iront en terre de l’hiver. Et le lièvre coure vers son manteau blanc et plus tard danser, cachottier à l’abri du renard roux.

Le dormir sera long et les jours trop courts.

L’arbre  écrit en lettres  jaunes, rouges, rousses ou de  vert persistant, et parfois de brûlures aux feuilles, gaiement, parlant d’un retour, l’œil rougi de peine mais à la fois souriant.

Ce sont cadeaux à l’iris, une peinture frétillante sous la main des vents. Le pinceau soleil, de rais délicats, trace l’énigme  saisons des âmes  par la voix des lumières feuille à feuille.

La paix dense enfermera les bois dans le grand coffret blanc de froid. Et les hommes ne comprendront que plus tard ou jamais l’énigme des toiles parlantes que nous sommes et toujours seront.

© Gaëtan Pelletier, 7 octobre 2019

 

La tresse des lueurs

« Le temps est l’image mobile de l’éternité immobile »
Platon
« Les fleurs sont l’expression d’une beauté inconsciente »
J. Krishnamurti
 
 
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Tu feras de tes yeux, le parfum de ton âme
Là où il y a des fleurs d’ailleurs que la lumière pâme
Et tes mains serviront à modeler les amours
L’Univers est une lyre, un champ de vibrances des toujours
 
Peu importe le temps, peu importe les heures
La trame de l’Histoire, les ficelles de grandeurs
Chacun est un pas qui fait marcher l’autre
Et les autres sont les sentiers délicats, des hôtes
 
Tu feras de tes oublis la plus grande des connaissances
Celle incrustée, en ton âme, bien plus lointaine que la naissance
 
Peu importe le temps, peu importe les leurres
Le corps n’est qu’une horloge que l’amour transforme en fleurs
 
 
Gaëtan Pelletier
29 novembre 2012 

Écrabouilleurs

La terre étranglée
De peine et de douleurs
Se meure de guerres
Se meure d’horreurs
L’homme s’est enrouillé
Tel un robot piégé

Le vent lamelle
La frivole dentelle
Du cerveau rieur
Éteinte de la bougie
Des sans voyageurs

Les hordes de sauvages
Vêtus d’émeraude
Cafouillent l’inharmonie
Sous les bruits des ors
Écrabouillant les vies

La marmite s’effrite
Se décompose
Son déclin destin
Déjà, que trop déjà ridé
Les larmes n’ont plus d’oeil
Ni de nids où pleurer
Sauf un cercueil à traîner

Loin est si proche
Que l’art délavé
Ne noie la fripouille
Des miroir de roche

Dérision! Dérision
Les semeurs de poisons
Creusent d’ombres les moindres lueurs
Tout oubli, sans cœurs

Gaëtan Pelletier
20 nov.2018

Le jardin

 

Source image:  TV83

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Je ferai un jardin
De rangs purs et certains
Je ferai un jardin
Que le soleil visitera
Un jardin de mes mains
Semées jusqu’en toi

Je ferai un jardin
Pieux jusqu’au ciel
Un jardin si beau
Que voleront les oiseaux

Je ferai un jardin
En mai, en moi, en juin
Un jardin si fou de couleurs
Qu’à tes yeux parlera

Je ferai un jardin
De semailles et demain
On le recueillera
À genoux, à prières
Un jardin comme nous
Nés de la lumière

Gaëtan Pelletier
27 mai 2018

Des mots

Red heart on a old opened book II

Image: Pexels 

 

Des mots

Y’a des mots comme des galets
Ronds et lisses et doux
À force d’être répétés
Qu’on glisse dans notre bouche
Comme des guimauves tièdes
Comme le sein gorgé d’une mère

Y’a des mots comme des pierres
Trop lourdes sur le ventre
Trop sèches dans la bouche
Comme des montagnes
Trop âgées pour se déplacer
Si tant qu’on ne les sait plus
belles ou laides

Y’a des mots comme des Inuksuit
D’énormes pierres judicieuses
Qui s’empilent et prennent du sens
Qui deviennent symboles pour l’un
Qui restent mystères pour d’autres
Embuscades ou points de repères
Dans l’immensité insondable de l’être

Y’a des mots comme des pierres volcaniques
Qui brûlent la langue parce que dits trop vite
Dévorés comme des petits pains chauds
Avec un appétit sans cesse montant
On voudrait prendre notre temps
Mais ils craquent sous la dent
Et la mie tendre remplit notre ventre
D’un moelleux dans lequel on se love

©Émilie Pelletier

Le réveil-oiseau

Enfants à flute

Je rêve de redevenir vieux et tranquille. Ridé comme un océan, mais l’esprit lisse comme un enfant qui joue de la flûte sans rêver d’être Mozart et enchanté.

Et j’y travaille, tout paresseux, et c’est bien ainsi. Hier, dans le jardin, les oiseaux cherchaient des vers comme des poètes affamés. Je les louchait, en souriant, parce qui donc aujourd’hui s’attarde aux oiseaux?   Les enfants vont sur le net pour les voir…

Les oiseaux poussent dans les arbres. Mon voisin a tellement d’arbres que le terrain sur lequel nous habitons est une sorte de banlieue. J’étais assis, au petit coin d’ombre, sur la marche que j’ai poli dix fois, toute égratignée. Un peu à l’image du monde: plus il en passe, plus il est éraflé.

En ce moment, la Terre a l’aire d’une tête de juive conduite dans un camp de concentration. On fera des tapis avec le poil!. J’ai vu tous les écrits savant du net. Enfin! Pas tous. Mais comme ils sont gémellaires, on finit par rendre sa lassitude et soupirer.

Je reviens aux oiseaux… Une fois le jardin arrosé, dans les minimes crevasses, dans les creux en bols, ils y ont trouvé une piscine. Je ne sais pas qui j’ai pu rendre heureux en ce monde, mais les oiseaux avaient l’air de se farcir de ce festin d’eau. Ils batifolaient, s’ébattaient, et dans cette belle frétillance, un mouvement si rapide, en ressortait une sorte d’aura d’eau Eldorado. L’eau est un trésor… Et nous sommes constitués d’au moins 70% d’eau. On peut donc servir à la fracturation du gaz de schiste…

Les oiseaux me reviennent.

Ce que je déteste des oiseaux est de les voir lever la tête et demander au ciel où se trouvent les vers, les graines, les pailles, alors que nous il nous faut calculer, embaucher une firme d’ingénieurs, la tête haute, casqués.

Le réveille-oiseau

oiseau

De temps en temps, j’écris la nuit. Les oiseaux me réveillent… Quand ils commencent à chanter, la fenêtre est ouverte, l’air entre, le rideau fait des flaques sonores sur l’encadrement. Les oiseaux me réveillent pour me dire que le temps d’écrire est terminé.

J’enlève mes ailes et je m’en vais sur mon oreiller sans plumes. Le petit cadran volant me dit d’aller au lit-nid.

« Dieu » leur a implanté une sorte d’instrument à vent dans la gorge… Je ne sais. Ils se parlent entre eux dans la forêt. Je me souviens d’un jour en Abitibi où je travaillais l’été et que le soir, après le travail, je sortais pour écouter les oiseaux.

Peu importe où ils meurent, leur génie est de transmettre le même langage pratique à travers les âges. Et c’est la raison pour laquelle ils sont toujours là.

Tandis que nous… On ne sait pas.

Gaëtan Pelletier

24 juillet 2013

P.S.: C’était écrit: « Entrez le titre ici ». Alors, entrez-le avant que quelqu’un le fasse pour vous.

Je dédie ce petit billet à mon cousin Jeannot qui nourrissait les oiseaux, tirait des érables l’eau à faire le sirop, fabriquait des escaliers et cultivait l’amour comme si c’était la nourriture la plus important du monde.  Également à mon frère Jacques, bien tatoué, révoltés, de temps en temps drogué, comme s’il voulait voler…

Tout cela pour dire que les morts peuvent nourrir les vivants, et que les vivants peuvent nous apprendre que vivre dans la simplicité est transmettre un message simple.

Twit

© Gaëtan Pelletier 

Félicité

S’étendre dans la paume d’une montagne violette

En voyageur fourbu qui se déleste de sa grisaille

Renaître dans le moelleux d’une de ses courbes blanches

Plonger le visage dans son souffle bleu

Cueillir des bouffées de lichens immaculés

Comme des fruits lisses et parfumées

 

Vouloir plonger les doigts dans la soie blanche

De la robe nuptiale d’une grand-mère monolithique

Prête à offrir comme pour la première fois

Sa fraîcheur irisée, piquante et dure

Écouter l’écho, le bruissement dans l’inébranlable

Comme on collerait l’oreille sur un coquillage sacré

 

Sentir ses pas minuscules et impermanents

S’enfoncer dans la chair ferme mais tendre

De la Terre mère, de la Terre sœur, de la Terre soi

Voir sa présence balayée par l’immensité

Se retourner et voir le violet, le bleu, le vert et le blanc

Se fondre dans un grand tout

Passé, présent, futur, ici, là-bas

 

Je suis tous les points cardinaux

Je suis à gauche, à droite, au-dessus, en dessous

Je suis le ciel, l’eau, le feu et la terre

Je suis ceci

Je suis cela

Je suis

 

Émilie Pelletier