Archives de Catégorie: LITTÉRATURE

La quête

Quête

Quête 2

Les voyages arrêtés

Que reste-t-il de ces voyages
Que l’on  fait au pays des yeux
Entre le ventre de la mère
Et celui de la terre?

J’aurai vu des âmes  sable/enfant
Et des bétons figés, dur amour, dur amant
Qui ont  bu tout l’eau des pleurs
Laissant à sec, les beaux amours océans

Au générique de la vie, défilent des géants
Qui dorment au cimetière, enterrés
Sous leur cœur de pierre, figés
Laissant sur Terre des cadavres boitillant

Laissez-vous aimer jusqu’à écouter
Le parlé du parfum  des fleurs,  frémir
Aux touchers, saisir d’une main les couleurs
La Terre est un jardin où l’on sort comme des fleurs!

Après une croisière de l’ombre  à la lumière
Que reste-t-il de ces voyages
Que l’on fait au pays des yeux?

Gaëtan Pelletier

20 juin 2010

Absences

Aux soirs de tes absences, je dors d’un œil ouvert
Sur ton âme et ton corps, dans mon vieux lit d’hiver
Je t’enverrais des fleurs, de vert et de lilas
Pour faire fleurir en toi, les printemps de nos voies
 
Aux soirs de tes absences, si tu savais, ma belle
Le tué de mes respirs, ma lumière affamée
Je ferais voyage aux lèvres, pour en boire la buée
Je t’enverrais tout l’or, de ma mine irréelle
 
Aux soirs de tes présences, je vais au lit l’œil vert
Comme une veillée tendre, une chandelle allumée
Faire l’amour aux paupières, qui tremblent nos hier
 
Aux soirs, aux tout doux soirs, juste avant la nuit
Je prépare la fête, les rideaux de mes yeux
Je descends les toiles, de chair pour l’infini
 
Puis je fais le voyage, de l’absence à présence
La chambre est déchirée, des ciels et des ciels
 
Culbutent nos amours, aux bougeoirs éternels
 
 
© Gaëtan Pelletier
09, avril , 1998

Le père Noël qui puait de la bouche

Père Noël

( Un « classique » de 2008🙂 )

Il neigeait à manger debout.

La ville était blanche. Pour une fois…

Roger, le mendiant barbu qui portait toujours tout ce qu’il avait dans un grand sac vert sur le dos, arpentait les rues. De son souffle court émanait une vapeur qui s’élevait vers le ciel.

On entendait des chansons des haut-parleurs de chaque vitrine. Les rues étaient bondées.

And so this is Christmas

And what have you done?

Another year over

A new one just begun

Une larme coulissait de sa joue. Il avait froid. Et sous sa tuque verte, élimée, en laine effilochée, sourdaient des cheveux blancs.

Montréal.

Il faisait un froid à ne pas mettre un chien dehors. Pourtant…

Alors il marchait, marchait, pour éviter que le froid le tue.

Il tomba pour la première fois.

Il se releva, reprit son souffle et repartit.

Quand il tomba la seconde fois, il resta un moment immobilisé. Il eut une légère perte de conscience. Et lorsqu’il rouvrit les yeux, il vit devant lui un portefeuille. Mais un portefeuille singulier. Il contenait beaucoup d’argent et de nombreuses cartes de crédit.

Il le prit, l’enfouit dans sa poche puis reprit sa route. Il rentra dans un restaurant. Un petit resto avec des bancs au rebord nickelé qui devaient dater des années 50. Il commanda trois cafés et un … déjeuner.

– Vous avez une belle barbe blanche, fit remarquer la serveuse.

Il sourit.

– Je suis le père Noël.

– Je n’en doute pas.

– Si je vous donnais un bon pourboire, pourriez-vous me trouver un flacon de whisky?

Elle sourit.

– Je vais faire un effort.

Il lui donna une vieille bouteille d’eau qu’il traînait toujours.

Elle se dirigea vers l’arrière, prit un grand flacon et remplit la bouteille.

Quand elle revint, il avait terminé son repas.

Il était presque deux heures.

Il sortit, héla un taxi, et demanda au conducteur de le conduire à l’adresse indiquée sur un carte trouvée dans le portefeuille.

*

Ding Dong!

Il n’avait pas vu un tel château depuis longtemps. Un château lumineux et bruyant. . Il y avait une file de voitures de luxe à l’entrée. Toutes de couleur acier ou argent.

Il sortit la bouteille et prit une lampée.

La porte s’ouvrit.

Apparut  un  garçon, cheveux courts, cravaté.

–  Êtes-vous le père Noël?

– Non.

La mère, juste derrière le garçon, prit ce dernier et le tira  derrière elle.

–  Vous êtes un mendiant? Ce n’est pas l’heure.

Il puait et elle ressentit un certain dédain.

– J’ai trouvé ceci dans la rue…

Il tendit le portefeuille.

Elle écarquilla les yeux.

–  Georges, quelqu’un a retrouvé ton portefeuille.

L’homme arriva aussitôt, souriant, mais il perdit son sourire en voyant le mendiant.

–  Bonne nouvelle!

Il regarda sa femme. Ils se demandaient comment ils allaient s’en débarrasser. Car il pouvait tout leur demander…

En arrière plan, une grande fête. Et des tables de nourriture, des vins, des bières… Et des gens bien vêtus…

–  Nous ne ….savons…

–  … comment vous remercier…, continua la dame.

Il haussa les épaules.

–  Ce n’est rien…

Il hésita.

– Sauf que j’ai pris un café et ai mangé un peu… En plus, le taxi…

Ils s’esclaffèrent. Soulagés…

–  Je veux voir le père Noël, demanda le garçon.

–  Qu’est-ce que tu as eu pour Noël mon garçon?

–  Je ne sais pas encore… Mais je crois que c’est un ordinateur et plein de jeux. Je voudrais voir votre sac… Est-ce que vous avez quelque chose pour moi?

–  On ne sait jamais…

L’homme et la femme cessèrent de sourire. Ils devinaient  ce que transportait l’homme.

–  Le monsieur doit repartir…

–  Oui, renchérit le propriétaire.

–  Mais pourquoi?

Ils ne surent que répondre.

–  On va fouiller le sac et si j’ai quelque chose que tu désires je te le donnerai. Je ne voudrais pas vous importuner plus longtemps…

–  D’accord.

Il répandit le sac sur le plancher et il apparut une navette spatiale qu’il avait lui-même sculptée.

–  Qu’est-ce que c’est ? demanda le garçon.

–  Un peu ma vie…

…..

–  …une sorte d’oiseau en bois qui représente la liberté.

–  Elle  peut voler?

–  Tout peut voler, il suffit d’y ajouter les ailes de l’esprit… Tu comprendras plus tard…

–  Quand je serai grand?

– Ça dépend… Pour être grand il faut toujours savoir rester un peu petit…

–  Pourquoi es-tu si sale?

– J’ai passé par toutes les cheminées du monde… On s’y brûle, on se salit, et… ce n’est pas le plus beau métier du monde…

–  Mais il n’y a qu’un père Noël?…

Il prit une lampée, pendant que les parents s’étaient éloignés.

– Oui… Exact… Il n’y en n’a qu’un… Celui que l’on voit… Et ce n’est pas ce qui nous est donné qui importe… C’est comme si le cadeau te cherchait et te trouvait…

Les yeux du garçon s’illuminèrent.

–  Je crois que vous êtes vraiment le père Noël.

–  On ne sait jamais… Car on ne donne que ce qu’on l’on a de plus précieux. Tu pourrais prendre tout ce qu’il y a dans ce sac… Mais ce que tu désires est ce que je désire aussi. Mais je suis vieux et malade… C’est un peu comme passer le flambeau…

– Vous pensez que je ferais un bon père Noël?

–  Je crois que oui… Voilà la navette … C’est ce que j’ai de plus cher au monde… Il vole seulement si on la  fait voler avec ce que l’on a d’enfant en soi. Les autres sont collés sur Terre…

–  C’est assez, Jérémie. Laisse le monsieur tranquille, il doit…

– Oui, je sais, il a un autre monde à visiter…

–  Oui.

– Vous voulez combien pour nous avoir ramené le portefeuille?

–  Rien. C’est votre cadeau… Votre fils est un garçon qui vient de me donner ce que je cherchais : croire. Croire qu’en chaque enfant il y a un… sauveur… Et il vivra si personne ne tue en lui la magie avec laquelle tout le monde est né…

…..

– Alors, je m’en vais… Bonne soirée à tous…

*

Il faisait froid, si froid… Il ouvrit une portière, deux portières… Du moins il essaya. Il trouva enfin son logis : une Mercédez. Il s’étendit sur le siège arrière.  À travers la vitre givrée il entrevit la silhouette du garçon dans une fenêtre du château.

Il prit une lampée et s’endormit.

*

Vers cinq heures on trouva l’homme mort dans la voiture. Tout le monde étant un peu soûls on décida de traîner le cadavre jusqu’à cette borne fontaine  au coin de la rue. On ne voulait pas avoir d’ennuis avec les policiers. Trop long…Trop embêtant…

*

Pendant la nuit, le garçon rêva que la navette volait dans l’espace immense toute picotée d’étoiles. Et son rêve était si merveilleux qu’il le raconta à ses parents le lendemain.

*

Je me demande encore si le père Noël existe, dit le garçon…

L’homme et la femme se regardèrent. Ils ne surent que répondre. Mais ils pensèrent tous deux qu’il ne servait à rien. Ce n’était qu’une illusion.

Mais pendant qu’il mangeait, le jeune homme volait au-dessus de la ville, la navette posée  sur la table, souriant, se disant qu’un jour il serait le père Noël.

Gaëtan Pelletier

21 décembre 2000

La mariée était vraiment trop belle

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Je me suis marié le 18 février 2047. C’est par hasard que j’ai rencontrée Anna, dans une bibliothèque de livres de papier. Dehors, il pleuvait des cordes. C’était en fin d’après-midi et le vent de la mer, un faux en provenance d’un programme du gouvernement sous le règne du petit-fils de DT ( Donald Trump), que d’insérer dans des lieux publics une invention toute récente: des odeurs rappelant celle qui existaient dans les années 2020. Le propriétaire de la bibliothèque était un chinois qui habitait un petit village dans le nord du Québec: Chinoville.

En ce temps -là tout était connecté. Le simple effleurement d’un livre pouvait activer une chanson, un autre livre, des dizaines de films. Tout tournoyait. Mais ce n’étaient  que des pubs.

Je cherchais un vieux dictionnaire de Paul Rouaix: Le dictionnaire des idées suggéré par les mots. Quand j’ai glissé ma main sur le dictionnaire, une autre est apparue: celle d’Anna. Alors, dans la pièce une vieille chanson des Beatles a été déclenchée: Anna. J’adorais cette chanson. La veille, je l’avais fait jouer une dizaine de fois sur le SI ( SuperInternet) version tridimensionnelle. Au moment où mon regard croisa le sien, des fleurs virtuelles, comme des oiseaux translucides volèrent  à travers la pièce pour aller rejoindre les mains d’Anna qui s’ouvrirent pour accueillir le bouquet par un sourire triste. Dès lors, mes palpitations cardiaques changèrent de rythme.  « L’amour, je dis-je! Enfin l’amour! « 

Nous sortîmes de la bibliothèque et prirent un taxi volant. Le ciel était zébré de ces taxis qu’il suffisait de héler par un simple bouton jaune. Mais chaque taxi avait une couleur différente et changeante.  J’ai appuyé sur le bouton qui déclina mon identité et mon adresse.

***
Anna adorait les chansons des années 50 et 60 de l’autre siècle. Il semblait que nous étions fait l’un pour l’autre. Nous nous sommes mariés le lendemain et avons fait un voyage au pôle Nord où vivaient les riches de ce monde. Le reste de la planète était pratiquement invivable. Nous nous sommes promenées sous de fausses banquises, admirant des répliques d’ours polaires. Puis nous sommes repartis le lendemain vers l’Afrique avec des combinaisons anti-chaleur pour chasser des lions virtuels. Ce matin-là, il y eut toutefois un incident: l’un des lion fut si mal programmé qu’il bouffa une touriste américaine. La fille de Bill Clinton ne survécut pas.  Anna pleura pendant une quinzaine de minutes devant les « restes » de la femme en charpie, le corps disloqué. Le travailleur-robot fut condamné et détruit par un juge robot.

Notre lune de miel ne s’arrêta pas là. Nous faisions l’amour 3 ou 4 fois par jour. Anna était inassouvissable. J’ai dû avoir recours aux injections du Dr Perfo qui s’avérèrent très utiles. Un jour, elle téléchargea un programme de partouze en 3D. La pièce fut – après avoir déboursé près de 10,000 $ chinois- emplie de danseurs et danseuses à moitié nus.  Ce fut la soirée la plus excitante de notre notre union qui ne cessait de grandir. J’étais excité. Et Anna faisait le café, le ménage, et – de temps en temps – elle pouvait me jouer une des ces émissions des années 1962 avec tous les personnages.  J’étais ravis. C’était exactement de ce monde que m’avait décrit mon père dans les petits écrits auxquels il se livrait le soir.  La soirée fut toutefois stoppée par une quinzaine de policiers-robots qui pénétrèrent dans l’appartement du voisin. Il fut accusé de participation à un réseau de climatophiles ayant mis la main sur des vidéos représentant la Chine du 20 ième siècle. On l’exécuta en deux minutes, puis ont le fit brûler et réduit en cendres. L’opération n’avait duré que quelques minutes. Les cendres furent aspirées et conduites au cimetière planétaire situé près de Las Vegas.

***

Anna avait le don de trouver des substances qui rendaient heureux. Elle me disait qu’elle avait travaillé dans un laboratoire qui fabriquait ces substances.  Nous en faisions usage… Et grandement.

Un jour, je me suis levé et j’ai écarté les faux rideaux qui donnaient sur un monde montagneux, remplis de rivières, et dont les bruits se répandaient dans la pièce. Je cherchai Anna. Elle n’était plus là.

J’ai fait une plainte au poste de police et il m’a été envoyé un message concernant Anna.

Monsieur, 

Le virus Anna a été créé par un clan de résistants situés on ne sait où pour l’instant. Le virus a une durée de vie de 28 jours. Il est présenté sous la forme d’une jolie dame sensible ou d’un mâle fort ressemblant. Ce virus avait d’abord été créé par une compagnie publicitaire. Mais il a été rapidement pris en charge par une entreprise en lutte contre notre système.  Ouvrez votre ordinateur à l’adresse indiquée pour localiser le virus. 

Abala 345?$9k 

C’est ce que je fis. J’en vis 323 modèles tous en opération sur la planète. Au moment où j’allais fermer mon appareil, je n’ai pu payer pour la transaction. Un point rouge s’alluma à la porte de mon appartement. Mon compte bancaire était vide. Une armée de policiers étaient en route vers mon appartement… On m’avait ciblé. J’avais pour nom Anna…. Et je vis mon corps se transformer à grande vitesse. Si vite que j’ai eu à peine  le temps de me regarder dans le miroir. Vraiment, la dernière injection qu’elle m’avait offerte était pour le sexe, mais bien plus…

On défonça la porte…

Gaëtan Pelletier

Décembre 2016

 

 

Le fleuve

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On ne traverse jamais le même fleuve.  Héraclite 

 

C’est tout broussaillé
Avec des de mots en fine lamelles 
Qui tranchent la gorge des hommes 
On nage en tentant de figer la rivière 
la débordante, la changeante 
On ne sait où boivent toutes les eaux des rivières 
Pour nous nourrir en une éternité et inventions sans fin 
 
C’est brouissaille et nous sommes broussaillés 
Le fruit a oublié l’arbre  
Et le langage l’amour 
Les idées sont fripées 
Et sont en guerres d’idées 
Et l’on dira que c’est penser… 
 
Gaëtan Pelletier 
 
 

Les matins comme les autres

063

Je prends mes skis de fond, je les glisse dans l’auto, et je pars. Je pars pour nulle part. Car la seule route est celle de la tranquillité. Avoir de la glace au bout des orteils, c’est seulement avoir conscience qu’une fois déglacé, à l’aise, le petit bonheur est là. Le bonheur est une série de petites joies tressées. On n’en sort pas. On en sort par les grandes causes. Les fatigantes grandes causes qui ne sous sortent de rien. Écrire des phrases, des mots, chercher une  vérité, puis une autre. Relire et relire un passage, une pensée.

Tout ça c’est rien.

À force de devenir vieux, les yeux de l’âme commencent à voir plus clair. On rajeunit avec ces infimes regards perçants de l’enfance où tout nous  fascine. C’est là le grand luxe de ne plus travailler, du moins pour la lutte de « devenir quelqu’un ». Car devenir quelqu’un c’est devenir soi. Et il y a tant d’autres qui veulent vous nourrir aux idées, qu’il faut en jeûner de temps en temps.

C’est un matin comme les autres : je me dirige vers le camp, et le sentier me dirige vers la vie. Le soleil fait de la frange de lumières découpées. Ça se répand sur le sol comme des lames lumineuses. Il n’y a que ça… Tout ça emmêlé aux arbres blessés par la pollution et la vie des arbres, la dureté de la Nature…  Comme s’ils souffraient eux aussi. Ils ont tous de petites blessures, certains sont écrasés, déracinés par le vent, d’autres sont chichement plantés, comme s’ils ne pourront jamais devenir adulte.

C’est comme ça. C’est comme les humains.  Je deviens deux yeux qui marchent, fasciné par les vieux pommiers. Chaque pas me rappelle mes premiers pas, chaque respiration ce grand air d’hiver de l’enfance.

Ce matin-là, il y avait 5 perdrix qui semblaient avoir une discussion à l’entrée du bois. Le moteur les a fait fuir. Comme je fuis le bruit. Comme je fuis les gens bruyant qui ne parlent que de l’esprit. Le silence, lui, est comme un grand lac dans lequel on se baigne pour se laver de tous les cris du monde, des guerres, du sang, et du martelage incessant, journalier.

Nous sommes ce que nous mangeons… Nous mangeons des nouvelles, des re-nouvelles, les mêmes, des idées, des phrases toutes faites, des éclairs d’esprit, du battage assidu des formules politique, des idoles, des statues parlantes.   Plus il y a de tireurs, plus ça mitraille. Plus on apprend rien dans cette société-pub, plus nous en gobons. C’Est comme le sucre et le gras.  Nous en voulons, nous en voulons… Sans jamais être rassasiés. Le vide est un creux qui se creuse et nous creuse. Il faut le remplir…

***

Je souffre, je marche, je ski, je trébuche, je contourne les obstacles. Quelques oiseaux se prennent pour Céline Dion. Il n’y a rien de clinquant. Je regarde les traces des petits animaux qui passent et repassent. Plouc! Comme une empreinte digitale sur la neige. Comme une écriture de la Vie, infime, clandestine, codée, indéchiffrable…

La beauté de cette petite planète est d’une infinitude qui me paralyse à chaque fois. Et à boire et manger de la tranquillité des bois, de l’insonorité inquiétante, peu après la peur, s’installe le mutisme parlant. La peur du vide qui nous mène à s’agiter comme une queue de chien qui tourne affolée sous le regard du chien trompé.

C’est le silence… Le soupir de la grande musique.

Après une heure de mouvements « sans pensées », rien que figé aux mouvements, l’esprit cesse de hurler, de s’exciter, de s’apeurer et, surtout, de se nourrir dans les ribambelles de « nouvelles », je retourne au camp et j’avale un café, tranquille, encore frileux, le bout des doigts mordus par le froid, mais l’âme léchée par la Nature, la Vie, avec une seule question…

« Comment pourrais-je me passer un jour de cette beauté semée partout et que nous détruisons chaque jour? ».

Je suis passé de la chair au squelette… À force de faire le pèlerin des grandes causes. À force de croire que ce que nous créons et détruisons est une gloire « profitable ».

Je sors du bois, fouetté de café, de chaleur, d’un sourire lancé aux arbres, comme un remerciement.

J’ai appris ce matin que les arbres penchés, à genoux, pieux, étaient morts…

Le vent les a jetés par terre. Même les plus robustes, les grands…

Une fois écarté des autres, trop écartés, trop solitaires, ils m’ont appris qu’une certaine proximité est nécessaire pour garder la forêt en santé.

Nous ne sommes pas différents de la forêt… Mais en cette ère de solitude vantée, il faut savoir doser ses journées. Les matins sont les matins de silence. On vient y ramasser parfois ce dont il faut parler le soir.

Et j’ai vu certains arbres s’étouffer de proximité.

Gaëtan Pelletier

25 décembre 2012