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Le Dépotoirium, Chapitre 8

Chapitre 8

Les rebelles galettes

 

Sois docile et tais-toi!. On sait maintenant fusiller, sans trouer le corps, mais seulement l’esprit des rebelles.

Les rebelles… Ce qu’on peut les aligner, les figer, les mouler, pour finalement en faire du une purée pour l’État et les affairistes ! Rebelle à 20 ans et puis, on dirait que les muscles de la rébellion s’atrophient  pour  devenir  mollusque.  Les  rebelles sont soufflés comme des chandelles quand elles sont à peine allumées.  On éteint l’intuition… On passe à l’Héli-homme notre citoyen catégorisé « inadapté », à un ballonné de savoirs,  pratiques et sans rêve.  L’État n’aime pas les rebelles. Dans la grande chaîne de fabrication maintenant robotisée, le rebelle est vite aplati pour finir par ne rien comprendre de sa propre rébellion. Il s’écrase comme une crêpe. On le traite « d’incivilisé », de gangrène à projets, de  puce de Daech. Un pou. Un pou à qui on donne un voir : un pouvoir.

Le petit barbarisme,  soi-disant propre,  annihile toute tentative de  changements quand le conformisme néolibéral est une chaîne de montage. Dès lors, le rebelle devient une sorte de juif gazé à la propagande, soumis aux rangs d’oignon, dénigré, appauvri, rejeté – mais « traité » pour fin de non soumission. Le rebelle doit être guéri. Car tout est parfait.

La vie peut alors devenir un camp de concentration pour ces «incomprenants » du génie de l’organisation.   Le rebelle sait (d’intuition) qu’il faut changer quelque chose. Mais la puissance des bien-pensants ont tous les moyens pour lui faire croire que c’est lui qu’il faut changer. Il cesse de s’habiller autre-ment et se coiffe le toupet à droite.

Tuer n’est pas que faire disparaître la chair…. Tuer, c’est faire disparaître le génie de la différence et l’œuf de la rébellion.  Celui dans lequel poussait sans doute une créature – ou une foultitude- qui pouvait changer et améliorer le monde.

Dans cette mondialisation soumise aux marchés libéraux, sans frontières, le rebelle est rapidement brûlé au bûcher de la propagande efficace. Allez! Brûle petit rebelle. Tu es un impur parmi les fabricants de pureté.

La planète est remplie d’anciens rebelles qui sont maintenant les bourreaux les plus horribles depuis le commencement de l’Histoire. Le rebelle se case en mode exécutant… Un exécutant n’a pas de responsabilités. L’oberfedwebel  n’a jamais tué personne.

Jason

***

Le coffre-fort arrive. On devrait fêter l’arrivée du coffre-fort. Nous sommes là, Maggie et moi à le regarder, silencieux, devant l’ébahissant cube métallique, ou bien onirique,  pendant que les deux mastodontes de livreurs enflés  de graisse attendent notre signature. L’un s’est accoté dans l’encadrement de la porte et jauge – je le sens – notre richesse. Je perçois la petite chandelle lumineuse dans son regard de chien de pistage,  version Bêta, son zieutement inquisiteur. Il nous prend  pour des trafiquants de drogues. Même si Maggie porte des jeans déchirés aux genoux.

***

En faisant entrer le coffre-fort dans la maison, nous avions franchi un tout petit pas pour l’homme,  mais un grand pas pour l’humanité : la thésaurisation par la vache et la poule rendues invisibles, transformées en une « valeur » symbolique. On croit que les coffres-forts ne contiennent que de l’argent .Alzheimer quand tu nous frappes! Il pleut des Houdini. Car le coffre fort, vite transformé – ayant perdu son job- a été renvoyé par la destruction créatrice. Il este mort le coffre-fort. Crucifié par le numérique.  Ce que peut contenir un coffre-fort n’est rien avec l’œil mal léché du citoyen. Il peut contenir un casino, des éléphants, une montagne d’or en Uruguay, un nours (sic) en peluche, des enfants esclavagés, et toute l’eau du lac Baïkal. L’infini pouvoir est là. Tout s’enferme. Tout. Même la liberté est lovée  au fond d’un coffre-fort. Ce n’est pas avec la main que l’on fouille un coffre-fort, c’est avec l’esprit, et le bon… Même le Sahara, dit stérile, et dont on fera des poches de ciment un jour, est coffré. De même que la mer Noire et les 250 millions de bouteilles de bière embouteillée chaque  année dans  une usine de Montréal.

Et pour plusieurs, le bonheur est dans le coffre-fort. Toutes les guerres sont des guerres de coffre-forts. Ce n’est pas que de l’argent liquide, c’est de l’argent pétro-liquide, eau Nestlé, et G7 à Charlevoix ou à Taormine. Même l’amlodipine  Toute la folie des hommes est dans un coffre-fort. On vend même des armes pour faire pousser des coffre-forts. La matière grise est devenue jardinier de coffre-forts.

J’ai jeté un œil à la fenêtre – manière de parler, car je ne jette quasiment rien- pour m’assurer que je ne souffrais pas de débilitation sans retour. Je ne me suis pas trompé. J’ai eu raison d’avoir tord de mes craintes. J’ai vu trop de ces créatures aux lèvres qui bavent,  assoiffées de  sucer corps et âmes pour le tout avoir. La matoiserie et la finance couchent dans la même lie. Les visqueux avec les visqueux. Les poissons avec les poisseux.

Quand Carl est entré, pendant la nuit, il s’est assis dessus en buvant sa bière artisanale. Quand Théo est arrivé, trois  jours plus tard, il s’est assis dessus. Puis, pour rire, Maude et Théo  ont  fait mimer  l’amour sur le coffre-fort. Ça faisait une belle marque de territoire… Ils faisaient semblant de se rouler  sur l’or. C’était tout dire de leur avenir.

Mais c’est le lendemain, en faisant part à Théo des soupçons des livreurs, que Théo pâlit. On aurait dit qu’il c’était lavé le visage avec une débarbouillette imbibée d’eau de javel.

— La police va nous suivre, c’est certain.

— Alors!

— Alors, je vais déménager dans l’appartement voisin avec Maude et me débarrasser du coffre-fort.

— Alors?

— Alors, on se servira de comptes Paypal.

Je savais qu’un avocat trouverait la solution. Mais ce que l’avocat ne savait pas c’est que nous avions menti  pour nous   débarrasser d’eux. Le couplet Maude-Théo.  La peur rend l’homme aussi stupide qu’un tournevis. Torpiller est un art maintenant. Les objets sont devenus plus important que les humains. Jouer aux échecs est une réussite. On aime l’escrime de la matière grise.

Depuis Médinet-Habou, l’art de se planter des couteaux ou  des fleurets dans le dos est de bon aloi. Plus de morales, plus d’interdits.  Vivre est devenu une discipline olympique : c’est bien vu, pourvu que le sang ne gicle pas. Pour l’âme on repassera… Les émotions ne comptent plus. Sauf pour les chiens errants qui font pitié avec une oreille arrachée, un œil percé. Il pleut des dévots de cabots. Pour les humains, on repassera.  Merci! Merci Seigneur de nous avoir fait humains, tendres, doux,  surtout capable d’aimer les animaux, mais pas ceux que nous sommes.

— On a été stupides, dit-il.

— Ouais! Comme la FED en 1913. Alors, n’attendons pas 1929…

Il m’a donné une tape sur l’épaule, avec des larmes de crocodiles qui ont vu leur prochain transformés en sacoches.

Nous nous étions connus à 16 ans. Je l’avais sorti d’un pétrin et il m’avait remercié. On s’échangeait des jeux, des films, et même des filles. Nous étions des titis de Paris, mais dans un autre pays. Je l’aimais bien à l’époque. Même si parfois il prenait ses parents pour deux crachoirs, vu leur bourgeoisie affectée. Je savais qu’un jour les chiens ne donneraient pas des chats.

***

La route qui menait au village déchirait une forêt géante, à perte de vue, montagneuse et veinée de rivières. Je me suis souvenu avoir déjà vu des truites sauter pour  attraper des libellules. Gloup! La grande  volante aux ailes diaphanes a été avalée comme un livre électronique.  Que Dieu accueille ton âme! La nature est traîtresse. Et nous sommes de la nature. Jamais autant de gens n’ont dû à si peu d’arbres, aurait dit le gros  mignon Churchill.  Mais on ne se gêne pas pour les  raser à la comme si la planète passait chez le coiffeur avec ses cheveux  à feuilles.

Des maisonnettes délabrées, aux toits gondolants, étaient plantées dans une aura de friches brunâtres.  Maggie n’en revenait pas de la couleur des arbres en automne : rouge vif, jaune, roux. Roux comme la couleur de ses cheveux fous, comme les feuilles folles qui se parachutaient  des arbres.  La bagnole puait l’huile. Il manquait une poignée à l’avant, de sorte qu’il fallait sortir tous les deux par la même portière.

— Tu vas la faire réparer?

Je rigolais.

— C’est un projet…

— Canaille!

De la bouche de Maggie, quel beau mot! Tout taquin!

*

La maison de ma tante n’avait guère changé. Ma tante qui approchait les 80 ans affichait toujours ses grands yeux bleus et un air rieur, des mouvements quelque peu  saccadés,  barbouillée, comme toujours,  de sa douleur de vivre qu’elle avait peine à camoufler.

Elle parlait souvent de ce  cher James William, son défunt mari,  un irlandais qui jouait du violon après avoir pris son  petit déjeuner de quatre œufs et un amoncellement de bacon et toast tartinées de beurre.  Elle nous offrit du thé. Les murs de la maison était penchés  comme si ils allaient bientôt s’écrouler, las de presque cent ans de travail.    Rien n’était droit, pas même le piano sur lequel elle piochait de temps en temps, assez maladroitement. « Elle est meilleure au lit, disait James », en souriant.

— Vous allez passer la nuit ici?

— Peut-être…

— Je vais vous prépare une chambre.

— Demain, nous irons faire un pique-nique.

Je voyais bien qu’elle était intriguée par Maggie.

— Vous êtes de souche irlandaise?

— C’est difficile à cacher.

— Vous êtes mariés?

— Non! Non!

Elle se tourna vers moi

— Vous devriez… Il est évident que vous êtes faits l’un pour l’autre.

Tante Claire s’adonnait au spiritisme. Elle avait vécu toutes les religions et toutes les guerres, comme disait Cabrel.  Elle nous avait dit en visitant la chambre qu’elle était hantée, mais que l’esprit ne venait la visiter qu’une fois par mois.

— À quelle date?

— Le 21…

Puis elle éclata de rire en nous montrant le calendrier.

Le lendemain, Maggie et moi marchions sur une vieille voie ferré qui menait à la rivière. C’était l’été indien et nous chantions tous les deux la chanson de Dassin :

On ira,  où tu voudras quand tu voudras

Et l’on s’aimera encore…

La rivière était toute mignonne avec son gazouillis et ses vrilles d’eau. Une eau pure et claire. Ici, loin de la ville, il restait encore de cette pureté, à commencer par le silence. Le grand repos de la cochlée du marteau et de l’enclume sans passer pour des communistes.

J’avais pris  une vieille canne à pêche trouvée dans le hangar derrière la maison .  Nous avions  des sandwiches, mais après trois prises, il a fallu tuer le repas avant de le manger. Les truites étaient vivaces comme au commencement du monde. Et Maggie hurlait en les voyant sortir de l’eau. Elle sautillait sur les cailloux en s’éclaboussant avec ses longues jambes  blanches. J’aimais la voir sautiller et rire.

On a bouffé les truites en se léchant les doigts. Vers 14H00, j’ai entretenu le feu pour nous réchauffer. J’ai planté des piquets, suspendu une toile et nous avons fait la sieste.  Il y a des moments de la vie que la mémoire se garde de jeter.  Le feu crépitait, la rivière murmurait et, de temps en temps, on pouvait entendre le chant des oiseaux  au loin, tellement  loin qu’on aurait dit qu’ils venaient du bout du monde. Nous nous sommes endormis. Et quand elle s’est réveillée, elle m’a demandé :

— Tu penses qu’on est fait pour vivre ensemble?

— Oui, ma tante est folle.

Elle m’a bécoté, les yeux brillants.

Alors je me suis dirigé vers le boisé pour couper un osier  rouge et j’en ai fait un anneau.

— Voilà! S’il y a quelqu’un avec qui j’ai envie de passer ma vie, de vieillir, c’est toi.

— T’es vraiment radin…

— Tu ne comprends pas ce qu’est l’or de ce monde. Je n’ai pas envie de creuser la Terre de mes doigts, me déchirer les ongles pour y extirper de l’or. Je veux que nous nous transmutions tous les deux.

— Je te dis oui, à une condition…

— Laquelle?

— Que nous venions passer nos dernières années ensemble ici. Ici à recevoir nos enfants, nos petits enfants… Et que tu me serves le thé de temps en temps.

— As-tu une autre demande?

— Oui. Promet-moi d’éteindre l’ordinateur et la télévision à l’heure ou se couche le  soleil. Je ne veux plus voir de films d’horreur et de S.F., de monstres, de toutes les misères du monde qui entrent dans mon crâne. Je suis taillée   pour la paix de l’esprit… Le silence me fait vivre heureuse, le bruit me tue, m’horripile,  et la bêtise humaine encore plus m’exténue.  Je suis une tortue rousse…

*

On est  revenus par les petites routes sinueuses, toutes remplies des couleurs de la coiffure de Maggie de par les feuilles versicolores. Puis on a pris un vieux motel à la façade  usée. En entrant, on se serait cru dans un film des années 50. Après avoir fait l’amour, on est sortis sur le petit perron. Puis on a fumé un joint. Le ciel s’est mué en une bijouterie scintillante. Ici, on pouvait voir les étoiles. Alors qu’en ville, toutes les lumières les éclipsaient. En ville, les lampadaires se couchent trop tard.  C’est par cette voie, la route du ciel que l’on a cherché à saisir,  que l’humanité avait pris conscience de la grandeur de ce qui existe et la petitesse de ceux qui connaissent seulement ce qui existe.   « C’est si vaste qu’il doit bien se cacher un dieu dans ce quelque part qui n’est qu’une partie du partout ».

Le lendemain, en partant, j’ai demandé à la propriétaire si ses  motels étaient à vendre.

— Comment l’avez-vous su?

— Je disais ça comme ça. On peut avoir votre adresse?  L’hiver approche. Ce n’est sans doute pas la meilleure saison, mais peut-être le printemps prochain…

— C’est quoi cette blague? S’étonna Maggie.

— Ce n’en n’est pas une. Ça nous ferait un tout petit commerce. Deux jobs… Assez pour vivre.

— Oui… Il faudra voir ce qu’on peut faire ici.

La pluie nous a baptisé de la tête aux pieds :  Cats and dogs, comme on dit  en anglais.  Ou à vache qui pisse… On s’est réfugiés dans l’auto. Un vent fou s’est élevé, tordant la cime des arbres.

— J’ai envie de t’embrasser…

— Moi aussi…

— Pourquoi tu attends?

— Parce que attendre fait partie de la stratégie… Ce sera meilleur. Mais pourquoi c’est moi qui doit décider quand?

Elle s’est approchée lentement de ma bouche. Ses lèvres avaient  le goût du vent chaud.   J’étais pris et épris.

C’est à ce moment que j’ai su ce que l’expression bouche-cousue signifiait. Un délice pantocrator. Car j’ai fermé les yeux et ouvert les cieux. Bientôt nous serions oothèques : deux œufs dans la même coquille.

Étoilement

Quand les étoiles passent la nuit dehors
Je regarde et regarde encore
L’émerveillure du temps
Malgré la mort, malgré la mort
Un présent…
Un cadeau qui m’attend

Maggie

© Gaëtan Pelletier, 2018

Le Dépotoirium, Chapitre 7

Le Dépotoirium, Chapitre 6

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Le Dépotoirium, Chapitre 3

Le Dépotoirium, Chapitre 2

Le Dépotoirium, Chapitre 1

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Le Dépotoirium, Chapitre 7

Chapitre 7

L’ère des apathiques amputés

 

C’est bête à dire et à creuser: trop de ce régime soumis et cultivé au « bonheur » de l’avoir, à cette ère qui n’a qu’un seul mot pour vous rendre heureux – économie-, la vie devient un dortoir dans lequel la moitié du monde dort debout, ou ne sait plus rêver. On sait se faire rêver. Et il n’existe plus de moments creux pour exister : on remplit les moments pour vous.

Nous sommes les oursons bourrés de peluches : nouvelles télévisées, scoop, misères du bout du monde, travail et déplacements. Ce monde a été créé pour n’avoir plus un instant à soi. Les instants, nous les vendons. Ils se lèvent à 4h40 pour prendre le bus. La congestion est telle que l’on avance à petits pas dans nos merveilles d’acier.

On a arraché les yeux de l’esprit : il y a trop à voir pour regarder les oiseaux danser sous le ciel bleu.  À voir la richesse de la Vie, des êtres, des océans, de l’immensitude de l’Univers, nous sommes maintenant amputés d’un côté, monovisionnaires, hachés du cerveau, et désâmés. 

C’est comme si nous étions dans un déluge quotidien de soucis cultivés quand tout va bien. L’occidental est soumis à toutes les pilules du »monde » pour se guérir de son anxiété de vivre ajoutée à celle de son destin fragile de naître sans vouloir mourir.

 « À chaque fois que son réveil sonne, c’est cette même journée qui recommence : Phil semble bloqué dans le temps jusqu’à ce qu’il ait donné un sens à sa vie. »

 ( Le jour de la marmotte).

Maude/Théo, Le Dépotoirium

***

Ce sont maintenant  des fantômes qui dirigent le monde. Aussi bien camouflés dans le Ketchup Heinz que dans les fabricants de bioéthanol.  Une multitude de mains invisibles.   ( Quel beau concept qualifié de théorie économique!). Oui, la main invisible n’est plus celle d’Adam Smith, mais l’autre qui vous reprend votre main invisible. L’énorme et la pyramidale jusqu’aux amygdales. Vous avalez votre salive et ce monde de marchands qui ont fait disparaître toute valeur, même la plus infime, telle le respect,  la gorge sèche. Les émotions sont au dernier rang.  Une bande aux masques d’acronymes, accros au business. On s’en moque et pas parce qu’on ne sait rien. On est cyniques pour les « dirigeants ». Ils s’en plaignent à conférences-que-veux-tu! Ils chialent et miaulent tels des  minous blessés. Ils ne prononcent pas le mot « Dieu » ni celui de « Capitalisme » avec un grand grand C,  dont ils sont pourtant les premières négateurs et navigateurs.  Tous des  chevaux de Troie bipèdes  ont des œillères pour ne pas qu’ils voient trop large la surface et les races de ce monde. Les politiciens ont soudé leurs paupières et leurs oreilles de la certitude. C’est l’acatalepsie qu’il leur faudrait. On ne peut pas atteindre la certitude. On peut l’emprunter pour un moment. La certitude est un oiseau qui ne vole pas. Il ne bouge ni ne bat des ailes. Il est comme la femme de Loth : une statue de sel.

***

L’automne est en train de faire ses bagages : elle ramasse toute les feuilles des arbres et les étends  pour qu’elles meurent et nourrissent la terre, les  unes collées aux autres. Nous ne serions que des feuilles que ça irait mieux. On sent qu’on va passer un mauvais quart d’heure de givre, et courir la vitamine E en bouteilles Made in Nowhere Land. La Terre promise n’est pas celle à laquelle on croyait. L’hiver n’est rien d’épeurant. C’est la froidure humaine qui l’est.

Les hommes manquaient d’eau : on leur a donné de l’eau entrant dans leur  maison.

Les hommes manquaient de nourriture : on a créé des abattoirs et on a mis les coqs dans des sacs de plastiques, livrés à la maison.

Les hommes ont manqué de travail pour acquérir ces conforts tant bienvenus : on leur a donné du travail.

Les hommes ont manqué de travail : on leur a donné du chômage,  mais à condition qu’ils travaillent.

Les hommes se sont dit qu’ils leur manquaient quelque chose : devenir la richesse. On leur a appris à inventer de la richesse pour rendre riches les plus riches. À l’école, les enfants pensent que les pommes de terre poussent dans les arbres, mais ils apprennent de force à être des entrepreneurs.

La chaîne de Ponzi semble n’avoir pas de fin… Ni personne pour l’arrêter.

C’est le toc qui maintenant remplit l’âme des hommes. Sans limite. Je souhaite! J’ai envie de… Je veux… Je veux plus.

***

Maggie et moi avons pris l’auto pour aller voir couler le dernier ruisseau avant que tout gèle. On s’est voiturés  loin comme un voyage sur Mars. Avant d’embarquer dans l’auto, il y avait un mendiant qui quémandait. Maggie lui a donné la moitié de sa monnaie.

— Merci, Madame, je prendrai un café.

— Vous prendrez ce que vous voulez, il n’est plus à moi. Vous en avez assez pour un petit flacon, si ça vous tente, ou un bon repas.

On est repartis lentement.

Au Canada, la monnaie c’est de l’or en rondelles. Le gouvernement dit que la monnaie métallique dure plus longtemps. C’est faux. Elle dure le temps de deux ou trois achats et on se croirait au moyen-âge avec un fond de poche de pantalon lourd des métaux utilisés pour sa fabrication.

***

On a trouvé le ruisseau. On s’est fait un pique-nique en se tortillant de froid. Mais l’amour n’est jamais de glace. On a aimé se faire frissonner. On se déglace à coups de baisers. Ses lèvres sont de petites plages sur lesquels je m’étends longtemps. Les yeux clos, j’entends son souffle s’alentir, comme si embrasser était un fragment de méditation qu’on nous a caché. On ferme les yeux. Il doit y avoir dans le corps humain autre chose qu’un montage de cellules affolées. Je sais, les hormones sont hors normes. Elles nous rendent fous. Mais c’est bon d’être fou de temps en temps pour pouvoir arroser un peu la sécheresse de ce monde.

Les branchailles sont déjà sèches et on peut voir les nids d’oiseaux abandonnés. C’est douillet, fabriqué d’herbe sèche,   gluée  de glaise. Pourtant, ils ne sont jamais allés à l’école.  Les oiseaux se sont enfuis aux États-Unis  se chauffer les plumes, se dorer et chanter dans une langue qui n’est ni américaine ni Céline Dion.

On a fait l’amour sur le siège arrière,  moitié habillés, moitiés nus. Pendant tout « l’acte », on s’est regardés dans les yeux, le cœur vaillant, la respiration lumineuse, l’âme enfin ailleurs qu’ici. Les vitres de l’auto se sont embuées.  On se serait cru dans une île de la mer du Nord. On ne voyait plus rien. On ne voyait que tout. On se voyait. On se regardait dans le vert de l’œil, alanguis, détendus.

Finalement, à force de bouger, nous nous sommes épluchés de nos vêtements. Il y a des jours dans lesquels on aimerait enlever son corps pour être encore plus nus.

*

Théo et Maude étaient dans leur encoignure en se minouchant comme des carpes avec de gros becs mouillés.   Ils s’aimaient ou commençaient à s’aimer vraiment.  Théo avait découpé la pièce de l’appartement  à l’aide d’une bâche achetée chez Wal-Mart.  Ils s’étaient fabriqué une petite niche à eux, se séparant lentement du reste de la bande. J’y vis là un signe de désintégration et le début d’une fragmentation. Bref, un isolement.   Et leurs idées commencèrent à se fusionner. Théo, qui allait bientôt devenir avocat, devenait un artiste du scalpel des idées. Les toutes faites. Comme les aliments congelés. Il savait chimifier ses recettes d’idées en disant la même chose de manière différente. Il avait du succès : plus il écrivait, plus son ego enflait comme un crapaud qui avait trop fumé. C’était bien le prince charmant de Maude et la coqueluche des lecteurs, car sa finasserie aux réponses qu’il donnait aux lecteurs les figeaient. Il en finit par « se conclure » intelligent et infaillible. « Réussir dans la vie » et non pas réussir sa vie. Tous les  États ce cette infime planète ont  tout préparés et des numéros « faites le hun  » pour enrôler ses citoyens  qui rament sur une galère ventripotente. Goebbelisations et mondialisation sont deux frères siamois. Le Dr. Goebbels n’a plus de visage, mais une descendance éparpillée encore plus efficace. Théo est fier d’avoir trouvé qu’un fils de Magda Goebbels et sa descendance qui  ont hérité d’une fortune immense : les Quandt. Et ils ont aujourd’hui des investissements dans le secteur automobile. Milliardaires! Théo salive! La liberté est sans doute là et il est las de son rideau qui les isole. Un jour, ils auront un château d’avocat. J’en parierais mon T-shirt.

15 octobre

Retour au boulot.

Deux patients  décédés, donc deux chambres vides qui se sont remplies en quelques heures. Les disparus sont partis dans la manche d’un magicien : il en sort des colombes et y entrent des colombes.

Puis arrive une nouvelle employée : Cindy. Elle est blonde avec deux cornets de crème glacée qu’elle laisse légèrement à découvert dans une encolure profonde. « Frédérique est partie. Je la remplace ». Elle n’a rien dit quoi que ce soit de vraiment « d’autre », sauf qu’elle ma indiqué la chambre d’un monsieur presque centenaire.

Plusieurs posent des questions de cet « après-vie ». Je ne sais que répondre car je suis de la génération de la vie. Celle qui se questionne sur le  futur. Notre passé viendra un jour. Mais pour le moment, j’ai des ennuis avec le moteur de mon auto, ma carte de crédit et, je dois l’avouer, Maggie m’avale la moitié de mes pensées. Je vois roux. Tellement! Tellement! Je roule sur des chapeaux de roux.

— Qu’est-ce que vous faisiez comme métier?

— J’étais maçon… Ça n’existe plus aujourd’hui. Ils ont des matériaux laids de je ne sais quel matériau, des plaques qui ressemblent à du plastique. Jamais je n’aurai vécu dans une maison de plastique  gris-noir. C’Est sombre au point de ne pas avoir envie d’ouvrir la porte pour entrer chez soi.

— Vous avez l’air en forme. Qu’est-ce qui vous a amené ici?

— La famille.

— Vos enfants?

— Oui. Ils sont déjà vieux. Ils ne veulent pas que je travaille. Alors, ils m’on trouvé une maladie. Ils disent que j’ai un cancer… Je ne sais pas lequel. Ou bien c’est partout. Je suis infecté comme les murs de bois par des fourmis charpentières. De beaux insectes. Elles, au moins, elle travaillent… J’ai un fils avocat. Lui il parle.. Dans mon temps, personne n’aurait pensé qu’un jour parler serait un métier. C’était bon pour les politiciens… Et encore… On ne les croyait pas à l’époque. C’est surprenant… Très surprenant.

— Vous me donnerez votre secret de longévité…

— Il est là dans mon sac… Fouillez vous allez le trouver.

— Du Brandy?

— Eh! Oui. Ça a la couleur de la brique rouge. Je deviens une brique solide en avalant ce petit liquide.

— Personne n’avale ce produit ici… D’ailleurs, ils sont si malades qu’ils n’ont pas envie…

— Ils ont tort. Mais chacun ses torts. Donnez-moi vos petits bonbons de couleur. Je vais les envoyer à la poubelle. Ah! Le secret de la longévité… Traitez votre voisin comme si c’était Dieu…

… C’est une blague, mon garçon. Les voisins me faisaient suer.

— Vous croyez en Dieu?

— Dieu, c’est un mur de briques… Quand les humains ne sont pas cimentés, Dieu n’existe plus. Ici, s’il y a un dieu, il ne se tient pas debout. On l’a remplacé par un mur de toc. Alors, si vous cognez à la porte du divin : toc toc toc.

***

J’avais oublié la vieille dame au bout du couloir.

— Ils sont allés où?

— Qui?

— Mes enfants.

— Manger.

— Ils font bien. Je ne sais pas si le Seigneur  a de bons repas de l’autre côté. Je ne comprends pas que s’il y avait au début Adam et Ève, il n’y avait qu’eux et que pour bâtir ce monde ils ont dû faire l’amour ensemble. Je ne sais pas.

Je lui ai donné un peu d’eau et j’ai entrevu ses masses cancéreuses boursoufler son cou.  Ça m’a rendu triste. Pendant que je prenais ses signes vitaux, elle m’a demandé :

— Pourquoi vous me gardez en vie?

Silence.

— Parce que vous êtes encore en vie.

— Si j’étais en vie, je danserais de ce bon vieux Rock-and-Roll ou j’irais marcher en longeant la rue principale avec Marie-Thérèse. On est en vie quand on fait quelque chose. Les cartes à jouer? Ah! Je la connais celle-là. Toujours 52 moyens de vous rendre la vie intéressante.

— Si j’avais su, j’aurais consulté un vétérinaire.

— Un vétérinaire?

— Oui. Claire. Elle a envoyé mon chat dans la paix je ne sais où avec une seule piqûre. Une injection de je ne sais quoi. Mais mon chat n’a pas souffert. Il s’est éteint comme un ballon cesse de garder son air.

Son fils lui avait apporté une photo qui datait des années quarante. Elle   était belle comme une fleur dans l’été-bébé de la vie. Elle et son mari étaient  assis dans un nid d’herbe.  Il y avait de la lumière partout. De la lumière crue d’un soleil de midi dans laquelle elle était toute nimbée. Elle était si belle qu’on aurait dû en faire une chanson, la transformer en son, en image . En tout ce qui reste dans une vie où tout part.  Mais là, comme les fleurs séchées, les pétales qui baissent les bras, elle s’en allait d’ici-bas. Il ne lui restait que sa beauté intérieure et  son tempérament d’acier trempé dans une vie.

***

— Tu voudrais bien prendre ma main?

Je l’ai fait. Une main non pas rugueuse, mais comme amollie, sans force, malléable, une main sans lendemain. Bien que ça a été magique. Et je n’ai jamais su pourquoi. Il faisait déjà noir, mais j’ai fermé les yeux.

Puis elle m’a demandé d’une voix presqu’éteinte :

— As-tu de l’imagination?

— Je pense que oui.

— Alors, imagine qui s’il y a une vie autre à l’intérieur de ce corps brisé, que des gens, au moment où nous nous parlons, naissent et meurent… Alors, va t’asseoir sur la lune et regarde les lumières qui montent de cette ruche et descendent. C’est une ruche… Rien qu’une ruche. Et le miel que l’on peut produire n’est que l’amour… On en apporte en descendant ici pour une aventure dans la chair, puis on retourne là-haut, on fait son bilan et l’on revient. C’est comme écrire un livre et essayer de le parfaire. Et le livre c’est « nous ». C’est cette âme qui s’aiguise. Cette âme qui est elle-même son propre sculpteur. À travers la matière brute des premiers qui sont de « bleus » de ce monde infini.

— Je t’ennuie?

— Loin de là…

— Tu te demandes si je délire?

— Ouais! Un peu…

— Alors j’ai déliré toute ma vie. Qu’est-ce que tu regardes en voyant cette photo?

— Je dois mentir?

— Non.

— Je vois un galbe de jambe musclé, magnifique et magique, deux mots qui se ressemblent. Et une belle tête bien coiffée… Quel sourire! Et vos yeux… Je ne vois pas la couleur, la photo est en noir et blanc.

— Ça ne cachait pas les âmes. La couleur a un peu enlevé de ce mystère des êtres… J’ai commencé à vivre vraiment le jour ou j’ai décidé de cesser d’être constamment tendu à comprendre la vie. J’ai été heureuse parce que je ne l’ai pas attendu ce bonheur.

Elle me serrait la main comme dans une proche partance. J’étais mal à l’aise, un peu ennuyé. Lentement, elle lâcha prise et s’enfonça dans le sommeil. Sa respiration était lente, longue, comme si elle voulait survivre en avalant le plus d’air possible.

Quelques jours plus tard, je reçus par la poste une enveloppe et une photo agrandie en noir et blanc. Je ne savais qu’en faire. Je l’ai accrochée au mur de l’appartement. Les autres étaient sans mot. Mais pour moi, c’était en quelque sorte un musée. Tous les mourants sont des musées à visiter. Et tous les vivants entrent en nous, nous marquent, sans que nous le sachions. Le Je est une invention de l’ego.

J’avais honte d’avoir été aussi peu « réceptif ». Mais à l’endos, elle avait écrit d’un tracé malhabile : «  L’important quand on a peine à comprendre c’est  d’accepter de ne pas comprendre. ».

Quand je suis retourné  au travail, elle n’était plus là. Un autre avait pris le lit.

Ce soir-là, je suis allé m’asseoir sur la lune avec le flacon de Brandy du briquetier.

J’étais seul, un peu désespéré. Mais je crois que les briques d’un dieu brillaient à travers le mouvement des invisibles qui entraient et sortaient.

La ruche était belle…

*

Carl arrivait chaque soir avec une nouvelle « amoureuse ». La dernière avait des lèvres tellement charnues qu’en l’embrassant il semblait s’y prendre deux fois pour en couvrir la surface.

C’est notre cher avocat qui, dans son délire, demanda ce soir là de mesurer les lèvres des conquêtes de Carl. Avec un petit appareil photo, il pouvait évaluer par un programme d’ordinateur la taille en centimètre  carré  la surface des lèvres Et  secrètement il les cumula. De sorte qu’en projetant le tout dans l’avenir, Carl aura embrassé, selon une moyenne de 10 fois par soir, ou 10 minutes, une surface équivalente au quart de la Slovénie.

Il écrivit l’article, le lança sur la toile  avec une paire de lèvres rouges. L’effet fut immédiat : des milliers de lecteurs se lancèrent à la chasse aux baisers. Il fallait trouver les lèvres les plus lippues, il va de soi. Puis ce fut dans les parties génitales, les fronts, tous les concours étaient « bons ».

Théo avait du talent. Et la dame avait raison : les jeux de cartes des vieux, c’est zéro. Mais les cartes des lèvres, c’est super. Un compte Facebook fut créé : Mes lèvres sont plus grosses que les tiennes. C’était amusant… Un petit aperçu de ce dont nous nous occupons dans nos temps libres.

Je me suis retourné vers Maggie pour voir ses lèvres. J’ai eu droit à un beau clin d’œil.

Les jours suivants, 20 commanditaires nous contactèrent pour des contrats mirobolants … À condition de glisser, en plus, des liens cachés  dans les articles.

Ce que nous avons fait.  Notre intention était d’utiliser cet argent pour « nos libertés ». Certains ne voulaient pas travailler un seul jour de leur vie. Bien qu’ils s’échinaient comme le font tous les gens pour ne rien faire le restant de leur vie s’ils réussissent à se rendre jusque là sans être trop amochés dans leur  véhicule rose.

Ce que Théo avait omis de dire, c’est qu’il avait fait monter le programme par un de ses amis. Alors, silencieux, il mit sont programme en vente sur Ebay. Le lèvromètre se vendit à 20,000 exemplaires et un concours payant apparut.

J’étais un tout petit peu pétrifié… Si l’on peut dire. Car Le lèvromètre était une copie sans doute inconsciente des tactiques de politiciens qui passaient maintenant tout leur temps à mesurer. Et mesurer c’est compter. Le politicien avait compris que pour faire quelque chose de grand, il fallait simplement se faire tout petit, se mêler aux petits pour les séduire. Le petit était la même chose dans sa tête que l’était la notion de dieu dans la vision du maçon. Le politicien se croyait mur mais se faisait brique pour réaliser son mur.

Après une longue discussion, Théo  admit que l’argent était entré dans son compte personnel, mais accepta d’en verser une partie ( 15%, en fait) au Dépotoirium.

Je me sentais comme un chef d’État  devant Bill Gates.

Comme disait Madame Thatcher : « Il n’y  pas d’alternative ».

— Je crois qu’il va nous falloir un coffre fort. Un coffre fort est un outil de riches. Alors, Théo, tu paieras le coffre fort.

— Pourquoi?

Étonné, il se tourna vers Maude.

— Parce que les riches ne se volent pas eux-mêmes.

On aurait entendu voler un drone américain.

Je le sentis piégé.

Et c’était le but avant qu’il nous piège.

Carl, la voix chevrotante à la Piaf  se mit à chanter :

Dieu réuni ceux qui s’ai-aiaiaiai-ment.

Il n’y a pas que les chinois qui rient jaune.

***

Sept jours plus tard, Carl est rentré penaud dans l’appartement avec une bouteille de Jack Daniel’s. Et un livre sous les bras. Un livre de Sainte-Thérése d’Avila : Le château intérieur, ou Les demeures. Sa grand-mère n’était plus et elle lui avait laissé ce livre ainsi que sa vieille maison. Il vendit la maison et se demanda que faire avec l’argent de la maison. Il s’acheta une bicoque dans un coin perdu du Bas-du-Fleuve et y installa  un petit studio d’enregistrement.

Il ouvrit le livre maintes fois. Mais un jour, il reçut un appel de son agent pour un spectacle dans une petite salle.

Excité, il jeta le livre par la fenêtre. Un SDF passant par là, crut qu’il recevait un don du ciel. Trois mois plus tard, on vit le SDF convertit, passant à la télévision dans une émission à caractère religieux dans lequel il présenta son livre : Le récit d’un noyé : Sauvé des os.

© Gaëtan Pelletier , juillet 2018

Le dépotoirium, Chapitre 6

Le Dépotoirium, Chapitre 5

Le Dépotoirium, Chapitre 4

Le Dépotoirium, Chapitre 3

Le Dépotoirium, Chapitre 2

Le Dépotoirium, Chapitre 1

 

 

Les papillons MerKaBa

MerKaBa signifie l’esprit / corps entouré par contre-rotation des champs de lumière. Il fait partie de vous et peut être utilisé par vous, mais ce n’est pas vous. Il est en fait un véhicule léger ou votre vaisseau de lumière personnelle. Le champ Merkaba est utilisé pour la transition dimensionnelle, un véhicule pour le transport du corps / esprit d’un monde dans un tout autre monde. Il est le véhicule de l’Ascension activé par la respiration de l’esprit / corps. Il est conçu pour la transition à la lumière.
**************************************************
 
Un  soir je serai tes yeux
Et toutes les couleurs du monde
J’aurai ces  doigts à faire des toiles
Sur ta chair et ton âme, aiguiller nos voiles  
 
 
Un  soir tu seras mon regard
Je coucherai avec tes mains
Dormirai au creux de tes arts
Un  soir tu seras mon âme
Et nous sauront de nos lieds
Êtres  deux parfums soudés
Un champ sans fin, révélé
Que je saurai te montrer
 
 
Un jour aura fin du cauchemar  
De la chair, des retards
Je taillerai  des arcs-en-ciel
Pour une maison nous blottir
Que certains croient irréelles
Dans la frayeur du mourir   
 
Gaëtan Pelletier
Mars 2006
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Les policiers américains doivent chasser pour vivre

Lettre à Antoine

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« L’homme robot, l’homme termite, l’homme oscillant du travail à la chaîne : système Bedeau, à la belote. L’homme châtré de tout son pouvoir créateur et qui ne sait même plus, du fond de son village, créer une danse ni une chanson. L’homme que l’on alimente en culture de confection, en culture standard comme on alimente les bœufs en foin. C’est cela, l’homme d’aujourd’hui. »
Antoine de Saint-Exupéry, Lettre au général « X »

Dommage que tu ne sois plus de ce monde pour « apprécier » cet homme robot dont tu parlais. Toi qui, comme moi, aimais bien cultiver les petits princes et rêver d’un monde meilleur que celui dans lequel tu as vécu, n’en reviendrais pas.

Nous sommes à peine plus que des épluchures, des nègres au service d’un monde en train de perdre tous ses pays. On parlait de « botte nazie ». Maintenant, c’est le soulier verni des pillards qui parcourent le monde avalent des richesses comme un énorme Gargantua assis dans son bureau, un cafard ingénieux et monstrueux.

La propagande,elle, est une soumission constante à la peur des pertes d’emplois. Ils font fabriquer nos chemises à l’autre bout du monde. Ils râpent le dos des pauvres, assujettis, étranglés dans leurs grandes usines sordides.  Sorte de camps de concentration, qui dit que le travail rend libre.  Peut-être vivons nous dans un grand camp de concentration et on ne sait pas ce qu’on va faire de nous?  On a l’impression d’être comme ce juif de Varsovie qui demanda qu’on lui sauve la vie en donnant ses dents en or. On les lui arracha, et il fut sauf pour un laps de temps inconnu. Nous aussi nous vendons ce qui nous permet de manger. Nous sommes – un terme que tu ne connaissais pas – des survivants de chaque jour. Et sous les mots que tu désignais: « le fonctionnariat universel ».

La beauté de la vie est en train de s’éteindre. La  Terre des hommes est une Terre de vendeurs du temple échevelés: ils nourrissent des contes en banque. Maintenant, on sue du cerveau. On transpire de l’âme… Du moins, de la partie de celle qui nous reste. Car notre petite lumière, elle aussi, est amochée.

« La civilisation est un bien invisible puisqu’elle porte non sur les choses, mais sur les invisibles liens qui les nouent l’une à l’autre, ainsi et non autrement. Nous aurons de parfaits instruments à musique distribués en grande série, mais où sera le musicien ? »  Lettre au général « X » 

C’est une bonne question… Mais où sont donc ceux qui ont le réel pouvoir? Ils ont inventé un nuage-camouflage pour n’être pas vus. Imagine les morceaux d’Hitler tout éparpillés et que l’on tente d’en faire le portrait pour savoir qui a construit cette monstruosité sans but humain.

*

Je me souviens qu’à 14 ou 15 ans, mon enseignante m’avait prêté de tes livres, parce qu’elle disait que j’avais du talent. Je les ai lus… Mais ça m’a pris bien du temps à comprendre. En fait, la moitié d’une vie… Et encore. Eh! bien maintenant, on s’arrange pour que tous les habitants de cette planète restent à cet âge pour ne pas comprendre ce que tu disais.

Bonne éternité!

Gaëtan Pelletier, 2017

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Impuissance

politique

Le voyage du cercueil

 

Le monde a semé des luminures 
Des joyaux piégés, des devantures 
Les Seigneurs à dollars, laminés d’or 
Poursuivent la crasse camouflée de dorures, dort 
 
Mon frère, dort, dans la peur de la Vie plus que de la mort 
Et pendant qu’ils frivolent, volent et volent
 Sous tes pieds les sols  
Ils sèment des déserts de poison, et dans l’aride territoire 
Le corps acéré, maigre  en lame de rasoir 
 
 
On entend d’ici, le rouge des printemps 
Les giclures pourpres des sangs 
Les enfants labourés ont leurs pieds attachés 
À nos écrans pourprés 
 
Les machines délirantes crachaillent leurs feux, carburent 
Aux discours insidieux des faux dieux 
Et la chamaille te larme! 
Et tes cris son ceux des enfants! 
Tu hurles, tu râles, en attendant 
De nouvelles armes…
 
La Terre est ta maison, et la maison t’enterre 
Tel un rond, fourbe, et lent cimetière 
Les esclaves acolores quittent leur village 
Pour engrosser l’avoir de ces fallacieux sages 
 
On te dit « main-d’oeuvre », déplacé, dépaysé 
Le doigt et l’âme dans l’engrenage 
Le cachot est virtuel, et les négriers cuivrés 
On t’a monté un beau bateau, petit nègre de mirages! 
 
La vanité aura creusé dans l’Univers 
Un cercueil: La terre 
Sous les combustions allongées 
Des cendres virevoussantes dans une urne givrée
 
 
 
 
 

Gaëtan Pelletier 

18 août 2013