Archives mensuelles : avril 2018

Krishnamurti: La méditation

La méditation, c’est la qualité du cerveau qui ne fonctionne plus partiellement – le cerveau qui s’est libéré de son conditionnement et qui fonctionne alors comme un tout. La méditation d’un tel cerveau diffère de la simple contemplation d’un cerveau conditionné en tant que chrétien ou hindou, dont la contemplation est issue d’un passé et d’un esprit conditionné. La contemplation ne libère pas du conditionnement. La méditation nécessite beaucoup de recherche et devient extrêmement sérieuse pour ne pas fonctionner partiellement. Par partiellement, on entend fonctionner dans une certaine spécialisation ou dans une certaine occupation qui rend le cerveau étroit en acceptant des croyances, des traditions, des dogmes et des rituels qui, tous, sont inventés par la pensée. Les chrétiens utilisent le mot « foi •> – foi en Dieu, en la providence, pour que tout se passe bien. Les Asiatiques ont leur propre forme de foi – le karma, la réincarnation et l’évolution spirituelle. La méditation est différente de la contemplation, en ce sens que la méditation exige que le cerveau agisse pleinement et ne soit plus conditionné à agir partiellement. C’est l’exigence de la méditation, sinon elle n’a aucun sens.

L’on observe ou l’on sent toujours avec une partie de nos sens. On entend de la musique sans jamais vraiment l’écouter. On n’est jamais conscient d’une chose avec tous nos sens. Quand on regarde une montagne, de par sa majesté nos sens sont pleinement actifs, on s’oublie donc soi-même. Quand on regarde le mouvement de la mer ou le ciel orné d’une fragile lune, quand on est entièrement conscient avec tous nos sens, il y a là attention complète et en elle n’existe aucun centre. Ce qui signifie que l’attention est le silence total du cerveau, il n’y a plus de bavardage, il est complètement immobile – un silence absolu de l’esprit et du cerveau. Il y a diverses formes de silence – le silence entre deux bruits, le silence entre deux notes, le silence entre les pensées, le silence qui règne quand vous pénétrez dans une forêt –, là où existe le risque de rencontrer un animal dangereux, tout devient parfaitement silencieux. Ce silence n’est ni créé par la pensée ni provoqué par la peur. Quand on a vraiment peur, nos nerfs et notre cerveau s’immobilisent – mais la méditation n’est pas cette forme de silence, elle est entièrement différente. Son silence est l’action de tout le cerveau avec tous les sens en activité. C’est la liberté qui engendre le silence total de l’esprit. Ce n’est qu’un tel esprit, un tel esprit-cerveau qui est totalement tranquille – non pas cette tranquillité née de l’effort, de la détermination, du désir ou d’un mobile. Cette tranquillité est la liberté de l’ordre qui est vertu, qui est rectitude du comportement. Seulement dans ce silence existe ce qui est sans nom et intemporel. C’est la méditation.
Saanen, le 26 juillet 1981

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Vendredi 13

La fabrique des imposteurs

 

« La soumission sociale opère aujourd’hui, non au niveau de la transcendance des discours religieux ou souverains, mais par des techniques d’assujettissement, des procédures normatives qui captent les corps, dirigent les gestes, modèlent les comportements en se référant aux discours de l’institution scientifique60. C’est dans les sciences que le pouvoir va chercher la légitimité au nom de laquelle il peut produire ses effets de domination sociale et réguler les liens sociaux nécessaires à son économie – à son économie dans tous les sens du terme. Nous ne sommes plus dans des sociétés disciplinaires qui, au nom de la transcendance, imposent souverainement leurs lois, lois par lesquelles est justifiée l’application des normes (par exemple religieuses). Nous ne sommes plus simplement dans des sociétés juridiques articulées à la loi comme aux xviiie siècle, organisées par la notion de sujet de droit. Tous les jours davantage, nous appartenons à une société articulée à la norme. Nous passons de l’homme conçucomme un sujet de droit (une bonne loi produit une bonne régulation sociale) à un homme conçu comme sujet de son intérêt (on ne demande pas à un homme de renoncer à son intérêt, mais on peut prévoir son intérêt pour mieux gouverner le sujet)61. L’art de gouverner les conduites consiste à s’assurer la complicité active des sujets du pouvoir en vue de leur propre régulation établie et légitimée par les normes.
Cela veut dire que « nous sommes entrés dans un type de société où le pouvoir de la loi est en train non pas de régresser, mais de s’intégrer à un pouvoir beaucoup plus général : celui de la norme. Ce qui implique un système de surveillance, de contrôle tout autre. Une visibilité incessante, une classification permanente des individus, une hiérarchisation, une qualification, l’établissement des limites, une mise en diagnostic. La norme devient le partage des individus62. » Cette mise en diagnostic, ce partage des individus, cette qualification, conduit, par exemple, à la transformation de certaines pratiques thérapeutiques et, dans certains champs de la connaissance, à transformer les pratiques de soin, d’éducation ou de travail social en « hygiène publique » du corps social, et ce faisant à renoncer à tout changement subjectif ou politique.
Ce pouvoir de normalisation de nos sociétés sécuritaires, nous en percevons d’autant mieux la structure que nous parvenons à l’extraire de ces réseaux capillaires d’assujettissement qui s’enracinent profondément dans la gestion intime de nos existences ordinaires. C’est dans les extrémités institutionnelles en apparence les plus éloignées de la domination sociale que s’insèrent et se densifient le plus intensément les effets de pouvoir et d’assujettissement. C’est à notre époque, bien souvent au nom même de la liberté, que se créent de « nouvelles formes de servitude63 ». Dans la sourde et discrète matérialité des dispositifs de sécurité, de surveillance et de contrôle social se noue aujourd’hui un lien toujours plus paradoxal entre l’individu et le pouvoir. Dans la famille, à l’école, au travail, dans le soin, le loisir, la sexualité comme le crime s’inscrivent insidieusement de nouvelles normes sociales comme autant de produits et d’opérateurs des dispositifs de normalisation. C’est dans ces institutions si éloignées de la normalisation sociale qu’elles soient – en apparence – que s’accomplit l’initiation aux valeurs d’une époque et que se réalisent la surveillance et la correction des individus. »

La fabrique des imposteurs, Roland Gori, 2013,

Andrea Bocelli – Can’t Help Falling In Love (HD)

Un petit tour vers de « progrès »:

« Ça sèche votre lavage en utilisant une toute dernière technologie – une combinaison d’énergie solaire et du pouvoir du vent »

Bangalore ou l’art de s’empoisonner par la « réussite ».

Il « neige » sur Bangalore, mais d’un cocktail de produits chimiques qui met le feu au rivière. Certes la réussite économique de cette  Silicon Valley indien a rendu riches certains indiens,  mais a détruit l’environnement à un point que l’on ne trouve plus d’eau potable ni d’air respirable.  Et nous sommes la créature « la plus intelligente » de la planète… 

Deux grandes entreprises indiennes, Infosys et Wipro, ont été créées en 1980 et ont installé leur siège social dans les parcs technologiques de Bangalore. Infosys, le leader indien des prestations de service informatique, compte désormais plus de 155 000 salariés et un chiffre d’affaires annuel de 5,2 milliards de dollars. De son côté, Wipro emploie 135 000 salariés avec un chiffre d’affaires de 4,2 milliards de dollars. Avec Tata Consultancy, ces entreprises constituent les trois géants informatiques du pays. La région a pris de plus en plus d’importance et d’autres entreprises s’y sont progressivement établies.

C’est dans les années 1990 que tout s’accélère et que Bangalore s’inscrit dans une nouvelle dynamique. La première société occidentale à s’y installer en 1985 est Texas Instruments. Cette société a été rapidement rejointe par d’autres multinationales, comme Microsoft qui y a installé le Microsoft Technology Center (pôle de recherche et développement) depuis 2005. Désormais, on y trouve également les filiales locales de Google, Yahoo !, Amazon, Dell, IBM… Au total, Bangalore compte plus de 700 centres de recherche et développement. Source 

Que vaut tout ce développement si nous nous détruisons dans le même temps?

 

Gaëtan Pelletier