Archives mensuelles : septembre 2018

Comment on vous dépouille de votre argent… puis de votre liberté. Entretien Antipresse

Chers amis, c’est à regret que je n’ai pas encore trouvé le temps de lire cet ouvrage. Pourtant je suis très à l’aise pour vous en parler et vous le recommander. En effet, ces dernières années, chaque fois que j’ai eu la joie de m’entretenir avec Liliane Held-Khawam autour d’un café, elle me parlait avec enthousiasme de son projet, elle en esquissait les grandes lignes. Ce thème touchant à la finance qui l’occupait entièrement – et m’était alors étranger – m’est devenu familier ; il est aujourd’hui un objet de préoccupation internationale. [Silvia Cattori]

Le livre Dépossession est faussement affiché sur Amazon comme étant en rupture de stock. Par ailleurs, le lien qui l’affiche a été créé par Amazon en dehors de toute demande de l’éditeur. La page de l’éditeur n’est jamais accessible sans le lien créé par Amazon. La question de la censure est posée!…

Comment on vous dépouille de votre argent… puis de votre liberté. Le Drone de Antipresse

Liliane Held-Khawam

«LHK» [Liliane Held-Khawam] fut l’un des premiers «désinvités» de l’Antipresse (n° 17 du 27.3.2016).  L’entretien que nous avions réalisé alors au sujet du détournement des institutions publiques et des coutumes héritées vers un nouveau modèle, transversal et transnational, de pouvoir et de «gestion» de la masse humaine avait marqué les esprits. L’éminente analyste des stratégies financières globales revient aujourd’hui avec un livre impressionnant, Dépossession (éd. Réorganisation du Monde) où elle dresse un tableau dense et argumenté du «hold-up» planétaire sur l’ensemble des moyens dont disposent les peuples et les individus.

Entretien réalisé par Slobodan Despot pour le  Drone d’Antipresse

Qu’est-ce que la Dépossession?

Vous suivez depuis des années l’évolution de la finance mondiale au travers de votre  blog, qui est devenu une référence. Pourquoi doubler ce travail acharné d’un livre? En quoi les deux se complètent-ils?

Sur mon site, je ne peux faire que des analyses ponctuelles. Dans le livre, je cherche plutôt à intégrer les informations collectées durant ces 7 dernières années, et essaye de dégager le modèle qui les sous-tend. Nous avons énormément d’informations. Beaucoup de choses sont publiées par les autorités, mais le public ne bénéficie pas d’analyses de ces données souvent très techniques.

Une autre raison est le fait que je n’ai plus le temps d’écrire dans la «presse papier». Du coup, avec mon site, je ne touche que les internautes. Avec des livres, j’ai envie d’aller à la rencontre des non-internautes…

Pourquoi ce titre dramatique de Dépossession? Qui est dépossédé, et de quoi? Par quelles sources étayez-vous cette mise en garde?

Le livre démarre avec les grandes crises du début du XXe siècle. En y regardant de plus près, on se rend compte par exemple que la panique bancaire de 1907 a eu de grands effets sur l’opinion publique et a participé à forcer la main de l’État américain à créer en décembre 1913 la Réserve fédérale. Ces grandes crises financières vont au fil du temps, justifier le financement par les États des banques. Le rôle très ambigu des banques centrales, en tant que pivot entre les sphères publique et privée de la haute finance internationale, est essentiel. Il va participer à paupériser les États et enrichir un certain microcosme de la planète finance. Au fur et à mesure des recherches, j’ai aussi découvert la globalisation des politiques monétaires nationales pour servir une seule et unique stratégie mondiale coachée par la BRI.

Un autre exemple de dépossession est le transfert de privilèges régaliens essentiels à la vie des États et à la démocratie vers le même microcosme financier.

Au fur et à mesure de l’analyse, on découvre un faisceau d’avantages convergeant vers les mêmes gros acteurs.

La chose est si vraie que le marché global de la finance n’en est plus un tant la concentration des richesses va croissant pour finir par être centralisée essentiellement entre les mains de quatre grands gestionnaires d’actifs, dont le leader est Blackrock qui est un sous-traitant privilégié, entre autres, de certaines banques centrales. (Ainsi M. Philip Hildebrand a rejoint le groupe suite à son éviction de la BNS).

Progressivement, nous prenons conscience au fil du livre de la coopération très étroite entre quelques grandes banques too big to fail, les banquiers centraux et les gestionnaires d’actifs. Parallèlement à la progression de cette entente, nous ne pouvons que constater la paupérisation des populations…

Vous semblez ramener les gigantesques flux de la finance mondiale à un nombre somme toute très restreint d’opérateurs. Comment définissez-vous ce «club»? Comment y entre-t-on?

Ce n’est pas moi qui réduis, mais des enquêtes. Notamment une très importante étude menée par des chercheurs de l’EPFZ qui ont  constaté en 2011, suite à la crise des subprimes, que «les participations de 737 firmes dans les autres entreprises du réseau leur permettent de contrôler 80 % de la valeur (mesurée par le chiffre d’affaires) de la totalité du réseau des 43 000 entreprises multinationales de la planète. Et que 147 firmes contrôlent 40 % de cette valeur totale. De plus, l’ampleur des participations croisées entre ces 147 firmes, dont les trois quarts appartiennent au secteur financier, leur permet de se contrôler mutuellement, ce qui en fait une « super-entité économique dans le réseau global des grandes sociétés »». Ils ont conclu que «l’hyperconcentration du système financier accroît le risque systémique et pose des problèmes de libre concurrence.»

Dépossession montre que la dynamique a augmenté et que les risques liés à la crise des subprimes n’ont pas faibli. Bien au contraire, les produits dérivés atteignent selon des sources le chiffre de 1,2 quadrillion. Ces risques hautement concentrés entre les mains de quelques établissements bancaires too big to fail, c’est-à-dire garantis par l’argent du contribuable sont une arme de destruction massive planétaire dans un marché oligopolistique. Cela signifie que nous sommes otages d’une oligarchie qui peut décider du jour et de l’heure où l’on soufflera la planète finance pour instaurer le nouvel ordre monétaire qui devient inéluctable.

Il est moins une pour comprendre et décider qui va mettre en place ce nouvel ordre: la micro-élite privée ou les collectivités publiques. C’est là qu’entre en jeu l’endettement des États que tout le monde semble admettre comme une évidence, mais qui ne l’est pas pour tout économiste indépendant.

Jusqu’ici, l’économie globale a été essentiellement pilotée par des protagonistes occidentaux, plus exactement anglo-saxons, et organisée autour du dollar. Nous voyons aujourd’hui d’autres pays, notamment ceux du BRICS, tenter de contourner ce monopole au nom d’un monde multipolaire. Est-ce le début d’un réel conflit de civilisations ou une fausse confrontation?

Les BRICS ne peuvent rien faire. Le système est UN, puissamment enchevêtré, et les BRICS en font partie. Pour le meilleur et le pire.

Comment voyez-vous le paysage économique et financier du monde à 5 et à 10 ans?

Je pense que nous nous dirigeons vers un système ou l’essentiel des richesses aura été collectivisé par un petit nombre de privés. Quant à l’essentiel de l’humanité, elle devra se satisfaire de ce qui est appelé l’économie de partage dotée d’un revenu de base universel. Il se pourrait que les cryptomonnaies se développent dans le cadre local de ce système.

Les flux financiers réels seront aux mains de l’étage supérieur supranational. Et à ce niveau, l’or reprendra toute sa place.

Que recommandez-vous à ceux qui ont quelques économies ou placements en bourse?

De rembourser les dettes pour éviter d’être redevable aux banquiers, et si possible d’investir dans des terres agricoles.

Propos recueillis par Slobodan Despot pour le  Drone d’Antipresse

Dépossession est disponible ici

[1] En direct sur le site:  reorganisationdumonde.com

[2] Des points de vente:  reorganisationdumonde.com

[3] Chez votre libraire avec cette identification EAN 13 : 9782970126201…ainsi que la fiche de contact  reorganisationdumonde.com

Source:  Blog de Liliane Held-Khawam

 arretsurinfo.ch

Source: Newsnet

Le Dépotoirium, Chapitre 18

Chapitre 18

Le studio et les scénarios

 

Dieu a donné à l’humain tout un studio, un beau studio bleu-ballon,   pour la musique, la peinture, l’écriture. Quand l’homme commença à vendre des poules et des lapins, l’idée vint aux hommes qu’on pouvait voler les poules et les lapins. Mais vint un plus malin qui, lui, eut l’idée d’acheter toutes les poules et tous les lapins. Ainsi naquit Jeveuxtout. La première clôture fut l’arrêt du monde libre et de l’avoir commun.

Alors, il ne reste plus qu’un seul film : un film à catastrophe. On aime avoir peur? On sera servi dans les prochaines décennies.

Nous sommes des scénaristes et des acteurs ratés. L’écran plat que nous regardons est peut-être celui qui nous sculpte. Nous risquons de devenir aussi lisses  que lui.

Nous sommes un cas lisse. Buvez-en tous, car ceci est votre sang!

Carl

Carl a eu un succès fou, fou, foudroyant,  avec une courte chanson  placée sur  You Tube : Sonate à la une. Une chanson aux dédicataires multiples…  Dédiée à toutes les femmes qu’il a aimées.   On a été neuneu de penser qu’il   allait au moins sauteler devant son succès. Au contraire, ça l’a figé. Pendant quelques heures, il s’est transformé en statue.

La chanson a frôlé   les 2 millions de visionnements. Karl  regardait l’écran,  les yeux grands, et c’est là que tout a commencé. Il a décidé de suivre une cure d’oubli,  tellement il craignait le vedettariat.  Il s’est bourré. Il s’est engourdi au point d’avoir des joues de vampire  au régime.  Il était blanc comme si on l’avait lavé au détersif de plus en plus puissant.

***

On a retrouvé Carl dans son vomi. Il sentait le petit canard à la patte cassée.   Il avait maintenant suffisamment engrangé d’argent   pour acheter toutes les chandelles de ce monde et les brûler par les deux bouts.   Carl tente, on dirait, de s’allumer jusqu’à ce que la braise de son âme lui apparaisse pour ensuite  plonger dans une urne.   On l’emmène au petit coin pour le débarbouiller de son dégobillage. La vie est un accident. Les hommes sont comme des œufs de poisson livrés au hasard des remous des guerres, de la monstrueuse misère, des âmes toutes en emprise, pincées par le monde du libre échange. C’est le règne des eucarides de Harvard.   Si dieu existe, c’est un semeur qui ne prend pas de risques : il pond et pond encore.  Il pond toujours pour être certain qu’il sortira un œuf gagnant du lot.  Einstein ou Krishna.

Le choix est fait. Faites vos dieux!

On a étendu Carl  sur un grabat. Il  s’est lové en fœtus pour tenter de rejoindre un  monde duquel il vient. Car il est venu au monde, comme nous. Nous les passants et partisans de la surface de corps.  Notre corps est une sorte d’horloge dont les aiguilles, en tournant,  nous débarrasse  lentement  de  la chair, la découpe finement, la brûle  pour bouronner. On perd chaque jour des particules de chair, volatiles, fines, qui s’emmêlent aux poils des chats, à la poussière de l’appartement. Celle que l’on ne peu  voir, celle à laquelle nous sommes  aveugles de naissance. Des  cadavres voltigeant comme des flocons noirs rappelant les cheminées d’Auschwitz.  Si on amassait toutes les particules de l’immeuble, il y en aurait suffisamment pour faire un cadavre décomposé, retapé une fois a poussière recollée.  On ne savait pas qu’on respirait la mort; c’est à force d’ouvrir les yeux, de se dessiller à coups de lésions psychiques qu’on finit par voir le bout du monde avant de voir le commencement  de l’éternité.

***

Maude  n’a que vingt-cinq ans, une peau lisse de cellophane, des yeux pétillants,  comme si  elle cachait un puits de lumière au fond d’elle. Ça sourd d’elle  telle une aura qui l’enveloppe  de ses passions et ses soifs. C’est beau à voir. Car elle est belle à voir.

Maude veut participer  au rêve américain.  Alors, un beau soir, en naviguant sur le web, on a découvert les vidéos de Maude,  formulant, toute pimpante   des conseils sur l’art des achats  en ligne, les  maquillages, les meilleurs restos, et d quelques recettes de plats minceur. Un bon début : 634,243 visiteurs. Quelques semaines plus tard, elle dépassa  toutes ses concurrentes.

Maude est maintenant  une vedette. Elle gagne sa vie dans la grande tradition de la légèreté de l’être humain perdu dans les sables mouvants d’un univers factice. Le civilisé ne se lasse pas de fabriquer des  miroirs. Dans les cinémas, très bientôt, il y aura des jets d’odeurs liées à l’histoire du filmé : le siège  avant aura son crachoir d’aromes, et les bancs danseront, tressauteront quand l’avion crashera. Un bel amusoir!

Et la réalité?  Il faudrait créer une école dans laquelle les gens marchent deux heures par jour dans les bois.  Un  futé  du Ministère de l’Éducation du Québec nommera cela : La Walden thérapie. Mais notre petit futé sera vite enterré par des projets plus importants, car on ne cultive plus l’art d’être mais l’art d’avoir.

***

Maggie et moi étions    avachis dans le lit pour rêver tout haut d’échapper aux gourous des États et leurs lapins qui sortent des chapeaux pour  avaler notre cerveau.

Dehors, les bruits de la ville paraissaient lointains. On pouvait entendre les pneus des bus nager sur l’asphalte mouillé  de la ville.  On fixait  le plafond comme pour voir des milliers de mouches. Nos regards sont avalés par le noir crade qui y est collé. On le sait,  parce pas un chiffon n’a caressé le plafond  depuis des lustres.

— Que cherchons-nous?

— Peut-être la vraie vie… Hier, j’ai visionné un documentaire sur les descendants des Aztèques. Les Aztèques n’ont que le temps de cultiver la pomme de terre. Et dans la pomme de terre il y a la faim. Et dans la faim, il y a de grands livres pour apprendre à devenir Crésus à la place de Crésus. La différence entre JÉ-Sus et Cré-Sus est le je.  Alors que nous avons trop de temps pour penser, ils  sèment  des patates et des patates et tressent de beaux vêtements colorées comme des toiles de maîtres. Même les arcs-en-ciel descendent pour les voir de temps en temps.  En plus, ces gens  sourient tout le temps. Même dans leur misère la plus basique. Alors que nous, par soir d’hiver, traversons le pont à 20 km heure pour aller au boulot. Boulot-boulet. On ne peut pas se révolter quand on a de la pizza à volonté et 150 chaînes de télévision. C’est Noël sur le pont. La voiture est renne. Sièges chauffants, anti-hémorroïde, et radio drôle, anti cafard. Le ciel et l’acier s’embrassent dans ce char techno.

Il faudrait s’enfermer de temps en temps dans un fermoir-forêt, une cache de chasseurs de silences. Ici, il n’y en a plus. Ici le bruit transperce nos cerveaux. Ici on  avale  7000 publicités par jour.  Sans compter toutes les ondes des téléphones intelligents, de celles des  micro-ondes, et des Wifi.   Tout ce bruit de fond ressemble aux tortures d’un Guantanamo. Je veux bien rester vivant, mais je ne veux pas mourir à chaque seconde. Je veux t’emmener quelque par, là où on ne te tuera pas. Je veux que des papillons aux ailes muettes virevoltent alentour de ta tête. Je veux qu’il reste encore en ce monde un arbre sur lequel nos enfants peuvent encore y attacher des balançoires. Je veux que le jardin soit rempli de mille-pattes, de perce-oreilles, d’insectes minuscules qui poussent dans les canicules, de chiendent nargueur, tenace. Je veux de la vie. Pas des écrans et des puces informatiques et des politiciens tic-tic-tac.  De vraies puces qui se jettent sur les chats pour les sucer, les mordre. Et je veux surtout qu’on laisse les pissenlits se répandre avec leur toison jaune et vieillir jusqu’à  leurs hélices voyageuses. La vie, Maggie… Pas de l’acier et des embranchements de dictateurs fourmillant dans des banques et tressant, stressant nos petits destins. Je ne veux plus qu’on soit des nègres translucides, de la chair à robot.

***

Ce soir-là, le mercure plongea : c’est ainsi qu’on le dit à la télé. Et la télé c’est le curé du 21ième siècle. L’heure des grands sermons sur des montagnes de propos sans cesse répétés.

On gelait comme des mouches sur le bord d’une fenêtre, des mouches qui auraient eu besoin d’adrénaline, des mouches lentes et en mal de vivre de courir leur pitance et d’avoir peur, tout le temps peur de cette peur inoculée comme des vaccins obligés. Personne ne voyait la peur inoculée derrière le montage qui fut ourdi pendant des décennies, voire des siècles .  On bredouillait des mâchoires. On bébégayait,  essayant de  parler.

Carl, la lampe allumée, avec sa barbe de cent un  jours et trois heures ressemblait à Gauguin, transis, malaisé, le regard plus vitreux qu’une façade de  building  de verre. Puis, las de se congeler ainsi-soit-il, il fut frappé d’un  eurêka en allant allumer le four de la cuisinière. On aurait dit que tous les frissons du monde avait rempli les chambres et la cuisinette attenante. Maggie ne dormait pas : elle posait ses petits pieds gelés le long de ma cuisse. On était cuits par ce qu’on avait cru. Comme ce docteur qui arrachait les dents des malades mentaux au début du 20ième  siècle pour les guérir. De  quelle stupidité étions-nous maintenant  victimes? De toutes, en fait. À quoi croyait-on vraiment?

Carl a commandé une pizza. Et nous étions là alentour du four, à se faire griller comme des petits pains, nés pour un petit pain, inquiet de tous les avenirs de la planète. C’est à ce moment que Maggie comprit que nous étions couvés comme des œufs dans un total abattement, une désespérance de jaune d’eux  qui s’accrochait à nous. Nous les humains, nous les malades mentaux, assis autour d’un feu de four à manger de la pizza. Quand on sortait de notre placard à 450$ CAD,  on ne trouvait que du pavé gris et des zombies. Nous étions des secrets réchauffés, des hypocrites, car on gardait nos infimes et belles vérités au fond de nous. Quand on tentait de les répandre, personne n’écoutait.

— Carl! Tu crois en  Jésus?

— Jésus c’est tout le monde. Jésus c’est le tout qui n’est pas le un. Le tout est la leçon, le verbe. Les autres sont des Jésus, des Christ qui nous enseignent tout… Mais c’est une autre histoire…

Pour survivre, rien n’allait nous arrêter. On s’aimait parce que chacun avait connu l’enfant en l’autre.  Tout ça ne voulait rien dire, tout ça était une sorte de résine  de cerveau. Et c’est là que nous nous fourbions comme des murines devant un piège au fromage.  Ce qui nous sépare et nous rend différent de la bête c’est que nous pouvons nous en sortir par un seul moyen : quand on ne comprend pas, on accepte. Peut-être qu’un jour on comprendra, peut-être que l’on saisira et pourra mettre en équation tous les filaments de la pelote de laine qui servait à nos grand-mères à tricoter des bas. Mais il était impossible de comprendre qu’il n’y avait pas d’ordre dans la fabrication d’une pelote de laine : on l’enroulait, c’est tout. Et le parcours de ses veines laineuses ne pouvait tout simplement pas être refait. Il s’agissait simplement de voir que c’était une pelote de laine qui avait servi à fabriquer une paire de bas ou une paire de mitaines.

Nous avions une faim d’adolescents. Alors, on a mangé la pizza baveuse avec des sons de mâchoires de l’homme du Neandertal.

C’est à ce moment-là que Maggie et moi avons pris conscience que nous nous détruisions à force de ne pas être ce qui nous étions vraiment. On ne peut pas être propres dans une eau sale. La Terre avait une odeur de moisi. En un siècle le fruit qui flottait dans l’espace était flétri et empoisonné. Rien ne servait maintenant de comprendre et de corriger : la Terre était une pelote de laine mouvante et les moutons,  c’étaient  probablement nous. Nous courions à perdre la laine, ébouriffés, étouffés, dans ce délicieux abattoir d’acier, de constructivisme  délabré et opérant. Bousille-nous ma belle société! Creuse-nous comme des puits cartésiens! Sommes-nous comme des bêtes! Brûle les frileux! Fais toi une feu de camp des tendres et des généreux!  Prends notre petit morceau de peau et vends-le aux grands de ce monde. On a placé sur les têtes des européens, jadis, des chapeaux de castor. Il y en avait des millions au Canada. La chair est restée ici, sans cimetière, pourrissante, mais le reste a coiffé l’aristocratie du 18ième et 19ième siècle. Ce qui reste d’eux, c’est la descendance qui désormais rase les forêts avec d’énormes machines. Plus vite que les castors… Avec des dents nouvelles : l’avidité, l’âpreté. Mordre dans la vie, c’est pour eux déchiqueter et la Terre et les Humains. Ils ont enfermé la vie et la Vie dans un disque dur qui se promène d’un paradis fiscal à l’autre. De la Cité de l’Ombre à la Cité de Londres en passant par le carnaval étatsunique. (sic).

On a compris, Maggie et moi, que personne ne comprendrait. Enfin! Disons qu’ils comprenaient du cerveau le mécanisme de la montre Rolex, et  que nous n’avions aucun intérêt pour la matière trop grise ni la Rolex.

Le monde, le nouveau monde des « huns » était né. Nous étions désormais des uns et des autres. Des défibrés boudinés dans les intestins des Morlocks d’un âge à finir.

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© Gaëtan Pelletier

Le Dépotoirium, Chapitre 17

Le Dépotoirium, Chapitre 16

Le Dépotoirium, Chapitre 15

Le Dépotoirium, Chapitre 14

Le Dépotoirium, Chapitre 13

Le Dépotoirium, Chapitre 12

Le Dépotoirium, Chapitre 11 

Le Dépotoirium, Chapitre 10

Le Dépotoirium, Chapitre 9

Le Dépotoirium, Chapitre 8

Le Dépotoirium, Chapitre 7

Le Dépotoirium, Chapitre 6

Le Dépotoirium, Chapitre 5

Le Dépotoirium, Chapitre 4

Le Dépotoirium, Chapitre 3

Le Dépotoirium, Chapitre 2

Le Dépotoirium, Chapitre 1

 

 

 

 

 

Le Dépotoirium, Chapitre 17

Chapitre 17

Le lièvre et la torture

Quand au bout du monde – et le bout du monde est ici- ( et le bout du monde est là, ailleurs, quand il n’est pas ici)  un banquier, un petit affairiste fourni en venins et en sang,  fait en sorte de sport en inculquant à tout le monde l’idée que l’on peut devenir riche, alors les pauvres se mettent à courir, travaillant de plus en plus pour atteindre un certain standing social. Ils travaillent davantage pour se payer un frigo, une auto, une maison. Et l’affairiste, pour en ajouter à la torture, sabote ses produits à la consommation en réduisant la vie du « produit ». En réduisant la vie du « produit », il réduit encore l’avoir du pauvre travailleur qui devient le petit imitateur. Sa vie est une course effrénée. Si l’aristocratie de jadis chassait le lapin par plaisir, c’est aussi par plaisir que cette race oligarchique chasse les avoirs du pauvre. Le meilleur pauvre à chasser, encore un peu gras, peut s’engraisser encore par le crédit.

Les États étant devenues des administrateurs de ces secte oligarchiques, petits prêtres des de villages appelés pays se fabriquent une descendance de kapos pieux, accomplissant des tâches aux titres pompeux et aux salaires de 20 à 100 fois plus élevés que le petit travailleur qui trime. Le lièvre vient d’embarquer dans un système tordu et vicieux. Mais il votera. On nommera cet acte : devoir.

Jason

Bien mis

( Une série courte de Netflic)

L’homme de la pègre se baladait nonchalamment, bien mis, portant un costume de milliers de dollars, une montre en or et en art, des souliers italiens à 1000 dollars, souriant devant le cercueil de son ennemi Elogio.  

Le tueur à gage l’avait dans la mire. Il tira.

L’homme tiré à quatre épingles, chuta, un trou rougeoyant au front.

L’heure est à 24.59.56 HMS

Ainsi, le genre humain de par le point de départ  de la création,  a jusqu’à maintenant vécu 4 secondes dans cet univers .Rien de glorieux pour les bretelles des traders de Wall-Street.

Carl

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Maggie et moi mettions nos œufs dans le même panier. On concoctait, comme des poules, un meilleur à venir. On cachait nos avoirs dans la paille.

On allait se chercher des livres à la bibliothèque publique, voire ludique, car on y trouve là  que des amusements et quelques trésors perdus dans les rayons poussiéreux.  Alors, on s’est mis à pirater des livres électroniques. Notre ordinateur en avale un en trois ou quatre secondes. Et le pauvre petit écrivain a pris trois ou quatre ans pour faire enquête, ou bien   créer un scénario,  vient de se faire sucer ses sueurs. ( Tiens, on dirait  Corneille avec son serpent qui siffle.)

Il reste à bouffer. On mange peu. On mange en mouches à fruit. Alors, on puisait ici et là du manger.  Maggie ramenait du restaurant dans ce que jetaient les propriétaires, pour ne pas se faire braquer leurs restants de table.  On a dû cesser, parce qu’on était en train de s’habituer à manger  en gentillâtre.

Au resto, c’est  Maggie qui avait pour tâche de jeter la  bouffe « passée bouche » ou passée date. Un jour, alors qu’elle poubellisait, elle remarqua un voleur de croustance, caché derrière le réservoir à déchets. Il était accompagné d’une chienne nommée Perle. La chienne  grogna et le SDF la calma. Ils eurent une relation alimentaire qui dura quelques mois : du pain et des yeux. Elle lui tendit des paquets de nourriture et il lui donna quelques poèmes en retour.

Ma rivière était une eau qui marchait
En courants qui courait vers les fleuves et les mers
Et ma terre me fut arrachée par des gens de pierres

Gens de guerres, militaires de bureaux, fiers
De tracer des rues, planter bancs et lampadaires
Je suis riche, je dors à la lumière même en hiver

Wabo

— Vous avez des fonds de bouteilles de vin?

Elle acquiesça.

— Vous n’êtes pas comme les autres, vous. Les autres me donnent de l’argent à condition que j’achète de la nourriture. Ils ne savent pas que je vole ce qu’ils ne mangent pas. Ils me font la morale après avoir volé mes  terres.

Puis au dernier jour de Wabo, dont on retrouva l’enveloppe charnelle,  il se mit à pleuvoir comme dans les romans de Simenon.  Et ce fut le chien qui revint piteux, habitué à tirer pitance du réservoir.  Le chien ne demanda pas de vin. Il était venu pour l’amour. Et Maggie le caressa. C’était une femelle, et elle ne put jamais s’en départir. Elle la nomma Wabonne.

C’est ainsi que Wabonne arriva à l’appartement et s’en alla nicher comme si elle savait déjà où était sa demeure.

***

Il y a des jours durant lesquels on dégrise. On a la fois pois chiche. On sait tous que  la foi soulève  des montagnes, mais les naïfs qui se refusent à baisser les bras, qui  font de la fièvre en politique,  ignorent ce qu’ils font. Pardonnez-leur, Seigneur! Pardonnez-leur! Car ils ne savent ce qu’ils défont. La Terre est un chant de bataille. Et ça fausse  en  chœur de batifoleurs menteurs à rabais.. Ce n’est pas le chœur de l’armée rouge, ni Celine, c’est le son de craquements qui annonce la crevaison d’un beau bateau vert : il vient de faire fondre l’Iceberg.

La cuisine du politiciens est en phase krach 29, à deux couverts :

– La croissance

– La croissance de la croissance

Nous espérons, les doigts pieux, que le monde changera, que les paradis fiscaux disparaîtront, qu’il y aura accalmie, que le thermo-maître sonnera l’alarme en rafraîchissant un peu les ardeurs du toutvouloirisme qui les affectent.   Mais, Ö que tant de mais,  le  chinois le plus riche de la planète n’a rien à cirer de cinq  petits intellos aux jeans déchirés aux genoux : c’est lui qui nous les vend. Ni le plumé jaunasse étasunien qui a un oiseau comme gros micro. Mais c’est le chinois le  gros maillon au portefeuille débridé  qui pratique le sport le plus dangereux au monde : le commerce international.   On sait ça et ça se sait. Ça se sait dans les minuscules sphères qui trempent leurs cerveaux dans tous les écrits d’une presse de gauche agitée, dont les membres battent de la plume en écrivant comme des dieux. Ce ne sont pas des Proust qui nous mènent, mais des prout qui sont aussi à la recherche du temps perdu en traitant de paresseux ceux qui sont incapables de « produire » du travail, donc enrichir des gens que l’on ne connaît pas. Sauf si on regarde par la fenêtre de Windows.

Mais le diable tient les commandes du monde. « Vous avez le droit de vous exprimer », a dit le premier ministre, tout fier, hier, avant le G7. Alors?  Lui, avec ses chemises brunes modernes, a le droit de les utiliser pour écraser des pancartes. Pancarter est un sport à la mode dans les démocraties. Si on vous laisse faire, c’est que ça ne sert à rien. Toute l’étourderie sociale fait croire à une fête qui ne se terminera jamais, à la remise en forme d’un libéralisme soutenu par des hyperactifs toxiques.  La partouze planétaire n’aura duré un siècle et demi. Tout ça en 4 secondes d’univers.

On brûle dans notre petit enfer. Mais ce n’est rien à côté de ce qui se passe à l’autre bout de la planète, comme si la planète avait un bout.

— Ça va me faire un bel article…

— Pardon?

La voix de Maggie me semble lointaine.

— Je pensais tout haut.

Je tenais mon soulier de course  dans une main et je le scrutais à la loupe. Quelque part, quelqu’un payait un athlète 5 millions de dollars par année pour en faire la promotion. Et Maude qui se payait des crèmes pour raviver son minois, faisait vivre une starlette grimée électroniquement. La vedette avait tellement de crème sur la peau, qu’une fois morte – par un hasard inattendu (sic), aurait pu embarquer en un claquement de doigt – si elle en avait été capable- dans un cercueil. Il y des mensonges qui couvrent bien des joues…

***

« Travailler c’est se réaliser ».

« Travailler c’est se réaliser ». Le slogan est national et multinational, intra et extra national,  faisant partie de ces mini perles de philosophie que l’on injecte dans la tête des enfants. La propagande, c’est  la panoplie de vaccins sonores et visuels implantés dans les cerveau. On se pâme  devant cette dose de philosophie en éprouvette: « Le travail n’a jamais tué personne ». Le voilà en  train de tuer tout le monde.

On ne veut pas appartenir à ce clan. Ni prendre notre retraite avec une montre en or Made In China.  On ne veut pas se faire macérer  le cerveau d’encre débile, ineffaçable.

***

Maggie et moi on est d’accord : si nous devenions  riches un jour, nous achèterions des millions d’arbres  rien que pour les garder debout, en vie. . Les hommes fauchent trop d’arbres. Et les animaux fuient parce que leur maison a des feuilles, des troncs, des racines. Qu’avons-nous,-nous? Nous espérons en priant Sainte-Thérése d’Avila et John Lennon,  tout l’arsenal assis à la droite du Père qu’il reste encore de ces arbres. Ils ne peuvent pas tout avaler, n’est-ce pas? Il doit bien y avoir des recoins dans le Nord, là où le pied de l’homme n’a jamais mis la tête.

On veut planter des tomates, récolter des carottes, ménager la chèvre et les foux, ( la liberté d’ortografe, un régal …)  séduire les oiseaux comme Richard Prohenneke. On veut aller embrasser des syriens, des musulmans, des témoins de Jéhovah, pourvu qu’ils aient une âme. Pourvu que leur âme bablotte  avec leur corps pour en finir avec le grand abîme de nos dissemblances. Nous sommes pareils, c’est un fait. Il n’y a que cette race de frivoles qui se pensent différents.

Il faut cesser de nous accoutumer aux ritournelles qui reviennent à chaque élection.  Il faut rendre malade les phrases creuses des politiciens. Ce sont des bêtes de somme. La somme de nos avoirs. Ils sont trop indécomposables pour nous. Ce sont des duvets d’âmes. Des riens. Des poils sur la langue. Des peaux de fucks. On jure après eux, mais ils s’en branlent. On leur crache dessus avec des textes savants et bien concoctés, mais ce sont  des duvets de canards de coin coin de pays.

J’ai léché le recoin de l’œil de Maggie.  C’était salin comme une vaguelette de mer. Une grande étendue… Les émotions sont souvent vagues.

— Il faut que j’aille travailler…

Elle s’est déguisée en quelqu’un d’autre.

— Téléphone pour dire que tu es malade…

***

Quand on s’étend et qu’on fait l’amour, le reste du monde est couché les yeux fermés, ou bien  a  déserté quelque part. En tout cas, nos draps sont de vraies paupières. On se soustrait aux regards des 7 milliards, et on s’additionne à deux . Sous la couette, son corps se colle au mien. Mais au bout d’un moment, il n’y a plus de corps. Nos doigts partent en voyage. Cuba.   Toutes les horloges du monde sont défectueuses. Je me suis demandé pourquoi  ces voyages étaient si bons. Je me le suis demandé… Après le grand souffle, après le grand voyage, c’est le dormir qui vient nous chercher. On perd conscience.  On sombre dans l’entonnoir de cette fausse nuit.  Bien qu’il nous arrive de tenter de nous lever et de  nous habiller, nos corps continuent d’aller se recueillir dans la canicule secrète. Ses doigts sont un chapelet à dix grains : et je la prie en Je vous salue Maggie, puis fait un notre paire après le trajet. Elle ne s’en rend pas compte, mais je l’égrène avec une respiration d’escargot. C’est lent lent et bonbon.  Quand on sera vieux, on se fera une tente avec les draps contour. Comme les enfants. On s’apportera un lunch pour y passer plus de temps sans avoir faim. On fera du camping. Du camping pour rire et se dérider. Quand on sera trop vieux pour aller loin, on ira proche.

***

Le froid a des dents, le froid nous mord quand on sort. Le sort en est jeté. On sort. L’appartement est une véritable porcherie : il faut tout enlever de la table avant de se frayer un petit coin avec nos coudes en forme de charrue  pour retrouver le dessus crasseux, quasi visqueux de cette vieille table des années cinquante. C’est Carl qui l’a trouvée sur le trottoir.  Il l’a presque noyée  à l’eau de javel avant de la monter dans l’appartement. Les chaises sont restées là,  tristes, comme si elles se séparaient de leur mère. Une table sans pattes c’est comme une chatte cul-de-chatte.

J’ai fait cuire deux œufs pour Maggie et deux pour moi. Le pain, dont l’enveloppe est restée ouverte, est sec, trop sec.  C’est une biscote en devenir. Il s’effrite et craque sous nos doigts. Maggie,  qui aimait le thé, s’est convertie au café libanais, sorte de sirop de café. Quand je lui ai demandé pourquoi, elle m’a répondu : « Parce que ça prend moins de temps à faire ».  C’est une maladie que de n’avoir pas de temps.

À notre tour de pondre un article. Alors on s’enfonce dans les quartiers de la ville où dorment les SDF. Il est deux heures de l’après-midi. Près de l’entrée du  métro, un chien jappe. Un gros chien jaune, à poil long, maigrichon.  C’est à cet endroit qu’on a rencontré Gildo et Nooda , deux SDF en amour. Elle ne parlait pas français et lui baragouinait l’anglais. Ils tendaient une tasse en sautillant pour se réchauffer. Les voitures s’en allaient lentement, très lentement, quasiment arrêtées par les crocs-en-jambe des autres voitures.  Quand on regarde dans les yeux de quelqu’un, on voit quelque chose qu’on ne voit pas avec seulement les yeux. C’est la plus grande porte qui mène quelque part où nous sommes tous liés. Un lieu sans lieu. Ici-bas, nous sommes tous racistes. La couleur des âmes ne se voit pasé Le mascara n’est pas pour les auras.  Nooda n’en porte pas. Elle transporte son auréole de beauté recroquevillée comme pour la camoufler .  Mais il y a des beautés qui ne se cachent  pas.   Nous accordons tellement d’importance aux rangs sociaux que chacun vaut la valeur de son manteau. Elle est syrienne  et lui est italien.  Chacun a fui son pays pour le paradis canadien.  Nooda est toute douce, avec des reflets d’arc-en-ciel dans les yeux. Elle est heureuse, on dirait. Heureuse de ne plus entendre les bombes, heureuse de ne plus voir des corps déchiquetés par les fragments de bombes. Du plus de sang que d’eau.

Maggie leur offre un café dans un endroit chaud. Il suffit d’entrer dans le petit café d’en face. Reçus comme des chiens galleux avec le beau labrador et les deux guenillés qui sentent le savon des bouches dégoûts, là où il fait bon se faire lécher par une belle tiédeur.  Il faudrait les envoyer se chauffer dans une cabane au fond des bois, se chauffer  au bouleau et à l’érable avec le poêle qui crépite en envoyant des odeurs. La forêt est une église et ses encens vous voyagent  d’odeurs.   Nous sommes des utopistes sans pitié, des rêveurs de fond de tonneau. Ils ne boivent ni ne moissonnent, et pourtant des oiseaux de ce monde meurent de froid de la glaciale finance.

Je lis dans les pensées de Maggie. Et Maggie me relance mon non par la pensée.

Au bout du monde, si près à la fois, si loin de nos préoccupations, nos propres préoccupations, nos sales préoccupations…

Pas question. L’appartement est exigu, bondé de bardas encombrant. Il vaut mieux garder pour soi ce cube calorifique. Il vaut mieux avaler sous silence cette cuvette thermogène. Nous vivons dans un État igloo. Nous sommes des esquimaux. Nous mangeons la chair des autres.  Nous parlons la langue de l’amour, mais seulement de la langue. Pour le partage, la situation nous rend frileux. On ne sait plus sur quel pied danser sur la bouche dégoûts. D’ailleurs je me   dégoûte. Quel gâchis! Quel gâchis de ne pouvoir aider deux personnes sur 7 milliards. Que faut-il faire? Aller braquer une banque? Elles n’existent que par des pixels. Mettre le feu au centre ville? Appeler les pompiers ou leur donner un calendrier de pompiers? On n’a plus de main, ni de lendemain. C’est tout coincé dans la région du cœur, tout grippé, sans soupape pour évacuer notre peine.

Finalement, on se trouve  un MCDo. On leur offre un beau Burger garni qu’ils avalent en rotant comme des moteurs qui n’ont pas eu d’essence depuis que la lurette est belle. Rien de mieux pour l’émouvoir. Même le chien en a eu un. Il nous a léchés les mains comme si nous étions allés aux vaches ensemble. Il nous aime. On l’aime.  Mais c’est Nooda qui a été la championne du rot. Un rot si fort que tout le monde a applaudi. Comment le McDo a-t-il laissé entrer ces deux guenillés? C’est simple : Maggie leur a dessiné un beau et faux tatouage le long du cou, puis a fait un chignon à Gildo. Le chien a hérité de mon vieux gilet rouge ardent. Ça l’a rendu fier et chaleureux. Surtout avec le petit foulard au cou. Le monde  est habité de cravatés et de faux artistes. Donnez m’en l’air! Point. Point Virgile. Poincaré. La théorie du K.O. Henri son nom petit, comme disent les littéraires.

Tout fou, tout ça. N’empêche qu’au bout de la journée Nooda et Gildo se sont retrouvés dans l’appartement. Le chien a vomi son McDo. Carl, qui était en grande forme, rieur ce jour-là, a dit qu’il l’avait chié par devant. « Je vous l’avais dit que le monde est à l’envers .

Du petit village d’où je venais, près de la frontière canado-américaine, là où une des maisons est scindés en deux : la salle de main étant américaine et la cuisine canadienne, vu la vieille ligne de démarcation des deux pays, on commençait à se faire plaisir d’aller aux chiottes quand le président des États-Unis d’Amérique gaffait.

Maggie a écrit une belle lettre en anglais et en français et, quelques semaines plus tard, ils ont commencé à travailler dans une petite usine de parachutes. Nooda est enceinte, mais au chaud. Gildo, qui parle l’italien a appris à coudre de fil en l’aiguille. En attendant qu’ils trouvent un logis, Maggie leur a donné l’adresse d’un oncle qui a un camp de chasse dans un grand boisé. Quand ils sont arrivés, l’oncle était décédé. C’est sa veuve qui a pris ces deux enfants du bout du monde, séduite par la vie. Ils étaient si riches de cœur qu’ils auraient pu donne une feuille d’arbre, de merisier, de bouleaux à tous les habitants de la planète.

Un jour, Gildo est allé chanter en italien chez les vieux, les abandonnés d’un Centre pour personnes âgées. Il chantait en italien et ils sont devenus tout éblouis. Dans leur vieux cerveau dormaient toutes les vieilles chansons. Et  Gildo  les a réveillées. Gildo a compris qu’il était un raviveur d’émotions en ce petit coin du Kanada nommé Québec (passage étroit, en amérindien).  Les vieilles dames l’ont remercié, lui on serré la mai et certaines l’ont bécoté,  parce qu’en chacune des suite des notes ou vibrance, il y  avait un peu de leur mari décédé. L’amour est une vibration. On s’amoure d’une voix comme d’un piano. Et les pianos ont 88 notes. Aurore avait 44 printemps et 44 hivers.

Il n’y a pas meilleurs mains que celle des émotions qui se prennent l’une dans  l’autre.

Plus tard, Nooda et Gildo se sont acheté une maison toute  fripée, avec des rides aux murs. Mais rien n’arrêtait Gildo. Mais quand il regardait le champ immense en arrière de la maison, la rivière qui déchirait le boisé, et les oiseaux qui volaient, Gildo pleura.

Et Nooda le prit dans ses bras, but ses larmes, et ils se demandèrent pourquoi les hommes ne cultivent pas seulement les champs et blessent autant les rivières, cultivent autant d’armes pour prétendre à la paix.

© Gaëtan Pelletier

(Chapitre 17, Version provisoire)

Le Dépotoirium, Chapitre 16

Le Dépotoirium, Chapitre 15

Le Dépotoirium, Chapitre 14

Le Dépotoirium, Chapitre 13

Le Dépotoirium, Chapitre 12

Le Dépotoirium, Chapitre 11 

Le Dépotoirium, Chapitre 10

Le Dépotoirium, Chapitre 9

Le Dépotoirium, Chapitre 8

Le Dépotoirium, Chapitre 7

Le Dépotoirium, Chapitre 6

Le Dépotoirium, Chapitre 5

Le Dépotoirium, Chapitre 4

Le Dépotoirium, Chapitre 3

Le Dépotoirium, Chapitre 2

Le Dépotoirium, Chapitre 1

 

 

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Discussions sur le climat

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Le rôtisseur de la Terre

Le blogue opératoire des vieux du Bas-Du-Fleuve

Sur le bord du quai, les vieux se rejoignent chaque jour pour parler de la pluie, du beau temps, du bon temps, et des élections… Peu importe, ils se rencontrent et y passent l’après-midi, une dizaine assis à une table. L’un d’entre eux arrive en fauteuil roulant, aidé par sa femme, et pendant des heures ils refont le monde qui se défait.
C’est par ici que sont entrés les français qui ont découvert ce coin de pays. Le Fleuve n’a pas changé, ni même cette souche de personnes âgés « aux accents de Provence » comme disait Yves Duteuil.
Ce qui a changé, c’est le monde qu’ils voient s’écrouler sous leurs yeux. C’est devenu trop complexe pour eux. Ils n’ont pas de téléphone intelligent. Ils sont obligés de se déplacer et ça parle fort, très fort. Leur petit univers craque, fendille, ou gonfle. La vie est passée trop vite et les choses auxquelles ils tenaient temps disparaissent dans un monde de globalisation agité, par les médias trop nombreux, car même la télévision crache 24 heures par jour ses « nouvelles » et bizarreries du bout d’un autre monde qu’ils n’auraient pu imaginer. Germain bâtissait des maison… Il ne comprend pas que l’on puisse s’éventrer par une bombe pour une cause.  Alors, il se fâche, tape sur la table. Et c’est ainsi pendant des heures sur tous les sujets: l’hôpital, la maladie, la vie, le temps passé, la tranquillité. La paix, surtout, la paix. Car au village on peut voir le nom des soldats qui sont allés défendre la France lors de la guerre 39-45. Ils ont cru qu’il n’y en aurait plus. Ils ont cru… Aujourd’hui, ils sont déçus.
Travailler dans les champs était une tâche énorme car ils devaient se lever tôt. Mais leurs enfants et leurs petits enfants sont loin, Montréal, Toronto, Vancouver, des milliers de kilomètres dans ce grand Canada. Terminée la vie de village, la vie dans laquelle les gens s’aimaient et se haïssaient dans un tout petit espace. Mais on gardait contact. C’était une nécessité de survie.
Ils sont encore là. Ils ne se séparent plus, toujours aussi tenaces dans leurs querelles. Mais au fond, ils s’aiment bien, même si Alphonse est agaçant avec ses réussites.
Ce ne sont plus que des vieux qui attendent. Le quai, c’est leur blogue. Ils n’ont pas d’ordinateurs, claviers, ou souris. Mais ils ont quelque chose: l’air salin du Fleuve, leur histoire de quelques centaines d’années et des phrases en apparence banales. « Comment va Marie? ». « Ah! Robert est mort hier. Il s’est laissé aller… »
C’est ainsi qu’ils voient leur fin de vie… Se laisser aller. Comme si en s’agrippant on pouvait tenir encore plus longtemps sur le quai.
Ils savent bien qu’un jour le bateau viendra. Mais il les prend un par un…
Par surprise…  Et le quai, un jour, sera sans doute moins habité.

Gaëtan Pelletier

La situation financière U.S.

Dix indicateurs qui montrent que la situation financière actuelle des États-Unis est une vision d’horreur

Par Michael Snyder – Le 12 août 2018 – Source  TheEconomicCollapse

Les prévisions à long terme du bilan des États-Unis continuent à s’aggraver progressivement. Malheureusement, depuis que le marché boursier a flambé et que les chiffres du PIB semblent satisfaisants, la plupart des Étasuniens supposent que l’économie de leur pays se porte bien. Mais il faut dire que le marché boursier montait en flèche et les chiffres du PIB semblaient corrects juste avant la grande crise financière de 2008, et nous avons vu ce que cela a donné. La vérité est que le PIB n’est pas la meilleure mesure pour la santé de l’économie. Juger l’économie étasunienne par rapport au PIB revient essentiellement à mesurer la santé financière d’une personne relativement à ses dépenses. C’est ce que je vais essayer d’illustrer ici.

Si je sortais tout de suite, obtenais un certain nombre de nouvelles cartes de crédit et commençais à dépenser comme si demain n’existait pas, cela signifierait-il que ma situation financière se serait améliorée ?

Non, en fait, cela signifierait que ma situation financière à long terme a au contraire empiré.

Le PIB est une mesure de l’activité économique de notre société, et c’est essentiellement une indication du montant d’argent échangé.

Mais le fait que plus d’argent change de mains ne veut pas dire que les choses s’améliorent. Ce qui compte vraiment est ce qui arrive aux actifs et aux passifs. En d’autres termes, est-ce que de la richesse a été créée ou bien a-t’on simplement accumulé de la dette ?

Malheureusement, il n’y a qu’une poignée de points positifs dans notre économie. Quelques très grandes entreprises technologiques, comme Apple, amassent de la richesse, mais à peu près partout la dette augmente à un rythme sans précédent. La dette des ménages n’a jamais été aussi élevée. La dette des entreprises a doublé depuis la dernière crise financière. La dette publique des États et des collectivités locales a atteint un niveau record et la dette publique étasunienne est complètement hors de contrôle.

Si je sortais demain et dépensais $20 000 avec un lot de nouvelles cartes de crédit, je pourrais prétendre que mon « PIB personnel » monte en flèche parce que je dépense beaucoup plus qu’avant. Mais ma vantardise serait inutile car, en réalité, je mettrais simplement ma famille dans une situation financière extrêmement précaire.

La croissance économique qui résulte de l’accroissement continu de la dette n’est pas une chose positive. Je souhaite que plus de gens comprennent ce concept très basique. Voici dix indicateurs qui montrent que la situation financière actuelle des États-Unis est une vision d’horreur…

1. Le crédit à la consommation aux États-Unis vient d’atteindre un nouveau record. Au deuxième trimestre de 2008, le total des  crédits à la consommation avait atteint $2 630 milliards et, dix ans plus tard, ce chiffre a  grimpé à $3 870 milliards. Cela représente une augmentation de 48% en une seule décennie.

2. La dette étudiante a pour la première fois dépassé les $1 500 milliards. Au cours des huit dernières années, le montant total de l’endettement des étudiants aux États-Unis a  augmenté de 79%.

3. Selon la Réserve fédérale, le taux de défaillance des cartes de crédit aux États-Unis a  augmenté pendant sept trimestres consécutifs.

4. Une enquête récente a  révélé que 42% des consommateurs étasuniens ont payé en retard leur factures de carte de crédit « au moins une fois au cours de la dernière année » et 24% des consommateurs étasuniens les ont  payées en retard « plus d’une fois au cours de la dernière année ».

5. Les salaires réels aux États-Unis viennent d’atteindre leur  niveau le plus bas depuis six ans.

6. Selon une  étude récente« le taux de faillite personnelle des gens âgés de 65 ans et plus est trois fois supérieur à celui de 1991 ».

7. Nous sommes au cœur de la plus grande « apocalypse de la vente au détail » dans l’histoire étasunienne. À ce jour, en 2018, 57 grandes surfaces ont  annoncé des fermetures de magasins.

8. Le déficit budgétaire officiel des États-Unis est en hausse de 21% sous le président Trump.

9. On prévoit que le service de la dette publique cette année  dépassera pour la première fois les $500 milliards.

10. Goldman Sachs prévoit que le déficit budgétaire annuel  dépassera les $2 000 milliards d’ici 2028.

Et je n’ai même pas parlé des passifs non capitalisés. Ce sont essentiellement des engagements futurs pour lesquels nous n’avons pas d’argent.

Selon le professeur Larry Kotlikoff, en ce moment nos engagements non capitalisés  dépassent largement les $200 000 milliards.

Si les personnes, les entreprises, les États et gouvernements locaux et le gouvernement fédéral cessaient tous de s’endetter, nous nous enfoncerions immédiatement dans la plus grande dépression économique de l’histoire des États-Unis.

Le système est profondément brisé, et la seule façon de maintenir cette bulle de dette est de continuer à l’accroître encore plus.

Toute personne qui croit que l’économie étasunienne est « réparée » est complètement dans l’erreur. RIEN n’a été arrangé. Au lieu de cela, nos déséquilibres financiers à long terme s’aggravent à un rythme croissant.

Malheureusement, l’attitude du grand public est exactement similaire à ce qu’elle était juste avant la grande crise financière de 2008. La plupart des gens semblent assumer que n’ayant pas subi jusqu’à présent de conséquences néfastes résultant de nos très idiotes décisions, aucune conséquence dommageable ne se produira.

Beaucoup supposent également que depuis que le contrôle de la Maison Blanche a changé, les choses vont s’améliorer par magie.

Bien sûr, la vérité est que la seule façon de résoudre nos problèmes à long terme est de s’attaquer à leur origine, ce qui n’est tout simplement pas le cas.

Comme j’ai beaucoup voyagé au cours de l’année écoulée, j’ai découvert que la plupart des Étasuniens ne veulent pas apporter de changements fondamentaux au système actuel, car ils ont l’illusion qu’il fonctionne très bien. Donc, il faudra probablement une autre crise majeure avant que la plupart des gens soient prêts à envisager des changements fondamentaux, et quand cela arrivera, nous devrons être prêts à l’expliquer au public.

Le système que nous avons aujourd’hui, est fondamentalement malsain. Nous avons désespérément besoin de revenir aux valeurs et aux principes sur lesquels notre pays a été fondé, mais tant que les choses n’ont pas commencé à aller vraiment, vraiment mal, il est fort peu probable que le peuple étasunien soit prêt à accepter ces changements.

Michael Snyder est un écrivain syndiqué, une personnalité médiatique et un militant politique. Il est l’éditeur de  The Most Important News et l’auteur de quatre ouvrages, dont  The Beginning of the End et  Living A Life That Really Matters

Traduit par  Alexandre Moumbaris relu par Marie-José Moumbaris

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