Archives de Tag: HUMANISME

Pour tous les silences

Il avait son petit appartement (de plus en plus minuscule au fil des ans) et n’avait conservé que le peu dont il avait besoin. Table de billard, piscine, ordinateur, cinéma maison, roulotte avaient disparu et tous ceux qui aimaient le voir entouré d’objets ne venaient plus et ne téléphonaient plus.

C’est ainsi, qu’une vie durant, il avait dû renouveler sans cesse l’intérêt des autres à son égard et qu’au fil du temps il fut envahi par tous les objets témoins de ces amitiés éphémères. Puis, peu à peu, plus aucun ne l’a fait sourire: ni la roulotte, ni non plus ce vieil ami dont il était sans nouvelles depuis ces fameuses vacances qui n’eurent pas lieu car son fils lui avait demandé la roulotte la veille de leur départ.

Non ça n’allait pas… Il avait besoin que quelqu’un remplace la moustiquaire brisée de la porte-patio de son appartement.

L’ouvrier spécialisé lui avait dit: « Tout est trop vieux, achetez une porte neuve »! L’artisan lui avait dit: « Je n’ai pas le temps.  C’est pourtant facile à faire, même un imbécile peut le faire »! Son garçon lui avait dit: « Mais t’as pas besoin d’une moustiquaire »!  Il les a écoutés.  Après tout, puisqu’il ne souhaitait pas tomber en disgrâce aux yeux de tous, vieux et sans objets, il se devait de les laisser se montrer de bon conseil, même si cela ne lui était d’aucune aide.

Eux racontent qu’il n’a plus toute sa tête, car il est obsédé par la moustiquaire de sa porte-patio. Vous n’en croyez rien? Interrogez son fils qui lui rend occasionnellement visite…

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« Eh bien il faut voir que depuis trois années, chaque fois que je vais le voir, il est question de cette sapristi moustiquaire! A force, tous ont hâte qu’il se retrouve dans une maison pour personnes âgées et qu’il cesse de lasser tout le monde avec cette moustiquaire. Cela devient pénible pour les autres! On dirait un enfant qui ne sait rien faire et qui voudrait tout avoir… mais qui a besoin des autres évidemment! Que voulez-vous, ça n’ira pas en s’améliorant! Pour l’instant il se débrouille car il peut aller à la banque, mais viendra le jour où je serai obligé de me charger de ses avoirs! Je m’y prépare mentalement. »

« Tiens il me téléphone justement »!

« Quoi? … venir manger chez toi samedi prochain? Bien non vois-tu… je te rappelle que je travaille toute la semaine moi! Lorsque le samedi arrive, je dois aller faire les emplettes et le soir venu j’ai absolument besoin de détente et de musique! D’ailleurs c’est ce que vivent tous ceux qui sont dans ma situation. Nous n’avons plus aucun temps à nous. Tu comprends j’en suis certain!

« Ah oui ce Noël nous partons en vacances dans le sud avec des amis. Je préfère t’en aviser longtemps à l’avance pour éviter que tu ne t’y prennes à la dernière minute pour trouver un endroit où aller réveillonner. Ça ne se fait pas, te laisser seul à Noël. Tu me connais: j’ai le coeur tendre! 

Quoi?  je suis fils unique? Ecoute crois-tu que je peux l’oublier puisque c’est moi qui doit tout faire pour toi »!

« Ah oui au fait, pendant que j’y suis, j’irai chez toi cette semaine pour te faire signer l’endossement de l’hypothèque du condo que j’achète. Essaie d’être là car je dois finaliser tout ça avec la banque. Quoi? écoute as-tu compris ce que je viens de dire? Evidemment que je n’aurai pas le temps de prendre le repas avec toi ce jour-là non plus. Il faudra remettre ça. Toi tu as des horaires flexibles, mais moi pas. Je sais bien que tu dois t’ennuyer. Il n’y a personne de ton âge dans ton entourage. J’y pense… n’en doute même pas! Je me dis souvent que je serais tranquille si je te savais entouré. Tu sais c’est facile: on fait tout disparaître chez toi en vendant ou en donnant à des oeuvres tout ce qui ne te sera plus utile (je conserverai pour toi les objets de valeur) et tu pourras te la couler douce dans une résidence pour personnes âgées.  Là-bas tu auras tout, mais alors tout ce qu’il te faut!

« Et le plus beau c’est que tu n’auras plus besoin de penser à ta moustiquaire car je te l’accorde, depuis trois ans qu’elle est éventrée, nous avons l’air de vivre à la mendicité. Je sais que tu es fier, moi aussi d’ailleurs, donc ça ne va pas. Attends j’ai quelqu’un sur une autre ligne, je te reviens. Oui? non non j’arrive bientôt. Je consolais mon père qui a toujours cet énorme problème de moustiquaire éventrée qui le détruit peu à peu. Je sais .. je suis sensible que veux-tu. Après tout c’est mon père! Oui d’accord je le lui dirai. »

« C’était Robert. Il m’a demandé de te dire de ne pas t’en faire parce qu’il y a des gens qui vivent bien pire situation. Prends les prisonniers… qu’il m’a dit: eux seraient heureux d’avoir une moustiquaire à la porte, même éventrée! C’est comme ça! On n’a pas tout ce qu’on veut dans la vie. C’est bien dommage d’ailleurs parce que moi aussi, si j’avais tout ce que je veux, je n’aurais plus besoin de toi pour l’hypothèque. »

« Bon allez. Prends soin de toi. Garde le moral. Tu disais? Ecoute je n’ai pas le temps de discuter. Une prochaine fois. Allez à bientôt. »

« J’espère qu’il ne se mettra pas en tête d’engager des frais exorbitants pour faire changer toute la porte-patio. L’hiver arrive. Ce serait une dépense insensée. Mais voilà, c’est ce que je dois craindre sans cesse de sa part, car il vieillit et n’a décidément plus toute sa tête. »

« Nous sommes différents, car moi, lorsque je serai vieux, je ne ferai pas tourner les autres en bourrique.  Je donnerai tout mon argent à mes enfants et j’irai vivre dans une maison pour personnes âgées et découragées. Je suis sûr que je pourrai leur remonter le moral. »

Que voulez-vous, la vie est injuste. Tu travailles toute ta vie et un jour ton existence fait chier les autres. Je sais bien… on peut jouer les forts et même les insouciants quand on a suffisamment de pognon et de ruse pour les tenir en respect, mais ils demeurent tout de même aux abois. A croire qu’en vivant longtemps on développe une aura qui rend les autres agressifs!

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Cette nuit-là, il faisait très chaud. Il n’avait plus de climatiseur. Son fils l’en avait débarrassé il y a trois étés de cela, lorsqu’il avait dû être hospitalisé d’urgence pour une appendicite. Lorsque l’hôpital avait rejoint son fils pour lui apprendre que son père était entré d’urgence à l’hôpital, celui-ci avait eu peur que des voleurs ne s’introduisent dans son appartement par la fenêtre où était situé le climatiseur et ne dérobent les objets de valeur.  Il les avaient donc tous emportés avec le climatiseur, afin de les mettre à l’abri.

Depuis ce temps, il n’y a plus que la porte-moustiquaire éventrée lorsqu’il fait chaud, comme cette nuit-là…  Mais il se gratte toute la nuit (les moustiques que voulez-vous) et il doit chasser les mouches toute la journée. On pourrait croire que ça l’occupe, mais avec l’âge il devient de plus en plus morose et se fatigue de tout.

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Que n’avait-il plus d’outils, tous donnés à son fils qui lui avait vanté les joies du bricolage, ni d’escabeau que celui-ci lui avait emprunté de façon définitive car il disait craindre qu’il fasse une chute. « Réfléchis: Je ne pourrai pas prendre soin de toi si tu te casses les deux jambes! Je ne peux pas continuellement être aux petits soins avec toi.  J’ai bien d’autres choses à faire! »

Cette nuit-là, il s’est levé et s’est dirigé vers la porte-moustiquaire, là où il y avait le trou béant, témoin de sa folie. Il décida de supprimer l’objet du litige entre lui et son fils, entre les attentes et les besoins maudits. Il s’élança dans la moustiquaire pour qu’elle cède enfin:  un premier geste vers la raison des autres!  L’état dans lequel elle se trouvait avait fait taire toute dignité en lui et avait accentué l’emprise du monde extérieur sur sa vie:  un monde sur lequel la seule ouverture que cette moustiquaire lui permettait d’avoir était depuis trop longtemps source de conflits.

L’été où il avait été hospitalisé, il n’avait pas protesté auprès de son fils du fait qu’aucun voleur n’aurait pu s’introduire chez lui par la fenêtre où se trouvait le climatiseur, puisqu’il demeurait au cinquième étage. Il se doutait qu’il l’aurait mal pris.

ELYAN

 

Quand la guerre réduit les enfants en poudre

Belle comme Beyrouth
Epuisée comme Damas
Timide comme le Caire
Détruite comme le Yémen
Blessée comme Bagdah et
Oubliée comme la Palestine »

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Cendrer la Syrie
Mobiliser des enfantssoldat
Vendre des armes pour s’enrichir
Charcuter la beauté du monde
Démaisonner
déconstruire
banaliser
persister

Shame on US, Shame on all the countries participating

Honte! Honte! Honte! Tout un siècle de massacres dans l’histoire du passé, d’un XXième siècle horrifiant, et voilà que cela se poursuit de plus belle  laide…

Ce que tous les peuples du monde donnent à leurs dirigeants, ils le transforment souvent en armes. Notre travail, nos bras, notre humanisme, notre FOI  en ces systèmes fondés sur l’argent, la démesure, la vanité, nous tue…

Cultiver des armes ne nourrira jamais personne…

Sommes-nous des cibles de carton?

135 enfants tués cette semaine seulement en Syrie…  Sans compter ceux de l’Afrique, de l’Amérique du Sud, et même des États-Unis qui eux s’entre-tirent assez bien (SIC)…

 

Gaëtan Pelletier

Quand il est mort le bûcheron…

bûcherons

Ça me peine: je ne verrai plus le bûcheron qui aimait les arbres , les coupait, en plantait et en prenait soin. Il est décédé il y a quelques jours. Jusqu’à la fin, il allait parcourir les bois le matin, tôt, quand les oiseaux réclament leur repas à leur maman.

C’était comme ça au Québec il y a quelques décennies. Les fils de ces piliers , aujourd’hui  administrateurs, médecins, avocats, simples travailleurs sont issus de cette race qui savaient à peine lire et écrire. Mais personne ne s’en souvient. Ce qui fait mourir ce monde c’est d’en effacer le passé. Le passé c’est la souche de ce que nous sommes. L’essentiel. Et c’est peut-être ce dont nous sommes en train de mourir: de l’essentiel. On se demande à quoi rêvent la génération jeune actuelle. Elle rêve d’une vie simple et tranquille, mais la « machine à fabriquer des êtres et des robots »  elle ,s’occupe de fabriquer les rêves. C’est une propagande intoxicante pour le cerveau et l’être. On se « désêtre »…

La formule frappante serait: une lutte les uns contre les autres et une réussite présente, journalière, annuelle, pour un échec final de l’humanité. Nous cultivons le provisoire et détruisons toute forme de concret pour laisser aux mains des grands chefs d’entreprises et des délirant personnages soi-disant importants nos destins.

Combien donnons nous, chacun d’entre nous pour que nos États fabriquent des armes au lieu de construire ce qui ne détruit pas, nous y inclus? On veut nous faire croire à la nécessité des guerres. Nous payons un prix fou pour la soi disant paix.

Alors, où son les résultats de cette « logique » de fabricants d’armes? Oui, c’était plus simple « avant ». Il y avait un certain confort à « travailler » pour rendre nos vies moins misérables. Mais depuis quelques décennies, chacun est un Christ crucifié entre deux voleurs.

Si on juge l’arbre à ses fruits, la perle Terre suspendue dans l’espace est en train de mourir d’un cancer de pollution, et d’un fourmillement de Satan(s)  élevés au grain du virtuel en train de falsifier la réalité.

Il y a quelque chose qui cloche au pays-Terre: on ne peut pas s’aimer et se détruire en même temps. On ne peut pas aimer la nature et la tuer en même temps. Taxe-carbone mon œil! Comme si l’argent réglait tout… Lui également se dirige vers l’invisible. Imaginez tous les aveugles que nous aurons dans deux décennies!

Gaëtan Pelletier

Les chiens et les poteaux

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Nous sommes liés aux idées comme les chiens à leur poteau.

Nous sommes liés à des mécanismes lentement programmés. Et nous croyons être libres… Nous consommons de la connaissance et des certitude par le biais de la connaissance en étagères.

Et nous payons cher pour entretenir des gourous à cravate, les poteaux technologiques – comme ces miroirs donnés aux sauvages. Il y a entre la réalité et nous tout un monde qui barre la route de nos esprits, de nos âmes. La « réalité », l’ouverture d’esprit, le silence, tout cela est fondu et nos rapports au monde réel éclatés.

Il est là le nouvel apprentissage du siècle du numérique, du fatras organisé, des peurs vendues aux quatre coins de la planète.

On ne peut rien apprendre si « nous sommes appris ».

Le territoire de nos esprits tend de plus en plus à ressembler à celui des chiens liés à un poteau.

Mais nous jappons, grognons, à genoux, couchés, limités.

Nous préférons acheter des limites vendues sous couvert de sécurité et de confort. Ces limites mêmes sont nos chaînes.

L’être humain est un être d’aventure de l’esprit, d’âme. Et plus nous sommes « usinés », plus nous nous morfondons dans un moule invisible taillé par les financiers, les faux meneurs des pays.

Il n’existe plus de pays, il n’existe que des usines.

Et les riches nous lancent leurs os, prenant tout le reste. Et ils enferment l’avoir comme un trésor. Il n’existe pas de trésor mort et utile. Ce qui est utile est vivant et bouge.

Et c’est ainsi que les chiens ne sont plus bons qu’à faire des os pour les autres chiens…

Gaëtan Pelletier

14 décembre 2013

Les cochons « Blade Runner » , c’est nous

« Quelle expérience de vivre dans la peur, n’est-ce pas ? Voilà ce que c’est d’être un esclave. »

— Roy Batty, Blade Runner

Les humains peuvent s’habituer à tout, se plier à tout, avec leur dite capacité d’adaptation. Nous nous dirigeons vers un monde dans lequel nos besoins émotionnels seront délaissés au profit du profit. « L’investisseur » ne comprend rien à la nature humaine. Et qui sait si cet abandon de nos besoins émotionnels ne sont pas la source des problèmes qui causent les grands désarrois mondiaux actuels et la perte de nos enfants en devenir de n’être que des consommateurs? À dépenser tels les rois de jadis? De là l’illusion d’un humanisme vivant qui n’est en réalité qu’une mort lente de la réalité de notre personne. Sommes-nous en train de nous synthétiser comme les replicants de Blade Runner ?

Peut-être en sommes-nous à être « élevés » plutôt qu’éduqués? Dans cette ère de charabia économiques pour nous convaincre de consommer, on se demande où se situe l’intérêt des puissances mondiales qui manipulent l’économie des pays. Certainement pas dans la réalité de nos âmes.  On peut bien briser des cochons sans qu’ils ne se révoltent, mais aussi des humains sans qu’ils se révoltent en leur faisant croire que c’est là leur bien-être « garanti ».

Gaëtan Pelletier

Les singes  de Harlow

Un extrait du livre  Sapiens: Une brève histoire de l’humanité

Les cochons comptent au nombre des mammifères les plus intelligents et curieux, juste après les grands singes. Les élevages de porc industriels n’en confinent pas moins les truies allaitantes dans des caisses si étroites qu’elles sont littéralement incapables de se retourner (sans parler de marcher ou de fourrager). Elles y sont maintenues jour et nuit, quatre semaines durant, après qu’elles ont eu des petits. Après quoi ces derniers leur sont retirés pour être engraissés, et les truies sont fécondées avec le prochain lot de porcelets.
Beaucoup de vaches laitières passent la quasi-totalité des années de vie qui leur sont accordées dans un petit enclos, condamnées à se tenir debout, à se coucher et à dormir dans leur urine et leurs excréments. Une batterie de machines leur fournit leur dose de nourriture, d’hormones et de médicaments, tandis que, à heures régulières, une autre série d’appareils se chargent de la traite. La vache coincée entre les machines est à peine plus qu’une bouche qui ingurgite des matières premières et un pis qui produit une marchandise. Traiter des êtres vivants possédant tout un univers émotionnel complexe comme des machines ne saurait être pour eux qu’une source d’inconfort physique, mais aussi de fort stress social et de frustration psychologique[7].
De même que le trafic d’esclaves transatlantique n’était pas le fruit d’une haine vouée aux Africains, ce n’est pas l’animosité qui inspire l’industrie animalière moderne, mais l’indifférence. La plupart des gens qui produisent et consomment des œufs, du lait et de la viande prennent rarement le temps de penser aux poulets, aux vaches ou aux porcs dont ils consomment la chair ou les émissions. Ceux qui y pensent soutiennent souvent qu’en réalité ces animaux sont à peine différents de machines, dépourvus de sensations et d’émotions, incapables de souffrance. Paradoxalement, les mêmes disciplines scientifiques qui conçoivent ces machines laitières et pondeuses ont dernièrement démontré sans doute possible que mammifères et oiseaux ont une constitution sensorielle et émotionnelle complexe. Leur souffrance n’est pas seulement physique, mais aussi émotionnelle.
Suivant la psychologie de l’évolution, les besoins émotionnels et sociaux des animaux de ferme ont évolué à l’état sauvage, quand ils étaient essentiels à la survie et à la reproduction. Par exemple, une vache sauvage devait savoir nouer des relations étroites avec d’autres vaches et des taureaux, sans quoi elle ne pouvait survivre ni se reproduire. Pour apprendre les connaissances nécessaires, l’évolution implanta chez les veaux – et chez tous les petits des autres mammifères sociaux – un fort désir de jouer (jouer est la manière propre aux mammifères d’acquérir des compétences sociales). Et elle leur inculqua un désir plus fort encore de se lier à leurs mères, dont le lait et les attentions étaient essentiels à leur survie.
Que se passe-t-il maintenant si les paysans prennent un jeune veau, le séparent de sa mère, le placent dans une cage fermée, lui donnent nourriture, eau et vaccins contre les maladies puis quand, la femelle est assez grande, lui inséminent du sperme de taureau ? Objectivement, le veau n’a plus besoin du lien maternel ni de camarades de jeu pour survivre et se reproduire. Subjectivement, cependant, le veau éprouve toujours un besoin très fort de s’attacher à sa mère et de jouer avec d’autres veaux. Si ces besoins ne sont pas satisfaits, il souffre terriblement. Telle est la leçon de base de la psychologie de l’évolution : un besoin qui s’est formé à l’état sauvage continue d’être ressenti subjectivement même s’il n’est plus vraiment nécessaire à la survie et à la reproduction dans les fermes industrielles. La tragédie de l’agriculture industrielle est qu’elle prend grand soin des besoins objectifs des animaux tout en négligeant leurs besoins subjectifs.
Le bien-fondé de cette théorie est connu depuis les années 1950, quand le psychologue américain Harry Harlow étudia le développement des singes. Il sépara des bébés singes de leurs mères quelques heures après la naissance. Les singes furent ensuite isolés dans des cages puis confiés à des mères de substitution : deux dans chaque cage. L’une était faite de fils métalliques et équipée d’une bouteille de lait à laquelle le bébé singe pouvait téter. L’autre, de bois, était habillée de tissus qui lui donnaient l’apparence d’une vraie maman singe sans qu’elle n’ait rien de concret à offrir au petit. On supposait que les petits s’accrocheraient à la mère nourricière métallique plutôt qu’à la mère de chiffons stérile.
À la grande surprise de Harlow, les bébés singes montrèrent une nette préférence pour la seconde, passant le plus clair de leur temps auprès d’elle. Lorsqu’il plaçait les deux mères à proximité, les petits s’accrochaient aux chiffons tout en tétant la mère métallique. Soupçonnant que c’était une question de froid, Harlow plaça une ampoule électrique dans la mère faite de fils de fer, désormais rayonnante de chaleur. Hormis les plus petits, la plupart des singes continuèrent de préférer la mère de chiffons.

Un des singes orphelins de Harlow s’accroche à sa mère de chiffons tout en tétant le lait de sa mère métallique
Les recherches ultérieures ont montré que les singes orphelins de Harlow souffraient adultes de troubles émotionnels alors même qu’ils n’avaient pas manqué de nourriture. Jamais ils ne s’intégrèrent dans une société de singes. Ils eurent des difficultés à communiquer avec leurs congénères tout en souffrant de forts niveaux d’angoisse et d’agressivité. La conclusion était incontournable : les singes doivent avoir des besoins et des désirs psychologiques qui vont au-delà des nécessités matérielles ; s’ils ne sont pas comblés, ils souffriront terriblement. Les petits singes de Harlow préféraient passer leur temps entre les mains de la mère de chiffons parce qu’ils avaient besoin d’un lien émotionnel et pas seulement de lait. Dans les décennies suivantes, de nombreuses études ont montré que cette conclusion ne vaut pas seulement pour les singes, mais aussi pour d’autres mammifères et pour les oiseaux. À l’heure actuelle, des millions d’animaux sont soumis aux mêmes conditions que les singes de Harlow, avec la routine des fermiers qui enlèvent les veaux, les chevreaux et les autres petits à leurs mères pour les élever séparément.

Sapiens : Une brève histoire de l'humanité par Harari

 

Le rabot et le robot

 

Les 70 robots du nouvel hôpital de Montréal effectueront pas moins de 3500 transports chaque jour.

«C’est terminé l’époque où le personnel soignant transportait de lourds chariots», affirme Jacques Morency, directeur associé du projet de construction du Centre hospitalier de l’Université de Montréal (CHUM).

Ce dernier assure que cette technologie fera gagner du temps au personnel et, par conséquent, profitera aux patients.  ( Une autoroute de robots au CHUM- Centre Hospitalier  Universitaire de Montréal).

***

Le coût réel de cette  mégalomanie n’est pas connu. Peut-être 3,5 milliards de dollars canadiens. Et encore, il n’est pas terminé. Tout ça en raclant les petites gens payés au salaire misérable et quelques fonctionnaires et autres portraitistes cravatés et emballés par leur  « conception » du  progrès. Ils pensent que le couteau électrique, c’est le summum de l’intelligence humaine. « Coupons les postes ». À la main, c’est trop dur…

Selon les Américains –  ce peuple uni  divisé en 50 –  on ira un jour sur Mars. Nous ignorons pourquoi, puisqu’il n’y a pas de travailleurs à exploiter. Et ça, avec un pétard à mèche et quelques ordinateurs.

Ils sont terre-à-terre quand il s’agit de voler des terres, mais bien aérien et infantilisés quand ils spéculent  concernant l’avenir. Aller sur mars?

L’Histoire démontre que tous les dirigeants, sous toutes les formes de pouvoir: dieu, la monarchie, la démocratie,(sic)  et l’actuelle et réelle qui a le pouvoir,  la finance  dont la  musculature de lièvre mondialisée , bat de plein fouet l’escargot politique qui carillonne  son disque rayé de promesses et de discours de langue de boa.

De fait, organiser et maintenir une illusion est possible. Il suffit d’y croire à plusieurs.

En 221 avant notre ère, la dynastie Qin unit la Chine. Peu après, ce fut au tour de Rome d’unir le Bassin méditerranéen. Les impôts levés par les Qin sur leurs 40 millions de sujets financèrent une armée permanente de centaines de milliers de soldats et une bureaucratie complexe forte de plus de 100 000 fonctionnaires. Sapiens, une brève histoire de l’humanité. 

Alors, que veulent ces « gens » en construisant une excentricité semblable, aux allures  dignes des Pyramides de Gizeh pour soi-disant nous soigner après nous avoir rendus malades?  Les robots remplaceront les travailleurs, – une coutume du  21e siècle  – pour  ensuite les accuser d’être responsables  du « dégât » actuel des sociétés. Maintenant, c’est le citoyen qui est responsable.

Le rabot 

L’autre jour, en fouinant dans mon garage, j’ai trouvé un vieux rabot « manuel », acheté il y a  plus de 30 ans. J’ai dû l’utiliser trois ou quatre fois. Mais j’ai compris en l’examinant que les « dirigeants » l’utilisaient à souhait en rabotant les humains, et ce depuis des millénaires. Je l’ai tourné dans tous les sens, ajusté la lame, et je me suis rendu compte qu’il fallait mes bras pour l’utiliser.

Robotiser,  c’est comme couper des bras humains à la guillotine. C’est une image… Car, en fait, on coupe l’âme de millions d’humains en fabriquant un rabot électronique. Plus besoin de bras. Les pauvres ont des cerveaux, des âmes,  ils sont humains. Et tous les humains ont droit aux richesses de cette planète. Il n’y a pas de différence entre un banquier et un mendiant… Sauf, celle-ci: un banquier ne donnera rien à un mendiant, mais un mendiant voyant passer un banquier coulé partagera son pain blanc fabriqué par un robot.

C’est beau et ça fait grandir les yeux la technologie, mais on notera que plus les sociétés sont portées et transportées par le progrès (sic) plus les médecins,  psychiatres, les intervenants pédagogiques, les aidants naturels, bref, tous les rapiéceurs d’âmes, finissent par dépasser le nombre de robots qui finiront par se faire eux-mêmes sans les politiciens.

Racisme acolore et pernicieux 

Dans cette place que prend chaque jour la robotisation, il met au monde un racisme tout nouveau: celui des gens simples, des ouvriers, ceux qui ne comprennent rien au charabia des élites, mais leur font  confiance.  Alors, peut-on parler d’égalité des races et des êtres? C’est là une purge mondialiste,  une extermination pure et simple de ce qu’on nommait autrefois prolétariat:

 Selon Raymond Aron (en 1955), le prolétariat regrouperait « les salariés qui travaillent de leurs mains dans les usines », c’est-à-dire les ouvriers.  Raymond Aron

Aussi bien écrire tout de suite: Arbeitslosigkeit macht frei. ( Le chômage rend libre, traduction google), car c’était le but, il y a un demi-siècle, de délivrer l’homme du dur labeur. Mais on le remplacerait par quoi ce dur labeur?

Le silence des bourreaux 

Personne ne semble vraiment savoir où l’on va. On dirait une race de moustiques virevoltant autour d’une ampoule de 40 Watts dans une canicule de fin juin.    Ne demandez pas en personne de parler d’avenir, car parler d’avenir est parler des nouvelles techniques et non pas d’un homme libre ou plus riche.   Ce que  nous voyons, c’est un humain raboté, varlopé, qui disparaît sous les dentelures de  l’intelligentsia fiévreuse,  parfumée d’un élitisme qui finit par empester.

Les robots dénués d’empathie mènent et forgent le monde avec un outil binaire. Va savoir qui est le un et le zéro!  Mais il reste une hiérarchie transformée et applaudie. Oui, les imprimantes 3D peuvent vous bâtir une maison en quelques jours, mais le but d’avoir un toit est d’avoir échappé aux grottes et de savoir ce qu’est une qualité de vie.

Rêvasser en cœur

On peut rêver qu’un jour quelqu’un créera un programme capable d’identifier tous les destructeurs de vie et qu’une imprimante 3D leur créera une prison en un jour. Et pourquoi pas une bonne petite salle de visionnement avec toutes les phrases de leurs discours en boucle.

La goûte d’eau sonore… Un supplice importé de Chine, mais retaillé à la mode occidentale, baptisé ( c’est suffisamment liquide pour un tel qualificatif) de discours.

Gaëtan Pelletier

http://www.journaldemontreal.com/2015/06/23/la-triste–couteuse-saga-des-super-hopitaux

http://www.lapresse.ca/actualites/sante/201106/13/01-4408901-les-couts-du-chum-enfin-connus.php

Sapiens: une brève histoire de l’humanité ,  Yuval Noah Harari , Albin Michel, 2015

 

L’humain, une édition limitée

Tout le drame du monde se joue sur le jugement et l’incompréhension. Nous n’avons pas à « comprendre » les autres, mais à garder l’esprit ouvert pour apprendre ce que les autres ont ce que nous n’avons pas.  La réelle compréhension n’est qu’une constatation et une attente…

Chaque petit geste de la vie risque de n’être que la même chose que le massacre des autochtones du Canada qu’on a forcé à se transformer en « bons citoyens », selon les critères, les croyances fixes d’une société dite évoluée.

Les rapports humains sont difficiles puisque la  » majorité » du reste du monde, des gens, n’entrent pas par notre mince ouverture d’esprit. On nous l’a simplement étriqué, et, surtout rendue seulement « sociale ». Limé notre grandeur jusqu’à la servitude et rapetissée jusqu’à l’avoir sans être. C’est bête mais d’une infinie puissance.

Qu’est-ce donc que ce cher mot « aimer », si ce n’est simplement que de respecter? La tâche d’être différent à travers un monde de pareils n’est pas aisée. Mais on peut l’être sans « briser les autres ».  Car en brisant ceux-ci, nous nous brisons.

Être ignorant c’est connaître énormément de choses, de concepts, bref, toutes ces perles intellectuelles à la Houellebecq – petit dieu des intellects universitaires – mais être soi-disant intelligent, c’est mettre le feu à sa curiosité et à la Vie.

 

Gaëtan Pelletier