Archives de Tag: Philosophie

L’art de la délogique

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Le 21 ième siècle est l’art de la délogique et du mensonge: On vous dira que c’est l’Océan ( les banques et les énormes entreprises) qui nourrissent les rivières ( les travailleurs, les citoyens, les « petits »).  Comme si les rivières et les fleuves avalaient l’eau des lacs. Que les océans remontaient vers les fleuves. Et que l’argent, finalement, façonne les humains…

Gaëtan Pelletier, Entrepreneur en reconstruction de la réalité

Le balai devant sa porte

 

 

L’humilité est la voie d’accès la plus rapide et efficace vers la sagesse.

Elle n’est pas naturelle chez l’homme, qui est un dieu, il doit faire un effort pour atteindre l’humilité.

Je crois que la dégénérescence de la civilisation est le fait d’un manque d’humilité individuel qui a connu un succès social inconséquent, que tout le monde a voulu imiter. Il s’agit de celui des maitres de maison dont les servantes servaient à dissimuler les crasses. En vérité, les personnes de ménage connaissent mieux que quiconque les secrets de l’univers. En nettoyant les crasses des autres en plus des leurs, ils accèdent à un niveau de spiritualité inégalé. Ils connaissent le cœur des hommes, leurs faiblesses, et leurs et leurs défaillances. On peut tout savoir de quelqu’un en examinant les crasses qu’il laisse. L’homme sage lui ne laisse aucune trace.

Il y a que d’être servi est devenu un signe de richesse inexplicable, que je qualifie d’inconséquent parce qu’il ne prend aucune mesure de l’état dans lequel le monde allait se retrouver quand tout le monde désirerait cela.

Il y a que, dès leur plus tendre éducation les gens acquièrent des mauvaises habitudes et évitent d’expérimenter ce qu’il y a de plus important et élémentaire dans l’univers, qui est la loi de l’équilibre. On ne leur apprend pas dès l’enfance, que quand on fait, on défait, quand on déplace, on replace, quand on salit on nettoie, quand on dérange on s’excuse, que dans chacun de ces binômes l’un autorise l’autre, et ils n’accèdent pas à l’étape suivant de cette réflexion qui consiste à voir qu’en terme général, ce que les uns uns font, les autres doivent le défaire, et réciproquement quand quand on défait ce que d’autres ont fait, on obtient un crédit positif qui peut devenir une réelle richesse.

Que quand on accepte de subir une conséquence qui n’est pas celle de nos propres actes on soigne le monde, et on le prend à sa charge, là où ceux qui génèrent des crasses ne font que s’en décharger, et s’éloigner du monde. Ils se perdent.
DAVY

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Triste réalité

Le mensonge dans lequel nous vivons

L’esprit des plaines sacrées ( Sagesse amérindienne)

Merci à Jacqueline pour l’envoi.

La vie si belle dans un monde devenu si laid

Dans mon dernier article, j’ai décrit notre existence personnelle comme quelque chose qui n’est pas autonome, mais n’existe que par les relations. Qui je suis se reflète dans les yeux de celui qui me regarde. Il y a un élément en rapport à cela dans la perception de la beauté qui mérite d’être noté.

Il y a quelques années, ma femme et moi avons visité le Grand Canyon. Sa beauté est impossible à décrire. Je me sentais constamment frustré avec mon appareil photo – il ne pouvait tout simplement pas prendre une photo qui était suffisamment grande. Et la grandeur du Grand Canyon est un aspect majeur de sa beauté. Aucune image ne peut capturer la sensation dans laquelle le bas de vos pieds fait mal (vertige) quand vous regardez ce gouffre si profond. Mais le vertige fait aussi partie de la beauté. En effet, toutes les images que vous verrez du Grand Canyon vont échouer à rendre sa réalité parce qu’elle est inévitablement réduite (à l’exception d’une salle de cinéma). Sa beauté est portée par sa taille, par sa couleur, par le ciel, par votre position. La beauté, comme l’individualité, est une relation avec beaucoup de choses.

Quand les architectes conçoivent quelque chose que nous trouvons beau, ils ont fait attention aux proportions et à toutes sortes de choses qui ont un caractère relationnel. C’est ainsi que nous voyons les choses. De manière significative, les mots pour la connaissance portent souvent la signification fondamentale de « voir » (cf. en grec «  oidein »). Parmi les limites de la langue, il y a l’exigence que l’on ne parle que d’une chose à la fois, ce qui contraint la pensée à un modèle linéaire. Nous devons commencer la phrase et attendre sa fin. Très souvent, la pensée suit le même schéma.

Il n’y a pas moyen de faire avec le langage ce qu’un seul regard accomplit. Même un millier de mots ne peut égaler une image. La langue n’est pas sans usage. Elle peut désigner et suggérer. La théologie a souvent recours au paradoxe et à la contradiction pour montrer au-delà des mots une réalité plus large. C’est le vrai sens de la «  théologie apophatique ». Les mots ne peuvent pas exprimer suffisamment ce que nous pourrions savoir autrement. Dans l’enseignement de l’Église, nous parlons de ce que nous savons, tout en reconnaissant que notre discours ne peut que désigner. Nous ne pouvons pas toujours dire ce que nous voyons.

C’est aussi une fonction des icônes. Les Pères du  7 e Concile ont écrit : « Les icônes sont à la couleur ce que l’Écriture est à la parole. » Mais, en fait, elles sont plus que cela. Nous pouvons toujours voir plus que ce que nous pouvons en dire. Les icônes sont une exposition éloquente de la foi pour ceux qui savent comment les voir. Il est approprié que le 7e Concile soit décrit comme le résumé de tout ce qui s’est passé avant. Il défendait la fabrication et la vénération des icônes, dans ce qui est l’expression la plus durable de l’enseignement apophatique. Les orthodoxes disent à juste titre : « Venez voir ! ».

Le monde moderne est inondé d’images. Curieusement, les images n’élargissent pas notre compréhension mais tendent à la diminuer. Nous avons pris l’habitude de voir des clips soigneusement sélectionnés comme des représentations de la réalité, souvent aussi finement affinées et biaisées que la rhétorique qui passe pour un discours moderne. Les icônes, dans le style byzantin, utilisent souvent la perspective inversée. L’effet est de regarder dans un monde qui est en expansion (au lieu de le rétrécir dans le lointain). C’est une présentation qui dit toujours qu’il y a plus que ce qu’on voit. Elle admet honnêtement la nature limitée de sa représentation. Les débats font rage aujourd’hui sur les « faux » médias, comme s’il y avait un « vrai » média. Nous vivons de plus en plus dans l’ aphorisme de Kafka : « Les mensonges sont devenus l’ordre du monde ».

Il n’est pas surprenant que, dans un ordre mondial fondé sur le mensonge, la manipulation et la régulation du langage deviennent importantes. De nombreuses institutions publiques abandonnent le langage du genre (par exemple), refusant d’étiqueter un enfant comme un garçon ou une fille. L’idéologie (la fluidité du genre est un concept, pas une chose) est faite pour triompher de la réalité. Ce que nous pouvons voir comme une évidence, ne peut pas être évidemment nommé.

La modernité est fondamentalement violente, tout comme ses nombreuses philosophies. La « construction d’un monde meilleur » est un projet de violence. Lorsque ce qui est affirmé n’est pas manifestement vrai, alors son affirmation ne peut réussir que par la force. Lorsque la langue est réglementée par la loi, c’est seulement pour faire respecter le mensonge. Le diable est nommé à la fois « père du mensonge » et « meurtrier dès le commencement ». Le meurtre est un effort pour créer un mensonge au sein de la vérité. La véritable existence de quelqu’un est faite pour paraître comme si elle n’existait pas. Mais sa destruction est un mensonge. De même, tout mensonge est un acte de meurtre, un effort pour établir ce qui n’a pas d’existence à la place de ce qui en a une. Dans un monde où la pression pour réglementer la langue est de plus en plus forte, la violence est inévitable, qu’elle soit manifeste ou cachée.

Le croyant vit ainsi dans un monde violent, entouré de fausses images et d’un faux langage. Dans un tel contexte, il est important de voir le monde et de dire la vérité. Alexandre Soljenitsyne a écrit vers la fin de l’Union soviétique. Vivant sous un régime corrompu jusqu’à la moelle, il a courageusement exhorté les autres à suivre son exemple. C’était simple :

« C’est dangereux. Mais refusons de dire ce que nous ne pensons pas. »

C’est tiré de son essai  Vivre sans les mensonges. Il vaut la peine d’être lu dans son intégralité. Les merveilles de l’économie de marché masquent la maladie spirituelle qui en sous-tend l’ensemble. Un paragraphe de son essai me semble étrangement familier :

« Il fut un temps où nous n’osions même pas chuchoter. Aujourd’hui, nous écrivons et lisons des écrits clandestins [samizdat], et parfois, lorsque nous nous réunissons dans le fumoir de l’Institut des sciences, nous nous plaignons franchement les uns aux autres : Quel genre de manipulations nous jouent-ils, et vers où nous entraînent-ils ? Se vanter gratuitement des réalisations cosmiques alors qu’il y a de la pauvreté et de la destruction à la maison. Soutenir des régimes éloignés de la population et non civilisés, attisant la guerre civile. Et nous avons imprudemment encouragé Mao Tse-toung à nos dépens – nous serons envoyés à la guerre contre lui, et nous devrons y aller. »

Le système soviétique s’est effondré parce qu’il était construit sur des mensonges. Ce qui n’existe pas (le mensonge) est une mauvaise base pour une construction sérieuse.

Les êtres humains sont créés pour une véritable existence personnelle. Cette existence est une relation avec tout ce qui nous entoure. Mais nous commençons à nous diriger vers la non-existence lorsque nous entretenons des relations avec le mensonge. Seul le Christ est la véritable image du Père. Le monde n’est considéré à juste titre que lorsqu’il révèle la vérité de son existence créée.

Voyez la vérité. Dites la vérité. Soyez la vérité.

C’est la beauté du monde.

 Fr. Stephen Freeman

Le P. Stephen est prêtre de l’Église orthodoxe d’Amérique, il est recteur de l’ Église orthodoxe Sainte-Anne à Oak Ridge, Tennessee. Il est également l’auteur de la série de podcasts  Everywhere Present et  The Glory to God.

Source

Le blogue opératoire des vieux du Bas-Du-Fleuve

Sur le bord du quai, les vieux se rejoignent chaque jour pour parler de la pluie, du beau temps, du bon temps, et des élections… Peu importe, ils se rencontrent et y passent l’après-midi, une dizaine assis à une table. L’un d’entre eux arrive en fauteuil roulant, aidé par sa femme, et pendant des heures ils refont le monde qui se défait.
C’est par ici que sont entrés les français qui ont découvert ce coin de pays. Le Fleuve n’a pas changé, ni même cette souche de personnes âgés « aux accents de Provence » comme disait Yves Duteuil.
Ce qui a changé, c’est le monde qu’ils voient s’écrouler sous leurs yeux. C’est devenu trop complexe pour eux. Ils n’ont pas de téléphone intelligent. Ils sont obligés de se déplacer et ça parle fort, très fort. Leur petit univers craque, fendille, ou gonfle. La vie est passée trop vite et les choses auxquelles ils tenaient temps disparaissent dans un monde de globalisation agité, par les médias trop nombreux, car même la télévision crache 24 heures par jour ses « nouvelles » et bizarreries du bout d’un autre monde qu’ils n’auraient pu imaginer. Germain bâtissait des maison… Il ne comprend pas que l’on puisse s’éventrer par une bombe pour une cause.  Alors, il se fâche, tape sur la table. Et c’est ainsi pendant des heures sur tous les sujets: l’hôpital, la maladie, la vie, le temps passé, la tranquillité. La paix, surtout, la paix. Car au village on peut voir le nom des soldats qui sont allés défendre la France lors de la guerre 39-45. Ils ont cru qu’il n’y en aurait plus. Ils ont cru… Aujourd’hui, ils sont déçus.
Travailler dans les champs était une tâche énorme car ils devaient se lever tôt. Mais leurs enfants et leurs petits enfants sont loin, Montréal, Toronto, Vancouver, des milliers de kilomètres dans ce grand Canada. Terminée la vie de village, la vie dans laquelle les gens s’aimaient et se haïssaient dans un tout petit espace. Mais on gardait contact. C’était une nécessité de survie.
Ils sont encore là. Ils ne se séparent plus, toujours aussi tenaces dans leurs querelles. Mais au fond, ils s’aiment bien, même si Alphonse est agaçant avec ses réussites.
Ce ne sont plus que des vieux qui attendent. Le quai, c’est leur blogue. Ils n’ont pas d’ordinateurs, claviers, ou souris. Mais ils ont quelque chose: l’air salin du Fleuve, leur histoire de quelques centaines d’années et des phrases en apparence banales. « Comment va Marie? ». « Ah! Robert est mort hier. Il s’est laissé aller… »
C’est ainsi qu’ils voient leur fin de vie… Se laisser aller. Comme si en s’agrippant on pouvait tenir encore plus longtemps sur le quai.
Ils savent bien qu’un jour le bateau viendra. Mais il les prend un par un…
Par surprise…  Et le quai, un jour, sera sans doute moins habité.

Gaëtan Pelletier