Archives mensuelles : avril 2013

Sergej Alexander Dott

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L’indigence programmée de la foi

La spiritualité et les religions sont antinomiques. Elles s’exclues mutuellement. La spiritualité est l’expérience instantanée individuelle directe avec la source commune première  alors que les religions visent à lier et maintenir socialement les êtres humains entre eux par l’intermédiaire de dogmes et de rituels révélés.

Les croyances dérivées des religions dites du Livre à savoir le judaïsme, le christianisme et l’islam ont institué l’impuissance de leurs fidèles en plaçant la source de tout pouvoir à l’extérieur de l’humanité. Il s’agit d’un Dieu extraterrestre paternel autoritaire, dictant table de la loi et règlements plus ou moins ineptes auxquels ses adeptes soumis sont contraints. Freud appelait ça une projection anthropomorphique d’idées humaines sur l’inconnu.


L’abandon de souveraineté, qu’implique la croyance en une autorité extérieure omnipotente supérieure, prive à jamais le fidèle de toute possibilité d’unification et de l’épanouissement légitime de sa complétude, ici et maintenant. Qui qu’il soit et quoi qu’il fasse, l’homme ne saurait connaître Dieu ! Seule les prières et les supplications sans fin peuvent attirer Ses bonnes grâces. Elles sont autant de déclaration d’impuissance réitérées plusieurs fois par jours par le fidèle. Un tel concept de soumission, lorsqu’il est institué et universalisé, est une fabrique mentale automatique de moutons blancs ou de moutons noirs. Les moutons blancs soumis espèrent que leur servilité sera récompensée dans un avenir improbable et les moutons noirs rebelles se battent contre des moulins à vents qu’ils s’imaginent être la source extérieure de tous leurs maux.

Ce concept de divinité séparée omnipotente et de créature soumise institue  la dualité comme référent. La blessure, la faille ouverte entre l’homme et son créateur par le sécateur de cette croyance prive l’adepte de toute possibilité d’unification. Cette dichotomie  névrotique fût scarifiée dans la chaire et le mental  humain depuis la nuit de nos temps afin de forger la colonne vertébrale de tous les systèmes de contrôle pyramidaux de pouvoir. La violence et la peur sont leurs bras armés. La caste des prêtres, pope, pape, imams  et autres patriarches d’une part, celle des politiques d’autre part et celle des banquiers enfin forment le trépied instrumental qui assoit la domination des « puissants ». La fonction des religions est uniquement d’assumer la part qui lui revient dans ce tripalium.

Toute expérience religieuse prend sa source en la peur. Essentiellement la peur de sa propre impermanence que l’on cristallise dans le cycle naissance/reproduction/mort et de façon corollaire, celle de la souffrance qui lui est associée. Se servant de cette peur, la foi religieuse joue le rôle de l’aspirine sur la douleur, elle la masque pour un temps et donne l’illusion de la guérison. La puissance d’une fausse croyance interprétée par la force alchimique du mental/cœur humain est en effet si créatrice que toute les chimères peuvent voir le jour et prendre corps par ses yeux. Le fait de définir religieusement  les limites liées à l’humaine condition, en les  opposant  à la perfection divine inaccessible,  fixe les consciences dans une rigidité stérile, débilitante et paralysante.  Ils ne le savent que trop les malins qui ont gravé dans le marbres les dictats illusoires des tables de leurs lois.

Pourtant, seule l’expérience directe, sans guide et sans analgésique peut délivrer de cette peur. C’est la porte étroite de la claire vision. Pour voir, il n’est pas possible de passer par les yeux des autres fussent ils illuminés ! L’usage de la conscience est sans intermédiaire et sans règlement. L’indépendance d’esprit et son ancrage dans l’attention au moment présent est le seul préambule à une lucidité retrouvée.  L’individu qui s’y tient est alors libre d’être. Cette liberté signe la fin de la domination des plus puissants et des plus rusés sur la masse de leurs congénères. La santé  retrouvée par chaque individu du corps social humain planétaire ouvre l’accès à la conscience commune. Toute expérience spirituelle prend sa source dans l’expérience directe. Tout le reste n’est que manipulation.

A tous ceux qui se réjouissent d’avoir un bon berger, qu’il en soit fait selon leur volonté de moutons. Aux autres qui s’essaient à l’autonomie créatrice, qu’ils se saisissent de leur pouvoir personnel, le revendique, l’exercent et  persévèrent contre vents et marées.

Source – Erik Gruchet , Saint Pierre le dimanche 28 avril 2013.

http://au-bout-de-la-route.blogspot.ca/2013/04/lindigence-programmee-de-la-foi.html

La corbeille d’étoiles

Ce soir, le ciel  a tes yeux  mon amour
Comme un nid de braises, au firmament d’un toujours
Nous irons, nous irons au-delà, au-delà
J’entends nos soupirs qui murmurent nos  pas

Un jour nous irons marcher, une nuit
Et finiront les espaces, un ciel en corbeilles
Des fleurs de lumière, je t’offrirai
D’une main tendue à la tienne nouée

Nous boirons nos absences, nos vides tués
Au lit grand ouvert  d’un chapelet de baisers
Pour toutes les prières aux grains  exaucés
Des parcours des amours immémorés

 
Ce soir, le ciel  a tes yeux mon amour
Des rivières lumineuses , les vœux de nos  jours
Nous fermerons les yeux, pour embraser l’espace
Sur nos lèvres mouillées par une larme qui passe

 
© Gaëtan Pelletier
 


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Système scolaire du 21e siècle

Réaliser ses rêves ?

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Déjà il y a eu la pub qui disait « Réalisez vous rêves », dont on a pu déduire selon toute logique que cet adage était en train de glisser sur le toboggan de la démence du système de l’empire de la Déception. Et maintenant il y a la pub qui fait dire à la petite fille « Il est drôle ce monde ! » et là on sent poindre à l’horizon une attaque de zombies, ou un truc du genre.

Tu vas pas être déçue, de ce monde ! Mais c’est vrai que les enfants ne s’attendent pas à ce que la vie, qui est un miracle, soit conditionnée par les désirs d’une poignée de malades.

Quant à réaliser ses rêves, c’est une expérience qui est au centre du rapport à la réalité, cette réalité qui ne cesse de rétrécir à chaque fois que quelqu’un en parle. Le rapport à la réalité est le fruit de l’éducation, d’où l’importance du sport, où on essaie d’allier l’idée à ce qui est accompli. L’idée se calibre sur le faisable et l’accompli peut le percer, pour atteindre le miraculeux.

Je me souviens quand le premier numéro d’un magazine de musique que j’avais mis en kiosques était sorti, mon ami me dit, éberlué, « tu as accompli ton rêve ! ». Je n’avais pas cette impression parce que les choses étaient allées graduellement et tranquillement, même s’il m’avait fallu au moins 40 centimètres de papiers administratifs pour y arriver. Sur le plan sportif j’avais l’habitude que ce soit plus difficile. Mais finalement chaque jour il nous est donné d’obtenir ce qu’on entrevoyais à peine la veille. Non pas qu’on se disait « un jour il y aura cela », mais disons que la boule à facette de la réalité reflétait un certain enthousiasme de milles manières, même si on n’y a pas trop prêté attention, et qu’un autre jour, on retombe sur l’une de ces facettes, devenue réalité.

J’avais déjà compris l’astuce cosmique, la réalité produite est celle dont les actes passés sont la justification – ça marche à l’envers en fait.
Ainsi la somme d’inconséquence produite par l’ignorance ne cesse-t-elle de générer un monde qui est tout sauf drôle.

L’ignorance est celle qui consiste à confier à des personnes morales qui font des transactions le soin de faire que le monde soit juste et équitable ; ce dont ils se moquent éperdument. Par contre ceux que ça intéressent peuvent toujours essayer de faire des transactions à leur manière pour voir si ça a un effet ; c’est la guerre. Et bien sûr les transactions sont le seul moyen d’action, le seul levier activable ou pas, qui fabrique la réalité de ce monde, le commerce, et son principe préhistorique.

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Dans le même temps on se pose des questions sur la démocratie, et comme d’habitude le questionnement s’interprète de deux manières opposées, ceux qui la critiquent et ceux qui la renient (ils viennent de sortir, ceux-là).

C’est pourtant le même problème que celui du principe du commerce où on confie à qui n’en veut pas le soin de faire advenir la justice, là où ceux qui le désirent ne peuvent que voir le train passer.

Hey, j’ai été piégé par une pub-virus sur internet, j’ai réagi trop vite. Il y avait deux colonnes, 65% et 35%, Oui et Non, une photo de Sarkozy, et une question : « Voulez-vous le voir revenir en politique ? ». J’ai pas réfléchi j’ai cliqué, mais c’était un hameçon.
Ah on en rêve de la démocratie informatique.

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Le rapport à la réalité qui définit antropologiquement cette époque est celui de la schizophrénie, dans la mesure où il s’agit de fabriquer les artifices superficiels d’un semblant de succès aussi théorique que niais, et de s’auto-satisfaire devant cette apparition plantée là par des gens payés pour faire tenir debout la façade en bois peinte d’un monde plus juste.
Surtout dans la pub, qui est très parlante du subconscient de l’époque, où les personnes morales payent cher le luxe d’entendre ses clients dire « Je suis heureux avec ce produit ».

Il n’empêche que ce sont là de beaux doux rêves.
Mais à quoi ça rime d’aller chez un vendeur, de lui donner de la monnaie pour acquérir des objets ? On le félicite, on félicite ce monde, on le complimente, on obtempère ? A quoi ça rime ?
La dimension symbolique et oubliée du principe du commerce est le subconscient de cette époque. C’est ce qui n’est jamais interrogé, qui se trouve au centre de tout, ce sur quoi la gravité n’a aucun effet, et ce qui calibre les schémas comportementaux.

Les rêves que les personnes morales rêvent que les gens fassent, c’est d’acheter leurs produits. Pour eux il n’y a pas de plus grande satisfaction qu’une réserve de clients insatisfaits qui désirent leur acheter des trucs, même s’ils ne le peuvent pas.

Et le commerçant lui croit vivre une vie normale et faire comme tout le monde, en plaçant au centre de son système nerveux le principe qui consiste à retirer des bénéfices en s’intercalant entre un désir et une réalité.

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J’entends plus souvent qu’avant parler de « un Autre système », toujours de manière évasive, et presque sous le manteau, parce que ça relève du système nerveux central du Système, et donc du subconscient, dont la fonction est de fabriquer le conscient. C’est normal que cela soit très difficile d’accès, car il y a un système de protection pour empêcher de rentrer dans le subconscient car cela serait une violation, au sens informatique du terme, le fait d’injecter une donnée dans ce qui sert pourtant à la fabriquer.

Pourtant dans la vie quand les choses se réalisent c’est avec une certaine grâce, d’un vague symbole ça devient progressivement une chose qu’on aurait pu faire depuis longtemps, et un jour par hasard on s’y met et soudain on se souvient que ce ne fut, il y a longtemps, qu’un vague symbole.

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Si on observe les choses de ce drôle de monde de loin, l’enfant qui sommeille est capable de remarquer qu’elles ne sont pas à la place, que ce sont tout simplement les mauvaises personnes au mauvais endroit, et qu’en y remettant de l’ordre tout irait soudainement beaucoup mieux.

Et la question qui se pose, partant de ce constat rêveur et distant et devant surmonter sa mise en pratique, son rouage, son articulation historique, son Comment faire, est « Comment produire ce résultat sans spécifiquement avoir à y penser ? »

Car c’est bien joli d’avoir des méthodes et des techniques, mais il faut un minimum de sagesse philosophique aussi ; le genre de chose qui appartient aux doux rêveurs.
Le rapport du rêve à la réalité est le même que celui du conscient au subconscient, quand on va dans ce sens, il faut percer les défenses du subconscient car c’est une violation, que de lui objecter des choses, alors que lui il les fabrique sans faire exprès, mais à condition de ne pas être troublé, dérangé, incliné vers un de ses 4*4 pôles de soulagement.
C’est même un équilibre fragile et c’est le fruit d’une harmonie qui est longue à mettre en place et rapide à perturber.

Il n’y a que par cette voie qu’un monde nouveau adviendra. Et pour cela il faut au préalable saisir les désirs et les besoins du subconscient du monde, un peu comme quand il s’agit de travailler avec des créatifs, auxquels il faut plus de liberté qu’aux employés de bureau, de façon à ne pas nuire à la qualité de leur travail.
Le monde est exactement comme ça, et tout ce qui est fait « objectivement » constitue pour lui une nuisance, car sa méthode est « naturellement ».

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Voyez par exemple si vous comprenez, cher lecteur, de quoi je parle alors que je ne l’ai pas encore dit : ça ne veut pas dire qu’il ne doit pas y avoir de perturbation, ça ne veut pas dire qu’il faut laisser faire les choses naturellement, ça veut dire ce qu’est un Système.

On n’objective pas un résultat, on se pose des questions profondes, dont on tire des procédés divers qu’ensuite il faut assembler pour que, quand ils sont associes, le résultat désiré soit automatiquement produit.
C’est très économique en ce qui concerne le rapport effort/efficacité.

Réciproquement les désastres divers dont personne n’est responsable, et même si on objective un coupable ça ne mène à rien, sont des résultats qui doivent être considérés comme désirés.

J’ai un exemple drôle, pour le coup : le législateur essaie d’obtenir le résultat selon lequel « on ne peut expulser les gens de chez eux qu’en été ». Et après il se dit « il faut fixer des dates » alors il dit « l’été c’est de avril à octobre ». Ensuite que se passe-t-il ? Les gens se font toujours expulser en octobre, donc au début de l’hiver.
Pourquoi, parce que dans la pratique c’est toujours reporté à l’année suivante si bien que les procédures se bousculent avant la fin de la période, alors qu’au début on a l’impression d’avoir le temps devant soi.
Et donc ils produisent l’inverse de ce qu’ils veulent, et donc on peut dire que ce qu’ils veulent est spécifiquement que les gens soient expulsés en hiver.

La façon de faire se joindre la théorie et de la pratique est directement le fruit de l’expérience, la sagesse, l’intelligence, et c’est ce en quoi le rapport à la réalité est plutôt difficile à acquérir.

Un Système peut s’exprimer par l’idée selon laquelle pour obtenir un résultat, il faut d’abord le démonter, être capable d’obtenir chacune de ses parties, en tirer des processus fonctionnels qu’il faut ensuite assembler. C’est de l’alchimie au sens propre, c’est de la recombinaison.

*

Pour entrer dans ce qui compose les constats inquiétants il faut remonter à leur sens profond. La démocratie, avant tout c’est l’idée d’avoir un contrôle sur le devenir des événements, et (justement) de ne pas les laisser confiés à « la nature ». Il faut bien que l’humain serve à quelque chose, en l’occurrence, veiller à la façon dont ses idées deviennent réalité. Souvent c’est un peu comme avec les génies qui accordent trois voeux, à chaque fois il interprète mal ce qu’on lui demande.

C’est pareil en programmation, alors donc on fouille et ce qu’on trouve c’est notre propre erreur. Ah mais on peut pas tout savoir.

Ce contrôle pourra mieux s’opérer sur une machinerie qui ait des leviers, parce que là il s’agit de freiner la voiture à pédale avec le pieds, et on en arrive à reprocher aux présidents de république le freiner du mauvais pied. Ils peuvent rien faire, les pauvres.

2 – après le contrôle, il y a ce qui exerce le contrôle, c’est à dire ce qui joue. Pour bien faire il faudrait que le contrôle soit exercé par le rapport entre les résultats du système et ses buts, et donc en premier que ces buts soient avoués. Aujourd’hui ils sont seulement publicitaires et fantasmés.

3 – il y a l’idée selon laquelle, ce qu’on veut au fond, c’est pas tant que les gens aient leur mot à dire, qu’ils soient finalement satisfaits. Qu’ils le soient « en majorité » est déjà, en soi, un préhistoricisme. Ils doivent l’être tous. Et ils ont du mal à être satisfaits, ce sont des clients. Et même s’ils arrivaient à quelque chose, ils seraient quand même déçus. Cette satisfaction doit se situer parmi les buts du système, indirectement ; c’est en gros l’idée selon laquelle les gens, quand ils travaillent, vivent, se développent, le font pour le profit de tous et non au détriment des autres.

4 – il y a un concept de réseau très important à noter, qui est une étrange combinaison de protocoles sévères et de particularités folkloriques. Le but étant qu’il fonctionne, la façon dont les éléments sont joints ne peut l’être qu’en respect du fonctionnement des autres.
Centraliser, décentraliser… le système doit être capable de ces ceux opérations où et quand ça lui semble utile, à n’importe quelle échelle.

Déjà avec cette présentation topologique sommaire un vague symbole effleure mon esprit, un monde où les tendances seront signalées par des pictos consensuels indiquant les endroits qui nécessitent une attention particulière. Bah oui j’ai eu cette vision. Ce sont des pictos complexes qui évoquent des situations structurelles. C’est tout un vocabulaire ds systèmes qui doit naître, si on veut obtenir le contrôle de notre destin.

Et chacune de ses situations structurelle, qui sera comme une énigme à résoudre, sera reconnue parce que dans les époques précédentes, on les aura toutes vécues une à une.
Et la situation structurelle-mère, la première de toutes, la base de tous les systèmes, est celle qui aura été vécue et résolue à notre époque : celle du plantage, qui se produit quand on veut objectiver un résultat plutôt que de se donner les moyens qu’il soit le produit d’un fonctionnement normal.

C’est pourtant bien cela qui se qui se passe à chacune des extrémités de tout système, car il est fini en taille et en but, mais c’est quand même inquiétant quand c’est ce qui arrive à son noyau central. Mais bon après les gens s’en rappelleront.

« La nouvelle ruée vers l’Afrique bat son plein »

Tony Busselen

Depuis l’époque coloniale, ceux qui cherchent des matières premières peuvent faire ce qu’ils veulent en Afrique, pratiquement sans entrave. Après la décolonisation, la Banque mondiale et le Fonds monétaire international ont affaibli bon nombre d’États en leur imposant des réformes structurelles. Aujourd’hui, toutefois, certains gouvernements africains tentent de résister.

Tony Busselen. Au temps du colonialisme, l’Afrique était connue comme fournisseur de matières premières. Aujourd’hui, le continent semble surtout débordé par la misère, la guerre, des dictateurs corrompus ou des seigneurs de guerre. Pourtant, Raf Custers a estimé que c’était le moment idéal d’écrire un livre sur les grandes entreprises minières et les matières premières en Afrique.

Raf Custers. Ça a commencé en 2007 avec un rapport de l’UNCTAD (l’agence des Nations unies pour le commerce et le développement, NdlR) révélant l’ampleur croissante des exploitations minières. C’était une rupture car, pendant deux décennies, les prix des matières premières avaient été bas et il y avait eu peu d’investissements. Le bouleversement est surtout venu des pays émergents, le Brésil, la Russie, l’Inde et la Chine, qui avaient de plus en plus besoin de matières premières et se sont entre autres tournés vers l’Afrique. C’est pourquoi on a également parlé d’une nouvelle ruée vers l’Afrique de la part des grandes compagnies minières, tout comme il y a cent ou cent cinquante ans.

Le ministre malien des Finances a lui-même admis que le gouvernement ne savait pas combien d’or les entreprises minières exportaient…

L’Afrique doit-elle donc s’attendre à une seconde vague de colonisation ?

Celle-ci est déjà en route depuis un bout de temps. Elle a commencé dans les années 1980 et 1990, avec les réformes imposées aux pays africains par la Banque mondiale et le Fonds monétaire international. On n’appelait pas encore ça austérité, mais ajustement structurel. Mais ça revient au même : l’État a dû dégraisser et les investisseurs privés ont pu agir en toute liberté. Nous savons depuis que ces réformes ont été un flop. C’est pourquoi on entend de plus en plus souvent, en Afrique, des voix qui réclament une seconde indépendance.

Que signifiaient alors ces réformes, en pratique ?

Raf Custer
Qu’au Mali, par exemple, des entreprises privées allaient exploiter les mines d’or, mais ç’a été carrément du pillage. Des pays comme la Zambie et le Zaïre de l’époque ont été obligés de morceler leurs grandes entreprises minières et de les transformer en dizaines de joint-ventures où les investisseurs privés occidentaux étaient les patrons. Partout, ces contrats étaient très avantageux pour les sociétés minières. Pendant des années, elles ont été exemptées d’impôt et elles ne paient que de faibles royalties (le pourcentage des recettes payé aux autorités par l’exploitant, NdlR). Et elles donnent du travail à relativement peu de monde.

Les pays riches en matières premières restent souvent très pauvres. Les États africains ne sont-ils pas les premiers responsables de cette malédiction des matières premières ?

Un pays comme le Congo est un exemple typique de ce à quoi peut aboutir un ajustement structurel. L’État y est ramené à une espèce de carcasse dotée d’un appareil d’État impuissant. Les grandes entreprises transnationales y jouissent d’une liberté énorme. L’administration n’a rien. Un exemple : dans le bassin du fleuve Congo, on peut construire des centaines de micro-barrages afin de faire de l’électricité. Dans les années 1990, on a établi un inventaire de ces endroits. Mais, à la société nationale d’électricité, ils n’ont toujours qu’un seul exemplaire de cet inventaire. Que peut faire une telle administration face aux entreprises privées ?

Les entreprises font ce qu’elles veulent. Prenons le Mali, où il y a des mines d’or. Le ministre des Finances a lui-même admis que le gouvernement ne savait pas combien d’or les entreprises minières exportaient…

Mais n’innocentez-vous pas les élites locales ?

Au Congo, l’ancien dictateur Mobutu est à la base de la corruption. Il ne faut pas oublier qu’il était un ami des États-Unis, pendant la guerre froide contre l’influence de l’URSS. Au début des années 1980, il a libéralisé de grands pans de l’économie. Il avait donné comme directive littéralement : « Débrouillez-vous. » Le secteur informel s’est fortement développé. Toutes sortes de réseaux y sont actifs, qui s’infiltrent dans ce qu’il reste encore de l’État, dans l’administration, l’armée, etc. L’Occident essaie d’avoir prise là-dessus. Mais plus l’Occident exerce des pressions, plus ces réseaux se replient sur eux-mêmes. Ce qui se passe à la surface est une chose ; ce qui se passe en dessous, c’est tout à fait autre chose. Je compare ça à une partie d’échecs, mais avec un échiquier à six côtés et quatre étages. Toute une série de joueurs visibles et invisibles déplacent leurs pièces en même temps.

Au Congo, certains acteurs privés sont devenus immensément riches, alors que le peuple vit dans la misère. Les choses ont-elles fondamentalement changé depuis l’époque Mobutu ?

Mobutu a été chassé par une insurrection populaire, mais le système n’a pas disparu tout d’un coup. En outre, une guerre a ensuite éclaté. Le Congo a vécu près de dix ans en guerre, avec des rébellions attisées de l’extérieur. Comment avoir emprise sur un tel chaos ? Comment s’en prendre aux réseaux corrompus ? Le président précédent, Laurent-Désiré Kabila, a essayé de le faire à la fin des années 1990. Les États-Unis étaient alors au sommet de leur puissance. Les mobutistes n’ont jamais entièrement disparu et Kabila a été assassiné. Joseph Kabila a succédé à son père. Il parvient à rester debout dans ce panier à crabes, où ont survécu en partie, forcément, les mêmes pratiques.

Mais, sous sa direction, le Congo progresse. Il se heurte au pouvoir des grandes entreprises minières, il a fait modifier les contrats miniers, il essaie d’agir en souveraineté face à la tutelle de l’Occident. Cela donne des résultats. Le Congo produit aujourd’hui trente fois plus de cuivre qu’il y a dix ans. Et l’État en tire davantage des revenus. Le dernier rapport de l’EITI, l’initiative destinée à rendre visible les flux d’argent entre les sociétés minières et l’État, en dit long à ce propos. En 2010, l’État a perçu 875 millions de dollars des entreprises, soit deux fois plus qu’en 2007. Et ce, du fait que la perception fonctionne mieux et qu’il y a moins de fuites d’argent du système. Cela reste une tâche difficile et de longue haleine. Les joueurs d’échecs invisibles continuent à saboter tout progrès, mais il y a moins de joueurs autour de l’échiquier qu’il y a dix ans. Je vois la situation progresser, et je ne suis pas le seul.

Grondstoffenjagers (Les chasseurs de matières premières), Raf Custers, Ed. EPO, 2013, 264 p., (en néerlandais)

tlaxcala-int.org

De l’accouchement d’une montagne

Il courut autrefois un bruit, qu’une Montagne devait enfanter. En effet elle poussait des cris épouvantables, qui semblaient menacer le monde de quelque grand prodige. Tout le Peuple étonné de ce bruit, se rendit en foule au pied de la Montagne, pour voir à quoi aboutirait tout ce fracas. On se préparait déjà à voir sortir un Monstre horrible des entrailles de la Montagne ; mais après avoir longtemps attendu avec une grande impatience, on vit enfin sortir un Rat de son sein. Ce spectacle excita la risée de tous les assistants.

 Barack Obama a aussi salué la persévérance et travail de George W. Bush. Il a ajouté que si le Congrès adoptait la réforme sur l’immigration, ce serait en grande partie grâce au travail acharné de George W. Bush. http://www.radio-canada.ca/nouvelles/International/2013/04/25/002-george-w-bush-a-laise-envahir-irak.shtml