Archives quotidiennes : 3-avril-2013

L’invasion silencieuse de l’Afrique et les mensonges de Hollywood.

John PILGER

Une invasion à grande échelle est en train de se dérouler en Afrique. Les Etats-Unis sont en train de déployer des troupes dans 35 pays africains, en commençant par la Libye, le Soudan, l’Algérie et le Niger. Signalée par l’agence de presse Associated Press le jour de Noël, cette information était absente de la plupart des médias anglo-américains.

L’invasion n’a pratiquement rien à voir avec « l’Islamisme », et presque tout à voir avec la mainmise sur les ressources, notamment les minerais, et une rivalité croissante avec la Chine. Contrairement à la Chine, les Etats-Unis et leurs alliés sont prêts à employer la violence, comme démontré en Irak, Afghanistan, Pakistan, Yémen et Palestine. Comme lors de la Guerre Froide, une certaine division du travail stipule que c’est au journalisme occidental et à la culture populaire de fournir une justification à la guerre sainte contre « l’arc de menace » islamiste, semblable en tous points à la soi-disant « menace rouge » d’une conspiration communiste mondiale.

A l’instar de la Ruée vers l’Afrique à fin du 19eme siècle, l’African Command (Africom) des Etats-Unis a créé un réseau de partenaires parmi les régimes africains compréhensifs et avides de pots-de-vin et d’armes américains. L’année dernière, Africom a organisé l’opération African Endeavor, commandée par l’armée US, avec la participation des forces armées de 34 pays africains. La doctrine « de soldat à soldat » d’Africom consiste à placer des officiers US à tous les échelons de commandement, du général au sous-officier. Il ne manque plus que les casques coloniaux.

C’est comme si le fier passé historique de libération de l’Afrique, de Patrice Lumumba à Nelson Mandela, était condamné à l’oubli par une nouvelle élite coloniale noire dont la « mission historique », avait averti Franz Fanon il y a un demi-siècle, était de servir de courroie de transmission à « un capitalisme acculé au camouflage ».

Un exemple frappant est celui du Congo occidental, une région stratégique en minerais, contrôlé par un groupe atroce connu sous le nom de M23 et qui est lui-même contrôlé par l’Ouganda et le Rwanda, tous deux à la solde de Washington.

Planifié depuis longtemps comme une « mission » pour l’OTAN, sans parler des zélés Français dont les causes perdues coloniales sont restées à travers de la gorge, la guerre en Afrique est devenue urgente en 2011 lorsque le monde arabe semblait se libérer des Moubaraks et autres serviteurs de Washington et de l’Europe. L’hystérie provoquée dans les capitales impériales ne doit pas être sous-estimée. Des bombardiers de l’OTAN furent expédiés non pas à Tunis ou au Caire mais en Libye, où Kadhafi régnait sur les plus grandes réserves de pétrole en Afrique. Une fois la ville de Sirte réduite en poussière, les commandos d’élite britanniques ont dirigé les milices « rebelles » dans une opération qui depuis a été révélée et qualifiée de « bain de sang raciste ».

Le peuple indigène du Sahara, les Touaregs, dont les combattants berbères étaient protégés par Kadhafi, se sont enfuis à travers l’Algérie vers le Mali, où les Touaregs réclament depuis les années 60 un état indépendant. Comme l’a fait remarquer Patrick Cockburn, toujours attentif, c’est ce contentieux local, et pas al-Qaeda, que l’Occident craint le plus dans cette région de l’Afrique… « bien que pauvres, les Touaregs sont souvent assis sur d’immenses réserves de pétrole, de gaz, d’uranium et d’autres minerais précieux ».

Comme conséquence de l’attaque France/US contre le Mali le 13 janvier, une attaque contre un site gazier en Algérie s’est terminée dans un bain de sang, provoquant chez (le premier ministre britannique) David Cameron des réactions aux relents de 11 Septembre. L’ancien chargé des relations publiques de la chaîne de télévision Carlton s’est emporté sur une « menace globale » qui requiert « des décennies » de violences occidentales – c’est-à-dire la mise en place du modèle économique prévu par l’Occident pour l’Afrique, ainsi que le viol d’une Syrie multi-ethnique et la conquête d’un Iran indépendant.

Cameron a envoyé des troupes britanniques au Mali, et un drone, tandis que son chef des armées, l’expansif Général Sir David Richards, adressait « un message très clair aux djihadistes du monde entier : ne venez pas nous chercher des noises. Nous riposterons avec vigueur. » – exactement ce que les djihadistes avaient envie d’entendre. La trainée sanglante laissée par les victimes (toutes musulmanes) du terrorisme de l’armée britannique, et les affaires de torture « institutionnalisée » qui sont portées devant les tribunaux, apportent la touche d’ironie qui manquait aux propos du général. J’ai eu un jour à subir la « vigueur » de Sir David lorsque je lui ai demandé s’il avait lu la description faite par la courageuse féministe afghane Malalaï Joya du comportement barbare dans son pays des occidentaux et leurs alliés. « Vous êtes un défenseur des Taliban » fut sa réponse. (Il s’en excusa plus tard)

Ces sordides personnages sortent tout droit d’un roman d’Evelyn Waugh et nous font ressentir tout le souffle de l’histoire et l’hypocrisie. Le « terrorisme islamique » qui est leur excuse pour perpétuer le vol des richesses africaines est une de leurs propres inventions. Il n’y a plus aucune excuse pour avaler les histoires débitées par BBC/CNN et ne pas connaître la vérité. Lisez le livre de Mark Curtis, Secret Affairs : Britain’s Collusion with Radical Islam (Serpent’s Tail) [affaires secrètes : la collusion de la Grande-Bretagne avec l’islam radical – NdT] ou celui de John Cooley Unholy Wars : Afghanistan, America and International Terrorism (Pluto Press) [guerres impies : afghanistan, amérique et le terrorisme international – NdT] ou The Grand Chessboard [en français « le grand échiquier », chez hachette – NdT] par Zbigniew Brzezinski (HarperCollins) qui joua le rôle de sage-femme dans la naissance du terrorisme fondamentaliste moderne. En effet, les moudjahidin d’Al-Qaeda et des Talibans ont été créés par la CIA, son équivalent Pakistanais l’ISI, et le MI6 britannique.

Brzezinski, qui fut le Conseiller à la Sécurité Nationale du Président Jimmy Carter, décrit une directive présidentielle secrète de 1979 qui devint le point de départ de ce qui est aujourd’hui présenté comme une « guerre contre le terrorisme ». Pendant 17 ans, les Etats-Unis ont délibérément formé, financé, armé et lavé le cerveau de djihadistes qui « entrainèrent toute une génération dans la violence ». Le nom de code de l’opération était Operation Cyclone, et faisait partie du « grand jeu » destiné à faire tomber l’Union Soviétique mais qui a fait tomber les tours jumelles.

Depuis, l’information que des gens intelligents et éduqués ingurgitent et régurgitent est devenue une sorte de journalisme de parc d’attraction, épaulée comme jamais par Hollywood et son permis de mentir, et de mentir encore. Il y a le film en préparation sur Wikileaks de Dreamworks, un tissu de mensonges inspiré par le livre perfide de deux journalistes du Guardian devenus riches ; et il y a le film Zero Dark Thirty, qui promeut la torture et l’assassinat, dirigé par l’Oscarisée Kathryn Bigelow, la Leni Riefenstahl des temps modernes, qui diffuse la voix de son maître comme le faisait jadis le metteur en scène chéri du Führer. Tel est le miroir sans tain qui donne à peine un aperçu de tout ce que le pouvoir commet en notre nom.

John Pilger

johnpilger.com

traduction « à découvert » par VD pour le Grand Soir avec probablement toutes les fautes et coquilles habituelles

legrandsoir.info

Aretha Franklin – I say a little prayer (

Il faut sauver le rat Ryan

FUKUSHIMA-RAT

Le rat de Fukushima est mort… Il a servi de fusible.

Le rat de Fukushima

Voici un spécimen du nouvel ennemi de l’industrie nucléaire : le rat. Celui-ci s’est fait griller à Fukushima Daiichi et a provoqué un black-out électrique sur le site atomique. En plus de servir de fusibles, les rats, gravement contaminés, sont devenus malgré eux des « déchets nucléaires » mobiles : 15 µSv/h rapportés pour un spécimen qui avait été piégé l’an dernier.

Un déchet nucléaire …mobile. Nous sommes tous mobiles dans notre immobilité à endurer ce monde. Un commentaire d’un lecteur me disait qu’il fallait abolir la pollution de l’esprit…

Je veux bien. Mais la racaille au pouvoir, – puisque nous n’avons plus rien, ou presque, de livré par la nature qui nous a été volée-, s’empresse de tout voler, il ne reste que l’esclavagisme « savant », l’emploi, ce trepalium  où nous sommes pour la plupart crucifiés. Pour le rendement… Le rendement n’a jamais amélioré la vie de personne. Il a amélioré le coffre des compagnies qui s’empressent d’investir dans le rendement.

Nous sommes tous devenus des rats mobiles. Infectés par les croyances néfastes, nébuleuses, givrés par des pubs d’élus.

« J’entends » Orwell nous faire une grimace…

Journée de l’autisme…

On se faisait rassurant, aujourd’hui, en disant qu’une étude démontrait qu’il n’y avait aucun lien entre les vaccins et l’autisme. Aux U.S.A, en une décennie, l’autisme a augmenté de 78%. Presse . On dit que c’est dans les gènes.

Quand, au Canada, il y avait – si ma mémoire est bonne, quelque 250,000 amérindiens, et qu’ils bouffaient n’importe quoi sans trop se fier à l’étiquette écrit sur les cerfs, les bisons, les bleuets, une description des gras trans, des bienfaits….  « Dieu » avait omis les étiquettes… Un amérindien autiste?

Dans ce monde du « travail », des compagnies à numéros qui installent des « mobile industries  », nous voilà devenus des rats de labo, des bras mobiles, des machines à coudre le tissu de l’avoir sans pouvoir être. En fait, pour ne pas s’en cacher, nous voilà tous, de France, du Canada, des U.S.A. de l’Allemagne, et j’en passe, des SDF mondialisés.

Rats d’égouts dégoutés.

Infestés de la propagande des États.

Infestés des mensonges des dirigeants.

Infestés des pubs mensongères.

Infestés de la gangrène de la déshumanisation.

Infesté et décarcassé de nos avoirs.

Floués, dépecés, livides…

Le verbe ratfusibler  

Je ratfusible

Tu ratfusibles

Il ratfusible

Etc,

Mais la plus élégante flouerie consiste à payer des gens inventifs et convaincus de nous soigner. Peu importe l’état du rat… Il faut sauver le rat Ryan. Pas pour le sauver, pour montrer que l’on peut sauver quelqu’un à condition d’avoir le pouvoir de créer une pilule à 90$.

Il y a quelques décennies, nous donnions notre argent aux religions pour qu’ils construisent des temples. Maintenant, on construit des hôpitaux. On n’est pas trop gagnants  dans la colonne du débit et du crédit : la religion nous garantissait une vie éternelle. La science, elle, elle rallonge la vie de 10 ans… Vers la fin.

Nous sommes tellement intelligents que nous avons réussi à donner la faim à 4 milliards d’humains sur 7.

Ouah!

Après ça, les mégalomanes accrédités à blouses blanches viendront se plaindre qu’ils n’on pas d’argent pour la recherche.

Et les universités pour le savoir…

Quel savoir?

L’éducation est une machine à moules. L’éducation, c’est de la propagande avec sceaux.

So So sot!

Nous sommes tous de petits soldats de plomb. Des rats Ryan.

Mais le plus dangereux est que nous sommes mobiles.

L’école transmet l’ignorance. Elle enseigne la technique du présent, sans histoire…

En fait, en attendant les robots, elle se sert des rats que nous sommes.

Non, l’argent n’a pas d’odeur.  Un rameur rat mort, oui.

La vie est un sport extrême : nous vivons sous la tutelle de Wall-Street, des compagnies sanguinaires, d’un système de maladies qui se prend pour un système de santé, et de carrières de plus en plus longues, puisqu’il faut travailler plus longtemps, étant donné que ça rapporte aux écoles de former quelqu’un.

Car plus il apprend, moins il devient critique. Un moule bien cuit durera plus longtemps.

Plus il croit, plus il achète de l’ignorance.

Comme du fromage en tranches…

C’est comme Auswitch ,  mais avec un téléphone intelligent de  144 caractères.

Pour ceux qui aiment l’histoire, quand on s’est livré aux massacres des russes d’abord, on a construit Auswitch. Mais quand ceux qui fusillaient étaient un peu « troublés » par leur mission, et qu’il n’y avait pas d’armée de psys à l’époque, un cerveau administratif eut une idée : rassembler les prisonniers est les faire exploser.

Il en résultat que, trop paresseux pour ramasser les morceaux de cadavres qui perchaient dans les arbres, ils les laissèrent là.

C’est ce qu’on fait avec un monde riche maintenant : les pauvres, on les laisse là. Pas parce qu’ils sont pauvres, parce qu’ils sont si pauvre qu’ils n’on rien à donner.

Addendum :

Le rat 9/11

Surprenant que les terroristes du 9/11 aient choisi une tour à bureaux. Pour faire vraiment des dégâts, ils se seraient dirigés vers les centrales nucléaires. Il y en aurait 26 dans le Nord-est des États-Unis.

Je ne suis pas terroriste, mais je pourrais donner la recette pour anéantir tout New-York en un rien de temps.

Ce ne sont pas les « terroristes » qui manquent d’imagination et de savoir, ce sont ceux qui les ont inventés et les ont rendus mobiles.

Le nucléaire, c’est bon pour la santé.

Mais nous sommes assis sur 436 centrales….

Pour dormir, il ne faut pas les compter…

Gaëtan Pelletier

3 avril 2013

Enseignement au collégial – Les nouveaux demi-civilisés

Ian Murchison – Enseignant de français au niveau collégial

Avec Google, Wikipédia et Facebook, le monde et toutes les connaissances sont au bout des doigts de cette «génération Internet» assise malgré elle sur les bancs des salles de classe des cégeps.

Dans Les Demi-Civilisés, publié en 1934 par le journaliste et romancier Jean-Charles Harvey, l’auteur dépeint sans réserve une société captive de la Grande Noirceur où la liberté n’a pas sa place, un monde où le clergé impose des œillères énormes à ses ouailles assujetties, un monde où toute originalité artistique est vite associée à la turpitude.

Dès sa parution, le livre est aussitôt mis au ban par son éminence le cardinal Villeneuve de Québec, qui défend alors aux Canadiens français, conformément au code du droit canonique, «de le publier, de le lire, de le garder, de le vendre, de le traduire ou de le communiquer aux autres». Jean-Charles Harvey connaîtra des difficultés durant quelques années, avant de venir s’installer à Montréal et d’y fonder Le Jour, journal anti-fasciste que Le Devoir aura d’ailleurs souvent l’occasion de détracter, sous la plume acerbe d’un certain Grincheux.

Le roman d’Harvey est aujourd’hui à l’étude d’un cours de littérature d’un collège dans la région de Montréal, s’inscrivant dans l’analyse de la littérature canadienne-française d’avant la Révolution tranquille. Maintenant forcés de lire cette oeuvre marquante, quand il y a 80 ans de cela tout contact avec le livre leur aurait été sauvagement proscrit, les étudiants, pour la vaste majorité, trouvent son style sans goût, superfétatoire et oiseux. Ils trouvent aussi que ses 200 pages s’étendent à l’infini. En somme, ils considèrent en experts que le livre est «plate». Revirement intéressant, n’est-ce pas?

Gonflés à bloc

Après vous être épuisé à essayer de leur montrer le génie de l’oeuvre, en faisant nombre de mises en contexte socio-historiques, en parlant de nos ancêtres, en tentant de les faire rire ou de les provoquer, vous réfléchissez à cette situation insoluble un bon moment, et le jeune enseignant que vous êtes finit par conclure que les élèves appartiennent aussi, d’une certaine façon, à une race de demi-civilisés. Vous vous targuez même de les appeler les nouveaux demi-civilisés.

En effet, les élèves arrivent à votre cours gonflés à bloc, indubitablement sûrs d’eux, emprisonnés dans leur individualisme irascible, indélogeables de leurs médias sociaux et ostentatoirement accrochés à leur image. Ils sont irresponsables, mal convenus et arrogants. Ce qui compte: le boulot, la voiture et les vêtements. L’iPhone. Bien sûr, tout cela ressemble à un ramassis de préjugés, mais vous êtes étonné de constater chaque jour dans votre salle de classe que c’est en fait une grande part de la réalité.

Ne leur parlez pas de littérature, d’histoire ou de politique, ils bailleront d’épuisement et pesteront contre votre cours. N’essayez pas de les raisonner, ils se fâcheront contre vous et vous ne voulez pas ça, non, vous souhaitez à tout prix éviter cette situation. Après tout, ils ont toujours raison, ils sont les meilleurs, les plus intelligents et les plus beaux. Qui êtes-vous pour leur dire le contraire? Vous ne voulez surtout pas les prendre en défaut et vous voir honnir publiquement en devenant la coqueluche du site Rate my Teacher, dans lequel les élèves évaluent sur le Web votre enseignement.

Liberté d’expression et droits fondamentaux

De toute façon, que pourrait-il y avoir à apprendre maintenant qu’il y a Google, Wikipédia et Facebook? Le monde et toutes les connaissances sont au bout de leurs doigts! Pourquoi perdraient-ils des années de leur jeunesse si précieuse à user leurs jeans de 200 $ (achetés sur Beyond the rack) sur les bancs rouillés d’une école à l’éducation passée de mode? Parce qu’ils n’ont pas le choix, vous diront-ils! Leurs méchants parents les forcent à aller au cégep (et c’est au moins ça de gagné).

En entrant dans la salle de cours, ils s’installent contre la fenêtre pour lorgner les voitures qui passent à toute vitesse, car certains malins ont réussi à s’enfuir, entre deux cours inutiles, de la maison de fous, du camp de torture qu’est le cégep. Ils regardent l’heure sur leur téléphone intelligent toutes les 30 secondes et s’envoient des dizaines de messages textes pendant l’heure et quart de souffrance qu’on leur inflige sadiquement. N’essayez pas de les priver de cette sublime évasion, car la direction de l’école et toute la société technophile vous accuseront de brimer leur liberté d’expression, leur droit fondamental d’être un consommateur hyperbranché, stupide et endormi.

Ce qui explique qu’à la question «que connaissez-vous de la Révolution tranquille?», un élève vous réponde: «Est-ce que je peux aller m’acheter un lait au chocolat?» Ce qui explique qu’en voyant un extrait de la Nuit de la poésie 70, au moment où Michèle Lalonde déclame son magistral «Speak White», un bollé lâche un gracieux «’Stie d’folle!» pendant que deux filles trop maquillées s’enfoncent dans un sommeil ruminant à la première rangée. Ce qui explique qu’à la question «Qui a introduit le vers libre en poésie?» l’un d’entre eux rétorque avec ingénuité: «Dany Bédar!» Ce qui explique que tout le monde trouve ça drôle, très drôle, car tout est toujours sujet à cocasserie, sauf, bien sûr, leurs résultats…

Les résultats

Ne touchez pas à leur cote R, à leur salaire d’étudiants. Ils méritent les meilleures notes possible et, en manipulateurs aguerris, ils essaient de vous faire croire qu’ils ont étudié toute la nuit, qu’ils ont consacré des heures aux devoirs prescrits pour la semaine de lecture. Quelle surprise avez-vous quand vous lisez quelques minutes après sur Facebook qu’ils ont passé la semaine à Palm Beach, Varadero ou Cancún à boire des Cuba libre pendant que vous corrigiez leurs textes bourrés de fautes dans la cuisine de votre trois pièces et demie délabré.

Ces élèves font pourtant partie de votre génération, les Y, la «génération Internet». Vous vous dites que tout le concept de génération devrait être soupesé, car vous ne ressentez pas beaucoup d’appartenance à la leur. Vous avez pitié de ces 3 % d’élèves qui ont tout ce qu’il faut pour faire infiniment rougir les autres, cette minorité dont le talent, la motivation et les capacités scolaires sont exceptionnellement élevés. Comment font-ils pour supporter leurs camarades? Comment font-ils pour ne pas déprimer, le soir, en lisant Les Demi-Civilisés et en y reconnaissant leurs collègues de classe?

Et le soir, à la fin d’une journée haletante, vous vous endormez sur cette belle pensée: Twitter a remplacé l’Église, l’iPhone le chapelet, et vous pourriez écrire un livre intitulé Les Nouveaux Demi-Civilisés demain matin. Le plus triste dans tout ça, pensez-vous dans un demi-sommeil, c’est que personne ne le bannirait, ce livre, c’est qu’il tomberait dans les limbes d’une société où l’indifférence profonde combinée à l’individualisme irréfrénable et à la consommation soporifique ont un jour eu raison du rêve que certains visionnaires comme Harvey brandissaient, celui de voir un monde où les gens seraient libres et intelligents.

Par chance, en 2011, il y a l’éducation accessible pour tous, du pain et des livres sur la table pour les moins nantis, mais encore faut-il que les gens veuillent savoir, qu’ils s’intéressent moindrement aux angles morts de leur vie, qu’ils regardent un peu, autour de leur reflet miroitant, ce qu’il se passe.

Vous pensez alors à votre père, ancien enseignant qui a maintenant pris sa retraite, entre autres parce qu’il trouvait que les élèves n’étaient plus les mêmes, parce que quelque chose de fondamental, en une dizaine d’années, avait changé dans leur regard, leur attitude, leur motivation. Vous vous dites que vous ferez bientôt partie du pourcentage de jeunes enseignants qui décident de changer de carrière…

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Ian Murchison – Enseignant de français au niveau collégial