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Le temps c’est de l’argent

 

Du Japon aux États-Unis, ce documentaire captivant montre comment le temps, devenu une marchandise, nous échappe de plus en plus. Il donne la parole à des spécialistes qui expliquent les liens entre histoire du temps, capitalisme et mondialisation, mais aussi à des anonymes qui luttent contre les « voleurs de temps ». Au début du XXe siècle, le monde se synchronise. Alors qu’avant la révolution industrielle chaque ville avait son propre rythme, l’Observatoire de Paris crée le « temps universel » en 1912. Grâce à six antennes qui descendent depuis le troisième étage de la tour Eiffel et se déploient sur toute la longueur du Champ-de-Mars, Paris donne le signal horaire international. Dans les usines, chaque minute est désormais comptée. Un siècle plus tard, aux États-Unis, des ouvriers de l’industrie du poulet se voient refuser le droit d’aller aux toilettes pour éviter toute perte de temps. Au Japon, pays du karoshi – la mort par surmenage –, la pression à « travailler plus » qu’exerce la société a des effets dramatiques : chaque année, plus de 10 000 Japonais succomberaient au burn out. Des initiatives émergent pour lutter contre ce mal du siècle. Alors qu’en France la loi Mathys permet depuis 2014 aux parents d’enfants gravement malades de bénéficier de dons de jours de repos, en Allemagne, une association de consommateurs se bat contre les nouveaux maîtres du temps que sont devenus les réseaux sociaux. Résistances De la mise en place de fuseaux horaires pour éviter les accidents de train au XIXe siècle aux travaux de Frank B. Gilbreth pour augmenter les cadences en usine, cette enquête passionnante, nourrie d’étonnantes archives historiques, raconte la manière dont le temps est devenu une valeur marchande. Aux quatre coins du monde, le documentaire donne la parole à des spécialistes, qui expliquent les liens entre histoire du temps, capitalisme et mondialisation, mais aussi à des anonymes qui luttent contre les « voleurs de temps ». Lillian et Frank Gilbreth  Moins connus que Frederick Taylor – l’inventeur du taylorisme –, le couple d’ingénieurs Lillian et Frank Gilbreth a mis au point dans les années 1920 une méthode révolutionnaire pour améliorer le rendement des ouvriers. Avec une caméra, ils ont enregistré leurs actions, chronométrées par une horloge, comme le montre l’une des étonnantes archives filmées de ce passionnant documentaire. Une fois ces séquences analysées, les pionniers américains des « time and motion studies » – soucieux d’éliminer les gaspillages, les dangers et la pénibilité dans les usines – ont proposé un enchaînement amélioré. Après la guerre, alors que l’efficacité devient le mot d’ordre, les techniques des Gilbreth sont rapidement appliquées dans de nombreux domaines, comme la restauration rapide. Le temps, c’est de l’argent Documentaire de Cosima Dannoritzer (France/Espagne, 2016, 1h25mn)

L’odeur du sportif de la cravate

cerveau sportif

Nous vivons dans un monde dans lequel nous rencontrons souvent « personne »: nous rencontrons des feuilles de papiers, des règlements, ou bien des robots… On traite les différents humains à travers des murs de paperasse. Le sport le plus en vogue passe par  « le concept ». Il faut créer dans sa « tête »… Pas question de faire du terrain. Les « concepteurs » travaillent à établir un nouveau pont, à élaborer des stratégies sur la manière d’aborder un estropié du travail, au lieu d’aller le rencontrer.

Le paperassier est un assis sur son QI, boit de l’eau Nestlé, et ne s’approche de personne, sauf de lui de temps en temps. C’est un barbare rose qui a appris l’art de « s’éloigner de proche  » (sic). Il garde ses distances comme les banques gardent leur argent. Il garde ses biens avec des chiens cravatés.

La Terre est un grand restaurant à saveur du « MOI ». Plus le paperassier « travaille » à gérer le monde de par ses neurones « stéroïdés » aux concepts qui gonflent et qui gonflent, plus il raffermit sa conviction au point d’en être le porte-bât  aux yeux bandés. Il se se voit que de l’intérieur dans son petit miroir trafiqué , caviardant les autres. Il est le texte et les autres les maux…

Pendant ce temps, sur le terrain de la vie, notre esclave suinte pour ces nouveaux dieux échevelés du progrès. Le progrès à détérioration continue. Comme une lente aseptisation de tout ce qui vit au profit de tout ce qui s’encoffre. Au profit de ce qui ne dure pas… Et, pour cette raison, il créera les formules creuses  qui se perpétueront à travers la lignée suivante.

Le paperassier est une sorte de papier humide qui absorbe les concepts et les lois des diktats de l’État. C’est une gaufre perdue dans une boîte de gaufres congelées. À travers ces cristaux de glace, de la culture de la distance, il finit par agrandir la prison de l’esclave au point de le rendre aveugle: il sait reculer tous les murs et accusera l’œil du citoyen d’être affaibli.  Ou de n’être pas suffisamment intelligent pour absorber le génial cryptage du moi-vapeur. Notre abuseur public, employé d’État ou de INC  invisibilus  s’adonne au sport le plus répandu et tout aussi nocif que les produits de Monsanto: le conformisme, cette religion laïque issue de la robotisation humaine.

Pour ce charlatant Aqua-Velva, au menton lustré, l’esclave est responsable de la désintégration du monde, des sociétés, de la disparition du  tigre de Sibérie, des grillons du Québec,  bref, de tout. Il vous enverra tailler les feuilles d’un arbre pour sauver l’arbre. Car, pas question d’abattre la racine dont il fait partie. Si l’arbre meurt, vous serez l’incompétent. Et avec le bassin  de chômeurs apeurés, il trouvera  bien un autre esclave  vidé, prêt à courir le cent maîtres…

Ses émotions restent à la maison. C’est un tendre aux valeurs « familiales »… C’est un animalcule, une larve de société.  Il a l’ambition de LUI, et il sort de sa bouche une sorte de putrescence centenaire, toute malodorante de stagnation. C’est son progrès, pas le nôtre. Un étang ne coule pas…

Il ne coule que de l’encre et l’encre devrait gérer le monde.

 

Gaëtan Pelletier

Avez-vous du plastique dans vos veines?

Résultat de recherche d'images pour "Pollution des villes et automobiles"

Source de l’image: L’âge de faire 

C’est devenu …viral: il faut faire son « petit geste  » pour l’environnement. Voilà  des modes dans une mode: manger vegan, conduire électrique, éliminer les pailles de plastique, etc.

Tout ça pendant que ronronne les grandes machines à enfouir des sommes colossales …pour le profit. La Terre est maintenant bouffie de paniquées, toute remplie de gens qui sont prêts à changer le monde pour qu’il soit viable. Ça fait quarante ans au moins que nous en parlons. Ça fait depuis les années 70, avec le livre La bombe P qui sonnait l’alarme sur une population trop élevée en l’an 2000. Et ce serait 10 milliards en 2050. 10 milliards dont quelques riches qui continueront de vider les entrailles de la planète, les bois, appauvrir les terres, – du moins celles qui resteront – , et demander aux  petits de « faire leurs petits gestes » pour l’environnement. Il y aura plus d’avions dans le ciel que d’oiseaux.

La télévision est remplie de « parleux » qui parlent et qui parlent sans parler des problèmes réels dans lesquels nous sommes enlisés. Une voiture électrique est une voiture qui demande de l’asphalte, des métaux rares, et des défauts qui ne font pas toujours la voiture idéale dans les pays froids. On n’éteindra pas toutes les villes lumières de la planète pour « sauver la planète ». Pauvre petit homme dans le déni: la planète n’est pas à sauver, la planète doit se débarrasser d’une flopée  d’affairistes enragés.

Pas de viande rouge ou autre? Il faudra alors s’empiffrer de céréales et de grillons  sans vraiment savoir si  le vegan  n’avale pas les pesticides et les herbicides pour des rendements dits à 100%. On retrouve de plus en plus de sols contaminés par le lourd passé laissé pendant que les industries polluaient à qui mieux mieux, en toute liberté, laissant sur leur passages des souillures qui perdurent.

Il faut être naïf pour ne pas saisir l’ampleur des dégâts déjà faits et la lenteur à modifier les trains des vie. Et lesquels? Ceux des sociétés dites riches?

Désormais, tous les candidats politiques vont vous vendre du vert. Et vous allez avaler ça comme le fait l’omble de fontaine devant un beau ver accrochée pas très loin d’une cuillère qui tournoie dans l’eau.

Quand le citoyen achète un objet, c’est un futur détritus. On n’y échappe pas. Tout ce que l’on achète est jetable. Plus il est compliqué moins il est biodégradable.

Personne n’échappera à la pollution, personne n’échappera à la fin étrange d’une planète qui était un paradis et dont on en a fait un dépotoir. Le château de cartes – pourtant si beau et si alléchant, et d’une certaine manière si génial de construction – est trop avancé pour ne pas qu’il défaille dans un long bruit sourd. On aura parcouru un long chemin qui n’est en fait qu’une quelques secondes dans l’histoire de la planète.

L’idée de remplacer une voiture polluante par 10 autres moins polluante est parfaite pour les crédules qui n’ont pas toutes les pièces de ce puzzle dans lequel nous vivons.

L’idéal serait de consacrer trois mois par an à ne pas acheter ce qui est un « luxe », c’est à dire Non nécessaire à la vie simple, serait un bon début. Question de se désintoxiquer et de se livrer au plaisir d’échanger et de donner au suivant. Ensuite six mois. Et pourquoi pas mettre sur une liste des personnes et des compagnies avec noms ou numéros comme personnes recherchées pour crime contre l’humanité? Ce qui nous en empêche c’est la religion des affaires qui fait du citoyen le nouveau nègre d’une mondialisation qui a perdu tout pouvoir de par ses dirigeants.

Pendant que le petit citoyen rêve de changer le monde sans changer de montre, il y a des millions d’aspirants croyant encore que l’on peut faire fortune et se séparer de la race humaine.  Ils sont les nouveaux nègres de ceux qui savent cultiver les ego pour engrosser leurs fortunes.

Acheter, vendre, investir: quels beaux projets pour les vendeurs du temple Bleu! C’est de ceux-là dont il faut se méfier. Ceux-là qui vous parleront du petit geste pour sauver la planète.

Un jour, la simplicité de vivre arrivera. Elle arrivera de force. Espérons-le. Car pour  pourchasser des hyper riches responsables nécessite des gros investissements. Mais ils ont fait en sorte que nous n’en ayons pas. Il est tellement aisé de trouver un Narcisse qui remplacera un autre Narcisse.

En attendant, on peut regarder l’effritement sur écran géant an 1080 p. Encore un objet qu’il faudrait faire taire. Qui sait si un arbre n’a pas à dire davantage sur la nature humaine.

Avez-vous du plastique dans vos veines?

Gaëtan Pelletier

Comment les élites nous mènent au désastre

En début d’année, les exercices de futurologie sont toujours tentants, surtout dans les périodes aussi tourmentées que la nôtre. Que nous réserve l’économie mondiale en 2019? Allons-nous vers un nouveau Krach boursier? La logique financière menace-t-elle maintenant? Théophile Kouamouo a abordé toutes ces questions avec Paul Jorion, anthropologue et enseignant… Paul Jorion est également un ancien trader, celui qui a prédit plusieurs années à l’avance la crise des subprimes.. Il parle aussi bien de l’argent et des marchés obligataires que de l’intelligence artificielle et des risques d’effondrement de la civilisation humaine. C’est L’Autre Interview.

Source : Le Média, Youtube, 08-01-2019

– Mais, madame, personne ne vit plus de la terre… L’ancienne fortune domaniale est une forme caduque de la richesse, qui a cessé d’avoir sa raison d’être. Elle était la stagnation même de l’argent, dont nous avons décuplé la valeur en le jetant dans la circulation, et par le papier-monnaie, et par les titres de toutes sortes, commerciaux et financiers. C’est ainsi que le monde va être renouvelé, car rien n’était possible sans l’argent, l’argent liquide qui coule, qui pénètre partout, ni les applications de la science, ni la paix finale, universelle… Oh ! la fortune domaniale ! elle est allée rejoindre les pataches1. On meurt avec un million de terres, on vit avec le quart de ce capital placé dans de bonnes affaires, à quinze, vingt et même trente pour cent.
Doucement, avec sa tristesse infinie, la comtesse hocha la tête – Je ne vous entends guère, et, je vous l’ai dit, je suis restée d’une époque où ces choses effrayaient, comme des choses mauvaises et défendues… Seulement, je ne suis pas seule, je dois surtout songer à ma fille. Depuis quelques années, j’ai réussi à mettre de côté, oh ! une petite somme… »
Émile Zola,
L’Argent.

ONE HEART, Greta Thunberg

Les cochons « Blade Runner » , c’est nous

« Quelle expérience de vivre dans la peur, n’est-ce pas ? Voilà ce que c’est d’être un esclave. »

— Roy Batty, Blade Runner

Les humains peuvent s’habituer à tout, se plier à tout, avec leur dite capacité d’adaptation. Nous nous dirigeons vers un monde dans lequel nos besoins émotionnels seront délaissés au profit du profit. « L’investisseur » ne comprend rien à la nature humaine. Et qui sait si cet abandon de nos besoins émotionnels ne sont pas la source des problèmes qui causent les grands désarrois mondiaux actuels et la perte de nos enfants en devenir de n’être que des consommateurs? À dépenser tels les rois de jadis? De là l’illusion d’un humanisme vivant qui n’est en réalité qu’une mort lente de la réalité de notre personne. Sommes-nous en train de nous synthétiser comme les replicants de Blade Runner ?

Peut-être en sommes-nous à être « élevés » plutôt qu’éduqués? Dans cette ère de charabia économiques pour nous convaincre de consommer, on se demande où se situe l’intérêt des puissances mondiales qui manipulent l’économie des pays. Certainement pas dans la réalité de nos âmes.  On peut bien briser des cochons sans qu’ils ne se révoltent, mais aussi des humains sans qu’ils se révoltent en leur faisant croire que c’est là leur bien-être « garanti ».

Gaëtan Pelletier

Les singes  de Harlow

Un extrait du livre  Sapiens: Une brève histoire de l’humanité

Les cochons comptent au nombre des mammifères les plus intelligents et curieux, juste après les grands singes. Les élevages de porc industriels n’en confinent pas moins les truies allaitantes dans des caisses si étroites qu’elles sont littéralement incapables de se retourner (sans parler de marcher ou de fourrager). Elles y sont maintenues jour et nuit, quatre semaines durant, après qu’elles ont eu des petits. Après quoi ces derniers leur sont retirés pour être engraissés, et les truies sont fécondées avec le prochain lot de porcelets.
Beaucoup de vaches laitières passent la quasi-totalité des années de vie qui leur sont accordées dans un petit enclos, condamnées à se tenir debout, à se coucher et à dormir dans leur urine et leurs excréments. Une batterie de machines leur fournit leur dose de nourriture, d’hormones et de médicaments, tandis que, à heures régulières, une autre série d’appareils se chargent de la traite. La vache coincée entre les machines est à peine plus qu’une bouche qui ingurgite des matières premières et un pis qui produit une marchandise. Traiter des êtres vivants possédant tout un univers émotionnel complexe comme des machines ne saurait être pour eux qu’une source d’inconfort physique, mais aussi de fort stress social et de frustration psychologique[7].
De même que le trafic d’esclaves transatlantique n’était pas le fruit d’une haine vouée aux Africains, ce n’est pas l’animosité qui inspire l’industrie animalière moderne, mais l’indifférence. La plupart des gens qui produisent et consomment des œufs, du lait et de la viande prennent rarement le temps de penser aux poulets, aux vaches ou aux porcs dont ils consomment la chair ou les émissions. Ceux qui y pensent soutiennent souvent qu’en réalité ces animaux sont à peine différents de machines, dépourvus de sensations et d’émotions, incapables de souffrance. Paradoxalement, les mêmes disciplines scientifiques qui conçoivent ces machines laitières et pondeuses ont dernièrement démontré sans doute possible que mammifères et oiseaux ont une constitution sensorielle et émotionnelle complexe. Leur souffrance n’est pas seulement physique, mais aussi émotionnelle.
Suivant la psychologie de l’évolution, les besoins émotionnels et sociaux des animaux de ferme ont évolué à l’état sauvage, quand ils étaient essentiels à la survie et à la reproduction. Par exemple, une vache sauvage devait savoir nouer des relations étroites avec d’autres vaches et des taureaux, sans quoi elle ne pouvait survivre ni se reproduire. Pour apprendre les connaissances nécessaires, l’évolution implanta chez les veaux – et chez tous les petits des autres mammifères sociaux – un fort désir de jouer (jouer est la manière propre aux mammifères d’acquérir des compétences sociales). Et elle leur inculqua un désir plus fort encore de se lier à leurs mères, dont le lait et les attentions étaient essentiels à leur survie.
Que se passe-t-il maintenant si les paysans prennent un jeune veau, le séparent de sa mère, le placent dans une cage fermée, lui donnent nourriture, eau et vaccins contre les maladies puis quand, la femelle est assez grande, lui inséminent du sperme de taureau ? Objectivement, le veau n’a plus besoin du lien maternel ni de camarades de jeu pour survivre et se reproduire. Subjectivement, cependant, le veau éprouve toujours un besoin très fort de s’attacher à sa mère et de jouer avec d’autres veaux. Si ces besoins ne sont pas satisfaits, il souffre terriblement. Telle est la leçon de base de la psychologie de l’évolution : un besoin qui s’est formé à l’état sauvage continue d’être ressenti subjectivement même s’il n’est plus vraiment nécessaire à la survie et à la reproduction dans les fermes industrielles. La tragédie de l’agriculture industrielle est qu’elle prend grand soin des besoins objectifs des animaux tout en négligeant leurs besoins subjectifs.
Le bien-fondé de cette théorie est connu depuis les années 1950, quand le psychologue américain Harry Harlow étudia le développement des singes. Il sépara des bébés singes de leurs mères quelques heures après la naissance. Les singes furent ensuite isolés dans des cages puis confiés à des mères de substitution : deux dans chaque cage. L’une était faite de fils métalliques et équipée d’une bouteille de lait à laquelle le bébé singe pouvait téter. L’autre, de bois, était habillée de tissus qui lui donnaient l’apparence d’une vraie maman singe sans qu’elle n’ait rien de concret à offrir au petit. On supposait que les petits s’accrocheraient à la mère nourricière métallique plutôt qu’à la mère de chiffons stérile.
À la grande surprise de Harlow, les bébés singes montrèrent une nette préférence pour la seconde, passant le plus clair de leur temps auprès d’elle. Lorsqu’il plaçait les deux mères à proximité, les petits s’accrochaient aux chiffons tout en tétant la mère métallique. Soupçonnant que c’était une question de froid, Harlow plaça une ampoule électrique dans la mère faite de fils de fer, désormais rayonnante de chaleur. Hormis les plus petits, la plupart des singes continuèrent de préférer la mère de chiffons.

Un des singes orphelins de Harlow s’accroche à sa mère de chiffons tout en tétant le lait de sa mère métallique
Les recherches ultérieures ont montré que les singes orphelins de Harlow souffraient adultes de troubles émotionnels alors même qu’ils n’avaient pas manqué de nourriture. Jamais ils ne s’intégrèrent dans une société de singes. Ils eurent des difficultés à communiquer avec leurs congénères tout en souffrant de forts niveaux d’angoisse et d’agressivité. La conclusion était incontournable : les singes doivent avoir des besoins et des désirs psychologiques qui vont au-delà des nécessités matérielles ; s’ils ne sont pas comblés, ils souffriront terriblement. Les petits singes de Harlow préféraient passer leur temps entre les mains de la mère de chiffons parce qu’ils avaient besoin d’un lien émotionnel et pas seulement de lait. Dans les décennies suivantes, de nombreuses études ont montré que cette conclusion ne vaut pas seulement pour les singes, mais aussi pour d’autres mammifères et pour les oiseaux. À l’heure actuelle, des millions d’animaux sont soumis aux mêmes conditions que les singes de Harlow, avec la routine des fermiers qui enlèvent les veaux, les chevreaux et les autres petits à leurs mères pour les élever séparément.

Sapiens : Une brève histoire de l'humanité par Harari

 

Résister à la protecto-domination

Ainsi donc, la protecto-domination, cette entreprise de destruction massive pratiquée par l »assistant » envers l »assisté ». Quand vous n’avez plus de logis, des gens charmants vous proposent un hébergement, d’une durée variable. Certains de ces assistants sont tout à fait corrects, mais pour d’autres, c’est un prétexte à une opération de destruction massive, une opération de transfert, ce qui va mal en eux, ils peuvent en faire un petit paquet dont ils transmettent le poids sur vos épaules en critiquant, sans savoir qui vous êtes, votre personnalité et tout ce que vous avez pu faire.
Je sais que dans ces cas là, il faudrait pouvoir se lever, prendre son sac, affronter les mauvaises conditions climatiques, les dangers de la rue, plutôt que de baisser la tête et se taire pour fuir le conflit.
Je ne l’ai pas fait ces derniers jours et si cela m’a permis de reprendre régler des problèmes de refroidissement, la perte de dignité et le stress qui en résultent grignotent à la fois le moral et la santé. Je redresse la tête que j’avais baisser un instant, la dignité est aussi cette force intérieure qui permet de rester debout et d’avancer.

Je me retrouve à présent à la croisée des chemins. Soit j’accepte de servir de punshing-ball moral à certains qui se valorisent à mes dépends sans même vouloir entendre mon histoire en échange d’un lit et d’un peu de chaleur, soit je retrouve la fidélité à moi-même et le sens de mon combat contre cette globalisation sans âme, qui jette partout dans le monde les enfants de la Terre dans la guerre, la soif, la famine ou la misère. Plutôt affronter le froid que de me perdre.
Un combat juste qui fait entendre au monde pourquoi nous ne sommes pas les dommages collatéraux mais bien les cibles de cette guerre globale, contre les surnuméraires, ceux qui ne sont pas intégrables dans ce système-monde où le conformisme et l’acceptation du contrôle social (Brezinski parmi d’autres éminences grises de la globalisation) sont des pré-requis du droit à l’existence. Ce ne sont pas les seuls critères, pour d’autres, nés dans pays riches de ressources que les transnationales toujours plus monopolistiques entendent s’approprier, il suffit d’être nés au mauvais endroit, au mauvais moment. En Occident, où l’abondance reste de mise, ce sont d’autres sortes de cribles qui président à l’éradication de ceux qui incarnent – encore – une alternative, une marginalité, toujours plus réduite faute de combattants.
J’ai vu la mise en place de ces cribles sociaux aux cours du dernier demi-siècle. De même que la mise en place des matrices d’opinion (propagande) martelées par les médias aux mains des « dominants » qui les légitiment.
Sans logement depuis que ma caravane a mystérieusement disparu je fais la douloureuse expérience de la survie quotidienne, survivre encore un jour, une semaine, obstinément.

Après son pillage, petit à petit, je la réorganisais, et puis elle a disparu…

Aujourd’hui pour la première fois depuis longtemps, je retrouve les mots pour le dire. Poser les données du problème pour ne pas devenir l’acteur manipulé d’une pièce dont le sens nous échappe mais rester envers et contre tout, les co-auteurs du scénario d’un autre monde possible.
J’ai enfin trouvé un collectif, Doucheflux, qui me permet de poursuivre cette démarche dans un cadre collectif, même s’il s’agit surtout de parer au plus pressé, subvenir aux besoins les plus urgents des plus démunis. Les grandes ambitions politiques qui dépendant d’une conscience partagée par le plus grand nombre sont mortes, érosion de la colonisation yankee, acculturation et consumérisme roi, les écrans chevaux de Troie d’une civilisation décadente. La gauche ? Celle généreuse qui cherchait les chemins de l’équité n’existe plus en tant que mouvement collectif vers un monde meilleur, un monde plus doux, un monde plus équitable, un monde sans limites posées à la croissance qualitative, bienveillance et paix dans un monde réconcilié, parce que aucun ne s’attribue plus indûment les richesses des peuples.

A présent, je n’ai plus d’autre ambition que de lutter au quotidien, collectivement contre cette misère partagée qui conduit tant de belles personnes vers une mort prématurée ou la destruction irréversible d’une conscience massacrée par tout le poids de douleur du monde. On ne construit pas même un petit bout de monde convivial et chaleureux avec des légions de morts, d’éclopés. Et l’ambition aussi bien sûr de replacer la misère en contexte de remonter aux causes premières, pour ne pas devenir de ceux qui se donne bonne conscience en posant à tour de bras des emplâtres sur des jambes de bois. Rouvrir d’autres possibles quand ce sont ceux qui la vivent, la misère, qui définissent leurs espoirs, leurs besoins et leur capacité à faire exister des solutions créatives ensemble.
A suivre
Anne

http://les-etats-d-anne.over-blog.com/2016/12/resister-a-la-protecto-domination.html