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La solitude de L’Amérique latine

Discours de réception du prix Nobel de Littérature, décembre 1982

Gabriel García Márquez (1927-2014)

Le 8 décembre 1982, Gabriel Garcia Marquez monte à la tribune de l’Académie suédoise recevoir son prix Nobel de littérature. L’auteur de Cent ans de solitude y livre un discours poignant sur son continent, dévasté par la colonisation puis déchiré par les dictatures, mais prêt à se relever. Vanity Fair vous le propose dans sa version intégrale.

Antonio Pigafetta, un navigateur florentin qui a accompagné Magellan lors du premier voyage autour du monde, a écrit lors de son passage par notre Amérique du Sud une chronique rigoureuse qui paraît cependant être une aventure de l’imagination. Il raconte qu’il a vu des cochons avec le nombril sur les hanches, des oiseaux sans griffe, dont les femelles couvaient dans le dos des mâles, et d’autres oiseaux, semblables à des pélicans sans langue au bec pareil à des cuillères. Il raconte qu’il a vu une créature animale avec une tête et des oreilles de mule, un corps de chameau, des pattes de cerf et un hennissement de cheval. Il raconte qu’ils ont mis le premier en Patagonie en face d’un miroir, et que ce géant exalté a perdu l’usage de la raison, effrayé par sa propre image.

Ce livre bref et fascinant, qui contient les germes de nos romans d’aujourd’hui, est peut-être le témoignage le plus stupéfiant de notre perception de cette époque. Les Chroniques des Indes nous en a laissés d’autres tout aussi fascinants. L’Eldorado, notre pays tant désiré et illusoire, a été dessiné sur de nombreuses cartes pendant de longues années, changeant de lieu et de forme selon l’imagination des cartographes. À la recherche de la fontaine de jouvence, le mythique Alvar Núñez Cabeza de Vaca a exploré le nord du Mexique durant huit années dans une expédition illusoire, dont les membres se sont dévorés entre eux, et dont cinq seulement, sur les 600 qui étaient partis, sont revenus. L’un des nombreux mystères qui n’ont jamais été élucidés, est celui des 11.000 mules chargées de cent livres d’or chacune, qui, un jour, sont sorties de Cuzco pour payer le sauvetage d’Atahualpa et qui ne sont jamais arrivées à destination. Plus tard, au temps des colonies, des poules, élevées dans les plaines alluviales, se vendaient à Carthagène. Dans leur gésier se trouvaient des pépites d’or. Cette soif de l’or des fondateurs nous a poursuivis jusqu’il y a peu. Au siècle passé encore, la mission allemande chargée d’étudier la construction d’un chemin de fer interocéanique dans l’isthme de Panama, a conclu que le projet était viable à condition que les rails ne fussent pas faits en fer, qui était un métal peu abondant dans la région, mais d’or.
Notre libération de la domination espagnole ne nous a pas mis à l’abri de la démence. Le général Antonio López de Santana, trois fois dictateur du Mexique, a donné des funérailles magnifiques à sa jambe droite, qu’il avait perdue dans ladite Guerres des pâtisseries. Le général Gabriel García Morena a gouverné l’Équateur durant 16 ans en monarque absolu. Son cadavre a été veillé, vêtu de son uniforme et de ses médailles de gala, assis dans le fauteuil présidentiel. Le général Maximiliano Hernández Martínez, le despote théosophe du Salvador qui a fait exterminer 30.000 paysans dans un massacre barbare, avait inventé un pendule pour vérifier si les aliments étaient empoisonnés, et a fait couvrir d’un papier rouge l’éclairage public pour combattre une épidémie de scarlatine. La statue du général Francisco Morazán, érigée sur la place principale de Tegucigalpa, est en fait celle du maréchal Ney, achetée dans un entrepôt de sculptures d’occasion à Paris.
Il y a onze ans, le Chilien Pablo Neruda, l’un des plus grands poètes de notre temps, a illuminé cette assemblée de sa parole. Depuis, les Européens de bonne volonté – et parfois de mauvaise – ont été frappés, avec une plus grande force encore, par les nouvelles fantomatiques de l’Amérique latine, ce royaume sans frontière d’hommes hantés et de femmes historiques, dont l’entêtement sans fin se confond avec la légende.
Nous n’avons pas eu de moment de repos. Un président prométhéen, retranché dans son palais en flammes, est mort en combattant seul une armée entière. Deux accidents suspects d’avions, toujours non élucidés, ont fauché la vie d’un autre président au grand cœur et celle d’un militaire démocrate qui avait restauré la dignité de son peuple. Cinq guerres et 17 coups d’États ont eu lieu. Un dictateur diabolique a émergé et mène, au nom de Dieu, le premier génocide contemporain de l’Amérique latine. Pendant ce temps, 20 millions d’enfants latino-américains meurent avant d’atteindre l’âge de deux ans, ce qui est plus que tous ceux nés en Europe depuis 1970. Le nombre d’enfants manquant à cause de la répression approche les 120.000 disparus. C’est comme si aujourd’hui on ne savait pas où étaient passés tous les habitants de la ville d’Uppsala. De nombreuses femmes enceintes ont été arrêtées et ont accouché dans des prisons argentines. On ignore encore le destin et l’identité de ces enfants, qui ont été donnés en adoption clandestine ou enfermés dans des orphelinats par les autorités militaires. Parce qu’ils ont voulu changer les choses, presque 200.000 hommes et femmes ont péri sur tout le continent, et plus de 100.000 ont perdu la vie dans trois malheureux petits pays d’Amérique centrale : le Nicaragua, le Salvador et le Guatemala. Si c’était aux États-Unis, le chiffre proportionnel serait d’1,6 millions de morts violentes en quatre ans.
Un million de personnes ont fui le Chili, un pays aux traditions pourtant hospitalières, soit 12% de sa population. L’Uruguay, minuscule nation de 2,5 millions d’habitants, qui se considérait comme le pays le plus civilisé du continent, a perdu un citoyen sur cinq dans l’exil. Depuis 1979, la guerre civile au Salvador a provoqué le départ de presque un réfugié toutes les 20 minutes. Le pays qu’on pourrait reproduire avec tous les exilés et émigrés forcés d’Amérique Latine aurait une population plus nombreuse que la Norvège. J’ose penser que c’est cette réalité extraordinaire – et pas seulement dans son expression littéraire – qui, cette année, a mérité l’attention de l’Académie suédoise des Lettres. Une réalité qui n’est pas celle du papier, mais qui vit avec nous et détermine chaque instant de nos innombrables morts quotidiennes, et qui nourrit une source de création insatiable, pleine de douleur et de beauté, de laquelle ce Colombien errant et nostalgique n’est qu’un bénéficaire de plus parmi d’autres, distingué par la chance. Poètes et mendiants, musiciens et prophètes, guerriers et racailles, toutes les créatures de cette réalité effrénée ont eu très peu à demander à l’imagination, parce que le plus grand défi fut pour nous l’insuffisance des moyens conventionnels pour rendre notre vie crédible. C’est cela, mes amis, le nœud de notre solitude. 
Si ces difficultés, dont nous partageons l’essence, nous engourdissent, il est compréhensible que les talents rationnels de ce côté du monde, exaltés par la contemplation de leurs propres cultures, sont restés sans méthode valable pour nous définir. Il est naturel qu’ils insistent pour nous définir avec les mêmes critères qu’ils utilisent pour eux-mêmes, omettant que les épreuves de la vie ne sont pas égales pour tous, et que la recherche de l’identité propre est aussi ardue et sanglante pour nous qu’elle le fut pour eux. L’interprétation de notre réalité avec des schémas qui ne sont pas les nôtres contribue seulement à nous rendre de plus en plus méconnus, de moins en moins libres, de plus en plus solitaires. Peut-être l’Europe vénérable serait plus compréhensive si elle essayait de nous voir à travers son propre passé. Si elle se rappelait que Londres a eu besoin de 300 ans pour construire sa première muraille et de 300 autres années pour avoir un évêque ; que Rome s’est débattue dans les ténèbres de l’incertitude pendant 20 siècles avant qu’un roi étrusque ne l’implantât dans l’histoire ; que ces Suisses pacifiques d’aujourd’hui, qui nous régalent de leurs fromages doux et de leurs montres apathiques, ont ensanglanté l’Europe avec leurs mercenaires, pas plus tard qu’au XVIe siècle. Même à l’apogée de la Renaissance, 12.000 lansquenets à la solde des armées impériales pillèrent et dévastèrent Rome, et passèrent au fil de l’épée 8000 de ses habitants.
Je ne cherche pas à incarner les illusions de Tonio Kröger, dont les rêves d’union entre un Nord chaste et un Sud passionné exaltaient Thomas Mann il y a 53 ans dans ce même lieu. Mais je crois que les Européens à l’esprit éclairé, qui luttent, ici aussi, pour une grande patrie plus humaine et plus juste, pourraient mieux nous aider s’ils reconsidéraient à fond leur manière de nous voir. La solidarité avec nos rêves ne nous fera pas nous sentir moins seuls tant qu’elle ne se concrétisera pas dans des actes de soutien légitime aux peuples qui assument l’illusion d’avoir une vie à eux dans la répartition du monde.
L’Amérique latine ne veut et n’a pas de raison d’être un fou sans volonté propre. Il n’est pas, non plus, chimérique de penser que sa quête d’indépendance et d’originalité devrait devenir une aspiration occidentale. Cependant, les progrès de la navigation, qui ont réduit tant de distances entre nos Amériques et l’Europe, semblent, en revanche, avoir augmenté notre distance culturelle. Pourquoi l’originalité qu’on nous admet sans réserve dans la littérature nous est refusée avec toute sorte de suspicions dans nos si difficiles tentatives de changement social ? Pourquoi penser que la justice sociale, que les Européens progressistes essaient d’imposer dans leurs pays, ne pourrait-il pas être aussi un objectif latino-américain, avec des méthodes distinctes dans des conditions différentes ?
Non : la violence et la douleur démesurées de notre histoire sont le résultat d’injustices séculières et d’amertumes innombrables, et non un complot ourdi à 3000 lieues de notre maison. Mais nombre de dirigeants et penseurs européens l’ont cru, avec l’infantilisme des anciens qui ont oublié les folies fructueuses de leur jeunesse, qu’il était impossible de trouver une autre destiné que de vivre à la merci des deux maîtres du monde. Telle est, mes amis, l’ampleur de notre solitude.
En dépit de tout ceci, face à l’oppression, au pillage et à l’abandon, notre réponse est la vie. Ni les déluges ni les pestes, ni les famines ni les cataclysmes, ni même les guerres éternelles à travers les siècles et les siècles n’ont réussi à réduire l’avantage tenace de la vie sur la mort. Un avantage qui grandit et s’accélère : chaque année il y a 74 millions de naissances de plus que de décès, un nombre suffisant de nouvelles vies pour multiplier, chaque année, sept fois la population de New York. La majorité de ces naissances ont lieu dans des pays avec moins de ressources, et parmi ceux-ci, bien sûr, ceux d’Amérique latine. En revanche, les pays les plus prospères ont réussi à accumuler assez de pouvoir de destruction pour anéantir cent fois non seulement tous les êtres humains qui ont existé jusqu’à aujourd’hui, mais la totalité des êtres vivants qui sont passés par cette planète de malheur.
Un jour comme celui-ci, mon maître William Faulkner a dit dans ce lieu : « Je me refuse à accepter la fin de l’Homme. » Je ne me sentirais pas digne d’occuper cette place qui était la sienne si je n’avais pas pleinement conscience que la tragédie colossale, qu’il se refusait à voir il y a 32 ans, est, pour la première fois depuis les origines de l’humanité, bien plus d’une hypothèse scientifique.
Devant cette réalité saisissante qui a dû paraître une utopie durant tout le temps humain, nous, les inventeurs de fables qui croyons tout, nous sentons le droit de croire qu’il n’est pas encore trop tard pour entreprendre la création de l’utopie contraire. Une utopie nouvelle et triomphante de la vie, où personne ne peut décider pour les autres de leur façon de mourir ; où l’amour prouve que la vérité et le bonheur sont possibles ; et où les races condamnées à cent ans de solitude ont, enfin et pour toujours, une deuxième chance sur terre.


Les états d’Anne 


Merci à Vanity Fair
Source:http://www.nobelprize.org/nobel_prizes/literature/laureates/1982/marquez-lecture-sp.html
Date de parution de l’article original: 20/04/2000
URL de cette page: http://www.tlaxcala-int.org/article.asp?reference=12095

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Recrudescence de lynchages « civiques » en Argentine


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  Argentine aujourd’hui

 

 

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Usa, lynchage en famille

 

“Quand quelqu’un sent que sa vie ne vaut pas plus de 2 pesos pour le reste de la société, nous ne pouvons pas en attendre que la vie des autres à ses yeux vaille plus de 2 pesos”

Cristina Kirchner, présidente d’Argentine

Ceci est l’énigmatique phrase prononcée par la présidente Argentine face à la vague de « lynchages citoyens » qui a eu lieu récemment dans le pays.

 

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David après le lynchage, il mourra trois jours plus tard

Les lynchages sont un phénomène permanent mais diffus dans le pays, et dans d’autres de la région. Cette fois cependant ils ont pris un caractère plus organisé. Au début du mois, ce sont 9 lynchages qui ont eu lieu à Buenos Aires et dans les états de Rosario, Córdoba et Río Negro, dont un a coûté la vie, à David Moreyro, âgé de 18 ans, qui après avoir volé un portefeuille s’est vu entouré par une bande déchaînée de 50 à 100 personnes qui l’ont tabassé à mort, lui brisant le crâne. Après 3 jours d’agonie, il est mort à l’hôpital.

L’excuse des lyncheurs qui agissent en bandes est l’insécurité et l’absence de l’état. Et effectivement, l’état détourne pudiquement les yeux – comme si de rien n’était – et ce sont les défenseurs des droits humains et les mouvements sociaux qui posent les questions que soulèvent ce déni de justice expéditif, par lequel des gens se glorifient d’accomplir leur « devoir civique », punir le méchant.

Ils ont été encouragés en ce sens par le leader d’extrême-droite et Conseiller de la Magistrature Carlos Maslatón qui a publié ses pensées :

« Sans aucune charge de la conscience. La population doit continuer à exercer justice de sa propre main et tuer dans l’action les délinquants capturés sur le fait. C’est très révélateur que cela se produise dans le pays, parce que l’état argentin a non seulement décidé de ne pas nous défendre mais en plus il se place du côté du crime et déclare la guerre au gens de bien, empêchant la police de réprimer – au contraire – punissant la police qui accomplit son devoir. Ceci ne constitue pas une apologie du crime, il s’agit simplement de légitime défense. (…) C’est l’heure de l’insurrection populaire contre eux tous. Maintenant ou jamais ».

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Une militante retrouve sa moto brûlée, pau après elle et d’autres recevrons des menaces de mort par téléphone

 

Les voleurs ne sont pas les seuls à subir menaces et agressions. Des bandes d’extrême-droites organisées s’en prennent elles aux militants de mouvements sociaux qui se font agresser ou menacer, assassiner. Et ici aussi nous retrouvons la nébuleuse qui inclue des narcotrafiquants et leurs sicaires. Des figures récurrentes et troubles qui font du narco-capitalisme une composante intrinsèque de la forme achevée du capitalisme, avec ses liens dans la police, la magistrature et le monde politique, soutenue par une idéologie fasciste.

De nombreuses réunions au sommet ont eu lieu au cours des derniers mois entre les dirigeants de l’extrême-droite latino et si la déstabilisation culmine au Venezuela, c’est que le gouvernement de ce pays est le domino majeur à abattre pour faire tomber les autres gouvernements souverainistes de la région, chacun d’entre eux est confronté en ce moment à des manœuvres d’agitation concertées ayant de nombreux aspects communs.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Dont cette droitisation extrême d’une partie de l’opinion ainsi qu’une croissance des actes de violence commis par des milices d’extrême-droite (ou des délinquants payés) que nous connaissons également en Europe. L’étranger, le communiste (selon une vision large), les militants des mouvements sociaux et l’homosexuel, le sans-abri et leurs équivalents féminins étant les cibles des attaques. Les journalistes qui relayent leurs causes et les avocats qui les défendent sont également des victimes privilégiées.

C’est un long processus, de glissement en glissement, des années de propagande qui nous ont conduit là et vers une réelle intoxication des consciences (inconscients) à force de matraquages qui non seulement désignent des cibles qui seront systématiquement stigmatisées, mais aussi valorisent l’inacceptable, en pervertissant la notion de civisme. Ainsi la délation est comme au temps les plus vigoureux de l’Inquisition devenu un acte dont il convient de se glorifier, comme de la plus plate des normalités et le plus homogène des conformismes sociaux. Se conformer aux normes et obéir aux ordres vont de paire.  

Nous voyons ici, que nous glissons toujours d’avantage et que le lynchage, cet acte de lâches, qui libèrent les pires pulsions des tréfonds les plus noirs des inconscients les plus pollués devient petit à petit l’acte civique par excellence, celui dont on a toute raison de se glorifier. C’est totalement minable, mais ils ne s’en rendent pas compte, ils ne réfléchissent pas tout simplement, ils libèrent leur pulsions, leurs instincts avec la garantie de l’impunité, ils se contentent de faire ce qu’on leur dicte.

 

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Alors que la maman de David pleure son fils, les assassins sur les réseaux sociaux se glorifient de leur acte.

 

En ce qui concerne les lynchages qui ont eu lieu en Argentine, les personnes qui se sont penché sur le phénomène mettent en évidence la nature raciste des lynchages mais aussi, ce phénomène qui apparaît dans de nombreux autres pays d’Europe comme d’Amérique Latine ou sévit croissante une culture d’extrême-droite, dont Juan Barreto nous dit

De la dénonciation des « micro-fascismes » de la vie quotidienne (atomiques au sens individuels NdT), nous en venons à nous confronter à des comportements, affects et agencement d’énonciation de caractère molaires (collectifs, de masse NdT).

La notion clé, celle qui va disqualifier de manière générique l’ensemble des cibles est en espagnol « escoria » en français « rebut », le principe actif étant de contribuer à débarrasser la société de ses rebuts – purge dans la version vénézuélienne,  lissage en Ukraine  – le terme utilisé est un terme qui évoque dans tous les cas un acte de purification, une catharsis,  c’est aussi un devoir que tout bon citoyen se doit d’accomplir, qu’il se cache ou non sous le prétexte d’une sorte de principe d’auto-défense obligée (faute de forces de l’ordre efficaces). Les bons citoyens se « défendent » au-dessus d’eux dans cette hiérarchie de la haine, les hommes d’honneurs sont des attaquants. Il y a aussi une gradation dans l’expression de la haine, le fait de pouvoir accomplir les pires actes de tortures sans éprouver de sentiments fait partie des caractéristiques de la crème de l’élite. C’était aussi l’idéal des SS. La catharsis pour les lyncheurs est aussi le meurtre de sa peur, de sa lâcheté, la peur qu’éprouve la victime va renverser les rôles, et dans la bonne tradition, le bouc-émissaire sera frappé de tous les péchés de ses bourreaux qu’il emmènera dans le désert de la mort, un simulacre, qui soulage provisoirement les exécutants, mais charge encore d’avantage leur inconscient de scories non élucidées, il faudra donc reproduire régulièrement le rituel.

 

"Pacíficos" manifestantes opositores amarran a joven a un poste, en el sector Los Mangos de Ciudad Guayana.

"Pacíficos" manifestantes opositores amarran a joven a un poste, en el sector Los Mangos de Ciudad Guayana.

Venezuela, mars 2014, sans preuves des opposants arrêtent un homme à « l’apparence de voleur  »

 

Cette arme de guerres que sont les médias, propriétés des Corporations qui dirigent l’ensemble du mouvement,  sont mises en cause dans cette dévolution de la société de droit, elles travaillent les inconscients collectifs, désignant les boucs-émissaires tout en ajoutant en contrepoints que nous sommes trop sur Terre, et qu’il est de bonne guerre de se débarrasser des inutiles, des charges sociales que représentent les improductifs, et quand on va plus loin on peut trouver des propagandes qui vont jusqu’à prétendre que se produit sur la planète un génocide des blancs par les colorés. Tout coloré dans ce contexte devient un ennemi à abattre pour sauver les siens !

Chacun s’imprègne de cette vision du monde, on en parle entre collègue, entre voisins, au coin du bar, jusqu’au moment critique, le passage du seuil de l’action collective. Une fois ce point critique atteint, un petit événement peu servir de déclencheur,  de noyau autour duquel pourront s’organiser les haines, les frustrations, les rejets. Un des rôles récurrent de l’arme médiatique est de véhiculer également les éléments qui font mousser l’insécurité créant une peur, un sentiment d’angoisse latente, corrélatif de la honte de sa propre lâcheté. La peur et sa reconversion en haine de ce qui fait peur sont les moteurs de cette dynamique de destruction de la cause du mal, qui est identifié comme le bouc-émissaire désigné à cet effet, mais le lâche ne peut surmonter sa peur que collectivement, noyé dans la masse dans la responsabilité diluée de l’anonymat, nul ne saura jamais qui a porté le coup qui a tué, personne n’est donc en soi responsable.

 

 

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Argentine autre victime de lynchage 2014

 

 

2013 Venezuela, apr-s les élections  un étudiant

chaviste se fait lyncher par les troupes  de Capriles

 

 

Je n’ai pas fait ici un travail de systématisation exhaustif, j’ai rassemblé des résonnances, des récurrences, des points communs, ceux que j’ai pu constater en Belgique où ailleurs, dans mon expérience de terrain, dont je reconnais les composantes de propagandes et de réactions dans ce que je peux voir constater par d’autres ailleurs.

Une propagande qui conduit vers le meurtre rituel des rebuts (les non utiles ou nuisibles au Monde Marchand) est à l’œuvre dans le monde, s’adaptant aux caractéristiques locales. Le fascisme corporatiste se fiche bien de l’idéologie que pense défendre celui qui le sert, il n’est pas question ici ni de réflexion, ni de valeurs ou d’éthique mais bien de jouer sur le clavier des instincts et des émotions (inconscient) dans un champ pré-reflexif, créer des mouvements de masse par le contrôle des comportements collectifs.

C’est pourquoi la seule réponse efficace n’est pas celle que pourraient fournir d’autres mouvements de masse, manipulés en fonction d’autres valeurs aussi respectables soient-elles en soi. La seule réponse passe par la détermination au sens le plus littéral de ce terme, le passage de la pensée inconsciente, réflexe, émotionnelle, à la pensée consciente, réfléchie, éthique. La masse en action est par nature indéterminée, amorphe, chacun y suit le mouvement en le créant, elle an-organisée. La réponse qui peut l’arrêter ne peut venir que du peuple organisé, quand chacun pense par soi même et voit d’un seul regard à en quel lieu, à quel place, par quelle action en un moment donné il permettra au collectif d’agir avec un maximum d’efficacité.

Les masses haineuses qui lynchent dans le désordre sont le premier cercle de la nébuleuse fasciste. Un second cercle est constitué par les milices, une sorte de stade intermédiaire qui présente le caractéristique d’une ébauche d’organisation et de hiérarchisation.  Si nous regardons de vieilles images de défilé des armées de l’Allemagne nazie, nous voyons le terme « machine de guerre » prendre tout son sens. Moi, cela me fait froid dans le dos. Chacun est un rouage qui doit fonctionner mécaniquement à l’unisson des autres rouages obéissant aux ordres, sans se poser de questions, sans prendre d’initiative. Une stricte hiérarchisation détermine qui peut prendre des initiatives, donner des ordres et dans quelles limites strictement établies. Le soldat sera sélectionné parmi les miliciens les plus aptes à devenir rouage sans pensée personnelle. Les troupes d’élites elles seront sélectionnées parmi ceux qui peuvent infliger le pire à un humain sans éprouver de sentiment. Etc…

 

 

La Sainte Inquisition

 

Au-delà, cela reste pour moi assez mystérieux, les maîtres du jeu sont de vieux fous qui sont depuis longtemps dans la partie. Une chose me semble pourtant de plus en plus claire, le Profit n’est pas leur moteur principale. Le Pouvoir, le sentiment de Puissance absolue sur le destin, la vie, la mort et la souffrance d’autres êtres est pour eux encore bien plus important. Le Profit n’est que le moyen d’y parvenir. Et cette volonté de déshumanisation placée comme un objectif en soi, est un aveu de haine de soi, de rejet de son humanité. L’humain est le mauvais de l’histoire, la partie de soi qu’il faut détruire en détruisant celui qui incarne l’humanité.

C’est pourquoi, je pense que ceux qui aujourd’hui ceux nous propose le chemin d’une culture de paix, en cultivant l’amour de soi, de l’autre, de la vie, de le faire collectivement, de manière intelligente et concertée, organisée nous indique le bon chemin, la seule issue pour que demain l’humanité advienne – enfin – en tant que telle, ensemble de personnes, déterminées par leur histoire, ayant développer ses potentiels créatifs de manière à créer une unité dans la diversité, dans la complémentarité, l’espèce humaine et ses cousins vivants, habitant la planète en harmonie, des bons voisins.

Ce n’est pas gagnée, la guerre sera longue, la culture de la mort gangrène la planète, et n’a pas fini de sévir. Beaucoup d’entre nous aurons certainement de choix très difficiles à faire, face aux soldats de la culture de la Mort, de la déshumanisation, ils devront répondre en guerriers, tuer parfois pour protéger les germes de la vie quand ils seront menacés. Je sais qu’aujourd’hui des gens se battent pour que nous n’ayons pas à faire ce genre de choix, pour sauver ce qui reste de Paix dans le monde et que ce soit elle à présent qui se répande sur la planète là où règne la guerre. C’est une tâche d’une ampleur infinie dans une guerre que nous n’avons pas voulue, elle prendra certainement des générations et ce n’est pas gagné. Mais qu’a-t-on de mieux à faire, quel autre combat est-il plus important que celui de l’amour, du respect, celui qui fait que l’autre cessera définitivement ce rival, ce concurrent, cet ennemi potentiel dont on se méfie, qui éveille nos soupçon pour se faire ami potentiel, complément, l’occasion d’un sourire échanger, qui fait chaud dans le cœur.

Des gens aujourd’hui donnent leur vie pour cela, payent de leurs souffrances, pour que d’autres un jour peut-être aient droit à l’amour, au bonheur, à la tranquillité créatrice. Tout mon respect pour eux.

Anne

Les états d’Anne 

 

L’avenir du Venezuela


"Pacíficos" manifestantes opositores amarran a joven a un poste, en el sector Los Mangos de Ciudad Guayana.

 

Des images d’horreur. Nous savions déjà que le Venezuela subissait l’infiltration de paramilitaires, y compris des francs-tireurs assassins qui chaque jour allonge la liste des morts et des blessés. Des membres de la Garde Nationale Bolivarienne, un employé d’une station de télévision, une artiste chilienne qui nettoie une barricade, un passant au hasard. Avant-hier c’est une jeune femme enceinte de 5 mois qui voulait franchir une barricade qu’ils ont abattue.

Nous avions pu voir la froideur de leur cœur, quand ils empêchaient une ambulance de passer et que la vieille dame qui s’y trouvait est morte faute de soins urgents, quand ils faisaient de même avec des parents qui conduisaient à pied leur enfant chez le médecin , ou qu’ils se moquaient d’un vieux Monsieur qui franchissait avec difficulté les ordures qui barrait la rue sans penser à leur tendre une main secourable. Une multiplicité d’actions sadiques, à différents moments, en différents lieux. Des faits quotidiens depuis le 12 février.Ici nous franchissons le seuil de la TORTURRE ! assumée avec le sourire, ce qui la rend encore plus abominable.

Nous franchissons un niveau de l’horreur. Le résultat des formations données par la CIA et OTPOR à des centaine dejeunes Venezueliens à Miami, en Serbie, se manifeste et devrait réveiller les consciences.

Un homme voulait traverser une de leur barricade, en voiture. Cela se passe à Ciudad Guyana, un lieu qui a récemment vu ses ardeurs putschiste réanimées par une visite de l’ex députée Maria Corina Machado, venue les encourager à poursuivre leurs « actions de rue ».

Les jeunes Violents, comme on les appelle là-bas, on arrêté ce monsieur, l’accusant d’être un voleur. Ils avouent également n’avoir aucune preuve de ce qu’ils affirment.

Relisez le Loup et l’Agneau…

« Si ce n’est pas toi qui nous a volé qui alors l’a fait ? » demande un des Violents.

Les Violents vont suggérer diverses formes de torture pour soumettre l’homme à la question, en bons héritiers de l’Inquisition. Entre lui envoyer du gaz lacrymogène en bouche et lui et lui enfoncer des objets « dans le cul », l’imagination au pouvoir !

La scène a été enregistrée par un journaliste populaire qui enregistre les actions de ses troupes fascistes et néonazies. Dans cette vidéo on veut voir un de ces rebuts d’humanité affirmer « Nous sommes l’avenir du Venezuela »

NON !

La video est ici :  (VÍDEO) Turba de opositores golpea a hombre y lo amarra con guayas frente a barricada en Los Mangos, Ciudad Guayana et voici les photos. Ceci est l’œuvre de cette opposition minoritaire qui prétend renverser le président élu, un président qui – après un an en fonction dans des circonstances de coup d’état permanent qui s’est mué en guerre de basse intensité – s’il se présentait aujourd’hui obtiendrait 55% des suffrages, alors que 70 à 80% de la population le soutien dans son action de Pacification de Pays.

Les Pacifiques Manifestants, des gamins, demain le vôtre ?  déshumanisés par les méthodes d’OTPOR et de la CIA en action :

 

Joven amarrado a un poste por manifestantes opositores en Los Mangos, Ciudad Guayana.

Joven amarrado a un poste por manifestantes opositores en Los Mangos, Ciudad Guayana.

Credito: Twitter @JRodriguezPSUV

"Pacíficos" manifestantes opositores amarran a joven a un poste, en el sector Los Mangos de Ciudad Guayana.

« Pacíficos » manifestantes opositores amarran a joven a un poste, en el sector Los Mangos de Ciudad Guayana.

Credito: Twitter @GNBCORE8

"Pacíficos" manifestantes opositores amarran a joven a un poste, en el sector Los Mangos de Ciudad Guayana.

« Pacíficos » manifestantes opositores amarran a joven a un poste, en el sector Los Mangos de Ciudad Guayana.

Credito: Twitter @GNBCORE8

Joven amarrado a un poste por manifestantes opositores frente a barricada en Los Mangos, Ciudad Guayana.

Joven amarrado a un poste por manifestantes opositores frente a barricada en Los Mangos, Ciudad Guayana.

http://les-etats-d-anne.over-blog.com/article-l-avenir-du-venezuela-123091032.html

  • Nom : Anne Wolff Le blog de Anne Wolff

Les États d’Anne

Les gouvernements européens dans les mains des corporations

20130412122702

Un texte essentiel, basique, fondamental, dont chaque phrase, chaque mot est porteur d’intelligence, de sens, d’espoir

 

Conférence de l’agriculture familiale de l’Union Européenne

 

Par Diego Montón – Movimiento Nacional Campesino Indígena
Secretaría operativa CLOC Vía Campesina

04-12-2013

L’année 2014 a été déclarée année mondiale de l’Agriculture Familiale par la FAO dans le cadre de la crise alimentaire qui frappe les peuples du monde, cela semble être une opportunité pour approfondir les analyses et défis. Cependant on s’aperçoit d’emblée qu’on ne pourra éviter la bataille du sens. Que signifie Agriculture Familiale ? Quelle est son importance réelle ? Quelles sont les causes de la faim ?

Les corporations se sont déjà lancées à l’assaut pour capter la mémoire historique du rôle des paysans et paysannes, et là, elles y vont à fond, construisant une narration qui occulte les choses et subordonne l’agriculture mondiale à leurs intérêts spéculatifs.

La Conférence de l’Agriculture Familiale qu’a organisé la Commission Européenne, à la fin novembre, à laquelle nous avons participé, une vingtaine de compagnons et compagnonnes de la CLOC (Coordination Latino Américaine des Organisations des Campagnes) et de la Via Campesina fut exemplative.

Lamentablement comme pour le reste de la politique, les gouvernements européens répondent directement à l’idéologie imposée par le capital financier. Ainsi, paradoxalement à l’ouverture de la conférence il n’y eu pas d’orateurs des organisations paysannes et de l’agriculture familiales, seuls parlèrent des fonctionnaires et à notre grande surprise, un exécutif d’UNILEVER qui présenta ses « réalisations » et expectatives pour l’année de l’agriculture familiale.

Unilever est une transnationale agro-alimentaire qui dirige 400 marques dans 100 pays, fameuse pour ses « cubes » Knorr, et sa production mondiale de 50 millions de cubes par seconde. Bien que cela soit peu diffusé, dans la matière première utilisée abondent les transgéniques et agro toxiques, les conservateurs et les produits chimiques, et par-dessus le marché, des dénonciations ont été faites au sujet de ces cubes produits par le travail des infantile et précarisé.

Le discours des fonctionnaires européens est celui d’une “Agriculture Familiales” qui doit être « protégée » pour des questions de culture, et des problèmes sociaux, mais relever le défi d’alimenter l’humanité en 2050 ne sera possible que par les corporations. Ainsi le projet d’Unilever et ses programmes « d’incorporation » de l’agriculture familiale à ces chaînes productives, se transforme en projet de l’Union Européenne. Productivité, compétitivité, rentabilité, innovation, etc, sont les paroles qui prédominent dans un discours vide d’analyses, sans que soit prononcée la parole crise. C’est dire que le discours des gouvernements européens est hautement idéologique, prisonnier des narrations et négoces des corporations.

Il faut donc faire remarquer l’exception, parmi les discours officiels, que constitua l’intervention de Graziano da Silva, le Brésilien directeur de la FAO. Graziano ne rentra pas dans les causes, mais il fut clair quant à l’importance de l’Agriculture paysanne ; “Le problème n’est pas de l’ordre de la productivité, c’est une question d’accès et de la distribution des aliments (…). Les agriculteurs familiaux ont été et seront ceux qui résoudront le problème de la faim dans le monde (…). Le marché global ? Où est-ce qu’il se trouve ? Comment peut-on acheter des aliments là ?(ironise-t-il). Il faut renforcer les marchés locaux et le rôle de l’agriculture familiale. Le marché global des aliments et l’agriculture industrielle implique une immense perte d’aliments par décomposition(…) » Il faut dire que cette position novatrice de la FAO génère un scénario favorable dans contexte institutionnel international. Les gouvernements Européens par contre, comme toujours face à la crise du capitalisme et du libéralisme appliquent stupidement les recettes libérales qui ne font rien d’autre que d’empirer la situation des peuples.

Mais il y eu une autre surprise lors de cette conférence quand s’est rendu compte de la présence de Etchvere, le Président de la Société Rurale Argentine, cette entité oligarchique de propriétaires terriens qui grandit en tuant des indigènes en 1880 et s’appropriant leurs terres, et qui  continue de le faire à présent, cette entité qui a conclu des alliances avec des transnationales qui a provoqué et accompagné chaque dictature civico-militaire, qui a essayer par tous les moyens d’éliminer la démocratie. Ils vinrent comme membres de l’OMA (Organisation Mondiale des Agriculteurs), qui est devenue héritière de la FIPA et qui prétend également participer à l’année de l’agriculture familiale.

J’ai vu Etchevere et immédiatement m’est revenu à la mémoire notre compagnon Cristian Ferreira, assassiné par un sicaire dans sa maison, devant sa famille. Cristian était un dirigeant du Mouvement Paysan, un jeune, son “péché” fut de promouvoir l’agriculture paysanne et d’avoir détenu un entrepreneur qui voulait s’approprier la terre communautaire. L’entrepreneur aujourd’hui est emprisonné. La Société Rurale agit politiquement et judiciairement pour le faire libérer. De même que Cristian me passèrent en tête des centaines de paysans et de paysannes assassinés au Honduras, au Paraguay, au Guatemala, et dans tant d’autres pays de Notre Amérique Latine en lutte quotidienne pour la terre. Au cours de ces mêmes journées, un gang de nervis agressait violement un campement et un barrage établi pour empêcher la construction d’une usine de MONSANTO, dans le village de Malvinas, Cordoba, Argentine, une résistance dont les meneuses sont les mères dont les enfants souffrent ou souffraient de cancer et de leucémies causés par les fumigations au Glifosate qui se pratiquent quotidiennement dans les villages ruraux du Cône Sud et dans d’autres régions du continent

Mais les gouvernements européens nous viennent encore une fois avec les comptes de fées, d’une harmonie possible entre corporations et paysans, dans laquelle résiderait la solution. Celle d’un prétendument libre marché dans lequel nous pourrions tous être en compétition et dont les règles sont « transparente ».

Voyons quelques données : avec seulement ¼ des terres arables du monde, les paysans et paysannes alimentent 70% de la population mondiale, et selon la FAO, plus de 40% des aliments de la chaîne agro-industrielle se perdent par décomposition. 90% du marche mondial des grains est entre les mains de quatre corporations : ABC, Bunge, Cargil et Dreyfus. Monsanto contrôle 27% du marché global des semences et joint à 9 autres corporations plus de 90% du Marché des agro-toxiques. Cette concentration leur permet de faire pression par la spéculation pour que les prix des marchandises augmentent systématiquement. En plus de leur alliance étroite avec la finance internationale leur permet de disposer d’immenses masses de capital d’origine spéculative qui est utilisé pour l’accaparement de Terres, le lobbying et la pression sur les gouvernements du monde, la corruption, etc…

De quel marché libre nous parlent-t-ils ? Le marché est otage des corporations et du capital financier.

Si nous ajoutons au monopole les problèmes de perte de biodiversité et de crises du milieu ambiant provoquée par de grandes extensions de monocultures, les graves problèmes de santé et la contamination par des milliers de tonnes d’agro-toxique par fumigation non discriminée, le travail d’esclave, l’usage sans discrimination de combustibles fossiles, la destruction des marchés locaux, entre autres, il nous apparaît clairement qu’il n’est pas possible d’harmoniser l’agriculture paysanne avec l’agriculture des corporations, comme il ne sera pas possible d’en finir avec la Faim par ce modèle né de la révolution verte.

La Via Campesina,, malgré qu’elle n’était pas des mieux placée,  rendit cela très clair dans la conférence, faisant preuve de consistance, d’humilité et de la force de la vie paysanne. Les fonctionnaires européens ne s’attendaient pas autant de critiques, et ils furent surpris par les applaudissements que reçurent chaque compagnon et compagnonne qui levait la main et parvenait à exprimer ces idées. Avec des visages africains, asiatiques, latino-américains et européens, ici, est apparue la voix paysanne, millénaire, vive et porteuse d’espoir.

Il est à espérer que cette situation se reproduise sur tous les continents, un fort débat autour de l’année de l’agriculture familiale.

Pour l’année à venir se dessinent d’importants défis idéologiques et politiques. Nous devons parvenir à potentialiser la mobilisation et la lutte dans le monde entier, soutenant nos luttes historiques. Réforme Agraire pour la Souveraineté Alimentaire, aiguisant le regard sur notre principal ennemi : Les corporations transnationales et leur projet idéologique et technologique.

Il est fondamental d’établir les meilleures alliances, de parvenir à connecter tous les processus de lutte et de résistance, avec des messages qui soient capables de transmettre quels sont les enjeux « La subordination totale de l’agriculture aux intérêts des corporations », ce n’est pas un problème des paysans, c’est le problème de l’humanité toute entière. Pour cela notre projet paysan et populaire doit pouvoir s’intégrer dans un projet politique populaire qui exprime les projets des secteurs populaires paysans, travailleurs, désoccupés, indépendants et professionnels, qui permettent que nos luttes et projets soient reflétés dans les politiques publiques.

En Amérique Latine, nous avons le défi de porter le débat à l’ALBA, UNASUR, MERCOSUR, à la CELAC, et porter ce débat dans ces scénario qui ont permis de grandes avancées vers l’intégration anti-impérialiste et la construction d’une nouvelle hégémonie, mais qui a présent se retrouve engagé dans une grande bataille concernant le modèle à suivre, et dans laquelle la re-primarisation des économies est une grande menace.

Difficile de concevoir une Amérique Latine unie et libre si son agriculture reste subordonnée aux corporations et dans cette discussion, la question technologique est clé, l’agro-écologie doit avoir le caractère d’une « innovation ». La Banque du Sud devrait devenir un outil qui permette aux gouvernements de financer le développement agricole rural depuis la perspective de la Souveraineté Alimentaire et La Réforme Agraire est une politique continentale urgente.

Cela sera possible en renforçant les organisations et en amplifiant nos luttes, avec un caractère créatif et diversifié, combinant l’action directe, avec l’action politique et le dialogue avec ces gouvernements progressistes et populaires articulant au niveau continental, national et local. Conservant l’autonomie nécessaire pour éviter que la bureaucratisation étatique et libérale et le scénario à court terme des gouvernements ne rendent la marche trop lente.

Les paysans et paysannes, nous allons continuer à alimenter les peuples, octroyant la vie et la liberté, c’est cela notre tâche historique.

Traduction Anne Wolff

 

Source  espagnole Los gobiernos europeos en las manos de las corporaciones | Minga Informativa

2014 : Année internationale de l’agriculture familiale

Une année pour orienter radicalement les politiques agricoles en faveur de l’agriculture paysanne familiale

Communiqué de Presse de la Coordination Européenne Via Campesina.

2014 : Année internationale de l’agriculture familiale

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(21 Novembre 2013- Bruxelles) Ce vendredi 22 novembre, l’Organisation des Nations Unies lancera à New-York l’Année Internationale de l’Agriculture Familiale, en 2014. Depuis 1993, La Via Campesina est la seule organisation internationale qui défend quotidiennement l’agriculture familiale paysanne dans le monde avec plus de 160 organisations dans 79 pays et plus de 200 millions de paysans/nnes représenté(e)s. En Europe, la Coordination européenne Via Campesina (ECVC membre de LVC)

est présente dans plus de 18 pays d’Europe et fédère des organisations de paysans et de travailleurs agricoles sous la bannière de la souveraineté alimentaire et de l’agriculture paysanne – essence même de l’agriculture familiale.

A quelques jours de la conférence organisée sur le sujet par la Commission européenne le 29 novembre, il est indispensable de rappeler quelques faits.

Les petites et moyennes exploitations agricoles paysannes sont l’épine dorsale économique et sociale de l’agriculture européenne, la plus puissante de la planète, où les fermes ont 14 ha de terre en moyenne, dont plus de 69 % faisant moins de 5 ha et seulement 2,7 % plus de 100 ha.

Basée sur la capacité et l’intensité du travail – et non le capital – adaptées à l’infinie diversités des conditions naturelles, sociales et économiques, ces structures productives garantissent la sécurité et la diversité alimentaire des citoyens européens, et sont un modèle de durabilité sociale, économique et écologique. C’est une agriculture pour vivre, non une activité spéculative.

Pourtant, années après années les politiques s’appliquent à les faire disparaître dans une pseudo-modernité inadaptée aux enjeux du 21ème siècle et à la crise globale qu’affrontent les peuples européens.

Il faut aujourd’hui encourager la relocalisation des productions agricoles, et mettre en place, sans attendre, des politiques basées sur les principes de la souveraineté alimentaire pour soutenir, maintenir et élargir la durabilité économique et sociale du modèle de l’agriculture paysanne.

Il faut assurer dès aujourd’hui l’installation de nouveaux d’agriculteurs, avec des jeunes mais aussi de nouveaux entrants en provenance des autres secteurs économiques en crise qui n’offrent pas d’avenir.

Il faut faire évoluer l’idée même de l’agriculture familiale, suivant en cela l’évolution de la famille en Europe, loin du patriarcat et sans discrimination.

La politique foncière doit évoluer, selon les directives validées par les Etats au Comité Sécurité Alimentaire de l’Organisation des Nations Unies pour l’Agriculture et l’Alimentation (FAO).

Les réglementations concernant l’hygiène doivent être adaptées aux réalités de l’activité familiale.

La réglementation sur les semences doit soutenir le contrôle paysans sur cet élément fondamental de toute production agricole, et non favoriser uniquement l’industrie semencière.

Il faut des financements plus adaptés aux petites fermes que dans les programmes actuels de développement rural.

Il faut faciliter la création de nouveaux circuits de marché bien plus appropriés à l’agriculture paysanne familiale.

ll faut réguler les marchés pour garantir des prix rémunérateurs et stables.

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Il est enfin indispensable de permettre l’organisation collective et solidaire de l’agriculture paysanne familiale.

ECVC appelle les institutions internationales, et notamment l’Union Européenne, à se montrer cohérentes et systématiques dans la définition des politiques agricoles. L’année de l’agriculture familiale ne doit pas être un voile de communication pour faire oublier les négociations actuelles cruciales telles l’accord commercial avec les Etats-Unis – destructeur pour les paysans –, celles sur la réglementation concernant les semences et les derniers ajustements de la future PAC .

Seuls ces changements radicaux de politiques assureront la reconnaissance et l’avenir de l’agriculture familiale au delà de l’année 2014.

« On a besoin des petites fermes ! »

Porte Parole :

Geneviève Savigny : +33 6 25 55 16 87

Andrea Ferrante: +393480189221

Source :
Une année pour orienter radicalement les politiques agricoles en faveur de l’agriculture paysanne familiale

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Les états d’Anne

Maria José, jeune hondurienne sur la route de l’enfer

 

 

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Propos recueillis par Ilka Oliva Corado

5 novembre 2013 

. Il y avait des centaines de personnes qui se lançaient à l’assaut du train en marche, et moi aussi je devais grimper, mais je ne savais comment parce que j’avais peur de tomber sur les voies et que le train me passe dessus.

Passaient les wagons, les citernes, les containers mais on conseille à ceux qui s’en vont de monter sur un wagon ou sur le toit d’un container parce que les citernes, c’est très dangereux, de là bien des personnes sont tombées, et elles se sont tuées.

 

J’ai traversé le rio Usumacinta à Tenosique, Tabasco. Je suis hondurienne, nous avions voyagé en camionnette jusqu’à côté d’el Petén, Guatemala et de là, nous avons traversé sur un radeau. Mais à peine avions nous mis les pieds au Mexique que déjà la police nous demandait de l’argent, les autres personnes de mon groupe, oui, elles ont payé ; mais moi, j’avais seulement pour trois jours de nourriture et ils me l’ont prise et ils m’ont conduite à part, vers la patrouille, là, le chef des policiers m’a prise, il m’obligea à lui pratiquer  le sexe oral et il me pris aussi, par derrière, comme si je ne ressentais pas la douleur, comme s’ils pensaient que j’aimais ça, qu’on me prenne, comme ça, de dos, si vous aviez entendu ce qu’ils me disaient, ce sont des pervers, vous auriez du entendre ce qu’ils me disaient, que nous autres, les centraméricaines nous venions au Mexique en quête, parce que nos hommes ne servent à rien. Il me dit que nous étions toutes des putes, qui nous venions pour travailler dans des bars à putes.

Ils me laissèrent partir en me disant que si je racontais quoi que ce soit, ils me mettraient en prison pour une année, et qu’après ils me renverraient dans mon pays. Je savais déjà que cela pouvait se produire, quelques-unes de celles qui rentraient dans mon quartier après avoir été ainsi déportées me l’ont raconté, c’est  à cause de cela que j’avais fait l’injection, pour ne pas me retrouver enceinte si cela se produisait.

Carava

Caravane des familles de migrant(e)s disparu qparties d’Amérique Centrale

 

J’avais 16 ans et j’avais laissé mon bébé de cinq mois aux soins de ma grand-mère maternelle, c’est le fils de mon oncle Juan, le frère de ma maman, il m’a violée et mise enceinte, moi, j’ai tout de suite raconté à mes parents ce qui c’était passé, mais ils me dirent que c’était de ma faute, que je m’étais soumise, mon oncle était déjà marié et il a quatre filles. Ils me dirent que si je disais quoique ce soit, ils me jetteraient dehors et quand les gens demandaient de qui j’étais enceinte, ils répondaient qu’ils n’en savaient rien parce que je ne voulais pas le dire.

J’ai eu mon enfant et je l’ai confié à ma grand-mère qui m’a conseillé de partir pour les Etats-Unis afin de pouvoir l’élever. Je l’aime, c’est mon fils, le sang de mon sang, tu l’aurais vu, bien portant, et beau, pesant près de 9 livres et il ressemble à ma maman. Je l’ai vu en photos.

Non, je n’ai pas étudié, je travaillais dans une maquila (NdT : fabrique des zones franches où les ouvriers essentiellement des femmes sont surexploités, quasi incarcérés parfois), je coupais les doublures des pantalons de toile. Je n’ai fait que les primaires. La vérité, c’est que jamais je n’ai pensé à aller à l’université, cela vole trop haut pour moi, c’est pour d’autre sorte de gens pas pour ceux qui sont fauchés comme nous, pour certains, ce qui les préoccupe, est de se demander comment ils vont faire pour avoir à manger, payer l’électricité, et l’eau, pour qu’elles ne soient pas coupées ;

Mon fils, oui, je voudrais lui permettre d’étudier, parce que je ne voudrais pas qu’il reste stupide, comme sa maman, j’aimerais qu’il soit docteur, ou ce qui lui plaira, mais moi j’aimerais qu’il soit un de ces docteurs qui paraissent si élégants quand on les voit dans leurs blouses blanches.

Bon, cela m’a fait mal de le laisser parce que c’est mon fils, mais dès que je me suis retrouvée enceinte de mon oncle, ma famille n’a fait que me chercher querelle, sans arrêt, ma maman me frappait, pour que mes chaleurs me passent, disait-elle, et elle plaignait mon oncle, le pauvret, qui avait été obligé par sa nature d’’homme de me faire le mal. Moi, je ne pouvais pas vivre comme ça, alors j’ai décidé de partir pour un mieux.

 

Cela a été fort difficile de me décider à sauter parce que le train allait très vite mais si je ne le faisais pas, je resterais là, et moi, ce que je voulais, c’était d’arriver à Maryland parce que là vivait une tante qui est une sœur de ma maman. Après ce que me fit le policier, je ne pouvais plus marcher, on me renseigna une auberge pour les migrants, là ils me reçurent et me donnèrent des médicaments contre la douleur, vous devriez voir quels gens, tellement bénis qu’ils s’enlèvent le pain de la bouche pour le donner à des inconnus. Je n’étais pas la seule m’être fait violer, plusieurs autres avaient été violées dans le train parce qu’une bande de cagoulés le prit d’assaut, ils disaient qu’ils étaient des Zetas. Ils demandèrent beaucoup d’argent en dollars et comme les gens n’en avaient pas, ils dirent qu’ils en jetteraient quelques-uns du train et que les autres, ils les tueraient à coups de machette. Moi, j’’ai vu deux hommes sans jambes parce que le train les leur a coupées lorsqu’ils tombèrent sur la voie, taisez-vous, c’est d’un sordide tout ça.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

(.La Bestia, la bête esst le nom donné au trains qu’empruntent les migrants)

 

 

L’un vient peiner sur d’autres terres que les siennes par nécessité, voyez-vous, si chacun avait à manger, il ne quitterait pas son pays. Quoique, regardez, moi j’avais à manger, même si ce n’était que des tortillas avec du sel, mais mon cœur ne pouvait supporter tant de douleur, tant de mauvais traitements et d’humiliations, je devais rencontrer mon oncle quand il venait avec sa famille rendre visite à la mienne, et sa femme, elle aussi savait ce qu’il m’avait fait et avait cessé de me parler, elle aussi rejetait la faute sur moi.

 

C’est alors que quelques filles me dirent qu’elles allaient prendre la route et me proposèrent de venir avec elles, nous sommes parties avec celui du passage , il ne nous a pas conduites plus loin que la frontière entre le Guatemala et le Mexique, là nous pensions travailler, même à ramasser les ordures dans les locaux en attendant, mais nous étions toutes décidées à partir. L’une avait plus d’argent que les autres et toutes plus que moi, c’est bien à cause de cela que le policier m’a prise rien qu’à moi, elles, je ne les ai pas revues parce qu’elles sont montées dans le train.

Si quelqu’un déjà, est en terre étrangère, et qu’en plus il n’a pas d’amis, vous comprenez, elles sont parties, elles ne m’ont pas attendue, alors qu’elles sont du même coin que moi, là où je vivais au Honduras, et en vérité, je ne sais pas ce qu’elles sont devenues, peut-être qu’elles vont bien, si elles n’ont pas été séquestrées ou si elles n’ont pas fini par là, noyées dans le rio Bravo.

Je me suis armée” de courage et je m’en fus déterminée et voyez-vous, s’il n’y avait pas eu un homme pour m’attraper par les cheveux, je vous dis que je serais tombée sur les voies, il me tira vers le haut et me coinça dans l’échelle. Moi, je tremblais, effrayée voyant ce vol et ces gens qui s’accrochaient comme des désespérés. Cela m’a renversé l’âme de voir tant de mômes seuls, des fillettes de 6 ans qui allaient seulettes.

 

La galère nous tomba dessus après que nous soyons entrée à Tamaulipas, quand le train s’arrêta, des hommes nous attendaient, vêtus de noirs et bien armés avec des pistolets et des machettes, pour dieu, taisez-vous, des policiers et des soldats les accompagnaient, les malheureux étaient de connivence, ils nous ont laissé approcher et nous autres nous avons commencé à sauter des wagons et à partir en courant entre les voies, quelques-uns sont partis vers la montagne, et voyez-vous, de la montagne sortirent encore plus de policiers et de soldats, la vérité est que beaucoup réussirent à s’échapper parce que nous étions des centaines mais à nous autres la malchance nous toucha. Nous sommes restés trois jours sans manger et supportant le soleil et résistant au froid, il a plu un jour entier, nous étions trempés comme des soupes.

Moi, je m’imaginais ce qu’ils allaient nous faire et je pensais à mon bébé, et je me demandais si je le reverrais et que moi, j’allais rester ici, sans personne pour me reconnaître, sans enterrement et si loin de ma maison. Ils ont coupé les mains de beaucoup d’hommes parce qu’ils ne pouvaient pas payer  les cent dollars que les hommes en noirs leur demandaient, ils disaient qu’ils étaient du cartel del Golfo, là voyez, les policiers et les soldats étaient tout excités, et tous frappaient les pommettes des migrants avec les crosses de leurs pistolets, les os tonnaient  quand ils les brisaient.

Ils leurs dirent qu’ils ne nous laisseraient pas partir vivants, mais que ceux qui payeraient ils ne leur toucheraient pas un cheveu et les laisseraient aller, alors qu’à ceux qui ne pouvait payer, ils leur prendraient tout. Ils nous violèrent pareil, hommes et femmes, les hommes, ils les mirent à quatre pattes et leur firent descendre leurs pantalons, ils les obligèrent aussi à sucer leurs engins, les obligèrent à avaler leur semence, et ensuite, ils leur tiraient une balle dans la tête. D’autres, ils les violèrent et à la fin ils leur mettaient un piment coupé en deux au derrière et leur disaient que c’était pour qu’ils n’oublient pas comme était forte la brûlure du piment mexicain. Vous les imaginez, remplissant leurs sacs de piments ? Ce sont des maudits.

auberge des migrants, tenue par le père Heyman Vazquez Medina

Nous, je ne sais pas en vérité, ce qui nous a sauvés, parce qu’ils nous violèrent aussi, j’ai perdu connaissance parce qu’ils étaient nombreux, quand je me suis réveillée, j’étais ensanglantée et il faisait déjà nuit, on m’avait traînée dans la montagne, nous étions plusieurs et nous n’étions pas capables de nous lever, figurez-vous que les femmes du village nous ont aidés parce que, dirent-elles, les autorités ne se mêlent pas de ça et que les pompiers n’aident pas et que les hôpitaux ce qu’ils font quand arrive un migrant, ils le tuent et ils vont l’enterrer comme x ou y dans les fosses pour ne pas subir d’enquête d’aucune sorte.

Des villageoises nous ont aidées et elles nous ont emmenées dans leur maison et là nous attendaient des étudiants en médecine qui collaborent avec elles, à beaucoup de celles d’entre nous qui avaient été violées, ils avaient brisé une partie des os des hanches, les fillettes ne survécurent parce que comme elles ne donnaient pas d’elles-mêmes, ils les défoncèrent.

Voyez, ils ont tué une soixantaine de personne cette nuit-là et les nouvelles n’en dirent rien, aucune autorité ne se mêle de rien. Les habitants du village ce qu’ils firent c’est demander la permission au veilleur du cimetière et ils creusèrent une fosse, et là ils mirent les corps dont beaucoup n’avaient plus de mains, et à d’autres ils manquaient les yeux, certains étaient tranchés en deux, beaucoup avaient une balle dans la tête.

Ils nous emmenées à 5 dans la même maison et les 5, nous nous sommes accrochées les unes aux autres, avec force, vous voyez,  il y avait deux guatémaltèques, une salvadorienne et nous étions deux Honduriennes. Nous sommes restées là, à récupérer, notre famille des Etats-Unis envoya de l’argent pour payer « el coyote » (le passeur) qui nous fit franchir le rio Bravo. Les villageoises elles-mêmes, nous recommandèrent ce passeur, un bon gars, ils ne sont pas tous mauvais, vous savez.

Mur entre le Mexique et les Etats-Unis © Grupo marxista

Mur entre le Mexique et les Etats-Unis
© Grupo marxista

Nous arrivâmes à Brownsville, Texas. Chacune

d’entre nous fut recueillie par ses parents, l’échange se fit dans le parking d’un lavoir dans un centre commercial. Ma tante n’a pas de papiers a cause de cela elle n’avait pas pu venir à la frontière et c’est un ami à elle qui lui fit cette faveur.

Il y a deux que je vis ici au Maryland, je travaille dans un hôtel avec ma tante, nous nettoyons les chambres, personnellement, j’en ai 18 à nettoyer chaque jour, plus 8 salles de bain, de celles qui sont dans les couloirs, je gagne le salaire minimum.

J’aimerais envoyer chercher mon fils mais regardez, ce avec quoi je vis n’est pas suffisant, même si je me déteste de ne pas être avec lui, il est mieux là-bas, je vais travailler ici parce que je veux qu’il aille à l’université et je voudrais construire ma maisonnette, monter un commerce et rentrer chez moi, être ici ce n’est pas une vie, on est comme des esclaves et on ne peut pas sortir parce que la police des migrants est de tous côtés , comme si nous étions des délinquants.

Mes amies m’appellent au téléphone pour me demander des conseils parce qu’elles voudraient prendre la route du Nord, je leur dis de ne pas commettre cette folie au nom de Dieu, qu’ici on souffre trop mais elles ne me croient pas, elles pensent que parce que j’y suis déjà je ne veux pas qu’elles viennent découvrir les Etats-Unis, elles disent que je m’y crois parce que je suis en train de construire la maison de ma grand-mère.

Je ne peux plus dormir bien, j’ai des cauchemars et des insomnies qui me tuent, tout me revient, mais ils me disent que c’est normal et que cela arrive à la majorité de ceux qui viennent sans papiers

Oui, le soir j’étudie l’anglais, je vais à l’école pour adulte, c’est gratuit et il faut que je profite de cette opportunité. Je souhaite avoir des papiers, mais la réforme migratoire, comme le dit ma tante; est une vieille légende.

 

 

Traduction Anne Wolff

Source en espagnol María José (otro relato de Ilka Oliva) – Resumen Latinoamericano

Pour en savoir plus, une série d’articles sur Espoir Chiapas – Esperanza Chiapas d’où viennent les photos.

A lire également

Mexique : des corps vidés d’organes découverts dans plusieurs charniers

 

A réfléchir Solalinde fait remarquer qu’organiser un trafic d’organes demande des complicités dans le corps médical. Maria José nous dit que ceux qui s’adressent à l’hôpital sont tués et jetés dans des fosses, y a-t-il un lien ?

http://les-etats-d-anne.over-blog.com/article-maria-jose-jeune-hondurienne-sur-la-route-de-l-enfer-121108396.html

ALERTA : Los Estados Unidos preparan ejércitos regionalizados

Comando Sur

par Roberto M. Yepe Papastamatin *

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Los Estados Unidos preparan ejércitos regionalizados La nueva estrategia regional de los Estados Unidos requiere una respuesta de América Latina y el Caribe, y esa respuesta también debería ser regional. Sin dudas es un tema sumamente pertinente para discutir en el Alba-TCP, el Consejo de Defensa de UNASUR y en la CELAC.

El pasado 19 de octubre el diario The New York Times publicó un reportaje que debiera preocupar seriamente a todos los gobiernos y las fuerzas políticas y sociales que defienden la soberanía de sus respectivos países y que luchan por un mundo más equilibrado. Con el sugestivo título de « Los Estados Unidos preparan una estrategia para África, en Kansas » [ U.S. Army Hones Antiterror Strategy for Africa, in Kansas ], el trabajo del periodista Eric Schmitt impresiona por la claridad con la que revela la estrategia del Pentágono para superar los fiascos de Afganistán e Iraq y mantener la supremacía hegemónica de los Estados a nivel mundial, esta vez con una utilización más eficiente del poder militar.

Según el reportaje, miles de efectivos militares anteriormente destinados a Iraq y Afganistán se están alistando en Fort Riley, Kansas, para desarrollar misiones en África, como parte de una nueva estrategia del Pentágono para entrenar y asesorar fuerzas nativas en el enfrentamiento a « amenazas terroristas » y « otros riesgos de seguridad », de manera que las fuerzas estadounidenses no tengan que hacerlo directamente. En la etapa inicial de este programa, se está utilizando una brigada de 3 500 efectivos de la Primera División de Infantería del Ejército, conocida como la « Big Red One », para desarrollar más de 100 misiones en África durante el próximo año. Estas misiones abarcarían desde equipos de dos francotiradores en Burundi, hasta ejercicios aerotransportados y humanitarios en Sudáfrica con agrupaciones de 350 soldados. Equipos de la brigada que se prepara en Kansas ya han entrenado a fuerzas en Kenya y Tanzania que en este momento están enfrentando al movimiento Al-Shabab en Somalia. Según el teniente coronel Robert E. Lee Magee, cuyo batallón ha enviado tropas a Burundi, Níger y Sudáfrica durante los últimos meses, y cuya unidad se desplegará en Djibouti el próximo mes de diciembre, « nuestro objetivo es ayudar a los africanos a resolver los problemas africanos, sin tener una gran presencia estadounidense ».

Siempre siguiendo el reporte del diario neoyorquino, « el Comando militar de los Estados Unidos para África es el balón de ensayo para este nuevo programa del Ejército, con la finalidad de crear brigadas alineadas regionalmente que eventualmente se extenderán a todos los comandos del Pentágono que se ocupan de las distintas zonas geográficas del mundo, incluyendo Europa y América Latina el próximo año ». Para el general Ray Odierno, Jefe del Estado Mayor del Ejército, el objetivo es alistar un ejército que pueda ser utilizado regionalmente en todos los comandos combativos, « con la finalidad de sostener y ejecutar nuestra estrategia de seguridad nacional ».

Para cualquier lector bien informado resultará evidente el significado del manido concepto de la « seguridad nacional » estadounidense. En tiempos de crisis fiscal y de un deterioro moral sin precedentes del imperialismo norteamericano, los estrategas políticos y militares de los Estados Unidos están buscando la manera de mantener su supremacía global de la manera más económica posible, y minimizando la presencia y las pérdidas de efectivos militares propios. Y para eso buscan potenciar la preparación y la movilización de fuerzas militares de otros países, en función de los intereses estadounidenses en cada escenario regional.

En el caso de América Latina y el Caribe, este nuevo diseño estratégico fue plasmado de manera transparente hace un año, en el documento del Pentágono titulado « La política de defensa para el Hemisferio Occidental », en el que se señala sin ningún pudor : « Continuará la identificación de oportunidades de colaboración para desarrollar asociaciones que trasciendan el hemisferio. Este enfoque no solo fortalece las asociaciones de los Estados Unidos en el hemisferio, sino que realza la importancia que ellas revisten para apoyar las prioridades globales de los Estados Unidos, incluyendo el vuelco hacia Asia y el Pacífico ». Es decir, lo que se pretende es lograr la movilización subordinada de las fuerzas militares latinoamericanas y caribeñas en función de los intereses estadounidenses a nivel global, y particularmente en su objetivo estratégico de mantener una posición dominante en Asia y contener la emergencia de una nueva superpotencia en esa región.

La nueva estrategia regional de los Estados Unidos requiere una respuesta de América Latina y el Caribe, y esa respuesta también debería ser regional. Sin dudas es un tema sumamente pertinente para discutir en el Alba-TCP, el Consejo de Defensa de UNASUR y en la CELAC. No se trata de previsiones agoreras de militantes radicales de izquierda o anti USA. Los propios documentos del gobierno de los Estados Unidos y la prensa de ese país nos están advirtiendo sobre lo que viene. En el nuevo equilibrio mundial que se va conformando, urge defender la autonomía estratégica de América Latina y el Caribe no solo en la dimensión política, sino también en la militar.

Roberto M. Yepe Papastamatin * para Con Nuestra América Desde La Habana, Cuba.

Con Nuestra América, 2 de noviembre de 2013

El Correo. París, le 4 noviembre de 2013