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La solitude de L’Amérique latine

Discours de réception du prix Nobel de Littérature, décembre 1982

Gabriel García Márquez (1927-2014)

Le 8 décembre 1982, Gabriel Garcia Marquez monte à la tribune de l’Académie suédoise recevoir son prix Nobel de littérature. L’auteur de Cent ans de solitude y livre un discours poignant sur son continent, dévasté par la colonisation puis déchiré par les dictatures, mais prêt à se relever. Vanity Fair vous le propose dans sa version intégrale.

Antonio Pigafetta, un navigateur florentin qui a accompagné Magellan lors du premier voyage autour du monde, a écrit lors de son passage par notre Amérique du Sud une chronique rigoureuse qui paraît cependant être une aventure de l’imagination. Il raconte qu’il a vu des cochons avec le nombril sur les hanches, des oiseaux sans griffe, dont les femelles couvaient dans le dos des mâles, et d’autres oiseaux, semblables à des pélicans sans langue au bec pareil à des cuillères. Il raconte qu’il a vu une créature animale avec une tête et des oreilles de mule, un corps de chameau, des pattes de cerf et un hennissement de cheval. Il raconte qu’ils ont mis le premier en Patagonie en face d’un miroir, et que ce géant exalté a perdu l’usage de la raison, effrayé par sa propre image.

Ce livre bref et fascinant, qui contient les germes de nos romans d’aujourd’hui, est peut-être le témoignage le plus stupéfiant de notre perception de cette époque. Les Chroniques des Indes nous en a laissés d’autres tout aussi fascinants. L’Eldorado, notre pays tant désiré et illusoire, a été dessiné sur de nombreuses cartes pendant de longues années, changeant de lieu et de forme selon l’imagination des cartographes. À la recherche de la fontaine de jouvence, le mythique Alvar Núñez Cabeza de Vaca a exploré le nord du Mexique durant huit années dans une expédition illusoire, dont les membres se sont dévorés entre eux, et dont cinq seulement, sur les 600 qui étaient partis, sont revenus. L’un des nombreux mystères qui n’ont jamais été élucidés, est celui des 11.000 mules chargées de cent livres d’or chacune, qui, un jour, sont sorties de Cuzco pour payer le sauvetage d’Atahualpa et qui ne sont jamais arrivées à destination. Plus tard, au temps des colonies, des poules, élevées dans les plaines alluviales, se vendaient à Carthagène. Dans leur gésier se trouvaient des pépites d’or. Cette soif de l’or des fondateurs nous a poursuivis jusqu’il y a peu. Au siècle passé encore, la mission allemande chargée d’étudier la construction d’un chemin de fer interocéanique dans l’isthme de Panama, a conclu que le projet était viable à condition que les rails ne fussent pas faits en fer, qui était un métal peu abondant dans la région, mais d’or.
Notre libération de la domination espagnole ne nous a pas mis à l’abri de la démence. Le général Antonio López de Santana, trois fois dictateur du Mexique, a donné des funérailles magnifiques à sa jambe droite, qu’il avait perdue dans ladite Guerres des pâtisseries. Le général Gabriel García Morena a gouverné l’Équateur durant 16 ans en monarque absolu. Son cadavre a été veillé, vêtu de son uniforme et de ses médailles de gala, assis dans le fauteuil présidentiel. Le général Maximiliano Hernández Martínez, le despote théosophe du Salvador qui a fait exterminer 30.000 paysans dans un massacre barbare, avait inventé un pendule pour vérifier si les aliments étaient empoisonnés, et a fait couvrir d’un papier rouge l’éclairage public pour combattre une épidémie de scarlatine. La statue du général Francisco Morazán, érigée sur la place principale de Tegucigalpa, est en fait celle du maréchal Ney, achetée dans un entrepôt de sculptures d’occasion à Paris.
Il y a onze ans, le Chilien Pablo Neruda, l’un des plus grands poètes de notre temps, a illuminé cette assemblée de sa parole. Depuis, les Européens de bonne volonté – et parfois de mauvaise – ont été frappés, avec une plus grande force encore, par les nouvelles fantomatiques de l’Amérique latine, ce royaume sans frontière d’hommes hantés et de femmes historiques, dont l’entêtement sans fin se confond avec la légende.
Nous n’avons pas eu de moment de repos. Un président prométhéen, retranché dans son palais en flammes, est mort en combattant seul une armée entière. Deux accidents suspects d’avions, toujours non élucidés, ont fauché la vie d’un autre président au grand cœur et celle d’un militaire démocrate qui avait restauré la dignité de son peuple. Cinq guerres et 17 coups d’États ont eu lieu. Un dictateur diabolique a émergé et mène, au nom de Dieu, le premier génocide contemporain de l’Amérique latine. Pendant ce temps, 20 millions d’enfants latino-américains meurent avant d’atteindre l’âge de deux ans, ce qui est plus que tous ceux nés en Europe depuis 1970. Le nombre d’enfants manquant à cause de la répression approche les 120.000 disparus. C’est comme si aujourd’hui on ne savait pas où étaient passés tous les habitants de la ville d’Uppsala. De nombreuses femmes enceintes ont été arrêtées et ont accouché dans des prisons argentines. On ignore encore le destin et l’identité de ces enfants, qui ont été donnés en adoption clandestine ou enfermés dans des orphelinats par les autorités militaires. Parce qu’ils ont voulu changer les choses, presque 200.000 hommes et femmes ont péri sur tout le continent, et plus de 100.000 ont perdu la vie dans trois malheureux petits pays d’Amérique centrale : le Nicaragua, le Salvador et le Guatemala. Si c’était aux États-Unis, le chiffre proportionnel serait d’1,6 millions de morts violentes en quatre ans.
Un million de personnes ont fui le Chili, un pays aux traditions pourtant hospitalières, soit 12% de sa population. L’Uruguay, minuscule nation de 2,5 millions d’habitants, qui se considérait comme le pays le plus civilisé du continent, a perdu un citoyen sur cinq dans l’exil. Depuis 1979, la guerre civile au Salvador a provoqué le départ de presque un réfugié toutes les 20 minutes. Le pays qu’on pourrait reproduire avec tous les exilés et émigrés forcés d’Amérique Latine aurait une population plus nombreuse que la Norvège. J’ose penser que c’est cette réalité extraordinaire – et pas seulement dans son expression littéraire – qui, cette année, a mérité l’attention de l’Académie suédoise des Lettres. Une réalité qui n’est pas celle du papier, mais qui vit avec nous et détermine chaque instant de nos innombrables morts quotidiennes, et qui nourrit une source de création insatiable, pleine de douleur et de beauté, de laquelle ce Colombien errant et nostalgique n’est qu’un bénéficaire de plus parmi d’autres, distingué par la chance. Poètes et mendiants, musiciens et prophètes, guerriers et racailles, toutes les créatures de cette réalité effrénée ont eu très peu à demander à l’imagination, parce que le plus grand défi fut pour nous l’insuffisance des moyens conventionnels pour rendre notre vie crédible. C’est cela, mes amis, le nœud de notre solitude. 
Si ces difficultés, dont nous partageons l’essence, nous engourdissent, il est compréhensible que les talents rationnels de ce côté du monde, exaltés par la contemplation de leurs propres cultures, sont restés sans méthode valable pour nous définir. Il est naturel qu’ils insistent pour nous définir avec les mêmes critères qu’ils utilisent pour eux-mêmes, omettant que les épreuves de la vie ne sont pas égales pour tous, et que la recherche de l’identité propre est aussi ardue et sanglante pour nous qu’elle le fut pour eux. L’interprétation de notre réalité avec des schémas qui ne sont pas les nôtres contribue seulement à nous rendre de plus en plus méconnus, de moins en moins libres, de plus en plus solitaires. Peut-être l’Europe vénérable serait plus compréhensive si elle essayait de nous voir à travers son propre passé. Si elle se rappelait que Londres a eu besoin de 300 ans pour construire sa première muraille et de 300 autres années pour avoir un évêque ; que Rome s’est débattue dans les ténèbres de l’incertitude pendant 20 siècles avant qu’un roi étrusque ne l’implantât dans l’histoire ; que ces Suisses pacifiques d’aujourd’hui, qui nous régalent de leurs fromages doux et de leurs montres apathiques, ont ensanglanté l’Europe avec leurs mercenaires, pas plus tard qu’au XVIe siècle. Même à l’apogée de la Renaissance, 12.000 lansquenets à la solde des armées impériales pillèrent et dévastèrent Rome, et passèrent au fil de l’épée 8000 de ses habitants.
Je ne cherche pas à incarner les illusions de Tonio Kröger, dont les rêves d’union entre un Nord chaste et un Sud passionné exaltaient Thomas Mann il y a 53 ans dans ce même lieu. Mais je crois que les Européens à l’esprit éclairé, qui luttent, ici aussi, pour une grande patrie plus humaine et plus juste, pourraient mieux nous aider s’ils reconsidéraient à fond leur manière de nous voir. La solidarité avec nos rêves ne nous fera pas nous sentir moins seuls tant qu’elle ne se concrétisera pas dans des actes de soutien légitime aux peuples qui assument l’illusion d’avoir une vie à eux dans la répartition du monde.
L’Amérique latine ne veut et n’a pas de raison d’être un fou sans volonté propre. Il n’est pas, non plus, chimérique de penser que sa quête d’indépendance et d’originalité devrait devenir une aspiration occidentale. Cependant, les progrès de la navigation, qui ont réduit tant de distances entre nos Amériques et l’Europe, semblent, en revanche, avoir augmenté notre distance culturelle. Pourquoi l’originalité qu’on nous admet sans réserve dans la littérature nous est refusée avec toute sorte de suspicions dans nos si difficiles tentatives de changement social ? Pourquoi penser que la justice sociale, que les Européens progressistes essaient d’imposer dans leurs pays, ne pourrait-il pas être aussi un objectif latino-américain, avec des méthodes distinctes dans des conditions différentes ?
Non : la violence et la douleur démesurées de notre histoire sont le résultat d’injustices séculières et d’amertumes innombrables, et non un complot ourdi à 3000 lieues de notre maison. Mais nombre de dirigeants et penseurs européens l’ont cru, avec l’infantilisme des anciens qui ont oublié les folies fructueuses de leur jeunesse, qu’il était impossible de trouver une autre destiné que de vivre à la merci des deux maîtres du monde. Telle est, mes amis, l’ampleur de notre solitude.
En dépit de tout ceci, face à l’oppression, au pillage et à l’abandon, notre réponse est la vie. Ni les déluges ni les pestes, ni les famines ni les cataclysmes, ni même les guerres éternelles à travers les siècles et les siècles n’ont réussi à réduire l’avantage tenace de la vie sur la mort. Un avantage qui grandit et s’accélère : chaque année il y a 74 millions de naissances de plus que de décès, un nombre suffisant de nouvelles vies pour multiplier, chaque année, sept fois la population de New York. La majorité de ces naissances ont lieu dans des pays avec moins de ressources, et parmi ceux-ci, bien sûr, ceux d’Amérique latine. En revanche, les pays les plus prospères ont réussi à accumuler assez de pouvoir de destruction pour anéantir cent fois non seulement tous les êtres humains qui ont existé jusqu’à aujourd’hui, mais la totalité des êtres vivants qui sont passés par cette planète de malheur.
Un jour comme celui-ci, mon maître William Faulkner a dit dans ce lieu : « Je me refuse à accepter la fin de l’Homme. » Je ne me sentirais pas digne d’occuper cette place qui était la sienne si je n’avais pas pleinement conscience que la tragédie colossale, qu’il se refusait à voir il y a 32 ans, est, pour la première fois depuis les origines de l’humanité, bien plus d’une hypothèse scientifique.
Devant cette réalité saisissante qui a dû paraître une utopie durant tout le temps humain, nous, les inventeurs de fables qui croyons tout, nous sentons le droit de croire qu’il n’est pas encore trop tard pour entreprendre la création de l’utopie contraire. Une utopie nouvelle et triomphante de la vie, où personne ne peut décider pour les autres de leur façon de mourir ; où l’amour prouve que la vérité et le bonheur sont possibles ; et où les races condamnées à cent ans de solitude ont, enfin et pour toujours, une deuxième chance sur terre.


Les états d’Anne 


Merci à Vanity Fair
Source:http://www.nobelprize.org/nobel_prizes/literature/laureates/1982/marquez-lecture-sp.html
Date de parution de l’article original: 20/04/2000
URL de cette page: http://www.tlaxcala-int.org/article.asp?reference=12095

L’avenir du Venezuela


"Pacíficos" manifestantes opositores amarran a joven a un poste, en el sector Los Mangos de Ciudad Guayana.

 

Des images d’horreur. Nous savions déjà que le Venezuela subissait l’infiltration de paramilitaires, y compris des francs-tireurs assassins qui chaque jour allonge la liste des morts et des blessés. Des membres de la Garde Nationale Bolivarienne, un employé d’une station de télévision, une artiste chilienne qui nettoie une barricade, un passant au hasard. Avant-hier c’est une jeune femme enceinte de 5 mois qui voulait franchir une barricade qu’ils ont abattue.

Nous avions pu voir la froideur de leur cœur, quand ils empêchaient une ambulance de passer et que la vieille dame qui s’y trouvait est morte faute de soins urgents, quand ils faisaient de même avec des parents qui conduisaient à pied leur enfant chez le médecin , ou qu’ils se moquaient d’un vieux Monsieur qui franchissait avec difficulté les ordures qui barrait la rue sans penser à leur tendre une main secourable. Une multiplicité d’actions sadiques, à différents moments, en différents lieux. Des faits quotidiens depuis le 12 février.Ici nous franchissons le seuil de la TORTURRE ! assumée avec le sourire, ce qui la rend encore plus abominable.

Nous franchissons un niveau de l’horreur. Le résultat des formations données par la CIA et OTPOR à des centaine dejeunes Venezueliens à Miami, en Serbie, se manifeste et devrait réveiller les consciences.

Un homme voulait traverser une de leur barricade, en voiture. Cela se passe à Ciudad Guyana, un lieu qui a récemment vu ses ardeurs putschiste réanimées par une visite de l’ex députée Maria Corina Machado, venue les encourager à poursuivre leurs « actions de rue ».

Les jeunes Violents, comme on les appelle là-bas, on arrêté ce monsieur, l’accusant d’être un voleur. Ils avouent également n’avoir aucune preuve de ce qu’ils affirment.

Relisez le Loup et l’Agneau…

« Si ce n’est pas toi qui nous a volé qui alors l’a fait ? » demande un des Violents.

Les Violents vont suggérer diverses formes de torture pour soumettre l’homme à la question, en bons héritiers de l’Inquisition. Entre lui envoyer du gaz lacrymogène en bouche et lui et lui enfoncer des objets « dans le cul », l’imagination au pouvoir !

La scène a été enregistrée par un journaliste populaire qui enregistre les actions de ses troupes fascistes et néonazies. Dans cette vidéo on veut voir un de ces rebuts d’humanité affirmer « Nous sommes l’avenir du Venezuela »

NON !

La video est ici :  (VÍDEO) Turba de opositores golpea a hombre y lo amarra con guayas frente a barricada en Los Mangos, Ciudad Guayana et voici les photos. Ceci est l’œuvre de cette opposition minoritaire qui prétend renverser le président élu, un président qui – après un an en fonction dans des circonstances de coup d’état permanent qui s’est mué en guerre de basse intensité – s’il se présentait aujourd’hui obtiendrait 55% des suffrages, alors que 70 à 80% de la population le soutien dans son action de Pacification de Pays.

Les Pacifiques Manifestants, des gamins, demain le vôtre ?  déshumanisés par les méthodes d’OTPOR et de la CIA en action :

 

Joven amarrado a un poste por manifestantes opositores en Los Mangos, Ciudad Guayana.

Joven amarrado a un poste por manifestantes opositores en Los Mangos, Ciudad Guayana.

Credito: Twitter @JRodriguezPSUV

"Pacíficos" manifestantes opositores amarran a joven a un poste, en el sector Los Mangos de Ciudad Guayana.

« Pacíficos » manifestantes opositores amarran a joven a un poste, en el sector Los Mangos de Ciudad Guayana.

Credito: Twitter @GNBCORE8

"Pacíficos" manifestantes opositores amarran a joven a un poste, en el sector Los Mangos de Ciudad Guayana.

« Pacíficos » manifestantes opositores amarran a joven a un poste, en el sector Los Mangos de Ciudad Guayana.

Credito: Twitter @GNBCORE8

Joven amarrado a un poste por manifestantes opositores frente a barricada en Los Mangos, Ciudad Guayana.

Joven amarrado a un poste por manifestantes opositores frente a barricada en Los Mangos, Ciudad Guayana.

http://les-etats-d-anne.over-blog.com/article-l-avenir-du-venezuela-123091032.html

  • Nom : Anne Wolff Le blog de Anne Wolff

Les États d’Anne

Le gouvernement des USA, cartel majeur de la drogue du Mexique au Honduras

 https://espanol5pazcurbelo.wikispaces.com/file/view/honduras_transit.JPG/64908596/honduras_transit.JPG

Honduras: sous la dictature du cartel nord-américain de la drogue

Par Ollantay Itzamná

26janvier 2014 – Qui croyait que l’incertitude et la désintégration violente  qui culmine au Honduras, accélérée par le coup d’état politico-militaire de 2009 serait résolue au moyen des rituels politiques électoraux se trompait.

Au Honduras, après ce fatidique coup d’état (exécuté avec la complicité silencieuse du gouvernement nord-américain), deux processus électoraux pour le rétablissement de l’institutionnalité démocratique ont été célébrés à présent. Quand bien même le Front National de Résistance Populaire (FNRP) participait au second processus,, quoique pour s’y voir éliminé frauduleusement. Mais loin de la démocratie, la thanatocratie (gouvernement de la mort) règne au Honduras semant la peur sous la consigne : « enfermement ou bannissement ou enterrement pour tout opposant ».

La communauté internationale (CELAC, OEA et UE incluses) et le FNRP, qui s’étaient opposées au rustique autoritarisme de Roberto Michelleti, s’en laissèrent imposer par le sourire idiot de PEPE Lobo, et se relâcha la résistance à la dictature de la mort en vigueur au Honduras[i]. Et, voici les conséquences. La persécution, la terreur et les massacres collectifs font rage dans ce pays habité par une quantité croissante de veuves et d’orphelins réfugiés dans les églises. Un pays dans lequel Madame la Mort est personnifiée par le sournois regard photoshop de Juan Carlos Orlando Hernandez, qui a déjà dicté son verdict final : «Tout opposant doit s’être confessé »

La dictature de la mort et la sanglante désintégration sociale du pays est la conséquence de l’échec de la consolidation de l’état souverain. Et cette condition d’Etat failli est la conséquence à son tour, du triomphe momentané et chaotique de la permanente intervention nord-américaine de « basse intensité »

Le Sud (CELAC, UNASUR, ALBA) n’aurait jamais du se laisser enjôler par l’Empire de la Mort (EU) qui agissait par le malsain sourire de Pepe Lobo. A présent le projet Sud doit être conscient que Juan Orlando Hernandez est le nouveau visage de l’Empire de la Mort désespéré et blessé. Une menace non seulement pour la géopolitique centre-américaine mais aussi pour la CELAC et les projets de Vie émergeants.

Les USA sont le plus grand cartel de la drogue de l’histoire du Honduras.

Le gouvernement des EU ne veut pas perdre son contrôle total du territoire hondurien parce qu’à partir de là se distribue le flux dynamique régional et continental de l’industrie du narcotrafic qui injecte d’immenses quantités de dollars frais dans le critique système bancaire nord-américain.

Sans les dollars du narcotrafic et des bénéfices de l’industrie des armes qui descendent vers le Sud, l’économie yankee se serait écroulée. C’est pour cela qu’à présent le gouvernement étasunien s’est pratiquement converti dans le cartel de la drogue le plus étendu et terrorisant du Honduras, qui n’admet aucune concurrence et encore moins d’opposition. Les cartels de Sinaloa et les Zetas, qui avant se partageaient comme un fromage le territoire hondurien[ii], à présent semblent se retrouver sous contrôle de ce cartel majeur.

 « Ici le combat n’est ni pour la démocratie, ni contre le communisme. Il est pour le contrôle total du territoire stratégique hondurien afin que l’industrie narco-militaire, libre d’obstacles continue d’injecter des devises fraîches dans le fragile système financier yankee ».

Diluer l’état, effrayer la coopération internationale et les ONG européennes et canadiennes et châtier par des assassinats sélectifs les activistes de la résistance à un but. A présent, sur ce territoire chaotique et sanglant, le cartel nord-américain contrôle la quasi-totalité des églises (évangéliques et catholiques), il n’existe plus de coopération internationale significative autre que celle de l’USAID, sur tout le territoire national, le système électoral et judiciaire est également contrôlé par ce cartel. Ce qui c’est produit avec les dernières élections frauduleuses et la subséquente alliance des deux partis traditionnels pour maintenir une apparence de gouvernement au Honduras est une évidence de plus de cette stratégie narco-criminelle de l’Empire de la mort.

Si vous avez des doutes au sujet de cette perversité, et de la manière dont un Empire en difficulté financières opère, en des points stratégiques, comme un cartel de la drogue, voyez ce qui est arrivé aux naissantes forces antidrogues du Honduras, qui officieusement, sans autorisation de la DEA, se risquèrent à abattre en 2012 une narco-avionnette qui se dirigeait vers le Nord,. Face à cette action déloyale, le gouvernement nord-américain retira son radar antidrogue, installé dans la partie nord-orientale du Honduras et laissa aveugle les restreintes Forces Aériennes du Honduras (FAH)[iii], et alla jusqu’à ordonner de destituer le chef de la FAH. Au Honduras, les narco-militaires récupèrent las narco-avionnettes confisquées pour continuer leurs opérations[iv].

Jusqu’à il y a peu, les cartels de l’industrie du narcotrafic opéraient avec une discipline et un “ordre” moyen. Sans générer un grand chaos sanglant sur le territoire. Amicaux et paternalistes avec les habitants (construisant des écoles, des églises et des centres de santé, payant des professeurs, des pasteurs, des curés et des médecins). A présent face à la fragmentation et la multiplication des cartels, ils se battent entre eux violemment pour le contrôle du territoire. Ils recoururent à l’industrie de la séquestration et à des sicaires. Ils imposent des impôts élevés aux différentes activités économiques locales. Ils utilisent jusqu’à la mystique et la spiritualité religieuse pour soumettre et se légitimer dans les communautés. Michoacán, Mexique manifeste cette évolution de la narco-industrie fragmentaire[v].

Comment opère le cartel nord-américain au Honduras ?

Mais le cartel nord-américain agit au Honduras d’une manière inédite, imposant ses acolytes comme gouvernants nationaux. Il définit les lois nationales par l’intermédiaire de ses gestionnaires au Congrès National. Il finance et promeut la croissance des églises avec pour finalité le contrôle de l’esprit et de la morale des honduriens. Monopolise les œuvres de charité internationales par l’intermédiaire de l’USAID. Remet le peu qui reste de bien commun du pays à ses subalternes serviles agglutinés dans le Conseils Hondurien de l’Entreprise Privée (COHEP), hommes de paille de consortium multinationaux. Tout cela avec pour finalité de tenir assuré le contrôle absolu et direct du stratégique territoire hondurien, inégalable piste d’atterrissage et de redistribution de l’inimaginable quantité de chargement qui file vers le Nord et les armes qui descendent vers le Sud.

Le peuple hondurien et la communauté internationale solidaire, doivent prendre conscience de cette mutation caméléonesque de l’Empire de la Mort. Ici la lutte ne se mène pas pour la démocratie, ni contre le communisme. Elle est menée pour le contrôle total du territoire stratégique hondurien par l’industrie narco-militaire, afin que libérée des obstacles, elle puisse continuer à injecter des devises fraîches au fragile système financier yankee. Pour cela, tout mouvement social et politique qui pose la refondation de l’Etat du Honduras est condamné à être annihilé.

A présent plus que jamais, il est clair que la lutte antidrogue nord-américaine a pour objectif de convertir le gouvernement nord-américain en cartel de la drogue le plus grand de l’histoire. C’est pour cela que les yankees ne gagneront jamais aucune guerre contre la drogue dans aucun recoin de la planète.

Traduction Anne Wolff

Source en espagnol

Honduras: bajo la dictadura del cartel norteamericano de la droga

Ollantay Itzamná

Rebelión

Les notes de renvoi apportant des informations importantes pour comprendre les propos de l’auteur, je vous propose des traductions libres et résumées des articles auxquelles elles se réfèrent.


[i]2 juin 2011, l’OEA réincorpore le Honduras sans exiger l’accomplissement d’élémentaires principes de justice.

Nous ne pouvons ressusciter les morts, mais nous exigeons l’emprisonnement pour ceux qui ont établit le régime de terreur du Coup d’état.

Face à cette situation les honduriens s’interrogent. Est-ce que même l’indignation de l’OEA après un coup d’état dont les auteurs ont assassiné et torturés plus de 200 personnes était feinte ?

Est-ce que ce sont des anges venus du ciel qui ont assassinés 12 journalistes sociaux sous le régime actuel ? Où sont les auteurs intellectuels et matériel du coup d’état  ? Quelle peine de prison purge Roberto Micheletti Bain, les magistrats de la Cour Suprême de Justice, les militaires et les congressistes qui ont destitué le président, utilisant jusqu’à une signature de renoncement falsifiée ?

Les auteurs du coup d’état furent récompensés

Roberto Micheletti Bain : décoré comme héros national par son complice le Cardinal Oscar Andrés Rodriguez, dans le sanctuaire de la Vierge de Suyapa en 2010. Quelque mois plus tard il fut dénoncé pour vol d’énergie électrique et pour ne pas rétribuer les services d’eau de ses entreprises. Il est actuellement un des principaux chantres de la méthode des coups d’états pour domestiquer les gouvernements progressistes de la région. N’est-il pas un archétype de Frankenstein pour la région ?

De même, les Magistrats de la Cour suprême qui ont galvanisé le coup d’état, les politiques qui l’ont légalisé sont toujours en place. Les premiers envoient les dissidents en prison, expulsent de leur fonction les juges qui manifestent leur désaccord. Et ce après leur fiction de jugement de destitution de Manuel Zelaya ! Les politiques eux, continuent a ratifier des lois perverses favorables aux entreprises privées avec pour finalité un transfert rapide des richesses du pays, de ses ressources naturelles. L’eau a été privatisée par la Loi de l’Eau, des concessions ont dépouillé le pays de sa souveraineté sur des rivières, plages, sols, bois remis entre des mains privées. Cela ne sont-ils pas de délits de lèse-humanité ?

Des lois ont été négociées comme les Plan Nation et Vision du Pays qui auront cours jusqu’à 2038, planification du transfert de la souveraineté nationale aux mains d’intérêts privés.. La loi d’Investissement public/privé qui favorise les entreprises. La loi Antiterroriste criminalise la protestation sociale. La loi de la Promotion de l’Emploi Horaire (<qui enterre les journées de 8 heures). Après avoir introduit les Cités Modèles, la Loi des Mines fut négociée en un quart d’heure derrière le dos du peuple. C’est cela la démocratie pour l’OEA ?

Le Géneral Romeo Vásquez V, auteur matériel et intellectuel du coup d’état fut récompensé par la charge de gérant général de l’entreprise nationale de télécommunication, Hondutel. Les militaires qui réalisèrent le coup d’état ont reçu en récompense la Marine Marchande et les Migrations. Osario qui dirigea l’enlèvement de Zelaya est le chef des Forces Armées du Honduras.

La persécutions suivies de torture et d’assassinat sont en vigueur sous les régime actuel. Toutes les 43 minutes une personne meure sous des tirs à balles.

C’est dans ce contexte que dans son ultime résolution l’OEA non seulement a légitimé les auteurs du Golpe, mais à justifié le retour de plus d’un siècle de massacre des droits humains au Honduras et la pratique du coup d’état dans l’Amérique Latine du 21ème siècle ! Les gouvernements du continent qui ont permis cela creusent leur propre tombe ! (et celle de leurs successeurs).

(1) http://www.rebelion.org/noticia.php?id=129607

[ii] Chapos et Zetas se disputent le Honduras

Par ITZEL REYES  10 avril 2013

Les narcotrafiquants des 2 organisations opèrent depuis des années dans ce pays, où ils appuient économiquement les campagnes électorales.

Le Honduras est la principale plaque-tournante de la drogue en Amérique Centrale. 80% du trafic de cocaïne y transite, les Zetas et le cartel de Sinaloa se disputant le contrôle du territoire.

Depuis 2010, l’organisation dirigée par Joaquin « El Chapo » Guzman (Alors déclaré ennemi n°1 au Mexique NdT) opère depuis Olancho et les villages proches du Golfe de Fonseca. Ce cartel qui est considéré comme le plus puissant du Mexique a appuyé les candidatures des maires des départements de Copán, Santa Barbara, et Cortés.

Selon un rapport du Département d’Etat US, les narcotrafiquants mexicains profitent de la faiblesse des infrastructures pour introduire par air et mer la drogue, principalement dans le secteur de La Mosquita et du Littoral Atlantique.

Le Honduras étant une première escale pour 87% des avionnettes qui transportent la cocaïne depuis le Sud. 

Et bien que le Mexique conserve la majeure partie de l’attention de la guerre du narcotrafic,le Honduras connait le taux d’homicide les plus élevés au monde, 82 pour chaque 100 000 habitants.

Les Zetas ne sont pas le seul cartel à opérer sur le territoire du Honduras, on y retrouvent divers cartels mexicains qui entretiennent des relations avec le crime organisé local., ainsi que des cartels d’origine colombienne.

Un Hondurien José Miguel Handal Perez a été identifié comme le chef d’une des organisations de narcos ayant son siège au Honduras. Il serait responsable de la coordination et de la distribution des envois de drogues qui seront ensuite redistribués par les Zetas et le Cartel de Sinaloa. Seraient également impliqués sa femme, son père et plusieurs de ses entreprises toutes situées à San Pedro Sula.

http://www.24-horas.mx/chapos-y-zetas-se-disputan-honduras/

[iii] Les EU confirment avoir confisqué un radar au Honduras. (08-09-12)

Les pièces du radar seront transportées aux EU privant laissant les militaires honduriens de Puerto Lempira démunis devant les narcos dont ils ne pourront plus repérer les avionnettes. Ces derniers n’y comprennent rien. Ils devront à présent se fier aux informations venues de Miami pour les avions en provenance des EU par contre ils n’auront plus aucun moyen d’information sur les mouvements en provenance du Sud.

Cette mesure fait suite à l’initiative des militaires d’abattre deux avions suspects de transporter de la drogue en violation des accords avec les EU. Cet accord interdit de dérouter des avions civils.  Les militaires étasuniens menaient une opération anti-narco conjointe avec les honduriens depuis la mi-juin. Mais lorsque les avionnettes en question furent détournées, aucun agent de la DEA n’était présent. A la suite de cet événement le commandant des Forces Armées du Honduras fut destitué, mais les EU nient toute intervention dans ce renvoi. « Nous ne nous ingérons pas dans les affaires internes d’autres pays »(sic) affirme leur représentant.

Le président de la cour suprême lui dit qu’une enquête a été menée concernant la violation d’un traité international bilatéral, la mise en déroute d’une avionnette par une autorité nationale qui ne respecta pas le protocole de combat contre le narcotrafic.

http://www.laprensa.hn/honduras/tegucigalpa/327797-98/estados-unidos-confirma-que-se-llev%C3%B3-radar-de-honduras

[v] Terra Caliente : clés pour une lecture anthropologique

Claudio Lomnitz

Première clé : Une tension récurrente entre des formes sociales inspirées de l’ordre militaires  et d’autres qui s’enracinent dans l’ordre familial ou communautaire.

Après le déploiement de l’armée dans la région en 2006, la Tierra Caliente fut dominée de manière informelle d’abord par les Zetas et ensuite par La Familia et depuis par les Caballeros Templarios.

Aujourd’hui la reconquête du territoire est récupérée ou revendiqué d’une part par les sites défenses communautaires et de l’autre par l’Armée fédérale.

La séquence Zeta-Familia-Caballeros Templarios-défense communautaires suggère une spirale récurrente entre stratégie de contrôle informelle inspirée par le modèle de l’armée, celui d’une structure de commandement vertical, rationnel et séparé de la société face à des stratégies fondées dans le modèle familial et de la communauté, un ordre fondé sur la complémentarité – hommes et femmes, pères et fils, peuple églises et fidèles en opposition avec l’ordre estatal, bureaucratique et  militaire qui est alors représenté comme une force déprédatrice venue de l’intérieur.

Explications. Les Zetas sont une organisation qui est née comme une scission de l’Armée et qui selon ce que disent certains experts, s’est organisée selon une chaîne de commandement et des stratégies quasi-militaire. Cette stratégie a commencé par réduire l’ennemi en miette de forme visible et publique et de cette manière semer la peur nécessaire pour pouvoir opérer en pleine impunité. C’est ce qui c’est produit en Tierra Caliente.

Les points faibles de cette stratégie ont été démontrés à de multiples reprises depuis le combat contre Zapata jusque dans les actions des armées US dans les campagnes vietnamiennes. La peur génère des abus en tous genres – et pas seulement de la part des organismes militaire ou paramilitaires) qui entraînent à leur tour un problème de gouvernement. N’importe qui utilisant cette peur peut alors se faire passer pour Zetas afin de commettre des méfaits, vols ou viols, prise de contrôle d’un village, d’un quartier….

Cela génère un mécontentement grandissant et diffus. Les Zetas ont pu dominer la Tierra Caliente, pas la gouverner. Surgit alors une seconde organisation ; La Familia michoacanne qui noua des alliances avec les communautés afin de chasser les Zetas de la région. Cette expulsion fut le fruit d’une organisation financée à la fois par le narcotrafic et par le « commerce de la protection » mais qui s’identifiât avant tout comme « locale » : La Familia michoacanne.

Le problème qui va se développer à partir de la prise de pouvoir de La Familia, c’est que la famille comme modèle peut être une forme d’organisation aussi abusive que l’armée. D’une manière ou d’une autre, La Familia comme les Zetas sont des organisations armées qui ont pour but le lucre. De la famille nous retrouvons les fondements patriarcaux mais ce modèle exponentialise le manque d’affections réelles à l’intérieur de l’ordre et pratique l’usage des armes comme instrument de domination. Ainsi La Familia favorisa les uns, châtiant les autres comme des pères arbitraires, ils violèrent les femmes de la communauté comme des pères abusifs, réveillant à nouveau l’indignation dans l’ordre familial et communautaire local.

C’est dans ce contexte que firent leur apparition les Caballeros Templariosadoptant un symbole qui n’est pas directement de l’ordre familial mais bien plutôt de l’ordre moral. Il faut se rappeler que ceci se produisit dans une région chrétienne. Ainsi la nouvelle organisation narco-locale pris pour bannière la foi chrétienne face à une Famille qui avait violé la normativité des peuples. En résumé, le désordre produit par une invasion militaire (de l’Armée fédérale) et par une invasion quasi-militaire (des Zetas) a généré tout d’abord une organisation armée liée à l’ordre communautaire (La Familia) dont les abus furent mis à profit par une troisième organisation qui se présente comme rédemptrice de l’ordre moral (Los Caballeros Templarios)

C’est alors que surgit un troisième mouvement communautaire local contre les abus, violations et assassinat par les Caballeros : les défenses communautaires. Leur mouvement a été tellement ample et étendu, qu’il a entraîné l’intervention des militaires obligés de négocier pour reprendre le contrôle de la région. Et c’est là que nous en sommes.

La tension entre un ordre fondé sur l’image du pouvoir rationnel-bureaucratique (dont l’Armée est le symbole le plus pur) et un ordre fondé sur le modèle du pouvoir communautaire (qui a pour symbole la famille et la religion) semble refléter non seulement la contamination de l’Etat par le narcotrafic, mais aussi la dissolution de la famille et le démembrement des liens communautaires.

Il semble donc que le travail de reconstruction de cette région michoacanne passe non seulement par une organisation plus effective et plus juste de l’état, ce qui a été amplement commenté, mais aussi par une recomposition des relations communautaires. Ce qui va nécessiter un large mouvement social de recomposition et de réintégration qui pourrait commencer par une recomposition de la signification des liens d’amitié.

Les mafias abusent non seulement de l’image de la communauté (la famille, la communauté religieuse) mais aussi plus spécialement de l’image de l’amitié des membres de l’organisation qui se voient comme des égaux, comme des amis. Mais comme l’expliquait déjà Cicéron, un ami ne doit jamais demander une faveur déshonorante parce que cela viole l’essence même de l’amitié. Assassiner, violer, capturer, pratiquer l’extorsion sont des activités qui n’ont rien d’honorable. Les amis qui demandent de telles faveurs ne sont pas des amis mais des complices. La complicité qui naît ainsi est une union d’intérêt et les jeunes qui qui s’abandonnent à cette relation d’intérêt n’ont d’autre avenir que l’ignominie.

Il faut donc qu’un large mouvement culturel qui commence par la recomposition des liens de l’amitié. Seul un ami digne pourra être un jour un époux digne, un père digne, un membre digne de sa communauté.

La Jornada: Tierra Caliente: lectura en clave antropológica

Source: Les états d’Anne 

Les gouvernements européens dans les mains des corporations

20130412122702

Un texte essentiel, basique, fondamental, dont chaque phrase, chaque mot est porteur d’intelligence, de sens, d’espoir

 

Conférence de l’agriculture familiale de l’Union Européenne

 

Par Diego Montón – Movimiento Nacional Campesino Indígena
Secretaría operativa CLOC Vía Campesina

04-12-2013

L’année 2014 a été déclarée année mondiale de l’Agriculture Familiale par la FAO dans le cadre de la crise alimentaire qui frappe les peuples du monde, cela semble être une opportunité pour approfondir les analyses et défis. Cependant on s’aperçoit d’emblée qu’on ne pourra éviter la bataille du sens. Que signifie Agriculture Familiale ? Quelle est son importance réelle ? Quelles sont les causes de la faim ?

Les corporations se sont déjà lancées à l’assaut pour capter la mémoire historique du rôle des paysans et paysannes, et là, elles y vont à fond, construisant une narration qui occulte les choses et subordonne l’agriculture mondiale à leurs intérêts spéculatifs.

La Conférence de l’Agriculture Familiale qu’a organisé la Commission Européenne, à la fin novembre, à laquelle nous avons participé, une vingtaine de compagnons et compagnonnes de la CLOC (Coordination Latino Américaine des Organisations des Campagnes) et de la Via Campesina fut exemplative.

Lamentablement comme pour le reste de la politique, les gouvernements européens répondent directement à l’idéologie imposée par le capital financier. Ainsi, paradoxalement à l’ouverture de la conférence il n’y eu pas d’orateurs des organisations paysannes et de l’agriculture familiales, seuls parlèrent des fonctionnaires et à notre grande surprise, un exécutif d’UNILEVER qui présenta ses « réalisations » et expectatives pour l’année de l’agriculture familiale.

Unilever est une transnationale agro-alimentaire qui dirige 400 marques dans 100 pays, fameuse pour ses « cubes » Knorr, et sa production mondiale de 50 millions de cubes par seconde. Bien que cela soit peu diffusé, dans la matière première utilisée abondent les transgéniques et agro toxiques, les conservateurs et les produits chimiques, et par-dessus le marché, des dénonciations ont été faites au sujet de ces cubes produits par le travail des infantile et précarisé.

Le discours des fonctionnaires européens est celui d’une “Agriculture Familiales” qui doit être « protégée » pour des questions de culture, et des problèmes sociaux, mais relever le défi d’alimenter l’humanité en 2050 ne sera possible que par les corporations. Ainsi le projet d’Unilever et ses programmes « d’incorporation » de l’agriculture familiale à ces chaînes productives, se transforme en projet de l’Union Européenne. Productivité, compétitivité, rentabilité, innovation, etc, sont les paroles qui prédominent dans un discours vide d’analyses, sans que soit prononcée la parole crise. C’est dire que le discours des gouvernements européens est hautement idéologique, prisonnier des narrations et négoces des corporations.

Il faut donc faire remarquer l’exception, parmi les discours officiels, que constitua l’intervention de Graziano da Silva, le Brésilien directeur de la FAO. Graziano ne rentra pas dans les causes, mais il fut clair quant à l’importance de l’Agriculture paysanne ; “Le problème n’est pas de l’ordre de la productivité, c’est une question d’accès et de la distribution des aliments (…). Les agriculteurs familiaux ont été et seront ceux qui résoudront le problème de la faim dans le monde (…). Le marché global ? Où est-ce qu’il se trouve ? Comment peut-on acheter des aliments là ?(ironise-t-il). Il faut renforcer les marchés locaux et le rôle de l’agriculture familiale. Le marché global des aliments et l’agriculture industrielle implique une immense perte d’aliments par décomposition(…) » Il faut dire que cette position novatrice de la FAO génère un scénario favorable dans contexte institutionnel international. Les gouvernements Européens par contre, comme toujours face à la crise du capitalisme et du libéralisme appliquent stupidement les recettes libérales qui ne font rien d’autre que d’empirer la situation des peuples.

Mais il y eu une autre surprise lors de cette conférence quand s’est rendu compte de la présence de Etchvere, le Président de la Société Rurale Argentine, cette entité oligarchique de propriétaires terriens qui grandit en tuant des indigènes en 1880 et s’appropriant leurs terres, et qui  continue de le faire à présent, cette entité qui a conclu des alliances avec des transnationales qui a provoqué et accompagné chaque dictature civico-militaire, qui a essayer par tous les moyens d’éliminer la démocratie. Ils vinrent comme membres de l’OMA (Organisation Mondiale des Agriculteurs), qui est devenue héritière de la FIPA et qui prétend également participer à l’année de l’agriculture familiale.

J’ai vu Etchevere et immédiatement m’est revenu à la mémoire notre compagnon Cristian Ferreira, assassiné par un sicaire dans sa maison, devant sa famille. Cristian était un dirigeant du Mouvement Paysan, un jeune, son “péché” fut de promouvoir l’agriculture paysanne et d’avoir détenu un entrepreneur qui voulait s’approprier la terre communautaire. L’entrepreneur aujourd’hui est emprisonné. La Société Rurale agit politiquement et judiciairement pour le faire libérer. De même que Cristian me passèrent en tête des centaines de paysans et de paysannes assassinés au Honduras, au Paraguay, au Guatemala, et dans tant d’autres pays de Notre Amérique Latine en lutte quotidienne pour la terre. Au cours de ces mêmes journées, un gang de nervis agressait violement un campement et un barrage établi pour empêcher la construction d’une usine de MONSANTO, dans le village de Malvinas, Cordoba, Argentine, une résistance dont les meneuses sont les mères dont les enfants souffrent ou souffraient de cancer et de leucémies causés par les fumigations au Glifosate qui se pratiquent quotidiennement dans les villages ruraux du Cône Sud et dans d’autres régions du continent

Mais les gouvernements européens nous viennent encore une fois avec les comptes de fées, d’une harmonie possible entre corporations et paysans, dans laquelle résiderait la solution. Celle d’un prétendument libre marché dans lequel nous pourrions tous être en compétition et dont les règles sont « transparente ».

Voyons quelques données : avec seulement ¼ des terres arables du monde, les paysans et paysannes alimentent 70% de la population mondiale, et selon la FAO, plus de 40% des aliments de la chaîne agro-industrielle se perdent par décomposition. 90% du marche mondial des grains est entre les mains de quatre corporations : ABC, Bunge, Cargil et Dreyfus. Monsanto contrôle 27% du marché global des semences et joint à 9 autres corporations plus de 90% du Marché des agro-toxiques. Cette concentration leur permet de faire pression par la spéculation pour que les prix des marchandises augmentent systématiquement. En plus de leur alliance étroite avec la finance internationale leur permet de disposer d’immenses masses de capital d’origine spéculative qui est utilisé pour l’accaparement de Terres, le lobbying et la pression sur les gouvernements du monde, la corruption, etc…

De quel marché libre nous parlent-t-ils ? Le marché est otage des corporations et du capital financier.

Si nous ajoutons au monopole les problèmes de perte de biodiversité et de crises du milieu ambiant provoquée par de grandes extensions de monocultures, les graves problèmes de santé et la contamination par des milliers de tonnes d’agro-toxique par fumigation non discriminée, le travail d’esclave, l’usage sans discrimination de combustibles fossiles, la destruction des marchés locaux, entre autres, il nous apparaît clairement qu’il n’est pas possible d’harmoniser l’agriculture paysanne avec l’agriculture des corporations, comme il ne sera pas possible d’en finir avec la Faim par ce modèle né de la révolution verte.

La Via Campesina,, malgré qu’elle n’était pas des mieux placée,  rendit cela très clair dans la conférence, faisant preuve de consistance, d’humilité et de la force de la vie paysanne. Les fonctionnaires européens ne s’attendaient pas autant de critiques, et ils furent surpris par les applaudissements que reçurent chaque compagnon et compagnonne qui levait la main et parvenait à exprimer ces idées. Avec des visages africains, asiatiques, latino-américains et européens, ici, est apparue la voix paysanne, millénaire, vive et porteuse d’espoir.

Il est à espérer que cette situation se reproduise sur tous les continents, un fort débat autour de l’année de l’agriculture familiale.

Pour l’année à venir se dessinent d’importants défis idéologiques et politiques. Nous devons parvenir à potentialiser la mobilisation et la lutte dans le monde entier, soutenant nos luttes historiques. Réforme Agraire pour la Souveraineté Alimentaire, aiguisant le regard sur notre principal ennemi : Les corporations transnationales et leur projet idéologique et technologique.

Il est fondamental d’établir les meilleures alliances, de parvenir à connecter tous les processus de lutte et de résistance, avec des messages qui soient capables de transmettre quels sont les enjeux « La subordination totale de l’agriculture aux intérêts des corporations », ce n’est pas un problème des paysans, c’est le problème de l’humanité toute entière. Pour cela notre projet paysan et populaire doit pouvoir s’intégrer dans un projet politique populaire qui exprime les projets des secteurs populaires paysans, travailleurs, désoccupés, indépendants et professionnels, qui permettent que nos luttes et projets soient reflétés dans les politiques publiques.

En Amérique Latine, nous avons le défi de porter le débat à l’ALBA, UNASUR, MERCOSUR, à la CELAC, et porter ce débat dans ces scénario qui ont permis de grandes avancées vers l’intégration anti-impérialiste et la construction d’une nouvelle hégémonie, mais qui a présent se retrouve engagé dans une grande bataille concernant le modèle à suivre, et dans laquelle la re-primarisation des économies est une grande menace.

Difficile de concevoir une Amérique Latine unie et libre si son agriculture reste subordonnée aux corporations et dans cette discussion, la question technologique est clé, l’agro-écologie doit avoir le caractère d’une « innovation ». La Banque du Sud devrait devenir un outil qui permette aux gouvernements de financer le développement agricole rural depuis la perspective de la Souveraineté Alimentaire et La Réforme Agraire est une politique continentale urgente.

Cela sera possible en renforçant les organisations et en amplifiant nos luttes, avec un caractère créatif et diversifié, combinant l’action directe, avec l’action politique et le dialogue avec ces gouvernements progressistes et populaires articulant au niveau continental, national et local. Conservant l’autonomie nécessaire pour éviter que la bureaucratisation étatique et libérale et le scénario à court terme des gouvernements ne rendent la marche trop lente.

Les paysans et paysannes, nous allons continuer à alimenter les peuples, octroyant la vie et la liberté, c’est cela notre tâche historique.

Traduction Anne Wolff

 

Source  espagnole Los gobiernos europeos en las manos de las corporaciones | Minga Informativa

2014 : Année internationale de l’agriculture familiale

Une année pour orienter radicalement les politiques agricoles en faveur de l’agriculture paysanne familiale

Communiqué de Presse de la Coordination Européenne Via Campesina.

2014 : Année internationale de l’agriculture familiale

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(21 Novembre 2013- Bruxelles) Ce vendredi 22 novembre, l’Organisation des Nations Unies lancera à New-York l’Année Internationale de l’Agriculture Familiale, en 2014. Depuis 1993, La Via Campesina est la seule organisation internationale qui défend quotidiennement l’agriculture familiale paysanne dans le monde avec plus de 160 organisations dans 79 pays et plus de 200 millions de paysans/nnes représenté(e)s. En Europe, la Coordination européenne Via Campesina (ECVC membre de LVC)

est présente dans plus de 18 pays d’Europe et fédère des organisations de paysans et de travailleurs agricoles sous la bannière de la souveraineté alimentaire et de l’agriculture paysanne – essence même de l’agriculture familiale.

A quelques jours de la conférence organisée sur le sujet par la Commission européenne le 29 novembre, il est indispensable de rappeler quelques faits.

Les petites et moyennes exploitations agricoles paysannes sont l’épine dorsale économique et sociale de l’agriculture européenne, la plus puissante de la planète, où les fermes ont 14 ha de terre en moyenne, dont plus de 69 % faisant moins de 5 ha et seulement 2,7 % plus de 100 ha.

Basée sur la capacité et l’intensité du travail – et non le capital – adaptées à l’infinie diversités des conditions naturelles, sociales et économiques, ces structures productives garantissent la sécurité et la diversité alimentaire des citoyens européens, et sont un modèle de durabilité sociale, économique et écologique. C’est une agriculture pour vivre, non une activité spéculative.

Pourtant, années après années les politiques s’appliquent à les faire disparaître dans une pseudo-modernité inadaptée aux enjeux du 21ème siècle et à la crise globale qu’affrontent les peuples européens.

Il faut aujourd’hui encourager la relocalisation des productions agricoles, et mettre en place, sans attendre, des politiques basées sur les principes de la souveraineté alimentaire pour soutenir, maintenir et élargir la durabilité économique et sociale du modèle de l’agriculture paysanne.

Il faut assurer dès aujourd’hui l’installation de nouveaux d’agriculteurs, avec des jeunes mais aussi de nouveaux entrants en provenance des autres secteurs économiques en crise qui n’offrent pas d’avenir.

Il faut faire évoluer l’idée même de l’agriculture familiale, suivant en cela l’évolution de la famille en Europe, loin du patriarcat et sans discrimination.

La politique foncière doit évoluer, selon les directives validées par les Etats au Comité Sécurité Alimentaire de l’Organisation des Nations Unies pour l’Agriculture et l’Alimentation (FAO).

Les réglementations concernant l’hygiène doivent être adaptées aux réalités de l’activité familiale.

La réglementation sur les semences doit soutenir le contrôle paysans sur cet élément fondamental de toute production agricole, et non favoriser uniquement l’industrie semencière.

Il faut des financements plus adaptés aux petites fermes que dans les programmes actuels de développement rural.

Il faut faciliter la création de nouveaux circuits de marché bien plus appropriés à l’agriculture paysanne familiale.

ll faut réguler les marchés pour garantir des prix rémunérateurs et stables.

02

Il est enfin indispensable de permettre l’organisation collective et solidaire de l’agriculture paysanne familiale.

ECVC appelle les institutions internationales, et notamment l’Union Européenne, à se montrer cohérentes et systématiques dans la définition des politiques agricoles. L’année de l’agriculture familiale ne doit pas être un voile de communication pour faire oublier les négociations actuelles cruciales telles l’accord commercial avec les Etats-Unis – destructeur pour les paysans –, celles sur la réglementation concernant les semences et les derniers ajustements de la future PAC .

Seuls ces changements radicaux de politiques assureront la reconnaissance et l’avenir de l’agriculture familiale au delà de l’année 2014.

« On a besoin des petites fermes ! »

Porte Parole :

Geneviève Savigny : +33 6 25 55 16 87

Andrea Ferrante: +393480189221

Source :
Une année pour orienter radicalement les politiques agricoles en faveur de l’agriculture paysanne familiale

03

Les états d’Anne

Alerte : Les Etats-Unis d’Amerique préparent des armées régionalisées

armée régionalisée

par Roberto M. Yepe Papastamatin *

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La nouvelle stratégie des Etats-Unis appelle une réponse de l’Amérique Latine et des caraîbes, et cette réponse doit être aussi régionale. Sans aucun doute il s’agit d’un thème tout à fait pertinent à aborder au sein de l’Alba-TCP, au conseil de la Défense de l’UNASUR et au sein de la CELAC.

Le 19 octobre dernier, le quotidien le New York Times publiait un reportage qui devrait préoccuper sérieusement tous les gouvernements, et les forces politiques et sociales qui défendent la souveraineté de leurs pays respectifs et qui luttent pour un monde plus équilibré. Sous le titre suggestif de « Les Etats-Unis préparent une stratégie pour l’Afrique, au Kansas » [ U.S. Army Hones Antiterror Strategy for Africa, in Kansas ], le travail du journaliste Eric Schmitt impressionne par la clarté avec laquelle il révèle la stratégie du Pentagone pour surmonter les fiascos d’Afghanistan et d’Irak et maintenir la suprématie hégémonique des E.U. au niveau mondial, avec cette fois avec une utilisation plus efficace du pouvoir militaire.

Selon le reportage, des milliers d’effectifs militaires qui étaient auparavant déployés en Afghanistan se sont préparés à Ford Riley, Kansas, pour développer des missions en Afrique, c’est une partie de la nouvelle stratégie du Pentagone que d’entraîner et de conseiller les forces autochtones pour l’affrontement de « menaces terroristes » et « autres risques de sécurité », de manière que les forces étasunienne n’aient pas à le faire directement. Dans l’étape initiale de ce programme, une brigade de 3 500 effectifs de la Première Division d’Infanterie de l’Armée, connue comme la Big Red One, sera utilisée pour opérer plus de 100 missions en Afrique au cours de l’année à venir.

Ces missions engloberont depuis des équipes de deux francs-tireurs au Burundi jusqu’à des armées aérotransportées et humanitaires en Afrique du Sud avec des groupes de 350 soldats. Des équipes de la brigade qui se préparent au Kansas ont déjà entraîné des forces au Kenya et en Tanzanie qui en ce moment affrontent le mouvement Al-Shabab en Somalie. Selon le lieutenant-colonel Robert E. Lee Magee, dont le bataillon a envoyé des troupes au Burundi, au Niger et en Afrique du Sud au cours des derniers mois, et dont l’unité se déploiera à Djibouti au mois de décembre prochain, « notre objectif est d’aider les africains a résoudre les problèmes africains, sans qu’une grande présence étasunienne soit nécessaire »

Toujours selon le reportage du quotidien newyorkais, « le Commandement militaire des Etats-Unis pour l’Afrique est un ballon d’essai pour ce nouveau programme de l’Armée, qui a pour finalité de créer des brigades alignées régionalement et qui éventuellement s’étendra l’année prochaine à tous les commandements du Pentagone qui s’occupent des différentes zones géographiques du monde, incluant l’Europe et l’Amérique Latine ». Pour le général Ray Odierno, Chef d’Etat Major de l’Armée, l’objectif est de préparer une armée qui puisse être utilisée régionalement dans tous les commandos combatifs, « avec la finalité de soutenir et exécuter notre stratégie de sécurité nationale »

Pour n’importe quel lecteur bien informé, la signification de l’utilisation du concept de la « sécurité nationale étasunienne » paraîtra évidente. En temps de crise fiscale, et dans une situation de détérioration morale sans précédent de l’impérialisme usaméricain, les stratèges politiques et militaires des Etats-Unis sont à la recherche d’une façon de maintenir leur suprématie globale de la manière la plus économique possible, et de minimiser leur présence et la perte d’effectifs militaires propres. Et pour cela, ils cherchent à potentialiser la préparation et la mobilisation des forces militaires d’autres pays en fonction des intérêts étasuniens dans chaque scénario régional.

Dans le cas de l’Amérique latine, ce nouveau dessein stratégique a été exposé de manière transparente il y a un an dans le document du Pentagone intitulé « La politique de défense pour l’hémisphère Occidental », dans lequel il est signifié sans aucune pudeur ; “Nous poursuivrons l’identification des opportunités de collaboration pour dérouler des actions qui transcendent l’hémisphère. Ce projet non seulement renforce les associations des Etats-Unis dans l’hémisphère, mais aussi il renforce l’importance qu’elles revêtent pour soutenir les priorités globales des Etats-Unis, incluant la réorientation jusqu’en Asie et au Pacifique ». Cela veut dire que ce qu’ils prétendent obtenir, c’est la mobilisation subordonnée des forces militaires latino-américaine et caraïbes en fonction des intérêts étasuniens au niveau global et particulièrement de leurs objectif stratégique de maintenir une position dominante en Asie et de contenir l’émergence d’une nouvelle superpuissance dans la région.

La nouvelle stratégie globale des Etats-Unis appelle une réponse de l’Amérique Latine et des Caraïbes, et cette réponse devrait également être régionale. Sans doute est-ce un thème particulièrement pertinent de débat pour l’Alba-TCP, le Conseil de Défense de l’UNASUR et la CELAC. Il ne s’agit pas de prévisions d’opinions de militants radicaux de gauche ou d’anti nord-américains. Les documents mêmes du gouvernement des E.U et la presse de ce pays nous avertissent de ce qui vient. Dans le nouvel équilibre mondial qui se constitue, il est urgent de défendre l’autonomie stratégique de l’Amérique Latine et des Caraïbes non seulement dans sa dimension politique, mais aussi militaire.

Roberto M. Yepe Papastamatin * pour Con Nuestra América

Con Nuestra América, le 2 novembre 2013

Traduction française pour Les états d’Anne : Anne Wolff

El Correo. Paris, le 4 novembre 2013.

http://les-etats-d-anne.over-blog.com/article-projet-global-d-instrumentalisation-des-armees-mondiales-au-service-des-interets-et-de-la-securites-120942486.html

Note de la traductrice

Un petit mot au sujet de ce texte. Depuis un moment je m’intéresse au processus de militarisation de la planète dont nous sommes témoins ainsi qu’à d’autres aspects de la guerre globale, guerre, économique, cybernétique. Je constate que les lecteurs francophones ont fort peu accès à des données pourtant fondamentales, indispensable pour comprendre les différents modes et aspects qu’adopte cette guerre globale qui pourtant affectent nos quotidiens. De nombreux auteurs latino-américains traitent par contre de ce « problème » en profondeur et en extension, nous donnant des éléments qui nous permettent de comprendre des processus qui sont également à l’œuvre dans nos régions, l’application du programme écrit par et pour le Pentagone qui se déroule actuellement et jusqu’à 2020. Le principe fondateur énoncé par ce programme est « l’obtention de la domination du spectre complet » censément au service « de la défense des intérêts et de la sécurité des Etats-Unis ». Comme le dit l’auteur ci-dessus, nul lecteur « bien informé » ne peut ignorer que ce concept recouvre une réalité toute différente de celle qu’il énonce. Non seulement, il ne s’agit plus de défense mais bien d’une guerre de conquête des ressources de la planète, mais il n’est plus non plus question des « Etats-Unis » au sens où ce terme est censé évoquer les habitants de ce pays. Il s’agit par contre clairement de défendre les intérêts d’une oligarchie transnationale, oligarchie qui a pris le contrôle non seulement du gouvernement étasunien mais aussi de son armée et qui se comporte toujours d’avantage en « propriétaire de planète »,propriétaires non seulement des terres et ressources, ais aussi des destins des habitants, exerçant un droit de contrôle sur leur comportement jusque dans l’intimité, jusqu’à nos pensées qui sont de plus en plus contraintes de se conformer au cadre normatif imposé, sous peine de criminalisation, sous peine de psychiatrisation, alors que s’opère une dangereuse dérive qui se traduit par « sous peine de mort, sans procès, ni jugement ». Cette dernière dérive se traduit dans le droit qui s’étend, que s’arrogent le président des Etats-Unis, armées, paramilitaires, police, DEA, et qui à présent s’inscrit creuse son chemin pour prendre toujours d’avantage le caractère d’une pseudo-légalité de tirer à vue sur ceux qui seront qualifiés de terroristes ou de narcotrafiquants et dont nous constatons dans les faits qu’ils sont bien plus souvent des résistants, des dissidents, voir les « dommages collatéraux ». Ne nous trompons pas sur ce qu’incarnent ces dommages collatéraux. Ils ne sont pas les victimes de tragiques erreurs, mais bien des éléments importants nécessaires pour instaurer cet état de terreur permanent qui paralyse les peuples et les réduits à l’impuissance. Pour ceux qui l’ignorent, sachez que le droit de tirer à balle dans la foule en cas d’émeutes est inscrit dans la Constitution Européenne.

Le nouveau décret grec qui applique une directive de l’Union Européenne, qui s’étendra donc à l’Ensemble des pays de la Zone concrétise ce qui n’est plus « une dérive de la démocratie » ais bien la claire instauration du totalitarisme, en voici le contenu

Quiconque qui, de manière intentionnelle viole les sanctions ou les mesures restrictives instituées à l’encontre des États ou des entités ou des organismes ou des personnes physiques ou morales, par les décisions du Conseil de sécurité des Nations Unies ou par celles des réglementations de l’UE, ceci est passible d’emprisonnement d’au moins six mois, la peine maximale étant deux ans d’emprisonnement, sauf si, une autre disposition prévoit une peine plus lourde. Les dispositions de l’alinéa précédent s’appliquent de même, que lorsque ces actes ne sont pas répréhensibles en vertu des lois du pays où ces faits sont perpétrés”.

Ironiquement, je pourrais dire que même au Honduras, ils n’ont pas osé aller aussi loin dans la légalisation de l’inique et de l’illégitime.

Nous devons affronter aujourd’hui une redoutable tendance, une bande de crétins – désolée, je ne vois pas d’autre mot – manipulés qui se prennent pour les Nouveaux Inquisiteurs ou leurs valets, font aujourd’hui la chasse aux sorcières de service, les daltoniens incultes, chasseurs de « rouge-bruns », ont tout d’un nouveau clergé fanatisé.  Je comprends qu’on puisse être lassés du fanatisme avec lequel d’autre part certains ressassent inlassablement les mêmes arguments pour prouver que les attentats de 11 septembre 2001 ont été menés sous fausse bannière, contribuant à faire une publicité imméritée à cet incident mineur d’une longue guerre. 3OOO morts, deux tours pas très belles, les Afghans, les Irakiens, les Libyens, les Syriens, pour ne citer qu’eux, seraient certainement « soulagés » de n’avoir eu à souffrir qu’un incident aussi minime plutôt que les guerres sans quartiers qui y ont assassiné, torturé les peuples, détruits les infrastructures et semé la destruction irréversible de l’uranium appauvri et j’en passe. De même un complot ne se poursuit pas de génération en génération sans qu’il soit supporté par une idéologie forte et contraignante pour ceux qu’elle formate. Le problème fondamental est donc cette idéologie et non ceux qui vont l’incarner qui ne sont que les rouages d’une machination qui les précède et dont nous espérons qu’elle ne leur survivra pas.

L’urgence est donc de se concentrer sur cette idéologie, nous reconstituer les boîtes à outils conceptuelles, sans se laisser impressionner par les Inquisiteurs de service, pour en comprendre la nature, les implications, d’en repérer les applications, les modes de fonctionnement, les champs d’action. De la démonter comme on démonte une mécanique pour en identifier les rouages. Une clé pour comprendre ces processus est le principe du programme du Pentagone Joint Venture 2020 « obtention de la domination du spectre complet », un programme qui comporte une militarisation de l’ensemble de la société, sa mise au service des Intérêts et de la Sécurité des Transnationales qui sont les Eléments Dominant d’un Monde-Marché-Unique, dans lequel tout est marchandise, objet de commerce, susceptible de produire du Profit dont on ne sait plus trop bien à qui il bénéficie finalement, les aspirants Propriétaires du Monde feraient plutôt pitié qu’envie et si nous avons à nous préoccuper d’eux, c’est qu’ils sont néfastes pur l’ensemble des habitants de la planète qu’il entendent dominer et contraindre, surveiller et punir !

Anne Wolff

Quelques traductions inédites sur ces thèmes

En ce qui concerne ce programme J.V. 2020, une description et analyse ici

Militarisation impérialiste : nouveaux masques pour de vieux projets

En ce qui concerne son application deux textes clés de Nick Turse , initialement publié sur TomDispatch qui les résume fort bien

La nouvelle doctrine d’obama : un plan en 6 points pour une guerre globale. Ou comment mettre la planète à feu et à sang…

Les opération spéciales « us » mènent guerre secrète dans 120 pays

Et, parmi bien d’autres, dont les premiers cités, nous permettent d’établir les liens entre eux, qui décrivent application et ramifications

« culture stratégique » : le commandement sud et la militarisation des universités

Décrit la mise au service du projet global des universités mais aussi de la société civile et qui fonctionne déjà en France sous le nom de clubs « société défense », par exemple à Lille, alors que le projet militaire conjoint de lutte contre-insurrectionnel y a pour nom « Opération Scorpion »

Un exemple d’application de cette « culture stratégique »

L’avant-garde yanqui en Amérique Centrale : peuples indigènes en grand danger !

Un des visages de la doctrine dite d’Obama, la fusion des armées officielles et privées, ainsi que des entreprises et services de renseignement dont le rôle de garde-chiourme et assassins au service des transnationale est très, très, très clairement démontrés en Amérique Latine :

Les entreprises militaires privées pénètrent l’Amérique Latine

Ceci n’est qu’un tout petit aperçu du travail accompli par ces nombreux chercheurs (et dont de nombreuses traductions inédites figurent sur ce blog) qui recomposent les toiles entrecroisées des processus qui conduisent à la « domination globale », et malheureusement à de rares exceptions près, les chercheurs européens ont tendance à briller par leur absence. Forcément, les chasseurs de sorcières leur ont confisqué les outils qui nous permettraient de comprendre et d’expliquer la réalité de la globalisation et qui se passe très bien du 11 septembre 2001 pour prouver que ce projet s’installe de manière occulte ou discrète, utilisant les guerres sous faux prétexte,  la manipulation, la corruption, le conditionnement psychologique des « élites » et des peuples, l’infiltration-subversion, les assassinats sélectifs, etc.,… pour s’imposer comme ultime et unique idéologie à l’exclusion de toute autre.

Fin des idéologies, ce maudit racontar

Pour tous ceux qui continuent à penser que l’utilisation du terme impérialisme est une « grossièreté conspirationniste » et ne voient pas que l’empereur est nu, toujours plus nu !

Fin des idéologies, ce maudit racontar.

par Nicolás Rojas SchererRina Bertaccini *

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Entrevue. Rina Bertaccini. Sociologue. Le coordinateur du document élaboré en 2012 par la Ctera et le Mopassol sur les postes militaires aux Malouines, analyse l’actualité de l’impérialisme : « On applique des politiques mises à jour pour dominer aux peuples et leurs biens naturels ».

Un document élaboré dans 2012 [Bases militaires étrangères en Amérique Latine et les Caraïbes] conjointement par la Ctera et le Mopassol sur les Malouines rendait compte de plus de 40 bases militaires étrangères en Amérique Latine. Concernant la base de Mount Pleasant, Isla Soledad, on pouvait se lire dans le document : « y opèrent de en permanence au moins 1 500 militaires et 500 civils britanniques. L’équipement disposé dans la base est semblable à celui qu’ont les effectifs britanniques en Irak et en Afghanistan. Ils ont installé des silos et des rampes pour le lancement d’armes nucléaires ». Le principal coordinateur du document, Rina Bertaccini, a accordé un entretien Miradas al Sur pour au sujet de l’actualité de l’impérialisme.

Quelle utilisation conserve le concept « impérialisme » qui, pour le « mainstream » de l’intelligentsia occidentale, ancrée profondément dans les universités et les centres de pensée latinoamericains, paraîtrait avoir été enterré avec les reliques de l’Union Soviétique ?

Ce qui est d’actualité dans notre monde contemporain est l’impérialisme. Et logiquement, si l’impérialisme existe, et il est bon de pouvoir définir conceptuellement ce dont quoi il s’agit. En réalité ce qui est rigoureusement actuel est l’existence de l’impérialisme. Il peut être analysé du point de vue théorique – il y a beaucoup de définitions à propos de l’impérialisme mais on peut aussi voir l’impérialisme par les conséquences des actes qu’il fait. Alors nous n’avons pas besoin d’aller très loin. L’impérialisme se manifeste dans la guerre en Libye [Côte d’Ivoire, Mali], l’impérialisme c’est la préparation des agressions contre la Syrie, l’impérialisme c’est la menace contre l’Iran, l’impérialisme c’est le conflit dans la péninsule de Corée, tout cela est la façon concrète de visualiser que l’impérialisme existe et agit contre les intérêts des peuples. Par conséquent, en effet il est nécessaire de pouvoir le définir conceptuellement. Beaucoup de gens ont cru qu’à la fin de la guerre froide, avec la dissolution de l’URSS, on entrait dans une étape dans laquelle comme il n’y avait pas d’ennemi visible, il n’y avait plus de possibilité d’une quelconque manifestation de guerre. Toutefois, la vie a démontré précisément le contraire : l’impérialisme US, nordaméricain ou usaméricain, qui est la tête de toutes les puissances impérialistes, prépare des conflits dans plusieurs régions, outre des invasions, des interventions, différents types de guerre dissimulée, formes d’agression idéologique et culturelle. Tout cela est l’impérialisme. Maintenant, comment les gens qui vivent dans notre continent peuvent-ils voir cela ? Parce qu’ici , l’ important c’est que celui qui lit ces informations se sente obligé de faire quelque chose.

Il semblerait que l’impérialisme, étant quelque chose de si grand et si abstrait, qu’il ne toucherait pas les gens de la rue…

Exacte. Voila le point pour lequel je disais, chacun doit trouver la façon de comprendre que la chose le touche directement. Alors, en Amérique Latine et dans les Caraïbes, en parlant de façon générique, l’impérialisme est visible de nombreuses manières mais il y en a une qui n’offre aucun doute, qui est la présence militaire des Etats-Unis [d’Amérique et non du Mexique. NDEC], de la Grande-Bretagne et de la France dans des bases militaires enclavées en territoire souverain. Et cela n’importe qui peut le voir. En Argentine, par exemple, où ont-ils une base militaire ? Aux Malouines, et on voit là, la relation entre le vieil impérialisme colonisateur des Britanniques et son alliance avec les Etats-Unis d’Amérique et le reste des pays de l’OTAN, parce que cette base est à l’OTAN. Quand le gouvernement argentin reprochera à la Grande-Bretagne de ne pas s’assoir négocier, de vendre des licences de pêche, et par conséquent que des grands navires usines volent nos ressources naturelles de la mer argentine [Idem avec la Somalie où des bateaux pêche, français, Espagnols, etc., pêchent protégés par des militaires de leurs pays à bord. NDEC], ou quand ils vendent des licences d’exploration de pétrole à grandes multinationales qui sont installées avec des plates-formes aux Malouines, cela est de l’impérialisme, clairement. Quand le gouvernement argentin proteste, que répond la Grande-Bretagne ? Que bien sûr, qu’ils vont continuer à soutenir et à utiliser la plate-forme d’exploration de pétrole, qu’il vont continuer à vendre des licences pour l’exploration du pétrole et des licences de pêche, parce que dans ce cas ils vont défendre leur « droit », bien qu’en vérité ce soit un vol, ils vont défendre ce vol, avec la base militaire qu’ils ont aux sur nos Malouines. C’est-à-dire, que ce dont il s’agit est clair, mais il est nécessaire de voir concrètement ce que fait l’impérialisme, et ce n’est pas la seule chose qu’il fait, ce qui se passe, c’est que la partie militaire est très forte.

Vous avez dénoncé plusieurs fois la « culture stratégique », cette association entre le Commando Sud et l’Université de Floride où on effectue une sorte d’« analyse anthropologique » des différentes nations et peuples latino-américains, mais qu’une anthropologue US qui s’appelle Adrienne Pine a dénoncée comme une opération idéologique…>

En réalité, ce colloque existe pour faire des ateliers financés par le Commando Sud lui-même, décidés par eux et l’Université Internationale de l’État de Floride, où dans chacun de ces ateliers on traite ou on considère en quoi consiste la culture de chacun de nos pays d’Amérique Latine et des Caraïbes. Nous savons qu’ils ont déjà organisé 16 de ces rencontres. Alors, ce que dénonce l’anthropologue est qu’en réalité ce qu’ils veulent faire est purement et simplement de la pénétration ou de la domination culturelle et que pour cela ils veulent introduire leur conception de la culture et du monde, en remplaçant la culture de chacun de nos peuples. Et cela est directement un objectif de domination culturelle. Nous avons commencé à analyser certains de ces travaux. À première vue ils apparaissent comme des travaux grossiers, stupides, voilà les premières impressions des compagnons qui ont commencé à les traduire pour ceux d’entre nous qui ne lisent pas l’Anglais, que ceci est une chose qui ne sert à rien, mais en réalité il faut le lire avec davantage d’attention, parce qu’ils y mettent ce qu’ ils voudraient que soit la pensée culturelle de notre peuple. Là est la grande tergiversation.

Ceci est spécifique pour chacun des pays ?

– Oui, et ils invitent, mais, qui convoquent-ils ? Ils convoquent quelques d’académiciens à qui ils payent tous les frais pour aller là bas et prendre part aux débats, mais ensuite ceux qui font les résumés de ces ateliers sont deux ou trois personnes, et les choses qu’ils y mettent sur nos antécédents ou sur notre idiosyncrasie , c’est tout ce qu’eux voudraient que nous soyons pour qu’ils puissent nous dominer. C’est à dire que cela n’a rien d’ingénu, ni d’idiot, ni rien qui s’y apparente. Bon, si nous parlons de l’Argentine, le politicien invité fut Ricardo López Murphy, qui est un représentant de la droite [dure] de notre pays. C’est-à-dire, ils auraient pu inviter quelques intellectuels en plus, mais non, ils ont invité seulement cet homme. Et aussi, il y avait des chefs militaires.

Et ceci sous couverture d’une université qui est hypothétiquement l’une de plus grandes et prestigieuses de USA, comme celle de Floride.

Bon, l’État de Floride est célèbre pour être l’un des plus réactionnaires de tous. Il faut se souvenir que grâce à cet État et à son frère gouverneur, Bush a gagné à l’époque les élections à la présidence des USA. Mais Adrienne Pine définit laculture stratégique comme une propagande pro-impérialiste. Ce que je veux dire , c’est que les chefs du Commando Sud et du Pentagone, sont sûrs de ce qu’ils veulent avec ceci, ce n’est pas accidentel qu’ils soient en train de le faire, parce qu’ils ont des documents élaborés où ils parlent d’une doctrine qu’ils appellent de la « domination du spectre complet ». Alors, ceci est une doctrine militaire ; que veut dire ce « spectre complet » ? Qu’ils n’envisagent pas seulement la domination militaire, ni seulement la domination politique, ni seulement la domination économique, en réalité ce dont ils parlent c’est de domination culturelle qui comprend tout le reste, et cela a une relation directe avec ces aberrations qu’ils appellent la « culture stratégique » de chaque pays.

Combien de bases militaires US recense-t-on jusqu’à présent en Amérique Latine ?

Entre des Sites d’Opérations Avancées (SOA), des bases militaires traditionnelles et les autres, vérifiées il y en 76, en étude il y en a 10 ou 15 en plus.

Ce nombre, peut-il croître ?

Totalement. En trois ans nous sommes passés de 21 à 76. Et à de nouvelles formes de bases, « Centres d’Opérations pour Prévention de Catastrophes », centre d’opérations pour aider aux opérations de paix de l’ONU comme à Concón.

Quelques bases n’ ont même pas de militaires US, non ?

La base Mariscal Estigarribia [Paraguay] n’a pas un seul militaire US, mais cette base a la piste la plus étendue d’Amérique Latine, d’où peuvent décoller et atterrir des avions avec tout le nécessaire pour une invasion ou tout type d’opération militaire. Maintenant, par exemple, prolifèrent au Pérou un tas de « Centres d’Opérations d’Urgence Régionale ». Le dernier que nous connaissons et c’est vérifié, parce que nous en avons dix de plus sur qui enquêter, se trouve en Piura. Et comme par hasard Piura est une localité qui se trouve à l’ouest de l’Équateur, c’est comme un coin qui pénètre par le flanc de l’Équateur par le Pacifique. Ce centre fut installé après que le président de l’Équateur ait chassé les Yankees de la base de Manta. Mais après cette base à Piura, il est apparu maintenant dans les journaux du Pérou et d’ailleurs qu’il y en a au moins dix de plus. Toutes sont de petites bases.

Il semblerait que c’est une sorte de réseau de petits points d’opérations.

Il se trouve qu’ils ont déjà les principaux troncs, ils n’ont pas besoin de bases énormes comme celle des Malouines ou celle de Mariscal Estigarribia ou celle de Palanquero, ils ont tout ça. Mais il y a en outre une redéfinition de l’armée US, qui est d’avoir une armée plus dynamique et pas aussi centrée sur la lourde puissance de feu exclusivement. La redéfinition est liée au fait qu’avec les avancées technologiques actuelles, ils ont besoin d’autres choses. Une base d’opérations peut être un radar et un système de base de communication, cela peut être aussi une base d’opérations, parce qu’avec cela ils exercent le contrôle. Évidemment ils ont ensuite les autres grandes bases. Ils fonctionnent en réseau ou en réalité plus qu’un réseau, c’est une trame qui est quelque chose beaucoup plus entrelacée. Alors, bon, voilà des choses concrètes, ce sont des marques spécifiques des politiques impérialistes. Ils élaborent un concept comme celui de la « domination du spectre complet », c’est-à-dire, sur tous les plans, et ensuite ils le travaillent à travers leur présence directe dans les zones qu’ils veulent dominer. Pour donner un exemple, la présence du lithium aux frontières entre l’Argentine, la Bolivie, le Chili et le Pérou convertit cette région des Andes en une zone qu’ils veulent dominer.

… des pays qui font partie de l’Alliance du Pacifique…

Exact, l’Alliance du Pacifique compte quatre pays principaux, plus certains associés. Les principaux sont la Colombie, le Pérou, le Mexique et le Chili. Mais ensuite, le Panama est associé, et ils cherchent maintenant à associer d’autres pays d’Amérique Centrale, c’est-à-dire, qu’ils travaillent dans cette direction. Ils ont conspiré pour essayer de diviser la Bolivie, séparer toute la partie du croissant du reste du territoire bolivien bien qu’ils n’y soient parvenu, mais ils travaillent toujours dans cette direction. C’est-à-dire, pour revenir à la question initiale, la question est que l’impérialisme lui-même nous démontre que non seulement il existe, mais qu’il applique des politiques actualisées pour dominer les peuples, pour dominer leurs ressources naturels, pour les dominer territorialement, pour étendre leur influence. Par exemple, la IVème Flotte peut se penser de différentes façons, mais ce qui est en effet clair c’ qu’ils sont une quantité énorme de navires.

Mais, la Russie, malgré cela a encore fait des manœuvres conjointes avec le Venezuela dans le « mare nostrum » US.

La IVème Flotte a autant de puissance de feu qu’ un ensemble de bases militaires mobiles, parce que les dimensions de ces navires sont énormes, comme les porte-avions, et ils remplissent de nombreuses fonctions. Toutefois, ils disent qu’ils assurent des fonctions humanitaires, ce qui est un mensonge éhonté. Ils ont positionné un porte-avions après le séisme d’Haïti et concrètement l’aide ne pouvait pas arriver parce qu’ils bloquaient le port. C’est à dire, la IV Flotte remplit beaucoup de fonctions mais parmi celles-ci, on peut la considérer comme un ensemble de bases militaires mobiles, petites, mais absolument fonctionnelles. Ils ont désormais obtenu sur la Côte du Pacifique et aussi dans les ports des Caraïbes de pouvoir approvisionner tous les navires de la IVème Flotte. Par exemple, la région de Turbo en Colombie, dans les Caraïbes colombiennes, qui est une entrée très large, comme une espèce d’estuaire ; là il y a une zone d’approvisionnement de la IVème Flotte. Mais dans le port du Callao, au Pérou aussi, il y a une autre zone d’approvisionnement, notamment. C’est-à-dire que toutes les bases aéronavales qu’ils ont installées ces 2 ou 3 dernières années au Panama, sont très petites, mais tout cela, leur sert comme de points d’approvisionnement pour leurs plans généraux de domination. De la sorte que l’impérialisme se préoccupe de nous montrer qu’il existe, qu’il agit en fonction de ses intérêts et contre les peuples.

Nicolás Rojas Scherer pour Miradas al Sur.

Miradas al Sur. Année 6. Édition nombre 262. Dimanche 26 mai 2013.

Traduit de l’espagnol pour El Correo par : Estelle et Carlos Debiasi.
* Rina Bertaccini, est argentine, sociologue de formation, présidente duMouvement pour la Paix, la Souveraineté et la Solidarité entre les Peuples(Mopassol ) en Argentine et vice-président du Conseil Mondial par la Paix.

Source : Fin des idéologies, ce maudit racontar. – El Correo

Vous trouverez le texte de Rina Bertaccini sur le complexe académique, en version française ici :

Militarisation impérialiste : nouveaux masques pour de vieux projets

Et celui d’Adrienne Pine sur la culture stratégique ici :

« culture stratégique » : le commandement sud et la militarisation des universités