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Le tueur de forêts

La super vache à méthane de Bill Gates

Crédit photo: Nathalie Rahm, Facebook. ( Vaches courant sur l’autoroute, fuyant Bill Gates, mais  observant la vitesse de 65 kilomètres heure).

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Créer la vache parfaite, un animal qui produirait autant de lait qu’une laitière européenne et qui résisterait aux températures africaines. C’est le nouvel objectif de Bill Gates. Le milliardaire américain, fondateur de Microsoft, a investi plus de 40 millions de dollars (environ 32 millions d’euros) dans l’Alliance mondiale pour les médicaments destinés au bétail, ou GALVmed, une ONG basée à Edimbourg en Écosse.   ( Le Figaro)

J’imagine Bill  dans sa baignoire avec son canard , le Windows ME ( une horreur qui n’a pas flotté longtemps) en train de se baigner et d’avoir une idée dans le domaine du « réel »,  se (mé) prenant pour Archimède.

Le cerveau de Bill Gates,  comme le commun des mortels,  est constitué de 82% d’eau. Nous ne sommes que ce triste et déshydraté  99%  qui marche  sur un bout de terrain qui finit par nous faire gratouiller la tempe? À qui appartenons-nous?   Le « bien commun », existe-t-il encore? Avons-nous, ou faisons-nous partie d’un pays qui n’est le nôtre que par le nom ? En philosophe de second cerveau, je m’interroge au point d’achever de me  « calvitier » du bout des ongles. D’un côté, j’ai les cheveux qui se dressent la tête, ça me décoiffe, et de l’autre je les perds.

Tentons de voir cette trouvaille d’un point de vue pratique, réaliste, et sobre. Bill est-il pragmatique?

A) Prix et fonctionnement de la super vache

Si les africains,  ou du moins  certaines parties de l’Afrique,  ne peuvent se nourrir, comment nourriront-ils les vaches qui les nourriront? Jusqu’à maintenant, je ne connais pas de variété de vache friande de poussière.

Supposons que, comme Sieur de Gates, les vaches soient quatre fois plus performantes.Seront-elles vendues quatre fois le prix d’une vache? Qui a les moyens de se payer quatre vaches en une? En étant performantes, devront-elles manger davantage pour produire plus? C’est gênant de traiter d’un tel propos,  mais c’est une loi physique: ce qui entre par l’avant, même avec plusieurs estomacs, doit sortir quelque part. Si vous en parlez à un américain du Wisconsin, il vous dira clairement que son tracteur à gazon est dix fois moins avide de carburant que son tracteur de ferme. Et c’est un américain…

B) Méthane, méthane, méthane, méthane. 

Que la jolie Marguerite ait des gaz après son déjeuner, on l’en excuse. Mais quand 1,5 milliard de bovins ont des renvois en même temps sur la planète, le compteur à méthane s’affole. « Les ruminants contribuent aujourd’hui pour 25 à 30 % des sources de méthane liées aux activités humaines », souligne le climatologue Jean Jouzel. D’ailleurs les chercheurs associent l’emballement des émissions de méthane à l’augmentation effrénée de la population de vaches dans le monde : en vingt ans, le nombre de têtes de bétail a augmenté de 200 millions ! Le Parisien 

Concernant ( et consternant)  la pollution,  nous savons maintenant qu’une vache produit du méthane. Et le méthane pollue  28 fois plus que le CO2. La » quadravache »  pétera-t-elle encore plus que la « monovache »? Sans me défendre d’être complotiste  ( mais vraiment doutiste), imposera-t-on un une autre  taxe sur cette production de méthane en tant qu’agent pollueur? Et comment évaluer la quantité des émanations? Oui, certes, Bill et Cie nous construirons un Pètographe. Voilà un nouveau métier qui naîtra de la destruction créatrice: Le Pétographeur. Même la police n’arrête pas le progrès…

C) La vache: un choix contreversable 

Pourquoi avoir choisi une vache? Dans un des choix non proposés, le lapin aurait été un choix judicieux  puisqu’il se multiplie  d’une manière quasi exponentielle comme les fortunes des milliardaires. Le lapin, oui.  Comme les pain de Jésus, ( on dit « le pain », non pas « la pain ») , mais avec une appellation contrôlée: Le Laptop. Bon! Pour ceux qui n’ont pas saisi: le top du lapin.

C’est assez simple: il suffit de créer un LH : un lapin harassant. Et cela  en décryptant l’ADN de tous ces « inconducteurs » sexuels » qui sont dévoilés à chaque jour depuis quelques mois. Ajoutons, pour fin de culture inutile, que dans le livre de Lewis Carrol  Alice au pays des merveilles,  apparaît un lapin blanc « portant un gilet bleu et une montre à gousset, répétant toujours: en retard, toujours en retard ». Avouons que c’est tout de même un lapin qui a anticipé notre monde actuel affolé par le temps de production.

Bon! Que fait-on de nos lapins? On les modifie pour qu’ils produisent quatre fois plus de lapins. Pour ceux qui ont déjà élevé des lapins,  ou visionné  des documentaires concernant les lapins, ils ont sans aucun doute remarqué qu’ils produisent du compost  en rafales.  Ce qui pourrait fertiliser des régions désertiques.

D) Le coq, un second choix. 

Un coq amélioré pourrait produire une PMO: poule mitraillette  à œufs. De plus, en grossissant le coq et la poule, les œufs seraient énormes. Un coq de la taille d’un humain devrait toutefois être muni d’un silencieux. Son chant est fort joli le matin, mais nous préférons les cadrans digitaux Made In China. Tant qu’à pousser la modification de l’ADN du coq, aussi bien en profiter pour lui greffer un air de Mozart ou lui conférer un essor de patriotisme par quelques mesures de La Marseillaise.

J’aurais une idée pour la crête du coq, mais il faudrait l’autorisation de Donald Trump…

Terminus: Tout le monde décent 

J’ai volontairement omis de parler d’insectes génétiquement modifiés qui seraient une autre alternative à la famine. Un savant excentrique et pressé pourrait , hélas!, par une erreur de calcul, produire un scarabée – insecte très prisé parmi ses semblables-, et nous flanquer malencontreusement dans une cohorte digne des films d’horreur hollywoodiens de mouches géantes et répugnantes. Avec un scarabée de la taille d’une poule, les américains se lanceraient sans doute dans une chaîne de restauration rapide:  Le Macchabée. Je précise en pensant que cette forme de nutrition se nomme entomophagie.

Bref, toutes les variantes sont possibles quand on pense à pouvoir enfin  nourrir tous les habitants la planète. Sauf que la solution finale ( veuillez ne pas prendre cette appellation au point de vue historique) consisterait à se débarrasser de ceux qui raflent toutes les richesses. Pour le traitement de certaines cervelles, rappelons que les Amérindiens étaient vraiment « verts » en tannant les peaux des animaux  utilisant la cervelle de l’animal pour la nettoyer.  Consulter l’article suivant:  Le tannage à la cervelle. Tout ça pour dire que certains cerveaux peuvent encore être utiles à l’humanité même dans de « petits » projets. Mais certains ont développé une certaine reluctance pour le peuple et ses aspirations simples et concrètes: manger pour vivre et non survivre.

 

 

Gaëtan Pelletier

 

On a tué 90% de la source de la vie

L’histoire des sols morts et ou mourants…

 

 

« Être paysan, c’est vouloir être libre, travailler au rythme des saisons, travailler avec la nature »

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« Pour beaucoup d’entre nous, l’autonomie du paysan n’est plus qu’un rêve, et la prolétarisation du métier se confirme. » Le texte est lu par des paysans le 17 juin 2015, à Amiens, à l’issue du procès en appel des neuf militants de la Confédération paysanne poursuivis pour des actions menées contre l’usine des 1000 vaches, en Picardie. Dans l’attente du jugement, le 16 septembre, le syndicat dénonce un libéralisme qui « se nourrit aussi de nos utopies, qui les avale et les recrache, pour mieux avancer ». Si les alternatives qui se multiplient partout sur le territoire contribuent à bâtir d’autres mondes, le changement passe aussi par un engagement collectif, énonce l’appel d’Amiens.

Nous sommes paysans… Être paysan, c’est vouloir être libre, travailler au rythme des saisons, travailler avec la nature, les animaux… Être paysan, c’est se voir confier cette noble tâche : produire pour l’alimentation de tous ! Alors, partout dans le monde, des centaines de millions de paysans produisent de la nourriture, en lien avec leurs territoires… et ils en sont fiers !

Ces dernières décennies, nous, paysans des pays riches, avons commencé à perdre quelques fragments de notre métier, à perdre surtout de l’autonomie. La banque permet l’emprunt, mais impose aussi les options de production. Les industriels fournissent matériel, semences et produits de traitement, parfois nécessaires mais qui enchaînent les paysans à une recherche infinie de rendement. Les grandes chaînes de distribution assurent la commercialisation des produits – elles imposent aussi le prix payé aux paysans et obligent à produire du volume pour assurer un revenu. Beaucoup de lois et de réglementations ont accompagné cette mise en dépendance du métier de paysan.

« L’autonomie du paysan n’est plus qu’un rêve »

Tout se passe comme si le paysan mettait sa force de travail à disposition d’employeurs puissants, souvent invisibles, et impitoyables. Pour beaucoup d’entre nous, l’autonomie du paysan n’est plus qu’un rêve, et la prolétarisation du métier se confirme. Cette évolution s’accélère aujourd’hui, brutalement : usines à vaches, serres géantes à tomates, énormes surfaces de production de céréales… Avec ces gigantesques entreprises qui créent une pression maximale sur les paysans et qui accaparent les terres, il y a une réelle volonté d’industrialiser l’agriculture !

Les acteurs de l’agro-industrie ont d’abord investi à leur profit les outils d’amont et d’aval, souvent créés et mis en place par les paysans. Ils s’emparent maintenant du cœur même de notre métier : la production. Ils veulent appliquer les mêmes logiques industrielles : concentration, mise en situation de monopole, recherche du coût de production toujours plus bas, à n’importe quel prix, les travailleuses et travailleurs comme variable d’ajustement… Effroyable logique qui pense pouvoir s’affranchir de la moindre considération pour ceux qui en sont victimes !

Une nourriture qui n’a plus de lien avec la terre

L’industrialisation de l’agriculture, de la bouffe abondante et bon marché prétend être l’assurance d’une alimentation suffisante pour l’humanité, avec ce qu’elle impose comme coûts sociaux, écologiques et climatiques ! Elle est surtout la réponse cynique à la paupérisation des populations par les politiques libérales, et le meilleur moyen de mieux les ponctionner par les loyers, les transports, ou les marchandises à obsolescence programmée… C’est l’intolérable réalité d’une nourriture qui n’a plus de lien avec la terre, qui n’est que production artificielle imposée par les logiques standardisantes du business et du commerce international, pure destruction du mode alimentaire des peuples, totale négation du principe de souveraineté alimentaire, de la liberté de chacun de choisir son alimentation.

On nous place sous la dépendance alimentaire de quelques grands groupes industriels et financiers, assurant ainsi notre soumission. Car c’est aussi leur domination politique qui est en jeu, telle qu’elle se manifeste déjà dans les accords de libre-échange actuellement négociés par l’UE avec l’Afrique de l’Ouest, les États-Unis ou le Canada. Nous ne pouvons pas laisser faire, nous soumettre à cet ordre des choses, comme si tout cela était l’ordre inéluctable de l’évolution de l’humanité ! En n’agissant pas, nous nous rendrions coupables, nous deviendrions complices de ceux qui régissent le monde à leur unique profit. Nous avons le devoir de nous remettre en question, de tout remettre en question !

« Donnons-nous les moyens de l’espoir ! »

Alors oui, il faut agir. Les alternatives se multiplient, partout, elles essaiment sur cette envie qui bouillonne de dire NON, de faire autrement. Elles sont l’image de ce que nous pouvons devenir, elles font vivre l’espoir qu’une autre société est possible. Alors rejoignons-les, agissons chez nous, partout, au quotidien, sans relâche. Donnons-nous les moyens de l’espoir ! Mais cela ne suffira pas… Le libéralisme se nourrit aussi de nos utopies, il les avale et les recrache, pour mieux avancer. Notre engagement doit être collectif, il doit être politique ! Les attaques quotidiennes sur nos espoirs ne doivent pas parvenir à nous faire baisser les bras ! L’histoire récente est pleine de victoires, ne l’oublions pas ! On peut gagner !

Alors attachons-nous à nos causes communes. Nous, paysans, battons-nous pour notre autonomie et nos savoir-faire. Nous paysans, avec vous tous, citoyens, luttons contre l’industrialisation de l’agriculture qui veut nous balayer. Nous tous, citoyens, pas seulement consommateurs, revendiquons le choix de notre alimentation. Nous tous, citoyens, refusons de brader notre démocratie à la surveillance généralisée et au bon vouloir des multinationales. Réinventons notre engagement politique. Prenons conscience que nous avons le pouvoir, exerçons-le ensemble !

Texte de la Confédération paysanne

http://www.bastamag.net/Refuser-la-soumission-alimentaire-aux-industriels-exercons-le-pouvoir-ensemble

Pascal Poot, l’homme qui fait pousser 400 variétés de tomates sans eau ni pesticides

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Dans l’Hérault, Pascal Poot a développé une méthode qui lui permet aujourd’hui de cultiver et de sélectionner quelques 400 variétés de tomates bio sans arrosage ni utilisation de produits phytosanitaires. Celui qu’on a pris « pour un fou » inspire aujourd’hui les plus grands chercheurs.

Pascal Poot est producteurs bio de semences depuis 20 ans. Installé sur 3ha à Olmet dans les Cévennes (Hérault), il conserve environ 450 variétés de tomates (il a créé le « Conservatoire de la tomate ») et autres variétés légumières anciennes.

Dans cette région au climat très aride et à la terre pleine de cailloux, Pascal fait pousser des tomates bio. La particularité de sa production : il n’arrose pas les plants, ne les entretient pas, et n’utilise aucun engrais ni pesticide ! Et ses plants produisent jusqu’à 25 kg de tomates chacun !

Eduquer les légumes pour leur apprendre à se défendre eux-mêmes

 » Pourquoi les agriculteurs et les jardiniers se donnent-ils tant de mal à cultiver leurs légumes alors qu’à côté les mauvaises herbes poussent facilement sans rien exiger ? « C’est sur la base de ce constat que Pascal a développé une méthode qui lui permet aujourd’hui de cultiver et de sélectionner ses tomates sans arrosage (ou uniquement à la plantation) ni utilisation de produits phytosanitaires.« Tout le monde essaye de cultiver les légumes en les protégeant le plus possible, moi au contraire j’essaye de les encourager à se défendre eux-mêmes » explique Pascal dont le secret est de créer ses propres semences, résistantes à la sécheresse et aux maladies. Cette méthode lui permet d’obtenir des rendements plus élevés qu’en agriculture conventionnelle… et cela en respectant les pratiques de l’agriculture biologique.

Celui qu’on a pris « pour un fou » inspire aujourd’hui les plus grands chercheurs

« Au début on m’a pris pour un fou mais au bout d’un moment, les voisins ont vu que j’avais plus de tomates qu’eux, et jamais de mildiou, en plus, alors les gens ont commencé à parler et des chercheurs sont venus me voir »raconte Pascal Poot dans un reportage très complet sur ses techniques pour le journal Rue 89 (lire l’article sur le site rue89.nouvelobs.com).

Pascal Poot, fils d’agriculteurs et autodidacte, intervient et présente aujourd’hui le fruit de ses recherches en école d’ingénieurs agronomes et travaille en collaboration avec les organismes de recherche agronomique.

« Pascal Poot sélectionne ses semences dans un contexte de difficulté et de stress pour la plante, ce qui les rend extrêmement tolérantes, améliore leur qualité gustative et fait qu’elles sont plus concentrées en nutriment » explique Bob Brac de la Perrière, biologiste et généticien des plantes, et coordinateur de l’association environnementale Bede qui qualifie le travail de Pascal Poot d’ »unique ».

Des stages ouverts à tous pour apprendre à tous à cultiver légumes et fruitiers bio sans eau

Une partie de ces graines sont vendues dans l’illégalité, parce qu’elles ne sont pas inscrites au catalogue officiel des espèces et variétés végétales du GNIS (Groupement national interprofessionnel des semences et plants). La législation interdit de transmettre ces graines :  » Tous les semenciers ou presque ont été rachetés par des multinationales qui fabriquent des produits phytosanitaires et des engrais, leur intérêt c’est de faire en sorte que les plantes aient besoin de traitements pour pouvoir vendre leurs produits » explique Pascal Poot dans un reportage pour la chaîne Arte.

Afin de transmettre son savoir, Pascal Poot a ainsi décidé de proposer des stages ouverts aux particuliers (jardiniers ou néophytes), agriculteurs et professionnels de l’agriculture pour faire connaitre ses techniques de production de légumes et semences potagères. (inscriptions pour le stage sur le site http://www.lesavoirfaire.fr)

Sébastien, qui a effectué un stage, raconte : « Appréciant les personnalités anticonformistes, j’ai trouvé en la personne de Pascal Poot l’homme que je cherchais pour confirmer mes idées sur l’agriculture moderne et ses aberrations. A travers mon stage  » Cultiver 400 variétés de tomates sans arroser  » j’ai mieux compris le fonctionnement des plantes, et surtout j’ai pu vérifier qu’il suffisait de savoir observer la Nature pour mieux la comprendre. Donc oui c’est vrai, on peut cultiver sans eau ou presque ! En arrosant lors de la mise en terre des plants, on peut laisser la plante se débrouiller seule contre le manque d’eau et les maladies. Pour cela il suffit d’y croire et de faire confiance à la Nature, qui en 3 années de récoltes des graines donnera naissance à des plants résistants, dont les parents auront marqué le code génétique en fonction de leur contexte d’évolution. Etgrâce à des hommes comme Pascal et son équipe, nous apprécierons dans quelques années de trouver des tomates de toutes les couleurs et toutes les formes sur les marchés bio. J’ai pris part moi aussi à cette aventure en repartant avec les graines que je transmettrai à mes descendants. A la fois technique et philosophique, ce stage m’a fait autant apprécier le goût des bonnes tomates que celui des gens vrais. »

Pour en savoir plus :

– découvrez le reportage du journal Rue 89 qui est parti à la rencontre de Pascal Poot sur le site rue89.nouvelobs.com

– voir le reportage d’Arte sur Pascal Poot

ME

Pourquoi une pomme des années 1950 équivaut à 100 pommes d’aujourd’hui

Pomme

 

Mordre à pleines dents dans une pêche et avaler… de l’eau sucrée. Manger toujours plus, pour se nourrir de moins en moins. Tandis que, dans les pays développés, nosapports en calories augmentent, la plupart des aliments non transformés que nous consommons – fruits, légumes et céréales – deviennent des coquilles vides sur le plan nutritionnel. Une dizaine d’études d’universités canadiennes, américaines et britanniques, publiées entre 1997 et aujourd’hui, font état d’une dégringolade de la concentration en nutriments dans nos aliments. Ces travaux résumés dans l’étude « Still no free lunch » de Brian Halweil, chercheur au Worldwatch Institute confirment l’essor de la « calorie vide » : grasse, sucrée, mais inutile pour la santé. Même dans les aliments réputés sains, vitamines A et C, protéines, phosphore, calcium, fer et autres minéraux ou oligo-éléments ont été divisés par deux, par vingt-cinq, voire par cent, en un demi-siècle. Pour retrouver les qualités nutritionnelles d’un fruit ou d’un légume des années 1950, il faudrait aujourd’hui en manger une demi-cagette !

Vitamine C : une pomme hier = 100 pommes aujourd’hui

Hier, quand nos grand-parents croquaient dans une transparente de Croncel, ils avalaient 400 mg de vitamine C, indispensable à la fabrication et à la réparation de la peau et des os. Aujourd’hui, les supermarchés nous proposent des bacs de Golden standardisées, qui ne nous apportent que 4 mg de vitamine C chacune, selon Philippe Desbrosses, docteur en sciences de l’environnement à l’université Paris-VII. Soit cent fois moins. « Après des décennies de croisements, l’industrie agroalimentaire a sélectionné les légumes les plus beaux et les plus résistants, mais rarement les plus riches sur le plan nutritif », déplore ce militant pour la préservation des semences anciennes.

Vitamine A : une orange hier = 21 oranges aujourd’hui

Précieuse pour notre vue et nos défenses immunitaires, la vitamine A est en chute libre dans 17 des 25 fruits et légumes scrutés par des chercheurs canadiens dans une étude synthétisée pour CTV News. Le déclin est total pour la pomme de terre et l’oignon qui, aujourd’hui, n’en contiennent plus le moindre gramme. Il y a un demi-siècle, une seule orange couvrait la quasi-totalité de nos besoins quotidiens – les fameux AJR (apports journaliers recommandés) – en vitamine A. Aujourd’hui, il faudrait en manger 21 pour ingurgiter la même quantité de la précieuse vitamine. De même, une pêche des années 1950 équivaut à 26 pêches aujourd’hui.

Fer : la viande en contient deux fois moins

Au début de la chaîne, il y a la céréale. Blé, maïs et soja sont aujourd’hui plus pauvres en zinc, en cuivre et en fer qu’il y a cinquante ans. Appauvries par des décennies d’agriculture intensive et de sélections variétales, ces céréales réapparaissent dans l’auge de nos bêtes, qui, par répercussion, se trouvent moins bien nourries que leurs ancêtres. En bout de chaîne, l’animal devenu steak apportera moins de micronutriments dans nos assiettes. Tel est l’effet domino identifié par le chercheur américain David Thomas. Dans son étude [1] publiée dans la revue Nutrition et Health, il constate qu’à poids égal un même morceau de viande apporte deux fois moins de fer qu’un demi-siècle auparavant. Or, celui-ci sert à l’élaboration. Autre dommage collatéral : le lait « a perdu ces acides gras essentiels », déplore Philippe Desbrosses. Des acides essentiels à nos membranes cellulaires, notre système nerveux et notre cerveau. Naturellement présents dans l’organisme en très petite quantité, ils doivent nous être apportés par l’alimentation.

Calcium : quatre fois moins dans le brocoli

Mauvaise nouvelle. Si le brocoli figure sur la liste de ces légumes que vous ne consentez à avaler qu’en pensant à votre santé, vous n’avez pas fini de grimacer. Alors que ce chou venu du sud de l’Italie contenait 12,9 mg de calcium – allié de la construction osseuse et de la coagulation du sang – par gramme en 1950, ils n’en renfermait plus que 4,4 en 2003, selon une étude de l'[université du Texas], soit quatre fois moins. Si vous comptiez sur lui pour compenser la carence en fer de votre steak, c’est également loupé. Il vous faudrait en mettre six fois plus dans la soupe pour obtenir les mêmes bienfaits que par le passé. Sur les 25 légumes étudiés par l’équipe de recherche canadienne, 80% ont vu leur teneur en calcium et en fer décliner.

Le bio est-il une solution ?

Les facteurs de ce déclin sont multiples. Des sols plus pauvres, des végétaux cueillis trop tôt, des traitements de conservation plus fréquents, des croissances plus rapides dopées par les engrais et une réduction du nombre de variétés, sélectionnées pour leur résistance aux parasites et leur rapidité de croissance… Autant d’éléments imputables à une quête de meilleurs rendements. Résultat, « pour le maïs, le blé et le soja, plus le rendement est important, plus le contenu en protéines est faible », note Brian Halweil, dans son étude. Même schéma pour les concentrations de vitamine C, d’antioxydants et de bêtacarotène dans la tomate : plus les rendements augmentent, plus la concentration de nutriments diminue.

A contrario, « l’agriculture biologique peut contribuer à inverser la tendance », indique Brian Halweil dans son étude. De fait, à conditions climatiques équivalentes « les aliments bios contiennent significativement plus de vitamine C, de fer, de magnésium et de phosphore que les autres ». Le chercheur met pourtant en garde : « Si les agriculteurs bios développent un système riche en intrants avec des rendements comparables aux exploitations conventionnelles, le bio verra son avantage nutritionnel s’éroder. » De même, si les produits bios sont cueillis avant maturité, ils sont finalement moins riches en nutriments que des produits mûrs de l’agriculture traditionnelle. Seule stratégie pour remettre de la vie dans son assiette : choisir des aliments mûrs, produits de manière non intensive et partir à la chasse aux variétés oubliées. Une épopée.

Retrouvez toutes les études ici :
L’étude canadienne synthétisée pour CTV News
L’étude « Still no free lunch », de Brian Halweil, chercheur au Worldwatch Institute
[L’étude de l’université du Texas]
L’étude américaine de l’université du Minnesota sur le blé
L’étude du chercheur américain David Thomas publiée dans la revue Nutrition et Health
L’étude de l’université du Texas sur les rendements

terraeco.net

Agriculture durable : entretien avec Bernard Ronot

Le nitrate… De l’explosif à l’agriculture. À voir absolument:

http://fr.wikipedia.org/wiki/Nitrate

 

Bio et hyperproductive : la ferme magique d’un agriculteur québécois

Bio et hyperproductive : la ferme magique d'un agriculteur québécois
(Crédit photo : DR)
Interview – Jean-Martin Fortier, producteur canadien, est convaincu que l’on peut produire beaucoup de légumes sains et bios sur une petite surface. La preuve avec la micro-ferme qu’il exploite au Québec.

Jardinier-maraîcher ? Fermier de familles ? Jean-Martin Fortier lui même a du mal à qualifier son métier. Ce canadien de 35 ans exploite depuis 2005 la ferme des Jardins de la Grelinette, à Saint-Armand, à quelques kilomètres de Montréal, au Québec. Sa ferme est une micro-ferme. Elle mesure moins d’un hectare, loin de la taille moyenne d’une exploitation française qui est de 55 hectares.

Avec sa compagne, ils appliquent des techniques découvertes en voyageant et travaillant dans des fermes notamment au Nouveau-Mexique et à Cuba. Dans ces exploitations, les fermiers produisent beaucoup de légumes, sans pour autant utiliser de tracteur ni d’intrants, le tout sur une très petite surface. Ils ont suivi leurs traces, et viennent d’écrire un livre pour expliquer leurs méthodes : Le jardinier-maraîcher (Ecosociété, 2012). De passage en France, Jean-Martin Fortier a expliqué sa démarche à Terra eco (1).

- Terra eco : Pourquoi avez-vous souhaité travailler sur une très petite surface, ce que personne n’avait jamais fait au Québec ?

Jean-Martin Fortier : Nous souhaitions démarrer notre production, mais nous n’avions pas les moyens d’investir beaucoup. On a été obligés de viser petit en quelque sorte, même si nous avions pu voir au cours de nos voyages que d’autres le font déjà ailleurs et que cela marche. Après coup, nous avons même réalisé que la plupart de nos méthodes s’inspirent de ce que faisaient les maraîchers au XIXè siècle, notamment en France autour de Paris. On n’a rien inventé, c’est juste une autre façon de penser.

- Pouvez-vous résumer votre méthode de production, que vous appelez bio-intensive ?

Puisque nous travaillons sur une petite surface, il nous a fallu intensifier au maximum notre production. L’une des solutions est de ne pas organiser les plantations avec les traditionnels rangs, qui sont pensés pour laisser passer les tracteurs. Nous travaillons sur des bandes de terre surélevées, que nous appelons « planches » (voir image ci-dessous). Ces planches ne sont jamais labourées, jamais retournées, et alimentées régulièrement avec de la matière organique, pour disposer d’un sol intact et d’excellente qualité où les racines vont pouvoir descendre en profondeur. Les légumes y poussent très serrés, si bien que quand ils sont aux trois quarts de leur croissance, les extrémités des légumes se touchent, ce qui limite la lumière, et garde l’humidité. On a alors un terrain idéal pour les vers de terre et ça limite la pousse des mauvaises herbes. Au final, nous avons revisité toutes nos techniques de travail pour se concentrer sur la qualité du sol, pour avoir le sol le plus riche et le plus meuble possible.

- Ce modèle est-il rentable économiquement ?

Tout à fait. On produit beaucoup de légumes sur une saison qui est pourtant assez courte au Québec. On réussit à nourrir plus de 200 familles, qui payent 25 dollars canadiens (18 euros) par semaine pour des paniers pouvant nourrir 2 à 4 personnes. Nous avons dégagé un chiffre d’affaires de plus de 130 000 dollars en 2011 (97 000 euros). La plupart des Amap (Association pour le maintien d’une agriculture paysanne) parviennent à ces chiffres avec 5 hectares de terrain et des outils mécanisés. Nous avons moins de coûts, nous avons démarré avec seulement 36 000 dollars d’investissements (26 000 euros), et nous arrivons à dégager plus de 45% de marge nette. Et ces méthodes ne donnent pas juste du rendement, cela donne aussi une efficacité et une grande qualité de travail. Je n’utilise pas la qualité de mon système pour en faire plus, mais pour en faire suffisamment pour avoir aussi du temps à passer avec les enfants. Nous avons donc aussi une bonne qualité de vie.

- Dans votre livre, vous expliquez que vous transplantez vos légumes, que vous utilisez des serres chauffées et des engrais commerciaux… On est loin de techniques plus neutres, comme la permaculture. Vous devez faire des compromis ?

La différence majeure, c’est que la permaculture est peu intensive et vise la productivité sans effort. Mais je ne suis pas sûr qu’on puisse vraiment vivre de la permaculture). Cela dit, nous tentons d’utiliser le moins de carburants fossiles, cela nous coûte à peine 5 000 dollars par an (3 700 euros), en alimentant par exemple notre camion de livraison avec de l’huile végétale de récupération.

- La France a perdu un quart de ses agriculteurs sur les dix dernières années. La ceinture maraîchère parisienne a quasiment disparu. Ce modèle de petites fermes intensives pourrait-il être une solution en France ?

J’en suis convaincu à 100%. Les micro-fermes intensives sont un « retour en avant », elles permettent de nourrir les gens sainement et de faire bien vivre les producteurs. Au Québec, nous parvenons peut-être à vendre nos légumes un peu plus cher qu’en France, mais notre saison de production est beaucoup plus courte que la vôtre. Et vous avez la démographie ici pour vendre toute la production tout le temps, alors qu’au Québec, on a une densité de population beaucoup plus faible. En plus vous avez beaucoup de petites surfaces agricoles. Et les gens prennent partout de plus en plus conscience de l’importance de manger local, bio, de connaître les gens qui produisent… J’espère que les techniques que j’ai développées vont être partagées, développées et améliorées ici. Quand ça marchera, ça fera sens pour beaucoup de gens et le système va être imité.


Pour aller plus loin :

- « Les plantes bougent, sentent et réagissent mais nous ne sommes pas capables de le voir »

- La permaculture peut-elle faire vivre les agriculteurs ?

- Une vidéo montrant la technique de production du mesclun de Jean-Martin Fortier :

La culture du mesclun from Les Jardins de la Grelinette on Vimeo.

- Le livre : Le jardinier-maraîcher

(1) Cet entretien a été réalisé à la ferme bio d’Eric Chatelet à Longpont-sur-Orge (Essonne), lors de la formation « S’installer en maraîchage sur une petite surface », organisée par la couveuse d’activités agricoles les Champs des possibles.

Source

Pour ceux qui ont le goût et …le temps de visionner la conférence de Jean-Martin Fortier à Paris, une vidéo de 1h30:

P.S.: J’ai transformé mon petit potager avec l’expérience de Jean-Martin avec des résultats déjà extraordinaires.

P.S.:  Notez que sur .8 hectare de terrain, ( la grandeur d’un terrain de soccer)  Jean-Martin vend maintenant pour 100,000$ de ses produits avec des profits de 48%.  ( Gaëtan Pelletier)

L’Imposture de la Modernité par Pierre Rabhi

Sélectionné par Tchels0o, pour “Nos Libertés”, le 26 septembre 2011.

Je ne partage pas l’idée selon laquelle l’économie de marché a sorti le monde de la précarité. Je suis témoin du contraire. Dans cette oasis du Sud algérien où j’ai grandi, j’ai vu une petite société pastorale bouleversée par l’arrivée de l’industrie houillère. Mon père, qui faisait chanter l’enclume pour entretenir les outils des cultivateurs, a dû fermer son atelier pour s’abîmer dans les entrailles de la terre. Au Nord comme au Sud, des hommes ont été consignés pour faire grossir un capital financier dont ils n’avaient que des miettes. Ils y ont perdu leur liberté, leur dignité, leurs savoir-faire. J’avais 20 ans quand j’ai réalisé que la modernité n’était qu’une vaste imposture.

Je n’ai cessé, depuis, de rechercher les moyens d’échapper au salariat, que je considère, à tort ou à raison, comme facteur d’aliénation. C’est ainsi que je suis devenu “paysan agroécologiste sans frontières”. Depuis trente ans, j’enseigne en Afrique des techniques que j’ai d’abord expérimentées sur notre ferme ardéchoise. Je rencontre des agriculteurs pris dans le traquenard de la mondialisation. Des hommes à qui l’on a dit?: « Le gouvernement compte sur vous pour produire des devises avec des denrées exportables. Vous devez cultiver plus d’arachide, de coton, de café. Il vous faut pour cela des engrais, des semences, des pesticides. » Dans un premier temps, on leur distribue gratuitement. Cadeau empoisonné. Car, à l’évidence, la terre est dopée et la récolte est plus abondante. Impressionné, le paysan retourne à la coopérative. Cette fois, les produits miracles sont en vente, à prix indexé sur celui du pétrole qui a servi à produire des engrais. « Tu n’as pas d’argent?? On va te les avancer et on déduira de la vente de ta récolte. »

Le paysan sahélien qui cultivait un lopin familial se retrouve alors propulsé par la loi du marché dans la même arène que le gros producteur de plaines américaines?; endetté, puis insolvable. On a ainsi provoqué une misère de masse, bien au-delà de la pauvreté. Le travail que nous faisons au Burkina Faso, au Maroc, au Mali et, depuis peu, au Bénin et en Roumanie, consiste à affranchir les agriculteurs en leur transmettant des savoir-faire écologiques et en réhabilitant leurs pratiques traditionnelles.

Pendant des siècles, on a su travailler la terre sans intrants et sans la crise qui affecte aujourd’hui même les pays dits prospères. Je réfléchis à la création d’un modèle qui s’appellerait “un hectare, une famille, un habitat”. Demain, on ne pourra plus assurer les retraites, les indemnités de chômage. Il faudra réapprendre à vivre avec un potager, un verger, un clapier, un poulailler, une ruche et des petits ruminants. Retrouver une performance qui ne se fonde pas sur une croissance illusoire mais sur la capacité à satisfaire ses besoins avec les moyens les plus simples.

Pierre Rabhi

Pour aller plus loin sur ce sujet on pourra consulter, notamment :
Le Blog de Pierre Rabhi
Colibris

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Les gouvernements européens dans les mains des corporations

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Un texte essentiel, basique, fondamental, dont chaque phrase, chaque mot est porteur d’intelligence, de sens, d’espoir

 

Conférence de l’agriculture familiale de l’Union Européenne

 

Par Diego Montón – Movimiento Nacional Campesino Indígena
Secretaría operativa CLOC Vía Campesina

04-12-2013

L’année 2014 a été déclarée année mondiale de l’Agriculture Familiale par la FAO dans le cadre de la crise alimentaire qui frappe les peuples du monde, cela semble être une opportunité pour approfondir les analyses et défis. Cependant on s’aperçoit d’emblée qu’on ne pourra éviter la bataille du sens. Que signifie Agriculture Familiale ? Quelle est son importance réelle ? Quelles sont les causes de la faim ?

Les corporations se sont déjà lancées à l’assaut pour capter la mémoire historique du rôle des paysans et paysannes, et là, elles y vont à fond, construisant une narration qui occulte les choses et subordonne l’agriculture mondiale à leurs intérêts spéculatifs.

La Conférence de l’Agriculture Familiale qu’a organisé la Commission Européenne, à la fin novembre, à laquelle nous avons participé, une vingtaine de compagnons et compagnonnes de la CLOC (Coordination Latino Américaine des Organisations des Campagnes) et de la Via Campesina fut exemplative.

Lamentablement comme pour le reste de la politique, les gouvernements européens répondent directement à l’idéologie imposée par le capital financier. Ainsi, paradoxalement à l’ouverture de la conférence il n’y eu pas d’orateurs des organisations paysannes et de l’agriculture familiales, seuls parlèrent des fonctionnaires et à notre grande surprise, un exécutif d’UNILEVER qui présenta ses « réalisations » et expectatives pour l’année de l’agriculture familiale.

Unilever est une transnationale agro-alimentaire qui dirige 400 marques dans 100 pays, fameuse pour ses « cubes » Knorr, et sa production mondiale de 50 millions de cubes par seconde. Bien que cela soit peu diffusé, dans la matière première utilisée abondent les transgéniques et agro toxiques, les conservateurs et les produits chimiques, et par-dessus le marché, des dénonciations ont été faites au sujet de ces cubes produits par le travail des infantile et précarisé.

Le discours des fonctionnaires européens est celui d’une “Agriculture Familiales” qui doit être « protégée » pour des questions de culture, et des problèmes sociaux, mais relever le défi d’alimenter l’humanité en 2050 ne sera possible que par les corporations. Ainsi le projet d’Unilever et ses programmes « d’incorporation » de l’agriculture familiale à ces chaînes productives, se transforme en projet de l’Union Européenne. Productivité, compétitivité, rentabilité, innovation, etc, sont les paroles qui prédominent dans un discours vide d’analyses, sans que soit prononcée la parole crise. C’est dire que le discours des gouvernements européens est hautement idéologique, prisonnier des narrations et négoces des corporations.

Il faut donc faire remarquer l’exception, parmi les discours officiels, que constitua l’intervention de Graziano da Silva, le Brésilien directeur de la FAO. Graziano ne rentra pas dans les causes, mais il fut clair quant à l’importance de l’Agriculture paysanne ; “Le problème n’est pas de l’ordre de la productivité, c’est une question d’accès et de la distribution des aliments (…). Les agriculteurs familiaux ont été et seront ceux qui résoudront le problème de la faim dans le monde (…). Le marché global ? Où est-ce qu’il se trouve ? Comment peut-on acheter des aliments là ?(ironise-t-il). Il faut renforcer les marchés locaux et le rôle de l’agriculture familiale. Le marché global des aliments et l’agriculture industrielle implique une immense perte d’aliments par décomposition(…) » Il faut dire que cette position novatrice de la FAO génère un scénario favorable dans contexte institutionnel international. Les gouvernements Européens par contre, comme toujours face à la crise du capitalisme et du libéralisme appliquent stupidement les recettes libérales qui ne font rien d’autre que d’empirer la situation des peuples.

Mais il y eu une autre surprise lors de cette conférence quand s’est rendu compte de la présence de Etchvere, le Président de la Société Rurale Argentine, cette entité oligarchique de propriétaires terriens qui grandit en tuant des indigènes en 1880 et s’appropriant leurs terres, et qui  continue de le faire à présent, cette entité qui a conclu des alliances avec des transnationales qui a provoqué et accompagné chaque dictature civico-militaire, qui a essayer par tous les moyens d’éliminer la démocratie. Ils vinrent comme membres de l’OMA (Organisation Mondiale des Agriculteurs), qui est devenue héritière de la FIPA et qui prétend également participer à l’année de l’agriculture familiale.

J’ai vu Etchevere et immédiatement m’est revenu à la mémoire notre compagnon Cristian Ferreira, assassiné par un sicaire dans sa maison, devant sa famille. Cristian était un dirigeant du Mouvement Paysan, un jeune, son “péché” fut de promouvoir l’agriculture paysanne et d’avoir détenu un entrepreneur qui voulait s’approprier la terre communautaire. L’entrepreneur aujourd’hui est emprisonné. La Société Rurale agit politiquement et judiciairement pour le faire libérer. De même que Cristian me passèrent en tête des centaines de paysans et de paysannes assassinés au Honduras, au Paraguay, au Guatemala, et dans tant d’autres pays de Notre Amérique Latine en lutte quotidienne pour la terre. Au cours de ces mêmes journées, un gang de nervis agressait violement un campement et un barrage établi pour empêcher la construction d’une usine de MONSANTO, dans le village de Malvinas, Cordoba, Argentine, une résistance dont les meneuses sont les mères dont les enfants souffrent ou souffraient de cancer et de leucémies causés par les fumigations au Glifosate qui se pratiquent quotidiennement dans les villages ruraux du Cône Sud et dans d’autres régions du continent

Mais les gouvernements européens nous viennent encore une fois avec les comptes de fées, d’une harmonie possible entre corporations et paysans, dans laquelle résiderait la solution. Celle d’un prétendument libre marché dans lequel nous pourrions tous être en compétition et dont les règles sont « transparente ».

Voyons quelques données : avec seulement ¼ des terres arables du monde, les paysans et paysannes alimentent 70% de la population mondiale, et selon la FAO, plus de 40% des aliments de la chaîne agro-industrielle se perdent par décomposition. 90% du marche mondial des grains est entre les mains de quatre corporations : ABC, Bunge, Cargil et Dreyfus. Monsanto contrôle 27% du marché global des semences et joint à 9 autres corporations plus de 90% du Marché des agro-toxiques. Cette concentration leur permet de faire pression par la spéculation pour que les prix des marchandises augmentent systématiquement. En plus de leur alliance étroite avec la finance internationale leur permet de disposer d’immenses masses de capital d’origine spéculative qui est utilisé pour l’accaparement de Terres, le lobbying et la pression sur les gouvernements du monde, la corruption, etc…

De quel marché libre nous parlent-t-ils ? Le marché est otage des corporations et du capital financier.

Si nous ajoutons au monopole les problèmes de perte de biodiversité et de crises du milieu ambiant provoquée par de grandes extensions de monocultures, les graves problèmes de santé et la contamination par des milliers de tonnes d’agro-toxique par fumigation non discriminée, le travail d’esclave, l’usage sans discrimination de combustibles fossiles, la destruction des marchés locaux, entre autres, il nous apparaît clairement qu’il n’est pas possible d’harmoniser l’agriculture paysanne avec l’agriculture des corporations, comme il ne sera pas possible d’en finir avec la Faim par ce modèle né de la révolution verte.

La Via Campesina,, malgré qu’elle n’était pas des mieux placée,  rendit cela très clair dans la conférence, faisant preuve de consistance, d’humilité et de la force de la vie paysanne. Les fonctionnaires européens ne s’attendaient pas autant de critiques, et ils furent surpris par les applaudissements que reçurent chaque compagnon et compagnonne qui levait la main et parvenait à exprimer ces idées. Avec des visages africains, asiatiques, latino-américains et européens, ici, est apparue la voix paysanne, millénaire, vive et porteuse d’espoir.

Il est à espérer que cette situation se reproduise sur tous les continents, un fort débat autour de l’année de l’agriculture familiale.

Pour l’année à venir se dessinent d’importants défis idéologiques et politiques. Nous devons parvenir à potentialiser la mobilisation et la lutte dans le monde entier, soutenant nos luttes historiques. Réforme Agraire pour la Souveraineté Alimentaire, aiguisant le regard sur notre principal ennemi : Les corporations transnationales et leur projet idéologique et technologique.

Il est fondamental d’établir les meilleures alliances, de parvenir à connecter tous les processus de lutte et de résistance, avec des messages qui soient capables de transmettre quels sont les enjeux « La subordination totale de l’agriculture aux intérêts des corporations », ce n’est pas un problème des paysans, c’est le problème de l’humanité toute entière. Pour cela notre projet paysan et populaire doit pouvoir s’intégrer dans un projet politique populaire qui exprime les projets des secteurs populaires paysans, travailleurs, désoccupés, indépendants et professionnels, qui permettent que nos luttes et projets soient reflétés dans les politiques publiques.

En Amérique Latine, nous avons le défi de porter le débat à l’ALBA, UNASUR, MERCOSUR, à la CELAC, et porter ce débat dans ces scénario qui ont permis de grandes avancées vers l’intégration anti-impérialiste et la construction d’une nouvelle hégémonie, mais qui a présent se retrouve engagé dans une grande bataille concernant le modèle à suivre, et dans laquelle la re-primarisation des économies est une grande menace.

Difficile de concevoir une Amérique Latine unie et libre si son agriculture reste subordonnée aux corporations et dans cette discussion, la question technologique est clé, l’agro-écologie doit avoir le caractère d’une « innovation ». La Banque du Sud devrait devenir un outil qui permette aux gouvernements de financer le développement agricole rural depuis la perspective de la Souveraineté Alimentaire et La Réforme Agraire est une politique continentale urgente.

Cela sera possible en renforçant les organisations et en amplifiant nos luttes, avec un caractère créatif et diversifié, combinant l’action directe, avec l’action politique et le dialogue avec ces gouvernements progressistes et populaires articulant au niveau continental, national et local. Conservant l’autonomie nécessaire pour éviter que la bureaucratisation étatique et libérale et le scénario à court terme des gouvernements ne rendent la marche trop lente.

Les paysans et paysannes, nous allons continuer à alimenter les peuples, octroyant la vie et la liberté, c’est cela notre tâche historique.

Traduction Anne Wolff

 

Source  espagnole Los gobiernos europeos en las manos de las corporaciones | Minga Informativa