Archives de Tag: SPIRITUALITÉ

Krishnamurti: La méditation

La méditation, c’est la qualité du cerveau qui ne fonctionne plus partiellement – le cerveau qui s’est libéré de son conditionnement et qui fonctionne alors comme un tout. La méditation d’un tel cerveau diffère de la simple contemplation d’un cerveau conditionné en tant que chrétien ou hindou, dont la contemplation est issue d’un passé et d’un esprit conditionné. La contemplation ne libère pas du conditionnement. La méditation nécessite beaucoup de recherche et devient extrêmement sérieuse pour ne pas fonctionner partiellement. Par partiellement, on entend fonctionner dans une certaine spécialisation ou dans une certaine occupation qui rend le cerveau étroit en acceptant des croyances, des traditions, des dogmes et des rituels qui, tous, sont inventés par la pensée. Les chrétiens utilisent le mot « foi •> – foi en Dieu, en la providence, pour que tout se passe bien. Les Asiatiques ont leur propre forme de foi – le karma, la réincarnation et l’évolution spirituelle. La méditation est différente de la contemplation, en ce sens que la méditation exige que le cerveau agisse pleinement et ne soit plus conditionné à agir partiellement. C’est l’exigence de la méditation, sinon elle n’a aucun sens.

L’on observe ou l’on sent toujours avec une partie de nos sens. On entend de la musique sans jamais vraiment l’écouter. On n’est jamais conscient d’une chose avec tous nos sens. Quand on regarde une montagne, de par sa majesté nos sens sont pleinement actifs, on s’oublie donc soi-même. Quand on regarde le mouvement de la mer ou le ciel orné d’une fragile lune, quand on est entièrement conscient avec tous nos sens, il y a là attention complète et en elle n’existe aucun centre. Ce qui signifie que l’attention est le silence total du cerveau, il n’y a plus de bavardage, il est complètement immobile – un silence absolu de l’esprit et du cerveau. Il y a diverses formes de silence – le silence entre deux bruits, le silence entre deux notes, le silence entre les pensées, le silence qui règne quand vous pénétrez dans une forêt –, là où existe le risque de rencontrer un animal dangereux, tout devient parfaitement silencieux. Ce silence n’est ni créé par la pensée ni provoqué par la peur. Quand on a vraiment peur, nos nerfs et notre cerveau s’immobilisent – mais la méditation n’est pas cette forme de silence, elle est entièrement différente. Son silence est l’action de tout le cerveau avec tous les sens en activité. C’est la liberté qui engendre le silence total de l’esprit. Ce n’est qu’un tel esprit, un tel esprit-cerveau qui est totalement tranquille – non pas cette tranquillité née de l’effort, de la détermination, du désir ou d’un mobile. Cette tranquillité est la liberté de l’ordre qui est vertu, qui est rectitude du comportement. Seulement dans ce silence existe ce qui est sans nom et intemporel. C’est la méditation.
Saanen, le 26 juillet 1981

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L’air usagé

Photo: Gaëtan Pelletier

Au temps des romains, l’air devait être un peu moins vicié. Et quand nous parlons d’air, il y a l’air du temps, les Trump ( trompette) et l’air social qui commence à nous tuer à petits vœux,  tellement il est difficile de respirer de l’âme aujourd’hui. On a tous nos attentes sans espoirs de voir un jour la vie rejoindre la Vie. La grandeur de ce que nous aurions pu être, devenir. Non. Nous nous éteignons comme une vieille chandelle rendue à bout de cire par un soir d’hiver, la flamme chancelante, valsant aux moindres petits coups d’ailes en provenance de l’autre bout du monde. Bref, il n’y a plus de « recoin » de Terre où nous cacher.

Il y a tellement d’humains sur Terre, de machines, d’autos, de pesticides, que nous respirons un air aussi vicieux qu’un politicien dont la moitié de ses mensonges sont faux. Il faut le dire et le redire.

Qu’est-ce que se réaliser quand toutes nos énergies sont dirigées vers la réalisation d’une machine à gober de l’argent, à bourrer des coffres-forts invisibles qui engrangent des octets d’avoir.

Comme le souligne Edgar Morin, nous avons besoin d’une poésie de la vie. Mais comment réaliser une poésie de la vie,  figés que nous sommes,  traumatisés à la fin d’une vie par un grand désespoir de voir l’écroulement de ce monde?

L’air vicié c’est également cette tuerie de la paix qui devrait nous être donnée après ces milliers d’années à se tenir debout, à tenter d’améliorer nos vies, à demeurer proche de la nature. L’air vicié c’est cette folie humaine que trop présente qui nous trahit. Trahis que nous sommes par les « dirigeants » représentant de commerce des INC à l’infini. Comme des 3.1416.

L’air vicié c’est également de voir chaque jour tous ces monstres qui détruisent la Vie pour leur maladie d’égocentrisme démesuré.

***

Chanceux!

Un certain matin, cette semaine, je suis allé à vélo. Je pédale pendant une heure. Alors que je me suis assis pour une période de repos près de l’église, deux dames sont venues me parler. Elles m’ont dit bonjour et ont demandé mon nom. On a parlé du printemps, des fleurs à venir, de la chaleur. Mais il y en avait déjà en elles, des humains tout simples, tout beaux. Elles étaient la beauté.

C’est ça la poésie de la vie et l’air que nous respirons.

Les humains simples sont purs comme l’air que l’on respirait jadis.

Parfois ils passent, s’arrêtent. Ils sont réels, vivants, ne passent pas par un écran, ni ne sabotent le monde.

Demain, ou plus tard pendant la semaine, je reprendrai le vélo pour respirer.

Gaëtan Pelletier

2 avril 18

Les chiens et les poteaux

02

Nous sommes liés aux idées comme les chiens à leur poteau.

Nous sommes liés à des mécanismes lentement programmés. Et nous croyons être libres… Nous consommons de la connaissance et des certitude par le biais de la connaissance en étagères.

Et nous payons cher pour entretenir des gourous à cravate, les poteaux technologiques – comme ces miroirs donnés aux sauvages. Il y a entre la réalité et nous tout un monde qui barre la route de nos esprits, de nos âmes. La « réalité », l’ouverture d’esprit, le silence, tout cela est fondu et nos rapports au monde réel éclatés.

Il est là le nouvel apprentissage du siècle du numérique, du fatras organisé, des peurs vendues aux quatre coins de la planète.

On ne peut rien apprendre si « nous sommes appris ».

Le territoire de nos esprits tend de plus en plus à ressembler à celui des chiens liés à un poteau.

Mais nous jappons, grognons, à genoux, couchés, limités.

Nous préférons acheter des limites vendues sous couvert de sécurité et de confort. Ces limites mêmes sont nos chaînes.

L’être humain est un être d’aventure de l’esprit, d’âme. Et plus nous sommes « usinés », plus nous nous morfondons dans un moule invisible taillé par les financiers, les faux meneurs des pays.

Il n’existe plus de pays, il n’existe que des usines.

Et les riches nous lancent leurs os, prenant tout le reste. Et ils enferment l’avoir comme un trésor. Il n’existe pas de trésor mort et utile. Ce qui est utile est vivant et bouge.

Et c’est ainsi que les chiens ne sont plus bons qu’à faire des os pour les autres chiens…

Gaëtan Pelletier

14 décembre 2013

Comprendre « JE SUIS DIEU »

Les cochons « Blade Runner » , c’est nous

« Quelle expérience de vivre dans la peur, n’est-ce pas ? Voilà ce que c’est d’être un esclave. »

— Roy Batty, Blade Runner

Les humains peuvent s’habituer à tout, se plier à tout, avec leur dite capacité d’adaptation. Nous nous dirigeons vers un monde dans lequel nos besoins émotionnels seront délaissés au profit du profit. « L’investisseur » ne comprend rien à la nature humaine. Et qui sait si cet abandon de nos besoins émotionnels ne sont pas la source des problèmes qui causent les grands désarrois mondiaux actuels et la perte de nos enfants en devenir de n’être que des consommateurs? À dépenser tels les rois de jadis? De là l’illusion d’un humanisme vivant qui n’est en réalité qu’une mort lente de la réalité de notre personne. Sommes-nous en train de nous synthétiser comme les replicants de Blade Runner ?

Peut-être en sommes-nous à être « élevés » plutôt qu’éduqués? Dans cette ère de charabia économiques pour nous convaincre de consommer, on se demande où se situe l’intérêt des puissances mondiales qui manipulent l’économie des pays. Certainement pas dans la réalité de nos âmes.  On peut bien briser des cochons sans qu’ils ne se révoltent, mais aussi des humains sans qu’ils se révoltent en leur faisant croire que c’est là leur bien-être « garanti ».

Gaëtan Pelletier

Les singes  de Harlow

Un extrait du livre  Sapiens: Une brève histoire de l’humanité

Les cochons comptent au nombre des mammifères les plus intelligents et curieux, juste après les grands singes. Les élevages de porc industriels n’en confinent pas moins les truies allaitantes dans des caisses si étroites qu’elles sont littéralement incapables de se retourner (sans parler de marcher ou de fourrager). Elles y sont maintenues jour et nuit, quatre semaines durant, après qu’elles ont eu des petits. Après quoi ces derniers leur sont retirés pour être engraissés, et les truies sont fécondées avec le prochain lot de porcelets.
Beaucoup de vaches laitières passent la quasi-totalité des années de vie qui leur sont accordées dans un petit enclos, condamnées à se tenir debout, à se coucher et à dormir dans leur urine et leurs excréments. Une batterie de machines leur fournit leur dose de nourriture, d’hormones et de médicaments, tandis que, à heures régulières, une autre série d’appareils se chargent de la traite. La vache coincée entre les machines est à peine plus qu’une bouche qui ingurgite des matières premières et un pis qui produit une marchandise. Traiter des êtres vivants possédant tout un univers émotionnel complexe comme des machines ne saurait être pour eux qu’une source d’inconfort physique, mais aussi de fort stress social et de frustration psychologique[7].
De même que le trafic d’esclaves transatlantique n’était pas le fruit d’une haine vouée aux Africains, ce n’est pas l’animosité qui inspire l’industrie animalière moderne, mais l’indifférence. La plupart des gens qui produisent et consomment des œufs, du lait et de la viande prennent rarement le temps de penser aux poulets, aux vaches ou aux porcs dont ils consomment la chair ou les émissions. Ceux qui y pensent soutiennent souvent qu’en réalité ces animaux sont à peine différents de machines, dépourvus de sensations et d’émotions, incapables de souffrance. Paradoxalement, les mêmes disciplines scientifiques qui conçoivent ces machines laitières et pondeuses ont dernièrement démontré sans doute possible que mammifères et oiseaux ont une constitution sensorielle et émotionnelle complexe. Leur souffrance n’est pas seulement physique, mais aussi émotionnelle.
Suivant la psychologie de l’évolution, les besoins émotionnels et sociaux des animaux de ferme ont évolué à l’état sauvage, quand ils étaient essentiels à la survie et à la reproduction. Par exemple, une vache sauvage devait savoir nouer des relations étroites avec d’autres vaches et des taureaux, sans quoi elle ne pouvait survivre ni se reproduire. Pour apprendre les connaissances nécessaires, l’évolution implanta chez les veaux – et chez tous les petits des autres mammifères sociaux – un fort désir de jouer (jouer est la manière propre aux mammifères d’acquérir des compétences sociales). Et elle leur inculqua un désir plus fort encore de se lier à leurs mères, dont le lait et les attentions étaient essentiels à leur survie.
Que se passe-t-il maintenant si les paysans prennent un jeune veau, le séparent de sa mère, le placent dans une cage fermée, lui donnent nourriture, eau et vaccins contre les maladies puis quand, la femelle est assez grande, lui inséminent du sperme de taureau ? Objectivement, le veau n’a plus besoin du lien maternel ni de camarades de jeu pour survivre et se reproduire. Subjectivement, cependant, le veau éprouve toujours un besoin très fort de s’attacher à sa mère et de jouer avec d’autres veaux. Si ces besoins ne sont pas satisfaits, il souffre terriblement. Telle est la leçon de base de la psychologie de l’évolution : un besoin qui s’est formé à l’état sauvage continue d’être ressenti subjectivement même s’il n’est plus vraiment nécessaire à la survie et à la reproduction dans les fermes industrielles. La tragédie de l’agriculture industrielle est qu’elle prend grand soin des besoins objectifs des animaux tout en négligeant leurs besoins subjectifs.
Le bien-fondé de cette théorie est connu depuis les années 1950, quand le psychologue américain Harry Harlow étudia le développement des singes. Il sépara des bébés singes de leurs mères quelques heures après la naissance. Les singes furent ensuite isolés dans des cages puis confiés à des mères de substitution : deux dans chaque cage. L’une était faite de fils métalliques et équipée d’une bouteille de lait à laquelle le bébé singe pouvait téter. L’autre, de bois, était habillée de tissus qui lui donnaient l’apparence d’une vraie maman singe sans qu’elle n’ait rien de concret à offrir au petit. On supposait que les petits s’accrocheraient à la mère nourricière métallique plutôt qu’à la mère de chiffons stérile.
À la grande surprise de Harlow, les bébés singes montrèrent une nette préférence pour la seconde, passant le plus clair de leur temps auprès d’elle. Lorsqu’il plaçait les deux mères à proximité, les petits s’accrochaient aux chiffons tout en tétant la mère métallique. Soupçonnant que c’était une question de froid, Harlow plaça une ampoule électrique dans la mère faite de fils de fer, désormais rayonnante de chaleur. Hormis les plus petits, la plupart des singes continuèrent de préférer la mère de chiffons.

Un des singes orphelins de Harlow s’accroche à sa mère de chiffons tout en tétant le lait de sa mère métallique
Les recherches ultérieures ont montré que les singes orphelins de Harlow souffraient adultes de troubles émotionnels alors même qu’ils n’avaient pas manqué de nourriture. Jamais ils ne s’intégrèrent dans une société de singes. Ils eurent des difficultés à communiquer avec leurs congénères tout en souffrant de forts niveaux d’angoisse et d’agressivité. La conclusion était incontournable : les singes doivent avoir des besoins et des désirs psychologiques qui vont au-delà des nécessités matérielles ; s’ils ne sont pas comblés, ils souffriront terriblement. Les petits singes de Harlow préféraient passer leur temps entre les mains de la mère de chiffons parce qu’ils avaient besoin d’un lien émotionnel et pas seulement de lait. Dans les décennies suivantes, de nombreuses études ont montré que cette conclusion ne vaut pas seulement pour les singes, mais aussi pour d’autres mammifères et pour les oiseaux. À l’heure actuelle, des millions d’animaux sont soumis aux mêmes conditions que les singes de Harlow, avec la routine des fermiers qui enlèvent les veaux, les chevreaux et les autres petits à leurs mères pour les élever séparément.

Sapiens : Une brève histoire de l'humanité par Harari

 

Le dernier voyage en taxi

Grand-Mere

Un chauffeur de taxi new yorkais raconte :

Je suis arrivé à l’adresse et j’ai klaxonné. Après avoir attendu quelques minutes, je klaxonne à nouveau. Comme il s’agissait de ma dernière course de la journée, je pensais partir, mais finalement je me suis stationné et puis je me suis dirigé vers la porte et j’ai toqué.

« Juste une minute », a répondu une voix de personne âgée. Je pouvais entendre quelque chose qui traînait sur le plancher.

Après une longue pause, la porte s’ouvrit. Une petite femme de 90 ans se tenait devant moi. Elle portait une robe imprimée et un chapeau à voilette, ressemblant à un personnage de film des années 1940.

À côté d’elle il y avait une petite valise en nylon. L’appartement semblait comme si personne n’avait vécu dedans depuis des années. Tout le mobilier était recouvert de draps.

Il n’y avait pas d’horloge sur les murs, pas de bibelot ni aucun ustensile sur les comptoirs. Dans un coin il y avait une boîte en carton remplie de photos et de verrerie.

« Pourriez-vous porter mon bagage jusqu’à la voiture? » dit-elle. J’ai porté la valise jusqu’à mon véhicule, puis suis retourné aider la femme.

Elle prit mon bras et nous avons marché lentement vers le bord du trottoir.

Elle n’arrêtait pas de me remercier pour ma gentillesse. « Ce n’est rien », je lui ai dit « J’essaie simplement de traiter mes passagers de la façon dont je voudrais que ma mère soit traitée. »

« Oh, tu es un bon garçon », dit-elle. Quand nous sommes arrivés dans la voiture, elle m’a donné une adresse, puis demanda: « Pouvez-vous passer par le centre-ville? »,

« Ce n’est pas le plus court chemin », répondis-je.

« Oh, cela ne me dérange pas », dit-elle. « Je ne suis pas pressé. Je me rends au centre de soins palliatifs. »

J’ai regardé dans le rétroviseur. Ses yeux scintillaient. « Je n’ai pas de famille » reprit-elle d’une voix douce. « Le docteur dit que je n’en ai plus pour très longtemps. » J’ai discrètement arrêté le compteur.
« Quelle route voudriez-vous que je prenne? » Demandai-je.

Pendant les deux heures qui ont suivi, nous avons roulé à travers la ville. Elle m’a montré le bâtiment où elle avait travaillé comme opérateur d’ascenseur.

Nous avons traversé le quartier où elle et son mari avaient vécu quand ils étaient jeunes mariés. Elle m’a fait arrêter devant d’un entrepôt de meubles qui était à l’époque une salle de bal où elle était allée danser lorsqu’elle était jeune fille.

Parfois, elle me demandait de ralentir en face d’un bâtiment particulier ou dans un coin et s’asseyait le regard perdu dans l’obscurité, sans rien dire.

Lorsque le soleil commença à rejoindre l’horizon, elle dit soudain: « Je suis fatiguée j’aimerai que nous y allions maintenant ».

Nous avons roulé en silence à l’adresse qu’elle m’avait donnée. C’était un petit édifice, comme une petite maison de convalescence, avec un portique pour rentrer dans une allée.

Deux infirmiers sont sortis et se sont dirigés vers le taxi. Ils étaient très attentionnés et surveillaient tous les mouvements de la vieille dame. Visiblement ils attendaient son arrivée.

J’ai ouvert le coffre et porté la petite valise jusqu’à la porte. La femme était déjà assise dans un fauteuil roulant.

« Combien vous dois-je? » M’a-t-elle demandé, en ouvrant son sac.

« Rien » lui dis-je.

« Vous devez gagner votre vie », répondit-elle.

« Il y aura d’autres passagers, » ai-je répondu.

Presque sans y penser, je me suis penché et lui ai donné une accolade. Elle me serra fort.

« Vous avez donné un petit moment de joie à une vieille dame », dit-elle. « Je vous remercie. »

Je lui serrai la main, et me retournai. Derrière moi, une porte a claqué, c’était le bruit d’une vie qui se termine.

Je n’ai pris aucun passager le reste de ma course. J’ai conduit sans but perdu dans mes pensées.

Je n’ai pratiquement pas parlé le reste de la soirée. Que se serait-il passé si cette femme avait eu à faire à un chauffeur en colère, ou à quelqu’un d’impatient et pressé ? Et si j’avais refusé de prendre la course, ou avais klaxonné plusieurs fois, puis parti sans attendre ?

Après réflexion, je ne pense pas avoir fait quelque chose de plus important dans ma vie.

Nous sommes conditionnés à penser que nos vies tournent autour de grands moments. Mais les grands moments sont souvent des jolis petits instants auxquels nous ne prêtons pas assez attention.»

Auteur inconnu

Trouvé ici

Particules de bois, particules de « moi »

Le cerveau est comme l’eau, il s’accroche à tout. Donc, il ramasse tout, sans vraiment connaître sa limpidité ou sa « qualité » .

L’être est l’interminable tempête de l’esprit qui construit ou est construit par les événements, les choses, les mouvements sociaux, les modes, les pubs, les infos, etc. Un être particulaire…

Alors, comment être libre si l’esprit ne l’est pas?

Nous sommes les plus grands rameurs de l’Histoire. Les plus orgueilleux, les plus fiers, les plus peureux, les plus affligés, les plus « intelligents ».   Nous sommes des êtres à qui on a vendu le triste moyen de nous faire ramer: la « performance ».

De par tout ce qui passe, de par la force de nos pauvres « foi » qui nous aveuglent , trop de vies se passent dans la peur. Et quand elle n’est pas là à la naissance, on nous la crée… On l’engraisse, on la friture, dans la gras de l’orgueil.

Peur du jugement des autres.

Peur de ne pas être « à la hauteur »…

Peur de ne pas assez en faire

Peut de ne pas être un bon disciple pour ces causes folles des votes , des guerres, des industries.

Et la première et plus grande ignorance est de croire que nous nous bâtissons. En fait, nous sommes davantage bâtis, construits, infiltrés et collés comme ces matériaux modernes: moins de bois, ou pas… Des particules, des fibres…

La totale liberté ne peut pas exister si l’esprit est emprisonné.

Mais la cage est en nous, donc invisible.  Nous nous habitons sans avoir créé – que trop souvent – notre propre demeure.

Il advient donc que la première révolte, la première réelle révolution se fasse par cette prise de conscience.

Plus la société est toxique, plus l’être est bâti virtuellement et endommagé, bien que les collages soient en apparence la formation d’une « unité » bien utile.  De là cette monstruosité de société endommagée, fibrée, tout en apparence.

On dit juger l’arbre à ses fruits…

La mondialisation n’a pas détruit et ne continue pas de détruire que l’environnement: elle défibre les sociétés, les êtres, dans une industrie d’un holocauste quasi charmant, tant il est étoilé de récompenses, de diplômes, de tous ces distributions auxquelles nous consentons, ravis.

Gaëtan Pelletier