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Le blogue opératoire des vieux du Bas-Du-Fleuve

Sur le bord du quai, les vieux se rejoignent chaque jour pour parler de la pluie, du beau temps, du bon temps, et des élections… Peu importe, ils se rencontrent et y passent l’après-midi, une dizaine assis à une table. L’un d’entre eux arrive en fauteuil roulant, aidé par sa femme, et pendant des heures ils refont le monde qui se défait.
C’est par ici que sont entrés les français qui ont découvert ce coin de pays. Le Fleuve n’a pas changé, ni même cette souche de personnes âgés « aux accents de Provence » comme disait Yves Duteuil.
Ce qui a changé, c’est le monde qu’ils voient s’écrouler sous leurs yeux. C’est devenu trop complexe pour eux. Ils n’ont pas de téléphone intelligent. Ils sont obligés de se déplacer et ça parle fort, très fort. Leur petit univers craque, fendille, ou gonfle. La vie est passée trop vite et les choses auxquelles ils tenaient temps disparaissent dans un monde de globalisation agité, par les médias trop nombreux, car même la télévision crache 24 heures par jour ses « nouvelles » et bizarreries du bout d’un autre monde qu’ils n’auraient pu imaginer. Germain bâtissait des maison… Il ne comprend pas que l’on puisse s’éventrer par une bombe pour une cause.  Alors, il se fâche, tape sur la table. Et c’est ainsi pendant des heures sur tous les sujets: l’hôpital, la maladie, la vie, le temps passé, la tranquillité. La paix, surtout, la paix. Car au village on peut voir le nom des soldats qui sont allés défendre la France lors de la guerre 39-45. Ils ont cru qu’il n’y en aurait plus. Ils ont cru… Aujourd’hui, ils sont déçus.
Travailler dans les champs était une tâche énorme car ils devaient se lever tôt. Mais leurs enfants et leurs petits enfants sont loin, Montréal, Toronto, Vancouver, des milliers de kilomètres dans ce grand Canada. Terminée la vie de village, la vie dans laquelle les gens s’aimaient et se haïssaient dans un tout petit espace. Mais on gardait contact. C’était une nécessité de survie.
Ils sont encore là. Ils ne se séparent plus, toujours aussi tenaces dans leurs querelles. Mais au fond, ils s’aiment bien, même si Alphonse est agaçant avec ses réussites.
Ce ne sont plus que des vieux qui attendent. Le quai, c’est leur blogue. Ils n’ont pas d’ordinateurs, claviers, ou souris. Mais ils ont quelque chose: l’air salin du Fleuve, leur histoire de quelques centaines d’années et des phrases en apparence banales. « Comment va Marie? ». « Ah! Robert est mort hier. Il s’est laissé aller… »
C’est ainsi qu’ils voient leur fin de vie… Se laisser aller. Comme si en s’agrippant on pouvait tenir encore plus longtemps sur le quai.
Ils savent bien qu’un jour le bateau viendra. Mais il les prend un par un…
Par surprise…  Et le quai, un jour, sera sans doute moins habité.

Gaëtan Pelletier

Entre l’arbre et le ciel

Source: Facebook

Chaque année il pousse un pays

 

Capture prise le 15 juin 2018

Au commencement de l’Agriculture, vers 8000 av. J.-C., la population mondiale était d’à peu près 5 millions. Durant les 8000 ans qui ont séparé cette période au début de notre ère celle-ci a atteint 200 millions (certaines études l’estiment à entre 300 et 600 millions ce qui révèle le degré d’incertitude propre aux estimations de population sur cette période).

Le révolution industrielle créa un fort bouleversement : alors qu’il avait fallu attendre des millénaires à la population mondiale pour atteindre le milliard d’individus, celle-ci a doublé et donc dépassé les 2 milliards en à peine 130 ans (1930), puis 3 milliards en 30 ans (1960), 4 milliards après 15 autres années (1974) et 5 milliards en seulement 13 ans (1987).

  • Au cours du 20ème siècle, la population mondiale est passé de 1,65 milliard à 6 milliards.
  • En 1970, la population mondiale représentait la moitié de celle d’aujourd’hui.
  • Les taux de croissance diminuant, il faudra plus de 200 ans pour que la population double de nouveau.

http://www.worldometers.info/fr/population-mondiale/ 

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Il y a quelque chose d’effrayant dans courbe de population en ce qui concerne l’avenir. On prévoit une population d’environ 10 milliards en 2050. Peut être une peut trop optimiste…

gp

Le rétroviseur ( Vincent Lindon)

 

Le totalitarisme menace le monde, selon le neuropsychiatre Boris Cyrulnik

« Je suis un peu triste de voir que j’ai commencé ma vie en subissant un langage totalitaire, et que j’arrive au dernier chapitre de mon existence en voyant réapparaître un autre langage totalitaire », dit Boris Cyrulnik, 80 ans, au micro de Stéphan Bureau. Ayant échappé à l’horreur nazie pendant l’Occupation, le neuropsychiatre français regarde avec une certaine inquiétude l’état actuel du monde, dont les dérives lui rappellent le « langage totalitaire » des années 1940.

« Le langage totalitaire est tragiquement bien accepté par la plupart des cultures et actuellement, on le voit réapparaître au Proche-Orient, en Europe et même en Amérique du Nord », note Boris Cyrulnik.

Bien qu’il soit pour le moment minoritaire sur la planète, ce langage totalitaire, que le neuropsychiatre définit comme la « pensée paresseuse et celle qui donne des certitudes », se développe extrêmement vite et de façon épidémique.

Ce n’est pas l’idéologie imaginaire des nazis, c’est un autre langage totalitaire. Mais si on le laisse se développer, il sera aussi cruel que le nazisme ou le communisme. […] Il y a péril, absolument.

 Boris Cyrulnik, neuropsychiatre
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Hibous

L’air usagé

Photo: Gaëtan Pelletier

Au temps des romains, l’air devait être un peu moins vicié. Et quand nous parlons d’air, il y a l’air du temps, les Trump ( trompette) et l’air social qui commence à nous tuer à petits vœux,  tellement il est difficile de respirer de l’âme aujourd’hui. On a tous nos attentes sans espoirs de voir un jour la vie rejoindre la Vie. La grandeur de ce que nous aurions pu être, devenir. Non. Nous nous éteignons comme une vieille chandelle rendue à bout de cire par un soir d’hiver, la flamme chancelante, valsant aux moindres petits coups d’ailes en provenance de l’autre bout du monde. Bref, il n’y a plus de « recoin » de Terre où nous cacher.

Il y a tellement d’humains sur Terre, de machines, d’autos, de pesticides, que nous respirons un air aussi vicieux qu’un politicien dont la moitié de ses mensonges sont faux. Il faut le dire et le redire.

Qu’est-ce que se réaliser quand toutes nos énergies sont dirigées vers la réalisation d’une machine à gober de l’argent, à bourrer des coffres-forts invisibles qui engrangent des octets d’avoir.

Comme le souligne Edgar Morin, nous avons besoin d’une poésie de la vie. Mais comment réaliser une poésie de la vie,  figés que nous sommes,  traumatisés à la fin d’une vie par un grand désespoir de voir l’écroulement de ce monde?

L’air vicié c’est également cette tuerie de la paix qui devrait nous être donnée après ces milliers d’années à se tenir debout, à tenter d’améliorer nos vies, à demeurer proche de la nature. L’air vicié c’est cette folie humaine que trop présente qui nous trahit. Trahis que nous sommes par les « dirigeants » représentant de commerce des INC à l’infini. Comme des 3.1416.

L’air vicié c’est également de voir chaque jour tous ces monstres qui détruisent la Vie pour leur maladie d’égocentrisme démesuré.

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Chanceux!

Un certain matin, cette semaine, je suis allé à vélo. Je pédale pendant une heure. Alors que je me suis assis pour une période de repos près de l’église, deux dames sont venues me parler. Elles m’ont dit bonjour et ont demandé mon nom. On a parlé du printemps, des fleurs à venir, de la chaleur. Mais il y en avait déjà en elles, des humains tout simples, tout beaux. Elles étaient la beauté.

C’est ça la poésie de la vie et l’air que nous respirons.

Les humains simples sont purs comme l’air que l’on respirait jadis.

Parfois ils passent, s’arrêtent. Ils sont réels, vivants, ne passent pas par un écran, ni ne sabotent le monde.

Demain, ou plus tard pendant la semaine, je reprendrai le vélo pour respirer.

Gaëtan Pelletier

2 avril 18