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Ermites dans la taïga

Ermites dans la taïga par Peskov

Vassili Peskov

Extrait

LE JARDIN ET LA TAÏGA

J’ai rapporté à Moscou, de chez les Lykov, un morceau de pain. En le montrant à mes amis, je n’ai entendu qu’un seul commentaire qui se rapproche de la vérité : “On dirait du pain.” Oui, c’est le pain des Lykov. Ils le font à base de pommes de terre pilées au mortier avec deux ou trois poignées de seigle et quelques graines de chanvre passées au pilon. Pétri à l’eau, ce mélange, sans levure ni quelque fermentation que ce soit, va à la poêle pour donner une sorte de grosse crêpe noire. “C’est un pain aussi désagréable à manger qu’à regarder, a dit Erofeï. Pourtant ils en mangeaient et ils continuent : ils n’ont jamais goûté au moindre morceau de notre vrai pain.”
Le jardin, un morceau de montagne arraché à la taïga, a nourri la famille toutes ces années durant. Pour prévenir les traîtrises des étés montagnards, un autre jardin avait été défriché en aval, au bord de la rivière : “Si la récolte se faisait mauvaise en haut, on ramassait quelque chose en bas.”
Le jardin donnait de la pomme de terre, du navet, de l’oignon, des pois, du chanvre et du seigle. Les graines provenaient de l’ancien domaine aujourd’hui avalé par la taïga, apportées quarante-six ans auparavant comme des pierres précieuses, avec la même précaution que le fer et les livres religieux. Jamais aucune culture en ce demi-siècle ne les a lâchés par dégénérescence, chacune leur donnant nourriture et semence.

La pomme de terre, entrée en Russie sous Pierre I, était bannie par les vieux-croyants. “Pécheur est le tsar, pécheur est son fruit.” Ironie du sort, elle est devenue l’aliment principal des Lykov.

Des semences, inutile d’expliquer pourquoi, qu’ils préservaient comme la prunelle de leurs yeux.
Ironie du sort, la pomme de terre qui fut importée d’Europe par Pierre le Grand et que les vieux-croyants rejetèrent au même titre que le thé et le tabac comme “une plante démoniaque de perdition”, a constitué de longues années durant leur nourriture de base. Chez les Lykov aussi. Et elle s’y était parfaitement acclimatée. On la conservait dans une cave garnie de rondins de bois et d’écorces de bouleau. Mais de récolte en récolte les réserves se révélaient insuffisantes. Les neiges de juin, en montagne, pouvaient avoir des effets catastrophiques sur le jardin. Il fallait à tout prix une réserve “stratégique” de deux ans. Bien qu’aucune cave, même bonne, ne conservât les pommes de terre pendant deux ans.
Les Lykov avaient appris à faire des réserves de pommes de terre séchées. Ils les découpaient en lamelles fines qu’ils exposaient au soleil, les jours de temps chaud, sur de grandes feuilles d’écorce ou carrément sur les “tuiles” du toit. Au besoin, ils parachevaient le séchage près du feu ou sur le poêle. L’espace libre de la masure était toujours occupé par des baquets de pommes de terre séchées qu’on plaçait aussi dans des garde-manger en rondins de bois montés sur de hautes perches. Le tout étant, bien entendu, précautionneusement enveloppé d’écorce.
Toutes ces années les Lykov ont mangé les pommes de terre avec la peau, expliquant cela par une économie de nourriture. Je crois quant à moi qu’ils avaient compris intuitivement que la pomme de terre, mangée avec sa peau, était un aliment plus complet.
Le navet, le pois et le seigle se présentaient comme des aliments d’appoint. Il y avait si peu de céréales que les jeunes Lykov ignoraient complètement ce qu’était le pain. Les graines, une fois séchées, étaient écrasées dans un mortier et l’on en faisait une bouillie de seigle “les jours de sainte fête”.
La carotte y avait poussé jadis jusqu’au jour où un rongeur s’était gavé des dernières graines. Ainsi les Lykov ont-ils été privés d’une nourriture indispensable. La pâleur maladive de leur peau s’expliquait sans doute moins par leur claustration dans l’obscurité que par le manque d’une substance nutritive nommée carotène présente dans la carotte, l’orange, la tomate… Cette année les géologues ont approvisionné les Lykov en graines de carottes et Agafia nous a apporté près du feu, à titre de confiserie, des racines d’un orange encore pâle. Deux chacun. Et d’ajouter en souriant : “De la caro-otte…”
Le deuxième jardin, c’était la taïga. Sans ses fruits l’homme ne pourrait y vivre longtemps dans l’isolement total. Dès avril les bouleaux donnaient leur sève. On la recueillait dans des seaux d’écorce.
S’ils n’avaient pas manqué de vaisselle, les Lykov en auraient sûrement fabriqué du sirop, par réchauffement. Mais allez poser un seau d’écorce sur le feu… On plaçait le seau dans le torrent, réfrigérateur naturel, où la sève se gardait longtemps.
Après la sève de bouleau, on allait cueillir l’oignon sauvage et l’ortie. De l’ortie on faisait une soupe et l’on séchait des bottes pour l’hiver, utiles à “la robustesse du corps”. L’été venu, on ramassait les champignons (que l’on mangeait cuits au four et bouillis à l’eau), la framboise, la myrtille, l’airelle rouge, le cassis.
“Accroupis, éreintés, c’est abondamment qu’on mangeait ces fruits divins.”
Mais l’été voulait aussi qu’on songeât à l’hiver, une saison longue et austère. L’habitant de la taïga, tel un écureuil, devait avoir le sens de la réserve. De nouveau les seaux d’écorce entraient en jeu. On séchait les champignons et les myrtilles, on macérait l’airelle dans de l’eau. Mais tout cela dans des quantités moindres qu’on ne tend à l’imaginer, “par manque de temps”.

La taïga, deuxième ressource alimentaire après le potager.

Plus dangereux peut-être que l’ours, 1’écureuil, parce qu’il ravage les provisions de graines.

Fin août arrivait le temps des récoltes, reléguant à l’arrière-plan tous les autres soucis. On allait à la cueillette des pommes de cèdre dont les graines faisaient office de “pommes de terre de la taïga”. Les cônes de cèdre les plus bas étaient décrochés à l’aide d’une longue perche de sapin. Mais il fallait toujours grimper à l’arbre pour secouer les plus hauts. Tous les Lykov – les jeunes et les vieux, les hommes et les femmes – grimpaient aux cèdres avec aisance. Ils jetaient les pommes dans des cuves creusées, puis les décortiquaient sur des râpes en bois. Ensuite les graines séchaient à l’air. Une fois propres et sélectionnées, elles se conservaient dans des récipients d’écorce, à l’intérieur de l’isba et des garde-manger, protégées contre l’humidité, les ours et les rongeurs.
Aujourd’hui les diététiciens chimistes ont découvert, à l’analyse de la composition des graines de cèdre, une multitude de substances nutritives allant des corps gras et protéines à certaines composantes d’une richesse exclusive mais dont les noms récalcitrants résistent à ma mémoire. Sur un marché de Moscou j’ai vu ce printemps, parmi les marchands du Sud aux étalages de grenades et d’abricots secs, un Sibérien imposant derrière une malle de pommes de cèdre. Pour prévenir les questions inutiles, il avait épinglé, sur une allumette plantée dans l’un des fruits, un bout de carton où figurait cette information consistante : “Contre la tension. Un rouble la pièce.”
Les Lykov ignorent l’argent mais connaissent d’expérience la valeur de tout ce qui compose les cônes de cèdre. Et toutes les saisons de bonne récolte, ils en faisaient le plus gros stock possible. Les graines se conservent parfaitement, “quatre années sans rancir”. Les Lykov les consomment en l’état naturel (“on les ronge semblablement à des écureuils”), les mélangent parfois sous forme compilée à la pâte de pain et en extraient le fameux “lait” dont même les chats sont friands.
La taïga fournissait aussi partiellement de la nourriture animale. Point d’animaux domestiques en ce lieu. J’ai oublié d’en demander la raison lors de ma première visite. Sans doute la place a-t-elle manqué sur le canoë creusé dans le bois, à bord duquel les Lykov ont remonté l’Abakan. Mais les Lykov ont peut-être décidé consciemment de ne pas s’encombrer de “créatures domestiques” par souci de discrétion. Durant de longues années, l’isba a ignoré les aboiements, les cocoricos, les beuglements, les bêlements, les miaulements.
Pour seuls voisins, ennemis et amis, les Lykov n’avaient que les bêtes sauvages, dont la taïga n’est pas pauvre. Des casse-noix voletaient sans frayeur près de la maison. Ils avaient coutume de cacher des graines dans la mousse du torrent où ils fouinaient sans gêne sous nos jambes quand nous passions. Les gélinottes nichaient juste derrière le jardin. Deux corbeaux vivaient non loin, doyens de la montagne, peut-être même antérieurs à l’isba. Leur croassement alarmant annonçait la tempête aux Lykov et leurs tournoiements les avertissaient qu’une bête était prise dans la fosse.
Un lynx apparaissait quelquefois en hiver. Sans frayeur ni méfiance il faisait le tour du “domaine”. Un jour, par curiosité sans doute, il a même gratté la porte de l’isba avant de disparaître aussi nonchalamment qu’il s’était approché.
Les zibelines laissaient leurs empreintes sur la neige. Les loups aussi faisaient quelques apparitions, attirés par l’odeur de la fumée et la curiosité. Une fois convaincus de l’absence de proie, ils se retiraient vers le fief des cerfs.
L’été, se blottissaient dans les bûches les petits prélerés d’Agafia, les pliski. Me voyant surpris par ce mot bizarre, Agafia a esquissé de la main un hochement expressif. Les hochequeues !
Les oiseaux voyageurs ne font pas route par ce coin de taïga. Une seule fois dans un brouillard d’automne les Lykov furent alarmés par le craquettement d’une grue solitaire que les vents avaient égarée. Deux jours durant elle survola la vallée (“elle nous troublait l’âme”) avant de disparaître. Plus tard Dmitri trouva au bord de l’eau les pattes et les ailes de l’oiseau qui venait de périr et d’être mangé.
La solitude taïguéenne des Lykov fut partagée durant plusieurs années par un ours, une bête à la carrure et à l’insolence modérées. Il n’apparaissait qu’épisodiquement, piétinant, humant l’air près du garde-manger, avant de repartir. Lors de la cueillette des pommes de cèdre, l’ours suivait les ramasseurs à la trace tout en esquivant leurs regards, pour recueillir les fruits oubliés. “Nous lui laissions des pommes exprès, affamé comme il était, en quête de graisse pour l’hiver.”
Cette alliance avec l’ours se vit soudainement interrompue par l’apparition d’un grand frère autrement corpulent. Le duel des deux ours eut lieu près du sentier de la rivière. “Ils hurlaient fortement.” Quelque cinq jours plus tard Dmitri retrouva son vieil ami à moitié mangé par son congénère plus grand que lui.
Finie, la vie tranquille. L’intrus se conduisait en maître. Il dévasta l’un des garde-manger empli de graines. Une fois, surgissant près de l’isba, il effraya tant Agafia qu’elle garda le lit durant six mois. “Mes jambes ne marchaient plus.” Il devenait périlleux de s’aventurer dans la taïga. L’ours fut unanimement condamné à mort. Mais comment mettre le verdict à exécution ? A défaut d’arme, on creusa une fosse sur le chemin des framboisiers. L’énorme bête y tomba mais, insensible aux pieux pointus, en sortit indemne : on avait mésestimé la profondeur.
Dmitri fabriqua un épieu à l’automne dans l’espoir d’atteindre la bête au fond de sa tanière. Mais la tanière resta introuvable. Devinant qu’au printemps l’animal affamé se montrerait particulièrement dangereux, Sawine et Dmitri confectionnèrent une cabane piège avec un appât et une porte glissante. L’ours se fit prendre au printemps mais, brisant les murs de sa prison, s’échappa. Il fallut demander une arme aux géologues. Dmitri, en connaisseur des sentiers d’ours, installa un dispositif de tir automatique à l’endroit le plus sûr. Le truc marcha.
— Un jour nous avons vu les corbeaux tournoyer dans le ciel. Nous y sommes allés prudemment. L’ours gisait sur le sentier.
— Avez-vous goûté à sa viande ?
— Non, nous l’avons laissée en pâture aux petites bêtes. Dieu ordonne de manger uniquement ceux qui ont des sabots, a dit le vieux.
Des sabots ? En sont “chaussés”, dans la contrée, l’élan, le renne sibérien. On leur faisait la chasse, la seule méthode étant de creuser des fosses sur les sentiers. Pour aiguiller l’animal vers son piège on installait des barrages à travers la taïga. Les proies se faisaient rares : “Les bêtes avec le temps ont appris à être sages.” Mais qu’un petit renne tombât au piège et les Lykov festoyaient, sans omettre toutefois de constituer un stock pour l’hiver. La viande était découpée en fines lamelles mises à sécher au vent.
Ces “conserves” de viande se gardaient une année ou deux dans leur écorce de bouleau. On les sortait les jours de grande fête ou pour les longues marches et les travaux pénibles.

(J’ai rapporté à Moscou un cadeau d’Agafia, un tortillon de viande d’élan séchée. Il sent bien la viande, mais de là à le manger…)
L’été et l’automne, les Lykov péchaient jusqu’à la formation des glaces. Le haut cours de l’Abakan abrite l’ombre et le lenok, un salmonidé sibérien. La pêche se faisait “à la canne et au panier”, un piège tressé d’osier. Le poisson se mangeait cru ou grillé sur le feu. On en séchait toujours pour les réserves.
Mais n’oublions pas que les Lykov ont vécu toutes ces années sans sel. Sans le moindre grain ! La médecine juge nocive la surconsommation de sel. En même temps qu’elle le déclare indispensable dans des quantités appropriées. J’ai vu en Afrique des antilopes et des éléphants parcourir près de cent kilomètres dans le seul but de paître sur des terres salifères. Ils se “ressalent” au péril de leur vie. Carnassiers et chasseurs les traquent. Mais ils marchent au mépris du danger. Qui a vécu la guerre en Russie sait qu’un verre de sel, même souillé de terre, était une “monnaie d’échange” qui donnait droit à tout – vêtements, chaussures, pain. Quand j’ai demandé à Karp Ossipovitch quelle avait été la plus grande des difficultés de son existence dans la taïga, il m’a dit : Vivre sans sel. Une souffrance en vérité !” Lors de la première rencontre avec les géologues, les Lykov ont refusé tous les cadeaux alimentaires. Sauf le sel. “Et depuis ce jour on ne peut plus manger sans sel.”
Des saisons de disette ? Oui, 1961 aura été une année terrible pour les Lykov. La neige de juin, accompagnée d’un gel assez violent, emporta toutes les cultures. Le seigle succomba à la froidure et les pommes de terre n’y survécurent que pour garnir le stock de semence. La nourriture forestière en souffrit aussi beaucoup. L’hiver avala vite les réserves de la récolte précédente. Au printemps, les Lykov mangèrent de la paille, des chaussures de cuir, la peau des skis, l’écorce et les germes des bouleaux. Des réserves de pois ils ne gardèrent qu’un récipient de semence.
Cette année-là la mère mourut de faim. L’isba se serait vidée complètement si les récoltes suivantes avaient avorté comme les autres. Mais l’année fut bonne. La pomme de terre monta bien. Les cônes de cèdre mûrissaient aux branches. Et sur le carré des pois perça par hasard un unique épi de seigle. On le dorlota nuit et jour après avoir installé une protection spéciale contre les rongeurs.
Une fois mûr, l’épi donna dix-huit grains. Cette récolte fut enveloppée dans un chiffon sec, rangée dans un mini-seau spécial plus petit qu’une timbale, roulée dans une feuille d’écorce puis suspendue au mur. Les dix-huit grains donnèrent environ une assiette de céréales. Mais les Lykov ne firent leur première bouillie de seigle qu’à la quatrième saison.
Tous les ans il fallait sauver des rongeurs la récolte de chanvre, de pois et de seigle. Ce “petit peuple de la taïga” considérait les semailles comme une proie parfaitement légitime. Un moment d’inattention et les cultures passaient dans les terriers. Les pièges les plus divers entouraient l’espace ensemencé. Il n’empêche que les écureuils raflaient pratiquement la moitié des récoltes céréalières. Sympathique et agréable à l’œil humain, cette gentille bête était regardée comme une “calamité de Dieu”. “Pire que l’ours, en vérité”, a dit le vieux.
Ce problème fut vite tranché par les deux chattes et les deux chats qu’offrirent les géologues. Les écureuils et les souris (en même temps que les gélinottes, hélas !) furent bientôt exterminés. Mais toute médaille a son revers en ce bas monde : survint le problème de la surreproduction des chasseurs de souris. Noyer les chatons comme on le fait d’ordinaire dans les villages ? Les Lykov n’osèrent pas. Et maintenant pullule une horde de pique-assiette domestiques à la place des écornifleurs forestiers. “Il y en a-a-a !” se lamente Agafia en regardant les chattes sortir à l’air libre leur nichée par la peau du cou, pour prendre un bain de soleil.
Autre circonstance importante. A Moscou j’avais parlé à Galina Proskouriakova, l’animatrice de l’émission télévisée le Monde végétal, de mon prochain départ pour la taïga. Connaissant le but de mon voyage, elle avait insisté : “J’aimerais savoir quelles ont été leurs maladies et comment ils se soignaient. Ils vont sûrement vous nommer tout un bouquet de plantes médicinales. Rapportez donc des échantillons, nous verrons ça, nous fouillerons dans les livres.
Ca me passionne !”

Je n’ai pas oublié de poser la question. Le vieil homme et sa fille m’ont répondu : “Des maladies ? on ne fait jamais sans…” Tous avaient souffert principalement d’un mal qu’ils dénommaient nadsada et qu’ils décrivaient comme une douleur du ventre résultant d’un effort de levage exagéré, ainsi qu’une sorte de faiblesse générale. Tout le monde était passé par là. On se soignait par une “remise du ventre” : une sorte de massage du malade pratiqué par autrui “avec savoir-faire”.
Deux des enfants morts, Sawine et Natalia, souffraient manifestement de maladies intestinales. Le remède en était une décoction de rhubarbe. Un médicament sans doute adéquat, mais que peut un médicament pour des intestins que la nourriture malmène ? Sawine fut emporté par une diarrhée saignante.
Parmi les maladies, Agafia a cité le refroidissement. On le soignait par l’ortie, la framboise et le réchauffement sur le poêle en position couchée. Le refroidissement, toutefois, n’était pas un mal fréquent : les Lykov avaient l’endurance exceptionnelle, ils marchaient souvent pieds nus dans la neige. Bien que Dmitri, le plus vigoureux de tous, mourût précisément d’un refroidissement.
Quant aux blessures, on les oignait de salive et de résine d’épicéa. L’“huile d’épicéa” (bouillon d’aiguilles) était un remède très vanté, mais je n’ai pas compris contre quoi.
Les Lykov buvaient des décoctions de champignons d’arbre, de branches de cassis, d’épilobe. Ils préparaient pour l’hiver l’oignon sauvage, la myrtille, le lédon de marais, la flouve, la tanaisie. A ma demande Agafia a ramassé une dizaine d’autres “plantes utiles dons de Dieu”. Mais nous sommes partis dans la précipitation : la nuit tombait et la route était longue. Mon bouquet médicinal est resté sur un tas de bois…
Maintenant que je repense à cette conversation, j’imagine qu’il y avait dans cette herboristerie forestière une part de sagesse et d’expérience, bien sûr, mais aussi d’erreur. Une chose a de quoi étonner. La région où vivent les Lykov figure sur la carte comme contaminée par l’encéphalite. Les géologues n’y entrent pas sans vaccin. Pourtant les Lykov semblent être passés au travers du fléau. Ils en ignorent jusqu’à l’existence.

Non, la taïga ne leur rend pas la vie douce. Cependant, exception faite du sel, elle a su leur donner tout ce que la survie requiert.

Photos de la Russie

 

Étonnamment belles images provenant de différentes parties de la Russie (40 photos)

 

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Le Combat De La Raison 13 – L’humiliation et la honte de l’Europe américaine

europe américaine

L’Europe vue par les États-Unis , Crédit image :  Topito

De Dieguez

1 – La psychobiologie de l’histoire
2 – Les premiers pas d’une métazoologie
3 –  » Nous ne sommes pas fiers de lui…  »
4 – La résurrection de M. Vladimir Poutine et la descente aux enfers de la France
5 – Le naufrage des civilisations américanisées
6 – Les naufrages du sens commun sont provisoires

1 – La psychobiologie de l’histoire

Pourquoi apprendre à observer notre espèce de l’extérieur ? Parce que la distinction entre le dedans et le dehors nous aide à cerner le singulier et le collectif. La psychobiologie nous aidera à situer le particulier d’un côté et l’universel de l’autre. Mais cette scission est trompeuse, tellement notre cerveau est demeuré plus collectif que jamais. Que vaut le regard que le plus grand nombre porte sur sa propre masse? Cet œil-là a seulement pris le relais de la cécité d’un ex-quadrumane à fourrure. Plus tard, son globe oculaire a accédé à un monothéisme schizoïde et greffé sur un paradis de sucreries. La politique des tribus, puis des Etats sera donc gravée à l’effigie de cerveaux d’une espèce biphasé sur ce modèle.

Aussi est-ce devenu un devoir politique, pour les nations éclairées, d’entrer en apprentissage du dédoublement de notre boîte osseuse, parce que personne ne saurait désormais exercer la fonction de chef d’Etat d’une grande nation sans porter sur l’histoire bipolaire de l’humanité le regard créateur des psycho biologistes d’une conque osseuse en devenir.

Un siècle et demi après Darwin, penser, donc peser les secrets de la politique de la bête cogitante, c’est placer jour après jour le bimane rêveur et tueur dans le laboratoire où bouillonne son évolution cérébrale, laquelle se révèle désespérément sporadique, donc vouée à subir d’un côté, des rechutes répétées et de l’autre, à bénéficier de sursauts fallacieux. Notre connaissance zoologique de nous-mêmes s’est lexicalisée. Elle nous permet, d’ores et déjà, de porter notre auto-examen à l’âge d’une science politique relativement prospective et quelque peu cérébralisée; mais cette science remonte à quelques millénaires seulement. J’en appelle donc aux phalanges macédoniennes de la raison de ce temps, j’en appelle aux anthropologues d’avant-garde, qui savent que nous sommes des animaux que la pratique d’un langage articulé a biphasés et voués à une bipolarité intellectuelle dangereuse. La géopolitique scientifique ressortit désormais à une métazoologie prospective. Cette discipline se demande quels sont les prémisses et les pièges de ce biphasage.

2 – Les premiers pas d’une métazoologie

Par chance, l’heure a également sonné où la vassalisation affective et mentale d’une Europe asservie pour longtemps à une puissance étrangère se trouve paradoxalement freinée un instant par une menace immédiate et concrète, celle qui pèse subitement sur le porte-monnaie des industriels, le gousset des agriculteurs et l’escarcelle des commerçants. Ces trois caissiers ne sont pas des spéléologues de l’abîme. Ils ignorent tout des progrès de l’anthropologie critique, mais ils se découvrent soudainement les otages et les pions d’un empire spectaculairement ambitieux d’étendre son territoire de Paris à Vladivostok.

Or, le César actuel de la démocratie mondiale ne saurait acheter son expansion censée vertueuse – tant politique que militaire et économique – qu’aux dépens des maigres finances de ses vassaux. C’est pour faire échouer la folle ambition de l’empire du dollar qu’il nous faudra en appeler aux citoyens dont le missel aura oublié les préceptes de la trilogie d’Alice au pays des merveilles, de Paul et Virginie et de la Nouvelle Héloïse.

3 –  » Nous ne sommes pas fiers de lui… « 

Le Département d’Etat américain tout entier et M. John Kerry, qui dirige le Ministère des affaires étrangères du Nouveau Monde depuis 2012, auraient-ils réussi à convaincre tout soudainement et en un tournemain l’Allemagne, l’Angleterre, l’Italie et les vingt-huit ombres d’Etats de l’Union européenne de ce que les relations de la Russie avec l’Ukraine seraient devenues par miracle – et, pour ainsi dire, au cours de la nuit – le nouveau point d’équilibre des forces politiques sur les cinq continents?

Que serait-il arrivé si la pensée rationnelle de la France laïque s’était approfondie et si, cent soixante ans après Darwin, la réflexion du monde entier sur l’évolution du cerveau demeuré embryonnaire de l’humanité avait débarqué dans la géopolitique? Croyons-nous vraiment que la mascarade d’un salut politique messianisé dans l’arène du mythe démocratique, croyons-nous vraiment que les rubans et les dentelles de la Liberté, croyons-nous sérieusement que toute cette fantasmagorie verbifique s’accomplira sur la terre ou bien qu’elle sera nécessairement vouée à l’échec de ses fioritures si, par malheur, soixante dix-ans d’occupation militaire de l’Europe par les Etats-Unis n’auront pas suffi à enfanter une centaine de millions d’Européens aux yeux grand ouverts sur l’épicentre artificiel de la planète que l’Ukraine serait instantanément devenue?

Certes, la servitude cérébrale qui frappe soudainement les vaincus s’inscrit plus rapidement que nous ne le croyions sous leur os frontal, certes, la soumission des candidats aux verdicts du ciel de leur vainqueur semble devenir atavique en deux ou trois générations seulement. Mais rien de plus éphémère que le superficiel. Voyez la facilité, donc la fragilité avec laquelle le mythe américain des esclavagistes de la Liberté a enfanté le prodige international de paraître métamorphoser M. Vladimir Poutine en pestiféré aux yeux d’une Europe livrée aux contrefaçons les plus grossières des idéaux de 1789, voyez avec quelle aisance des dessinateurs à la cervelle d’oiseau et aux pattes éléphantesques sont entrés dans cette farandole internationale sans y entendre goutte et au seul profit des Etats-Unis!

Mais rien de moins durable que les jeux d’enfants. Notre Président de la République s’est révélé plus craintif que tous ses prédécesseurs; et nous ne sommes pas fiers de lui. Il n’a pas osé livrer le Mistral à ses acheteurs, bien qu’ils eussent payé leur commande d’avance et rubis sur l’ongle. Mais voyez avec quelle célérité l’humiliation de la Russie s’est retournée contre nous, voyez avec quelle rapidité l’abaissement des peuples est de courte durée! La Russie a grandi à l’école de nos déconfitures et le monde entier a commencé de tourner ses regards en direction du Kremlin. Quel spectacle qu’un chef d’Etat digne des responsabilités attachées à sa fonction!

4 – La résurrection de M. Vladimir Poutine et la descente aux enfers de la France

Même le Wall Street Journal écrit que M. Vladimir Poutine est le vrai gagnant des élections locales françaises des 22 et 29 mars parce que les deux partis de droite devenus majoritaires dans le pays, l’UMP et le Front nationale, jugent honteux qu’une Europe soi-disant ambitieuse de jouer à nouveau un rôle dans l’arène du monde se soit laissé entraîner en vassale à déclarer une guerre économique à la Russie, ce que, dans ses pires cauchemars, le Général de Gaulle n’avait jamais imaginé.

Et pourtant, il faut relever que le microbe de l’Elysée a osé se rendre à Moscou le 6 septembre 2014 pour y serrer solennellement et aux yeux du monde entier, le « nouveau Lucifer » dans ses bras; et ce nain a pris le risque de demander – en coulisses – à toute l’Europe de lever les sanctions saugrenues et stupides qui conduisent notre civilisation dans un asile d’aliénés. (L’Europe, un asile d’aliénés La modernité de l’Eloge de la folie d’Erasme, 5 décembre 2014)

Quant à l’Angleterre, elle se souvient de ce que les grands Etats ne sont réalistes que parce qu’ils sont audacieux, mais que la faculté de regarder la réalité n’est pas à la portée de tout le monde. Londres continue, néanmoins, et à l’instar des Etats-Unis eux-mêmes – d’exporter ses produits en Russie. Ce que voit clair comme le jour l’Angleterre des Churchill, c’est que la Russie et la Chine sont déjà les orchestrateurs de la chute prochaine de l’empire américain – même le Canada, l’Australie et la Corée du Sud ont adhéré à la banque monde pour l’investissement mise en place par Pékin et dont la Maison Blanche a dû solliciter les bonnes grâces aux conditions de l’Empire du Milieu.

Et pourtant, soixante dix-ans après la paix de 1945, une Allemagne occupée par deux cents bases militaires américaines et une Italie quadrillée par cent trente sept de ces forteresses depuis 1943 ne disposent plus d’une liberté politique suffisamment appuyée par le glaive pour qu’une France à nouveau placée dans l’étau de l’OTAN puisse, à elle seule, mettre à nouveau l’Occident en route vers sa souveraineté. Pour que la livraison des Mistral à la Russie fasse l’effet d’un coup de tonnerre à l’échelle du globe terrestre, il faudrait que le réalisme politique des hommes d’Etat de génie bouleversât la problématique et l’échiquier des médiocres C’est cela que la Chine a compris au quotidien: elle sait que la construction du canal trans-océanique du Nicaragua vaut une dizaine de porte-avions américains et qu’une rivale du FMI qui ne serait pas un instrument docile entre les mains d’un maître répond à l’attente du monde démocratique: la Suisse y a adhéré vingt-quatre heures seulement après l’Angleterre, la France, l’Allemagne, l’Italie, l’Espagne. Mais, à force d’hésiter et d’attendre la neige au mois d’août, la France a perdu un gigantesque marché – celui de la vente des avions Rafale à l’Inde. La petite France ne voit même pas où courent les dés, tellement l’éphémère s’est déjà enclos dans l’ étroite enceinte d’un dépérissement de la nation.

5 – Le naufrage des civilisations américanisées

Qu’avons-nous à faire des dentelles et des broderies des démocraties verbales d’aujourd’hui? La preuve de leur défaite est dans la disqualification morale, politique et philosophique du mythe de la Liberté américaine. La fonction des citoyens instruits est devenue intellectuelle au premier chef, ce qui nous condamne à nous colleter avec les fondements parathéologiques, donc parazoologiques de la paralysie mentale qui menace l’Occident.

Exemple: toute la classe dirigeante de l’ Europe sait fort bien que les Etats-Unis sont venus dépenser sur place six milliards de dollars à seule fin de déclencher à Kiev un mouvement de foule artificiel; de même, tout le monde sait que Mme Victoria Nuland – Assistant Secretary for European and Eurasian Affairs – a stipendié des tireurs d’élite afin qu’ils ameutent la foule sur la place Maidan – il s’agissait de présenter un nombre suffisant de cadavres pour que des mouvements de foule locaux se métamorphosent en révolution. Depuis la Fronde, nos historiens connaissent sur le bout des doigts la technique du déclenchement des émeutes.

Mais croyez-vous que la France des chancelleries de cour aurait donné dans un panneau diplomatique d’une construction aussi grossière? Les historiens-et les anthropologues de demain porteront sur nous un regard de l’extérieur. Ils expliqueront aux générations futures et dans le détail les arcanes d’un siècle entier de servitude de l’Europe; et les hommes de la mémoire nous diront pourquoi Mme Merkel a tout subitement sacrifié un quart de siècle de bonnes relations de l’Allemagne avec la Russie – elles étaient au beau fixe depuis la chute du mur de Berlin en 1989. Ce sera dans l’ébahissement, l’éberluement et l’ahurissement que nos descendants découvriront les moyens rabougris, mais momentanément efficaces dont disposait le Département d’Etat américain pour amener à résipiscence les Etats interloqués et titubants de l’Europe des vassaux.

6 – Les naufrages du sens commun sont provisoires

La vassalisation des peuples modernes retrouve les chemins du Moyen-âge. En ces temps reculés, l’ignorance conjuguée des foules et des élites sacerdotales faisait toute la puissance des magiciens de l’autel et d’une nuée d’intellectuels voletants au-dessus des cierges et des ciboires. La raison est un bien fragile, parce que « tout ce qui est précieux est fragile » disaient les Romains. Mais la rapidité avec laquelle la raison, un instant suffoquée, ressuscite à l’école même de ses effondrements successifs résulte de ce que le naufrage des civilisations stupéfaites entraîne toujours une courte débâcle des évidences les plus connues et les plus irréfutablement démontrées, de sorte qu’elles renaissent de leur hébétude de seulement s’ancrer de nouveau dans le sens commun. Ne vous y trompez pas, si l’évidence capitule, c’est seulement pour se réveiller en sursaut.

Nous avons momentanément renoncé à former des citoyens en mesure de démonter les sortilèges verbaux d’une démocratie d’illettrés. Mais puisque le capitalisme moderne se révèle plus barbare et plus sot que celui du siècle de Karl Marx, puisque nous savons que le machinisme moderne fait danser l’anse d’un système économique suicidaire, puisque nous savons que le rêve évangélique du genre humain est décédé en 1989, il est redevenu clair comme le jour que si nous ne perçons pas les secrets anthropologiques du naufrage des civilisations, notre espèce se divisera à nouveaux frais entre ses auréoles verbales et ses prédateurs aux dents longues.

Nous nous trouvons immergés dans un monde d’idéalités totémisées. Tentons de remettre le cerveau d’autrefois de la France en état de marche, tentons de retrouver la cervelle logicienne d’une nation en position de force. Ce sera à ce prix que nous parviendrons à reconstituer les phalanges de la pensée politique du siècle des Lumière, ce sera à ce prix que nous arracherons à l’abîme une Europe à la cervelle en déroute. Ne nous y trompons pas: si tout serf est l’otage de sa propre sottise, la sottise des serfs est la plus contagieuse des pathologies politiques. Mais le temps presse: ou bien nous parviendrons à percer les secrets cérébraux de l’animal eschatologisé, ou bien il sera trop tard pour recourir aux sacrilèges sauveurs.

La semaine prochaine je reviendrai sur l’art de combattre la double ignorance des peuples et des élites de la démocratie mondiale.

Le 3 avril 2015

aline.dedieguez.pagesperso-orange.fr

Le billard mondialiste pour les nuls

Billard 2

Le mondialisme est la convergence de deux processus unificateurs : l’un idéologique, les droits de l’Homme universels ; l’autre économique, échanges commerciaux internationaux. Deux processus qui se fondent aujourd’hui dans un même projet : celui d’une gouvernance mondiale. Wiki 

Le but n’est pas d’empocher une bille, mais toutes. De même au billard français, le but n’est pas de faire un point, mais un nombre de points déterminé. La maîtrise du déplacement de toute bille en mouvement en est la clé. Wiki

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Dans la série web-réalité, il existe maintenant un jeu bien amusant: décider qui a raison, ou qui a tort dans la marmelade intellectuelle  de ceux qui analysent  « l’état actuel du monde ». On décortique comme j’ai déjà décortiqué des rats en laboratoire pour savoir comment ils fonctionnent. Tout comme dans l’Histoire, pour décortiquer un rat, il faut qu’il soit mort… Au moins que son cœur batte…

La naissance et la montée au ciel de Saint-Vladimir: le discours sur la montagne   

Monsieur Poutine, l’Homme de 40 $milliards, est en train de talocher le beige président Obama de par son « porte-parole »  Sergueï Lavrov, à travers un discours qui rend fébrile tous les anti-américains ( dont je fais partie).  Alors, Monsieur Poutine aurait intérêt à être mieux connu pour sa gouvernance de stalinisme rose.

Radio-Canada nous dévoile dans une enquête la face cachée d’un Poutine … toujours au pouvoirm  qui a amassé une fortune immense m et qui « s’abrite » dans une demeure de 1 milliard de dollars. Tant au pouvoir, révèle l’enquête, qu’il ne peut plus sortir du pouvoir avant sa mort au risque de dévoiler les magouilles staliniennes de la « réussite » de la Russie, pseudo-démocratie… comme celle des États-Unis d’Amérique. « Quand on sort de Moscou, on se retrouve au 17 e siècle », faisait remarquer un observateur.

L’obsession anti-américaine 

En effet, c’est au résultat inverse qu’on assiste. Partout la mondialisation est responsable de la réduction des inégalités. L’Amérique peut légitimement se prévaloir d’être à la tête de ce progrès mondial. Pourquoi alors devrait-elle sempiternellement se couvrir la tête de cendres!

J.F. Revel, L’obsession anti-américaine

C’est justement de cette obsession anti-américaine qu’est né le mouvement « favorable » au système « poutinien » qui passera à l’Histoire. L’Histoire présente… À long terme, ce sera un autre coup de poing à la Bruce Lit… Jeet Kune do, ou You Can Do, ou Yes We Can…

On ne peut comprendre un rat, ni le voir, si on a l’œil collé sur celui-ci. En ce sens, toute analyse devient désuète ou dure le temps d’une amourette. Toute séquence historique ressemble à une queue de billard frappant les billes et des millions d’observateurs tentent de définir. Même si nous passons la séquence au ralenti, il existe d’autres tables de billard dans le « monde »… De sorte que nous ne parvenons jamais à comprendre ni, surtout, à modifier le courant de l’Histoire.

Le citoyen est un spectateur. L’intellectuel un analyste naïf. Il ne reste plus que l’observateur des observateurs. Celui qui regarde, placide, ce jeu de billes sur table. ( Jadis, la Terre était plate).  On peut se targuer de « comprendre », mais comprendre n’est pas changer.  C’est ainsi que pour semer le doute, la joute des belligérants – le plus souvent paperassiers instruits alliés-kapos des décideurs, – brouillent le jeu.  Alors l’observateur non observateur des observateurs devient alors un participant au jeu meurtrier de l’échiquier mondial.

Get it?

Le NOM 

Le nouvel ordre mondial était, à ses racines, un mouvement humaniste. Il est devenu un mouvement monétaire et favorable à la classe riche et dirigeante. Mais là où ça se complique, c’est qu’on ne peut plus définir qui est la classe dirigeante  dans un pays, puisque la classe dirigeante est affaires. Les affairistes sont malheureusement tordus sans intérêt pour les pays et les citoyens.

On peut bien jouer au jeu du billard planétaire. À en perdre la boule… Et c’est excitant. Mais la lutte en ce moment n’est pas celle entre les pays, les meilleurs au jeu, mais entre un monde tout à fait déshumanisé et un monde qui souhaite seulement demeurer humain et respecté. Le reste est hypocrisie. Et la totale.

Cette charmante austérité des « pays riches » est issue de la crise 2008. Ledit partage des richesses n’aura jamais lieu. Dès lors, toute implication dans ce jeu de psychopathes estampillés de l’État est une risée.

Mais les phoques applaudissent…

Gaëtan Pelletier

Décembre 2014

P.S.: Pour Noël, offrez-vous le jeu LE TERRORISME. Vous aurez alors le loisir de jouer en famille pendant de longues heures   vies sur la provenance des armes, des pays, des compagnies, etc. Excitant à souhait, il offre à la famille – dans certaines régions du globe seulement ( aux abonnés) – une version en mode réelle et sanguinaire. Vous pouvez intervenir directement sur les médias sociaux pour donner votre avis.

« Un humain média-social est un humain averti ».

Tchernobyl: la ville fantôme filmée par un drone

1986

 

Articles en relation:

https://gaetanpelletier.wordpress.com/2012/08/31/tchernobyl-la-fin-dun-monde/

C’est l’histoire d’un poireau, d’une épicerie, d’un robot, d’un cerveau, mais le reste est moins beau…

La pauvreté n’est pas ce qu’on possède, mais ce qu’on n’est pas. GP

***

L’une est une « robote », l’autre pas. Soyez devin… Ou bien ouvrez les yeux… 

***

On nous annonce un avenir délirant: toute une épicerie pourrait fonctionner automatiquement, sans l’aide d’humains, sauf de quelques programmeurs.

Vous achetez un poireau, puis vous retourner acheter un poireau, puis vous retourner acheter un autre poireau… Parce que la fille est jolie et gentille et qu’au fond, la nature humaine fonctionne avec désir et désir comme poireau et poireau. Si c’est un gars à la caisse, vous allez au poireau et au poireau… On n’échappe pas au poireau. C’est programmé dans le cerveau.

Terminé les petits emplois. Finis la gentillesse de chair.  Welcome plastique!

Mais attention! Ah! Vous croyez qu’ils sont bêtes? Vous n’avez pas idée de la méchanceté humaine et de la racaille des affairistes Ô Dieu! Où pensez-vous que se trouvera le terminal de votre carte de crédit?

Là où vous trouvez la « reproduction » qui sera la « reproduction » du capital des investisseurs!

Nous sommes des délirés sous le règne des délirés.

En plus, qui sait si la dame ne chantera pas pour vous. Étant connectée à You Tube, elle pourra vous chanter un air de par vos favoris. Car « elle » saura… Comme Facebook lié à Outlook et la taupe Google à You Tube. Etc. Pas de limites… Limitless!

En plus, on pourra commander nos poireaux par l’internet.

C’est génial: le progrès aura coupé toute relation humaine. Déjà que nous n’étions pas très « proche » l’un des autres, chacun ayant son tournevis, son marteau, sa scie circulaire, sa femme, ses enfants, sa maison, et son carré-terrain de 100,  30 mètres, son son, sa sa. Possession!

C’est pas beau? Ouah!

Je conseille fortement aux usagers de ne pas fréquenter des sites XYZ. Mais encore! Achetez-vous un robot enfant de 10 ans et vous allez passer à la caisse sans peine.

Et vous sortirez en disant: j’ai eu mon poireau. Je les ai eus…

Plus la victoire est petite, plus la guerre est énorme.  Car, si jusqu’à maintenant nous avons réussi à détourner le « système », c’est la guerre qui est perdue: la planète est en train de se robotiser tranquillement de par les nouveaux ( et encore) envahisseurs bicéphale: ceux qui pensent créer le progrès et qui en sont même victimes sans le savoir.

C’est terminé?

Non! Ce n’est que le commencement…

Supposez qu’un « bien payé »m  se croyant génial invente un vendeur d’armes robot – AVEC NOTRE ARGENT -, et qu’il est condamné à la chaise électrique ou 300 ans de prison. Je vois mal un robot branché souffrir… C’est chiant! Mais un  juge bien « coordonné » à la nouvelle justice  pourrait recycler le robot en caissier.

C’est vraiment bon l’idée du recyclage!…

On criera VICTOIRE!

C’est ce qu’on crie en ce moment pour tous les méfaits multiples de la déshumanisation… Tout silencieux! Comme une pipeline au bout d’un pistolet crachant son or noir.  On pancarte et c’est tout…  Les vendeurs ne lisent pas de pancartes…

Gaëtan Pelletier

P.S.: Je dédie ce  petit billet à la tribu des Évènes et celle des  Nénètses de Russie dont les rennes doivent maintenant passer, apeurés, sous les gazoducs de Sibérie pour aller brouter de « l’autre côté » des routes.

Nous aussi nous sommes en train d’aller brouter sous les gazoducs…

Le retour de George Orwell et la guerre de Big Brother contre la Palestine, l’Ukraine et la Vérité

John Pilger

L’autre soir, je suis allé voir une interprétation de 1984, de George Orwell, dans un théâtre de Londres. Bien qu’une mise à jour contemporaine eut été intéressante, la mise en garde d’Orwell sur le futur n’y fut présente que sous la forme d’un exercice de style : distant, pas le moins du monde menaçant, quasiment rassurant. Comme si Edward Snowden n’avait rien révélé, que Big Brother n’était pas devenu un espion numérique, et qu’Orwell lui-même n’avait jamais dit : « Pour être corrompu par le totalitarisme, nul besoin de vivre dans un pays totalitaire ».

Encensée par les critiques, cette production talentueuse était à la mesure culturelle et politique de notre époque. Quand les lumières se sont rallumées, les gens étaient déjà en train de sortir. Ils ne semblaient pas avoir été touchés, ou peut-être que d’autres distractions les attendaient. « Quelle prise de tête ! », s’est exclamée une jeune femme, en allumant son téléphone.

A mesure que les sociétés avancées se dépolitisent, les changements sont à la fois subtils et spectaculaires. Dans les discours quotidiens, le langage politique est une inversion, comme Orwell l’avait prédit dans 1984. « Démocratie » n’est plus qu’un outil de rhétorique. « La Paix », c’est en réalité un état de guerre perpétuelle. « Global » signifie impérial. Le concept de « réforme », autrefois porteur d’espoir, signifie aujourd’hui régression, voire destruction. « Austérité » signifie le passage au capitalisme extrême pour les pauvres et au socialisme pour les riches : un système ingénieux où la majorité travaille à rembourser des dettes, au profit de la minorité.

Dans les arts, l’hostilité vis-à-vis des vérités politiques est un article de la foi bourgeoise. « La période rouge de Picasso », titrait le journal Observer, « et pourquoi la politique et l’art ne font pas bon ménage ». Et cela dans un journal qui a fait la promotion du bain de sang de l’Irak comme croisade libérale. L’opposition au fascisme qui a marqué la vie de Picasso n’est plus qu’un détail, comme le radicalisme d’Orwell qui a disparu dans le prix qui s’est approprié son nom.

Il y a quelques années, Terry Eagleton, alors professeur de littérature anglaise à l’université de Manchester, constatait que « pour la première fois depuis deux siècles, il n’y a pas d’éminent poète britannique, de metteur en scène, ou de romancier prêt à remettre en cause les fondamentaux du style de vie occidental ». Aucun Shelley ne parle pour les pauvres, pas de Blake pour défendre les rêves des utopistes, ni de Byron pour maudire la corruption et la classe dominante, et pas de Thomas Carlyle ni de John Ruskin pour révéler le désastre moral qu’est le capitalisme. William Morris, Oscar Wilde, HG Wells, George Bernard Shaw n’ont aucun équivalent aujourd’hui. Harold Pinter fut le dernier à s’insurger. Parmi les voix du féminisme de consommation qui se font entendre, aucune ne fait écho à celle de Virginia Woolf, qui décrivait « l’art de dominer les autres peuples… de régner, de tuer, d’acquérir la terre et le capital”.

Au Théâtre National, une nouvelle pièce, « Grande-Bretagne », fait la satire du scandale des écoutes téléphoniques, qui a vu des journalistes jugés et condamnés, dont un ancien rédacteur du « News of the World » de Rupert Murdoch. Décrite comme une « farce à crocs qui cloue au pilori l’ensemble de la culture médiatique incestueuse et la ridiculise impitoyablement », les cibles de la pièce sont les personnalités « heureusement très drôles » de la presse tabloïd britannique. C’est bien bon, et si familier. Mais qu’en est-il des médias non-tabloïd qui se considèrent eux-mêmes comme crédibles et réputés, et pourtant jouent le rôle parallèle de bras armé du pouvoir de l’État et du capital, en faisant la promotion de guerres illégales ?

L’enquête Leveson sur les écoutes téléphoniques a légèrement laissé entrevoir ce phénomène. Tony Blair énonçait des preuves, se plaignant auprès de monsieur le juge du harcèlement des tabloïds contre sa femme, quand il fut interrompu par une voix qui s’éleva du public. David Lawley-Wakelin, un réalisateur, demandait l’arrestation de Blair et son jugement pour crimes de guerre. Il y eut un long silence : le choc de la vérité. Lord Leveson fit un bond, ordonna l’expulsion de celui qui osait dire la vérité, et s’excusa auprès du criminel de guerre. Lawley-Wakelin fut poursuivi, pas Tony Blair.

Les complices aguerris de Tony Blair sont plus respectables que les hackers de téléphone. Quand la présentatrice artistique de la BBC, Kirsty Wark, le reçut pour le 10ème anniversaire de l’invasion de l’Irak, elle lui offrit un moment dont il ne pouvait que rêver ; elle lui permit de se lamenter sur sa décision « difficile” sur l’Irak au lieu de lui demander des comptes sur son crime homérique. Ceci rappelle la procession de journalistes de la BBC qui en 2003 déclaraient tous que Blair pouvait se sentir « justifié”, et la série « de référence » qui s’ensuivit sur la BBC, « Les années Blair”, pour laquelle David Aaronovitch fut choisi comme écrivain, présentateur, et intervieweur. Ce réserviste de Murdoch qui a fait campagne pour la guerre en Irak, en Lybie et en Syrie, est expert en léchage de bottes.

Depuis l’invasion de l’Irak – exemple cardinal d’ acte d’agression non-provoquée, ce que le procureur de Nuremberg Jackson qualifiait de « crime international suprême qui diffère des autres crimes de guerre en ce qu’il les contient tous” – Blair et son porte-parole et principal complice, Alastair Campbell, ont eu droit à pas mal de place dans le Guardian afin de réhabiliter leurs réputations. Décrit comme une étoile du Labour Party, Campbell a voulu s’attirer la sympathie des lecteurs en prétextant une dépression, et a affiché ses intérêts, mais pas son détachement actuel comme conseiller, aux côtés de Blair, de la tyrannie militaire égyptienne.

Alors que l’Irak est démembré suite à l’invasion de Blair et Bush, le Guardian titre : « Renverser Saddam était juste, mais nous nous sommes retirés trop tôt« . Ceci dans un article phare du 13 juin écrit par un ancien fonctionnaire de Blair, John McTernan, qui a aussi travaillé pour le dictateur Irakien installé par la CIA, Iyad Allaoui. En appelant à répéter l’invasion d’un pays que son ancien patron avait aidé à détruire, il ne fit jamais référence aux 700 000 morts, ni aux 4 millions de réfugiés et au tournant sectaire qui avait eu lieu dans un pays autrefois fier de sa tolérance communautaire.

« Blair incarne la corruption et la guerre”, a écrit le journaliste radical du Guardian Seumas Milne dans un article très inspiré en date du 3 juillet. Dans le milieu on appelle cela « l’équilibre ». Le lendemain, le journal publia une pleine page de publicité pour un bombardier US Stealth. Sur la photo menaçante du bombardier était écrit : « le F-35, Génial pour l’Angleterre ». Cette autre incarnation de « la corruption et la guerre » va coûter aux contribuables britanniques 1,3 milliards de £ [=1,6 Mds €], les précédents modèles de la gamme F ayant déjà servi à massacrer des gens un peu partout dans le monde en développement.

Dans un village d’Afghanistan, où vivent les plus pauvres des pauvres, j’ai filmé Orifa, s’agenouillant devant les tombes de son mari, Gul Ahmed, un tisserand de tapis, et de 7 autres membres de sa famille, dont 6 enfants, et de deux enfants qui furent tués dans la maison d’à côté. Une bombe « de précision » de 500 livres est directement venue s’exploser sur leur petite maison de boue, de pierre et de paille, laissant à la place un cratère de 50 pieds de long. Lockheed Martin, le fabricant de l’avion avait une place d’honneur dans la publicité duGuardian.

L’ancienne secrétaire du Département d’État US et aspirante à la présidence Hillary Clinton, est récemment passée à l’émission « Women’s Hour » de la BBC, la quintessence de la respectabilité médiatique. La présentatrice, Jenni Murray, a présenté Mme Clinton comme l’exemple même de la réussite féminine. Elle ne rappela pas à ses auditeurs les propos blasphématoires de Mme Clinton qui prétendait que l’Afghanistan avait été envahi afin de « libérer » les femmes comme Orifa. Elle ne posa aucune question à Mme Clinton sur la campagne de terreur de son administration qui utilise des drones pour tuer femmes, hommes et enfants. Elle ne fit pas non plus mention de la menace de Mme Clinton, durant sa campagne présidentielle, d’ « éliminer » l’Iran, et rien non plus sur son soutien à la surveillance illégale de masse et aux persécutions contre les lanceurs d’alertes.

Murray posa la question-qui-était-sur-toutes-les-lèvres : Mme Clinton avait-elle pardonné à Monica Lewinsky d’avoir eu une affaire avec son mari ? « Le pardon est un choix », répondit Mme Clinton, « pour moi ce fut le bon choix ». Cela nous rappelle que dans les années 90 et pendant la période secouée par le scandale « Lewinsky », le président Bill Clinton envahissait Haïti et bombardait les Balkans, l’Afrique et l’Irak. Il détruisait aussi les vies d’innombrables enfants irakiens ; L’Unicef rapporte la mort d’un demi-million d’enfants Irakiens de moins de 5 ans, en conséquence de l’embargo mis en place par les USA et la Grande-Bretagne.

Ces enfants ne sont pas de la chair à médias, tout comme les victimes des invasions soutenues par Hillary Clinton – l’Afghanistan, L’Irak, le Yémen, la Somalie – n’existent pas pour les médias. Murray n’y a fait aucune allusion. Une photo d’elle et de son invitée de marque rayonnante figure sur le site de la BBC.

En politique, comme dans le journalisme et dans les arts, il semblerait que la contestation autrefois tolérée dans les médias grand public ait été ravalée au rang de simple désaccord : un maquis métaphorique. Quand j’ai commencé ma carrière à Fleet Street en Angleterre dans les années 60, il était acceptable de critiquer fortement le pouvoir occidental. Il suffit de lire le rapport de James Cameron sur les explosions des bombes à hydrogène sur l’atoll Bikini, où celui sur la guerre de Corée et sur le bombardement US du Nord-Vietnam. La grande illusion de notre époque est ce mythe de l’ère de l’information, alors qu’en vérité nous vivons à une époque médiatique où la propagande des grandes entreprises est insidieuse, contagieuse, efficace et libérale.

Dans son essai de 1859 « De la liberté », auxquels les libéraux modernes rendent hommage, John Stuart Mill écrivait :
« Le despotisme est un mode de gouvernement légitime si l’on a affaire à des barbares, à condition que le but soit leur amélioration, et les moyens sont justifiés par l’accomplissement effectif de ce programme. »

Les « barbares » étaient de larges secteurs de l’humanité dont « l’obéissance implicite » était exigée.

« C’est un mythe utile et commode de croire que les libéraux sont pacifistes et les conservateurs belliqueux », écrivait l’historien Hywel Wiliams en 2001, « mais il est possible que l’impérialisme à visage libéral soit plus dangereux de par sa nature explicite : sa conviction qu’il représente une forme supérieure de vie ». Il avait en tête un discours de Tony Blair dans lequel l’ex-Premier ministre promettait de « remettre de l’ordre dans le monde autour de nous » selon ses propres « valeurs morales ».

Richard Falk, autorité reconnue en matière de législation internationale et rapporteur spécial de l’ONU sur la Palestine, a décrit une « bien-pensance unilatérale, un écran juridique/moral avec des images positives des valeurs et de l’innocence occidentales dépeintes comme menacées, justifiant une campagne de violence politique sans restriction ». Et « largement acceptée au point d’en devenir virtuellement incontestable. »

Favoritisme et mandature récompensent les gardiens. Sur la Radio 4 de la BBC, Razia Iqbal reçut Toni Morrison, la lauréate afro-américaine du prix Nobel. Morrison se demandait pourquoi les gens étaient « si énervés » contre Barack Obama, qui était pourtant « cool » et souhaitait seulement construire une « économie et un système de sécurité sociale solides». Morrison était fière d’avoir parlé au téléphone avec son héros, qui se trouvait avoir lu un de ses livres et l’avait invitée lors de sa prise de fonction.

Ni elle ni la présentatrice n’évoquèrent les 7 guerres d’Obama, dont sa campagne de terreur par drones, à cause de laquelle des familles entières, leurs secouristes et leurs proches furent assassinés. La seule chose qui semblait avoir de l’importance était qu’un homme de couleur « qui s’exprime bien » s’était élevé au plus haut échelon de l’échelle du pouvoir. Dans « Les damnés de la terre », Frantz Fanon écrivait que « la mission historique » des colonisés était de servir de « courroie de transmission » aux dirigeants et autres oppresseurs. À notre époque, l’utilisation des différences ethniques par le pouvoir occidental et ses systèmes de propagande est perçue comme essentielle. Obama incarne parfaitement cette idée, bien que le cabinet présidentiel de George W. Bush – sa clique belliciste – ait été le cabinet le plus multiracial de l’histoire présidentielle.

Alors que la ville irakienne de Mossoul tombait aux mains des djihadistes de l’ISIS, Obama fit la déclaration suivante : « Le peuple américain a beaucoup investi et sacrifié afin que les Irakiens aient l’opportunité de se choisir une meilleure destinée ». À quel point ce mensonge est-il « cool » ? À quel point s’est-il « bien exprimé » lors de son discours à l’Académie militaire de West Point le 28 mai ? Lors de son discours sur « l’État du monde » à la cérémonie de remise des diplômes de ceux qui « vont prendre la direction US » à travers le monde, Obama déclara que : « Les USA utiliseront la force militaire, unilatéralement s’il le faut, quand nos intérêts seront menacés. L’opinion internationale compte, mais l’Amérique ne demandera jamais la permission… »

En répudiant la législation internationale et le droit de souveraineté des nations, le président US s’octroie un droit divin basé sur la puissance de son « indispensable nation ». C’est un message d’impunité impériale familier, bien que toujours étonnant à entendre. Évoquant la montée du fascisme des années 30, Obama a dit « Je crois en l’exceptionnalité américaine de tout mon être ». L’historien Norman Pollack écrivait « À ceux qui marchent au pas de l’oie, on substitue la militarisation apparemment plus inoffensive de la culture totale. Et au lieu du leader grandiloquent, nous avons le réformateur raté, qui travaille allègrement, planifie et exécute des assassinats, tout en souriant ».

En février, les USA ont monté un de leurs coups d’État contre le gouvernement élu d’Ukraine, en exploitant des protestations authentiques contre la corruption à Kiev. La secrétaire d’État adjointe d’Obama Victoria Nuland sélectionna personnellement le leader d’un « gouvernement d’intérim ». Elle le surnomma « Yats ». Le vice-Président Joe Biden se rendit à Kiev, tout comme le directeur de la CIA John Brennan. Les troupes de choc de leur putsch étaient des fascistes ukrainiens.

Pour la première fois depuis 1945, un parti néonazi ouvertement antisémite contrôle des secteurs clés du pouvoir étatique d’une capitale européenne. Aucun leader européen n’a condamné cette résurgence fasciste près dans le pays frontalier à travers lequel l’invasion des nazis d’Hitler coûta la vie à des millions de Russes. Ils étaient soutenus par l’UPA, l’Armée insurgée ukrainienne, responsable de massacres de juifs et de Russes qu’ils appelaient « la vermine ». L’UPA est l’inspiration historique du parti Svoboda et de leurs compagnons de route du Secteur droit. Oleh Tyahnybok, leader de Svoboda a appelé à expurger « la mafia judéo-moscovite » et les « autres racailles », dont les gays, les féministes et tous les gens de gauche.

Depuis l’effondrement de l’Union Soviétique, les USA ont entouré la Russie de bases militaires, d’avions de guerre et de missiles nucléaires, suivant le projet d’élargissement de l’OTAN. Reniant la promesse faite au président soviétique Mikhaïl Gorbatchev en 1990 de ne pas étendre l’OTAN « d’un centimètre vers l’Est », L’OTAN occupe militairement l’Europe de l’Est. Dans l’ancien Caucase soviétique, l’expansion de l’OTAN est le plus important chantier militaire depuis la seconde Guerre Mondiale.

Le cadeau de Washington au régime issu du coup d’État à Kiev est un Plan d’action pour l’adhésion à l’OTAN. En août, l’opération « Rapid Trident » placera les troupes US et britanniques à la frontière entre la Russie et l’Ukraine et l’opération « Sea Breeze » placera des navires de guerre US en vue de ports russes. Imaginez la riposte si ces actes de provocations, ou d’intimidations, s’effectuaient aux frontières des USA.

En revendiquant la Crimée – que Nikita Khrouchtchev avait illégalement détachée de la Russie en 1954 – les Russes se défendaient comme ils l’ont fait depuis presque un siècle. Plus de 90% de la population de la Crimée a voté pour le rattachement à la Russie. La Crimée est aussi la base de la Flotte de la mer Noire, et sa perte signifierait la mort de la flotte russe et un trésor pour l’OTAN. Semant la confusion au sein des parties belliqueux de Kiev et de Washington, Vladimir Poutine a retiré les troupes russes de la frontière ukrainienne et a demandé instamment aux Russes ethniques de l’Est de l’Ukraine d’abandonner le séparatisme.

Suivant une logique orwellienne, cela a été traduit en Occident par « la menace russe ». Hillary Clinton a comparé Poutine à Hitler. Sans ironie aucune, les commentateurs de droite allemands lui ont emboîté le pas. Dans les médias, les néonazis ukrainiens ne sont plus que des « nationalistes » ou « ultranationalistes ». Ce qui leur fait peur, c’est que Poutine est habilement en train de rechercher une solution diplomatique, et qu’il pourrait y réussir. Le 27 juin, en réponse au compromis de Poutine- sa requête devant le parlement russe de révoquer la législation qui lui avait octroyé le pouvoir d’intervenir en faveur des ethnies russes d’Ukraine – le secrétaire d’État John Kerry a émis un autre de ses ultimatums. La Russie doit « agir dans les prochaines heures, littéralement » pour mettre un terme à la révolte en Ukraine de l’Est. Nonobstant le fait que Kerry soit largement considéré comme un guignol, le propos sérieux de ces « avertissements » est de conférer le statut de paria à la Russie et de faire disparaître les informations sur la guerre que mène le régime de Kiev contre son propre peuple.

Un tiers de la population ukrainienne est russophone et bilingue. Ils souhaitent depuis longtemps la naissance d’une fédération démocratique qui reflèterait la diversité ethnique ukrainienne et qui serait autonome et indépendante de Moscou. La plupart ne sont ni « séparatistes » ni « rebelles » mais des citoyens qui veulent vivre en paix sur leur terre natale. Le séparatisme est une réaction à l’attaque de la junte de Kiev contre ces mêmes citoyens, causant l’exode de plus de 110 000 d’entre eux (estimation de l’ONU) vers la Russie. Pour la plupart, des femmes et des enfants traumatisés.

Comme les enfants de l’embargo irakien, et les femmes et les jeunes filles « libérées » d’Afghanistan, terrorisées par les seigneurs de guerre de la CIA, ces ethnies d’Ukraine ne sont pas les bienvenues dans les médias occidentaux, leurs souffrances et les atrocités auxquelles elles sont soumises sont minimisées, ou passées sous silence. L’intensité de l’assaut mené par le régime n’est pas retransmise par les médias dominants occidentaux. C’est une première. En relisant le chef d’œuvre de Phillip Knightley « Première victime : le correspondant de guerre comme héros, propagandiste et faiseur de mythes », je renouvelle mon admiration pour le journaliste du Guardian Philips Price, le seul reporter occidental à être resté en Russie pendant la révolution de 1917 et à avoir rapporté la vérité sur les invasions désastreuses des alliés occidentaux. Objectif et courageux, Philips Price à lui seul dérange ce que Knightley appelle un « silence obscur » antirusse en Occident.

Le 2 Mai, à Odessa, 41 Ukrainiens russophones ont été brulés vifs dans le QG des syndicats, sous les yeux de la police qui regardait sans rien faire. Il y a de nombreuses preuves vidéo sans équivoque. Le dirigeant de droite Dmytro Yarosh a dit de ce massacre qu’il était « un jour glorieux pour l’histoire de la nation ». Dans les médias US et britanniques, cela a été présenté comme une « sombre tragédie » résultant d’affrontements entre « nationalistes » (néonazis) et « séparatistes » (des gens collectant des signatures pour un référendum pour une Ukraine fédérale). Le New York Times a passé ça sous silence, ayant classé comme propagande russe les avertissements sur les politiques fascistes et antisémites des nouveaux clients de Washington. Le Wall Street journal a maudit les victimes – « Un incendie ukrainien mortel, probablement l’œuvre des rebelles, selon le gouvernement ». Obama a félicité la junte pour sa « retenue ».

Le 28 juin, le Guardian a consacré une presque pleine-page aux déclarations du « président » du régime de Kiev, l’oligarque Petro Porochenko. Encore une fois, la règle orwellienne de l’inversion a été appliquée. Il n’y avait pas eu de putsch ; pas de guerre contre les minorités ethniques ; les Russes étaient à blâmer pour tout. « Nous voulons moderniser mon pays », écrivit Poroshenko. « Nous voulons introduire la liberté, la démocratie et les valeurs européennes. Quelqu’un n’aime pas ça. Quelqu’un ne nous aime pas pour cela. »

Dans son article, le reporter du Guardian, Luke Harding, n’a jamais questionné ces affirmations, ou mentionné les atrocités d’Odessa, les attaques aériennes et à l’artillerie du régime sur des zones résidentielles, le meurtre et le kidnapping de journalistes, les incendies des journaux d’opposition, et les menaces de Porochenko de « libérer l’Ukraine de la saleté et des parasites ». Les ennemis sont « des rebelles », des « militants », des « insurgés », des « terroristes » et des larbins du Kremlin. Allez chercher dans les archives de l’histoire les fantômes du Vietnam, du Chili, du Timor-Est, d’Afrique du Sud, d’Irak, vous remarquerez les mêmes qualificatifs. La Palestine est la pierre angulaire de cette escroquerie sans fin. Le 11 juillet, à la suite des derniers massacres à Gaza, commis par les Israéliens, équipés par les USA – 80 personnes dont 6 enfants de la même famille – un général Israélien publiait dans leGuardian, un article titré : « Une démonstration de force nécessaire ».

Dans les années 70, j’ai rencontré Leni Riefenstahl et je lui ai posé des questions sur ses films qui glorifiaient les nazis. À l’aide et de techniques de caméra et d’éclairage révolutionnaires, elle a produit un genre de documentaire qui a envoûté les Allemands ; c’est son film « Le Triomphe de la Volonté » qui est réputé avoir scellé le destin d’Hitler. Je lui ai posé des questions sur la propagande des sociétés qui s’estimaient supérieures. Elle répliqua que « les messages » dans ses films ne dépendaient pas « d’ordres venant d’en haut » mais d’un « vide de soumission » au sein de la population allemande. « Cela inclut-il la bourgeoisie libérale et éduquée ? », ai-je demandé. « Tout le monde », m’a-t-elle répondu, « et bien sûr l’intelligentsia ».

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