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Quand j’étais petit tout était grand

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L’homo sapiens est devenu un coq sautillant, éméché, ébréché, vissé à son électrode de téléphone-dieu. Nous ne sommes plus vivants, nous sommes en décomposition. On est devenu le compost des manipulateurs. 

Quand j’étais enfant, le monde s’arrêtait aux frontières du village, ou presque. Le reste était une vision embrouillée. Il ne rentrait dans le cerveau des enfants que les déchets psychiques du village, mais aussi la bonté des gens. Pour trouver dieu, il fallait regarder le ciel qui picotait d’étoiles. On se levait le matin, puis on allait jouer dehors. Je me souviens qu’on donnais de l’argent de par les biais des religieuses pour les pauvres chinois qui crevaient de faim à l’autre bout du monde.  On nous parlait de Jésus, pas de Steve Jobs. Et courir n’était pas un sport, c’était voler sur deux pattes. Le matin, personne n’ouvrait la radio. On n’avait pas le temps. C’était silencieux. Si silencieux qu’on pouvait entendre les enfants manger, la bouilloire bouillir, et pour connaître la météo de la journée, on jetait un œil à la fenêtre. Pas de dame météo pour nous dire qu’il pleuvra dans trois jours, ou qu’il grésillera. La banane était un fruit exotique. Et plus tard, la fille à Raoul qui, avec son foulard dans le cou, et ses yeux qui pétillaient, donnaient des sueurs aux pré-ados.

Aujourd’hui, on se réveille le matin avec toutes les douleurs du monde. La télévision a cent canaux et le web des millions. Nous déjeunons aux tragédies. Et on se les refile par le biais de Facebook.  On a la météo politique qui dit qu’il fera beau dans dix ans. Une reprise d’il y a 30 ans… Pour nettoyer tout le cerveau, comme on nettoie un ordinateur avec  un programme, il faut faire de la méditation, du ski, manger peu, et prendre l’avion pour le bout du monde parce qu’on est bien ici…  Je me souviens que le tapis pour méditer était couvert de marguerites, qu’il faisait chaud comme dans le Sud.

Je reviens  à Facebook parce que c’est là qu’on trouve des pensées profondes sur la vie. En formats carré-bloc. Avec tête à l’appui. Comme des plaques de philosophies, des blocs Gogo « Pense Positif ». On en ressort purifiés. On s’est nourris les uns les autres. On se passe le petit carreau de sucre pour l’esprit. Facebook est un église dans laquelle chacun est le prêtre de l’autre, parfois le sauveur. Ce doit être un confessionnal en format Uber… Je cherche encore.

Je panse simplement que les gens sont trop petits pour ce qui est grand. Le cerveau a la grosseur d’un bol à mélanger une recette de gâteau. Il n’est pas outillé pour avaler tous les malheurs du monde. Car ce sont ceux-là qui sont privilégiés. Les catastrophes.

Je saute, comme ça, du coq à l’âme. Mais je ne crois pas que l’on puisse se nourrir et être nourris par toutes les formes d’ordures qui passent en ce monde. On doit être devenus des charognards sans s’en rendre compte. D’autant qu’avec les déchets de la Terre, elle finit par ressembler à une décharge de détritus.

En fait, l’humour est sans doute le meilleur savon pour  décrasser sa  matière grise. Sauf qu’on ne frotte pas trop… On n’a pas le temps.  À force de vouloir TOUT,  on ne pousse plus… On sèche.

Gaëtan Pelletier

La petite révolution du printemps

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Tu sors pour faire le ménage… C’est comme ton âme en capuchon qui a passé l’hiver sur la corde à frémir de froid. T’as été enterré par les premières neiges. J’avais oublié quelques gousses d’ail. Pressée Dame Ail:  Elle s’était déjà pointée  avec ses petits doigts verts. Elle cherchait le soleil comme on cherche le bonheur… On se dit que ça ne poussera jamais. Comme si la l’hiver avait fait la guerre à toutes les couleurs. C’est gris, noir, embrouillé, sale. Le printemps se réveille avec des petits yeux… Comme nous après le matin. Oui, le matin où la veille tu n’as même pas le goût  de revivre cette satanée journée de marmotte d’hiver.

Dieu est un peintre qui a dû aller passer l’hiver dans le Sud en emportant toutes les couleurs. Voleur! Va! Il a picoré l’assiette de la palette des peintre et a mangé avec des baguettes plumées.

Zommmmmmmmmm! Parti! Monsieur Dieu!

Ils disent de déraciner le sol, enlever les mauvaises herbes. Tu te rends compte que t’es jeune de partout, sauf au dos et aux reins. Tu fais du yoga sans le savoir comme Monsieur Jourdain-jardin faisait de prose. Tu te penches, tu de dépenches, tu cherche la souplesse cachée dans la raideur comme la chaleur cachée dans le froid. Et là, t’es tenté d’aller goûter au miracle des antidouleurs de Big Pharma. L’instantanéité.

J’ai mis mes plus laids habits: un jeans troué, un vieux gilet de sauvetage gris comme une feuille qui a perdu le chemin de son arbre. Le vert de ses yeux fermés. Des bottes de pêcheur. Des gans de cuir made in China. Et les mains pleines d’outils… Ce matin, on refait le monde. Car, après la pluie, et la pluie, et la pluie, on commence à comprendre le vieux Noé.

Au début, t’as pas le goût. C’est trop. Un désastre! La peau calypse  now!  Ça te rappelle une chose: le travail, le vrai. Un bureaucrate plante son stylo, ses textos, se pavane et ne produit que des calamités sans le savoir. Il s’habille comme une fleur qui n’a pas vécu la douleur de l’hiver et du printemps. Un singe à gravats. Décombrateur! Mulot de bureau!

Il en est qui se font grand à bouffer des carolettes, du caviar, mais ils ne produisent que de l’encre qu’ils couchent sur papier ou dans un univers parallèle, au pays de la cybercitude. L’agriculture de l’invisible… Ils se poussent dans l’hydroponie de tes sueurs et de tes larmes.

Tu les nourris et tu passes pour un ignorant, alors qu’ils ne savent pas d’où viennent les haricots.

Le printemps, ça rappelle les guerres. Toutes les guerres: les maisons détruites, les institutions détruites, et les bras d’humains qui pendent aux arbres comme pendent les herbes de l’an dernier. Ils n’en finissent plus de nous refaire des printemps pour planter la même chose: le développement continu.

***

Gilberte, une voisine, a un tout petit potager. Minuscule, mais adorable. Comme les post-it que l’on colle sur son bureau pour se rappeler… Se souvenir que tout vient de là. Et qu’il y a des saisons. Et que malgré ce que tout le monde dit, si le monde va mal ce n’est pas à cause des bras… C’est le cerveau. En ce moment, on a plus de cerveaux que de bras. On leur donne notre argent, nos sueurs, nos misères pour qu’ils organisent un jardin. Ils utilisent leur cerveau. Trop paresseux et orgueilleux pour se livrer à la l’avilissant tâche de creuser un peu la terre pour comprendre le monde.

Tu te penches à construire, ils se pensent à construire.

Le destructionnisme planétaire.

Tu plantes un choux. Zoup! Disparu! Il est rendu dans un paradis fiscal.

La question qui tue: Combien de pommes de terre y-a-t’il dans un F 35?  Et puis une autre: Combien d’enfants meurent de faim pour avoir transformé du maïs en carburant?

Trilogons ( du verbe triloger de trilogie ):   Qui faut-il sarcler pour ramener une terre viable?  Où se trouve tout la mauvaise  herbe qui est en train d’acheter et de détruire le vivant?

La quadrature du cercle…

FINALE

C’est pour ça que le paysan n’attend pas le politicien pour se nourrir. Il a appris des compétences issues de la mauvaise herbe , il sait la valse des saisons. Il sait refaire le terrain….

C’est la raison pour  laquelle je jardine et me plains du printemps. Je  perçois le mystère de mon âme liée à cette Terre. Je vois mon insignifiante misère cachée derrière cette valse des saisons. je vois la Vie, sa grandeur, que je ne comprends pas.  Mais je vois celle des autres qui n’ont plus le moindre petit coin de terre pour se  rappeler que nous sommes issus des peuplades de chasseurs-cueilleurs. Que peu  importe le nombre d’ordinateurs, d’écoles falsifiées, d’armes sophistiquées, de « progrès », et des esclaves attachés à leur « téléphone intelligent », le plaisir de vivre est dans les petites choses. La bénédiction de la Vie existe entre la joie de partager ne serais-ce qu’un sourire, qu’une phrase sans  « profondeur ». Car dire bonjour au voisin qui est en train de labourer son petit coin de jardin en lui disant:  » Tu plantes tes pommes de terre? » Non, c’est sans « profondeur »…

C’est pas dans le propos, c’est dans la beauté et l’invisible de l’échange qui ne contient rien en terme de message au sens où nous l’entendons aujourd’hui. Tout est dans l’émotion. Et c’est la raison pour laquelle il n’y aura pas de véritable révolution de printemps, sauf la nôtre – la minuscule –  , parce qu’il n’y a pas de messages réels en conformité avec notre âme. On parle à nos cerveaux. On le cultive, on le bricole, on le trompe, on le contrôle, on l’esclave…

On peut trafiquer un cerveau, mais pas une terre…

Ne vous demandez pas ce que les grands ont fait pour vous, constatez ce que vous avez fait pour qu’ils soient aussi grands… Vous vous rendrez alors compte que la mauvaise herbe a vraiment pris les trois quarts du terrain pendant l’Histoire.   Et ce, c’est comme avoir dormi plusieurs années avant de rencontrer un petit jardin ébouriffé et qu’il est trop tard.

Gaëtan Pelletier

8 mai 2014

P.S.: Date où la guerre 39-45 était terminée. Je me demande combien sont morts avant qu’on signe les papiers…

 

L’homme vitrine

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La langue de l’amour est morte. Et dans la fébrilité inconsciente de la chair aux enchères, la pauvreté de plastique, de gadgets, d’immolation continue, la vie est une sorte de terre cuite derrière une vitrine astiquée où tous les pantins sont à vendre pour un job.

Les cerveaux sont moulés.

Usinés.

Pas plus « profonde » et monocolore qu’une Ford-T sociale. Machinés. À la chaîne. Figés.

« Vos enfants sont les enfants de la Vie », disait Khalil Gibran. Ils sont maintenant les enfant des états. Ils sont peut-être si affamés de leur BIG MOI qu’ils vendent leur cerveaux aux états. Fiers à bras, fiers à neurones.

Notre petit penseur ne sait pas qu’il est pensé. Il est ciselé aux doctrines martelées incessamment, abonné à tout le frelaté qu’il avale chaque jour. Il est pourrissant, mais vivant. Soutenu par les « spécialistes », cette horde de zombies calcinés au savoir scientifique, vendeurs de salades mondialistes.

Imbriqué dans toutes les formes de contrôles numérisés, se débattant dans le grand filet des technologies, – à la fois s’y baignant de plaisir -, sans savoir nager dans l’océan de la Vie.

Le petit simiesque est « écoutatif ». On ne lui parle pas de réalité, ni d’Histoire, ni de philosophie, pour décoder l’image du monde, de sa venue sur Terre, de son essence.

Plus de passé, un présent contaminé par la destruction du passage des autres, des sociétés, des guerres, etc. Non. Notre nature est désormais d’être un fonctionnaire aux mains javellisées qui a «  une vision du futur ».  On a barbouillé l’image de la trajectoire de l’humanité, caviardé le passé, embrumé le présent. Il ne reste que le futur incertain mais prometteur par la chimie des nouvelles molécules et l’espoir de trouver de l’eau sur Mars alors que l’Afrique en manque.

Il n’est plus inspiré… Il est respiré jusqu’à son dernier souffle. Déryhtmé. Sa vision est celle d’un aveugle guidé par des chiens.

Détêté. Le dépoisson… Issu de l’eau, on lui bouffe la tête pour qu’il ne se serve plus de la structure cachée et lumineuse de son entièreté liée à la  grandeur des ondes vibratoires camouflée sous ce montage de chair.

C’est maintenant une machine, un montage plastique.

Pourvu qu’il serve!

C’est sans doute le plus étrange des nègres concocté par le besoin fourbe et matérialiste des fabulateurs à formules répétitives.

Quand on a vendu son corps, on a vendu son âme. Nous sommes dans une ère de décapités à coups de sabres roses. À coups de discours aux phrasés des langues de lames aiguisées de leur spécialité.

La vente de « certitudes » des corporations est maintenant une sorte de monoxyde de carbone hypnotique mais vraiment efficace.

Nous vivons de la mort du vivant. Les plantes, les forêts, les terres, les pays, les « idées ».

La Vie est une vente de feu…

Allumez! avant d’éteindre…

Gaëtan Pelletier

L’inchangement

Le droit à la paresse - Réfutation du «droit au travail» de 1848

L’inchangement, ou « quand rien ne change », c’est de retrouver 130 ans plus tard les mêmes taciturnes arnaques d’un esclavage continuel pour la fabrication des nouveaux tyrans de la finance. Qui donc se bat pour un « pays »? Les soldats de l’économie sont tous passés à la mondialisation. Des putains à vendre aux plus offrants dans la course à l’entreposage des biens des citoyens en « pays ».

Chacun est un cadavre de cette économie pernicieuse et flamboyante, avec simplement d’autres noms, d’autres concepts pseudo-savants mais avec les mêmes résultats. « Les capitaux abondent »… Ceux qu’on vous arrachés à coups d’États et propagandes tordues auxquelles les adhérents sont comme les fidèles agenouillés à la nouvelle religion des banques et de la prétendue misère qui accable les peuples. Ainsi que cette fausse et aberrante liberté de moins en moins présente. Nous sommes en route dans un couloir entonnoir. Comme ces filets de pêches utilisés par les natives de tous les pays.

Nous avons vécu – historiquement – d’avantage de mensonges que de vérités.

Les capitaux abondent comme les marchandises. Les financiers ne savent plus où les placer ; ils vont alors chez les nations heureuses qui lézardent au soleil en fumant des cigarettes, poser des chemins de fer, ériger des fabriques et importer la malédiction du travail. Et cette exportation de capitaux français se termine un beau matin par des complications diplomatiques : en Égypte, la France, l’Angleterre et l’Allemagne étaient sur le point de se prendre aux cheveux pour savoir quels usuriers seraient payés les premiers ; par des guerres du Mexique où l’on envoie les soldats français faire le métier d’huissier pour recouvrer de mauvaises dettes .

Ces misères individuelles et sociales, pour grandes et innombrables qu’elles soient, pour éternelles qu’elles paraissent, s’évanouiront comme les hyènes et les chacals à l’approche du lion,, quand le prolétariat dira : « Je le veux ». Mais pour qu’il parvienne à la conscience de sa force, il faut que le prolétariat foule aux pieds les préjugés de la morale chrétienne, économique, libre-penseuse ; il faut qu’il retourne à ses instincts naturels, qu’il proclame les Droits de la paresse, mille et mille fois plus nobles et plus sacrés que les phtisiques Droits de l’homme, concoctés par les avocats métaphysiciens de la révolution bourgeoise ; qu’il se contraigne à ne travailler que trois heures par jour, à fainéanter et bombancer le reste de la journée et de la nuit.

Le droit à la paresse , 1883

Gaëtan Pelletier

Le moule satanique

Le château de l'âme

 

«Il ne s’agit pas de penser beaucoup mais de beaucoup aimer.»

Thérèse d’Avila

***

Les hommes font des affaires parce qu’ils sont trop lâches pour chercher un peu de sainteté. Et la sainteté n’a rien à voir avec « dieu », mais c’est cette tâche qu’ont les hommes de se parfaire ne serais-ce que pour vivre  cloîtrés dans une petite planète bleue  comme une bonne sœur dans un habit foncé, quasiment langée.

Ne pas se laisser souiller par la vie qui nous entoure, c’est ressusciter à chaque jour. Quand les hommes se font serpents pour les autres hommes, ils crachent leur venin. On est tous souillés.  Et c’est là que rester intact, avec quelques atomes d’âme pour survivre est devenu un art difficile.

Il n’y a plus de feu. Il y en a, caché, sous tiède couverture des braises refroidies. On s’adonne au noir, au froid. On tue dans le silence de tous les viols de la Terre.

L’Homme crée des monuments, déguisé en singe, sans savoir, déjà enterré, qu’il y a plus que ces œuvres de pierres.

Il se croit savant, mais c’est un ignare charbonneux.

On n’a jamais vendu autant de miroir. Au point où la tâche qu’on nous incombe est celle de devenir semblable au cravaté-serpent et ses dogmes de matière. Il parle de la grandeur de l’Univers en semant des idées de temps fragiles. Encagé. Comme un oiseau qui ne peut plus voler.

… Je veux dire que si celui qui est dans l’appartement ne peut voir cette lumière, ce n’est pas parce que la demeure n’est pas éclairée, mais parce que toute cette foule de couleuvres, vipères et reptiles venimeux qui y sont entrés avec l’âme ne la laisse pas profiter de la lumière… ses yeux sont tellement couverts de boue qu’il ne peut presque pas les ouvrir ».

Le château de l’âme.  Thérèse d’Avila.

C’est « fou » de citer une « sainte » !.

Le livre m’a été prêté par une vieille dame un jour. J’étais livreur dans une épicerie. La dame de 80 ans me laissait entrer et m’offrait un grand sourire  » et un petit quelque chose à manger ». Courbée, charmante, avec de la lumière dans la voix. C’était une vieille maison … Son corps et sa demeure en bordure d’une rivière qui coulait vaillamment comme son sang dans ses veines.

Elle avait toujours un petit quelque chose à m’offrir : du chocolat, des beignes, des friandises. De vieilles choses traînaient partout: un tricot abandonné, un chapelet, des images agrippés aux murs, des casseroles dans l’évier… Elle devait coucher sur un de ces vieux lits en montures métalliques qui parlait la nuit pendant qu’elle bougeait.

Une sagesse qui frôlait le ciel. On était bien en sa présence, comme si sa bonté avait imprégné tout ce bois morts et ces « choses ». Mais pour elle, il n’y avait pas de « choses »: ces choses étaient vivantes.

Elle avait peine à bouger, dans son carcan de chair vieillie, mais ses yeux, son discours, ses envolées avaient quelque chose que nous n’avons plus : vieillir n’est pas vraiment vieillir pour ceux qui entretiennent  l’intérieur au lieu de l’extérieur. Et le mot « sérénité » n’était pas un mot: c’était un état qui semblait avoir peint tout ce paysage intérieur créateur.

Puis un jour, alors qu’elle lisait, assise sur une veille berceuse, elle me regarda d’un œil singulier, allumé.

– Vous devriez lire le livre de Thérèse d’Avila.

Je ne connaissais pas Thérèse d’Avila. Pour moi, le mot « religieux » avait quelque chose d’agaçant. Et je la prenais parfois  pour une délurée en face de la mort. Je n’avais pas compris qu’elle était grande en dedans et qu’elle habitait un château dans un taudis tordu.

Elle tenait absolument à ce que je parte avec le livre. Je l’ai fait en me disant que j’allais lui redonner à la prochaine « visite ».

Je me souviens d’avoir essayé de le lire. Je l’ai ouvert maintes fois… Je l’ai abandonné maintes fois… J’étais trop « fermé ». Alors, il dort dans le garage, dans les boîtes de ces trop de livres que l’on garde sans savoir s’il valent la peine. Les livres, parfois, attendent notre maturité.

Elle me l’a prêté.

En fait, je n’ai jamais eu l’occasion de le lui remettre. La vie m’a emmené ailleurs.

La vieille dame est décédée quelques années plus tard. Ce n’était pas un prêt, c’était un don. Mais que fait-on avec un don quand on ne peut le recevoir ?

Elle donnait sans rien demander. Et je suppose que le livre a été inséré dans son âme… Elle n’en avait plus besoin. Passez au suivant…

C’est comme ça qu’on se réveille un jour de longs comas à force de vivre avec des gens qui n’ont pas de vie. Ils n’ont que du bois à vendre. Du bois mort… Du plastique. Rien. Rien de vivant. Du mort en partant.

Elle est revenue aujourd’hui avec cette phrase, ce petit paragraphe… Car la Vie n’est pas enfermée que dans le vaste, mais dans la grandeur de ce que l’on sème en soi. Si petit semble-t-on être! Si humble…

: l’âme humaine comporte un lieu, une Demeure où l’esprit (la mens) peut transcender son existence individuelle. Et 26 cette expérience de transcendance, acquise par l’oraison, prodigue une force qui se répand dans toutes les puissances de l’âme et du corps. Il faut entourer le temple d’une forteresse, il faut pouvoir se défendre. Il fallait y penser, le dire et l’écrire : pour ne pas chuter, pour ne pas ni faillir ni dépérir, il faut être à la fois humble et fort. Il n’y a ici de paradoxe que pour ceux qui confondent vertu et fragilité.

Dans cette ère dite moderne et matérialiste, les structures ont pour objectif de défendre à chacun de « penser » ou de comprendre l’âme humaine. Les sociétés, les méga-structures sont là pour nous fragiliser dans une énorme propagande du bonheur terrestre de par les colossales organisations. Les nouveaux dieux sont des chiffres, des guerres qui règlent des guerres, et un extrémisme de l’individu concentré et construit en un Je enfermé, les yeux plein de boue, dans une vision étroite.

Et si « ne pas se connaître soi-même » était la prison à l’architecture de la soumission?   Tout nous conduit à agir dans une agitation valorisée qui dessine l’esclave que l’on veut au moment où on en a besoin.

En prendre conscience est déjà être un saint parmi la multitude de diables qui se reproduisent sans cesse.

Un moule satanique…

Gaëtan Pelletier

La planète des songes

La planètes des singes

La Planète Des Singes se pose comme une réflexion sur la notion d’espèce dominante. Comme nous aujourd’hui, les singes refusent de croire que les animaux sont intelligents et peuvent être leurs égaux. Admettre cela, ce serait admettre la part d’animalité qui est en nous et ça nous le refusons. La planète des singes 

Ô! j’ai triché. J’ai placé un o à la place d’un i. Le singe songe… C’était délicieusement volontaire et déviance accessoire. J’ai fini par apprendre un peu du simiesque…

***

On jubile, on sort les sabres à champagne, on se congratule  à mouchoirs que veux-tu!  Comme des gamins gentils. On dirait qu’ils ont oublié que Monsanto et ses  ses semblables aiment la réussite monétaire et le contrôle du « vivant ».  À mort le vivant! Leur thermostat, c’est la bourse. Et même pas la bourse ou la vie! La bourse! Les pauvres sont  à faire fonctionner les campas de concentrations des usines du Bangladesh,   et ils vont là où l’achat des pauvres est encore permis.   Les négriers n’ont plus de couleurs. Le nègre mondialisé n’a pas de recours. C’est la lutte entre deux faims: faim de nourriture et faim d’ambition, de gloire, de ces joueurs compulsifs athlètes des bourses. L’homme-pion sur un échiquier bleu voguant dans l’espace.

Nous avons devant nous la « crème » de intelligentsia tous pétris à la doctorisation . Sont-ils si savants? Sont-ils si clairvoyants ou compétents tel qu’ils   le prétendent?  Ils oublient les milliers d’années de l’histoire de l’humanité et tous les crevés des guerres, des marchés, de l’économie trafiquée et de la naissance d’un monstre qui a abandonné les peuples au « libre-marché ». Libre-marché qui a fait de nous des esclaves.  Le pauvre est la carotte du lapin. Si on cherche à se faire un portrait du lapin cravaté , on se retrouve devant un futur préparé par l’assassin de la Vie qui se repend et qui promet de changer. Ce n’est tout de même pas le planteur de choux qui aura détruit la planète. Et qui, en plus, est son propre avocat.  Après avoir été floué par un bandit millénaire, faut-il jouer les naïfs et encore larmoyer sur un C.V. d’histoire aussi sombre?

À voir le passé millénaire d’une minorité qui a tout saccagé, on peut toujours rêver…

Enfer

Free d’homme!!

Gaëtan Pelletier

Le marchant de Denise

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Vous me faites marcher?  (expression populaire)

  • De tous les pays circonvoisins, des campagnes et des villes, malades et infirmes, paralytiques, culs-de-jatte et pieds-bots accouraient dans des carrioles, dans des calèches, sur des ânes, sur leurs moignons calleux. (Octave Mirbeau, Rabalan,)

La démocratie, c’est le peuple qui a le « droit » de marcher. Il s’échine au Reebok pour changer le monde. Sortez la calculette: dans un demi siècle, les démocratisés seront tous des culs-de-jatte. Rognés et ensanglantés sur l’asphalte attisé  au réchauffement climatique et à la froideur bancaire d’un nazisme pastel.   Un  vent d’austérité dans le dos…  On est des voiliers volés. Jadis, on entrait en religion avec une formule cimentée: prendre le voile. Ben! voilà que les citoyens ont tous leur petite voile format drapeau qui vaguent sous les propos divagués  des dirigeants.

2008 kilomètres. Ça vous va?  La démocratie, c’est votez et pancartez. Un « slow gan » réel qui, selon les dires des pantins dirigeants, feraient avancer les choses. Depuis la « démarche » 2008, le populo attend toujours sa reprise économique. C’est un indigné apprivoisé qui ne ferait pas mal à une mouche parlementaire. Car la mouche revient toujours… Aux cinq ans.  Brrr! On tremble! On est effroyé , et on vote et revote à la recherche d’un moustiquaire.

La marchitude 

C’est comme un sport prétendument pratique et pragmatique.

* On marche pour garder son emploi

* On marche pour garder sa pension

* On marche pour garder son système de santé en santé

* On marche pour garder ses industries

* On marche pour garder ce qu’on perd dans l’érosion de la crise

C’est à qui aura la plus belle pancarte. Alors, on devrait créer un concours de pancartes. Avec un prix décerné par un haut fonctionnaire dans une cérémonie distinguée ou le récipient d’air marche vers le fonctionnaire  pour aller chercher son prix.

Au Québec, on n’a pas le droit de marcher masqué. Je suggère qu’on ne marche plus. C’est simple: vous inventez un défilé et vous le faites approuver par les autorités. Un défilé de danseurs en couples déguisées en amérindiens, de danseurs e espagnols, en tenue de smoking , avec musique javellisante, épurée, toute douce. Tout ça bien coloré comme des milliers de perroquets valsant dans les rues.

Le défilé d’automne 

L’automne est gris et austère. Les couleurs quittent les arbres, se laissent glisser vers le sol en ballant, et puis s’en vont rejoindre la terre. Tristesse-Kleenex. Snif! C’est le temps de créer un nouveau défilé: LE DÉFILÉ DES GUEUX. Tout le monde se vêt de son plus laid habit. ( ouch! c’est bizarre comme phrase). Vêtements déchirés, visages noir de cambouis des sables bitumineux de l’Alberta. La perruque, le barbouillement des dents cariées, traînant malades et enfants, avec carrosses du 19 e siècle ou brouette fabrication maison et ignorants avec des pancartes remplies de fautes:

JE VEU VIVE

J’AI MON BACC  MÈ JE NE TRAVAYE PAS

ABAT l’OSTÉRHITÉ

UNE MARCHE À LA FOI

Etc,

Rien n’est parfait. Il suffit de modifier le scénario à chaque année. Par exemple, l’année suivante, en cas de pluie, porter un sac de plastique à ordures . Les grands vert….  Pour ne pas trop se fatiguer, restez  allongés ou accotés le long de la rue en attendant de vous faire ramasser par le camion de vidanges. Ou alors, remplissez totalement la rue et restez amorphe, sans bouger et empilez-vous les uns les autres.  Et n’oubliez pas d’apporter des beignes aux policiers. La marque TOUT BAIGNE est conseillée.

Si votre dame s’appelle Denise, montrez vous cultivé, fin connaisseur, comme moi, de Shakespeare: inscrivez sur votre pancarte Le marchant de Denise.  Il n’y arien de plus beau que la culture. Comme dirait Orwell: la culture c’est l’ignorance. Mais ne vous sous estimez pas:

Le personnage du titre est le marchand Antonio. Pour rendre service à son protégé Bassanio, il emprunte de l’argent à l’usurier Shylock. Certain de pouvoir le rembourser, il signe un contrat où il autorise son créancier à lui prélever une livre de chair en cas de défaut de paiement. Il ne peut faire face à son échéance et Shylock, qui veut se venger des humiliations que lui ont fait subir les chrétiens, insiste pour que le contrat soit appliqué à la lettre. Le marchant de Venise

On a tous voté pour Shylock. Et si l’on change de gouvernance, ce sera toujours Shylock. Il a le droit de se déguiser, mais pas nous…

Bonne marche!

Gaëtan Pelletier

Juillet 2015