Archives de Catégorie: POÉSIE

Rukia

« L’humanité, qui devrait avoir six mille ans de sagesse,
 retombe en enfance à chaque génération. » Tristan Bernard
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Elle dansait, elle dansait, et toujours dansait
Elle riait, elle riait, et toujours riait
Le soleil avait au cœur, son feu, son ardeur
Elle riait, dansait, malgré les guerres, les douleurs
Ce qu’on peut tuer!
Ce qu’on peut éteindre!
Là où les cœurs se font de cendres
Aussitôt la vie commencée!
Elle se fondait à la beauté
Du soleil au pied, la lumière à l’âme
La couette au vent léger
Elle dansait la vie  qui pâme
Ce qu’on peut tuer!
Ce qu’on peut couper
Là où les hommes mettent les pieds
Ayant vite oublié, les enfants qu’ils ont été
Elle dansait, elle dansait, et toujours dansait
Elle chantait, chantait, et toujours chantait
Un soleil arriva, venant de nulle part
Sabrant son chant et son pas, laissant ses  yeux hagards
Elle chantait…
Gaëtan Pelletier
18 décembre 2011
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Les virtuoses du silence

Il en est passé
Des horloges sous les ponts
Qui coulaient qui coulaient
Mais toujours en rond

Un jour, le temps fut mort
Un jour, le temps se mit à parler
Et j’entendis, et je vis des heures
Des horloges sous les ponts, des douleurs

Pareilles aux miennes, pareilles
Et de mon âme je vis le chemin de mes hier
Les larmes du monde se faire rivière
Pareilles aux miennes, pareilles

Le UN sans mourir, revécut du deux
Et du trois, puis de l’infini grand ouvert
Leur bonheur avait franchi la rivière
Jusqu’à la mer , au delà du UN, plus d’un deux

Les musiciens m’apparurent enfermés
Dans des oreilles de quatre murs
Chambrés, chanterelle, sans violon
Qu’un cœur de bois, ciselé et dur

Puis je devins un violon, quatre sons
Quatre touchers, mille couplets accouplés
Pareilles aux miens, pareils
Le chant avait grandit, d’un infini doigté

C’est comme ça, tout comme ça
Que l’on peut toucher les yeux fermés
Les douleurs et les bonheurs pareils
Aux siens, à jouer de la Vie, tout éveil

Depuis, je ne peux plus regarder devant
Sans voir les alentours et l’amour
Les haines et les guerres, sol ou do
Les violons solo jouer leur muet menuet

Les virtuoses du silence, n’écoutent rien
La vie va comme un chant, chacun une note
Les virtuoses du silence, virtuoses de l’absence
Ne savent lire, peureux, que la portée des silences

© Gaëtan Pelletier
31 décembre 2008

Souffles

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Il est des soirs, comme ça, ou je serais les mots de ta bouche. Avec des mains qui pousseraient dans la terre des désirs. Et rien d’autre… Comme on enfile un gant, comme s’enfilent les amours… Et pourquoi pas?

Que les âmes se soudent. Que les âmes prennent la chair pour en faire une reliure, une phrase dans l’immensité du temps.

Alors, de temps en temps, je te saisis comme les abeilles dévorent le nectar des fleurs.

Les deux frissons s’en vont en aventure de la chaleur. Et tout s’éteint alentour… Les yeux se ferment comme des toiles de fenêtres à la peur de la mort. Et tes soupirs sont remplis de fleurs, d’exhalaisons de premiers souffles. Et nous vivons… Nous n’en savons les minutes.

Aimer, c’est prier à deux que la vie ne soit pas un mystère qui s’éteigne…

Gaëtan Pelletier

L’enfant luciole

Image associée

Le vent ciselait ses dunes, en vagues et en vagues
Au désert du midi avec ses ombres courtes
Le vent n’avait plus d’amis
Ni d’eau, ni de mer
Seul un sable rougi
Sous des pieds endoloris
Un enfant fuyait
Une ombre immense
Trop forte pour lui

Au désert de l’amour
Ne vivait que la guerre
Sur les vagues énormes
Nageait un enfant
Qui semait son sang
En gouttes prudentes
D’un long achèvement

Un soldat le suivait
D’un soulier délacé
L’ombre de son arme
Ramait le sable

Au désert de l’amour
Ne vivait que la mort
Chaque jour, chaque jour
S’en allait un enfant
Qui semait son sang
D’un proche achèvement

Un soldat le suivait
Sur un pointillé carminé
Vit les gouttes enfler
Et la tache sur le sable
La cible fière
Calma sa colère
Au désert de l’amour
L’arme parla, langue de plomb
Le cordon du souffle fut coupé
Et la cible au menu
Perdit son ombre toute menue

L’Univers tournait tel un grand boulier
Laissant aux Hommes le soin d’épouser
Les allées de l’amour
Les venues de la haine
À l’autre bout de la Terre, en été
Dans la nuit, sous la coupole ombrée
S’éteignit une luciole sous une cloche de verre

Au jardin de l’amour
Ne vivait que la Paix
Une luciole s’allumait
Sous les yeux émerveillés
Des enfants qui jouaient
Tard à la lune et de son clair
Laissait se mouvoir des points de lumière
Au sol agité par la vie qui coulait
Aux vagues rieuses des joues carminées
Pour un temps, pour l’heure
Selon les allées de l’amour
Les venues de la haine

Gaëtan Pelletier
14 décembre 2008

 

Si jamais je mourrais…

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Eliora Bosquet : Eros et Thanatos ( L’amour et la mort) 

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Si jamais, si jamais je mourrais sans mourir, je demanderais à Dieu une rivière, un lac, une canne à pêche, et un grand ciel bleu, des mots,  des pinceaux, et des rires d’oiseaux.

Je trouverais une femme, au hasard d’un arbre sans pomme, et j’aurais des yeux grands comme toutes les questions du monde. Le temps n’existerait pas, et nous serions luisants,  quasi translucides comme cette eau de   rivière qui bruisserait à longueur de jour,longueur  de nuit. Nous passerions nos jours à nous amourer, à marcher, à cueillir des toiles-papillons aux vols fous. Il n’y aurait ni bitume, ni auto, ni gens de misères, ni calculateurs frigidaire, et menteurs d’affaires. Notre maison aurait des siècles, et la chaleur viendrait de nos respirs.

De temps en temps, sans temps, la pluie viendrait faire un tour pour éponger la soif des sols et la nôtre. Les eaux feraient de tricots d’eau en contournant les grosses pierres ayant émergées  des sables du sol. On y nagerait comme dans les ventres des mères.

Nous aurions des enfants pour peupler une terre, des enfants à l’âme de lumière, des enfants qui s’en iraient ailleurs-ici, dans ce non espace, pour n’apprendre que vivre en amour est déjà prier.

Gaëtan Pelletier,

Mai, 2017

 

 

La réponse de Dieu

À ceux qui se demandent où je suis
Je suis ici et là
Las qu’on me cherche ici
Sans me trouver partout

On me prie chaque jour
À travers tous les dieux
Épargner les êtres qui vont souffrir
Pendant qu’ils se battent entre eux

Je suis une image que l’on pend aux murs
Je suis le murmure qui sort de vos bouches
Je suis celui qu’on accouche
Quand on cherche l’enfant que vous êtes tous

Je suis la goutte et l’océan
Les étoiles, les yeux des enfants
Je suis la Terre, le Paradis
Je suis bel et bien ici

Je suis l’espoir des aveugles
Et toutes les graines de tous vos printemps
Apprenez vous même à voir
Un peu de moi en vous de temps en temps

Je suis Allah, Jésus, Jéhovah
Vous m’avez toujours divisé en trois

Ne cherchez plus, ne cherchez plus
Si vous ne savez me trouver
Je suis le diable que vous avez inventé

P.S.: Extrait d’un texte de chanson en collaboration avec
Michel Schwingrouber, chef de choeur, auteur, compositeur-interprète Français.

Gaëtan Pelletier
1998

J’aurais des mots…

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J’aurais des mots pour éteindre les peur des âmes
Des mots grêles, des mots doux, sans dieux
J’aurais des syllabes sifflées aux vents
Et des parfums de vols d’oiseaux  près des océans
 
Les paumes des mains des humains inhumains
Les paumes sont sèches, sableuses des guerres
Là où personne n’a de lendemain, ni de mains
À tuer comme on tue, à tuer plus qu’hier
 
Je n’ai que des mots, des franges de balbutiements
Comme un silence enfermé dans les bouches déchirées
Que veux-tu, petit homme? Que veux-tu vraiment?
Dans tes balles volantes, à broyer les enfants que tu sèmes?
 
 
Gaëtan Pelletier
25 août 2013