Archives de Catégorie: POÉSIE

Les corps sous les fleurs

Hòpital Ukraine

Hôpital improvisé en Ukraine  ( prise d’écran)

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Quand on est simples
Quand on a le cœur au bord des yeux
Quand on a l’âme qui sort de partout
Tout peut arriver…

Quand on est un temple
Quand de lumière on est fabriqués
Quand la tendresse nous fait frissonner
Tout peut arriver…

Alors, ils arrivent alors de partout
Les rois couronnés des zéros
Armés de chiffres, alliés des fous
Allant aux guerres pour décimer
L’enfant, la femme, le vieillard

La paix qu’on tue ne revient jamais
Et quand elle revient, elle a des airs
De guerre, de guerre et de guerre
Qui saigne le tendre et la lumière
Alors, ils reviennent de partout
Les âmes noires qui cherchent des nègres
Pour déchiffrer les terres de leur orgueil
Ils vendraient leur mère et leur Terre
Œil pour œil et chars de fer

Quand on est doux, sans valeur marchande
Ceux-là vous envahissent et vous hantent
Dans cette église bleue, ronde, pour un territoire
On tue tout ce qui vit pour un or noir

Quand on est simples
Quand on a le coeur au bord des yeux
Quand on a l’âme qui sort de partout
Dans un jardin plus petit que la faim
Tout peut arriver…

Alors, les voilà partout, labourant
Sans semer, sinon que la mort
Dans des tombes béantes
Enfouissant les corps et les fleurs

Gaëtan Pelletier
Kamouraska
28 décembre 2000

Le voyage du cercueil

 

Le monde a semé des luminures 
Des joyaux piégés, des devantures 
Les Seigneurs à dollars, laminés d’or 
Poursuivent la crasse camouflée de dorures, dort 
 
Mon frère, dort, dans la peur de la Vie plus que de la mort 
Et pendant qu’ils frivolent, volent et volent
 Sous tes pieds les sols  
Ils sèment des déserts de poison, et dans l’aride territoire 
Le corps acéré, maigre  en lame de rasoir 
 
 
On entend d’ici, le rouge des printemps 
Les giclures pourpres des sangs 
Les enfants labourés ont leurs pieds attachés 
À nos écrans pourprés 
 
Les machines délirantes crachaillent leurs feux, carburent 
Aux discours insidieux des faux dieux 
Et la chamaille te larme! 
Et tes cris son ceux des enfants! 
Tu hurles, tu râles, en attendant 
De nouvelles armes…
 
La Terre est ta maison, et la maison t’enterre 
Tel un rond, fourbe, et lent cimetière 
Les esclaves acolores quittent leur village 
Pour engrosser l’avoir de ces fallacieux sages 
 
On te dit « main-d’oeuvre », déplacé, dépaysé 
Le doigt et l’âme dans l’engrenage 
Le cachot est virtuel, et les négriers cuivrés 
On t’a monté un beau bateau, petit nègre de mirages! 
 
La vanité aura creusé dans l’Univers 
Un cercueil: La terre 
Sous les combustions allongées 
Des cendres virevoussantes dans une urne givrée
 
 
 
 
 

Gaëtan Pelletier 

18 août 2013 

 

Bonjour la vie!

Source: FuturaScience

Source: FuturaScience

J’aurai vécu maille par maille,   le temps qui tricotent les jours.Cherché les fleurs de lumière,  les chapelets d’âmes  en  prière…

Bonjour la vie…

Je me serai baigné aux frissons de tant d’ amours, que j’en aurai brûlé mon souffle, les    échanges aquarelles, grêles,  sur nos toiles de chairs  buvardes.

Bonjour la vie!

Toi qui m’a fait rencontrer des diables à tous les coins d’heure

J’ai laissé  taire  ces démons  pour écouter les anges camouflés. J’ai laissé la laine du temps filer pour un repaire campé.

Bonjour la vie…

J’ai tournillé par des soirs de brou, dans l’aventure de détruire les rumeurs du mourir à jamais. Il ne m’est restée qu’une réponse debout, une bulle éclatée du fumet du cœur…Mais j’y ai cru,  et encore j’y croît…

Bonjour la vie!

Toi et tes beaux océans, unis aux pleurs des hommes cassés de toutes les guerres.

Pauvre lui-elle! Pauvre nous! J’y laisserai sans doute quelques gouttes. Voyages de mes amers, dunes austères. Et de là mes doutes..

Bonjour la vie!

Toi la belle aux  magies  des  moments qui parlent  de par le grillon enfoui sous l’herbe, le langage des braise d’un feu de camp, je t’entends. Dans tes symphonie déliées, tu colores mon âmes et celles des amours, apparoir des miroirs.

Bonjour la vie!..

Tu m’as fait chasseur de beauté, garni  d’une seule arme, la  tendresse . Je me serai battu à  tendre ma joue. J’aurai accroché mes paupières de fil de fer, pour te voir toujours, même la nuit.

Bonjour la vie!

Je marcherai encore aux dalles des villes,  aux fonds spongieux des forêts. À chaque pas, chaque pas, découvrant ta grandeur,  chaque foulée aura été un monde…Là où toute sortie est une entrée… Mes jambes s’usent,  je vais,  bien quiet,  là d’où je viens…

Bonjour la terre!

Bonjour la vie!

Hiver 2005

Hiver

Il pleut des frissons blancs
Le ciel se couche d’un matelas
La pluie s’est endormie
Dans ses cristaux figés
Sous les réverbères s’agitant
D’un  ballet, un chœur de givrures
Comme dans nos rêves d’enfants

Le vent chante et vrille  sa musique
À l’instrument d’un hibou invisible
La gifle et la claque
Bat de branches
Bat la cadence
Tout craque, tout craque

L’hiver est une église
Aux vitraux de gelures frisées
Les âmes s’abritent un peu
Elles se recueillent dans le glacé
Suspendues, aux maisons enfermées
Un temps pour les murmures
Un temps pour les silences
La musique des étés
Souvent elles  attendent
Il pleut des frissons blancs
Comme la beauté des âmes des enfants
La pluie s’est endormie
Et nous aussi…

Gaëtan Pelletier 9 janvier 2012

Le jour des papillons

En mémoire d’Elyan qui nous a quittés le 27 novembre 2021, suite à une courte maladie. Elle était éditrice de ce journal depuis plusieurs années. Une grande humaniste qui nous a laissé quelques textes; poèmes et écrits divers. J’ai retrouvé ce poème écrit en  2014, ainsi que la chanson qu’elle avait placée à la fin de son texte.

Dédié à Mathieu, son fils,  ainsi qu’à tous les auteurs qui  l’ont côtoyée et nourrit  CP. 

 

Gaëtan 

 

Le jour des papillons 

 

Tu as souffert du froid des hivers
puis de celui des étés en sursis
que le climat assaille: vents et torrents menaçants
Froid de mai, soleil de décembre: été et hiver sans mémoire
Les âmes fuient désormais leur révolte
n’étant plus bénies par les saisons de vie
ayant trouvé disgrâce devant les cieux
ayant teinté de rouge ciel et terre
mis le manteau de guerre et tué la beauté
sorti la harpe des cieux et tué l’harmonie

Les papillons se cachent désormais
Seuls quelques insectes greffés aux misères végétales subsistent
et digèrent une nature qui n’arrive plus à nourrir à temps
une humanité aveugle et sans mémoire

Tu as souffert du froid des cœurs
bien avant celui qui atteint tes os
parmi ces matières sans âme dont l’errance a privé de bonté chaque instant
dans ce monde d’aujourd’hui, jaloux d’hier,
tristement sans mémoire
incapable de voir demain

Il te faudra prendre soin du prochain papillon que tu verras
afin que ses descendants puissent un jour habiter les lieux maudits par la désolation
seule création de l’homme
Il cache dans son existence le secret de ta vie
car il est l’éphémère indice d’une éternelle beauté capable de renaître
lorsque l’homme n’aura plus que le souvenir d’une nature autrefois bienveillante
et que ses mains pour creuser la terre violée
quand l’inconscience qui l’habitait aura cessé
et que plus rien ni personne ne souffriront à cause de lui

Il embrassera alors la terre
Le vent qui souffle le murmure
Les torrents le hurlent
et tous ces yeux remplis de lumière l’espèrent

Les papillons ne connaissent pas la laideur
ils meurent un temps et se déploient
volent vers l’infini et se posent sur la beauté
qu’aucune mémoire ne peut ternir

Elyan

Le moment donné

 
Je suis un athée fidèle 
Au seul dieu que je vois 
Les couleurs sont tous les matins 
Tel un parler à l’oeil 
 
Nul ne sait! Nul ne sait! 
 
Les soirs arrosés d’étoiles 
Sont mes larmes! Sont mes larmes!
Et les armes, et les armes enfantées 
Me pleurent, et nous tuent 
Nul ne sait! Nul ne sait ! 
 
Le matin perle sur l’herbe à boire 
Comme un sein caché tout au fond de la nuit 
 
Qui donc sait? Qui donc sait? 
 
Nous ne sommes qu’un Do, un Ré 
Dans toutes les musiques du monde 
Dans toutes les douleurs de l’immonde 
L’oeil est une lueur sur le clavier de l’humain déchiré 
 
Qui donc voit? Qui donc voit? 
Ô combien inutile de s’entre tuer! 
Puisque tout le monde meure à un moment donné
 
La Vie, comme un moment donné
Tout en émerveilleures 
L’émerveilleure décimée du diable 
La cachette insonore, tout en voiles et en voiles 
 
Qui sait la fin? Qui sait le commencement? 
 
La chair est un tout petit bateau brisé 
Par ceux qui veulent tous les océans 
 
Et qui sait? Qui donc sait? 
S’ils ne sont pas nés de toutes  des larmes salines d’antan? 
 
Gaëtan Pelletier 
22 août 2013 
 
 
 
 
 
 
 
 
 
 

Mystère

 
Qui  sait si c’est une  rivière
Car on ne sait si c’est l’eau
Au tourbillon des torrents
Que comprend la goutte,  de l’eau?  
 
 
Tout a l’air de ces beaux dimanches  
L’Univers  s’est joliment paré
D’une cape d’un dieu, à la messe de la beauté
Il a brodé sa voilure  de froids et chauds coloris
Laissant valser les glaces  d’une étoffe épaissie
 
Mystère! Mystère!
 
 
J’ai des yeux en rodeurs de  planètes
Un murmure  d’âme codée dans  mon corps
Des passions arbalètes, qui volent  encore
En attendant, en attendant le sommeil d’or
 
 
Mystère! Mystère!
 
J’ai le regard d’un œil chapelet
Qui épelle ses points d’interrogations
Et je reste muet
Et muet, je reste…
 
 
 
Gaëtan Pelletier
Mars 2008 

Les battements d’elle

le meesage du vent

Eliora Bousquet: Le message du vent 

Mon amour a des yeux d’aurores boréales
Pétillant et valsant aux couleurs des bals
Elle a des dieux cachés en ses mains et sa voix
Des dieux papillons aux envols sans lois

Mon amour a buté du temps la coulure
En a pris les ruisseaux, saisi les torrents
Volé des poignées de parfums aux fleurs des champs
Tricoté tous les bruits en une couette de murmures

Et ce soir c’est l’automne, et demain sera gel
Les arbres ont tous pris la parlure du vent
Ils ne parlent que de frissons, ils ne parlent que d’elle

La lumière a fait ses bagages pour l’hôtel de la nuit
On s’endormira langés de paupières, comme hier
Dans nos bras cousus, bien avant cette vie

Gaëtan Pelletier

La maison


C’était une maison de mille montres
Une maison de mille horloges

C’était une maison toute illuminée
Et les yeux étaient comme des fenêtres…

C’était une maison qui pouvait danser
On y entendait des airs intérieurs…
De l’extérieur…

C’était une maison qui pleurait
Et de ses fenêtres coulaient
La pluie…

C’était comme un grand sablier rose
De sable habité
Qui coulait parfois en jours moroses

C’était la maison d’un seul invité…
L’âme…

C’était un corps…
Qui est encore…
Et qui s’en ira
Quand s’en iront
Toutes les roses horloges
Qui le font, le logent….

Gaëtan Pelletier

Carottes

 

Bio, Carottes, Légumes, Alimentation, Jus De Carotte

Photo: Pixabay

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Quand j’étais enfant, je prenais des bains de lumière : le matin, l’après-midi, et le soir en flirtant avec les étoiles. Je les regardais sans qu’un seul point d’interrogation ne me pousse dans la tête. J’étais vierge comme une feuille d’imprimante. Et je délogeais toutes les saveurs de la vie cachée sans en vouloir comprendre le sens. J’étais la vie. Et l’autre qui se présentait était en moi et moi en elle. Tel que nous le sommes tous, sans le savoir, trop noyés de points d’interrogation. Les oiseaux étaient des violons volants qui passaient portés par des airs que l’on respire tant qu’on peut s’en nourrir pour une vie.

Qui donc a coupé ce cordon si beau et mystérieux?

La féerie, jamais ne dormait. Juste avant que n’arrive les cloisons empoisonnantes. Les arbres se sont transformés et on aurait dit qu’un hiver était entré en moi. Un hiver sans feuilles. Alors, j’écrivis pour refaire les feuilles, tout en gelures du savoir être perdu. Ce n’était plus douceurs, mais frémissements de peur. Le savoir des Hommes n’étaient que trop souvent légendes dans lesquelles ils s’embourbaient. J’ai appris le grand cimetière des guerres  et l’emmêlure des os sur lesquels je dansais.

C’est le printemps. Et voilà les pousses si tièdes qui sortent, étouffées d’avoir dormi sous la terre glacée. Et je retourne semer ce qui s’est perdu. Entre terre et ciel, de par le soleil qui se fait grand ami, l’enfance revient un peu. Il me reste quelques points d’interrogation. Quelques uns. Je me demande pourquoi les hommes ne plantent-ils pas des pois et des carottes, du navet ? Pourquoi dorment-ils dans des chalets de cinquante étages rêvant au petit jardin qui les attend, au loin, dans la campagne?

J’ai à peine l’œil pour voir la graine de la carotte. Peu importe. J’en échappe sept ou huit. Alors il en poussera. J’ai appris à faire confiance en ce que je ne vois pas. Et j’arrose l’invisible.

    Gaëtan Pelletier, 18 mai 2020

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