Archives de Catégorie: POÉSIE

La vie est un loyer

On passe dans la vie comme un frisson
Entre les quatre murs de la raison
On s’y fait un doux nid pour son âme
D’une architecture qui pâme

C’est une demeure qui s’en va
Et la vie est comme l’oiseau de l’oiseau
Et le vent une aiguille du temps
Qui défibre les nids
Arrache mes plumes
Mes écrits de lune

Et ce soir encore je vole jusqu’au repos
Dans la maison comme après un long vol
Tout s’écaille, arbres et plumes, s’envolent
La maison s’en va et j’irai où elle sera

La vie est un loyer
Mourir n’est que déménager

Gaëtan Pelletier
20 janvier 2009

Les voyages arrêtés

Que reste-t-il de ces voyages
Que l’on  fait au pays des yeux
Entre le ventre de la mère
Et celui de la terre?

J’aurai vu des âmes  sable/enfant
Et des bétons figés, dur amour, dur amant
Qui ont  bu tout l’eau des pleurs
Laissant à sec, les beaux amours océans

Au générique de la vie, défilent des géants
Qui dorment au cimetière, enterrés
Sous leur cœur de pierre, figés
Laissant sur Terre des cadavres boitillant

Laissez-vous aimer jusqu’à écouter
Le parlé du parfum  des fleurs,  frémir
Aux touchers, saisir d’une main les couleurs
La Terre est un jardin où l’on sort comme des fleurs!

Après une croisière de l’ombre  à la lumière
Que reste-t-il de ces voyages
Que l’on fait au pays des yeux?

Gaëtan Pelletier

20 juin 2010

Absences

Aux soirs de tes absences, je dors d’un œil ouvert
Sur ton âme et ton corps, dans mon vieux lit d’hiver
Je t’enverrais des fleurs, de vert et de lilas
Pour faire fleurir en toi, les printemps de nos voies
 
Aux soirs de tes absences, si tu savais, ma belle
Le tué de mes respirs, ma lumière affamée
Je ferais voyage aux lèvres, pour en boire la buée
Je t’enverrais tout l’or, de ma mine irréelle
 
Aux soirs de tes présences, je vais au lit l’œil vert
Comme une veillée tendre, une chandelle allumée
Faire l’amour aux paupières, qui tremblent nos hier
 
Aux soirs, aux tout doux soirs, juste avant la nuit
Je prépare la fête, les rideaux de mes yeux
Je descends les toiles, de chair pour l’infini
 
Puis je fais le voyage, de l’absence à présence
La chambre est déchirée, des ciels et des ciels
 
Culbutent nos amours, aux bougeoirs éternels
 
 
© Gaëtan Pelletier
09, avril , 1998

Clarté d’hiver

noel

Merci à Claude pour l’envoi

La « cuillèrée » de poésie

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Hector de Saint Denys Garneau

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À 16 ans, je me suis mis à écrire de la poésie. J’avais lu Rimbaud et Baudelaire et oups! Frappé par la foudre! En dessous de ces poèmes ce cachaient des âmes qui « savaient ». Ils savaient que la beauté de la Vie réside en les amours, les échecs, les amitiés, et la dureté de la vie. la poésie comme le raccourci du savoir, le plus beau qui passe plus de temps dans un monde autre que celui-ci.

Comme s’ils étaient nés avec la cendre encore chaude d’une mort ancienne, d’une autre vie…

SAULES

Les grands saules chantent
Mêlés au ciel
Et leurs feuillages sont des eaux vives
Dans le ciel
Le vent
Tourne leurs feuilles
D’argent
Dans la lumière
Et c’est rutilant
Et mobile
Et cela flue
Comme des ondes.
On dirait que les saules coulent
Dans le vent
Et c’est le vent
Qui coule en eux.
C’est des remous dans le ciel bleu
Autour des branches et des troncs
La brise chavire les feuilles
Et la lumière saute autour
Une féerie
Avec mille reflets
Comme des trilles d’oiseaux-mouches
Comme elle danse sur les ruisseaux
Mobile
Avec tous ses diamants et tous ses sourires.
Hector de Saint Denys Garneau

 

C’était en 1937.

La poésie? Je ne sais ce que c’est vraiment. Du moins de ces échanges et analyses des universités qui se passent le savoir et la « culture ».

J’avais 16 ans. Le  yeux grands comme accrochés aux étoiles. Et le cerveau pas encore souillé par le vent fougueux du matérialisme et de l’esclavagisme de l’esprit.

C’est assez pour une vie.

En attendant la Vie.

Écrire, c’est  comme guérir son âme de toutes les infamies du « monde ».

En Occident, on a le luxe d’écrire. Souvent, ailleurs, on a le luxe de manger à sa faim. Toute vie est unique. Et on ne sait ce qu’on apportera de ce 13 grammes dont on parle. Peu importe.

Je sais seulement qu’on n’a pas su faire de toute la poésie de l’Univers et de la petite planète un long récital philosophique, analyste, pour finalement n’attendre que la fin du monde.

 

On vit maintenant sur un cactus, comme des tout petits cactus. Peut-être que c’est ça faire vivre un désert de par quelques serpents qui pourriront un jour. En attendant, la plus grande école du monde, on la détruit pendant que j’écris.

Mais tranquillement, la résistance est là sous toutes ses formes.

Le maquis des cultivateurs contre Monsanto.

Oui, le monde crie et écrit tel  un chœur.

C’est la force des voix rassemblées, bien mieux que le x trompeur…

 

Gaëtan Pelletier

Le fleuve

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On ne traverse jamais le même fleuve.  Héraclite 

 

C’est tout broussaillé
Avec des de mots en fine lamelles 
Qui tranchent la gorge des hommes 
On nage en tentant de figer la rivière 
la débordante, la changeante 
On ne sait où boivent toutes les eaux des rivières 
Pour nous nourrir en une éternité et inventions sans fin 
 
C’est brouissaille et nous sommes broussaillés 
Le fruit a oublié l’arbre  
Et le langage l’amour 
Les idées sont fripées 
Et sont en guerres d’idées 
Et l’on dira que c’est penser… 
 
Gaëtan Pelletier 
 
 

Petit castor à banques

Ils ont les frissons accrochés
À des cordes à linge étirées
Finement  séchés, de menteries barbouillées
C’est le temps des fleurs de plastique
Et des chefs qui s’astiquent
Du soulier jusqu’au cerveau
Pour les semailles de  la carotte élastique
 
 
Ils mettent les truites en bouteille
Pour nous  électriser
La shoah de la merveille
Des rivières dérivées
 
Petit castor à banques
Ne te laisse pas voler
Ton barrage, ta maison
Ne les laisse pas bouffer
Tes arbres et ton eau
Pour une banque, un caveau
 
On fera tout pour  t’encoffrer
Dans des cages de glaçons
Le grillage manufacturé
Aux chants des chiffres ronds
 
Ne te laisse pas mourir!
Ne te laisse pas mourir! 
Réveille tes enfants
Cette mine de robots
De cuivre éclectique
Par où passe leur courant
 
 
 
 
Gaëtan Pelletier
Mai 2012