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Résister à la protecto-domination

Ainsi donc, la protecto-domination, cette entreprise de destruction massive pratiquée par l »assistant » envers l »assisté ». Quand vous n’avez plus de logis, des gens charmants vous proposent un hébergement, d’une durée variable. Certains de ces assistants sont tout à fait corrects, mais pour d’autres, c’est un prétexte à une opération de destruction massive, une opération de transfert, ce qui va mal en eux, ils peuvent en faire un petit paquet dont ils transmettent le poids sur vos épaules en critiquant, sans savoir qui vous êtes, votre personnalité et tout ce que vous avez pu faire.
Je sais que dans ces cas là, il faudrait pouvoir se lever, prendre son sac, affronter les mauvaises conditions climatiques, les dangers de la rue, plutôt que de baisser la tête et se taire pour fuir le conflit.
Je ne l’ai pas fait ces derniers jours et si cela m’a permis de reprendre régler des problèmes de refroidissement, la perte de dignité et le stress qui en résultent grignotent à la fois le moral et la santé. Je redresse la tête que j’avais baisser un instant, la dignité est aussi cette force intérieure qui permet de rester debout et d’avancer.

Je me retrouve à présent à la croisée des chemins. Soit j’accepte de servir de punshing-ball moral à certains qui se valorisent à mes dépends sans même vouloir entendre mon histoire en échange d’un lit et d’un peu de chaleur, soit je retrouve la fidélité à moi-même et le sens de mon combat contre cette globalisation sans âme, qui jette partout dans le monde les enfants de la Terre dans la guerre, la soif, la famine ou la misère. Plutôt affronter le froid que de me perdre.
Un combat juste qui fait entendre au monde pourquoi nous ne sommes pas les dommages collatéraux mais bien les cibles de cette guerre globale, contre les surnuméraires, ceux qui ne sont pas intégrables dans ce système-monde où le conformisme et l’acceptation du contrôle social (Brezinski parmi d’autres éminences grises de la globalisation) sont des pré-requis du droit à l’existence. Ce ne sont pas les seuls critères, pour d’autres, nés dans pays riches de ressources que les transnationales toujours plus monopolistiques entendent s’approprier, il suffit d’être nés au mauvais endroit, au mauvais moment. En Occident, où l’abondance reste de mise, ce sont d’autres sortes de cribles qui président à l’éradication de ceux qui incarnent – encore – une alternative, une marginalité, toujours plus réduite faute de combattants.
J’ai vu la mise en place de ces cribles sociaux aux cours du dernier demi-siècle. De même que la mise en place des matrices d’opinion (propagande) martelées par les médias aux mains des « dominants » qui les légitiment.
Sans logement depuis que ma caravane a mystérieusement disparu je fais la douloureuse expérience de la survie quotidienne, survivre encore un jour, une semaine, obstinément.

Après son pillage, petit à petit, je la réorganisais, et puis elle a disparu…

Aujourd’hui pour la première fois depuis longtemps, je retrouve les mots pour le dire. Poser les données du problème pour ne pas devenir l’acteur manipulé d’une pièce dont le sens nous échappe mais rester envers et contre tout, les co-auteurs du scénario d’un autre monde possible.
J’ai enfin trouvé un collectif, Doucheflux, qui me permet de poursuivre cette démarche dans un cadre collectif, même s’il s’agit surtout de parer au plus pressé, subvenir aux besoins les plus urgents des plus démunis. Les grandes ambitions politiques qui dépendant d’une conscience partagée par le plus grand nombre sont mortes, érosion de la colonisation yankee, acculturation et consumérisme roi, les écrans chevaux de Troie d’une civilisation décadente. La gauche ? Celle généreuse qui cherchait les chemins de l’équité n’existe plus en tant que mouvement collectif vers un monde meilleur, un monde plus doux, un monde plus équitable, un monde sans limites posées à la croissance qualitative, bienveillance et paix dans un monde réconcilié, parce que aucun ne s’attribue plus indûment les richesses des peuples.

A présent, je n’ai plus d’autre ambition que de lutter au quotidien, collectivement contre cette misère partagée qui conduit tant de belles personnes vers une mort prématurée ou la destruction irréversible d’une conscience massacrée par tout le poids de douleur du monde. On ne construit pas même un petit bout de monde convivial et chaleureux avec des légions de morts, d’éclopés. Et l’ambition aussi bien sûr de replacer la misère en contexte de remonter aux causes premières, pour ne pas devenir de ceux qui se donne bonne conscience en posant à tour de bras des emplâtres sur des jambes de bois. Rouvrir d’autres possibles quand ce sont ceux qui la vivent, la misère, qui définissent leurs espoirs, leurs besoins et leur capacité à faire exister des solutions créatives ensemble.
A suivre
Anne

http://les-etats-d-anne.over-blog.com/2016/12/resister-a-la-protecto-domination.html

Les vingt-quatre lucioles

Saint-Pascal, Kamouraska. Vue sur le fleuve…

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Je grignote les heures et  la vie. Pour ne rien manquer…Parfois a pleine dents, quelquefois à  grandes lippées, comme lorsqu’en appétit,  la faim ne trouvait pas la bouche assez grande….Ici, le repas est le temps…On craint toujours qu’il n’y ait rien à bouffer après…

***

Je me suis levé du bon pied ce matin-là, le deuxième. Je n’avais pas le choix, je n’en avais que deux. Entre deux pieds, il faut choisir le moindre…. Étant donné que  les oiseaux chantaient comme des  réveille-matin, je ne me suis pas plaint. C’est mieux qu’une sonnerie, ou que ce  camion teigneux qui fait sa moisson de vidanges à chaque jeudi, vers cinq ou six heures… Le coq du clocher n’a pas encore ouvert la bouche. Même le curé est endormi.

J’ai déjeuné et je me suis rasé : le miroir était picoté  de barbe. Un œil dans le jour, un autre dans la nuit. La nuit est une raclée. On ne sait pas avec qui on s’est battu, mais on a perdu. Le matin, on a tous un peu l’air d’une peinture de Picasso… Ou une ébauche…

Puis j’ai mis mon chapeau vert pour me jeter ensuite à quatre patte dans la terre. Tout ¸a pour essayer  de purger  le petit potager des mauvaise herbes. Les mauvaises herbes c’est comme la vie : plus il en pousse, plus le jardin pousse. Je me suis dit que cette année nous aurions un bonne récolte.

Un oiseau se pose sur une branche ballante… Il oscille au vent. Des insectes courent ça et là. Des fourmis, surtout. Tout bouge, tout ce qui existe cherche mes yeux, mes oreilles, mon nez. Après une nuit, c’est comme après un semblant de mort : tout nous semble neuf.

Ne rien faire de trop productif. C’est le but… S’il en est un.

Je me rends comptes, là, à quatre pattes, que j’essaie d’éteindre les cadrans. J’ai enlevé toutes les piles. Plus de boulot, plus de grandes ……??????? Du moins j’essaie…  Le ciel, lui aussi, est comme la vie : il a ses nuages noirs menaçants, ses trouées bleues, ses rayons qui balaient les étendues vertes, les clôtures, les pavés noirs d’asphalte.

Je me demandais, avant, pourquoi je faisais tout cela. Toutes ces cérémonies où le seul candélabre est un soleil qui me brûle. En même temps qu’il me fait vivre… Je sais maintenant… Je cherche à rétrécir le temps comme pour l’emboîter avant d’aller en boîte… L’étirer comme on étire un ruban de film de deux heures en regardant tous les détails des images. Attentif. Attentif en même temps que déchiré. Déchiré par l’impossibilité de cette réalisation et du cumul des frustrations qui en découlent. Je me rends compte que mon jardin, mon terrain, c’est la vie : avec ses fleurs annuelles côtoyant les poireaux qu’on peut laisser passer l’hiver, qui dorment sous la neige et renaissent au printemps. Les annuelles, elles, si belles, elles, ne durent que quelques jours… On dirait les amours qui se sont faites couleurs. Rien que pour vous montrer que la passion n’est qu’une luciole un soir de juillet.

Je vais retourner à la pêche. Longer la rivière, être une bouffe à mouches… Mais heureux de l’entendre chuinter, bruisser, ou bien hurler dans ses chutes d’eau. Je regarderai les torrents en vrille, les trous ombrées où se cachent les truites. Je serai seul à parler, comme un fou, comme s’il me manquait quelqu’un pour m’accompagner, mais que j’étais seul dans l’univers. Un vingtroisième…  Des reflets danseront. Mes yeux danseront avec eux.

Ce qui m’amène à penser à mes vers qui dorment dans la cave. Je leur râpe des carottes pour les nourrir. Ils sont vivaces… Rougeoyants… Comment ont-ils pu attraper un  coup de soleil enfouis dans ce sol vaseux?

Midi.

Douche.

Sieste. Qui finit par les amours. On se couche en humains, on se réveille en lapins…

Mon amour est une horloge, et je suis son aiguille…

Midi ou minuit, c’est pareil…

19h00

Visite à ma mère. On parle de l’amour, de la mort, de la guerre… Et de cet oncle enivré, emmené à l’hôpital dans un état comateux, et qui, en transport dans l’ambulance, se fait peinturlurer les ongles et dessiner du rouge à lèvre… La vie est une série de tableaux… Un peu comme au cinéma… 24 images par seconde… Mais on ne les voit pas. Tout bouge. Illusion. Le problème c’est de le savoir. De savoir comment tout cela fonctionne. Le soleil, lui, passe trente fois par mois. C’est aussi une illusion. Et c’est tant mieux pour ceux qui ne le savent pas. Les amérindiens comptaient le temps en lunes, je crois… Rien que pour se guider un peu sur ce qui pousse et qui meurt.

Le soir venu, on a regardé le film «Les heures»… J’y ai vécu trois femmes dans des amours compliqués et des incompréhensions indicibles… Des déchirements… Ceux du temps… Ceux des amours…. Et au moment où Virginia Woolf plonge dans la rivière pour se noyer, je me dis « À quoi bon?»…

Je suis dans une rivière où les reflets de la lumière passent  par des trous sombres, des vrilles excitantes, des moments calmes. Et tout alentour, des moustiques. Comme à la pêche…

Je pêche de l’éternité dans une rivière de temps… J’apprends à nager hors de l’eau…

Et mon je n’est qu’une luciole du NOUS… Mais la luciole est à la fois tout…

24 lucioles pourraient donner l’illusion que le ciel, un beau soir, est un jour… Et pour toujours…

12 mai 2004

Gaëtan Pelletier

P.S.: En relisant ce petit texte, aujourd’hui (2017), je constate que ma mère est décédée l’année suivante, presque à la même date. Une luciole est partie… C’était, il me semble, hier…

Claire and Dad

La petite histoire d’un ermite millionnaire de son temps

Les lois sont à notre image

… donc parfois aberrantes, stupides, méchantes, grotesques.

Certaines lois françaises – toujours, théoriquement, en vigueur – datent du Moyen Âge, d’autres de la Révolution française, ou encore du régime de Vichy. Trop occupés, nos élus n’ont pas pris le temps de les abroger. Et puis, après tout, une petite saloperie peut toujours servir, d’autant que nul n’est censé ignorer la loi.

Ainsi, depuis Napoléon, il est interdit d’appeler son cochon Napoléon. Pendant, la guerre, mes grands-parents avaient élevés un cochon en douce. Dans un acte de résistance inouï, ils l’avaient appelé “ Adolphe ”. Mon père, âgé de 17 ans, avait été chargé de le tuer. Sans faire de bruit. Heureusement, un grand coup de masse sur le groin avait suffi.

Théoriquement, le pantalon est toujours interdit aux femmes, mais pas le voile. Une dérogation est prévue pour celles qui tiennent à la main un guidon de bicyclette ou un cheval.

 

 

Il est formellement interdit de s’embrasser sur un quai de gare. Il est également interdit d’y poser des explosifs. De ce côté, on espère être paré.

De 8 heures à 20 heures, les radios françaises sont dans l’obligation de passer sur leurs ondes 70% de musique exclusivement française. Tu parles, Charles, comme cette obligation est respectée.

Pour les manifestants et les autres, qu’ils sachent qu’il est interdit de prendre en photos des véhicules de police ou des policiers. Même en petit, au fond de la photo.

Un petit tour chez nos étranges étrangers. En Suisse, les personnes résidant en appartement ne doivent pas tirer la chasse d’eau ni prendre un bain après 22 heures.

Au pays de la National Rifle Association, dans le Massachusetts plus précisément, il est interdit de se battre au pistolet à eau. En Alaska, le pays de Sarah Palin, un mari peut battre son épouse, mais pas plus d’une fois par mois. En Oregon, il est interdit aux femmes de faire de la musculation.

Sic transit…

Bernard Gensane 

 

À quoi donc jouent les hommes?

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Photo: National Geographic

« Passe-moi ton morceau de glace que je me réchauffe »
Henri. Le lobotomisé de l’aile 3.1416

On se demande à quoi jouent les hommes dans cette gratuité de sang, de misère et d’économie étoffés de sanguinaires qui ne font que sabler la peau des humains. Il en est qui viennent ici pour tout avoir. Alors que l’on a tout dans les yeux. L’homme n’ayant pas de prédateur, il se dit que se serait bon qu’il en ait un: lui. Alors, la chasse commence. La chasse non plus pour survivre mais par plaisir. Dans ce grand chaos arrosé des morts qui pleuvent en tous les pays, notre homme, cravaté d’usage, s’en va pourparler au chef des autres clans.  De vrais hypnotiseurs, paroliers du mensonge, étatisés et soi-disant élus.  Mon oeil, et mon gauche.

C’est bête de se laisser esclavager par des idéologies mortes. Les guerres n’ont jamais rien réglé et par la bande, les pourparlers non plus. Il ne resterait plus qu’à se diviser en bandes pour échapper aux assassins de classe millénaire. Comme si dans l’oubli nous sommes enterrés. Comme si dans l’oubli et la froide répétition, nous n’étions parvenus à n’être rien. Notre lâcheté est d’écouter.

Les jésus à cravate parsèment ce monde. Tous, nous sommes, en attente d’un sauveur. Mais il ne passe que des glaçons alors que nous n’aurions besoin que d’amour, d’amitié, de bonne entente. Et cela, pas un seul système n’a pu l’offrir aux humains. Au contraire, les systèmes, de plus en plus sophistiqués, nous ont conduit à l’ultime déchéance.

Oui, l’ultime déchéance: celle de n’être plus vraiment humain. Au fond, ce doit être un signe que les histoires de zombies sont si populaires. L’inconscient a sa manière de dire. On a l’illusion d’avancer. Avancer vers quoi? La réponse est dans la question puisque nous sommes des « qui » transformés en « quoi ». De l’être que nous étions, nous approchons simplement de la « chose »…

Gaëtan Pelletier

Image

Pêche

Photo de DJfotografie.