Archives de Catégorie: GLOBALISATION

L’homme laxativé

« Sans les masses, le chef n’existe pas » Hanna Arendt

***

La purge 

« Les robots ne font pas de dépression… » 
La globalisation est en train de  purger les travailleurs par délocalisation et  robotisation. On ne sait plus quelle place peut avoir l’humain dans ce chavirement du monde du travail.  En gros,  c’est la production pour le produit le moins cher possible.  Alors, notre travailleurs  est de trop dans l’énorme engrenage de la globalisation: on dirait des Charlie Chaplin dans Les  temps modernes ,   , agrippés à une chaîne de montage, les yeux agrandis de peur de perdre leur boulot. Et cette peur  paralyse… Et nous voilà des paralysés devant l’énorme pouvoir invisible issue d’une lignée tricotée des banques et des affairistes libres de circulation. Les salaires rapetissent comme les miches de pain de 50 grammes par jour dans les camps de concentration.

À la recherche du bonheur perdu

« T’as de beaux gueux, tu sais… « 

Longtemps, je me suis levé de bonne heure… Pour aller rejoindre les usines prometteuses qui nous sortiraient de la misère des petits champs à défricher. Maintenant, le bonheur est ce qu’il vous reste après le passage des violeurs mondialistes. C’est-à-dire, à peu près rien. Il ne peut y avoir de liberté dans un peuple à l’état de survie. Et pourtant,  on vous dira que les temps sont durs, et qu’il est impossible de faire autrement.  Mais, il y a des médicaments pour les anxieux, un peu d’argent pour les démunis – ce qui sauve la face- , et, ma foi, des jobs dans les services.  Au Canada, et sans doute ailleurs, on s’appauvrit maintenant en travaillant.

Le totalitarisme « élégant » des gants blancs…

Mais les peuples marchent au pas de lois.  Et, comme disait, l’auteur québécois, Richard Desjardins: « On ne peut pas être hors-la-loi quand on est la loi ».

On ne purge plus comme au temps de Staline ou d’Hitler. On purge en décapitant des têtes qui ne sont plus dignes de vivre dans « leur monde ». Car le nôtre, maintenant, leur appartient. Par chance qu’on a des dettes pour se maquiller le rôle social!

C’est cela un esclave: il fait marcher le bateau, mais il n’est pas propriétaire du bateau . En plus, il n’a pas le droit de savoir où se dirige ce grand navire. Ceux qui ne rament pas sont jetés à l’amer. Au moins, les gueux sont mieux habillés… Il reste qu’ils sont en mode survie.

Quand un peuple doit lutter contre son « propre » gouvernement, c’est qu’il est lessivé sans qu’il ne s’en rende vraiment compte. Le « chef », c’est comme une pub pour les compagnies transnationales. Une pub emballée…

Le beau cadeau!

Gaëtan Pelletier

La Macronerie

Résultats de recherche d'images

Ils ont dit qu’ils allaient « changer le monde ». Le collier des « Yes We Can » est tressé  de fausses perles. À quoi donc rêvent les moutons électriques? Nous sommes des évasifs trafiqués, mourant de faim. D’une faim qu’ils ne comprennent pas. La faim de ne plus avoir peur que NOTRE Terre nous échappe. Ce qui appartient à tous les vivants.

Ils ont tous dit qu’ils amélioreraient le monde. Ce n’est pas de leur faute: ils passent comme le charbon dans une chaudière de Titanic.  Il font avancer un bateau-Terre flambant dans l’espace.  On entend les mêmes mots, les mêmes formules depuis des décennies. Des pubs sonores et aseptisées. Raides, frappantes, et à la captation naïve.

Qui a dit que le monde, les gens devrais-je dire, devaient vivre selon l’ordre des banquiers, de la globalisation, et de la destruction continue? Nous voulons seulement être humains et vivre de ce petit paradis. Sans même demander l’éternité…

On leur demande une bougie, ils vous offrent des feux d’artifice. On leur demande la paix, ils nous demandent d’acheter des armes… pour la paix. Ils se disent serviteurs des peuples. Ils sont les servants de messe des banques. Une église qui a pris la place d’une autre…

On a tout volé aux vivants, on a tout pris aux vivants, on a découpé la Terre en pointes de tarte, en carrés, en cercles. Les riches, les pouvoirés, les en « chanteurs » de fin de mandats resteront de ces corbeaux qui veulent notre fromage.

Gaëtan Pelletier

Résister à la protecto-domination

Ainsi donc, la protecto-domination, cette entreprise de destruction massive pratiquée par l »assistant » envers l »assisté ». Quand vous n’avez plus de logis, des gens charmants vous proposent un hébergement, d’une durée variable. Certains de ces assistants sont tout à fait corrects, mais pour d’autres, c’est un prétexte à une opération de destruction massive, une opération de transfert, ce qui va mal en eux, ils peuvent en faire un petit paquet dont ils transmettent le poids sur vos épaules en critiquant, sans savoir qui vous êtes, votre personnalité et tout ce que vous avez pu faire.
Je sais que dans ces cas là, il faudrait pouvoir se lever, prendre son sac, affronter les mauvaises conditions climatiques, les dangers de la rue, plutôt que de baisser la tête et se taire pour fuir le conflit.
Je ne l’ai pas fait ces derniers jours et si cela m’a permis de reprendre régler des problèmes de refroidissement, la perte de dignité et le stress qui en résultent grignotent à la fois le moral et la santé. Je redresse la tête que j’avais baisser un instant, la dignité est aussi cette force intérieure qui permet de rester debout et d’avancer.

Je me retrouve à présent à la croisée des chemins. Soit j’accepte de servir de punshing-ball moral à certains qui se valorisent à mes dépends sans même vouloir entendre mon histoire en échange d’un lit et d’un peu de chaleur, soit je retrouve la fidélité à moi-même et le sens de mon combat contre cette globalisation sans âme, qui jette partout dans le monde les enfants de la Terre dans la guerre, la soif, la famine ou la misère. Plutôt affronter le froid que de me perdre.
Un combat juste qui fait entendre au monde pourquoi nous ne sommes pas les dommages collatéraux mais bien les cibles de cette guerre globale, contre les surnuméraires, ceux qui ne sont pas intégrables dans ce système-monde où le conformisme et l’acceptation du contrôle social (Brezinski parmi d’autres éminences grises de la globalisation) sont des pré-requis du droit à l’existence. Ce ne sont pas les seuls critères, pour d’autres, nés dans pays riches de ressources que les transnationales toujours plus monopolistiques entendent s’approprier, il suffit d’être nés au mauvais endroit, au mauvais moment. En Occident, où l’abondance reste de mise, ce sont d’autres sortes de cribles qui président à l’éradication de ceux qui incarnent – encore – une alternative, une marginalité, toujours plus réduite faute de combattants.
J’ai vu la mise en place de ces cribles sociaux aux cours du dernier demi-siècle. De même que la mise en place des matrices d’opinion (propagande) martelées par les médias aux mains des « dominants » qui les légitiment.
Sans logement depuis que ma caravane a mystérieusement disparu je fais la douloureuse expérience de la survie quotidienne, survivre encore un jour, une semaine, obstinément.

Après son pillage, petit à petit, je la réorganisais, et puis elle a disparu…

Aujourd’hui pour la première fois depuis longtemps, je retrouve les mots pour le dire. Poser les données du problème pour ne pas devenir l’acteur manipulé d’une pièce dont le sens nous échappe mais rester envers et contre tout, les co-auteurs du scénario d’un autre monde possible.
J’ai enfin trouvé un collectif, Doucheflux, qui me permet de poursuivre cette démarche dans un cadre collectif, même s’il s’agit surtout de parer au plus pressé, subvenir aux besoins les plus urgents des plus démunis. Les grandes ambitions politiques qui dépendant d’une conscience partagée par le plus grand nombre sont mortes, érosion de la colonisation yankee, acculturation et consumérisme roi, les écrans chevaux de Troie d’une civilisation décadente. La gauche ? Celle généreuse qui cherchait les chemins de l’équité n’existe plus en tant que mouvement collectif vers un monde meilleur, un monde plus doux, un monde plus équitable, un monde sans limites posées à la croissance qualitative, bienveillance et paix dans un monde réconcilié, parce que aucun ne s’attribue plus indûment les richesses des peuples.

A présent, je n’ai plus d’autre ambition que de lutter au quotidien, collectivement contre cette misère partagée qui conduit tant de belles personnes vers une mort prématurée ou la destruction irréversible d’une conscience massacrée par tout le poids de douleur du monde. On ne construit pas même un petit bout de monde convivial et chaleureux avec des légions de morts, d’éclopés. Et l’ambition aussi bien sûr de replacer la misère en contexte de remonter aux causes premières, pour ne pas devenir de ceux qui se donne bonne conscience en posant à tour de bras des emplâtres sur des jambes de bois. Rouvrir d’autres possibles quand ce sont ceux qui la vivent, la misère, qui définissent leurs espoirs, leurs besoins et leur capacité à faire exister des solutions créatives ensemble.
A suivre
Anne

http://les-etats-d-anne.over-blog.com/2016/12/resister-a-la-protecto-domination.html

La mort de la mondialisation et ses conséquences

 

Álvaro García Linera

Les  incantations frénétiques en faveur de l’avènement d’un monde sans frontières, le brouhaha incessant visant à œuvrer au dénigrement des Etats-nations au nom de la liberté d’entreprise et de la certitude quasi religieuse que la société mondiale finirait par former un espace économique unique, financier et culturel intégré viennent de s’effondrer devant la stupeur éberluée des élites pro-mondialisation de la planète.

Le renoncement de la Grande-Bretagne à l’Union européenne (UE) – le plus important projet d’unification des Etats des cent dernières années – et la victoire électorale de Donald Trump aux Etats-Unis – qui a brandit le drapeau du retour au protectionnisme économique, annoncé le retrait de son pays des traités multilatéraux de libre-échange et promis la construction de frontières mésopotamiennes – ont balayé la plus grande illusion libérale de nos jours. Que tout ceci provienne des deux nations qui, trente-cinq ans en arrière, engoncés dans leurs amures de guerre, annonçaient l’avènement du libre-échange et de la mondialisation comme inévitable délivrance de l’humanité, constitue le symbole d’un monde qui a interverti, ou pire encore, épuisé les illusions qui l’ont maintenu vivant durant un siècle.

La mondialisation comme « métarécit », comme horizon politique idéologique capable de rassembler les espérances collectives vers un destin unique qui permettrait de réaliser toutes les attentes possibles de bien-être s’est brisé en mille morceaux. Et il n’existe plus aujourd’hui d’alternative qui articule ces attentes communes au niveau mondial. Ce qui existe est un repli effrayé à l’intérieur des frontières et le retour à un type de tribalisme politique, alimenté par la colère xénophobe. Tout ceci dans un monde qui n’est plus le monde de qui que ce soit.

La dimension géopolitique du capitalisme

Karl Marx a initié l’étude de la dimension géographique du capitalisme. Son échange avec l’économiste Friedrich List sur le capitalisme national en 1847 et ses réflexions sur l’impact de la découverte des mines d’or en Californie sur le commerce trans-pacifique en Asie le placent comme le premier et le plus fervent des chercheurs sur le processus de globalisation économique du régime capitaliste. De fait, sa contribution ne porte pas sur la compréhension du caractère mondialisé du commerce, qui commence avec l’invasion européenne de l’Amérique, mais sur la nature planétairement expansive de la production capitaliste.

La mondialisation économique (matérielle) est ainsi inhérente au capitalisme. Elle est apparue il y’a environ 500 ans et s’est développée de manière fragmentée et très contradictoire.

Si nous reprenons le schéma de cycles systémiques d’accumulation du capitalisme dans le cadre de la construction d’Etats hégémoniques proposé par Giovanni Arrighi [1] – Gênes (XV-XVI ème siècles), Pays-Bas (XVIIIème siècle), Angleterre (XIXème siècle) et Etats-Unis (XXème siècle) – chacune de ces hégémonies s’est caractérisée par un nouvel approfondissement de la mondialisation (premièrement commercial, ensuite productif, technologique, cognitif et finalement environnemental) et par une expansion territoriale des relations capitalistes. La nouveauté réside dans la construction d’un projet politico-idéologique, et au-delà d’un projet d’espérance et de sens commun, à l’intérieur de cette mondialisation économique. Autrement dit, la constitution d’un horizon capable d’unifier les croyances politiques et les attentes morales des hommes et femmes appartenant à toutes les nations du monde.

La « fin de l’histoire »

La mondialisation comme récit ou idéologie d’une époque remonte à trente-cinq ans. Elle a été mise sur orbite par les présidents Ronald Reagan et Margaret Thatcher. Ces derniers ont liquidé l’Etat-providence, privatisé les entreprises nationales, écrasé les forces syndicales ouvrières et substitué au protectionnisme du marché interne le libre-échange.

Tout ceci s’est traduit par un retour amplifié aux règles du libéralisme économique du XIXème siècle : connexion en temps réel des marchés, augmentation du commerce par rapport à la production mondiale, centralité des marchés financiers, déjà existants dans la période antérieure. Mais ce qui a différencié cette phase du cycle systémique qui prévalait au XIXème siècle, c’est l’illusion collective de la mondialisation, sa fonction idéologique légitimée et son élévation au rang de destin naturel et final de l’humanité.

Ceux qui ont adhéré à cette croyance et qui l’ont érigée comme solution unique n’étaient pas seulement les gouvernants des partis politiques conservateurs. Il y avait aussi les médias, les universitaires, les commentateurs et les leaders sociaux. La chute de l’Union soviétique et le processus nommé par Antonio Gramsci « transformisme idéologique » pour qualifier la conversion des ex-socialistes en néolibéraux enragés ont achevé la victoire définitive du néolibéralisme mondialisé.

La proclamation de la « fin de l’histoire » par Francis Fukuyama comportait tous les ingrédients d’une idéologie d’époque, d’une prophétie biblique : son positionnement comme projet universel, son opposition à un autre projet universel diabolisé (le communisme), la victoire héroïque (fin de la guerre froide) et la conversion des infidèles.

L’histoire avait atteint son objectif : la mondialisation néolibérale. Et à partir de ce moment, sans adversaire antagonique à affronter, la question n’était plus de lutter pour un monde nouveau mais simplement d’ajuster, d’administrer et d’améliorer l’actuel puisqu’il n’y avait pas d’alternative. C’est pourquoi aucune lutte ne vaudrait plus la peine. Tout ce qui serait tenté pour changer le monde se rendrait face au destin inamovible de l’humanité : la globalisation. Un conformisme passif s’est ainsi emparé de toutes les couches de la société, pas seulement celles constituées par les élites politiques et économiques. De larges secteurs sociaux se sont également mis à adhérer moralement à la narration ambiante.

L’histoire sans fin ni destin

Aujourd’hui, alors que s’éteignent les derniers feux de la grande fête de la « fin de l’histoire », la victorieuse mondialisation néolibérale est morte laissant derrière elle un monde sans destinée ni horizon triomphant, autrement dit sans aucun horizon. Donald Trump n’est pas le bourreau de l’idéologie triomphaliste du libre-échange mais le médecin légiste qui doit officialiser un décès clandestin.

Les premiers faux-pas de l’idéologie de la mondialisation ont été ressentis au début du XXIème siècle en Amérique latine lorsque des ouvriers, des employés urbains et des rebelles indigènes ont ignoré le mandat de la fin de la lutte des classes et se sont rassemblé pour prendre le pouvoir étatique. S’appuyant sur leurs majorités parlementaires et de puissantes mobilisations de masse, les gouvernements progressistes et révolutionnaires ont mis en place une variété de politiques post-néolibérales. Ils ont ainsi montré que le libre-échange est une perversion économique susceptible d’être remplacée par des modes de gestion économique beaucoup plus efficaces pour réduire la pauvreté, favoriser l’égalité et impulser la croissance économique.

Ainsi, la « fin de l’histoire » a commencé à se révéler comme une singulière arnaque planétaire et de nouveau, la marche de l’histoire – avec ses inépuisables contradictions et options ouvertes – s’est remise en route. Il y a quelques années, en 2009, aux Etats-Unis, l’Etat, jusque-là vilipendé, moqué comme entrave au libre-échange, fut réhabilité par Barack Obama pour nationaliser partiellement le secteur bancaire et sortir de la faillite les banques privées. L’efficacité entrepreneuriale, colonne vertébrale traditionnelle de l’Etat néolibéral, fut réduite à néant suite à son incapacité à administrer les économies des citoyens.

Désormais, les citoyens anglais et nord-américains font pencher la balance électorale en faveur d’un repli vers des Etats protectionnistes, si possible fortifiés. Cette tendance s’ajoute à l’observation d’un mal-être planétaire au sein des classes ouvrières et moyennes qui voient anéanties leurs économies dans le libre-marché mondialisé.

La mondialisation n’incarne plus le paradis idéal vers lequel convergent les espérances populaires. Les pays et groupes sociaux qui l’encensaient sont devenus ses plus grands détracteurs. Nous nous retrouvons devant la fin d’une des plus grandes arnaques idéologiques des derniers siècles.

Cependant, aucune frustration sociale ne reste impunie. Un coût moral se paie actuellement tandis que la situation ne dessine pas d’alternatives immédiates. Au contraire, elle les ferme même, au moins temporairement. C’est le chemin tortueux des choses. Face à la fin de la mondialisation en tant qu’illusion collective, il n’émerge aucune alternative capable de capter et de susciter les volontés collectives et l’espérance mobilisatrice des peuples affectés.

La mondialisation, comme idéologie politique, a triomphé sur l’autel de la défaite de l’alternative au socialisme d’Etat, c’est-à-dire la nationalisation des moyens de production, le parti unique et l’économie planifiée d’en haut. La chute du mur de Berlin en 1989 a mis en scène cette capitulation. Il n’est ainsi resté dans l’imaginaire collectif qu’une seule route, qu’un seul destin mondial. Désormais, ce destin triomphant est en train de s’effondrer à son tour. Et l’humanité reste sans destin, sans chemin, sans certitudes. Mais ce n’est pas la « fin de l’histoire » comme le proclamaient les néolibéraux. C’est la fin de la « fin de l’histoire ». C’est le néant de l’histoire.

Ce qui reste aujourd’hui dans les pays capitalistes, c’est l’inertie sans conviction qui ne séduit plus, un bouquet d’illusions fanées.

Le monde se retrouve donc, avec l’échec du socialisme d’Etat et la mort par suicide du néolibéralisme sans horizon, sans futur, sans espérance mobilisatrice. C’est une période d’incertitude absolue dans laquelle, comme le pressentait justement Shakespeare, « tout ce qui est solide s’évapore dans l’air ». Mais c’est justement aussi pour cela que les temps sont très fertiles. Nous n’avons pas hérité de certitudes sur lesquelles asseoir l’ordre du monde. Il faut construire ces certitudes avec les particules chaotiques de ce nuage cosmique qui laisse derrière lui la mort des narrations passées.

Quel sera le nouveau futur mobilisateur des passions sociales ? Il est impossible de le savoir. Tous les futurs sont possibles à partir du néant hérité. Le commun, le communautaire, le communisme font partie des possibilités qui sont nichées dans l’action concrète des êtres humains et son indispensable relation métabolique avec la nature.

Il n’existe pas, dans tous les cas, de société humaine capable de se défaire de l’espoir. Il n’existe pas d’être humain qui puisse se passer d’un horizon et nous sommes aujourd’hui contraints à en construire un. Ceci est le commun des humains et ce commun peut nous amener à construire un nouveau destin différent de ce capitalisme erratique qui vient de perdre la foi en lui-même.

 

Ce texte est une adaptation légèrement réduite de l’article original de l’auteur publié le 31 décembre 2016 dans le quotidien argentin Página 12 (« La globalización ha muerto »)

Traduction : Fanny

Edition : Mémoire des luttes

Illustration : Abadi Moustapha

 

Ce que l’Homme fait à la Terre

podborka_vecher_46

Mondialisation
Libre marché
robotisation
banquerie
politique
énergie
plastique
guerres
business
« croissance économique »
surpêche
alimentation
déforestation
etc.

AVANT DE LAISSER BRÛLER LA DEMEURE, IL FAUDRAIT BRÛLER LES DEMEURÉS QUI NOUS « GUIDENT »
GP

La Terre: une usine en feu

 

Image illustrative de l'article Sedna IV

«Au commencement, on croyait qu’on allait changer le monde, qu’on pourrait apporter certaines solutions. Mais les désillusions ont commencé à s’infiltrer.»Et avec elles, la peur. Notamment, celle que la machine climatique s’emballe avec la disparition des miroirs refroidisseurs que sont l’Arctique et l’Antarctique. «En 2002, nous avons fait une traversée épique du passage du Nord-Ouest entre les glaces de l’Arctique. Nous sommes retournés au même endroit, à la même période, 13 ans plus tard. Il n’y avait plus de glaces, plus de banquise, plus rien.» Autre sujet d’inquiétude pour le biologiste: le blanchiment des coraux et la santé générale des océans. « Un milliard d’humains dépendent du poisson pour survivre», rappelle-t-il.( Jean Lemire)  Cyberpresse 

Nous avons reçu un paradis et nous en avons fait un dépotoir.
GP

***

Le constat de Jean Lemire est sans équivoque: nous avons atteint un point de non-retour. La régulation du système climatique de la planète pourrait s’emballer et avancer l’heure du réchauffement. Dans cette ère de marchandisages à outrance, les prédateurs sophistiqués dépassent largement les capacités des politiciens figés dans leur lenteur extrême à réagir. Leur pouvoir réel est mince et leur ouverture d’esprit…filigrane ( finement ajouré).

***

Nous avons laissé, abandonné nos destins à des machines à produire de la richesse. Point. Le soi-disant intérêt humaniste n’existe plus dans le libre-échange . Déjà, il y a des millénaires, les marchands avaient contrôle sur la vie politique et les décisions. Aujourd’hui, cette marchandisation poussée à l’extrême, énergivore, a déséquilibré la vie. Ce n’est pas la fin du monde, mais la fin d’un monde et l’arrivée d’un autre étrange: le désert. Désert d’eau, désert de nourriture, désert d’emplois, et comportement erratique d’un climat affolé. Désert d’âmes…

Le nazisme planétaire

Nous voilà victime d’un nazisme planétaire. Victimes d’un banditisme systémique qui aura tout chamboulé  jusqu’à la fin, stupide au point de n’avoir pas prévu  sa propre fin. L’humain est depuis longtemps la matière première des troupeaux de carnivores économiques. Pour ce faire, il faut manipuler l’esprit humain:  la première opération est de monter la trousse du parfait occidental,- nouvelle religion matérialliste-,  de créer une descendance de carnivores vorace et efficace pour le bien du 1%.

 Dans une lutte absurde et suicidaire de cette guerre économique qui prévaut depuis quelques décennies, la nouvelle race de cerveaux a déchiqueté le tissus social du monolithisme des pays. Cerveaux  de dirigeants d’entreprises et cerveaux étourdis de participer aux grands projets du virage numérique en plus.   On aura pris soin de robotiser au préalable l’humain fasciné par la machine. On aura sculpté une linotte pour le besoin de la « cause ». La marchandise avant l’homme… L’être humain et le soldat d’un projet mondialiste. En fait, il n’en est que l’esclave, peu importe son rang.

Personne, on dirait, n’a remarqué le beau copier-coller du règne nazi  « de l’autre siècle » et celui présent d’un système fourmillant de fripouilles à tous les étages de l’immeuble Terre.  Et pourtant, il est flagrant. Le projet d’un Hitler n’était pas celui de son peuple. Le projet de la mondialisation n’est pas celui des peuples… Il est celui d’une race de mégalomanes appliqués dans une discipline et un art architectural de la tromperie. Il fallait ouvrir les frontières…  Nos politiciens les ont ouvertes. Pour notre bien… Et ils l’on eu…

L’arrogance du politicien et sa dégoût du   populisme 

A s’en tenir à l’étymologie, le populisme consisterait en une tendance politique tendant à favoriser indûment les opinions du peuple au détriment des élites. Etre populiste, dans le sens où ceux qui l’emploient cherchent à le faire comprendre, c’est user de démagogie: flatter les opinions et préjugés populaires en les suscitant et/ou les exacerbant pour mieux manipuler la foule. Faire croire au peuple qu’il a raison et est un recours. Le Figaro

On peut faire simple: le peuple s’oppose à certains développements ou directions des élus. ( Projets pour la plupart élaborés par les acteurs économiques).   Alors, la classe politique accuse en quelque sorte le peuple d’incompréhension. Il n’y a pas loin de l’autoritarisme, le petit cousin du facisme.   Faut-il jouer avec les mots? Le peuple est devenu stupide ?   C’est sans doute un précédent dans l’histoire de la politique dite démocratique que de traiter son peuple de crétin en un mot dévié: populisme. C’est discordant, arrogant et  et haineux.  D’un profond irrespect. Trouvez les mots…

L’échec total 

Ceux qui rêvent d’un redressement en quelques décennies, peuvent continuer de rêver. Outre la masse de mauvaises nouvelles et de l’enclenchement inéluctable du phénomène du réchauffement, il ne suffit pas de taxer les pollueurs, action d’un simplisme déconcertant et incompréhensible en terme d’efficacité. Il faudrait non seulement ralentir la locomotive emballé du supposé progrès mais remplacer les formes de production d’énergie qui sont là pour satisfaire à la demande croissante d’une surpopulation rêvant d’accéder à une richesse et un train de vie à la mode étasunienne. La robotisation est en train d’anéantir ce rêve  en détruisant le monde du travail par amputation du travailleur. On sabre, pour les besoins. Et les besoins, c’est le profit.

Le monde à venir

Il n’existe qu’une seule chance de réussite: c’est l’échec et l’autodestruction du monstre économique qui pourrait se mutiler par ses propres politiques et pratiques d’une économie qui relègue l’humain au rang du simple boulon. Car le monde des travailleurs , délivrés de la terre et de la sueur, assujettis à des structures devenues incompréhensibles et incontrôlables, sans alternatives, est en train de refaire en format planétaire la crise de 1929. Dans le roman Les raisins de la colère  de Steinbeck, le résumé de l’histoire est une version compressé de ce qui s’en vient.

L’intrigue se déroule pendant la Grande Dépression (crise de 1929) et le lecteur suit les aventures d’une famille pauvre de métayers, les Joad, qui est contrainte de quitter l’Oklahoma à cause de la sécheresse, des difficultés économiques et des bouleversements dans le monde agricole. Alors que la situation est quasiment désespérée, les Joad font route vers la Californie avec des milliers d’autres Okies (habitants de l’Oklahoma), à la recherche d’une terre, de travail et de dignité. Les raisins de la colère 

 À la recherche d’une terre, de travail et de dignité… On attendra dix ans pour la reprise économique: la guerre… On fera fondre les chaudrons qui nourrissent pour en faire des balles, des obus, dans le but d’anéantir le projet ( encore un terme à la mode)  d’un mégalomane entourés de fripouilles   Dans le contexte actuel d’un vieux mode de structure du monde du travail, ( le grand rêve du fordisme à salaire garanti)  de reprise économique, l’illusion est parfaite,  car on a au moins gardé une certaine surface glacée et miroitante pour subjuguer les peuples par le biais des politiciens.

En 2030, bonne nouvelle: pas un Titanic ne pourra couler à cause d’un Iceberg descendant du Nord. Mauvaise nouvelle: le réchauffement climatique arrimé au libre-échangisme sera chaud au point de faire fondre le « gagne-pain » des humains et par ricochet, les humains.  Ce qui donne – on peut bien rigoler – un nouveau verbe amalgamé:

Je fonds,
Tu fonds
Ils font

Il existe une expression pour signifier la folie de l’Homme: perdre le nord.  Eh! ben, on est en train de le perdre pour de vrai.

Gaëtan Pelletier

L’odyssée des illusions, de Jean Lemire. Éditions La Presse. 215 pages. 39,95 $.

 «L’environnement, ce n’est pas juste un titre qu’on ajoute à une fonction ministérielle. Il faut des gestes. C’est bien beau d’être populaire, de prendre des selfies et de déclarer que le Canada est de retour, mais quand on voit que le gouvernement Trudeau s’apprête à approuver le projet de pipeline, je m’interroge. On en est encore là? Les petites mesures, les petits gestes ne suffisent plus. Est-ce qu’on va finir par faire ce qu’il faut pour empêcher le pire de se produire ? Parfois, j’ai peur que non.» Jean Lemire

Les ogres de barbarie

L’orgue de Barbarie est un instrument de musique mécanique à vent classé dans les orgues. Il fait partie des « automatophones », terme qui englobe tous les instruments destinés à produire de la musique par des procédés mécaniques.

******************************************************

L’autre jour est apparu à la télé un grand type remplie de connaissances comme un stylo à billes l’est d’encre. Et pas une bavure. Il nous a annoncé le futur, dite 4e révolution industrielle. Une nouvelle génération nourrie aux microprocesseurs. Ils ne parlent pas comme nous, les humains. En fait, ils sont comme robotisés déjà. Amputés du cou aux pieds. Le cerveau écrasé et fondu dans le numérisme (sic). Je pense avoir vu la nouvelle génération, la Z…. Après ça plus rien.  On ne sait pas à quoi servira le petit simplet des mortels après  ÇA.

Une véritable orgue de barbarie. Il nous en chante avec du vent des les doigts. On le dirait si fier de son cerveau que ses cellules se tapent dans les mains. Ce doit être le Thomas Edison du 21ième  siècle. Mais il y a des hic dans cette supposée révolution:

« Le poids de la perte d’emplois, comme conséquence de l’automatisation et la désintermédiation de la quatrième révolution industrielle aura un impact relativement équitable entre les hommes et les femmes, 52% des 5,1 millions d’emplois perdus d’ici 5 ans concernant les hommes et 48%  les femmes », met en avant ce rapport alarmiste. La 4ième révolution numérique synonyme de chômage. 

On est déjà en train de se faire chômager et à se faire carrément chier. En Suède, le système est déjà« parfait», – manière de parler -, car dans ce monde de plein emploi il faut devenir l’esclave de la grande machine à faire vibrer les banques. J’en conclus qu’une banque ça doit jouir. Même si le mot n’est pas approprié. Les soldats, du marcheur jusqu’au démarcheur, de l’adjuvant au général semblent tous des adhérents à ce système suicidaire. « Vous ne manquerez de rien,  (sauf votre liberté». 

Les ogres affairistes sont en train de nous bouffer l’âme par la transhumance  de la créature magique humaine vers un champ gris, numérisé. Oubliez vos chakras. Oubliez même vos bras, vos doigts et vos mains. Vous allez virer numérique. Et vous allez crissez des souliers. Comme dans les films de Jason Bourne.

Le placement dans un seul portefeuille: le cerveau. Une manière de voir la nature humaine dans une ignorance de couloir. C’est la charcuterie annoncée. Même s’il pleut des artistes comme des chats de gouttière ou des sitologues aguerris, on n’y peut rien. Hurlez, criez, chantez , pancartez, et jouez les savants en barattant des écrits distingués, c’est useless. Bref, inutile. Vous écrivez sur un piège de bois avec une mine sculptée par le faux pouvoir du combat.

On dirait bien que le monde du travail est un charnier rose. Le défilé des vendeurs de systèmes à massacrer les humains ne fait que commencer. On vous dira que le reste est avenir… La berceuse planétaire est en marche. Les ogres ne savent pas qu’ils se bouffent eux-mêmes. Ils ignorent ce qu’est « un autre »….

Gaëtan Pelletier ,
sushi chantant…

Qui l’eût cru…

P.S. : Je m’en vais jouer du roman dont voici un court extrait:

Le soldat fonde une famille, puis le lendemain retourne au « travail » tuer… des enfants