Archives de Catégorie: Conte de Noël 2011

Le cadeau

 

L’aviation civile américaine (FAA) a souligné que ses inspecteurs déployés au Pôle Nord avaient donné leur aval pour le passage du traîneau du Père Noël dans le ciel américain et étaient revenus impressionnés par la technologie utilisée sur l’engin.

« La technologie de liaison avec des satellites que les elfes ont installé sur (le traîneau) +Santa One+ permettra au Père Noël de voyager en sécurité et d’être à l’heure sur tous les toits », déclare la ministre des Transports Ray LaHood dans un communiqué.

Selon la FAA, le Père Noël et ses rennes voleront à une altitude de 50.000 pieds (15 km) –plus haut que tous les vols commerciaux. Voilà.fr

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L’horloge du père Noël indiquait 09h11. Il venait tout juste de terminer sa livraison de cadeaux au Canada, et s’apprêtait  à traverser la frontière des États-Unis.

Assis dans son grand traîneau qui commençait à avoir de l’âge, il arborait un grand sourire à la vue des étoiles pétillantes.  Peu de gens avaient eu la chance, dans leur vie, de voir ainsi la Terre. Au-delà de tous ces picotements lumineux, de soleils lointains, de galaxies, les terriens, avec leurs décorations de Noël paraissaient vouloir copier la voie lactée.

***

Quand John Jones vit sur son radar cet OVNI, il demeura perplexe. L’objet disparut un moment, mais revint quelques secondes plus tard.

Louche.

Il mit en branle l’alerte en appuyant sur un bouton rouge.

–          C’est le père Noël?

–          Il n’était pas censé prendre ce couloir aérien… Trop bas. C’est sans doute un drone…

–          Pas de chance  à prendre.

 Juste à côté de celui-ci, s’y trouvait une carte de souhaits d’un de ses enfants.

Papa,

Je te souhaite le plus beau des cadeaux. Celui que tu désires.

Ton fils, John Junior, Jones.

Les deux appareils décolèrent de la base et rejoignirent en quelques minutes le traîneau du père Noël.

Le pilote écarquilla les yeux :

–          Tu vois ce que je vois?

–          Le père Noël…

–          Ouais! C’est sûrement une mauvaise blague.

–          On devrait le descendre…

–          Ah! Ah! Ah!

Les deux chasseurs passèrent si vite, qu’ils n’eurent pas le temps de voir vraiment ce dont il s’agissait. On décida alors d’envoyer un hélicoptère pour intercepter le père Noël.

Pendant ce temps, à la base, les radars furent criblés de point lumineux sillonnant le ciel. Comme s’il y avait des milliers de pères Noël en provenance du Grand-Nord.

***

L’hélicoptère se plaça à la droite du traîneau et fit signe au conducteur de se ranger…vers le bas.

Un bras s’agita pour les saluer.

Et lorsque le moment vint d’atterrir, le traîneau prit la forme d’un serpent multicolore, dans une descente en volutes mouvantes.

Les gens de la base restèrent figés sur place.

L’escouade d’intervention tactique était déjà là pour accueillir l’intrus. On se lança en direction du « vaisseau louche ».

–          Les bras en l’air. Ne bougez plus…

–          Vous avez le droit d’avoir un avocat…

Son compagnon lui donna un coup de coude et lui fit signe que non.

–          C’est vrai! J’avais oublié.

–          Et le 5e amendement? Je ne me souviens plus lequel…

Une file de blindés entoura l’attelage. On courut vers le père Noël et on le fit s’étendre sur le sol; coups de pieds, menottes, puis on le passa à l’interrogatoire selon les normes établies pour la lutte  contre le terrorisme.

–          Nous avons notre terroriste! , clama le chef du bataillon.

Le père Noël continuait de rigoler, un peu pompette, entouré de silhouettes noires. Pendant qu’à l’extérieur, on se demandait que faire avec les rennes. Mais ce qu’il y avait de plus singulier dans le traîneau c’était cette boîte unique qui mesurait 8 pieds de long par 5 pieds de large.

–          Un missile?

–          Je ne sais pas. Détachez les rennes du traîneau. Ce sont sûrement des montages électroniques.

Il agrippa  son Walkie-talkie pour contacter  son supérieur.

–          Je ne sais trop que faire de ces bêtes… On dirait qu’elles sont …véritables. Et beaux… Ça me rappelle mon enfance.

–          Vous êtes bien naïfs!  Faites-moi exploser tout ce troupeau. Pas de tirs d’armes légères : des roquettes.

Vingt-cinq roquettes furent lancées d’un coup. Le troupeau de rennes se transforma en une gigantesque explosion de morceaux de chair et de  giclures de sang  qui picotèrent d’un rouge vif les bâtiments.

***

Pendant ce temps, le père Noël avait été dénudé, fouillé jusqu’aux entrailles, rasé. Plus de barbe blanche, mais un facies affaissé. On le pria de ne pas sourire pendant la photo.

–          Propre comme un américain! Se moqua un soldat.

On rigola un moment puis on se mit au travail.

Quatre types  pénétrèrent dans la pièce. Chemises blanches, cravate, armes à la ceinture.

L’interrogatoire débuta.

–          De quoi suis-je accusé?

–          La liste est longue, mais elle n’est que sommaire. Intrusion dans le territoire des États-Unis d’Amérique, terrorisme, port d’armes, complot, espionnage, transport de produits périssables, conduite en état d’ébriété. Etc. Mais, avant tout, il nous faut connaître les sources de vos agissements. Cela pourrait écourter votre séjour dans un camp FEMA.

–          Eh! Oui, Jimmy…

–          Comment connaissez-vous mon nom? Allez  z fouiller le réseau pour trouver le profil de cet homme : sa religion, son passé, tout, tout, tout.

–          Je te connais, mon cher Jimmy, parce que l’enfant que tu étais m’avait demandé un jeu  : Spy Game.

–          Je ne l’ai jamais eu. Erreur, monsieur…

–          Je sais.

Puis il se tourna vers les trois autres.

–          Toi, Robert, tu m’avais déjà demandé un livre sur l’assassinat de Lincoln. Toi, Kevin, des outils en plastique; tu voulais devenir menuisier ou constructeur de maisons.

–          Et Steve?

–          Un camion de pompier…

–          Comment savez-vous tout ça.

Silence.

Il haussa les épaules en riant.

–          Je suis le père Noël…

Le colonel soupira :

–          C’est à prouver… Il y en a des centaines dans le ciel des États-Unis d’Amérique en ce moment.

***

–           Où en êtes-vous?

–          Il reste la boîte, mon Général… Qu’est-ce qu’on en fait? Une boîte oblongue, assez lourde, mais impossible de détecter du métal à l’intérieur…

–          Pas de trace de radiation? C’est un piège. Faites- la sauter… Mais dans un hangar blindé pour que l’on puisse la remonter de toutes pièces, morceau par morceau.

La déflagration eut lieu quelques minutes plus tard. Le père Noël, l’entendant, demanda aux quatre hommes ce qui se passait.

–          On a fait exploser votre bombe.

–          Une bombe? Ah! Ah! Ah! C’est la cote que je vous donne pour votre découverte.

–          Alors! Qu’est-ce que c’est?

–          Un vieux cadeau… Bien vieux!… Il a été là depuis les débuts de l’humanité…

Les deux hommes se regardèrent, intrigués.

***

Pendant des heures, on tenta de reconstituer le cadeau que l’on avait fait exploser. Mais les morceaux étaient si  infimes et grêles, presque en poussière,  qu’on ne put vraiment savoir ce dont il s’agissait.

–          Il n’y a qu’un seul moyen de le savoir, dit l’homme en se gratouillant la tempe : lui demander.

On se dirigea alors vers la cellule du prisonnier pour tenter de savoir ce que contenait cette boîte. On fit ouvrir la cellule. En y entrant, on ne trouva que le costume du père Noël. Rien d’autre. Pas de trace du « personnage ». En quelques heures toutes les chaînes de télévision accoururent sur les lieux de « la prise » et pénétrèrent dans une grande enceinte, dans une excavation souterraine pour la première fois ouverte aux journalistes.

On pouvait voir du ciel les camions et les hélicoptères qui se dirigeaient vers la cellule du prisonnier le plus célèbre de l’année. De sorte que le ciel fut obstrué par une multitude de points qui engorgèrent les radars.

Et au moment où le colonel fouilla le costume, on y découvrit une photo.

Le gardien responsable des lieux contacta son supérieur, affairé, qui lui répondit :

–          Une photo? C’est ridicule! Brûlez-la.

Il tourna la photo à l’envers. La dame sur la photo, tenant une torche, parut s’enflamma lentement.

La tête de l’image avait la  tête sous l’eau, mais elle se consumait tout de même. Elle disparut sans savoir si elle avait été  noyée ou brûlée.

De la tête aux pieds…

Le gardien, nerveux, eut le temps de voir à l’envers un simple mot.

« Cadeau ».

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