Archives mensuelles : mai 2019

L’élevage par écrans

Tu les envoies en Russie et ils ne s’en rendent pas compte.  🙂

Vous lui donnez un « gramme de cocaïne ». ( le psy)

Le ciel est backorder par Tire le Coyote

Les rêveurs décarbonisateurs

Résultats de recherche d'images pour « Fort T »

Les députés ont voté vendredi soir en commission la fin de la vente des véhicules à carburants fossiles (essence, diesel et gaz naturel) d’ici à 2040, lors de l’examen du projet de loi d’orientation des mobilités (LOM). L’OBS

Voté? Jusqu’à maintenant, voter n’est pas une action, c’est une prière de parlement. Pas un de ces siégeants ne sera là en 2040, ou alors ils se déplaceront en voiture chinoise, La Wong V. Il aurait fallu en parler au délicat Donald Trump pour connaître son opinion par  twitter, une autre « invention » inutile qui vaut dans les 18 milliards de dollars américain. La richesse des américains ( ou étasuniens) est dorénavant une création (sic) de vide ou d’armes réelles et sophistiquées. Ajoutons Google, Amazon, Microsoft, et ce cher Facebook, et nous voilà dans une ère de vide dont la nature a tant horreur. Vive les poirotiers, les carotiers, les patatiers, les laitueciers, etc.

Nous sommes des adolescents programmés, soumis à la virtualité. La viduité marquera le 21 ième siècle autant que la Ford-T qui s’est transformée en un vaisseau spatial sur asphalte.

Je ne sais comment on va convaincre une industrie aussi braque de fermer ses usines ou de nous vendre un produit électrique roulant de par des centrales nucléaires ou de charbons. Mais pour le moment, voter ne nous fait pas avancer…

Tous ces gens sans solutions réelles devraient avoir un siège muni d’un pédalier muni d’une dynamo… reliée à leur cerveau. Un peu d’étincelle ne leur nuirait pas.

Gaëtan Pelletier  ( Inventeur du bouton à un trou)

Le Dépotoirium, Chapitre 33

33

Ruralitarium

Du temps de la « ruralité », les humains s’entichaient des bêtes : vaches, lapins, cochons, poules, chiens. Tous avaient un nom. Tous avaient l’amour de ceux qui les côtoyaient, en prenaient soin.

Machinarium

Le nord-américain moyen a dans son garage, une voiture, une moto, une scie, un marteau électrique, une tondeuse à gazon, une pompe à air, cintreuse, cisailles électriques, coupe-bordure à essence, etc. Et tous ces outils demandent énormément d’amour et d’entretien. De plus, ils sont pour la plupart soumis à l’obsolescence programmée. Le nord-américain aime ses outils comme on aime son  chat ou son chien. Et c’est ainsi, qu’à force d’être élevé par des objets « intelligents » il s’est lentement convaincu qu’il était une sorte de rabot-robot qui allait mourir comme meurent les tourne-visses électriques au cimetière des objets nommés « centres de récupération ».

Carl, pour Le Dépotoirium

***

À partir du moment où l’on croit connaître quelque chose de la vie, on l’étreint, comme pour le garder en trésor. On l’étouffe pour s’en nourrir. Les idées n’ont rien de différent de l’argent, de l’avoir. Les couards saisissent au vol un oiseau, une idée, pour l’enfermer. Ça les rassure. Peur de ce qui bouge, peur de ce qui s’use. L’industrie de la peur. C’est dans la stagnation de l’eau que prennent leur plaisir les crapauds.

Dans un monde autant déchiré, brisé, on continuera d’offrir le même buffet froid et sans cœur. Si l’éducation n’a pas pour premier but de se questionner sur nos réussites et nos échecs, nous ne pouvons plus avancer d’un seul pas. Sauf dans les armées, et sous ordre hurlé. La Terre ressemble à une longue et caniculaire  souffrance que l’on ne peut éteindre. Un feu sans fin. L’asphalte passe comme un coup de pinceau sur le visage vivant de la Terre. Pour les autos…  Le pompier est un marchand. Le marchand est le pyromane.  En un ou deux petits siècles, le singe culotté, nommé « marchand », aura  gommé les plus belles créatures. Le homard Galathea Pilosa, aux couleurs de fêtes de l’Amérique Latine, s’éteindra un jour sans que personne n’en perçoive  le cœur de la beauté. Pour certains ce cœur a pour nom « dieu », pour d’autres ce n’est qu’un hasard d’un grand peintre qui, en souriant, a laissé toutes ces toiles vivantes. Même ces « toiles » enfoncées dans les yeux des humains, ceux-là ne voient rien. Pour plusieurs de ces humains, même le cimetière ne leur accordera pas cette belle humilité. La certitude est meurtrière. La certitude a fait plus de dommages que toutes les guerres de l’histoire. La certitude est une virago. Une harengère qui pue à force de moisir dans ses convictions.   Les pierres sont grises et ternes et même les écritures s’égrènent malgré la dureté des pierres.  Un homme, même pour le plus savant ou le plus célèbre,  il ne peut lui rester qu’une partie de son nom et une date ébréchée :

P e re Tr m bl y 1912-1957
***
C’est novembre. Le jardin a fermé ses petites portes, car la terre est froide. Il pend des perles de gelures translucides.  Mais  pointent parfois quelques carottes aux feuilles enragées, tenaces, résistantes. Il a neigé et il neigé à Saint-Honoré de Témiscouata. Les lièvres sont déjà tout blancs.  Tout a débuté par des grains des cristaux  frivoles – de vrais papillons de givres – voletant et semblant grimacer sous les vents trop forts.  Nous sommes tous assis dans le salon à s’extasier de nos trois petits génies de marmots.  Carl boit sa coupe de vin pendant que Maude pianote  des texto. La pièce s’est remplie de jouets comme sont remplis les garages des gens de ce pays.  Et c’est comme ça qu’est la Terre. Si on demeurait dans cette maison  pendant un siècle et qu’on emmènerait quelques voisins à la fête, il n’y aurait plus de place après la moitié de ce temps.  Si nous n’avions que le terrain qui nous appartient pour jeter tout ce que nous achetons nous finirions empoisonnés, manquant d’air, d’eau et de nourriture. Ce petit coin, cette maison,  est une réplique de la Terre. Pour le ver de terre qui s’est enfoui pour l’hiver, le petit jardin c’est sa planète. Elle est immense. Un ver n’écrit pas de vers. Il n’y a pas de poésie quand il n’y a pas de cette âme elle-même enfouie sous la chair. Le miroir des miroirs. On parle Lexus et surtout pas lexique. Les mots, les beaux comme les laids, sont en train de mourir sous la vitesse de la vie.  C’est à ça que je pense en déballant les cadeaux que l’on s’est offerts. Faire des enfants c’est sans doute un petit pas pour l’homme mais un grand pas en arrière pour l’humanité. La pièce est pleine de monde mais en même temps vide de monde. On ne se parle que par formules car c’est la tiédeur parfaite qui s’est installée. Elle a pris toute la place. La tiédeur est une grogne muette.  Nous sommes désormais d’une race de tièdes qui surveille son alimentation, son  eau, et qui  a mis le cola dans la même catégorie que l’alcool et la cocaïne. Les filles s’échangent des recettes santé pendant que l’on discute des derniers articles qui mitraillent  les écrans. On est tellement renseignés qu’on ne sait plus rien. Il en a coulé des octets sous les claviers.  Il y a eu la vie de bohème, maintenant c’est la vie de blêmes et mats.  On est blancs comme la vanille transformée. Jadis, les paysans parlaient de la météo. Nous,  nous parlons des broquilles  de consommateurs.
— Tu t’es acheté quoi comme auto?
— Je roule électrique. C’est silencieux et vert.
— On enverra les vieilles batteries dans un pays pauvre, répond Carl.
Théo, haussa les épaules.
— Tu as acheté quoi comme guitare?
— Une Martin usagée sur Kijiji.
— Tu vas te convertir à l’Islam comme Cat Steven?
— Non. Je suis ni laïque, ni croyant. Je suis un poisson dans un aquarium au milieu de l’Atlantique. Je cherche à sortir de l’aquarium. Je…Il hésita. Spiritualité. C’est tout… Je ne suis pas encore défini : je suis une sorte  transgenre et j’ai deux paires de chakras qui me murmurent aux oreilles.
— Les filles sont dans la cuisine… Si on buvait un peu…
Ils on cessé de parler.
— Et le Dépotoirium? Qu’est-ce qu’on en fait.
— C’est moi qui ai payé le loyer.
— T’es le seul à pouvoir payer un loyer aussi cher… On comprend… Tu veux dire qu’il t’appartient?
— Non. Mais quelqu’un tente de le couler. On est la cible de cyber attaques…
— Tu es sérieux?
— Oui, et c’est peut-être l’un d’entre nous.
— Ou un ennemi commun… Mais les avocats ont plus d’ennemis que d’amis.
— On devrait peut-être parler d’autre chose.
— Bien d’accord.
On s’est mis à radoter, à se raconter nos bons coups. Le vin crépitait des étincelles dans nos yeux.  Une rivière de vin. L’atmosphère est cagnarde,  mais le vin est vif. Hélas, il  est de plus en plus vicieux de produits chimiques :
Polyvinylpolypyrrolidone, sulfate de cuivre, Acide métatartrique, soufre etc.  Ah! Les fins palais qui goûtent et gagnent des concours de sommeliers.   Seigneur qu’il y a de l’avenir au fond des bouteilles de vin! L’avenir a le goût des dizaines de produits,  probablement bons pour le cancer. Et les snobs s’en délectent! Menum! Menum!  Le goûting est à la mode. Il faut également s’adapter au transgenring auquel plusieurs parents font face.   Et Carl de nous lancer les vers de Nelligan : La romance du vin.

Je suis gai ! je suis gai ! Vive le vin et l’Art !…
J’ai le rêve de faire aussi des vers célèbres,

Des vers qui gémiront les musiques funèbres
Des vents d’automne au loin passant dans le brouillard.

Nous avons bu bu bu et mis les bouteilles aux rebuts.  Et puis tout est presque redevenu comme avant. Carl s’est lancé dans les jeux de mots niais et Théo dans ses rêves fous de conquérir le monde dans le but de  laisser son nom glorieux,  ne serait-ce que sur une pancarte de ruelle cul-de-sac.   Voilà qu’on presque  devenus des gens normaux. Puis le vin nous a vissés sur les vieux divans de Ginette Lachance. Quand Théo s’est demandé où nous avons déniché ce beau mobilier vintage, j’avais répondu que c’était chez Ginette Lachance.
— Qui est Ginette Lachance?
— C’est la veille de 91 ans, ancienne coiffeuse qui est décédée  juste avant d’atteindre son divan préféré. Pauvre Théo! J’avais le goût le lui dire que c’était une blague, mais, hélas, c’était vrai. Aussi vrai que l’Ovni de Roswell.
Les bébés étant endormis, les filles sont revenues. Et là, ça a presque tout changé. Et vraiment tout changé…
La pièce est devenue noire. Les lumières ont vacillé puis le courant a été coupé. On attendait qu’il revienne, sans bouger,  en silence. En vain. Après 20 minutes, on chassait  les chandelles dans le fond des tiroirs, des bric-à-brac et recoins de la maison. Carl, carrément pompette, continuait ses jeux de mots : «  Il y a puéril en la demeure ».   Qui donc a des chandelles en ce monde impeccable et sans ratés? Nous. Mais où?  Maggie s’en servait de temps en temps pour pratiquer l’autohypnose.
On a zieuté à la  fenêtre. Un vent d’au moins soixante-dix  kilomètres heure, avec des rafales de cent.
« Il faut écouter la radio pour savoir ce qui se passe ».
— Il n’y a pas de radio sans électricité. D’ailleurs, il n’y a plus de radio dans les demeures. Il y a péril… Il y a seulement une télévision avec postes de radio intégrés : 250, minimum.
— Et mon téléphone ne fonctionne pas ici… Dans quel monde vous êtes vous enterrés?
— Il y a de l’électricité dans ta Lexus, Théo. Tu voulais sauver le monde? Sauve nos trois enfants et les mamans comme on veut sauver Mamie-Terre…
Théo est sorti en zigzaguant  dans l’air affolé. Puis il est entré dans sa Lexus de luxe et l’a démarrée. On a attendu une vingtaine de minutes. Théo ne rentrait toujours pas. Alors on était cinq à la fenêtre pour attendre le rapport du meilleur investisseur du coin. Les phares de la voiture se sont éteints. On a attendu. Dix minutes. Puis un autre dix minutes. Quelque chose clochait.  Carl est sorti. On a attendu un autre cinq minutes. En ouvrant la porte on a entendu un cri. Puis Carl est entré en traînant Théo vêtu de son beau manteau gris barbouillé de la blanche neige. Ö drame! Ö désespoir. Le blanc avait sali son beau manteau  gris.
— Je me suis cassé la jambe! Je me suis cassé la jambe! Une marche de l’escalier a cédé.
Le vent avait soufflé la bougie. J’ai alors fouillé dans le vieux coffre du salon, me rappelant que nous avions une toute petite lampe de poche. Aussitôt trouvé, aussitôt allumée.
— Et? Cher Théo…
— Et ce sera comme ça pendant au moins 8 heures. Minimum. Un truc a sauté et les employés ne seront pas capables de le réparer avant demain… Et encore. Tout dépendra de la duré de cette tempête non prévue.
La pièce refroidissait de plus en plus. Le thermomètre avait le mercure bas.
Les trois filles s’exclamèrent en chœur.
— Les enfants! Mon Dieu! Les enfants.

***
— Il n’y a rien pour nous réchauffer? Seigneur, les enfants vont mourir. Ils ont besoin de chaleur.
— J’ai une vieille chaufferette au kérosène dans la remise. 20,000 Btu. On va pouvoir tenir au moins douze heures.
***
C’était la scène la plus étrange du monde. On était assis autour de la chaufferette avec les trois bébés. De belles lueurs vacillaient sur les murs. Des aurores boréales intérieures. De la menterie-lumière. Mais on était enfin un peu réchauffés. Maude et Anne avaient fait des sandwiches et nous avons bouffé. De la mangeaille à tour de bras. Elles nous avaient bricolé un festin. C’était la bonne nouvelle… Car la mauvaise suivit :
— Nous n’avons que pour à peine trois heures de kérosène.
— Il faut réduire le chauffage.
— Ce ne sera pas suffisant… On ne tiendra pas le coup.
Pendant des heures on a placé des couvertures accrochées au plafond par des clous pour rapetisser l’espace et  se fabriquer une sorte de tipi à l’intérieur dans  la maison. Il fallait un peu d’air pour ne pas s’empoisonner au monoxyde de carbone. On cherchait des techniques de survie. C’est Théo qui eut une idée.
— Il faut chauffer pendant 15 minutes et arrêter la chaufferette pendant 45 minutes. Il a fallu replacer les couvertures et les faux murs plus proches encore et placer le détecteur de monoxyde de carbone accroché à un des  faux murs. On prenait la garde chacun notre tour. Le vent sifflait et giflait  la maison. Au bout de trois heures, on s’est retrouvés les uns sur les autres. Carl est allé chercher une autre bouteille de vin. « Il vaut mieux mourir grisé que dégrisé. » À dix heures du matin nous étions épuisés. Les enfants avaient dormis mais ils pleuraient, hurlaient. On regardait dehors. On se serait mis à prier. Même à inventer des prières.
— On va tous mourir. C’est votre faute… Vous habitez trop loin.
— Trop loin de quoi?
Carl avait un air abruti. Mais il regardait tout cela d’un calme de statue.
— Pourquoi on se déteste autant alors qu’on s’est tellement aimés? Pourquoi nous sommes-nous tant entraidés dans la misère?  C’est bien ce monde d abrutis : ils ne peuvent s’entendre que s’ils n’ont pas le choix. Les Inuits ne pensaient pas à s’entre-tuer, car chacun était une source d’énergie.
— Qui a dit qu’on se détestait? Chacun a fait sa part et on s’est retrouvés collés en rond devant un feu dangereux. On a pour une fois travaillé ensemble pour prendre soin des  trois bébés.
— On peut s’aimer et être différents…

Maude sautillait avec l’enfant qui pleurait, tentant de le calmer.
… Il faut le changer de couche. Où est la lampe de poche? Où sont les couches?
— Lesquelles? … Mon bébé est plus gros que le tien…
On a bien ri. On a ri comme  en nos jours les plus fous.  On a ri parce qu’on était coincés,  obligés de se répartir les tâches.  Pareil à ce monde dans lequel nous vivons, il s’y trouvait davantage  de vin que de kérosène.  C’était à l’image de la planète en fête. Du moins en certains coins du globe… On ripaillait pendant que des enfants mouraient de faim, qu’on défaunait  et qu’on rasait  les poumons de la Terre. Mais on n’y pensait pas.  On avait peine à penser, accrochés à notre seule survie. Une certaine misère épure certains tracas et nous mène à la sobriété de l’existence. Ça m’a rappelé le livre de Michel Lacombe, La vagabonde de Saint-Ours,  dont l’histoire se passait en Auvergne, juste avant la Grande Guerre, sur les terres à défricher, les animaux à soigner puis à tuer.  La dame a fini par se prostituer. C’est ainsi qu’est la misère du 21ième siècle : la planète est devenue un lupanar. Alors, lupanons  jusqu’à la fin des temps, et en voiture électrique. Vendons corps et âmes pour les puissants.
— Tu as trouvé les couches?
— Oui. Mon bébé est plus petit que le tien.
Théo avait enlevé son bel habit de semaine, lui qui portait son jean troué le dimanche. Il avait l’air d’un gueux et s’en amusait. On balayait la pièce avec la petite torche électrique. C’était le début du froid humide qui nous imprégnait. Le corps était devenu un buvard de froidure.
— On va finir par souffler sur les bébés pour les réchauffer…
— On fera le bœuf chacun notre tour…
— On sait bien qui fera l’âne…
— Un jour j’irai crécher ailleurs…
— Ça nous rappelle notre premier appartement.
— On était fous.
— Mais on était… En ce moment, dans nos vies, on dirait qu’on a et qu’on a…
— C’est Théo qui a…
— Vous pouvez rire! Maude gagne  plus d’argent que moi sur You Tube. Dire que mes arrière grands-parents cultivaient les terres… En fait, un tout  petit coin de terre. Ce qui a permis à mon grand-père d’ouvrir un magasin général : il a vendu les terres et la ferme pour le capital.
La tempête s’était un peu calmée. Il était 12h20 quand le bus conduit par Denis arriva, devancé par un tracteur muni d’une souffleuse à neige. On s’est rués vers la fenêtre en hurlant de joie.
— On est sauvés!
On jubilait. On s’est embrassés, on a sautillé, puis on a ramassé tout ce qu’on pouvait emporter.
« N’oublions pas les bébés »
***
Le Centre, en cas de panne, produisait  son électricité à l’aide d’une énorme génératrice. Dans la salle principale,  attendait une foule d’yeux agrandis. Ce qui restait d’eux, quelque peu brisé, c’étaient bien ces petites billes allumées en attente des nouvelles vies qui arrivaient. On était exténués. Alors, les vieilles dames prirent les enfants d’assaut. Je ne sais pas par quel miracle les enfants se sont calmés, mais l’une des pensionnaires  a réussi à endormir un bébé en 10 minutes. Les mamans sauvent les enfants et les papas les envoient souvent à la guerre. Les locataires terminaient leur repas. La sieste les attendait. Je crois qu’ils l’ont oubliée,  complètement pâmés, excités par  cette  vie toute neuve et en apparence fragile.  Le début et le commencement de la vie réunis. On nous a offert un appartement qui était  libre. On s’est mis à la recherche des enfants qui passaient d’une paire de bras à l’autre. « Ce qu’il est beau », dit Angèle. « Ce qu’il est mignon »!, ajouta Gérard avec son cœur habile et ses bras tachetés.
« Monsieur Gagné nous a quittés  il y a quelques heures. Il avait demandé « l’aide à mourir ». Il avait même loué deux appartements. L’autre lui servait de laboratoire pour sa passion de l’électronique et les jeux qu’il organisait pour tous les occupants… Il va nous manquer. C’était un homme extrêmement chaleureux et intelligent. »
En y entrant, on a vu tout de suite de quoi elle parlait. Il avait laissé son ordinateur ouvert et le mot de passe sur un collant jaune collé  à l’écran.
Théo voulait absolument fouiller l’ordi.
— Théo! Espèce de violeur d’écrans, voyeur… Tu n’as pas de respect pour rien.
—  Pauvre Jason! Tu connais quelqu’un qui a réussi à être quelqu’un avec du « respect »? Tu sais bien que non…
Quand l’écran s’est ouvert, Théo est resté figé.
— Vous devriez voir ça. Surtout toi Jason…
— Moi?
— Oui.
Alors je suis allé jeter un œil.
— C’était notre grand commentateur. Seigneur!
Aimé Laliberté.
Maggie dormait déjà, affalée sur le lit avec le bébé et Maude berçait le sien sur une grande chaise rembourrée de tissus à carreaux.   Anne cherchait un lit. Je l’ai suivie, vers l’extérieur. Dans le couloir j’ai aperçu Alice et Germaine. Elles nous ont offert une chambre et on n’a pas refusé. On ne voulait pas de Maude et Théo.  On a dû dormir longtemps, car c’était l’émission La Voix à la télé et tout le monde la visionnait  dans la grande salle.
« Pourquoi ils hurlent quand ils chantent? »
«  C’est la jeunesse »
«  Non, je pense que c’est une tempête de voix. C’est comme ça partout dans le monde. Ça crie. C’est vrai qu’on est sourds. Mais bon, il doit bien y avoir de jeunes oreilles en ce monde? »
La grande horloge indiquait 20h45. On s’est vite rendu compte que Maude et Théo s’étaient enfuis  en taxis pour aller chercher leur Lexus et qu’ils trouveraient un motel pas très loin. Ils savaient que la maison n’était pas verrouillée. Alors ils avaient déjà, à cette heures, pris leurs attirail et  la poudre d’escampette comme deux volailles. Ils avaient peur des vieux…
On a cherché Carl partout. Lui aussi, sans doute sous les insistances de Théo avait sans doute,  repris la route. On était donc les seuls au Centre et on a décidé d’aller passer la nuit dans l’appartement qu’on nous avait offert.  Au petit matin, on nous attendait dans la salle à manger. Ils étaient sept ou huit à jouer avec Mona qui regardait, rieuse, tous  ces visages tournés vers elle.
Théo, qui avait été méchant dans ses mots nous avait dit qu’on prenait soin des vieux parce qu’on se sentait coupables. Il voulait jouer les psys. Et dans ses formules creuses, il a ajouté que « l’avenir n’est pas hier ». Pauvre Théo! La planète est peut-être déjà vieille, mais  il l’ignore. Je me souviens que Maggie lui avait répondu qu’il n’y a pas de vieilles vies mais de vieilles idées qui apparaissent sous déguisement. Il n’a pas répondu. Je pense qu’il n’a pas compris. Il n’a pas compris qu’on devra cesser de cultiver des rois. Il n’a pas compris que nous sommes entrés dans un siège aussi bête et assassin  que celui de Waco.

Fin

© Gaëtan Pelletier

Le Dépotoirium, Chapitre 32

Le Dépotoirium, Chapitre 31

Le Dépotoirium, Chapitre 30

Le Dépotoirium, Chapitre 29

Le Dépotoirium, Chapitre 28

Le Dépotoirium, Chapitre 27

Le Dépotoirium, Chapitre 26

Le Dépotoirium, Chapitre 25

Le Dépotoirium, Chapitre 24  

Le Dépotoirium, Chapitre 23

Le Dépotoirium, Chapitre 22

Le Dépotoirium, Chapitre 21

Le Dépotoirium, Chapitre 20

Le Dépotoirium, Chapitre 19

Le Dépotoirium, Chapitre 18

Le Dépotoirium, Chapitre 17

Le Dépotoirium, Chapitre 16

Le Dépotoirium, Chapitre 15

Le Dépotoirium, Chapitre 14

Le Dépotoirium, Chapitre 13

Le Dépotoirium, Chapitre 12

Le Dépotoirium, Chapitre 11 

Le Dépotoirium, Chapitre 10

Le Dépotoirium, Chapitre 9

Le Dépotoirium, Chapitre 8

Le Dépotoirium, Chapitre 7

Le Dépotoirium, Chapitre 6

Le Dépotoirium, Chapitre 5

Le Dépotoirium, Chapitre 4

Le Dépotoirium, Chapitre 3

Le Dépotoirium, Chapitre 2

Le Dépotoirium, Chapitre 1

Chanson pour le trio, Trump Macron Trudeau

Non certe’, elle n’est pas bâtie
Non certe’, elle n’est pas bâtie
Sur du sable, sa dynastie
Sur du sable, sa dynastie
Il y a peu de chances qu’on
Détrône le roi des cons
Il peut dormir, ce souverain
Il peut dormir, ce souverain
Sur ses deux oreilles, serein
Sur ses deux oreilles, serein
Il y a peu de chances qu’on
Détrône le roi des cons
Je, tu, il, elle, nous, vous, ils
Je, tu, il, elle, nous, vous, ils
Tout le monde le suit, docil’
Tout le monde le suit, docil’
Il y a peu de chances qu’on
Détrône le roi des cons
Il est possible, au demeurant
Il est possible, au demeurant
Qu’on déloge le shah d’Iran
Qu’on déloge le shah d’Iran
Mais il y a peu de chances qu’on
Détrône le roi des cons
Qu’un jour on dise: »C’est fini »
Qu’un jour on dise: »C’est fini »
Au petit roi de Jordani’
Au petit roi de Jordani’
Mais il y a peu de chances qu’on
Détrône le roi des cons
Qu’en Abyssinie on récus’
Qu’en Abyssinie on récus’
Le roi des rois, le bon Négus
Le roi des rois, le bon Négus
Mais il y a peu de chances qu’on
Détrône le roi des cons
Que, sur un air de fandango
Que, sur un air de fandango
On congédi’ le vieux Franco
On congédi’ le vieux Franco
Mais il y a peu de chances qu’on
Détrône le roi des cons
Que la couronne d’Angleterre
Que la couronne d’Angleterre
Ce soir, demain, roule par terre
Ce soir, demain, roule par terre
Mais il y a peu de chances qu’on
Détrône le roi des cons
Que, ça c’est vu dans le passé
Que, ça c’est vu dans le passe
Marianne soit renversé’
Marianne soit renversé’
Mais il y a peu de chances qu’on
Détrône le roi des cons

 Georges Charles Brassens

 

Un oiseau abat un F-35 :-)

« Lancé au début des années 1990, le F-35 est le plus cher des programmes d’armement de l’histoire militaire américaine, avec un coût estimé au total à près de 400 milliards de dollars pour le Pentagone, pour un objectif de près de 2500 appareils à produire dans les décennies à venir. »

La Presse 

Congo: Du sang dans nos portables

80% des ressources mondiales de certains minerais indispensables à nos téléphones portables, nos ordinateurs portables, nos consoles de jeux, nos appareils photo numériques, nos tablettes… se trouvent au Congo.

Les richesses immenses que représentent ces ressources font l’objet de guerres depuis plus de 15 ans, pour le contrôle de l’exploitation et du commerce des minerais (coltan, cassitérite…).

De nombreux groupes armés pillent les mineurs, leurs familles, leurs villages, ils torturent, violent et tuent. Les pires atrocités sont commises.

Pour que nos enfants puissent jouer à la PlayStation, des enfants du Congo travaillent dans des mines sans aucune sécurité et dans un air irrespirable pendant parfois une semaine ; ils y meurent quand elles s’effondrent. D’autres enfants sont enrolés comme soldats, certains deviennent orphelins et d’autres encore sont tués sous les yeux de leurs mères…

Le coltan capté par les pillards est vendu sur les comptoirs locaux avant de partir pour l’étranger et d’intégrer l’industrie de l’électronique, sans qu’aucun boycott ni aucune traçabilité ne soit mis en place par aucune firme ni aucune autorité. L’argent de la vente est réinvesti par les pillards dans leur propre armement au lieu de profiter à la population, manquant terriblement à ses besoins les plus élémentaires qui portent sur la scolarisation, la santé, l’alimentation…

Plus de 6 millions de Congolais ont été tués dans les guerres et les guérillas, ce qui fait de ce conflit le plus meurtrier depuis la 2nde guerre mondiale. Dans une parfaite hypocrisie collective les compagnies de l’industrie électronique (Apple, Samsung, Nokia et quantité d’autres…), informées pourtant depuis longtemps, préférant toujours un mercantilisme assassin à une éthique honnête.

6 millions de tués, c’est 26 fois l’hécatombe du Tsunami de 2004, 26 fois celle du séisme d’Haïti en 2010, 330 fois le Tsunami du Japon en 2011, soit plus de 2 TGV de cadavres par jour pendant 20 ans… mais la différence fondamentale et ce que l’Histoire retiendra aussi, c’est que ces hommes sont tués par d’autres hommes pour les voler, pour le profit de nos entreprises, pour servir notre « progrès » et dans l’indifférence générale.

Nous sommes abreuvés de documentaires, d’enquêtes, de fictions sur les barabries passées mais celle qui fait notre quotidien et pour laquelle nous prenons tous part consciemment ou non, est toujours ignorée, écartée des grands flux d’informations – trop culpabilisante ? des effets redoutés sur la consommation ? ou trop peu… divertissante ? Il faudrait interroger nos chers « responsables » et ceux des médias…

La douleur elle, traversera le temps et aucune justice ne pourra jamais réparer ce crime incroyable de l’humanité contre l’humanité. Il est temps d’y mettre fin !

 

https://www.portablesdusang.com/information.php

https://ici.radio-canada.ca/info/2019/05/coltan-republique-democratique-congo-mines-enfants/