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Rafle des années 60 : des enfants autochtones ont été vendus à l’étranger

Carla Williams a été adoptée par une famille néerlandaise. Ses parents lui ont dit qu'ils l'ont achetée pour 6400$.

Une enquête de CBC révèle que certains enfants autochtones retirés de leur famille pendant la rafle des années 1960 ont été vendus à l’étranger.

Connue en anglais sous le nom de « Sixties Scoop », cette politique gouvernementale a arraché des milliers d’enfants autochtones à leur famille pour les faire adopter par des familles blanches au Canada, aux États-Unis et en Europe.

Des documents liés à l’adoption d’enfants autochtones dans le cadre du programme fédéral révèlent que ceux-ci ont fait l’objet d’une campagne de commercialisation agressive à l’endroit d’églises et d’agences d’adoption américaines. Les enfants étaient notamment répertoriés dans des catalogues, où on leur accordait une valeur monétaire.

Barbara Tremitiere était préposée à l’adoption au Tressler Lutheran Home for Children, un organisme basé en Pennsylvanie, dans les années 1970. Elle se souvient des catalogues envoyés à son agence dans lesquels figuraient les noms et photos d’enfants disponibles au Canada.

Articles faisant la promotion d'adoption d'enfants autochtones
Articles faisant la promotion d’adoption d’enfants autochtones   Photo : Karen Pauls

« À cette époque-là, les règles entourant l’immigration étaient très différentes. Les enfants autochtones étaient considérés comme des citoyens des deux pays, donc il n’était pas nécessaire de passer par l’immigration pour les amener [aux États-Unis] », raconte Mme Tremitiere, ajoutant que son agence percevait entre 1000 $ et 2000 $ pour chaque adoption d’enfant autochtone en provenance du Canada.

Parmi les enfants adoptés par l’entremise du Tressler Lutheran Home for Children figurent les soeurs jumelles Alison Sweigart et Debra Floyd, qui ont été retirées de leur communauté au Manitoba et adoptées en Pennsylvanie. Leurs parents adoptifs les ont choisies dans un catalogue où leur valeur était « évaluée à 10 000 $ ».

« [Ma mère] m’a dit que c’était comme feuilleter un magazine pour choisir celui que tu voulais », raconte Alison Sweigart, ajoutant que ses parents adoptifs ont payé la somme demandée.

C’était comme un marché noir. C’est incroyable que des gens aient pu faire cela dans l’impunité

Alison Sweigart

Carla Williams est née au Manitoba et a été adoptée par un couple néerlandais. Elle avait 11 ans lorsqu’elle a trouvé le reçu de son achat. « J’étais évaluée à 6700 $ canadiens », dit-elle, ajoutant que le reçu officiel avait été signé par un juge.

SOURCE: RADIO-CANADA, 2016

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Roméo et Louise : une histoire d’amour des années 30

 

***

L’histoire des peuples est l’histoire de la trahison de l’unité.

Antonin Artaud

En temps de paix, les fils ensevelissent  leurs pères ; en temps de guerre, les pères ensevelissent leurs fils.

Hérodote

Le malheur est à l’art ce que le fumier est à la culture maraîchère.

San Antonio

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Toute histoire est une histoire d’amour. L’envers en est la haine… Si l’amour apporte quelque chose à la vie, la haine la détruit… Satan  est notre incapacité d’aimer. Aimer n’est pas seulement  ressentir, aimer c’est agir. Satan, c’est une sorte de vêtement  à l’envers de Dieu…

Les  âmes d’aciers râpent la chair des humains.

Nous vivons une ère où l’on a créé un nouveau terrorisme : la peur de manquer de tout. On ne fait plus la différence entre le désir inassouvi de possession et les besoins réels de la vie.

LES ANNÉES 30

Le Canada avait alors une population d’environ 11 millions. Étalée sur un territoire immense en richesses naturelles. Il n’échappa toutefois  pas à la crise suite au  Crash de 1929. Mais, au moins, il y avait des terres, des forêts, des rivières, et des gens débrouillards.

Aujourd’hui ce dont il faut se méfier, c’est que les terres et les ressources n’appartiennent plus aux terriens, mais à des compagnies, des conglomérats, des entités invisibles.  Et de plus en plus concentrées. Et de plus en plus dispersées. Notre avoir collectif nous échappe. Nos terres sont vendues. Notre domaine agricole a des allures de compagnies de plus en plus concentrées.

De là  l’illogisme de ceux qui vous diront de diversifier vos portefeuilles… Dans la réalité, la richesse est la diversification, mais dans la virtualité que l’on veut nous vendre, on fait le discours contraire : la richesse est la concentration.

Et quand le tout appartient à un UN, les parties du tout sont appauvries.  Donc, affaiblies. C’est le principe somme toute simple des structures des ingénieurs.

Un pilier ne supporte pas un ensemble complexe et lourd. C’est la subtilité et répartition des forces qui rend solide.

Or, on ne nous vend que cet UN.

Bien sûr, nous sommes habitués à nos « richesses », à nos gadgets qui les enterrent.

Ce sont les miroirs affinés et illusoires d’un monde qui périclite.

Essayez, en cas de crise, de manger votre ordinateur ou votre cellulaire.

Vous m’en direz des nouvelles…

Le mot craquelin sera alors vraiment compris….

LE LIVRE

Barry Broadfoot partit à la recherche de témoignages de gens qui avaient vécu cette dépression. 600 témoignages.

Le livre  n’est plus disponible en français. J’en ai trouvé un sur EBay l’an dernier. Publié en 1973, il en reste toutefois des éditions en anglais.

Vu à travers le vécu, c’est un voyage dans le temps enrichissant pour comprendre la misère des besoins primaires que vivent encore aujourd’hui la plus grande part des habitants de la planète.

Vous lirez dans ce livre comment un fermier du Québec fit de ses 17 enfants des esclaves; comment un homme de Winnipeg vendit sa fille en mariage; comment les fermiers de Saskatchewan abandonnèrent leurs fermes, ensevelis sous des tonnes de sable; comment le gouvernement établit des camps pour chômeurs afin de les retirer des rues pour éviter les révoltes…

Vous croyez que c’est dépassé? Désuet? Vous voyez le Canada comme un grand pays?  Là où peut rêver sous la gouverne des mêmes modèles de vautours qui ont enseveli 10 années de vie de gens simples? Wall-Street et sa progéniture de cravatés pompeux n’est pas là pour soigner l’âme humaine. Wall-Street tricote du virtuel.

59 % des citoyens disent qu’ils ne peuvent pas retarder leur paye d’une semaine…

On comprend alors que le plus grand terrorisme des pays,  dits développés,  est en fait celui d’une paire de menottes virtuelle : la dette. C’est une bouée de sauvetage temporaire. Comme les bouées de sauvetage, c’est de l’air dans une enveloppe de plastique.

Continuons d’avoir peur…

Pour suppléer au cuir, on a inventé le similicuir. Pour suppléer à la réalité, on a inventé…

***

Roméo et Louise

J’ai choisi un passage plutôt romantique : une histoire d’amour. Mais  Ô combien touchante! J’aurais envie de vous l’expliquer en termes « intellectuels »… Car il y a en effet, une belle leçon à tirer de ce passage : celui de quitter la vie simple par « désir » d’un autre monde plus « plastique ». Et les conséquences qui s’ensuivent…

Mais je vous laisse le texte, car tout le monde a sa vision des choses, des êtres, de l’univers, de la « réalité ».

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« Je me suis acheté un cheval porteur, je l’ai chargé et je suis parti en direction de la rivière Fraser. Et je me suis trouvé une femme aussi, dans une réserve indienne. J’ai fait affaire avec son père. Louise était une très bonne femme, toute jeune. Pour 10$ et un veau, et elle a amené son pony, un pony indien increvable. Le bonhomme avait une Winchester 44-40 et je l’ai achetée pour 10$, je crois qu’il m’a eu là-dessus, mais il m’ »a donnée une boîte de cartouches. J’ai dit à Louise d’apporter tout ce qui lui appartenait, mais avez-vous déjà vu une indienne avec un coffre de cèdre? Ha! Ha        Elle avait des couvertures, des vêtements, un couteau à écorcher, une chaudière pleine de petits cailloux qu’elle ramassait depuis des années dans le ruisseau, et des petits pamphlets distribués par les missionnaires avec des images de Jésus flottant  là-haut dans le ciel. Le premier soir, on en a pris un pour allumer le feu et ma petite squaw a trouvé ça bien drôle. La question de la religion était réglée.

« On est retourné dans les montagnes et on a trouvé une cabane de trappeur en bon état. J’ai rafistolé le poêle, posé des bardeaux sur le toit. On a travaillé fort tous les deux, moi sur la hache et elle avec le cheval, qui transportait les billots jusqu’à la cabane.

Et puis on a rentré notre bois et alors il a fallu décider de ce qu’on ferait de nos veaux. Parce qu’on n’avait pas de foin, vous voyez, et les chevaux peuvent passer l’hiver dans ce pays-là mais pas les vaches. Elles ne peuvent pas gratter la neige jusqu’au sol pour y trouver de l’herbe. Louise savait quoi faire. Vous savez ce qu’elle a fait? Elle s’est approche du premier veau avec son couteau, elle a posé sa main juste au-dessus de la queue d l’animal, a promené ses doigts le long de sa colonne vertébrale et, arrivée à son cou, slic, elle lui a planté son couteau et le veau n’a jamais su qu’il était mort. Là, j’ai su que je m’étais trouvé une vraie femme.

Pas question de manger des steaks matin, midi et soir, non m’sieur. Elle les a dépecés jusqu’à la derni

ère once en gardant toute la graisse, et elle en a fait.

C’était toute une bonne femme et oubliez pas qu’elle avait seulement quinze ans et elle l’aimait son homme blanc au bras tatoué. Elle l’examinait souvent ce tatouage et , chaque fois, elle se mettait à se parler dans son dialecte indien et je n’ai jamais su ce qu’elle racontait.

Elle savait repérer les quelques orignaux qui passaient parfois au nord de chez nous, même si elle n’y était jamais allée. Y en a encore des indiens qui savent ces choses-là. On dit que l’indien d’aujourd’hui doit apprendre à vivre dans le bois tout comme le blanc, mais c’est pas vrai.

Elle m’a beaucoup aidé, cette petite fille-là. Je me suis mis à penser comme un indien et elle, comme un homme blanc, et on s’arrangeait très bien. On a vécu ensemble pendant quatre ans et l’été, moi, j’allais travailler comme cowboy et elle, au Lac ( le lac Williams ) ou quelque part, et on volait tout le monde au coton.  Notre cabane commençait à ressembler à une place qui a du bon sens, avec un jardin ou les mauvaises herbes semblaient ne pas vouloir pousser, et on avait du blé d’Inde, des patates et des citrouilles, à l’automne, et je pense qu’on vivait avec 200$ par année. (…)

La vieille Winchester nous a toujours donné notre orignal. Bon dieu! De quoi arrêter un train ces balles-là. On avait de la perdrix, plein de poisson, quelques légumes, et on achetait du sucre, de la farine, du sel, des fèves, du pétrole, de la graisse, de l’étoffe, un peu d’avoine pour les chevaux, une bouteille pour Noël et on a fait toutes sortes d’affaires et je lui ai montré à lire et à écrire et elle m’a montré a vivre dans le bois.

Non. Pas d’enfants. Ils ne sont jamais venus.

Une fois, la police de la Colombie britannique s’est amenée et ils avaient l’air pas mal curieux et Louise leur a servi un gros steak d’orignal, hors saison, évidemment, mais j’achetais toujours un veau d’un rancher, à l’automne, ce qui me donnait un facture et, comme ça, on mangeait du bœuf, du chevreuil  et de l’orignal à l’année longue juste sur cette facture-là et c’était toujours Louise qui s’occupait d’abattre le veau. D’une vois chaude, la main sur l’ »épine dorsale et la bête s’apercevait de rien.

(…)

Évidemment, c’était pas toujours la cerise sur la crème glacée. D’abord on n’a jamais vu de crème. Pis des cerises non plus. J’avais des problèmes avec Louise, mais pas parce qu’elle était indienne, mais parce qu’elle était femme. Ces photos sur les murs, des photos de revues de femmes. Là-bas, Christ, c’était un tout autre monde. Des voitures éclatantes, des robes longues, du champagne. Pourquoi on peut pas aller à Vancouver? Allons à Vancouver. Quand est-ce qu’on va aller à Vancouver voir un film? Je luis disais que là-bas, le monde entier était à l’envers.

C’était les sales années 30, évidemment, mais j’avais là une fille de 19 ans, belle comme un lys de montagne, grande, mince, intelligente, qui n’avait jamais vu un film,entendu la radio ou porté la bonne robe ce qui fait que, Christ, c’ était seulement une question de temps avant que je capitule. Alors un bon matin, j’ai dit d’accord. « Prépare-toi, on s’en va à Clinton prendre le train pour Vancouver ». Elle était comme une enfant. J’avais vaguement l’idée de voler une voiture, le vieux truc des plaques matricules, en tout cas me faire un coupe d’argent vite, comme je le pourrais et j’avais quelques idées. J’suis un bien bon garçon, hein? Eh! Bien, non! De toutes manières, on allait s’amuser et s’aimer tant qu’on pourrait, ça c’était garanti.

Trois jours plus tard, on fermait la cabane. Je suis allé atteler les chevaux et comme je revenais vers la cabane, que le diable m’emporte si c’est pas vrai, elle était debout devant la porte dans une toilette incroyable. Vous auriez dit une femme de la haute société, habillée comme les modèles dans les revues de mode de la ville. Elle s’était acheté de l’étoffe l’automne précédent, je suppose, elle avait bien étudié les photos et elle s’était fait ces vêtements, chapeau, veston, jupe, blouse toute l’affaire. Aux pieds, elle avait encore ses mocassins.

« Alors j’ai poussé des cris d’admiration, elle a eu des petits rires neveux et on est parti sur le sentier. Elle était monté en amazone à cause de sa jupe, voyez-vous. En amazone sur une grande selle western, si vous pouvez me croire. Tout à fait comme une grande dame. On est arrivés devant un ruisseau et son pinto, un de ces petits chevaux indiens, a probablement dû être effrayé par le rouge de sa jupe qui était pas rouge, Christ, elle était écarlate, et il a fait un saut de travers et Louise a été projetée et j’ai entendu très distinctement un craquement. Sa tête s’était écrasée sur une pierre dans le ruisseau. J’ai senti tout de suite qu’elle était morte avant même de m’approcher d’elle. Elle l’était. Pas même un dernier sourire avant de mourir. Morte. Je l’ai attachée à la selle et je suis arrivé chez son père, 20 milles plus loin, avant la tombée de la nuit et, le lendemain matin, on l’a enterrée dans sa toilette de ville rose et écarlate sous de beaux peupliers.

«  On avait pas besoin de prêtre. On n’y a même pas pensé. Y avait seulement moi et Louise et tout le reste du monde, tous vos maudits dossiers, vos cartes de sécurité sociale et vos cartes d’assurance-automobile, et vos grand livres de recensement à Ottawa, tout ça n’existait pas. C’est sa famille et moi qui l’avons enterrée dans une boîte de bois et je suis resté près de la fosse quand ses frères et se s cousins ont commencé à jeter de la terre et j’ai dit : « Adieu, Louise, je t’ai aimée, et je suis content que t’as pas vu la ville. J’ai dit à son monde que je reviendrais pas, que la cabane, tout ce qu’il y avait dedans était à eux, et son frère, Manuel a dit qu’il planterait une croix blanche sur la tombe et qu’il m’en enverrait un dessin s’il savait où est-ce que j’allais être et j’ai dit que je ne savais pas où j’allais être et je suis monté sur mon cheval, le même que celui sur lequel j’étais arrivé dans ces pays et avait rencontré Louise, et j’ai quitté ce maudit pays et je suis jamais retourné. »  p. 123, 124, 125.

( Il éclate en sanglots.)

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Occasionnellement, certains de vos visiteurs verront un

Ermites dans la taïga

Ermites dans la taïga par Peskov

Vassili Peskov

Extrait

LE JARDIN ET LA TAÏGA

J’ai rapporté à Moscou, de chez les Lykov, un morceau de pain. En le montrant à mes amis, je n’ai entendu qu’un seul commentaire qui se rapproche de la vérité : “On dirait du pain.” Oui, c’est le pain des Lykov. Ils le font à base de pommes de terre pilées au mortier avec deux ou trois poignées de seigle et quelques graines de chanvre passées au pilon. Pétri à l’eau, ce mélange, sans levure ni quelque fermentation que ce soit, va à la poêle pour donner une sorte de grosse crêpe noire. “C’est un pain aussi désagréable à manger qu’à regarder, a dit Erofeï. Pourtant ils en mangeaient et ils continuent : ils n’ont jamais goûté au moindre morceau de notre vrai pain.”
Le jardin, un morceau de montagne arraché à la taïga, a nourri la famille toutes ces années durant. Pour prévenir les traîtrises des étés montagnards, un autre jardin avait été défriché en aval, au bord de la rivière : “Si la récolte se faisait mauvaise en haut, on ramassait quelque chose en bas.”
Le jardin donnait de la pomme de terre, du navet, de l’oignon, des pois, du chanvre et du seigle. Les graines provenaient de l’ancien domaine aujourd’hui avalé par la taïga, apportées quarante-six ans auparavant comme des pierres précieuses, avec la même précaution que le fer et les livres religieux. Jamais aucune culture en ce demi-siècle ne les a lâchés par dégénérescence, chacune leur donnant nourriture et semence.

La pomme de terre, entrée en Russie sous Pierre I, était bannie par les vieux-croyants. “Pécheur est le tsar, pécheur est son fruit.” Ironie du sort, elle est devenue l’aliment principal des Lykov.

Des semences, inutile d’expliquer pourquoi, qu’ils préservaient comme la prunelle de leurs yeux.
Ironie du sort, la pomme de terre qui fut importée d’Europe par Pierre le Grand et que les vieux-croyants rejetèrent au même titre que le thé et le tabac comme “une plante démoniaque de perdition”, a constitué de longues années durant leur nourriture de base. Chez les Lykov aussi. Et elle s’y était parfaitement acclimatée. On la conservait dans une cave garnie de rondins de bois et d’écorces de bouleau. Mais de récolte en récolte les réserves se révélaient insuffisantes. Les neiges de juin, en montagne, pouvaient avoir des effets catastrophiques sur le jardin. Il fallait à tout prix une réserve “stratégique” de deux ans. Bien qu’aucune cave, même bonne, ne conservât les pommes de terre pendant deux ans.
Les Lykov avaient appris à faire des réserves de pommes de terre séchées. Ils les découpaient en lamelles fines qu’ils exposaient au soleil, les jours de temps chaud, sur de grandes feuilles d’écorce ou carrément sur les “tuiles” du toit. Au besoin, ils parachevaient le séchage près du feu ou sur le poêle. L’espace libre de la masure était toujours occupé par des baquets de pommes de terre séchées qu’on plaçait aussi dans des garde-manger en rondins de bois montés sur de hautes perches. Le tout étant, bien entendu, précautionneusement enveloppé d’écorce.
Toutes ces années les Lykov ont mangé les pommes de terre avec la peau, expliquant cela par une économie de nourriture. Je crois quant à moi qu’ils avaient compris intuitivement que la pomme de terre, mangée avec sa peau, était un aliment plus complet.
Le navet, le pois et le seigle se présentaient comme des aliments d’appoint. Il y avait si peu de céréales que les jeunes Lykov ignoraient complètement ce qu’était le pain. Les graines, une fois séchées, étaient écrasées dans un mortier et l’on en faisait une bouillie de seigle “les jours de sainte fête”.
La carotte y avait poussé jadis jusqu’au jour où un rongeur s’était gavé des dernières graines. Ainsi les Lykov ont-ils été privés d’une nourriture indispensable. La pâleur maladive de leur peau s’expliquait sans doute moins par leur claustration dans l’obscurité que par le manque d’une substance nutritive nommée carotène présente dans la carotte, l’orange, la tomate… Cette année les géologues ont approvisionné les Lykov en graines de carottes et Agafia nous a apporté près du feu, à titre de confiserie, des racines d’un orange encore pâle. Deux chacun. Et d’ajouter en souriant : “De la caro-otte…”
Le deuxième jardin, c’était la taïga. Sans ses fruits l’homme ne pourrait y vivre longtemps dans l’isolement total. Dès avril les bouleaux donnaient leur sève. On la recueillait dans des seaux d’écorce.
S’ils n’avaient pas manqué de vaisselle, les Lykov en auraient sûrement fabriqué du sirop, par réchauffement. Mais allez poser un seau d’écorce sur le feu… On plaçait le seau dans le torrent, réfrigérateur naturel, où la sève se gardait longtemps.
Après la sève de bouleau, on allait cueillir l’oignon sauvage et l’ortie. De l’ortie on faisait une soupe et l’on séchait des bottes pour l’hiver, utiles à “la robustesse du corps”. L’été venu, on ramassait les champignons (que l’on mangeait cuits au four et bouillis à l’eau), la framboise, la myrtille, l’airelle rouge, le cassis.
“Accroupis, éreintés, c’est abondamment qu’on mangeait ces fruits divins.”
Mais l’été voulait aussi qu’on songeât à l’hiver, une saison longue et austère. L’habitant de la taïga, tel un écureuil, devait avoir le sens de la réserve. De nouveau les seaux d’écorce entraient en jeu. On séchait les champignons et les myrtilles, on macérait l’airelle dans de l’eau. Mais tout cela dans des quantités moindres qu’on ne tend à l’imaginer, “par manque de temps”.

La taïga, deuxième ressource alimentaire après le potager.

Plus dangereux peut-être que l’ours, 1’écureuil, parce qu’il ravage les provisions de graines.

Fin août arrivait le temps des récoltes, reléguant à l’arrière-plan tous les autres soucis. On allait à la cueillette des pommes de cèdre dont les graines faisaient office de “pommes de terre de la taïga”. Les cônes de cèdre les plus bas étaient décrochés à l’aide d’une longue perche de sapin. Mais il fallait toujours grimper à l’arbre pour secouer les plus hauts. Tous les Lykov – les jeunes et les vieux, les hommes et les femmes – grimpaient aux cèdres avec aisance. Ils jetaient les pommes dans des cuves creusées, puis les décortiquaient sur des râpes en bois. Ensuite les graines séchaient à l’air. Une fois propres et sélectionnées, elles se conservaient dans des récipients d’écorce, à l’intérieur de l’isba et des garde-manger, protégées contre l’humidité, les ours et les rongeurs.
Aujourd’hui les diététiciens chimistes ont découvert, à l’analyse de la composition des graines de cèdre, une multitude de substances nutritives allant des corps gras et protéines à certaines composantes d’une richesse exclusive mais dont les noms récalcitrants résistent à ma mémoire. Sur un marché de Moscou j’ai vu ce printemps, parmi les marchands du Sud aux étalages de grenades et d’abricots secs, un Sibérien imposant derrière une malle de pommes de cèdre. Pour prévenir les questions inutiles, il avait épinglé, sur une allumette plantée dans l’un des fruits, un bout de carton où figurait cette information consistante : “Contre la tension. Un rouble la pièce.”
Les Lykov ignorent l’argent mais connaissent d’expérience la valeur de tout ce qui compose les cônes de cèdre. Et toutes les saisons de bonne récolte, ils en faisaient le plus gros stock possible. Les graines se conservent parfaitement, “quatre années sans rancir”. Les Lykov les consomment en l’état naturel (“on les ronge semblablement à des écureuils”), les mélangent parfois sous forme compilée à la pâte de pain et en extraient le fameux “lait” dont même les chats sont friands.
La taïga fournissait aussi partiellement de la nourriture animale. Point d’animaux domestiques en ce lieu. J’ai oublié d’en demander la raison lors de ma première visite. Sans doute la place a-t-elle manqué sur le canoë creusé dans le bois, à bord duquel les Lykov ont remonté l’Abakan. Mais les Lykov ont peut-être décidé consciemment de ne pas s’encombrer de “créatures domestiques” par souci de discrétion. Durant de longues années, l’isba a ignoré les aboiements, les cocoricos, les beuglements, les bêlements, les miaulements.
Pour seuls voisins, ennemis et amis, les Lykov n’avaient que les bêtes sauvages, dont la taïga n’est pas pauvre. Des casse-noix voletaient sans frayeur près de la maison. Ils avaient coutume de cacher des graines dans la mousse du torrent où ils fouinaient sans gêne sous nos jambes quand nous passions. Les gélinottes nichaient juste derrière le jardin. Deux corbeaux vivaient non loin, doyens de la montagne, peut-être même antérieurs à l’isba. Leur croassement alarmant annonçait la tempête aux Lykov et leurs tournoiements les avertissaient qu’une bête était prise dans la fosse.
Un lynx apparaissait quelquefois en hiver. Sans frayeur ni méfiance il faisait le tour du “domaine”. Un jour, par curiosité sans doute, il a même gratté la porte de l’isba avant de disparaître aussi nonchalamment qu’il s’était approché.
Les zibelines laissaient leurs empreintes sur la neige. Les loups aussi faisaient quelques apparitions, attirés par l’odeur de la fumée et la curiosité. Une fois convaincus de l’absence de proie, ils se retiraient vers le fief des cerfs.
L’été, se blottissaient dans les bûches les petits prélerés d’Agafia, les pliski. Me voyant surpris par ce mot bizarre, Agafia a esquissé de la main un hochement expressif. Les hochequeues !
Les oiseaux voyageurs ne font pas route par ce coin de taïga. Une seule fois dans un brouillard d’automne les Lykov furent alarmés par le craquettement d’une grue solitaire que les vents avaient égarée. Deux jours durant elle survola la vallée (“elle nous troublait l’âme”) avant de disparaître. Plus tard Dmitri trouva au bord de l’eau les pattes et les ailes de l’oiseau qui venait de périr et d’être mangé.
La solitude taïguéenne des Lykov fut partagée durant plusieurs années par un ours, une bête à la carrure et à l’insolence modérées. Il n’apparaissait qu’épisodiquement, piétinant, humant l’air près du garde-manger, avant de repartir. Lors de la cueillette des pommes de cèdre, l’ours suivait les ramasseurs à la trace tout en esquivant leurs regards, pour recueillir les fruits oubliés. “Nous lui laissions des pommes exprès, affamé comme il était, en quête de graisse pour l’hiver.”
Cette alliance avec l’ours se vit soudainement interrompue par l’apparition d’un grand frère autrement corpulent. Le duel des deux ours eut lieu près du sentier de la rivière. “Ils hurlaient fortement.” Quelque cinq jours plus tard Dmitri retrouva son vieil ami à moitié mangé par son congénère plus grand que lui.
Finie, la vie tranquille. L’intrus se conduisait en maître. Il dévasta l’un des garde-manger empli de graines. Une fois, surgissant près de l’isba, il effraya tant Agafia qu’elle garda le lit durant six mois. “Mes jambes ne marchaient plus.” Il devenait périlleux de s’aventurer dans la taïga. L’ours fut unanimement condamné à mort. Mais comment mettre le verdict à exécution ? A défaut d’arme, on creusa une fosse sur le chemin des framboisiers. L’énorme bête y tomba mais, insensible aux pieux pointus, en sortit indemne : on avait mésestimé la profondeur.
Dmitri fabriqua un épieu à l’automne dans l’espoir d’atteindre la bête au fond de sa tanière. Mais la tanière resta introuvable. Devinant qu’au printemps l’animal affamé se montrerait particulièrement dangereux, Sawine et Dmitri confectionnèrent une cabane piège avec un appât et une porte glissante. L’ours se fit prendre au printemps mais, brisant les murs de sa prison, s’échappa. Il fallut demander une arme aux géologues. Dmitri, en connaisseur des sentiers d’ours, installa un dispositif de tir automatique à l’endroit le plus sûr. Le truc marcha.
— Un jour nous avons vu les corbeaux tournoyer dans le ciel. Nous y sommes allés prudemment. L’ours gisait sur le sentier.
— Avez-vous goûté à sa viande ?
— Non, nous l’avons laissée en pâture aux petites bêtes. Dieu ordonne de manger uniquement ceux qui ont des sabots, a dit le vieux.
Des sabots ? En sont “chaussés”, dans la contrée, l’élan, le renne sibérien. On leur faisait la chasse, la seule méthode étant de creuser des fosses sur les sentiers. Pour aiguiller l’animal vers son piège on installait des barrages à travers la taïga. Les proies se faisaient rares : “Les bêtes avec le temps ont appris à être sages.” Mais qu’un petit renne tombât au piège et les Lykov festoyaient, sans omettre toutefois de constituer un stock pour l’hiver. La viande était découpée en fines lamelles mises à sécher au vent.
Ces “conserves” de viande se gardaient une année ou deux dans leur écorce de bouleau. On les sortait les jours de grande fête ou pour les longues marches et les travaux pénibles.

(J’ai rapporté à Moscou un cadeau d’Agafia, un tortillon de viande d’élan séchée. Il sent bien la viande, mais de là à le manger…)
L’été et l’automne, les Lykov péchaient jusqu’à la formation des glaces. Le haut cours de l’Abakan abrite l’ombre et le lenok, un salmonidé sibérien. La pêche se faisait “à la canne et au panier”, un piège tressé d’osier. Le poisson se mangeait cru ou grillé sur le feu. On en séchait toujours pour les réserves.
Mais n’oublions pas que les Lykov ont vécu toutes ces années sans sel. Sans le moindre grain ! La médecine juge nocive la surconsommation de sel. En même temps qu’elle le déclare indispensable dans des quantités appropriées. J’ai vu en Afrique des antilopes et des éléphants parcourir près de cent kilomètres dans le seul but de paître sur des terres salifères. Ils se “ressalent” au péril de leur vie. Carnassiers et chasseurs les traquent. Mais ils marchent au mépris du danger. Qui a vécu la guerre en Russie sait qu’un verre de sel, même souillé de terre, était une “monnaie d’échange” qui donnait droit à tout – vêtements, chaussures, pain. Quand j’ai demandé à Karp Ossipovitch quelle avait été la plus grande des difficultés de son existence dans la taïga, il m’a dit : Vivre sans sel. Une souffrance en vérité !” Lors de la première rencontre avec les géologues, les Lykov ont refusé tous les cadeaux alimentaires. Sauf le sel. “Et depuis ce jour on ne peut plus manger sans sel.”
Des saisons de disette ? Oui, 1961 aura été une année terrible pour les Lykov. La neige de juin, accompagnée d’un gel assez violent, emporta toutes les cultures. Le seigle succomba à la froidure et les pommes de terre n’y survécurent que pour garnir le stock de semence. La nourriture forestière en souffrit aussi beaucoup. L’hiver avala vite les réserves de la récolte précédente. Au printemps, les Lykov mangèrent de la paille, des chaussures de cuir, la peau des skis, l’écorce et les germes des bouleaux. Des réserves de pois ils ne gardèrent qu’un récipient de semence.
Cette année-là la mère mourut de faim. L’isba se serait vidée complètement si les récoltes suivantes avaient avorté comme les autres. Mais l’année fut bonne. La pomme de terre monta bien. Les cônes de cèdre mûrissaient aux branches. Et sur le carré des pois perça par hasard un unique épi de seigle. On le dorlota nuit et jour après avoir installé une protection spéciale contre les rongeurs.
Une fois mûr, l’épi donna dix-huit grains. Cette récolte fut enveloppée dans un chiffon sec, rangée dans un mini-seau spécial plus petit qu’une timbale, roulée dans une feuille d’écorce puis suspendue au mur. Les dix-huit grains donnèrent environ une assiette de céréales. Mais les Lykov ne firent leur première bouillie de seigle qu’à la quatrième saison.
Tous les ans il fallait sauver des rongeurs la récolte de chanvre, de pois et de seigle. Ce “petit peuple de la taïga” considérait les semailles comme une proie parfaitement légitime. Un moment d’inattention et les cultures passaient dans les terriers. Les pièges les plus divers entouraient l’espace ensemencé. Il n’empêche que les écureuils raflaient pratiquement la moitié des récoltes céréalières. Sympathique et agréable à l’œil humain, cette gentille bête était regardée comme une “calamité de Dieu”. “Pire que l’ours, en vérité”, a dit le vieux.
Ce problème fut vite tranché par les deux chattes et les deux chats qu’offrirent les géologues. Les écureuils et les souris (en même temps que les gélinottes, hélas !) furent bientôt exterminés. Mais toute médaille a son revers en ce bas monde : survint le problème de la surreproduction des chasseurs de souris. Noyer les chatons comme on le fait d’ordinaire dans les villages ? Les Lykov n’osèrent pas. Et maintenant pullule une horde de pique-assiette domestiques à la place des écornifleurs forestiers. “Il y en a-a-a !” se lamente Agafia en regardant les chattes sortir à l’air libre leur nichée par la peau du cou, pour prendre un bain de soleil.
Autre circonstance importante. A Moscou j’avais parlé à Galina Proskouriakova, l’animatrice de l’émission télévisée le Monde végétal, de mon prochain départ pour la taïga. Connaissant le but de mon voyage, elle avait insisté : “J’aimerais savoir quelles ont été leurs maladies et comment ils se soignaient. Ils vont sûrement vous nommer tout un bouquet de plantes médicinales. Rapportez donc des échantillons, nous verrons ça, nous fouillerons dans les livres.
Ca me passionne !”

Je n’ai pas oublié de poser la question. Le vieil homme et sa fille m’ont répondu : “Des maladies ? on ne fait jamais sans…” Tous avaient souffert principalement d’un mal qu’ils dénommaient nadsada et qu’ils décrivaient comme une douleur du ventre résultant d’un effort de levage exagéré, ainsi qu’une sorte de faiblesse générale. Tout le monde était passé par là. On se soignait par une “remise du ventre” : une sorte de massage du malade pratiqué par autrui “avec savoir-faire”.
Deux des enfants morts, Sawine et Natalia, souffraient manifestement de maladies intestinales. Le remède en était une décoction de rhubarbe. Un médicament sans doute adéquat, mais que peut un médicament pour des intestins que la nourriture malmène ? Sawine fut emporté par une diarrhée saignante.
Parmi les maladies, Agafia a cité le refroidissement. On le soignait par l’ortie, la framboise et le réchauffement sur le poêle en position couchée. Le refroidissement, toutefois, n’était pas un mal fréquent : les Lykov avaient l’endurance exceptionnelle, ils marchaient souvent pieds nus dans la neige. Bien que Dmitri, le plus vigoureux de tous, mourût précisément d’un refroidissement.
Quant aux blessures, on les oignait de salive et de résine d’épicéa. L’“huile d’épicéa” (bouillon d’aiguilles) était un remède très vanté, mais je n’ai pas compris contre quoi.
Les Lykov buvaient des décoctions de champignons d’arbre, de branches de cassis, d’épilobe. Ils préparaient pour l’hiver l’oignon sauvage, la myrtille, le lédon de marais, la flouve, la tanaisie. A ma demande Agafia a ramassé une dizaine d’autres “plantes utiles dons de Dieu”. Mais nous sommes partis dans la précipitation : la nuit tombait et la route était longue. Mon bouquet médicinal est resté sur un tas de bois…
Maintenant que je repense à cette conversation, j’imagine qu’il y avait dans cette herboristerie forestière une part de sagesse et d’expérience, bien sûr, mais aussi d’erreur. Une chose a de quoi étonner. La région où vivent les Lykov figure sur la carte comme contaminée par l’encéphalite. Les géologues n’y entrent pas sans vaccin. Pourtant les Lykov semblent être passés au travers du fléau. Ils en ignorent jusqu’à l’existence.

Non, la taïga ne leur rend pas la vie douce. Cependant, exception faite du sel, elle a su leur donner tout ce que la survie requiert.

L’indien et l’homme blanc

L’Indien est plus sensé que l’homme blanc. Le duelliste peut posséder une certaine bravoure physique, mais il lui manque le courage moral de l’Indien qui, quand on le mettait au défi, répondait: « J’ai deux objections à ce duel ; la première, c’est que je crains de vous blesser, la seconde, c’est que vous pourriez me blesser. Je ne vois pas le bien que cela me procurerait de vous mettre une balle dans le corps je ne pourrais rien faire de vous lorsque vous serez mort comme je le pourrais d’un lapin ou d’une dinde. A mes yeux, il serait plus sage d’éviter de me mettre dans une situation qui me ferait tort; j’appréhende le fait que vous puissiez me toucher. Si c’était le cas, je pense qu’il serait plus sage que je garde mes distances. Si vous voulez essayer vos pistolets, pourquoi ne pas choisir un arbre, n’importe quel objet du moment qu’il ait ma taille; et si vous atteignez votre but, faites-le moi savoir, je saurais bien reconnaître que, si j’avais été là, vous m’auriez sûre ment touché.»

Chef Kahkewaquonaby (Peter Jones) (Ojibway), 1861. History of the Ojibway

Les oiseaux ont toujours eu de l’importance pour les Indiens parce qu’ils vont où ils veulent, ils se posent où ils peuvent, et ils sont libres. Nous prenons ces plumes des oiseaux. Nous les utilisons lors de nos cérémonies parce qu’elles nous rappellent le Créateur. De tous les oiseaux, l’aigle qui s’élève le plus haut dans le ciel est le plus proche du Créateur, et ses plumes sont les plus sacrées d’entre toutes. Il est le plus grand des oiseaux et c’est pourquoi il fait partie de toutes les tribus, de tous les peuples.

Buffalo Jim (Seminole), 1990. Wisdomkeepers, Wall et Arden.

Ce que l’Homme fait à la Terre

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Mondialisation
Libre marché
robotisation
banquerie
politique
énergie
plastique
guerres
business
« croissance économique »
surpêche
alimentation
déforestation
etc.

AVANT DE LAISSER BRÛLER LA DEMEURE, IL FAUDRAIT BRÛLER LES DEMEURÉS QUI NOUS « GUIDENT »
GP

Les euphorisés mondialistes

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La tentative même de distinguer le génocide de la guerre ordinaire se heurte à cette difficulté que la guerre n’est plus ordinaire, depuis qu’elle a repris à son compte certaines caractéristiques du génocide. Chistopher Lasch, L’homme assiégé

 ***

Dans les années 50, en Angleterre, on commença à adoucir la grande douleur de l’accouchement  par le gaz hilarant. Le protoxyde d’azote.  Aujourd’hui, le voilà devenu une drogue pour les jeunes qui l’utilisent dans les partouzes :

Ainsi, Luc, rencontré par BFMTV, ne peut plus s’en passer le week-end en soirée. « C’est euphorisant, ça entraîne un rire totalement incontrôlé et une distorsion des sons, comme s’il y avait de la réverbération. En deux-trois minutes, on est de retour à l’état normal. Ca permet vraiment juste de rigoler un coup entre amis », explique le jeune homme. (source)

C’est vrai que pour vivre aujourd’hui,  il faut traîner sa bonbonne. Ne serais-ce que la télévision, ce gaz hilarant, avec ses nouvelles aussi fraîches que la tomate de serre qui se promène du Mexique au Canada en hiver.  Nos gouvernements ont de grands projets : éradiquer les gras trans. Il me semble que la guerre serait à éradiquer avant le gras?  Pourquoi ne pas éradiquer quelques banques?

Notre manière de vivre, de notre capacité à détruite la maison-Terre en si peu de temps commence à ressembler à un suicido-génocide. Mais on se marre et on croit au progrès. On veut la finalité parfaite du citoyen avec des dirigeants robotisés et constipés. Dans leurs grands discours, en cachette, ils ont la recette du redressement total et du rééquilibrage des grandes vagues  déstabilisatrices de nos conditions sociales et de cette chère guerre. On a trouvé longue celle de cent ans. . Les  guerres actuelles n’ont plus de chiffre. Les allumés nous éteignent… On est tous des mini-chandelles sur le gâteau Terre, mais la fête est pour eux, et le gâteau…

Nous élisons des bouchés.  Et les bouchés engagent des bouchers.

Le bonheur est ici-bas. On a assassiné dieu dans un roman policier de 20,000 ans. Il a été remplacé par une trilogie semblable : les pairs, le fisc, et les saints esprits. L’affiliation des monarques tatoués de X par la simili démocratie qui finit par ressembler à « une viande qui parle ». On n’a plus de mots pour définir les « grands » de ce monde, tous emmêlés dans leurs toiles d’araignées qu’ils nous ont tressée. Un règne d’empêtrés riches, risibles, qu’on sniffe aux quatre ou cinq ans. Avec ce qu’on leur donne en taxes, en impôts, ils se mettent au monde eux-mêmes, et sans douleurs.

C’est le siècle dans le quel, pour guérir l’humanité de tous les maux, on a trouvé un médicament miracle pour déconstiper ce monde.  C’est ainsi que la formule leur est venue à l’esprit : « La balle est dans votre camp ».

balles

Gaëtan Pelletier

 

Les désanalyses. Chapitre cinq : la défabrication de l’humain

Sarkozy

Photo: exemple de blatte brouillée

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Vive le totalitarisme furtif!  Gisèle Tardif

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Un auteur, dont j’ai oublié le nom, disait que les hommes politiques, en temps de paix avaient fait  plus de dommage que les guerres du 20 ième siêcle: 170 millions en temps de paix, et 100 millions pendant les guerres. En ce début du 21 ième siècle,  probablement avons nous dépassé ces chiffres en quelques années.  En toute logique, ce serait la raison pour laquelle il vaut mieux être en état de guerre qu’en état de paix. Le politicien qui se frotte le nombril pour faire sortir son génie, est un transporteur de contrats. C’est l’homme d’affaires des hommes d’affaires . Mais en réalité, c’est l’inverse… Le rôle du citoyen est de trouver le revers de l’inverse. De sorte que tout le monde est perdu. Les sacrifiés ne sont plus déterrables de leur charnier. Il n’y a pas de charniers visibles. Il n’y a que des dommages collatéraux fantomatiques. Ça, c’est dans la vie de l’échiquier politique journalier. De temps en temps, ou trop souvent, les deux s’emmêlent: on ne sait plus si c’est un jeu politique ou une guerre.

C’est l’ère de la tyrannie de la bêtise. Mais laquelle? C’est de la construction d’un individu dans un groupe et de par un groupe qui qui construit l’individu. Il n’y a pas seulement maman et papa qui nous mettent au monde. Il y a la société. Et la société c’est le grand bain des valeurs, de l’éthique, bref, du formatage de la personne humaine par la soi disant éducation.  Y compris les médias sociaux et tout l’appareillage d’information torsadé.  De temps en temps, voire souvent, il faut se former soi-même à partir du moment où l’on constate l’hégémonie dominante et destructrice.

Hélas! L’esprit humain est une éponge à dieux. Il avale  des dieux comme de petites pilules, en people, version laïque du descendu sur terre pour jouer du cerveau et refaire le monde en quatre ou cinq ans.  Hillary Clinton sera le nouveau dieu d’un pays qui a placé dieu sur un billet de banque. C’est une valeur… En partant, c’est le nerf de la guerre. J’en suis venu à la conclusion que l’Amérique ( USA) vit en mangeant des autres. Ils ont créé le cannibalisme planétaire… blanc. La faim dont on ne sait quoi mène à la fin dont on sait qui. Ou presque…

Le plus important de toute cette bulle qui boursoufle comme des crapauds ayant trop fumé de cette économie qu’ils n’arrivent pas à arrimer au véritable progrès est qu’ils construisent par ignorance sèche toutes les machines- ou les entretiennent à coups de subventions- les humains qui deviendront des blattes par la culture ( et le système d’éducation marchandisé) de blattes supérieures ( de pouvoirs) en blattes inférieures. Ce qui signifie que l’ignorance est en train de prendre le pouvoir sur la connaissance. Le pouvoir d’être sourd a vaincu  le pouvoir d’entendre.

Je ne sais si j’ai été clair. Je vais tenter de l’être: nous sommes les  civilisés les plus ignorants qui donnons nos vies à des plus ignorants. De sorte que la prochaine génération de dirigeants politiques en sera une plus pauvre donnant naissance à une autre plus pauvre en terme de capacité d’analyses , de pouvoir réel, mais champions dans les formules.  De sorte qu’à brouiller l’incompréhension pour tromper les peuples, on ne construira que des brouillés.  Alors, ce sera la démocratie complète mais stupide: un brouillé non dirigeant sera aussi brouillé qu’un dirigeant. Tout le monde est ego…

Gaëtan Pelletier