Archives de Catégorie: VISAGES D’HUMAINS

La moitié du monde est un oeil

J’ai toujours vu des cieux dans des yeux… Parfois des enfers. C’est probablement la plus belle empreinte que nous  a laissé la Vie. Cette Vie dans laquelle on « cherche » dieu.

La plupart des enfants ont les plus beaux yeux du monde. C’est comme si la lumière, comme l’énergie, ils en avaient trop. C’est comme si en arrivant de quelque part ils ont un bagage lumineux que l’on perd en vieillissant.

C’est probablement le plus beau livre que l’on peut lire dans sa vie: l’histoire d’un moment… La petite planète-bille insérée dans son orbite. La palette irisée d’un peintre invisible parce qu’il en nous et que nous sommes des aveugles aux yeux de feu, éteints parfois par ladite culture des masses dans ces leitmotivs écrasants.

Des yeux Cendrillon

Quand ils s’endorment, ils se glissent une couverture de paupière toute légère. Ça les emmène dans des voyages fous, le cerveau part en voyage dans des rêves qui semblent désembrayés , délirants.  Au fond, ce doit être pour suppléer à ce cartésianisme quotidien, sorte de Sibérie de vie pour ceux-là qui ne sont pas fait pour l’engelure des quotidiens, mais bien simplement pour l’amour.

La poésie est une façon de rêver éveillé, de retracer, de sculpter la richesse et la créativité. C’est faire divaguer la beauté du monde pour remettre à l’endroit cette rectitude esclavagiste.

Le dortoir 

C’est bête à dire et à creuser: trop de ce régime soumis et cultivé au « bonheur » de l’avoir, à cette ère qui n’a qu’un seul mot pour vous rendre heureux – économie-, la vie devient un dortoir dans lequel la moitié du monde dort debout, ou ne sait plus rêver.

À voir la richesse de la Vie, des êtres, des océans, de l’immensitude de l’Univers, nous sommes maintenant amputés d’un côté, monovisionnaires, hachés du cerveau, et désâmés. 

C’est comme si nous étions dans un déluge quotidien de soucis cultivés quand tout va bien. L’occidental est soumis à toutes les pilules du »monde » pour se guérir de son anxiété de vivre ajoutée à celle de son destin fragile de naître sans vouloir mourir.

— — —

Nous nous dirigeons vers un réchauffement de la planète mais dans une ère glaciaire d’humanisme. On est frigides… En racket (sic) sur une glace qui ne nous satisfait pas. En « neigés »… Flocons de chair apeurés de fondre un jour…

Je me dis que parfois on ressemble à ces animaux embarqués dans des barques de Noé: plus l’eau monte, plus on nous dit que le bateau est meilleur et plus grand. On dit que c’est le progrès.

La moitié du monde y croit. L’autre moitié croit y croître…

Il y a sans doute trop de yeux à l’intérieur de nous qui sont empoisonnés par notre cher mode de vie. Les riches et tout leur bataclan trompeur font de nous des cyclopes.  On peut bien donner la moitié de nos revenus à l’État. Mais l’État, pour l’avoir, est un sacré bon « crève-œil ». Il vous pirate la moitié de votre visage et la moitié du cerveau.

Gardez un œil, mais le bon…

Gaëtan Pelletier

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Roméo et Louise : une histoire d’amour des années 30

 

***

L’histoire des peuples est l’histoire de la trahison de l’unité.

Antonin Artaud

En temps de paix, les fils ensevelissent  leurs pères ; en temps de guerre, les pères ensevelissent leurs fils.

Hérodote

Le malheur est à l’art ce que le fumier est à la culture maraîchère.

San Antonio

***

Toute histoire est une histoire d’amour. L’envers en est la haine… Si l’amour apporte quelque chose à la vie, la haine la détruit… Satan  est notre incapacité d’aimer. Aimer n’est pas seulement  ressentir, aimer c’est agir. Satan, c’est une sorte de vêtement  à l’envers de Dieu…

Les  âmes d’aciers râpent la chair des humains.

Nous vivons une ère où l’on a créé un nouveau terrorisme : la peur de manquer de tout. On ne fait plus la différence entre le désir inassouvi de possession et les besoins réels de la vie.

LES ANNÉES 30

Le Canada avait alors une population d’environ 11 millions. Étalée sur un territoire immense en richesses naturelles. Il n’échappa toutefois  pas à la crise suite au  Crash de 1929. Mais, au moins, il y avait des terres, des forêts, des rivières, et des gens débrouillards.

Aujourd’hui ce dont il faut se méfier, c’est que les terres et les ressources n’appartiennent plus aux terriens, mais à des compagnies, des conglomérats, des entités invisibles.  Et de plus en plus concentrées. Et de plus en plus dispersées. Notre avoir collectif nous échappe. Nos terres sont vendues. Notre domaine agricole a des allures de compagnies de plus en plus concentrées.

De là  l’illogisme de ceux qui vous diront de diversifier vos portefeuilles… Dans la réalité, la richesse est la diversification, mais dans la virtualité que l’on veut nous vendre, on fait le discours contraire : la richesse est la concentration.

Et quand le tout appartient à un UN, les parties du tout sont appauvries.  Donc, affaiblies. C’est le principe somme toute simple des structures des ingénieurs.

Un pilier ne supporte pas un ensemble complexe et lourd. C’est la subtilité et répartition des forces qui rend solide.

Or, on ne nous vend que cet UN.

Bien sûr, nous sommes habitués à nos « richesses », à nos gadgets qui les enterrent.

Ce sont les miroirs affinés et illusoires d’un monde qui périclite.

Essayez, en cas de crise, de manger votre ordinateur ou votre cellulaire.

Vous m’en direz des nouvelles…

Le mot craquelin sera alors vraiment compris….

LE LIVRE

Barry Broadfoot partit à la recherche de témoignages de gens qui avaient vécu cette dépression. 600 témoignages.

Le livre  n’est plus disponible en français. J’en ai trouvé un sur EBay l’an dernier. Publié en 1973, il en reste toutefois des éditions en anglais.

Vu à travers le vécu, c’est un voyage dans le temps enrichissant pour comprendre la misère des besoins primaires que vivent encore aujourd’hui la plus grande part des habitants de la planète.

Vous lirez dans ce livre comment un fermier du Québec fit de ses 17 enfants des esclaves; comment un homme de Winnipeg vendit sa fille en mariage; comment les fermiers de Saskatchewan abandonnèrent leurs fermes, ensevelis sous des tonnes de sable; comment le gouvernement établit des camps pour chômeurs afin de les retirer des rues pour éviter les révoltes…

Vous croyez que c’est dépassé? Désuet? Vous voyez le Canada comme un grand pays?  Là où peut rêver sous la gouverne des mêmes modèles de vautours qui ont enseveli 10 années de vie de gens simples? Wall-Street et sa progéniture de cravatés pompeux n’est pas là pour soigner l’âme humaine. Wall-Street tricote du virtuel.

59 % des citoyens disent qu’ils ne peuvent pas retarder leur paye d’une semaine…

On comprend alors que le plus grand terrorisme des pays,  dits développés,  est en fait celui d’une paire de menottes virtuelle : la dette. C’est une bouée de sauvetage temporaire. Comme les bouées de sauvetage, c’est de l’air dans une enveloppe de plastique.

Continuons d’avoir peur…

Pour suppléer au cuir, on a inventé le similicuir. Pour suppléer à la réalité, on a inventé…

***

Roméo et Louise

J’ai choisi un passage plutôt romantique : une histoire d’amour. Mais  Ô combien touchante! J’aurais envie de vous l’expliquer en termes « intellectuels »… Car il y a en effet, une belle leçon à tirer de ce passage : celui de quitter la vie simple par « désir » d’un autre monde plus « plastique ». Et les conséquences qui s’ensuivent…

Mais je vous laisse le texte, car tout le monde a sa vision des choses, des êtres, de l’univers, de la « réalité ».

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« Je me suis acheté un cheval porteur, je l’ai chargé et je suis parti en direction de la rivière Fraser. Et je me suis trouvé une femme aussi, dans une réserve indienne. J’ai fait affaire avec son père. Louise était une très bonne femme, toute jeune. Pour 10$ et un veau, et elle a amené son pony, un pony indien increvable. Le bonhomme avait une Winchester 44-40 et je l’ai achetée pour 10$, je crois qu’il m’a eu là-dessus, mais il m’ »a donnée une boîte de cartouches. J’ai dit à Louise d’apporter tout ce qui lui appartenait, mais avez-vous déjà vu une indienne avec un coffre de cèdre? Ha! Ha        Elle avait des couvertures, des vêtements, un couteau à écorcher, une chaudière pleine de petits cailloux qu’elle ramassait depuis des années dans le ruisseau, et des petits pamphlets distribués par les missionnaires avec des images de Jésus flottant  là-haut dans le ciel. Le premier soir, on en a pris un pour allumer le feu et ma petite squaw a trouvé ça bien drôle. La question de la religion était réglée.

« On est retourné dans les montagnes et on a trouvé une cabane de trappeur en bon état. J’ai rafistolé le poêle, posé des bardeaux sur le toit. On a travaillé fort tous les deux, moi sur la hache et elle avec le cheval, qui transportait les billots jusqu’à la cabane.

Et puis on a rentré notre bois et alors il a fallu décider de ce qu’on ferait de nos veaux. Parce qu’on n’avait pas de foin, vous voyez, et les chevaux peuvent passer l’hiver dans ce pays-là mais pas les vaches. Elles ne peuvent pas gratter la neige jusqu’au sol pour y trouver de l’herbe. Louise savait quoi faire. Vous savez ce qu’elle a fait? Elle s’est approche du premier veau avec son couteau, elle a posé sa main juste au-dessus de la queue d l’animal, a promené ses doigts le long de sa colonne vertébrale et, arrivée à son cou, slic, elle lui a planté son couteau et le veau n’a jamais su qu’il était mort. Là, j’ai su que je m’étais trouvé une vraie femme.

Pas question de manger des steaks matin, midi et soir, non m’sieur. Elle les a dépecés jusqu’à la derni

ère once en gardant toute la graisse, et elle en a fait.

C’était toute une bonne femme et oubliez pas qu’elle avait seulement quinze ans et elle l’aimait son homme blanc au bras tatoué. Elle l’examinait souvent ce tatouage et , chaque fois, elle se mettait à se parler dans son dialecte indien et je n’ai jamais su ce qu’elle racontait.

Elle savait repérer les quelques orignaux qui passaient parfois au nord de chez nous, même si elle n’y était jamais allée. Y en a encore des indiens qui savent ces choses-là. On dit que l’indien d’aujourd’hui doit apprendre à vivre dans le bois tout comme le blanc, mais c’est pas vrai.

Elle m’a beaucoup aidé, cette petite fille-là. Je me suis mis à penser comme un indien et elle, comme un homme blanc, et on s’arrangeait très bien. On a vécu ensemble pendant quatre ans et l’été, moi, j’allais travailler comme cowboy et elle, au Lac ( le lac Williams ) ou quelque part, et on volait tout le monde au coton.  Notre cabane commençait à ressembler à une place qui a du bon sens, avec un jardin ou les mauvaises herbes semblaient ne pas vouloir pousser, et on avait du blé d’Inde, des patates et des citrouilles, à l’automne, et je pense qu’on vivait avec 200$ par année. (…)

La vieille Winchester nous a toujours donné notre orignal. Bon dieu! De quoi arrêter un train ces balles-là. On avait de la perdrix, plein de poisson, quelques légumes, et on achetait du sucre, de la farine, du sel, des fèves, du pétrole, de la graisse, de l’étoffe, un peu d’avoine pour les chevaux, une bouteille pour Noël et on a fait toutes sortes d’affaires et je lui ai montré à lire et à écrire et elle m’a montré a vivre dans le bois.

Non. Pas d’enfants. Ils ne sont jamais venus.

Une fois, la police de la Colombie britannique s’est amenée et ils avaient l’air pas mal curieux et Louise leur a servi un gros steak d’orignal, hors saison, évidemment, mais j’achetais toujours un veau d’un rancher, à l’automne, ce qui me donnait un facture et, comme ça, on mangeait du bœuf, du chevreuil  et de l’orignal à l’année longue juste sur cette facture-là et c’était toujours Louise qui s’occupait d’abattre le veau. D’une vois chaude, la main sur l’ »épine dorsale et la bête s’apercevait de rien.

(…)

Évidemment, c’était pas toujours la cerise sur la crème glacée. D’abord on n’a jamais vu de crème. Pis des cerises non plus. J’avais des problèmes avec Louise, mais pas parce qu’elle était indienne, mais parce qu’elle était femme. Ces photos sur les murs, des photos de revues de femmes. Là-bas, Christ, c’était un tout autre monde. Des voitures éclatantes, des robes longues, du champagne. Pourquoi on peut pas aller à Vancouver? Allons à Vancouver. Quand est-ce qu’on va aller à Vancouver voir un film? Je luis disais que là-bas, le monde entier était à l’envers.

C’était les sales années 30, évidemment, mais j’avais là une fille de 19 ans, belle comme un lys de montagne, grande, mince, intelligente, qui n’avait jamais vu un film,entendu la radio ou porté la bonne robe ce qui fait que, Christ, c’ était seulement une question de temps avant que je capitule. Alors un bon matin, j’ai dit d’accord. « Prépare-toi, on s’en va à Clinton prendre le train pour Vancouver ». Elle était comme une enfant. J’avais vaguement l’idée de voler une voiture, le vieux truc des plaques matricules, en tout cas me faire un coupe d’argent vite, comme je le pourrais et j’avais quelques idées. J’suis un bien bon garçon, hein? Eh! Bien, non! De toutes manières, on allait s’amuser et s’aimer tant qu’on pourrait, ça c’était garanti.

Trois jours plus tard, on fermait la cabane. Je suis allé atteler les chevaux et comme je revenais vers la cabane, que le diable m’emporte si c’est pas vrai, elle était debout devant la porte dans une toilette incroyable. Vous auriez dit une femme de la haute société, habillée comme les modèles dans les revues de mode de la ville. Elle s’était acheté de l’étoffe l’automne précédent, je suppose, elle avait bien étudié les photos et elle s’était fait ces vêtements, chapeau, veston, jupe, blouse toute l’affaire. Aux pieds, elle avait encore ses mocassins.

« Alors j’ai poussé des cris d’admiration, elle a eu des petits rires neveux et on est parti sur le sentier. Elle était monté en amazone à cause de sa jupe, voyez-vous. En amazone sur une grande selle western, si vous pouvez me croire. Tout à fait comme une grande dame. On est arrivés devant un ruisseau et son pinto, un de ces petits chevaux indiens, a probablement dû être effrayé par le rouge de sa jupe qui était pas rouge, Christ, elle était écarlate, et il a fait un saut de travers et Louise a été projetée et j’ai entendu très distinctement un craquement. Sa tête s’était écrasée sur une pierre dans le ruisseau. J’ai senti tout de suite qu’elle était morte avant même de m’approcher d’elle. Elle l’était. Pas même un dernier sourire avant de mourir. Morte. Je l’ai attachée à la selle et je suis arrivé chez son père, 20 milles plus loin, avant la tombée de la nuit et, le lendemain matin, on l’a enterrée dans sa toilette de ville rose et écarlate sous de beaux peupliers.

«  On avait pas besoin de prêtre. On n’y a même pas pensé. Y avait seulement moi et Louise et tout le reste du monde, tous vos maudits dossiers, vos cartes de sécurité sociale et vos cartes d’assurance-automobile, et vos grand livres de recensement à Ottawa, tout ça n’existait pas. C’est sa famille et moi qui l’avons enterrée dans une boîte de bois et je suis resté près de la fosse quand ses frères et se s cousins ont commencé à jeter de la terre et j’ai dit : « Adieu, Louise, je t’ai aimée, et je suis content que t’as pas vu la ville. J’ai dit à son monde que je reviendrais pas, que la cabane, tout ce qu’il y avait dedans était à eux, et son frère, Manuel a dit qu’il planterait une croix blanche sur la tombe et qu’il m’en enverrait un dessin s’il savait où est-ce que j’allais être et j’ai dit que je ne savais pas où j’allais être et je suis monté sur mon cheval, le même que celui sur lequel j’étais arrivé dans ces pays et avait rencontré Louise, et j’ai quitté ce maudit pays et je suis jamais retourné. »  p. 123, 124, 125.

( Il éclate en sanglots.)

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Occasionnellement, certains de vos visiteurs verront un

Donnez votre jambe pour un bras

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Encore une histoire  d’aspirateurs à sueurs

***

Un jour, il faudra abolir les guerres, car elle finiront par tuer quelqu’un qui est … vous. Mais en attendant, ceux qui travaillent dans les usines d’armement, vivent de la mort des autres. Comme s’ils avaient le choix. S’ils plantaient des choux et des tomates au même salaire, je pense que tout le monde déménagerait dans des serres.

Si les guerres avaient réglé des conflits, il n’y aurait plus de conflits…

Quand on dit que les djihadistes sont des extrémistes, on oublie que les hommes d’affaires, les politiciens, les accrocs de dieux, sont également des extrémistes. Mais ils ne savent pas la signification du mot.

L’armée canadienne est en plein recrutement. Ils disent qu’il n’y a pas seulement, dans l’armée, des soldats pour tuer:  » Nous avons 100 médecins », a déclamé le sergent recruteur. Je suppose qu’ils sont là pour vous guérir d’un rhume ou d’une grippe? Pas tout à fait… Ils sont là pour vous couper une jambe en charpie, écrabouillée par une bombe artisanale fabriquée avec un chaudron. Ah! Il y a également le métier de cuisinier. C’est un chaudron pour nourrir… Entre nourrir et mourir les lettres des mots s’entrecroisent.

L’armée compte également des comptables, des laveurs de vitres, des mécaniciens, et de beaux parleurs.

Finalement, l’armée, c’est bon. Surtout que l’on sait vraiment épargner: il y aura 100 médecins et 10 psychologues. S’ils ne meurent pas à la guerre, ils se tuent de stress pos traumatique.

Si vous regardez bien l’image d’Hitler saluant ses troupes, vous ne verrez pas de cuisinier, de mécaniciens, mais des humains en rang d’oignon.

Pour revenir à l’Histoire de ce monde, on peut calquer une une phrase célèbre de Kennedy:  » Ne vous demandez pas ce que votre pays peut faire pour vous, mais ce que vous pouvez faire pour votre pays »  Une phrase sans doute payée par un autre métier: écrivailleur de discours. Alors, demandez-vous comment un petit peintre a fait se lever tous les bras d’un peuple, même les souffrants de capsulite épaule , pour son projet de 1000 ans.

C’est ainsi que les guerres – en apparence « intelligentes » et nécessaires ne partent pas de la réflexion, mais de la génuflexion, d’un geste d’obéissance et de pouvoir en étendant une main ou une mainmise. C’était au temps du bras propagande ouverte et perceptible. On a presque évolué…

Comme le disait le sage: tout est lié . : un  cuisinier peut tuer en nourrissant un soldat tueur et un mécanicien un pilote bombardeur. Les physiciens ont compris qu’il n’y a pas de vide dans l’Univers.Mais ils n’ont pas encore compris que le  vide fait de brefs séjours, en fait à tous les quatre ou cinq ans, quand on vote.

Gaëtan Pelletier

 

Les vingt-quatre lucioles

Saint-Pascal, Kamouraska. Vue sur le fleuve…

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Je grignote les heures et  la vie. Pour ne rien manquer…Parfois a pleine dents, quelquefois à  grandes lippées, comme lorsqu’en appétit,  la faim ne trouvait pas la bouche assez grande….Ici, le repas est le temps…On craint toujours qu’il n’y ait rien à bouffer après…

***

Je me suis levé du bon pied ce matin-là, le deuxième. Je n’avais pas le choix, je n’en avais que deux. Entre deux pieds, il faut choisir le moindre…. Étant donné que  les oiseaux chantaient comme des  réveille-matin, je ne me suis pas plaint. C’est mieux qu’une sonnerie, ou que ce  camion teigneux qui fait sa moisson de vidanges à chaque jeudi, vers cinq ou six heures… Le coq du clocher n’a pas encore ouvert la bouche. Même le curé est endormi.

J’ai déjeuné et je me suis rasé : le miroir était picoté  de barbe. Un œil dans le jour, un autre dans la nuit. La nuit est une raclée. On ne sait pas avec qui on s’est battu, mais on a perdu. Le matin, on a tous un peu l’air d’une peinture de Picasso… Ou une ébauche…

Puis j’ai mis mon chapeau vert pour me jeter ensuite à quatre patte dans la terre. Tout ¸a pour essayer  de purger  le petit potager des mauvaise herbes. Les mauvaises herbes c’est comme la vie : plus il en pousse, plus le jardin pousse. Je me suis dit que cette année nous aurions un bonne récolte.

Un oiseau se pose sur une branche ballante… Il oscille au vent. Des insectes courent ça et là. Des fourmis, surtout. Tout bouge, tout ce qui existe cherche mes yeux, mes oreilles, mon nez. Après une nuit, c’est comme après un semblant de mort : tout nous semble neuf.

Ne rien faire de trop productif. C’est le but… S’il en est un.

Je me rends comptes, là, à quatre pattes, que j’essaie d’éteindre les cadrans. J’ai enlevé toutes les piles. Plus de boulot, plus de grandes ……??????? Du moins j’essaie…  Le ciel, lui aussi, est comme la vie : il a ses nuages noirs menaçants, ses trouées bleues, ses rayons qui balaient les étendues vertes, les clôtures, les pavés noirs d’asphalte.

Je me demandais, avant, pourquoi je faisais tout cela. Toutes ces cérémonies où le seul candélabre est un soleil qui me brûle. En même temps qu’il me fait vivre… Je sais maintenant… Je cherche à rétrécir le temps comme pour l’emboîter avant d’aller en boîte… L’étirer comme on étire un ruban de film de deux heures en regardant tous les détails des images. Attentif. Attentif en même temps que déchiré. Déchiré par l’impossibilité de cette réalisation et du cumul des frustrations qui en découlent. Je me rends compte que mon jardin, mon terrain, c’est la vie : avec ses fleurs annuelles côtoyant les poireaux qu’on peut laisser passer l’hiver, qui dorment sous la neige et renaissent au printemps. Les annuelles, elles, si belles, elles, ne durent que quelques jours… On dirait les amours qui se sont faites couleurs. Rien que pour vous montrer que la passion n’est qu’une luciole un soir de juillet.

Je vais retourner à la pêche. Longer la rivière, être une bouffe à mouches… Mais heureux de l’entendre chuinter, bruisser, ou bien hurler dans ses chutes d’eau. Je regarderai les torrents en vrille, les trous ombrées où se cachent les truites. Je serai seul à parler, comme un fou, comme s’il me manquait quelqu’un pour m’accompagner, mais que j’étais seul dans l’univers. Un vingtroisième…  Des reflets danseront. Mes yeux danseront avec eux.

Ce qui m’amène à penser à mes vers qui dorment dans la cave. Je leur râpe des carottes pour les nourrir. Ils sont vivaces… Rougeoyants… Comment ont-ils pu attraper un  coup de soleil enfouis dans ce sol vaseux?

Midi.

Douche.

Sieste. Qui finit par les amours. On se couche en humains, on se réveille en lapins…

Mon amour est une horloge, et je suis son aiguille…

Midi ou minuit, c’est pareil…

19h00

Visite à ma mère. On parle de l’amour, de la mort, de la guerre… Et de cet oncle enivré, emmené à l’hôpital dans un état comateux, et qui, en transport dans l’ambulance, se fait peinturlurer les ongles et dessiner du rouge à lèvre… La vie est une série de tableaux… Un peu comme au cinéma… 24 images par seconde… Mais on ne les voit pas. Tout bouge. Illusion. Le problème c’est de le savoir. De savoir comment tout cela fonctionne. Le soleil, lui, passe trente fois par mois. C’est aussi une illusion. Et c’est tant mieux pour ceux qui ne le savent pas. Les amérindiens comptaient le temps en lunes, je crois… Rien que pour se guider un peu sur ce qui pousse et qui meurt.

Le soir venu, on a regardé le film «Les heures»… J’y ai vécu trois femmes dans des amours compliqués et des incompréhensions indicibles… Des déchirements… Ceux du temps… Ceux des amours…. Et au moment où Virginia Woolf plonge dans la rivière pour se noyer, je me dis « À quoi bon?»…

Je suis dans une rivière où les reflets de la lumière passent  par des trous sombres, des vrilles excitantes, des moments calmes. Et tout alentour, des moustiques. Comme à la pêche…

Je pêche de l’éternité dans une rivière de temps… J’apprends à nager hors de l’eau…

Et mon je n’est qu’une luciole du NOUS… Mais la luciole est à la fois tout…

24 lucioles pourraient donner l’illusion que le ciel, un beau soir, est un jour… Et pour toujours…

12 mai 2004

Gaëtan Pelletier

P.S.: En relisant ce petit texte, aujourd’hui (2017), je constate que ma mère est décédée l’année suivante, presque à la même date. Une luciole est partie… C’était, il me semble, hier…

Alep: Apocalypse, mon amour…

 

C’est être déjà mort que de ne plus trouver en soi-même le sens de la révolte, c’est être mort en esprit que de plus avoir passion d’apprendre, c’est être déjà un cadavre que ne plus savoir aimer. J. Krishnamurti

***

Jadis, on croyait que c’était la bombe atomique qui allait anéantir l’humanité. L’explosion n’a pas eu lieu. Les hommes restent fidèles aux armes. C’est devenu une denrée moins rare que le chou, le navet, la pomme de terre  ou le caviar selon votre rang social, selon votre pouvoir. Mais pas l’apparent, le réel : celui  qui tue.

Nous vivons dans un monde dans lequel la minorité du 1% PEUT anéantir le 99% qui reste. En fait, elle ne sait pas qu’elle l’anéantit vraiment. C’est la pathologie de ceux qui nourrissent le leurre. Les étourdis de la technocratie.  La prétendue supériorité de certains humains est une constante dans l’Histoire. La vieille aristocratie a su se muer- telle un caméléon- en une autre encore plus crasse et plus dangereuse. Elle sait nourrir ses valets, ses serviteurs.  De temps en temps de nourriture, et parfois de médailles. Mais avant tout de titres. Et ainsi se perpétue une nouvelle emprise de la foule par une minorité.

Comme s’il existait deux humains…

S’ils n’existaient pas, on l’a inventé, cette division par la pauvreté continue.  L’argent sert à soutenir les plus improbables et inimaginables inventions. E t c’est ainsi que chacun d’entre nous, nous de ce système empoisonnant sommes les 99% du cheptel fournissant l’arme la plus barbare aux « dirigeants » élus par  illusion et pour l’illusion.

Nous avons reçu le choix de voter, mais  le choix de voter pour ceux qui sont du clan du 1%.

Et lentement nous glissons vers une finale qui ressemble plutôt à une agonie phosphorique  qu’à une mort fatale. Nous sommes des intubés sociaux. Notre capacité de révolte est un X à gauche ou un X à droite. À vos marques, saignez! Saignez du corps, saignez de l’esprit, saignez de vos âmes. Les amours sont terminés. Pour vivre il faut se transformer en une sorte d’esclave robotisé.

***

Le petit homme qui faisait vivre participe, sans le savoir,  au « savoir tuer » à  une finale de l’humanité. C’est le retour de la servitude par le citoyen qui donne sa petite récolte pour l’achat d’armes et une longue histoire tramée aux couleurs d’un drame de Shakespeare. Sauf que le fournisseur de fonds est devenu la victime de son « engagement » ignoré.

Si on pouvait représenter l’humanité comme une personne qui aura vécu quelques milliers d’années, on peut maintenant voir que sa fin est celle d’un cancéreux en phase terminale. Celui qui devait durer et se perpétuer « vers le meilleur » est devenu la victime du chanteur de charme, moulin de formules creuses.  Le petit homme a la capacité de se transformer en crapaud, en technocrate, ou en mélange étrange d’humanoïde machiné par un monde ciselé par la cruauté « camouflée et hypocrite ».

On ne sait plus ce qui nous reste d’humanisme. Et bientôt on ne saura plus ce qui nous reste de réel.

Le cœur du drame, au fond, est que  les « grands » ne connaissent pas vraiment l’abysse de leur ignorance. Ils ont perdu tout contact avec la nature humaine, les émotions, la beauté du monde. La cruauté est acceptable… Voire nécessaire. Inévitable…

 L’homme d’affaires  et le paon politicien ont le cerveau bombé, durci, odeur de souffre brûlé. Ils mijotent dans leurs chaudrons leurs recettes de destruction en parlant… Ils mijotent des plans insensés.

Ils nous ont fait un beau nid. Mais dans une perspective cosmique le nid bleu est en train de tourner au poison. L’apocalypse aura été réalisée par des ignares beaux-parleurs, légers.  L’ignorance totale de leur provenance, de leur gouvernance, de leur « personnalité » : le petit peuple. Du moins, celui que l’on nomme tel… Nous aurons été les investisseurs de notre propre perte.

Gaëtan Pelletier

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Sieste

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Le cochon scribe

Bosch Le cochon scribe

La classe des scribes formait la base de l’administration de l’État et c’est chez elle que se recrutait l’élite intellectuelle du pays [l’Égypte] (M.-A. Hussein, Les Orig. du livre du papyrus au codex, trad. par R. Savoie, 1971, p. 13). Caen 

***

Les scribes politiques écrivent avec leur nombril et leur innocence patentée la grande noirceur des États qui définissent les mots, généralement pour les adoucir. On parlait jadis de « ressources humaines ». On a gommé le mot humain pour modifier la formule: « capital humain ».  Le « dépromu » au rang de la monnaie fait maintenant partie de l’échiquier mondialiste des trafiquants d’esclaves assujettis au monde du travail mondialisé. On peut vivre au Canada et manger de la saucisse de Hongrie. Question de coûts de main-d’oeuvre et de tout un arsenal de causes invisibles et volontairement cultivées pour faire de la Terre une boulette achetable. Mais le prix à payer est que les éleveurs de saucisses crèvent de faim dans leur « propre » pays.

Le lièvre et la torture 

Ce n’est pas une fable, c’est la direction de l’Humanité vers une cible implacable de la disparition et d’une Shoah planétaire: car le lièvre des affaires, dans son pouvoir et sa rapidité rend tout à fait risible le ventriloque politique pris au sérieux par ceux qui malheureusement n’ont rien compris. Le lièvre est efficace et électronique, le politique, même avec des élections aux six mois n’arriverait pas à « changer le monde ». Une illusion optique épileptique… On vit dans une toile de  Bosch Bush Boss, avec ses bizarreries en apparence anodines et sans significations, avec ses monstres maquillés et lustrés de titres. Mais on votera… À chacun son joujou de la finance. À chacun son animalcule ou son ensemble de groupies sniffant leur ligne de parti.

La torture de la grimace démocratique dure et perdure sans qu’il n’y ait aucune victime. C’est le mensonge dutemps…  « L’éternité c’est long, surtout vers la fin« , disait Woody Allen. La torture, elle, semble ne pas avoir de fin. On dirait qu’elle s’affine au fil des décennies. On dirait qu’elle s’aiguise au  point d’être une aiguille invisible.

L’accord parfait 

Il fut un temps durant lequel les humains étaient des sujets. Puis ils devinrent des verbes. Puis lentement des compléments d’objets directs ou indirects. De sorte que l’on se retrouve avec une phrase parfaite: sujet, verbe, complément. Mais le sujet et perdu, le verbe inutile. Il reste le complément. Dans les grandes phrase sociétaires il n’a plus d’action. C’est un homme-outil. Pas plus important qu’une tronçonneuse ou qu’un tourne-vices. Pourvu qu’ils soit « qualifié ». en éducation, c’est la compétence. Pour le savoir, vous devez être ignorant. Même dans le grand Canyon des formules préfabriquées et solennelles larguées par les sociétés.

Maintenant, l’ignorance a plus d’importance que le savoir réel. La prise de conscience… Et pis encore: le verbe est mort écrasé sous la machine à sous sautillante qui valse et danse dans l’arrière  scène qui rappelant  les premières images de cinéma: plus d’ombre que de lumière.

Le petit tableau des scribes 

C’est comme les tableaux de Bosch: on a les humains qui se tortillent dans cet enfer, suant dans une cale de Titanic, aplatis par le stress, et retroussés par la gente pharmaceutique et ses poisons lents. On a les autres, victimes des gurus de la finance, totalement déphasés, un cochon qui vous embrasse aux quatre ans, et qui vous murmure à l’oreille, habillé en bonne sœur, que tout va bien.

Pile ou face 

Puis dans la cuisse une pile connectée au cerveau: cadmium, mercure, plomb, lithium. En France seulement, on doit consommer environ 1 milliard de piles par an. 2% de recyclables seulement.  Imaginez le nombre de piles fabriquées en Chine qui parcourent le monde! Imaginez les armes désuètes, les pays saccagés, la faim, la soif, la misère.  Le travailleur est une pile que l’on jette après usage. Tout ça fait partie de la mécanisation du ramassage des richesses glanées par les systèmes sophistiquées d’une mafia mondiale. Les stratèges du « scribisme » ont étendu leur pouvoir jusqu’à ce que l’être humain n’ait plus de visage: il est masqué et étouffé dans le masque de fer. Puis il devient ce persona  théâtral sans visage.

La vie de par les institutions invisibles ne sera plus possible à l’avenir. Si elle devient possible de par notre passivité, nous ne seront qu’une toile Bosch dont personne n’aura compris le sens. Puisqu’il n’y aura plus personne pour la regarder….

Gaëtan Pelletier

Juillet 2015