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Le petit peuple aux grandes oreilles

grandes oreilles

 

« Tout est vibrations. On vit par vibrations et on meure par déclins de vibrations. Ou par excès… »

 

***

Au soir du 16 septembre , pendant la canicule qui passait en une vague de chaleur inusitée,  un grande créature à tête énorme, en provenance d’une autre planète, posa son vaisseau spatial en forme de tasse  près d’une maison situé en bordure du Maine et du Canada. Il se glissa dans la demeure  d’un résident endormi qui,  le jour même,    s’était acheté un violon. Le E.T., en provenance du peuple d’Oreillon , une planète située à 24 année lumière de la Terre, découpa de ses ongles la porte patio de la maison et fit  le tour du propriétaire comme il est écrit dans tous les romans et dans les contes en banques.

Pendant que l’occupant ronflait,le  E.T. grandes oreilles découvrit deux objets étranges: un revolver de calibre 38 et un violon. De par sa physionomie, l’humanoïde était complètement atrophié de tous les autres sens vu ses yeux en mini-billes, sa fine bouche aux lèvres minces et son nez minuscule.  Mais ses oreilles étaient si grandes que lorsqu’il se pencha pour saisir le violon, les lobes ramassèrent un peu de poussière sur le plancher. Et il entendit la poussière glisser sur le plancher…  Il  saisit le violon, ainsi que l’archet, étudia les deux pièces et entendit à travers les écouteurs  d’un appareil un bruit étrange: l’homme avait joué une fois. Puis il s’était saoulé.

***

Sur Oreillon, c’était la guerre. Et lorsque le Lobeéiste se présenta devant le grand chef, on octroya un budget de milliards particules de bois pour étudier l’appareil. Car sur Oreillon on, on se chauffait au bois, on mangeait du bois, et tout ce qui se déplaçait roulait au bois. On était certain que toute la vie d’Oreillon  dépendait du dieu Bois. Le dieu Bois, une fois planté et parvenu à maturité se mettait à chanter  par le vent et les églises-forêt se remplissaient de disciples aux grandes oreilles. Mais en même temps, vu le nombre d’habitants toujours croissant, les Oreillés  se déchiraient entre eux pour les parties de la planète  aux grands boisés.

Au bout de quelques semaines, le chef du clan Brisebois, annonça à son peuple qu’il avait enfin trouvé l’arme fatale qui allait anéantir les 7 continents:  du Do, du Ré, du Mi, du Fa et du Sol du La du Si…

Il dévoila alors, caché sous un immense hangar, un violon gigantesque, tout luisant, avec un archet fabriqué des cheveux de toutes les têtes des guerres précédentes scalpées et emportés, suspendues aux murs.

Pendant les mois qui suivirent, les usines se mirent en branle pour fabriquer des violons 1/4, 1/2, et 4/4 pour armer les fantassins. 600, 00 violons sortirent des usines d’armement.

Le peuple applaudit lors d’une parade imposante le jour du Seigneur Bois. Des rangées de fantassins tenant leur violon sur l’épaule passèrent devant le chef suprême  Kaing Wonk. Mais dès qu’ils se rendirent à l’église-forêt pour prier, ils constatèrent que leur église avait disparue. La fabrication des violons avait nécessité l’abattement de tous les arbres. Et quand ils vinrent pour pêcher, les poissons avaient également disparus, car on avait utilisé leurs  huiles pour vernir le bois des violons. Constatant une pénurie du côté de la fabrication des archets, tous les habitants durent se raser et donner leurs cheveux pour « l’effort de guerre » demandé.

 » Une fois rasés, vos oreilles n’en seront que plus grandes », martela le Grand Élu Kaing WonK.

Quelques semaines plus tard, les armées  de la peuplade Do se lançèrent  à l’attaque de la peuplade Ré. À leur grande surprise, l’armée qui se présenta devant eux avaient les mêmes armes. Étant donné que chacun avait dépensé tous leurs arbres pour fabriquer des armes, ils se retrouvèrent dans un désert fauché et les sons furent multipliés par dix: il n’y avait plus de barrière, plus de nourriture, et plus rien pour faire avancer les machines qui transportaient les gros violons.

On retrouva 777,000 Oreillés, tous saignant des oreilles sur le champ de bataille, leurs petits yeux fermés.  Quelques soldats affamés, en train de bouffer leurs violons, furent achevés à coups de sons. Quelques uns trouvèrent des racines d’arbres encore enfouies, les mangèrent et furent condamnés à être pendus.

« Mais il n’y a plus d’arbres », fit remarquer un monarque lors d’une réunion.

« Il y a toujours une solution », rétorqua le monarque.  Ici, on ne pend pas, on tue par le son. Alors, rassemblez un peloton de violons et qu’ils jouent à   à 12 heures ,  quand le condamné sera assis.

Chose demandée, chose faite. Le lendemains, 250,000 Oreillés se présentèrent su la place publique avec leurs enfants à qui ils avaient appris à jouer du violon.

L’Oreillé condamné explosa comme une coupe de champagne.

Et tous applaudirent.

***
 » Il faut une trêve », fit remarquer le Monarque du clan La.

Et la trêve dura 25 ans. Le temps que repoussent les arbres.

La bataille débuta le 15 septembre de notre ère et se termina le 21 septembre.  Il n’y avait plus d’église pour prier, ni de nourriture. Plus rien ne poussait. Toutes les espèces animales disparurent, n’ayant plus de maison pour vivre.

On attendit encore 30 ans, mais les arbres poussaient à un rythme de plus en plus lent. Une étrange épidémie toucha le peuple: l’air étant devenu irrespirable, de bizarres nuages bleutés recouvrirent la planète.

Gaëtan Pelletier

 

 

À JULIETTE, DE ROMÉO…


Petit café le matin…Café noir et teint blanc… Sans bruit, sinon que nos yeux s’attardant sur nous…
Des lueurs frivoles dansent aux fenêtres, déchirant les couleurs des rideaux en lamelles de lumière…Et la radio en sourdine…
On dirait la maison plus engourdie que nous. Frileuse parfois, habitées des odeurs des rôties. Un nid de bois aux couleurs de tes cheveux… Tu en a peint les murs de ta folie joyeuse, et ta joyeuse folie nous braise…
Il est des jours où des horloges ont disparu les aiguilles. C’est comme ça… On ne sait pas pourquoi… Les réponses cherchent les questions…

A l’envers, comme à l’endroit, sans endroit, ni Anvers…

L’après-midi venue, quand tout nous attend, mais rien n’est attendu…
On ferme les paupières des fenêtres, et là, nus, pauvres, vêtus d’un édredon mouvant, on va, on s’en va…
On s’emmène au voyage vers un seul pays : la passion.
Nous n’avons pour faire le trajet que nos doigts en parcours. Pas de billets, encore moins de bagages, sans bikinis et brosses à dents..
Piano, pianotant, guitare, violons …Tout l’orchestre en musique de chambre… Et le chœur qui répond…

Pourtant , oui pourtant, il en est passé des rivières sous nos ponts, mais…
Je me dis qu’on est Roméo et Juliette avec une fin encore plus belle que le commencement…

Mars 2003

LE VIRUS

Picasso, couple

Picasso, couple

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Cela se passait en l’an de grâce 2458.

Hélène Rokopovich venait tout juste de divorcer pour la troisième fois. On ne la reprendrait plus.

Dans son beau condo, elle voyait à l’extérieur de magnifiques arbres en plastique qui donnaient plus d’air  que les “ vrais ”. C’était un paysage qui s’étendait à perte de vue. Mais quand elle sortait de sa tour de 180 étages, elle se noyait dans une foule qui allait hagarde, les yeux couverts de lunettes teintées.

Elle commanda donc un nouveau mari virtuel. Les modèles précédents ne lui avaient pas donné satisfaction. Elle prit bien soin cette fois de ne pas intégrer la fonction “ macho 1999 ”.

Elle attendit trois secondes. Dieu ! que c’était long. Elle flanqua alors la disquette dans son appareil pour “ décompresser ” les fichiers et donner forme au bonhomme qui apparaissait à l’écran de l’ordinateur.

Fébrile. Ah ! qu’elle était fébrile.

Un mâle d’une beauté inégalée apparut en quelques secondes. La silhouette floue, souriante, presque translucide se transforma en une masse bronzée, l’œil pétillant tout imprégné de tendresse.

En souriant, elle tendit la main derrière elle pour programmer avec la touche A,  le programme Amour.

Il y eut comme une gerbe d’étincelles et l’être se transforma en quelques secondes en une chose monstrueuse qui s’élança sur elle. Elle eut à peine le temps de se retourner pour voir sur l’écran le nom du virus informatique : “ The Upper Fly ”.

Gaëtan Pelletier

Circa 1996

CERVELLE D’OISEAU


« Les oiseaux on les os vides, c’est

une des raisons pour laquelle ils peuvent voler ».


Bang!

Il y eu un bruit de craquement à bord du 7117. Les passagers poussèrent un cri. Parmi ceux-ci se trouvaient deux militaires, deux bonnes soeurs, une prostituée,  et un gamin qui jouait avec son petit simulateur de vol de poche. Il rêvait de devenir pilote. Il avait toujours habité au bord de la mer, près des côtes de la Nouvelle Angleterre, et sa passion pour le vol des oiseaux décourageait son père. Il passait des heures à les regarder voler, planer, et se poser doucement sur les rochers abrupts.

Le pilote, crispé, poussa un soupir. Mais le pire était à venir. L’aéroport de Portland avait annoncé un système de turbulences en plein milieu du  courant jet de l’atmosphère. Des vents violents issus des masses d’air chaudes et froides en contact se formait un orage.

L’enfant rentrait chez lui après quelques semaines dans un camp de vacances.

*

Près de la masse d’air, qui commençait à s’agiter, un oiseau allait rejoindre son nid. Il y avait une petite tache orange-brûlé à son col. Le vent soufflait en rafales et des entonnoirs d’air en chamaille tournoyaient au ras du sol, soulevant quelques débris, dont un avion de papier lancé par un enfant. Il l’évita de justesse.

*

– Je vais faire appel au centre de contrôle.

Il mirent deux ordinateurs à la disposition du pilote. L’un analysait le mouvement des masses d’air, les vents, ainsi que les prévisions de leurs trajectoire, leur force, etc. L’autre prenait les renseignement et traçait une trajectoire parfaite pour éviter les trajets les plus dangereux.

–  Nous allons entrer dans des turbulences. Ne vous inquiétez pas. Que chaque passager boucle sa ceinture.

Déjà, les vents faisaient trembler l’appareil.

Les ordinateurs fonctionnaient à leur pleine puissance.  Le pilote suivait scrupuleusement les consignes: il tournait à droite, tournait à gauche, descendait, remontait. Mais l’appareil ne cessait de s’agiter et de vibrer sous la vigueur  des rafales   imprévisibles.

–  N’aie pas peur, dit la mère au gamin pour le rassurer.

Elle tremblotait. Ses mains saisirent un verre d’eau qu’elle renversa.

L’avion se mit brusquement en piqué.

Les ordinateurs, comme affolés, incapables de suivre – encore plus de prévoir – les mouvements des deux systèmes commencèrent à émettre des informations contradictoires. À tel point que le pilote s’inquiéta et se demanda s’il ne devait pas suivre son instinct.

– Pas question.

Les ordres. Toujours les ordres.

– Vous avez 344 passagers à bord. Vous risquez leur vie. Et la vôtre, ajoutèrent-ils pour le convaincre.

Le contrôleur ne put s’empêcher d’esquisser un sourire, comme s’il avait trouvé l’argument ultime.

*

L’oiseau se mit à voler en un vol saccadé et un peu fou. Il tournait en tous sens pour éviter les bourrasques, remontait, vrillait, repoussé vers l’arrière, lancé en avant. Il ressemblait à une boule de papier transporté par tous les remous de la tempête qui s’agitait…

Mais il allait droit vers son nid.

*

–  Vous avez dévié de la trajectoire, annonça la tour.

– Notre système nous indique que nous allons dans la bonne direction.

–  Merde!

– Que se passe-t-il?

–  Il va falloir utiliser l’ordinateur de l’armée de l’air. Ça ne suffit pas. Ils sont trop surchargés d’informations. Ils n’arrivent pas à …

–  … À quoi?

Pas de réponse.

Au bout de quelques minutes les informations affluèrent.

*

L’enfant, placé près des deux hôtesses de l’air, entendit leur conversation. Mais pas vraiment. Les sons avait imprégnés son cerveau, mais rivé à son jeu il ne se rendit pas compte qu’il agissait de façon inconsciente. Il prit son petit ordinateur portatif et simula une tempête.

– Ne t’inquiète pas, ajouta la mère qui avala un comprimé pour se calmer.

*

L’oiseau poursuivait son vol. Il n’avait jamais douté de celui-ci. Il persévérait dans son parcours. Là où il semblait chuter, il se redressait. Sans faille.

*

Le pilote commençait à s’inquiéter: des éclairs éclaboussaient le ciel. Les passagers frémissaient d’angoisse.

Les bonnes soeurs égrenaient leur chapelet.

–  Nous allons mourir, s’écria une vieille dame.

–  Elle a peut-être raison, fit remarquer le militaire.

Elles se retournèrent vers l’enfant, le regardant, se disant qu’elles auraient aimé être comme lui, inconscient, ou presque, de tout ce qui se passait.

Quant aux deux soldats, ils regardaient eux aussi l’enfant, sans trop comprendre. L’un fit remarquer à l’autre:

–  À cet âge, on est tous des cervelles d’oiseau…

Mais personne n’avait envie de sourire.

L’enfant avait un plaisir fou. D’autant que l’appareil qu’il pilotait sur son jeu électronique était de plus en plus conforme à la réalité: l’appareil vibrait, le gamin était secoué sur son siège, l’avion plongeait, penchait vers la droite. Il le redressait aussitôt. Et cela fonctionnait. À chaque fois qu’il tournait la petite manette vers la droite, le gros 7117 prenait le même angle. De plus, les bruits s’accentuaient: des craquements, des conversations…

Sa mère s’inquiétait. Son ouïe surdéveloppé pouvait faire en sorte qu’il pouvait saisir les conversation des pilotes à travers la paroi de la cabine. De sorte qu’elle craignait qu’il eût peur. À la maison, dans une autre pièce, il pouvait capter les conversations de ceux qui parlaient à l’autre bout. Cela lui était familier. Rien de nouveau. Il était né avec ce sens trop aiguisé.

*

L’oiseau poursuivait sa route. En vrilles, en saccades. Pourtant rien ne l’arrêtait: il pouvait se redresser et corriger son vol en passant de toutes les subtilités apprises. Il pouvait laisser ses ailes flotter au moment où il le fallait, exercer un battement en temps voulu, descendre, remonter, et ainsi se livrer à des acrobaties en s’ajustant au quart de secondes, multiplier les combinaisons de vol. Cela aisément…

Il n’avait jamais douté.

*

L’enfant suait. Son front perlé de gouttelettes témoignait de ses efforts. Et ses yeux agrandis, rieurs, de sa passion.

– Qu’est-ce qui se passe? Vous approchez de la piste…

– Je n’ai plus le contrôle. Je ne sais pas si ce sont les ordinateurs… Je n’arrive pas à contrôler l’appareil. Je tourne à droite et l’avion tourne à gauche…

Il y eut un silence.

–  C’est impossible.

–  Alors venez piloter vous-même cet appareil. Il est complètement dingue. Je vais aller chercher les chapelets des bonnes soeurs… Il n’y a plus rien à faire…

–  Pourtant, vous êtes sur la bonne piste…

…..

… toutes mes excuses… Je veux dire, vous vous dirigez droit vers la piste. Il ne reste que l’altitude à corriger.

–  Quoi! Je vous entends mal…

–  L’altitude…

Son micro était ouvert et les passagers entendirent le message.

L’enfant tira sur le manche. L’appareil se redressa. Il appuya sur le « F » pour flaps, et sur le G pour actionner le train d’atterrissage.

–  C’est parfait.

–  Pardon?

– Parfait.

–  Mais je n’ai aucun contrôle sur l’appareil. Tout se passe comme si quelqu’un pilotait à ma place.

Les contrôleurs de la tour restèrent figés, pantelants. Ils ne dirent mot.

*

L’oiseau approchait de son nid. Il vit les lumières et laissa ses ailes le porter lentement vers le vieux hangar abandonné: son nid était là.

*

L’enfant jubilait. L’avion, sur son écran, descendait lentement vers la piste.

Et quand il se posa, il tourna le regard et vit les camions de pompier et les ambulances rouler à toute vitesse sur la piste. Cela faisait partie de son jeu. Son oeil allumé et fier les scrutait comme hypnotisé par ce bal lumineux se déroulant devant lui.

L’appareil s’immobilisa.

Il détacha sa ceinture et hurla:

–  Tout le monde dehors.

La porte s’ouvrit et une glissade en caoutchouc se gonfla et se déploya vers la piste.

Il s’y lança en criant, heureux. Les autres, encore figés, restèrent immobilisés sur leur siège.

*

L’oiseau avait presque terminé son vol. Mais un peu fatigué il se laissa porter par l’air  le long de l’avion.

L’enfant se retourna et vit l’oiseau se poser sur son épaule.

Leurs regards se croisèrent. Ils ignoraient ce qui les avaient réunis. Pourtant, sans qu’ils en parlent, sans qu’un son soit émis, ils trouvaient tous les deux naturels d’être là, ensemble, devant ces lumières d’un rouge vif, comme s’il y avait danger….

– On a réussi, s’exclama l’enfant.

L’oiseau battit des ailes, comme pour se secouer, et bécota la tête frisottée de l’enfant. Comme si c’était son oisillon…

Ni l’un ni l’autre, à un seul moment, n’en avait douté.

Gaëtan Pelletier, août 2001

ZORRO LE POISSON ROUGE

Je craignais de ne pas faire très… normal… Où je ne sais, social? Mais j’avais envie d’une soupe… J’étais en appétit… Enfin, une sorte d’appétit que certains ne peuvent comprendre : la faim de comprendre…

J’ai commandé deux soupes pour le lunch

En avertissant bien la serveuse…que… bon… c’était mon choix. Même si… Bizarre…En apparence…. Que…Enfin! Deux soupes…

-C’est deux fois une…dit-elle.

– Mouais…

Bon pour la santé:  des nouilles, des légumes, des pâtes molles en alphabet, des oignons,  et un bouillon artificiel à base de poulet… et/ou ascorbate de sodium, soja, etc… Pas d’enveloppe, pas de renseignements…

Le bouillon?  Je ne sais pas comment on fait pour imiter un poulet. On chante le matin? Les poulets ont des plumes mais n’écrivent pas… Mais on m’a bien dit que ce n’était pas un vrai bouillon… Ça, je l’avais toujours soupçonné…Plus ça va, plus les bouillons sont des imitations…

J’avais garé la moto dans le l’immense parking du centre commercial.  Puis j’étais entré acheter des petites choses. Rien que pour acheter. C’est comme ça qu’on passe son temps quand on est civilisé et que les besoins primaires son assouvis.

En attendant mes soupes, je  suis allé à «L’animalerie» du centre commercial  et j’ai  acheté  un poisson rouge… On me l’a mis dans un sac.

J’avais l’air de traîner une planète avec un seul habitant…

Quand je suis revenu , la serveuse a pensé que j’étais végétarien… Un genre de greenpeacer échevelé… en dedans… Les neurones frisottées…

J’ai mis le poisson rouge dans la soupe. En fait, je revenais d’un cours de psychosociologie. Je me disais que je pouvais faire une expérience tout en mangeant. Que le poisson se nourrirait en même temps que moi. Je n’allais pas l’avaler… Peut-être des yeux…

Je me suis mis à le scruter. Ça m’a étonné tout se mélange. Surtout que j’avais vu à la télé  ces gens portant des masques. Pas moyen de voir si la chinoise était belle. La Terre était en train de devenir une planète de petits Zorro avec des seringues pour épée… Une épopépée… Je dis n’importe quoi. On a bien du travail, ces temps-ci, quand on veut tracer des zèdes sur tous les méchants. On risque de se tuer au travail…

Ça a l’air cinglé… Et puis ça doit l’être… Mais cette soupe, coulée dans un nid de poule de printemps, riche et généreuse, si diversifiée dans ses éléments, je la voyais comme la réplique d’un contexte social : tout était soudé par l’eau – une eau jaunâtre – mais les ingrédients étaient là.

Avant de manger- ou d’essayer de –  j’avais scrupuleusement  étudié le comportement du poisson.

Je pense qu’il y avait trop de sel dans la soupe… Au début il nageait vite, très vite… Mais il a ralenti : ses artères se sont, on dirait, bouchées…

Il a développé des ulcères, s’est mis à s’interroger sur son avenir et est tombé en amour avec une lettre de l’alphabet qui valsait  dans la soupe. Un Z, je pense… Parfois, on le confondait aux petits morceaux de piment rouge. Mais un piment rouge, ça n’a pas de queue… Ni tête… Et un poisson n’a que ça… Normal qu’il cherche quelque chose de différent…

Au début, on voyait qu’il se sentait comme un poisson dans l’eau.

Au bout d’une demi heure, il est devenu dépressif. Il m’a consulté. Je lui ai conseillé d’essayer de «vivre une vie normale»… Après tout, il était dans son élément… «Repose-toi!». «Va au cinéma»… «Fais du Yoga»… «Tu ne vas pas de mettre aux antidépresseurs  toi aussi?» … « Et tu vas te sentir coupable de ne pas assez nager? Ton rôle c’est de nager…»

Je sais qu’on ne parle pas aux soupes… Rien qu’à voir les yeux de ceux qui m’entouraient, je le voyais bien… Mais on a le droit de faire sa vie, non? Et comprendre c’est quoi? Eux, ils ne le voyaient pas le poisson rouge. Alors pourquoi me jugeaient-ils? Tous les incompris ont leur poisson rouge quelque part, dans leur tête.

Vraiment ça n’allait pas…  Je me suis dit qu’il avait  trop mangé et qu’il s’est empoisonné avec ses excréments, ou je ne sais… Mais il n’avait pas l’air bien… Un poisson rouge  qui fait de la haute pression, c’est rouge, vraiment rouge..

Quand  je suis revenu, le poisson s’était suicidé en se jetant hors de la soupe… Il gisait sur la nappe…  Une nappe blanche, un poisson rouge. On aurait dit une image du film Amélie Poulin…

La serveuse me regardait d’un air étrange. J’étais en train de souffler dans la gueule du poisson pour essayer de le ranimer. Je sais… Je n’avais pas l’air «normal»… Mais on m’avait appris qu’il fallait tout faire pour sauver des vies. Surtout avec le moratoire sur la pêche à  la morue à l’entrée du Saint-Laurent… Plus de pêche, pas de stock… Plus de travail… La vie c’est encore plus compliqué qu’une soupe…

Il ne bougeait plus. J’en ai fait mon deuil.

Les deux soupes étaient encore là.  J’ai soupiré.

Dès le début je savais ce que voulait mon poisson rouge pour sa….fin.. : se  faire incinérer.

Je suis allé chercher de l’essence à fondue sur une table et je l’air arrosé copieusement. Puis j’ai sorti mon briquet… Zut! Tout le monde s’est levé en hurlant : on pensait que j’allais fumer. Ben non! J’ai mis le feu au corps du poisson. Ils se sont rassis, soulagé, comme un pain qui sort du four.

Avant de partir, j’ai donné dix dollars de pourboire  à la serveuse…

J’ai vu qu’elle s’était demandé comment quelqu’un qui n’avait pas mangé sa soupe l’avait autant appréciée… J’ai aussi vu qu’elle avait peur que je meure de faim… L’autre soupe, un peu refroidie, reposait sur la table.

C’est tout simplement qu’elle n’avait pas deviné  quelle nourriture je cherchais…

Pourtant, je suis sorti le ventre plein…

Mais en sortant, le serveur m’a regardé avec des yeux de poisson pourri. Un serveur qui n’est même pas branché à l’internet…

En fait, il a fait une crise cardiaque devant moi… Pas beau à voir…

J’ai passé mon tour pour la respiration artificielle : je ne porte jamais de masque… Surtout qu’il se nommait Roger. Je me méfie de quelqu’un qui s’appelle Roger. Une phobie! Je n’y peux rien…

Tous les ingrédients de la soupe se sont mis à leur cellulaire. Le 911 a été tellement surchargé que les secours sont arrivés trop tard : j’étais dans le parking, sur ma moto, louchant le ciel bleu, me disant que le poisson était là dans on élément. Un poisson, ça ne fait pas de mal à personne… Alors ça doit aller au ciel…

J’ai décidé, après cette aventure, que je m’arrangerais pour nager dans une soupe pas trop compliquée. Au ciel, avec les poissons, je me suis dit qu’on nageait avec des ailes et qu’on volait avec des ouïes…

Ici, on rampe…

Avec des masques en plus…

LE PÉRIL JAUNE…

La femme vit l’homme passer en trombe… Il était nu comme un ver… La forêt était dense et drue.

Le temps était chaud. Trop chaud. Il s’était empiffré d’eau claire et limpide.

C’était il y a des millénaires.

Il  tenait sa kékette  d’une main et sa patience de l’autre…

Il mit le pied sur un serpent, glissa, trébucha.

– Qu’avez-vous, dit la femme.

Il la scruta et la trouva chanceuse de ne pas avoir de cet urinoir accroché à lui. Mais en même temps…

– Je veux pisser.

– Où.

– C’est ce que je cherche.

En disant cela, deux mille hommes passèrent nus, à une vitesse incroyable.

– Pourquoi pas sur cet arbre?

Il ne dit rien, mais il ne voulait pas passer pour un chien…

– Non, je trouverai mieux…

Il repartit en vitesse.

Il rencontra un ruisseau. En entendant le bruissement, l’envie de pisser se raviva…C’est alors qu’il fit le lien… De l’eau dans de l’eau… Tout naturel. Les trois qui le suivaient trouvèrent l’idée géniale.

Il prit son machin et se soulagea.

Pendant ce temps les deux milles hommes qui s’étaient soulagés le long du ruisseaux avaient soif. Étaient-ils en amont ou en aval?

Lui aussi avait soif. En pleine canicule…

Les oiseaux chantaient, le ruisseau gazouillait. Quelle belle vie! Et la femme qui venait vers lui…

Il y avait de quoi se multiplier…

Le temps défila à la vitesse … de la lumière….sans temps…

Un de ses chromosomes se retrouva dans un de ses descendants.

Ce dernier regardait l’usine dont il était propriétaire, en se frottant le menton… Où déverser ces eaux usées?

Il calqua le modèle de son pénis, fit fabriquer des tuyaux et envoya le tout dans un ruisseau grouillant de truites.

Le pêcheur prit sa prise et la fit rôtir sur un feu de camp.

Il alla ensuite se soulager dans la rivière.

Dans un grand bureau vitré, un comptable se mit à évaluer les «pisses» de tous les humains et en conclut qu’il n’y aurait plus d’eau potable d’ici… hier.

Il écrivit son rapport mais ne le porta pas aux autorités concernées. Il le jeta dans … la toilette.

Il avait tellement peur que l’envie d’uriner le fit courir aux «petit coin».

Il pissa, actionna la chasse d’eau et se demanda où pouvait bien aller toute cette eau… Il regarda son rapport disparaître en même temps.

Ce n’était pas son problème…

Il prit un verre de carton et but l’eau du robinet.

Le plombier de la ville avait reçu un pot-de-vin pour relier le réservoir au robinet afin d’économiser sur les coûts d’opération de l’entreprise.

Ce n’était pas son problème.

Quelques siècles plus tard, un astronaute en voyage vers une planète lointaine, cherchant la sienne ne trouva qu’une boule jaune.

La peur eut un effet terrible. Il s’en alla dans l’espace et soulagea sa vessie.

Des centaines de bulles jaunes se mirent à flotter alentour de son scaphandre.

*

L’homme courait à perdre haleine, cherchant un coin. Il avait trop mangé de pommes. Il était nu.

– Que cherchez-vous?  lui demanda la femme.

– Un coin pour chier…

Il buta sur un amas de terre brune.

– Génial!

16 septembre 2005

LA RÉPONSE DE DIEU

 

Sahib  était à son poste, trempé de sueurs; les balles sifflaient de partout. Il pouvait entendre les cliquetis métalliques sur les tôles froissées qui l’environnaient. Certaines étaient bâfrées de sang déjà coagulé. Il attendait seulement que l’une d’entre elles l’atteigne. Deux jours, trois jours sans dormir. Il n’en pouvait plus. La mort le délivrerait. Mais pourquoi mourir à 20 ans?

Il se dit qu’il n’en sortirait pas vivant. Pourtant, il avait  un destin l’attendait, une vie, une vraie. Et c’est pour cette raison qu’il cria dans un dernier espoir.

«Seigneur! Où es-tu?»

Il attendit une réponse qui ne vint pas.

Il répéta sa question avec une rage qui lui gonfla les veines du cou :

«Seigneur! Où es-tu?»

Le soldat, camouflé, enterré sous le noir de la nuit, entendit l’appel et répondit sur un ton sarcastique :

« Je suis ici, crétin!»

Sahib  comprenait la langue de l’ennemi. De plus, il était violoniste, doté d’une oreille absolue. Chaque syllabe comprenait une note qu’il avait saisie. Cet air était la troisième ligne d’une partition d’une œuvre pour piano de Mozart.

Pourquoi?

Il se rendit compte que son ennemi était à gauche et qu’une lueur, probablement celle de sa mitraillette était visible et que lieu correspondait à la provenance du son.

Il sortit de son trou et se mit à tirer vers une cible invisible. Comme si Dieu lui avait donné l’endroit. Il jubilait.

Il vida alors son chargeur dans un rayon de trente à quarante degrés de haut en bas.

****

Mahmoud était déjà blessé quand les balles se mirent à pleuvoir. L’une d’entre elles lui coupa l’annuaire de la main droite. C’en était fini du piano. Et c’était là le seul instrument qu’il avait pour rejoindre Dieu. Ce Dieu qui avait permis qu’un salaud lui enlève ce qu’il avait de plus précieux : un langage qui reliait tous les êtres.

Il se dit qu’il n’en sortirait pas vivant. Pourtant, il avait  un destin l’attendait, une vie, une vraie. Et c’est pour cette raison qu’il cria dans un dernier espoir.

«Seigneur! Où es-tu?»

Yosef, entendit le cri de l’ennemi. Pour répondre à son sarcasme, il répondit par quelques notes de Fur Elise de Beethoven.

«Je suis ici, crétin!».