Archives de Catégorie: SOCIÉTÉ

L’homme qui marchait

Marcher-par-lesprit-web

On a appris à vivre en comptant  nos  jours. On a tous un compteur dans les cellules. Nous sommes des tic tac qui usent jusqu’à devenir silences d’ci.    Alors, j’ai vite compris qu’il fallait fuir vers nulle part avant d’avoir une peau plissée d’un caïman  qui a passé trop de temps dans l’eau. La vie est un encan où chacun est un objet qui se vend. Et je n’avais pas envie d’être un produit. Un « poissonnet » enfermé dans un beau bocal de société.  Finir par puer à force de tourner en rond dans le bocal et regarder la vie à travers un verre épais et déformé.   Je savais que le monde était et avait toujours été  le raté d’une course folle. Mais étant donné qu’on ne peut rien changer, il faut simplement admettre que le seul pouvoir que nous avons est de nous « changer ». Il ne faut pas s’attacher aux idées, aux concepts, aux modes qui passent, aux illusions des vendeurs du temple bleu. Ce sont fins  parleurs automatisés  de l’esprit,  issus de la crasse des civilisations qui tournent en rond dans les guerres et les frivolités. Des machines qui ignorent qu’elles le sont.  Et ce depuis des siècles. Je ne voulais pas faire partie de l’histoire et finir par regretter, vers la fin de mes jours, ma vie…

La poire et l’attrapoire

Il en est qui s’assoient et ferment les yeux. Des bouddhas bout à bout… Comme les filaments torsadés des ficelles tirant des ficelles. Les yeux « penchés » sur le travail… Comme pour ne rien voir de la vie et de la Vie. Le règne  des aveugles qui faufilent des aveugles dans une attrapoire millénaire.

J’ai commencé par faire quelques pas, sans rien attendre, peinant. Puis les pas s’allégèrent, mais dans ce mouvement répétitif d’un pas devant l’autre, le regard de l’esprit se laissa imprégner de tous les yeux de la Terre, des passants, des lueurs, des cris, bref, de la Vie.

Marcher à travers la ville avec un sac à dos rempli de petits objets, d’un lunch, d’une paire de jumelles, d’une caméra minuscule. Si la vie semble n’avoir pas de sens, il n’y avait qu’une seule démarche pour atteindre un but, un filament de sens : ne pas chercher le but, mais laisser le cerveau et l’intuition « trouver » le but. Marcher  devient  alors  la plus belle des méditations: les jambes  finissent par prendre la place du cerveau bavard. Les humains ont la certitude de construire leurs idées, mais – tel que je le disais – c’est le monde à l’envers- alors c’est le cerveau qui finit par défibrer l’âme quand il est noyé de tout par le vacarme, même celui de la « culture ». La culture, c’est la boue de la prétentieuse Boue. Celle à lunettes et à papiers, assises et échafaudant des plans pour régler les grands conflits du monde. Pourtant, les paperassiers sont ceux qui à travers l’Histoire sont responsables de 90% des morts prématurées.

On cherche un endroit,  alors qu’il faut chercher un  nulle part… C’est le meilleur endroit pour ne rien faire, sinon que   regarder la foule s’émoustiller ou se fabriquer des crampes par les petits matins chauds en allant au travail. Ça puait le stress et l’ennui, l’orgueil et la désespérance. L’artifice vendu à la tonne. De pseudo artistes qui finissaient par trouver le petit filon qui les ferait vivre ou vivoter de cet art qui servait à bouffir un petit air d’ego. Des lunettés, pendus à leur cravate, qui sirotent leurs formules-pubs.

Du vide issu des vides et des vides…

Le tunnel au bout de la lueur

J’étais en train de lorgner de mes yeux  une belle jeune femme dans la trentaine, belle comme une étoile qui picotait les soirs d’été.   Elle lisait, assise sur un banc vert, à montures de plastique.  J’avais pris repos auprès d’un grand chêne, à l’orée d’un parc. Son regard était celui de tous les regards. Même ceux des oiseaux perchés, des filaments de lumières, des reflets des flaques d’eau. Tout. Car je me disais que les gens contiennent tout en eux sans qu’ils le sachent.

Et le livre balançait de gauche à droite comme ces balanciers d’horloges qu’on trouve emmêlées aux fils d’araignée dans les marchés aux puces. Hypnotisée, parfois agitée, elle regardait l’heure et le building géant-gris devant elle.

Je l’épiais comme on épis un épi  de maïs : Elle était neuve,  fraîchement  sortie de la Vie, avec ses boucles jaunes,  des yeux verts à petites nitescences d’émeraude,  une peau lustrée et de d  petits muscles de gymn qui saillaient quand elle changeait de page.   Je me disais que « dieu » avait enfermé toute la beauté du monde dans les femmes. Sa coiffure crépitait de lumière, avec ses cheveux tout  brillants comme d’infimes aurores boréales.   La vie commence par une femme et les émotions également. Comme si nous avions gardé toute notre vie ce grand moment d’avoir été mis au monde par une femme jumelée au mystère de l’existence.

Tout a basculé. On pouvait entendre les sirènes hurler, les voitures se lamenter des pneus, et des regards qui se tournaient vers ce qui se passait souvent dans ces grandes villes. Quand la balle s’est logée dans la tête de la jeune femme. De l’autre côté de la rue, deux bandes rivales couraient en tous sens. Et deux des membres avaient tiré. On entendait la pétarade, mas peu de gens bougeaient. La ville leur avait appris la discorde des sons.

Le livre tomba de sa main en  un mouvement de ralenti et les yeux de la dame s’éteignirent. Comme un lampion que l’on souffle, simplement, dans les églises. Comme un lampion qui fond trop vite…

 

Elle est morte. Quand quelqu’un déménage son âme, on ne sait pas où il va.

Puis la ville a flambé. Un enfant qui jouait dans le parc est allé toucher la dame en disant à sa mère qui hurlait qu’elle dormait. Il s’ensuivit le brouhaha habituel : police, ambulance, sirènes.   On aurait dit que la peur les avait rendus vivants. Mais ce n’était qu’une ébullition qui passerait au bulletin télévisé du soir. De bulletin en bulletin…

Je suis retourné à la maison. Par tous les détours possibles. Le soir, vers 19h00, je suis entré dans un petit café pour prendre un sandwich. Et un bon café…  Je suis rentré à 23h00.

Le lendemain, j’ai pris le bus pour la campagne. J’ai eu le temps de faire trois villages. Il y avait beaucoup de vieillards venant du passé. Un temps de misères.  Il n’y avait pas de café, mais tous les gens avaient du café. J’ai eu une idée étrange en passant dans le troisième village. J’ai décidé de parcourir toutes les rues. Toutes.  Et c’est là que j’ai rencontré une dame, vers 10h00 du matin, courbée sur ses plants de tomates. Elle était si vieille, qu’elle ressemblait aux rangs plissés de son jardin. Ma bouteille d’eau était vide. Je m’étais levé tôt pour profiter de la fraîcheur du matin, mais la chaleur avait fini par ralentir mon pas.

– Vous n’auriez pas un peu d’eau? Madame…

– Si je n’en avais pas, monsieur, mon jardin ne pousserait pas.

Elle a replacé ses lunettes comme pour mieux me voir, puis elle les a enlevées.

 

– Bon! Si vous acceptez de goûter à ma laitue, je vous en donne. Mais c’est une façon de parler. Je suis d’un monde où l’eau était gratuite. Vendre de l’eau! Qui donc a eu cette idée?

… vous m’avez l’air fatigué. Rentrez prendre un café. Même s’il fait chaud, vous savez, ça vous secoue un peu. J’ai ma petite recette…

 

Ce soir-là, j’ai dormi chez Irma. Quand elle m’a demandé ce que je faisais dans la vie, je lui ai dit que j’étais marcheur et que j’avais décidé de marcher aussi longtemps que je vivrai.

Elle a souri.

Vous marchez pour aller o- Nulle part. Mais nulle part, quand on marche, c’est  un peu partout…  Et parfois très loin…

– Quand on regarde les étoiles et qu’on leur donne un nom, il se pourrait qu’on donne le nom à un cadavre… Les grands qui ont de grands noms sont peut-être morts depuis longtemps.

J’ai sans doute eu l’air estomaqué.

– Ne vous en faites pas, j’ai bien vu que vous étiez quelqu’un de bien, un peu idéaliste.

Le lendemain, au moment de partir, elle m’a donné son adresse et sac de victuailles.

– Écrivez-moi de temps en temps en temps. J’ai un ordinateur, mais ne l’ouvre plus depuis que je vois mes enfants courir… J’aime bien votre métier de « marcheur »…

***

Pendant deux ans, j’ai continué de marcher et marcher. Une fois par mois, j’écrivais à Irma. Puis un jour arriva une lettre, écrite avec une graphie  tremblotante.

«  Je pense avoir fini de marcher le jour où vous recevrez ce petit mot. Mais j’ai gardé toutes les lettres bien belles que j’ai reçues de vous. De toutes ces belles rencontres et de toutes les horreurs de la vie. Ce n’est pas que vous m’avez appris quelque chose, mais j’en ai fait un livre que j’ai donné à mes enfants. Il y en a deux sur quatre qui ont décidé de cesser de courir. Arrivera un jour où non seulement on pourra cesser de courir mais, comme moi, cesser de marcher en se disant qu’on a parcouru bien des routes. Bien plus que ceux qui les tracent. »

Irma.

 

***

Gaëtan Pelletier

P.S.: Je dédie ce petit billet à N.R , le vrai marcheur. Il a entrepris cette marche il y a près de 40 ans et il est toujours sur la route, parfois en bus, parfois en train, et parfois dans son petit appartement à Québec.

Compréhension et acceptation

Air String Part 1

Nous vivons dans un monde, ou entre deux mondes: spiritualité et  intellect. Alors, de par notre ego, nous « devons » comprendre… Mais la plus grande compréhension et la plus large ouverture d’esprit consiste à admettre que l’on ne peut pas tout comprendre. Mais il y a une chose que l’on peut faire: accepter. Il suppose alors une certaine frustration et une amputation de ce cher cerveau si précieux aux intellectuels.

C’est ce monde du « comprendre » qui engendre la plupart des conflits, même  ceux des proches, même ceux des « amis », même ceux de la famille et les conflits mondiaux. C’est du pareil au même. La source est en nous. L’ego prend son regard sur le monde pour une « vérité ». C’est sa faiblesse, mais il croit que c’est une force.

Comprendre est une façon utile d’appréhender des concepts. Mais dans la grande famille humaine, comprendre est limité alors qu’accepter est illimité. Car accepter, c’est accepter nos propres limites. Il faut donc une bonne dose d’humilité pour le faire. Accepter, c’est accepter les « autres » ( ce microcosme du nous) sans essayer de comprendre. Nous élaborons notre « réalité » par le seul visible qui nous est donné et que nous cultivons. Nous écartons la part invisible de situations et d’êtres.

Mais il existe une religion nouvelle issue de la « science »: on peut tout comprendre. C’est le plus énorme leurre auquel se livrent les intellectuels. Comprendre est facile, mais accepter est difficile. Alors, nous privilégions la servitude de plus en plus valorisée du cerveau, des mécanismes, voire des « moyennes sociales » de comportements. De fait, nous sommes inconsciemment portés aux préjugés et convaincus de notre « bon jugement ».

Une fois cette « mécanique » du cerveau comprise, nous perdons nos chaînes d’esclave de toute cette sinistre et inconsciente « vision du monde ». On verra alors que la haine est issue de soi, de nos visions. Et que l’amour n’est pas compréhension, mais acceptation. Autrement dit: l’ouverture d’un champ qui laisse place à la liberté et à un espace d’ignorance nécessaire. Sans ignorance, nous ne pouvons pas comprendre. C’est le nid de nos connaissances choisies… Que trop choisies…

Avant de construire un monde, il faut détruire le monde qui nous déconstruit.

La compréhension c’est le ciment et l’acceptation, c’est la fleur. On est figés dans la compréhension mais vivants dans l’acceptation. L’acceptation c’est le ventre de notre ignorance qui donnera naissance à une autre compréhension.

Et c’est sans doute là l’annonce d’un monde en train de mourir… L’ego et son amour pour la certitude…

 

Gaëtan Pelletier

 

La dame qui avait hâte…

tumblr_njp9f4QLko1qaeks7o1_1280

« J’ai hâte d’avoir l’eau courante…

J’ai hâte d’avoir des souliers pour les enfants et  pour moi…

J’ai hâte que tu aies un cheval au lieu d’un  âne pour aller au marché…

J’ai hâte que mes enfants soient instruits,  mais pas par l’école…

J’ai hâte de travailler moins et avoir un peu plus de temps…

J’ai hâte de pouvoir, les dimanches, aller faire un pique-nique avec les enfants…

J’ai hâte d’avoir du bois pour chauffer la nuit…

J’ai hâte que l’on soit soignés quand il faut l’être…

J’ai hâte d’avoir un petit coin de jardin pour faire pousser des légumes et des fleurs…

Mais j’ai pas hâte que tu aies un travail qui te fait suer 70 heures par semaine, une Toyota, une télé pour voir au bout du monde ceux qui ont hâte  de payer des impôts pour nourrir les banques, d’avoir à aller travailler pour nourrir les banques, de voter pour nourrir les politiciens qui nourrissent les banques, de me faire farcir de médicaments en fin de vie devant une équipe de spécialistes travaillant pour une morale de carton, de suer chaque année pour faire un rapport d’impôt, de me battre avec des fonctionnaires-robots menottés par des règlements, de vendre mes mains et mon âme à une CIE qui déménage là où tout le monde a hâte pour profiter de ceux qui ont hâte, de n’avoir plus rien en banque sauf des chiffres virtuels, de courir au marché pour des légumes qui ont fait 2500 km, de me payer un burn-out, de me faire parler par une machine dans une machine, de téléphoner et de me faire répondre par un chiffre, de finir par être endettée au point  de me faire soigner par un médecin contributeurs d’expériences de laboratoires aux fins de profits et de  demandes  des actionnaires, tous vêtus comme les lys des champs,  de me lever à 4h30 le matin pour traverser trois ponts et rester figée   dans un bouchon de circulation en écoutant la radio me dire qu’il faut élever des ânes et des poules en villes,  d’acheter mes vêtements « Made in Ailleurs «  par des gens qui ont hâte  d’écouter de la musique affolée de gens dérangés, de me faire dire qu’il y a des terroristes qui on hâte de tuer et des politiciens qui ont hâte de se débarrasser des terroristes, mais qui leur fournissent des armes, de  bouffer toutes les informations quotidienne au bulletin télévisé pour avoir peur, de bouffer  les poisons de l’industrie agro-alimentaire, de me faire dire que je suis une idiote qui n’a rien compris, j’ai pas hâte de connaître Charlie, de me faire virer à tous les trois ans de mon travail, d’envoyer mes enfants se faire charcuter pour une cause de fabricants de causes, de payer 7000$ pour qu’on m’envoie en terre, d’avoir 23 chaudrons, d’acheter une maison qui me rendra servile,   de voir mon mari rentrer en BMW, éméché, et de vomir dans un plat que je devrai jeter dehors, devant les enfants.

J’ai hâte de savoir ce que ça fait de ne plus avoir hâte et de m’acheter une bicoque en campagne qui n’aura que l’eau et un peu d’électricité et de ne pas avoir à me maquiller chaque matin…

J’ai vraiment hâte… Hâte savoir pourquoi tant de gens ont hâte…

 

Gaëtan Pelletier

Icare et la chirurgie plastique planétaire

 

Dédale et Icare

Ne pouvant emprunter ni la voie des mers, que Minos contrôlait, ni celle de la terre, Dédale eut l’idée, pour fuir la Crète, de fabriquer des ailes semblables à celles des oiseaux, confectionnées avec de la cire et des plumes. Il met en garde son fils, lui interdisant de s’approcher trop près de la mer, à cause de l’humidité, et du Soleil, à cause de la chaleur. Mais Icare, grisé par le vol, oublie l’interdit et prenant trop d’altitude, la chaleur fait fondre la cire. Ses ailes finissent par le trahir et il meurt précipité dans la mer qui porte désormais son nom : la mer Icarienne1. Wikipedia 

***

Faut-il faire un bilan de cette planète pour constater qu’elle est constituée de 1% de mégalomanes « détêtés » , mais bien nantis? Nantis des nouveaux esclaves de la mondialisation pour maintenir en vie leur… coffre-fort.

Si quelqu’un croit et a peur de l’austérité, il n’a rien vu et n’a pas eu la peur réelle de la pauvreté. On a maintenant la peur virtuelle du luxe…  Nos belles sociétés, avec leurs organisations de singes assis, « envrillés », les pieds dans le ciment, croient encore régler le sort du monde par la paperasse et le le fard des économistes qui nous cassent les oreilles avec le PIB.  

Les géants plumés des pays riches sont en train de fondre sous la masse des  INC. invisibles.

Vous venez de recevoir votre échantillon d’austérité…

Le reste va suivre. Car l’auto qui fonce vers un mur ne peut plus à un certain moment éviter la collision. On a cultivé le gigantisme et la mégalomanie. Alors, viendra un temps où l’on paiera pour la destruction totale de la pomme bleue qui fait sa petite route dans l’Univers. Elle se fout bien de la punaise de matelas qui ronge  ses forêts, ses rivières, ses poissons, ses terres, ses océans.  À un train d’enfer… On s’en va vers le mur et après le mur adviendra l’ultime austérité: celle où les vampires eux-mêmes n’auront plus de sueurs à sucer, ni  le sang des soldats et de  dommages collatéraux des guerres inventées dans un jeu pervers d’hypocrisie sous couvert d’un humanisme falsifié.

La vie en ce type de société, c’est comme les chaudrons: on vous les vend à un prix d’or et ensuite on vous demande de les faire fondre pour en faire des fusils. La richesse par les armes et pour les armes.

Rien n’est changé. C’est de la chirurgie plastique planétaire. Sauf que le »monde » est rendu au bout du monde. On a tout misé sur le « calcul » et cette chère « science » dans des sociétés d’individualistes qui ont raison une fois chapeautés du pouvoir.

Icare est mûr pour le mur… Le petit propret cravaté est en train de finir le travail étranglé dans son conformisme de formules comme une vache à trois estomacs. Enfin! Je crois… Je n’ai pas de vache et je ne sais intérêt à éviscérer la bête.

Brûlée la race des saigneurs sur leur piédestal! Mais vite remplacée par un autre famélique à torches qui se coiffera le nombril.

Il rêvait d’aller sur la lune, il y est allé…

Il rêve d’aller sur Mars, il y ira,  mais ne reviendra pas…

Ce doit être vrai l’histoire de l’humain né  d’une extra-terrestre qui a fait l’amour avec un singe. Ne poussons pas trop… On a dû tenter de « booster » le singe.

Et nous voilà! Avec une machine à laver qui joue un air de Bach quand votre linge est prêt.

Gaëtan Pelletier

 » somewhere over the rainbow…. »

Yes we can.

Oui, nous canons!

 

La vérité sort de la bouche des enfants – Victoria Grant

Panorama photographique de salles de classes à travers le monde

Publié par ReineRoro
School Agnes-Miegl-Realschule, Düsseldorf, Germany
Fertility rate 1.4
Life expectancy at birth 80
Population on less than $2 a day 0%
Primary age children not in school 16%
Youth literacy 99.1%

Le quotidien britannique The Guardian publie, aujourd’hui samedi 15 septembre, en « une » de son site, une série de photos réalisées par Julian Germain, que l’on peut voir sur ce lien. Il s’agit d’un panorama de 15 photos d’élèves dans leur salle de classe prises successivement au Brésil, en Allemagne, au Yemen, aux Etats-Unis, en Hollande, en Espagne, au Royaume-Uni, au Pérou, en Ethiopie, au Bangladesh, au Nigeria, à Taiwan, à Cuba, au Qatar et en Russie.

School Al Ishraq Primary, Akamat Al Me’gab, Yemen
Fertility rate 5.3
Life expectancy at birth 65
Population on less than $2 a day Data not available
Primary age children not in school 22%
Youth literacy 84.1%
School Beaumont High School, St Louis, Missouri
Fertility rate 2
Life expectancy at birth 78
Population on less than $2 a day 0%
Primary age children not in school 3%
Youth literacy 99.7%
School Bornago College, Netherlands
Fertility rate 1.8
Life expectancy at birth 81
Population on less than $2 a day 0%
Primary age children not in school 1%
Youth literacy 99.7%
School Colegio de Educación Público, Estados Unidos de América Huarte de San Juan, Madrid, Spain
Fertility rate 1.5
Life expectancy at birth 69
Population on less than $2 a day 0%
Primary age children not in school 4%
Youth literacy 99.7%
School Deneside Infants School (now Seaview Primary), Seaham, County Durham
Fertility rate 2
Life expectancy at birth 80
Population on less than $2 a day 0%
Primary age children not in school 2%
Youth literacy 99.7%
School Escola Estadual Nossa Senhora do Belo Ramo, Belo Horizonte, Brazil
Fertility rate (births per woman) 1.9
Life expectancy at birth 73
Population on less than $2 a day 10%
Primary age children not in school 5%
Youth (15-24) literacy 97.8%
School Escolar Secundaria Tiracanchi, Peru
Fertility rate 2.5
Life expectancy at birth 74
Population on less than $2 a day 15%
Primary age children not in school 3%
Youth literacy 97.4%
School Escuela Primaria Angela Landa, Old Havana, Cuba
Fertility rate 1.5
Life expectancy at birth 79
Population on less than $2 a day 0%
Primary age children not in school 5%
Youth literacy 100%
School Gambella Elementary School, Gambella, Ethiopia
Fertility rate 4.4
Life expectancy at birth 58
Population on less than $2 a day 78%
Primary age children not in school 17%
Youth literacy
 44.6%
School Jessore Zilla School, Jessore, Bangladesh
Fertility rate 2.3
Life expectancy at birth 68
Population on less than $2 a day 81%
Primary age children not in school 27%
Youth literacy 75.5%
School Kuramo Junior College, Victoria Island, Lagos, Nigeria
Fertility rate 5.6
Life expectancy at birth 51
Population on less than $2 a day 84%
Primary age children not in school 38%
Youth literacy 71.2%
School Min-sheng Junior High School, Taipei, Taiwan
Fertility rate 0.9
Life expectancy at birth 72
Population on less than $2 a day
 0%
Primary age children not in school Data not available
Youth literacy Data not available
School Omar Bin Al-Khattab Educational Complex, Doha, Qatar
Fertility rate 2.3
Life expectancy at birth 78
Population on less than $2 a day 0%
Primary age children not in school 2%
Youth literacy 97.8%
School School No 63, Kalininsky District, St Petersburg, Russia
Fertility rate 1.5
Life expectancy at birth 69
Population on less than $2 a day 0%
Primary age children not in school 4%
Youth literacy
 99.7%

Source: Saby, Des yeux pour voir 

Le Colosse de Maroussi

le_colosse

L’expérience de la lumière

A son retour à New York, après son voyage en Grèce, Henry Miller s’attaqua à la rédaction du récit de ce voyage. La Grèce, écrit-il, fut pour lui une Révélation. Non pas seulement, et prosaïquement, la révélation des lieux visités en Grèce, mais surtout une révélation personnelle ; la révélation de ce que c’est qu’être homme, et de ce que devait être le reste de sa vie. Rien que cela. La force des impressions que l’écrivain recueillit en Grèce est sensible dans lesPremières impressions sur la Grèce qu’il rédigea au cours de ce voyage, et dont il fit cadeau à son ami le poète grec Georges Séféris. Avec Le Colosse de Maroussi, l’écrivain livre une version plus aboutie destinée, elle, à la publication.

 

Le « colosse » de Maroussi (ou d’Amaroussion) est un homme auquel Miller a été présenté en Grèce et qui l’a accompagné dans sa découverte progressive de ce pays – physiquement ou en pensée. Katsimbalis – tel est son nom – est un personnage. Un homme si haut en couleurs qu’il surplombe de sa présence tout le récit de Miller. Un conteur né, en ce sens qu’il ne vit que pour (et par ?) la parole. Sitôt éveillé, il commence à baragouiner, et une fois la machine à nouveau chauffée rien ne peut plus l’empêcher de tout transformer en histoires : le moindre incident de sa propre vie, tout ce dont il est témoin, le plus insignifiant des objets, tout, absolument tout est englobé dans la parole de Katsimbalis. Il est l’incarnation du Logos ! La narration de Miller est elle-même pleine de cette emphase qu’il prête, d’abord, à son ami Katsimbalis – au point que l’on pourrait se demander si ledit Katsimbalis a réellement existé ou s’il n’est qu’une invention de Miller pour donner corps à la primauté de la parole dans l’expérience vécue.

 

La guerre est sur le point d’éclater lorsque Miller se rend en Grèce en 1939. Il répond à l’invitation de son ami, l’écrivain Lawrence Durrell, qui réside à Corfou, mais il cède aussi au charme ensorcelant des récits que lui a faits sa voisine en France, l’Américaine Betty Ryan, qui, avant même l’apparition de Katsimbalis, s’impose comme une figure propre à magnifier tout ce dont elle parle. « Sans Betty Ryan », commence par écrire Miller, « jamais je ne serais allé en Grèce. » Betty Ryan est ainsi la figure originelle du livre, celle qui annonce dès les premières pages ce que fera ensuite Henry Miller l’écrivain durant trois cents pages (édition de poche) : « Je l’écoutais toujours avec grande attention, non seulement pour l’étrangeté de ses expériences, mais parce qu’elle avait l’air de peindre ses pérégrinations en les racontant. Ses descriptions demeuraient fixées en moi comme des toiles de maître parfaites. » Deuxième figure tutélaire : celle de Durrell. Miller évoque les lettres que lui envoyait ce dernier de son refuge corfiote, des lettres si littéraires et poétiques qu’elles sont déjà une invitation à mêler le réel et l’imaginaire : « Durrell est un poète ; ses lettres s’en ressentaient : elles créaient en moi une certaine confusion – tant rêve et réalité, histoire et mythologie s’y fondaient avec art. »

 

L’écriture de Miller a souvent l’air si naturelle, sur le mode de la conversation enflammée, que l’on pourrait croire que le bonhomme écrit au fil de la plume. La présence de ces deux figures tutélaires dans les deux premières pages de son livre nous rappelle qu’il n’en est rien – ou qu’en tout cas ce n’est pas l’exact reflet de la réalité. Car le récit que livre ici l’écrivain américain de son séjour en Grèce est à l’image de l’art de la narration qu’il prête à ces figures : le mythe, le rêve, l’Histoire (même si Miller répète à loisir qu’il n’a qu’un vernis de connaissances historiques et que ce n’est pas ce qui lui importe, l’artiste s’autorisant à réécrire le passé au gré de ses impressions et de ses désirs, sa découverte de la Grèce reste celle d’un esprit cultivé, nourri à la littérature et à la fréquentation de gens cultivés) se mêlent constamment dans une narration enfiévrée, émue ou furieuse, où le narrateur, non seulement se met lui-même en scène, mais compose ses descriptions comme des toiles et conte ses aventures avec un sens certain de l’hyperbole et de la mise en scène, volontiers « clownesque ». C’est la Vie même que Miller veut exprimer à travers ce « récit de voyage » qui touche parfois à la révélation mystique.

 

La Grèce est, aux yeux de Miller, pays de lumière. Cette lumière, sensible même la nuit – comme si le paysage refusait de croire à la disparition du jour -, baigne chaque lieu, chaque expérience d’une spiritualité inhérente au pays lui-même ; la Grèce apparaît ainsi à Miller comme une terre sacrée, où les dieux prenaient jadis figure humaine pour se promener parmi les hommes. Sacrée donc, mais aussi, justement, à taille humaine. Les sites que visite Miller – et il visite les plus célèbres, de l’Acropole à Mycènes, de Cnossos à Corinthe, d’Argos à Phaestos, d’Eleusis à Sparte, non selon un plan préétabli mais au gré des opportunités et des invitations – lui apparaissent comme le témoignage du caractère sacré de la Grèce, au sens religieux, mais aussi comme des lieux où l’homme trouve sa place. Constamment l’écrivain compare la Grèce aux Etats-Unis – au détriment de ceux-ci. Au gigantisme américain répondent les dimensions humaines de la Grèce. Cette caractéristique vaut également pour les Grecs : à leur contact, Miller redécouvre ce que c’est qu’être humain, il éprouve la dignité et la beauté jusque dans la misère. Pourtant son périple le met au contact de nombre d’hommes qu’il juge antipathiques et dénués d’intérêt ; ce peuvent être des Anglais – il ne les aime pas du tout, c’est le moins que l’on puisse dire, même si Durrell est de ses amis -, des Américains ou des Grecs – les pires de ces derniers étant, souvent, des Grecs revenus d’Amérique et si pénétrés des « valeurs » de ce grand pays qu’ils ne savent plus voir la beauté de leur terre d’origine. Mais, au milieu de cette faune grouillante et souvent survoltée, Miller découvre surtout l’humble et chaleureuse humanité de ceux qu’il considère comme les vrais Grecs. Des gens attachants parce que capables de donner et de partager, ne fût-ce que par le spectacle qu’ils offrent. Miller, ainsi, s’arrête sur la simple vision de femmes au travail ou d’enfants en haillons – des visions qui, pour révélatrices qu’elles soient de la misère réelle dans laquelle vit le pays, le touchent par ce qu’elles contiennent de vérité. La vérité de l’homme, de ce qu’est la vie sur la terre – comprenez : de ce qu’elle devrait être selon Henry Miller.

 

La Grèce pour laquelle s’enthousiasme l’écrivain, c’est une Grèce qui n’a pas encore succombé, comme le reste de l’Europe que Miller connaît (il a vécu longtemps en France), au mode de vie américain. L’Amérique moderne est, pour Miller, l’antithèse de la Grèce ; c’est la terre de l’égoïsme, de la futilité érigée en principe de vie, la négation de la vie. Dans Le Colosse de Maroussi, Miller commence à élaborer la vision du monde qu’il mettraen forme peu après dans Le Monde du sexe. Là où tous les Grecs dévoyés qu’il croise dans Le Colosse…, revenus convertis d’Amérique, ne voient que justice sociale et égalité des chances, enrichissement pour tous, Miller, lui, voit une gigantesque machine à fabriquer la mort. Il s’étonne de la surdité de ses interlocuteurs, qui refusent d’entendre l’existence de millions de pauvres aux Etats-Unis. Pour un Grec, être Américain, c’est forcément être riche. Et entendre Miller déclarer qu’il ne l’est pas, qu’il ne l’a jamais été, qu’il n’est pas « dans les affaires », est une source d’étonnement renouvelée, tout au long de ce voyage en terre sacrée.

 

La richesse du Colosse de Maroussi, c’est que le livre est à la fois récit de voyage et élaboration d’une vision du monde. C’est lui-même que Miller met en scène du début à la fin de son récit, même s’il accorde une place prépondérante aux personnages rencontrés. C’est par lui, par sa subjectivité exacerbée, que le lecteur a accès au pays et à ses habitants. Les digressions sont légion, parce que la narration épouse le rythme même de la vie ; ainsi la visite d’un site n’a-t-elle pas pour principal attrait la description plus ou moins détaillée, plus ou moins « juste », du site en question, mais l’expérience qu’elle constitue. Miller est un conteur admirable, qui accorde autant d’importance aux déplacements, aux moments qui précèdent l’arrivée proprement dite sur le lieu annoncé et aux réflexions qui suivent la visite en elle-même. Parfois, d’ailleurs, il ne reste que peu de choses de la visite, tant l’émotion submerge le décor. Ainsi Miller fond-il en larmes – ou presque – à plusieurs reprises, en découvrant par exemple la plaine d’Argos, ou le cadre naturel dans lequel est sertie Phaestos. Car ce ne sont pas tant les sites que le pays lui-même qui bouleverse l’artiste à chaque nouvelle étape.

 

Comme dans ses Premières impressions, Miller ne cache pas son mépris des archéologues et des savants, qui ont le tort à ses yeux de négliger le vivant et de mettre au jour, avant tout, ce que le passé a précisément de plus mort. A quoi bon les objets qui iront vieillir dans les musées ? A quoi bon les discours pleins d’érudition et de morgue des spécialistes ? (Citons ceci : « Des hommes qui ne croient plus en rien écrivent de doctes volumes sur des dieux qui n’ont jamais existé. Cela fait partie du galimatias de la culture. Il suffit d’être très fort à ce jeu : on finira par décrocher un siège d’académicien, où le gâtisme vous changera peu à peu en chimpanzé à tous crins. ») La vie, celle qui intéresse l’écrivain, est dans la terre. C’est d’ailleurs en elle, dans le tombeau d’Agamemnon – où Agamemnon n’est plus – que l’écrivain place le moment de sa « conversion ». « Debout dans le tombeau d’Agamemnon, j’ai vraiment passé par une seconde naissance. » En ce lieu, ce n’est pas Agamemnon qui importe ; car peu importe, en effet, le « quidam » qu’on appelait Agamemnon. C’est au niveau spirituel que se place l’expérience : en ce lieu, Miller voit le sens même de la destinée humaine. « Ici, en ce lieu maintenant dédié à la mémoire d’Agamemnon, un crime hideux et secret a anéanti l’espoir humain. Deux mondes gisent côte à côte : celui d’avant et celui d’après le crime. » Le crime étant ce qui définit le monde moderne d’après Miller : l’homme n’aura chance de progresser et d’atteindre à ce qui l’attend vraiment – devenir ange – que lorsqu’il aura banni le crime, sur lequel se fondent toutes les relations humaines (nous sommes, rappelons-le, à la veille d’une seconde Guerre mondiale, qui pour Miller ne sera pas la dernière et qui ne vaut pas comme événement exceptionnel mais comme un épisode supplémentaire de la grande histoire de l’absurdité moderne). En attendant, « Nous aurons beau creuser éternellement, fouir comme des taupes, la peur sera toujours sur nous, plongeant en nous ses griffes, nous sautant dessus, nous violant par derrière. »

 

Quelle voie choisir alors ? Car c’est aussi la question que pose, en filigrane peut-être, mais en profondeur aussi, la réflexion de Miller. Selon lui, la destinée de l’homme est de « devenir un dieu » (ou « un ange », comme il l’écrit aussi). Cette divinité, toutefois, n’est pas une transcendance absconse. Elle est ce que l’humanité peut être une fois débarrassée du crime. Et le sens du divin qui assaille l’écrivain en terre grecque, ce n’est pas une foi mystique en ces dieux qu’inventèrent les Grecs ; c’est au contraire une foi en l’homme, en sa nature créatrice et aimante, telle qu’elle apparaît, aux yeux de Miller, dans ce qu’il voit en Grèce. L’expérience « millerienne » de la Grèce, c’est cela : la découverte d’une sorte d’épure, la vision – réelle ou ressentie, peu importe au fond – d’un état du monde antérieur aux scories de la modernité. Le mépris de Miller pour l’Histoire et l’archéologie montre assez que son expérience de la Grèce est d’abord une expérience spirituelle ; il s’agit bien pour lui d’une vision du monde, où le passé de la Grèce, comme sa réalité présente, ont d’abord valeur signifiante, et non valeur en soi.

 

De son livre, il écrit au moment de prendre congé : « Je livre ces notes de voyage, non comme un apport à la connaissance humaine, car ma connaissance est bien petite et de peu d’importance, mais comme une contribution à l’expérience humaine. » L’expérience, ici, d’un homme qui s’accroche désespérément à la foi ; la foi en l’homme. « Du moment que l’homme cesse de croire qu’un jour viendra où il se changera en dieu, on peut être certain qu’il est mûr pour se changer en asticot. »

Thierry LE PEUT