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Vers la « Ville Marchandise »

Introduction : Je tiens à remercier le journal Les Echos pour l’article intitulé : « la Ville privée, utopie du XXIème siècle », paru le 31 Mars 2015. Je remercie, car la thématique de la ville fait partie des problématiques que j’aborde depuis longtemps. A force de travailler une question on sent les choses, on cherche deséléments de démonstration de la thèse que l’on cherche à montrer et on n’ose rêver de tomber sur un article, qui, tranquillement, comme si tout ceci était naturel, nous annonce que la « ville privée » serait l’utopie du siècle… Alors j’ai pris ma plume…

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LA CITE GRECQUE, FONDEMENT DE LA DEMOCRATIE : Au plus loin que l’on remonte, la ville a un rapport fondamental avec la société [1], au sens social du terme. La cité grecque [2], est à l’origine de la démocratie, « pouvoir du peuple », car dans la cité, ceux qui décident de la gestion de la ville sont les « citoyens associés », fondement de la démocratie. La ville définit de ce fait, un rapport social qui fait du citoyen, le décideur politique suprême. Si l’on y rajoute le fait, que notre Révolution en créant la République, a défini « l’intérêt général », et non l’intérêt privé, comme objectif de la République, on trouve bien dans la ville, la commune, les fondements de la Démocratie, ceux du peuple souverain, des « citoyens associés ». Cette approche conceptuelle doit cependant être relativisée. La Ville en tant que telle n’est pas automatiquement, un espace démocratique, la ville est à la fois objet, espace et support d’affrontements sociaux, car la ville est un rapport social.

LA VILLE UN RAPPORT SOCIAL : Avec la révolution industrielle, on est passé de la cité, au village agricole et artisan puis à la « ville agro-industrielle » [3], dont les cités minières du nord de la France ont été un fleuron. N’oublions pas que ces villes ouvrières se sont construites autour des mines de charbon, à partir des corons, maisons construites par les patrons propriétaires des mines pour avoir leurs mineurs à disposition immédiate (pas de voitures à l’époque pour développer la mobilité). De fait, le logement était une partie du salaire du mineur. Le logement avait pour objectif, non de répondre à un besoin social, mais uniquement, de répondre à l’impératif d’une main d’œuvre disponible à proximité immédiate. La proximité lieu de production (entreprise), lieu d’hébergement était une condition indispensable à l’exploitation optimum du travail (rendant par ailleurs les prolétaires, prisonniers du Patron).

  • D’autres « villes industrielles » se sont construites autour de leur port (Bordeaux, Nantes, Le Havre, Marseille) port au sens large, intégrant leur hinterland, définissant ce qu’on appelle pour Marseille le « système industrialo-portuaire », intégrant de fait une forte activité commerciale liée au port, mais qui intégrait une activité industrielle de transformation, générant les emplois industriels nécessaires au développement de la Ville.
  • D’autres villes se sont développées sur l’agriculture et l’artisanat, d’autres encore sur des matières premières particulières (fer, zinc, cuivre, ou encore l’uranium).
  • Dans d’autres pays, ce fut autour du Pétrole.

On voit de ce fait, que la ville et son développement sont directement tournés vers l’activité économique, la ville est donc bien un « rapport social », conséquence directe de l’évolution du système économique et de son rapport de propriété (Capitalisme) [4]. En retour la ville devient aussi un facteur de développement économique (Economie Urbaine) [5]. Dans cette ville, toutes les fonctions existent et se développent de manière complémentaire (agriculture, artisanat, industrie, services).

LA VILLE, ENJEU DE LUTTE DE CLASSES : La ville industrielle n’était pas un havre de bonheur, mais un espace d’affrontement, et il suffit de citer « Germinal » pour comprendre à quel point la condition ouvrière de l’époque était misérable, violente, et malheureuse (porteurs de malheurs [6]). Que de révoltes (morts de Fourmies), de Révolutions (1838, 1848, 1871) avant que le politique ne porte un regard sur la condition ouvrière, débouchant sur la naissance des premières lois sur la protection du travailleur (1910) [7]. Observons encore que ces lois n’ont été prises que sous la contrainte des manifestations syndicales successives organisées par la CGT (création 1895, charte d’Amiens 1905). Ce n’est donc qu’après construction de l’outil de lutte des classes, que le pouvoir fléchit et négocie l’amélioration des conditions ouvrières. Personne ne peut réécrire cette histoire, car elle est faite du sang et de la sueur des militants en lutte pour l’intérêt général de tous. Les luttes sociales ne sont pas un détail de l’Histoire humaine, elles en sont sa matrice, confirmant l’analyse de Marx « Quand une idée s’empare des masses elle devient une force matérielle ». La ville devient donc un enjeu de « lutte de classes », d’où son développement et sa capacité à prendre en compte les besoins du salariat après le travail (Logements, Transports publics, Santé, Cultures, Sports etc….) par l’intermédiaire de la contribution citoyenne (Impôts locaux), auxquels l’entreprise privée est aussi, obligé d’y participer, ce que l’entreprise cherche en permanence à esquiver aujourd’hui (optimisation fiscale, paradis fiscaux etc.).

LA VILLE ESPACE D’AFFRONTEMENT PERMANENT : On le voit, la ville n’est donc pas un havre de paix, qui serait séparé du reste de l’affrontement de classe, Capital/Travail, qui resterait confiné à l’entreprise. Bien au contraire, en permanence, la ville fut l’objet d’un affrontement permanent, entre le désir de démocratie, renvoyant à la cité grecque et les logiques de marchandisation de l’espace urbain, source de convoitises et de « spéculations sans frein » (Immobilier), conduisant à la« gentrification » [8] des métropoles actuelles. Tout dépend dans la ville, du rapport de forces politique. La ville est à la fois le réceptacle des politiques nationales possibles et le support à l’expérimentation marchande (Appels d’offres, P.P.P etc..).

LA PUISSANCE DE L’ETAT ET L’AGE D’OR DE LA « VILLE DEMOCRATIQUE » : Après la seconde guerre mondiale, la société, sous l’impulsion du programme du conseil National de la Résistance [9], qui met en avant l’intérêt général, impose la ville comme l’outil de la République pour la mise en œuvre de ces orientations politiques. La ville fut le réceptacle des « demandes sociales » [10] expliquant par ailleurs la montée de l’investissement public local (Ecoles, Bibliothèques-Médiathèques, centres de santé etc.) et l’espace sur lequel se développaient les services publics. Leur efficacité se trouvait dans ce rapport de « compétences à proximité », que le marché (offre/demande) était incapable de remplir. Le patronat, déconsidéré du fait de son positionnement durant la guerre (soutenant le Régime de Vichy), su se faire oublier. De toute façon, le Plan permettait aux entreprises privées de faire du profit en investissant dans les secteurs définis comme prioritaires (Bouygues, Lafarge, Thomson, SEB, Alcatel, Alsthom etc. sont devenus depuis des champions mondiaux, grâce au plan). La ville était un « système de réponses publiques » aux besoins des habitants, poursuivant ainsi, l’Histoire tracée par les « citoyens grecs ». Industrie, services publics, via l’impôt, et « lutte des classes » étaient les matrices du développement de la ville. On parlait alors de « banlieue rouge » et de grandes villes furent gérées par un conseil municipal communiste (Le Havre, St Etienne etc.) générant une gestion audacieuse (centres de santé, activités jeunesse et culturelle etc.). Mais cette évolution progressiste fut remise en cause avec la crise.

LA MONDIALISATION OU LA REVOLUTION NEO-LIBERALE  : La crise du XXème siècle commence selon moi, en 1971 au moment de la crise du dollar qui voit la fin du système monétaire mondial, dit « système de Bretton Woods », fondé sur une parité fixe des monnaies et l’intervention publique dans l’économie. Le désordre financier qui en ressort, accompagnée de la « crise du pétrole » lié aux désordres géopolitiques (conflit palestinien, canal de Suez) engendre le début d’une crise systémique. L’arrivée au pouvoir du couple (Reagan, Thatcher) va précipiter le monde dans des solutions ultral-ibérales, visant à libéraliser les mouvements de capitaux, les investissements, à déréglementer le travail et les protections collectives et à réduire l’intervention publique à son strict minimum. Le marché et ses règles (profits) deviennent la règle, et l’emploi, la variable d’ajustement, tout ceci étant possible du fait de la « révolution informationnelle » qui par l’informatique permet en maîtrisant l’information et la finance d’organiser la « mondialisation de la production », c’est-à-dire la capacité pour un groupe industriel dominant, d’organiser un système productif où l’entreprise productive est éclatée à travers le monde (lieux de production spécialisés spatialement différencié) permettant d’optimiser les revenus financiers des groupes mondiaux. Les Etats sont sommés de s’y soumettre (« consensus de Washington ») et l’écroulement de L’URSS va accélérer le processus.

LE CAPITALISME PREDATEUR : Au-delà des apparences qui nous montrent Microsoft, Google, ou autre Apple, comme fleurons de la création, sans rappeler leurs liens étroits avec l’Etat étasunien (militaire, financement des campagnes électorales), le capitalisme en tendance ne crée plus, il accapare. D’où le besoin d’un discours idéologique sur les « coûts du service public », et de la dette publique générée, qui en seraient la cause. De fait, la solution est simple, réduire les « dépenses publiques », en transformant les services publiques en « services au public », c’est-à-dire en « services marchands », payables en carte bleue et non plus en impôts, inutiles et coûteux… Une fois dénoncé le mal, la solution est évidente, il s’agit de donner au marché le soin de gérer les « services à la population » et c’est ce qui se passe. Le secteur téléphonie de la Poste, devient « France Télécom », que l’on privatise, qui s’endette (rachat d’Orange) et qui devient Orange, faisant son beurre sur la vente des services (orange mobile) en continuant de s’appuyer sur les centraux téléphoniques de La Poste, financé et construit par la puissance publique. Dans la même veine, les villes gagnées à l’idéologie marchande transfèrent leurs activités publiques au privé (eau, nettoiement, voieries, cantines, informatique etc…) via des « appels d’offres », qui de plus détruisent le service public et remplacent des emplois stables (statut) par des emplois souvent précaires et encore plus mal payés, créant de fait encore plus d’instabilité sociale, source de toutes les combines et trafics pour survivre. Le développement du capitalisme actuel se fait donc, non sur de l’innovation, mais sur de la captation d’activités publiques engendrant plus de pauvreté, en ce sens le capitalisme néo-libéral est prédateur, confirmant ce que voyait déjà Victor Hugo : « C’est de l’enfer des pauvres qu’est fait le paradis des riches » [11].

SUITE SUR CENT PAPIERS 

Meurtre par faux souliers et cure-dents

New balance

Sur son site internet, la société Yue Yuen affirme être le premier fabricant mondial de chaussures de sport et elle indique sous-traiter notamment pour les marques Nike, Adidas (ci-dessus), Puma, Asics, Converse et New Balance. La Presse, 2014 

Dans l’usine de fabrication de baskets du groupe américain New Balance, située devant une mer grise et mouvementée à Flimby, au nord de l’Angleterre, des équipes de quatre salariés passent leur journée à assembler des milliers de paires de chaussures de course à pied. La semelle tout comme la tige ont été fabriquées… en Chine. Ce qui n’empêche pas, grâce à la législation européenne en vigueur, ces produits d’être estampillés « made in England ».

Sur ce site, seules 20 % des chaussures sont réalisées de A à Z. Il s’agit des modèles « lifestyle » (mode décontractée), dont la fabrication nécessite la coupe et l’assemblage de 46 pièces de cuir ou de tissus synthétiques. Une bonne partie de la couture est automatisée, mais certaines ouvrières réalisent encore les petits points les plus complexes à la machine. Moins de trois heures sont désormais nécessaires pour réaliser une paire de ces baskets haut de gamme, vendues entre 120 et 200 euros. Le monde

Au moment où j’écris ces lignes, le budget du Canada de Joe Oliver n’est pas encore  précisé… C’est demain.

Cool le Monsieur Oliver. Il s’achète des souliers de course New Balance… :-) Fabriqués aux États-Unis et en Angleterre… Selon Wikipedia. En 2009 on prêchait toujours la grande marque comme une « résistance » à l’envahisseur chinois car, en théorie, le soulier serait encore fabriqué aux États-Unis … en entier. Ou en Angleterre. Mais comment fêter la réussite canadienne en ne pouvant même pas s’offrir une pauvre paire de souliers de course fabriqués au Canada? On dirait qu’il n’y a plus de souliers fabriqués au Canada. Comme les boîtes de conserves de tomates dont la dernière usine a fermé il y a quelques années.

Les chinois viennent d’investir dans le Cirque du Soleil, fleuron – dit-on- de l’industrie du Québec. On est bon à sautiller et à fabriquer des clowns. Tout a commencé par un clown et le clown a finit par valoir 2 milliards de dollars.

TESTER

Pour un test, asseyez-vous, et regarder alentour de vous. Vous tapez sur un clavier chinois et si vous jeter un œil alentour, tasses, téléphones, écouteurs, imprimantes, guitare, ventilateurs, claviers, ciseaux, souliers, bottes d’HIVER, manteaux, fils électriques, télévision, table de cuisine, batteries AHAHAH, C, D.   Nous sommes asiatisés  de fond en comble. Si vous avez un AK-47  – je dis ça par hasard -, il y a de fortes chances qu’il soit un produit de Chine.

LE SIROP D’ÉRABLE

Brrrrr!  On a les sables bitumineux et le sirop d’érable, le bois de la Colombie Britannique.

Pour le sirop d’érable, à force de rendre le produit autant industrialisé, je pari que dans 5 ou 10 ans, on achètera les grands producteurs et on ira planter des érables en bordure de la Mongolie. On aura du sirop d’érable bridé.

Mais où est donc notre belle réussite? Notre Ministre des Finances marche étasuno-chino-canadien.

Comme disait la québécoise en visite au pays du beau Kamouraska:  » Par chance qu’il y a les vaches »!

Je sais, il faut faire confiance en son pays. On est bien chaussés…

Alors, je m’en vais au pays du dodo. Je me déshabille lentement de mon gilet chinois, de mes pantoufles chinoises, de mes pantalons chinois, de mes bas chinois, de ma montre chinoise, et je regarde mon cadran chinois dans la nuit. Demain, j’irai dans la forêt embrasser les arbres et leur dire de ne pas partir, de ne pas se laisser acheter,  aux petites fraises des champs de rester, au marguerites de pousser, et à aux bulbes de ne pas se décourager.

J’enlève mes pantoufles chinoises et je garde mon t-shirt chinois pour m’enfiler dans des draps canadiens. Avec un grand sourire… :-) . Mais en éteignant la lampe de chevet, je constate qu’elle est de fabrication chinoise, ainsi que deux meubles. Les RIDEAUX?  Peu importe. Je viens de me laver les mains avec du savon chinois, de me débarbouilletter chinois…

J’ai dû oublier bien des choses. Entre autres le ruban adhésif, les clefs USB, la caméra, …

***

Dodo.

Je me réveille en plein milieu de la nuit. Un flash: le cure-dents! Le contenant était chinois. Je ne sais pas si c’est l’arbre que j’ai embrassé. Ils l’ont multiplié par des millions de petites parcelles pointues.

Fatigué, le lendemain, j’entends la sonnette d’entrée: Ding Dong! Je me précipite. C’est le gars du câble venu installer notre nouveau système de réception de télévision. Il entre avec son terminal chinois, ses fils chinois, ses vêtements chinois, ses bottes chinoises et il se dit fier de travailler pour un autre compagnie fleuron de l’industrie québécoise.

Je le laisse s’installer et je mange des cacahuètes en lisant l’emballage: Chine.

Je sors mes cure-dents et j’ai soudain envie de piquer le gars ici et là, jusqu’à l’assassiner par acupuncture.  Il est penché sur la télé, parle de hockey, et je m’approche avec ma boîte de cure-dents, avec un grand sourire. Il me montre un nouveau canal qui présente de vieux films. On en est à la scène du gars du Motel  qui assassine la dame dans une douche. Les violons raillent et mon gars déraille…

J’ai toujours su qu’un jour les pays ne deviendraient que des motels…

Gaëtan Pelletier

Marinaleda – Les insoumis

Un envoi de Michèle,

Merci!

Loving versus Virginia

Loving v. Virginia     (« Loving contre Virginie ») est un arrêt de la Cour suprême des États-Unis (arrêt 388 U.S. 1), rendu le 12 juin 1967. Cassant une décision de la Cour suprême de Virginie, il déclare, à l’unanimité des neuf juges, anti-constitutionnelle la loi de cet État qui interdisait les mariages entre personnes de race noire et blanche. Plus largement, il invalide toute loi qui apporterait des restrictions au droit au mariage en se fondant sur la race des époux. De telles lois existaient alors dans seize États américains. Le nom des plaignants, les Loving, rend touchant le nom de l’arrêt en anglais : L’amour contre l’État de Virginie, ce dernier s’opposant au mariage.

Mildred et Richard s’aiment et se marient, mais ils se font arrêter par le shérif du comté de Caroline (Virginie – usa) justement parce qu’ils sont mariés.

Richard était un maçon blanc, Mildred était d’origine américaine et afro-amérindienne. À cette période leur amour était illégale. Le juge les a sommé de quitter leur état.

Les plaignants, Mildred Jeter, une femme noire et Richard Perry Loving, un homme blanc, étaient résidents en Virginie. Ils s’étaient mariés en juin 1958 dans le District de Columbia voisin, ayant quitté la Virginie pour échapper à une loi de cet État interdisant les mariages « inter-raciaux ».

À leur retour en Virginie, ils furent arrêtés chez eux au milieu de la nuit par le shériff du comté agissant sur une dénonciation anonyme. Ils furent accusés de violation de l’interdiction, plaidèrent coupable, et furent condamnés à un an de prison, avec suspension de la sentence pour vingt-cinq ans à condition qu’ils quittent l’État de Virginie.

Le juge, Leon Bazile, faisant écho à l’interprétation du xviiie siècle par Johann Friedrich Blumenbach du terme « race », proclama que : « Dieu Tout-puissant créa les races blanches, noires, jaunes, malaises et rouges, et les plaça sur des continents séparés. Et, sauf l’interférence avec ses dispositions il n’y aurait aucune cause pour de tels mariages. Le fait qu’il sépara les races montre qu’il n’avait pas pour intention qu’elles se mélangent.  »

Les Lovings déménagèrent pour le District de Columbia, et en 1963 commencèrent une série de procès pour faire casser leur condamnation au motif du quatorzième amendement de la constitution des États-Unis, qui fut tranchée par la Cour suprême.

La Cour suprême cassa le verdict dans une décision unanime des neuf juges, rejetant l’argument du Commonwealth de Virginie selon lequel une loi interdisant aussi bien aux Noirs qu’aux Blancs d’épouser une personne d’une autre « race », et prévoyant des peines identiques pour des contrevenants noirs comme blancs, ne pouvait être considérée discriminatoire.

Dans sa décision la cour écrivit : « Le Mariage est un des « droits civiques fondamentaux de l’homme », fondamentaux pour notre existence et notre survie même… Pour nier cette liberté fondamentale sur une base aussi intenable que les classifications raciales incorporées dans ces lois, des classifications si directement subversives au principe d’égalité au cœur du quatorzième amendement, prive assurément tous les citoyens de l’État d’une liberté sans procédure légale régulière (due process of law). Le quatorzième amendement requiert que la liberté de choix de se marier ne soit pas restreinte par des discriminations raciales. Sous notre constitution, la liberté d’épouser, ou de ne pas épouser, une personne d’une autre race réside dans l’individu et ne peut être réduite par l’État.  »

Malgré cette décision, de tels textes restèrent en vigueur – bien qu’inappliqués – dans plusieurs États jusqu’en 2000, quand l’Alabama fut le dernier État à abroger toute loi contre les mariages mixtes.

Richard et Mildred Loving retournèrent en Virginie après la décision de la Cour suprême. Ils eurent 3 enfants.

« Je ne suis toujours pas versée dans la politique, mais je suis fière que notre nom à Richard et à moi soit celui d’un arrêt de la Cour qui puisse favoriser l’amour, l’engagement, l’équité et la famille, ce que tant de personnes, noires ou blanches, jeunes ou vieilles, homo ou hétéros, recherchent dans la vie. Je suis pour la liberté de se marier pour tous. C’est de ça qu’il s’agit dans Loving (l’arrêt) et dans loving (l’amour). »

Mildred Jeter

Photos de Grey Villet

Chimiefication

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Le Québec dépense 50% de son budget en « santé ». C’est donc dire qu’il dépense maintenant plus pour se guérir que pour se nourrir.

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Les enquêtes de l’agent Némare: Où étiez-vous dans la nuit du 8 mai 1945 au 15 juillet 2025?

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Roman policier historique de Larsen  Joan Némare

L’inexplicable ne se produit presque jamais. En tant que policier, tu apprends à distinguer l’inexplicable de l’inattendu.
Avant le gel (2002)
Citations de Henning Mankell
L’inspecteur J0an Némare soupira:
– Où étiez-vous pendant la nuit du 8 mai 1945 et le 15 juillet 2025?
Il avait devant lui, le ramassis du pire ennemi de l’histoire: le gouvernement.
– Vous êtes le gouvernement, n’est-ce pas?
– Lequel? , répondit l’individu aux mains satinées.
– N’importe lequel, répondit Némare en s’allumant une cigarette.
– Vous voulez une clope?
Le gouvernement écarquilla les yeux, horrifié.
– Je ne fume pas, voyons! Cette saleté vous tue…
– Et les guerres? Vous les entretenez depuis des décennies…
– Mais nous ne sommes pas le 15 juillet 2025.  Que se passera-t-il le 15 juillet 2025?
Némare soupira. Il avait enlevé son masque contre la pollution qui régnait dans la ville, car la salle d’interrogation était munie d’un filtre qui purifiait l’air 24 heures par jour. Un filtre fourni par l’État dans des centres névralgiques. Depuis les débuts de l’austérité, soit la crise 2008, il fallait aux policier nettoyer les filtres à chaque semaine. Peu importe le grade. Et Némare, malgré son grade de capitaine, en avait marre.
– La même chose qu’aujourd’hui monsieur gouvernement… Sachez que vous êtes accusé, vous et vos semblables du meurtre de la race humaine par cupidité, affilié à la famille des PPP ( Putains Pour Profits), avoir été négligents et comploté à des fins intimes et personnelles d’enrichissement sans précaution réelle et honnête.
Le gouvernement ébaucha un sourire espiègle et goguenard, sachant qu’il avait le pouvoir de faire disparaître ce petit capitaine de la liste des enquêteurs.
– On m’accuse de quoi, capitaine?
– Du meurtre d’une mère: la Terre. Sans compter les millions de victimes déplacées, tentant de refaire leur vie et leur culture dans d’autres  pays que le leur,  créant ainsi une friction entre les cultures. Ou meurtres en séries…  Les guerres les ont forcé à se déplacer. Les migrants ou sans papiers, vous connaissez?
L’inspecteur toussa. Il prit une gorgée d’eau clarifiée au chlore, pendant que le gouvernement, calme, avala une lampée d’eau tirée des glaciers millénaire de ce qui restait du Nord.
– Vous divaguez…
– Et que dire de la pollution, des libres-échanges, des paradis fiscaux de vos « amis »?
– Vous permettez que je donne un coup de fil?
– Votre téléphone n’a pas de fil, gouvernement. C’est un téléphone « intelligent ».
Le gouvernement pouffa de rire.
– Faites votre appel…
Le capitaine fit apparaître sur son écran une montagne de téléphones empilés dans une rivière de Chine. Puis soudainement, l’appareil s’emballa: en l’espace de 2 minutes des milliers d’images apparurent à l’écran en saccades: des ours polaires amaigris, des citoyens portant des masques, des guerres en Afrique, des images d’enfants déchiquetés.
– J’ai faim.
– On vous apportera un repas. Pour l’instant, vous n’aurez droit qu’à la nourriture que l’on sert aux peuples.
Un serveur entra dans la pièce.
« Macaroni au fromage, riz de Chine, pommes de Chine, et poulet – oups- des élevages mexicains. Un poulet de 48 jours… Pas tout à fait à la taille normale. »
– Auriez-vous un autre menu?
– Poisson?
– Ah! Merci. Des oméga 3 et une bonne salade.
Puis il ajouta:
– Vous n’avez rien d’autre? C’est assez flou vos accusations.
Le capitaine poussa un soupir. Les murs du la salle s’ouvrirent sur un entrepôt immense.
– Un million de documents…. Monsieur Gouvernement.
… En passant, votre poisson vient des rivières avoisinant de mines du Grand Nord du Canada. Toujours pas nettoyées…  Il avait trois têtes, mais on vous en a enlevé deux pour ne pas briser votre plaisir…
Puis il esquissa un faux sourire, tirant sa clope et lançant sa fumée secondaire sur le gouvernement. Puis il demanda ses 6 comprimés habituels contre la nausée.
– Cher capitaine, répondit le gouvernement, nous avons un système de santé qui accorde 70% de notre budget à la santé. N’est-ce pas une belle réalisation?
– Et le reste du budget?
– 20% à la défense et 10% pour le développement et l’entretien de nos citoyens.  Dans dix ans, ce sera encore mieux…
– Ah!  J’ai justement un test pour vous…
Le capitaine avait retrouvé sa bonne humeur.
***
On emmena le gouvernement dans une allée de pharmacie.
– Qu’est-ce qu’on fait ici? s’étonna le gouvernement.
– On fait ce que font tous les accusés du monde occidental: on teste.
Notre défi consiste à parcourir l’allée de la pharmacie et à avaler un médicament les yeux bandés. Si vous en sortez vivant au bout de l’allée, nous pourrons débattre à la télévision de vos bonnes intentions concernant l’humanité.
L’essai démarra à 18h00.  En même temps que le journal télévisé.
À 18h00, la moitié de la planète était rivée aux écrans géants de leurs demeures. La totale télé-réalité.
La « course  » démarra lentement. L’allée avait 12 mètres.  À l’autre bout du monde, certains avaient passé la nuit à préparer ce sport extrême et des commanditaires avaient créé des pubs pour l’événement.
Pendant une heure, les deux hommes déambulèrent l’allée en un pas lent, tâtant chaque flacon, chaque boîte, et lorsqu’un bruit de clochette se faisait entendre, chacun devait avaler un comprimé ou un liquide qu’il tenait dans la main.
Au bout de 24 minutes, le gouvernement parut flancher; il s’écroula dans l’allée, respirant difficilement, pendant que le capitaine, entendant les râlements du gouvernement, levait les bras en signe de victoire.
Toutefois, à la 59 e minute, le capitaine se mit à trembloter. Mais il poursuivit sa route en tanguant. À la minute 123, les deux hommes commencèrent à transpirer. Il ne restait que quelques mètres avant l’arrivée du fil et les spectateurs hurlaient devant ce « combat » présenté sur écran géant.  À la 143 e minute, les deux hommes s’effondrèrent.
Un seul se releva.
Le gouvernement.
La bourse de NY fit un bond.
Et tous les spectateurs applaudirent. On pleurait, on se mouchait, on s’accolait, et on levait son verre.
***
Dans les coulisses, le gouvernement poussa un soupir de soulagement et se mit à ricaner.  Grâce au service de renseignements, il  avait appris par cœur tous les emplacements des ingrédients des allées par  la construction d’une pharmacie tout à fait semblable  à celle désignée. Payée par les contribuables.
Il prit son téléphone et contacta le président des États-Unis.
– Alors tout s’est bien passé? , s’enquit celui-ci.
– Parfaitement. Je suis un peu fatigué, mais je vais m’en remettre grâce aux produits naturels que vous m’avez conseillé.
Un serviteur noir, ganté de blanc, alla porter au président son breuvage favori avant d’aller au lit.   Puis il replaça sur le bureau la plaque tombée par terre du nom du président, Zoup Wong Dong. 
Gaëtan Pelletier
Dédié à Philip K. Dick, qui retrouva 17 manuscrits devant sa porte, tous refusés. Un fou!

Le pas de l’écrevisse

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Car, enfin, vous auriez mon âge, que je crois, Si vous pouviez, du temps  fuyant les maléfices Marcher à reculons, comme les écrevisses. 
Dumas père, Hamlet,1848, I, 3, p. 197.


L’Homme a tout appris… Sauf la marche à reculons. Il est figé mentalement dans sa dite « évolution » et bouffe de ces satanées religions pour vivre en fauteuil roulant. Et personne ne fait marche arrière en fauteuil roulant, parce que les fauteuils obéissent à ceux qui les conduisent… Comme ceux qui les conduisent obéissent …  

Toute religion est « satanique » en partant, puisqu’elle ingère cette double identité dieu-diable enfermés dans la même cage d’os.  Religion des conformisme sociétaire, religion de « la parfaite » empêtrée dans ses engelures de l’Histoire. Les macchabées du « bien » sont aussi nombreux que ceux du mal. Cadavre pour cadavre. Nous vivons tous dans une culture « d’étang », d’eaux-mortes, savamment baignés à la naissance par la mère patrie, et son gargantuesque appétit à reproduire des travailleurs.

On a envie de ricaner jaune devant ce défilé d’empaillés qui sont au pouvoir, coiffés à droite, parlant à gauche, robotique et sans amour. Regarder la télévision chier ses nouvelles, c’est comme avoir une plaie dans le visage en 1080p qui nous agresse de ses répétitions. Le sauvage, c’est « NOUS ». Mais où est donc le grand fournisseur d’AK 47? Bizarrement, ce sont les grands moralistes vendeurs de bonheur en même temps que vendeurs d’armes. 

 On se croirait dans une capsule de François Pérusse: Le Funérarium. Là où chacun ne sait que dire et achète une formule en entrant pour dire aux amis et aux parents combien ils sont désolés. Mais c’est de l’humour… Dans la vie, on ne  meure pas de cet humour noir des dirigeants et leur entonnoir-précipice. Non.On en crève si lentement que personne ne peut en percevoir le mouvement. 

 Du point de vue de la vie de l’homme, entre la naissance et la mort, les processus naturels qui entrent dans le monde humain peuvent se caractériser par la croissance et le déclin. Hanna Arendt .

Et ce pouvoir de construction du monde vers un « monde meilleur » ne peut se faire que par un « amour de la nature ». Non pas celle lointaine, « imagée », mais celle réelle d’une relation obligatoire et sans compromis. Si l’Homme est la servitude du système – sorte de religion laïque à laquelle il faut croire et « agir »-  le « terminator » est déjà en branle pour huiler l’humain. La bêtise ne vient pas de l’un, elle vient de tous. Notre servitude n’est pas née  d’un seul tyran, mais d’une somme quasi infinie et mouvante de notre monde dit « moderne ».

L’Homme statufié

 Depuis des millénaires la peur de la survie terrestre en terme de faim ou d’inventions de d’autres faims -telle celle de la réalisation de soi ( si charmante et utile aux sociétés aux fins de contrôle) – a fait en sorte que nous bousillons toute action, préférant vendre notre être à ceux qui sont des gens d’action sans …être. Depuis la méga liaison politique-affaires-mondialisation, cette triste trinité, amalgamée aux petites racines arriérées des peuplades qui usent de vieux concepts, l’énorme charade est si complexe que nous n’arrivons plus à déchiffrer le monde avec notre intellect. C’est là l’erreur fondamentale: la découverte de l’immense potentiel de l’intellect a enterré notre liaison réelle avec la Nature. Alors, vive le grand pouvoir des connaissances qui servent seulement à disséquer les morts du système. Les « vivants » le seront plus tard… S’il y a quelqu’un qui existe encore, avec sa super science, pour expliquer la mort d’un individu, ou bien celle d’un monde en décomposition sous les tunnels transportant cet « cher pétrole » qui déflore les terres cultivables. Parce qu’au fond, on nous a fait croire que l’on ne pouvait se passer de voitures. Si tout l’argent misé sur cette ferraille avait été investi dans des moyens de transports communs, il y en aurait suffisamment pour construire des modes déplacement qui réduiraient de 90 % les problèmes liées  aux « besoins de déplacement ».

Les Beethoven de la philosophie 

Nous sommes sourds, mais nous écrivons la musique et son chant de gloire… Ces notes frileuses issues de nos peurs. L’État dirige l’école, et les États sont dirigés par les objets et idées à consommer, les vendeurs du temple.  À travers ce charabia de musiciens pauvres et sans âmes, nous ne nous entendons plus. L’Homme est une sorte de panier tressé pour ramasser de l’argent à envoyer dormir dans les banques.  De sorte qu’un jour nous n’entendrons plus rien, ni les chants des oiseaux, ni le parfum des fleurs. Et même ces chers cercueils électroniques… 

La vanité et l’orgueil, la sainte-certitude – sorte de glaise pour les pauvres- peut servir au bien. Mais, comme le AK-47, un imbécile ne peut se servir de son unicité : il aime bien les produits congelés de la pensée désuète et sa stature de chef, de pré-chef. Pourvu qu’il ait des galons. 

C’est ainsi que l’écrevisse a dépassé l’Homme: elle nage en avant et marche en arrière.  L’Humanité n’a évolué qu’avec le doute qui effaçait les erreurs passées. C’est quand elle cesse d’avoir des doutes qu’elle n’évolue pas.  C’est bien le grand malheur de tous les temps: elle ne marche qu’en avant.

Nous serons tous victimes de la surdité de l’Histoire. Si belle la mélopée!…

Pardon?

Gaëtan Pelletier

13 mai 2014