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Les canettes ne sont pas pour les vaches

Nous avons la chance de vivre dans un pays où il y a de l’espace…  Mais le simple geste de jeter une canette peut avoir des conséquences à court terme.

GP

Pour tous les silences

Il avait son petit appartement (de plus en plus minuscule au fil des ans) et n’avait conservé que le peu dont il avait besoin. Table de billard, piscine, ordinateur, cinéma maison, roulotte avaient disparu et tous ceux qui aimaient le voir entouré d’objets ne venaient plus et ne téléphonaient plus.

C’est ainsi, qu’une vie durant, il avait dû renouveler sans cesse l’intérêt des autres à son égard et qu’au fil du temps il fut envahi par tous les objets témoins de ces amitiés éphémères. Puis, peu à peu, plus aucun ne l’a fait sourire: ni la roulotte, ni non plus ce vieil ami dont il était sans nouvelles depuis ces fameuses vacances qui n’eurent pas lieu car son fils lui avait demandé la roulotte la veille de leur départ.

Non ça n’allait pas… Il avait besoin que quelqu’un remplace la moustiquaire brisée de la porte-patio de son appartement.

L’ouvrier spécialisé lui avait dit: « Tout est trop vieux, achetez une porte neuve »! L’artisan lui avait dit: « Je n’ai pas le temps.  C’est pourtant facile à faire, même un imbécile peut le faire »! Son garçon lui avait dit: « Mais t’as pas besoin d’une moustiquaire »!  Il les a écoutés.  Après tout, puisqu’il ne souhaitait pas tomber en disgrâce aux yeux de tous, vieux et sans objets, il se devait de les laisser se montrer de bon conseil, même si cela ne lui était d’aucune aide.

Eux racontent qu’il n’a plus toute sa tête, car il est obsédé par la moustiquaire de sa porte-patio. Vous n’en croyez rien? Interrogez son fils qui lui rend occasionnellement visite…

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« Eh bien il faut voir que depuis trois années, chaque fois que je vais le voir, il est question de cette sapristi moustiquaire! A force, tous ont hâte qu’il se retrouve dans une maison pour personnes âgées et qu’il cesse de lasser tout le monde avec cette moustiquaire. Cela devient pénible pour les autres! On dirait un enfant qui ne sait rien faire et qui voudrait tout avoir… mais qui a besoin des autres évidemment! Que voulez-vous, ça n’ira pas en s’améliorant! Pour l’instant il se débrouille car il peut aller à la banque, mais viendra le jour où je serai obligé de me charger de ses avoirs! Je m’y prépare mentalement. »

« Tiens il me téléphone justement »!

« Quoi? … venir manger chez toi samedi prochain? Bien non vois-tu… je te rappelle que je travaille toute la semaine moi! Lorsque le samedi arrive, je dois aller faire les emplettes et le soir venu j’ai absolument besoin de détente et de musique! D’ailleurs c’est ce que vivent tous ceux qui sont dans ma situation. Nous n’avons plus aucun temps à nous. Tu comprends j’en suis certain!

« Ah oui ce Noël nous partons en vacances dans le sud avec des amis. Je préfère t’en aviser longtemps à l’avance pour éviter que tu ne t’y prennes à la dernière minute pour trouver un endroit où aller réveillonner. Ça ne se fait pas, te laisser seul à Noël. Tu me connais: j’ai le coeur tendre! 

Quoi?  je suis fils unique? Ecoute crois-tu que je peux l’oublier puisque c’est moi qui doit tout faire pour toi »!

« Ah oui au fait, pendant que j’y suis, j’irai chez toi cette semaine pour te faire signer l’endossement de l’hypothèque du condo que j’achète. Essaie d’être là car je dois finaliser tout ça avec la banque. Quoi? écoute as-tu compris ce que je viens de dire? Evidemment que je n’aurai pas le temps de prendre le repas avec toi ce jour-là non plus. Il faudra remettre ça. Toi tu as des horaires flexibles, mais moi pas. Je sais bien que tu dois t’ennuyer. Il n’y a personne de ton âge dans ton entourage. J’y pense… n’en doute même pas! Je me dis souvent que je serais tranquille si je te savais entouré. Tu sais c’est facile: on fait tout disparaître chez toi en vendant ou en donnant à des oeuvres tout ce qui ne te sera plus utile (je conserverai pour toi les objets de valeur) et tu pourras te la couler douce dans une résidence pour personnes âgées.  Là-bas tu auras tout, mais alors tout ce qu’il te faut!

« Et le plus beau c’est que tu n’auras plus besoin de penser à ta moustiquaire car je te l’accorde, depuis trois ans qu’elle est éventrée, nous avons l’air de vivre à la mendicité. Je sais que tu es fier, moi aussi d’ailleurs, donc ça ne va pas. Attends j’ai quelqu’un sur une autre ligne, je te reviens. Oui? non non j’arrive bientôt. Je consolais mon père qui a toujours cet énorme problème de moustiquaire éventrée qui le détruit peu à peu. Je sais .. je suis sensible que veux-tu. Après tout c’est mon père! Oui d’accord je le lui dirai. »

« C’était Robert. Il m’a demandé de te dire de ne pas t’en faire parce qu’il y a des gens qui vivent bien pire situation. Prends les prisonniers… qu’il m’a dit: eux seraient heureux d’avoir une moustiquaire à la porte, même éventrée! C’est comme ça! On n’a pas tout ce qu’on veut dans la vie. C’est bien dommage d’ailleurs parce que moi aussi, si j’avais tout ce que je veux, je n’aurais plus besoin de toi pour l’hypothèque. »

« Bon allez. Prends soin de toi. Garde le moral. Tu disais? Ecoute je n’ai pas le temps de discuter. Une prochaine fois. Allez à bientôt. »

« J’espère qu’il ne se mettra pas en tête d’engager des frais exorbitants pour faire changer toute la porte-patio. L’hiver arrive. Ce serait une dépense insensée. Mais voilà, c’est ce que je dois craindre sans cesse de sa part, car il vieillit et n’a décidément plus toute sa tête. »

« Nous sommes différents, car moi, lorsque je serai vieux, je ne ferai pas tourner les autres en bourrique.  Je donnerai tout mon argent à mes enfants et j’irai vivre dans une maison pour personnes âgées et découragées. Je suis sûr que je pourrai leur remonter le moral. »

Que voulez-vous, la vie est injuste. Tu travailles toute ta vie et un jour ton existence fait chier les autres. Je sais bien… on peut jouer les forts et même les insouciants quand on a suffisamment de pognon et de ruse pour les tenir en respect, mais ils demeurent tout de même aux abois. A croire qu’en vivant longtemps on développe une aura qui rend les autres agressifs!

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Cette nuit-là, il faisait très chaud. Il n’avait plus de climatiseur. Son fils l’en avait débarrassé il y a trois étés de cela, lorsqu’il avait dû être hospitalisé d’urgence pour une appendicite. Lorsque l’hôpital avait rejoint son fils pour lui apprendre que son père était entré d’urgence à l’hôpital, celui-ci avait eu peur que des voleurs ne s’introduisent dans son appartement par la fenêtre où était situé le climatiseur et ne dérobent les objets de valeur.  Il les avaient donc tous emportés avec le climatiseur, afin de les mettre à l’abri.

Depuis ce temps, il n’y a plus que la porte-moustiquaire éventrée lorsqu’il fait chaud, comme cette nuit-là…  Mais il se gratte toute la nuit (les moustiques que voulez-vous) et il doit chasser les mouches toute la journée. On pourrait croire que ça l’occupe, mais avec l’âge il devient de plus en plus morose et se fatigue de tout.

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Que n’avait-il plus d’outils, tous donnés à son fils qui lui avait vanté les joies du bricolage, ni d’escabeau que celui-ci lui avait emprunté de façon définitive car il disait craindre qu’il fasse une chute. « Réfléchis: Je ne pourrai pas prendre soin de toi si tu te casses les deux jambes! Je ne peux pas continuellement être aux petits soins avec toi.  J’ai bien d’autres choses à faire! »

Cette nuit-là, il s’est levé et s’est dirigé vers la porte-moustiquaire, là où il y avait le trou béant, témoin de sa folie. Il décida de supprimer l’objet du litige entre lui et son fils, entre les attentes et les besoins maudits. Il s’élança dans la moustiquaire pour qu’elle cède enfin:  un premier geste vers la raison des autres!  L’état dans lequel elle se trouvait avait fait taire toute dignité en lui et avait accentué l’emprise du monde extérieur sur sa vie:  un monde sur lequel la seule ouverture que cette moustiquaire lui permettait d’avoir était depuis trop longtemps source de conflits.

L’été où il avait été hospitalisé, il n’avait pas protesté auprès de son fils du fait qu’aucun voleur n’aurait pu s’introduire chez lui par la fenêtre où se trouvait le climatiseur, puisqu’il demeurait au cinquième étage. Il se doutait qu’il l’aurait mal pris.

ELYAN

 

Les fumiers fumistes du G7

Le ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ) a demandé aux agriculteurs de Charlevoix de ne pas épandre de fumier du 1er au 9 juin afin de ne pas indisposer les chefs d’État et de gouvernement des pays du G7. Une demande jugée farfelue par le Parti québécois, qui a pressé jeudi le ministre Laurent Lessard d’annuler cette directive. ( Le Soleil,QC) 

« Je pue, donc je suis »
( Il faut bien inventer des citations de temps en temps)
***

Il y a une petite note sournoise et incompréhensible dans le message qui se veut d’éviter la malodorante réunion du G7: Arrivent-ils à « se sentir »les uns les autres?  Ne nous puent-ils pas au nez, parfois? On ne parle même pas des 3000 policiers gardiens de ces souverains pieux des affaires plus que de la réalité de la petite planète Terre. Le  7 a toujours été un chiffre magique pour les friands de la mystériosité de notre univers:

7 planètes
7 éléments
7 jours
7 couleurs fondamentales
7 chakras
7 notes en musique
7 idiots en plastique
Sapristi! L’ère annoncée d’amour et de paix par les hippies est-elle  en vue?  ( Nous allons éviter ici la Kabbale et les mystères de Charroux et Cie).
***
Une terre sans odeurs!  On nourrit les champs avec du fumier. Nous voilà bien servi, car il y a là 7 fumiers fumistes qui nourrissent 1% de la population.

Quand le FF  ( voir le titre pour comprendre)  autoportrait Trudeau achète un pipeline Trans Mountain à 4,5 milliards de dollars tirés des goussets des petits canadiens pour transporter la vase pétrolière et sale  des sables bitumineux, à quoi ou à qui doit-on s’attendre ou se fier? Pour le revendre plus tard…  Voilà le carillon d’un achat vite fait pour imposer et augmenter le débit des opérations catastrophiques de cette énergie assassine de pollution.

L’impression qui me reste en tant que citoyen est que cette pseudo démocratie use davantage les genoux que la matière grise. Je ne sais trop si nous avons le choix entre 7 idiots, 7 voleurs, ou 7 crétins endormis, hypnotisés par l’apparente réussite du monde.

Les nazis avaient une capsule de cyanure camouflée dans leur bouche pour « s’achever » en une mort  digne.  À se demander si la politique mondialisée n’est pas une capsule de poison pour achever ce qui nous reste d’air pur, de sols purs, d’avoir de peuple (sic).  Comme dirait le philosophe caché en chacun de soi:

« Quand on vote, produisons-nous du fumier »?

Si oui, alors il y a odeurs en la demeure. Car j’ai l’impression de faire affaire avec un avorteur avec des broches ( proches)  à tricoter dans une ruelle ronde de plus en plus sombre.

Gaëtan Pelletier, Sujet

P.S.: À noter que le S de sujet est majuscule. Gracieuseté de mon pays…

Le totalitarisme menace le monde, selon le neuropsychiatre Boris Cyrulnik

« Je suis un peu triste de voir que j’ai commencé ma vie en subissant un langage totalitaire, et que j’arrive au dernier chapitre de mon existence en voyant réapparaître un autre langage totalitaire », dit Boris Cyrulnik, 80 ans, au micro de Stéphan Bureau. Ayant échappé à l’horreur nazie pendant l’Occupation, le neuropsychiatre français regarde avec une certaine inquiétude l’état actuel du monde, dont les dérives lui rappellent le « langage totalitaire » des années 1940.

« Le langage totalitaire est tragiquement bien accepté par la plupart des cultures et actuellement, on le voit réapparaître au Proche-Orient, en Europe et même en Amérique du Nord », note Boris Cyrulnik.

Bien qu’il soit pour le moment minoritaire sur la planète, ce langage totalitaire, que le neuropsychiatre définit comme la « pensée paresseuse et celle qui donne des certitudes », se développe extrêmement vite et de façon épidémique.

Ce n’est pas l’idéologie imaginaire des nazis, c’est un autre langage totalitaire. Mais si on le laisse se développer, il sera aussi cruel que le nazisme ou le communisme. […] Il y a péril, absolument.

 Boris Cyrulnik, neuropsychiatre

Alain Deneault: Capitalisme, environnement, crise, etc.

Le cartel de la marijuana au Canada

La fabrique des imposteurs

 

« La soumission sociale opère aujourd’hui, non au niveau de la transcendance des discours religieux ou souverains, mais par des techniques d’assujettissement, des procédures normatives qui captent les corps, dirigent les gestes, modèlent les comportements en se référant aux discours de l’institution scientifique60. C’est dans les sciences que le pouvoir va chercher la légitimité au nom de laquelle il peut produire ses effets de domination sociale et réguler les liens sociaux nécessaires à son économie – à son économie dans tous les sens du terme. Nous ne sommes plus dans des sociétés disciplinaires qui, au nom de la transcendance, imposent souverainement leurs lois, lois par lesquelles est justifiée l’application des normes (par exemple religieuses). Nous ne sommes plus simplement dans des sociétés juridiques articulées à la loi comme aux xviiie siècle, organisées par la notion de sujet de droit. Tous les jours davantage, nous appartenons à une société articulée à la norme. Nous passons de l’homme conçucomme un sujet de droit (une bonne loi produit une bonne régulation sociale) à un homme conçu comme sujet de son intérêt (on ne demande pas à un homme de renoncer à son intérêt, mais on peut prévoir son intérêt pour mieux gouverner le sujet)61. L’art de gouverner les conduites consiste à s’assurer la complicité active des sujets du pouvoir en vue de leur propre régulation établie et légitimée par les normes.
Cela veut dire que « nous sommes entrés dans un type de société où le pouvoir de la loi est en train non pas de régresser, mais de s’intégrer à un pouvoir beaucoup plus général : celui de la norme. Ce qui implique un système de surveillance, de contrôle tout autre. Une visibilité incessante, une classification permanente des individus, une hiérarchisation, une qualification, l’établissement des limites, une mise en diagnostic. La norme devient le partage des individus62. » Cette mise en diagnostic, ce partage des individus, cette qualification, conduit, par exemple, à la transformation de certaines pratiques thérapeutiques et, dans certains champs de la connaissance, à transformer les pratiques de soin, d’éducation ou de travail social en « hygiène publique » du corps social, et ce faisant à renoncer à tout changement subjectif ou politique.
Ce pouvoir de normalisation de nos sociétés sécuritaires, nous en percevons d’autant mieux la structure que nous parvenons à l’extraire de ces réseaux capillaires d’assujettissement qui s’enracinent profondément dans la gestion intime de nos existences ordinaires. C’est dans les extrémités institutionnelles en apparence les plus éloignées de la domination sociale que s’insèrent et se densifient le plus intensément les effets de pouvoir et d’assujettissement. C’est à notre époque, bien souvent au nom même de la liberté, que se créent de « nouvelles formes de servitude63 ». Dans la sourde et discrète matérialité des dispositifs de sécurité, de surveillance et de contrôle social se noue aujourd’hui un lien toujours plus paradoxal entre l’individu et le pouvoir. Dans la famille, à l’école, au travail, dans le soin, le loisir, la sexualité comme le crime s’inscrivent insidieusement de nouvelles normes sociales comme autant de produits et d’opérateurs des dispositifs de normalisation. C’est dans ces institutions si éloignées de la normalisation sociale qu’elles soient – en apparence – que s’accomplit l’initiation aux valeurs d’une époque et que se réalisent la surveillance et la correction des individus. »

La fabrique des imposteurs, Roland Gori, 2013,