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Quand le travail ne peut plus faire mourir personne

« Les travailleurs eux-mêmes, en coopérant à l’accumulation des capitaux productifs, contribuent à l’événement qui, tôt ou tard, doit les priver d’une partie de leur salaire.» LAFARGUE, Le droit à la paresse. (1)

« Regardez les oiseaux, ils ne sèment ni ne moissonnent, mais ils sont …abattus à coups de fusil » GP.

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L’Humanité s’engouffre  dans une sorte de trou noir   d’une galaxie somme toute  petite   et  disparaîtra sans même s’en  rendre compte comme les mammouths . La destruction de la « qualité du travail » est tout simplement en train de le priver de ce qu’il possédait : le travail et le droit de vivre en accédant aux richesses qui sont siennes. Tout est dans la magie de numériser les vaches, les champs, et les arbres… Et le travail.

En Occident, tout le travail effectué – et on en redemande –  a réussi à créer quelques riches et à appauvrir et endetter les  citoyens « .  Les dieux poussent partout:  Crésus-Facebook, Crésus-Netflix, etc.  Un monsieur cravaté jusqu’aux sourcils ,vêtu d’un complet à la coupe impeccable et  muni de  4 diplômes,  disait que Netflix était une innovation géniale. Facebook également, ajoutait-il. Mais Facebook ne met pas de brocoli dans nos assiettes. C’est un .07 virtuel… On ne meure que deux fois… Au travail et au tombeau.

« L’infiniment » crise 

On a sorti le vieux mythe de la reprise économique  sans se soucier d’analyser vraiment qu’en épluchant cette orange bleue qu’est la Terre,  elle était vraiment plate: un jardin qui semblait infini, mais qui ne l’est plus . Avec la bêtise suivante: si personne n’a d’argent pour se faire flouer, on pourra continuer de  flouer quand même. La crise de 2008 semble avoir mis fin au réservoir planétaire. Au Moyen-Âge, les navigateurs craignaient de tomber au bout des océans. Maintenant, nous sommes en train de tomber au bout de nos ressources.

Dans cet immense et indéchiffrable brasier des  affaires débilitantes ,   il faudrait cesser de respirer pour donner tout l’air de ses poumons au travail. Souvent pour l’inutile…   Le travailleur est tordu comme une guenille   et implore au travail. Il y a des millénaires,  on courait les mammouths pour bouffer,  mais voilà que l’on court les colossales compagnies qui elles, également,  ont de sérieux problèmes. Et quand elles tombent , ces mammouths mondialistes écrasent  pays et  travailleurs.

Lorsque Bombardier a lancé le projet CSeries, le 11 juillet 2008, l’action de la multinationale québécoise valait 7,11 $. La capitalisation boursière de Bombardier s’élevait à 12,5 milliards de dollars.

Sept ans et demi plus tard, l’homologation de la CSeries est maintenant chose faite… Mais le titre de Bombardier a toute la misère du monde à se maintenir au-dessus de la barre de 1 $. L’action se négocie comme un titre de pacotille. Elle a fermé mardi à 1,01 $. La valeur de Bombardier en bourse? À peine 2,4 milliards. Michel Girard (3)

Les visionnaires « aveugles » 

Les hommes d’affaires sont-il des dysfonctionnels de la VIE réelle, des psychotiques aveugles ?  Un endoctriné avec un sang glacial liquide qui lui coule dans les artères et un cœur qui bat de par la conquête d’une armée d’esclaves?  Et parmi les nouveaux revenus  il a eu la charmante idée d’ inclure les réserves d’actifs naturels.    (2).La dernière trouvaille en matière d’exploitation. 

Non, le travail n’a jamais tué personne, mais il en a fait mourir plusieurs. Mais voilà qu’à en faisant mourir beaucoup, on aura davantage de « plusieurs ». Jusqu’à ce que cette culture de mammouths économique finisse par disparaître. Alors, on reviendra au  jardinage et aux petites bêtes à bouffer…. jusqu’aux insectes.

Gaëtan Pelletier

1- http://classiques.uqac.ca/classiques/lafargue_paul/droit_paresse/le_droit_a_la_paresse.pdf 

2- Avec les « réserves d’actifs naturels », la loi sur la biodiversité facilite la marchandisation de la nature(  Reporterre)

3- Bombardier au plancher, Journal de Montréal 

L’inchangement

Le droit à la paresse - Réfutation du «droit au travail» de 1848

L’inchangement, ou « quand rien ne change », c’est de retrouver 130 ans plus tard les mêmes taciturnes arnaques d’un esclavage continuel pour la fabrication des nouveaux tyrans de la finance. Qui donc se bat pour un « pays »? Les soldats de l’économie sont tous passés à la mondialisation. Des putains à vendre aux plus offrants dans la course à l’entreposage des biens des citoyens en « pays ».

Chacun est un cadavre de cette économie pernicieuse et flamboyante, avec simplement d’autres noms, d’autres concepts pseudo-savants mais avec les mêmes résultats. « Les capitaux abondent »… Ceux qu’on vous arrachés à coups d’États et propagandes tordues auxquelles les adhérents sont comme les fidèles agenouillés à la nouvelle religion des banques et de la prétendue misère qui accable les peuples. Ainsi que cette fausse et aberrante liberté de moins en moins présente. Nous sommes en route dans un couloir entonnoir. Comme ces filets de pêches utilisés par les natives de tous les pays.

Nous avons vécu – historiquement – d’avantage de mensonges que de vérités.

Les capitaux abondent comme les marchandises. Les financiers ne savent plus où les placer ; ils vont alors chez les nations heureuses qui lézardent au soleil en fumant des cigarettes, poser des chemins de fer, ériger des fabriques et importer la malédiction du travail. Et cette exportation de capitaux français se termine un beau matin par des complications diplomatiques : en Égypte, la France, l’Angleterre et l’Allemagne étaient sur le point de se prendre aux cheveux pour savoir quels usuriers seraient payés les premiers ; par des guerres du Mexique où l’on envoie les soldats français faire le métier d’huissier pour recouvrer de mauvaises dettes .

Ces misères individuelles et sociales, pour grandes et innombrables qu’elles soient, pour éternelles qu’elles paraissent, s’évanouiront comme les hyènes et les chacals à l’approche du lion,, quand le prolétariat dira : « Je le veux ». Mais pour qu’il parvienne à la conscience de sa force, il faut que le prolétariat foule aux pieds les préjugés de la morale chrétienne, économique, libre-penseuse ; il faut qu’il retourne à ses instincts naturels, qu’il proclame les Droits de la paresse, mille et mille fois plus nobles et plus sacrés que les phtisiques Droits de l’homme, concoctés par les avocats métaphysiciens de la révolution bourgeoise ; qu’il se contraigne à ne travailler que trois heures par jour, à fainéanter et bombancer le reste de la journée et de la nuit.

Le droit à la paresse , 1883

Gaëtan Pelletier

L’opération « Christmas »

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Chapitre 1: la mise en place 

Ce soir-là, en 2039, toute ma famille et moi, vers 10 heures, attendions fébrilement la nuit de Noël… et les cadeaux. Avec le réchauffement climatique, il ne pleuvait plus dans les villages le long du Fleuve Saint-Laurent.  Mais un plan mondial avait été établi pour stabiliser le système économique mal en point et recréer une véritable atmosphère de fêtes. Dû à l’absence ce neige, des avions Dseries de Bombardier avaient été envoyés à l’aéroport de Rivière-du-Loup ,tous  étaient équipés de canons à neige pour bombarder tous les villages le long du Fleuve Saint Laurent.  Un père Noël robotisé Made in MexiChina parcourait la ville pour livrer les cadeaux. Des haut-parleurs crépitaient des messages de paix et de joie en des HO! OH ! joviaux dans un vacarme quasi assourdissant. Huit modèles tous gréés de rennes intelligents et souriants s’arrêtaient aux maisons.

La magie totale… Les enfants étaient émerveillés. Les adultes également, je dois l’avouer…

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Marie-Sarah, avec ses grands yeux bleus, attendait le père Noël avec le cadeau que nous lui avions promis: un mini laboratoire d’apprentissage de la chimie. Elle n’avait que 14 ans, mais l’État, de par sa panoplie de tests,  l’avait déjà désignée comme une candidate aux changements à venir concernant le climat de la planète.   Coraçon, issu de mon deuxième mariage,  devait recevoir en cadeau un job  dans une usine cybernétique  de Californie où s’effectuaient des recherches pour créer  un robot unique qui allait réglementer le Nouvel Ordre Mondial II vers les années  2050.

Comme ce fut le cas dans les années 1930, 40 et 50 au Québec, chaque famille devait fournir aux dirigeants du Vatican un prêtre, une religieuse, un missionnaire pour transmettre la « parole de dieu » et convertir les païens sur toute la surface de la Terre,  en ces temps d’hyper matérialisme,  chaque famille devait fournir un économiste, un administrateur, un gérant, un intendant, ou un gestionnaire  peu importe. Fallah était le désigné. Bien qu’il adorait  écrire des poèmes et des livres dits d’amusement, il s’était présenté en candidat volontaire pour l’opération Christmas. C’était là une obligation à laquelle personne ne pouvait se soustraire sous peine d’emprisonnement. Dû aux difficultés financières des États, les prisons n’existaient plus: On avait trouvé le moyen de financer le système carcéral en congelant les condamnés dans une filière métallique en attendant qu’ils meurent ou qu’ils se réveillent au bout de 10 ans , selon leur sentence. Donc, ni nourriture, ni gardiens, mais par un système entièrement automatisé.

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La crise économique s’était accentuée,  mais cette fois pour une survie planétaire on travaillait  depuis six ans  à l’opération Christmas.   Cette opération en provenance du G69 stipulait que chaque famille devait dépenser 2,500 $ pour acheter des cadeaux. En fait quelque chose de matériel pour faire rouler les usines. Mais cet « apport » à l’opération était établi  selon les revenus de chacun. La base étant de 839$. Le projet avait été nommé:REMF. La Reprise Économique Mondiale Finale. Chacun d’entre nous avait un job consistant à surveiller des robots. Même les restaurants étaient équipés de cuisiniers robots, de caissières et de serveuses qui quelquefois défaillaient  . Certains travailleurs devaient alors remplacer le robot tout en s’excusant du service. Un robot baptisé EX pour excuses.  Pour ceux qui travaillaient dans les usines, un système de cryptage avait été établi pour ne pas trouver les sources des matières premières. Apparut alors une nouvelle génération de complotistes qui voulaient prouver que certains pays étaient carrément disparus de la carte et que toute information sur leur situation avait été fabriquée  par quelques États encore en « action ». Le matin, on pouvait se réveiller et se faire dire que 6 millions d’habitants d’une ville n’existaient plus parce qu’on avait trouvé en dessous suffisamment de minerais pour les 20 années à venir et qu’on avait déplacé les populations par nécessité. Les « déplacements » de populations étaient maintenant si nombreux que personne ne les filmaient.

Noël-là fut de toute beauté. Nous avons eu droit à un spectacle étonnant : des milliers de sapins de Noël, tout illuminés et scintillants, traversaient le ciel , s’emmêlant aux étoiles.  La foule rassemblée au Parc Ernest-Ouellet était fascinée. Un DJ avait fait un montage de centaines de chansons dont les notes multicolores flottaient dans l’espace  sur ne portée lumineuse. Tout cela entremêlés  à des visages  projetés en trois dimensions de  chanteurs et de musiciens qui avaient marqué l’art musical sous toutes ses formes. Entre autres John Lennon, que l’on avait ressuscité. Et ce n’est pas une image: il y avait des John Lennon partout qui vous serrait la main et vous parlait avec son accent scouse de Liverpool. Tous les messages de paix et d’amour avaient en quelque sorte été récupérés. On trouva même un Bill Gates, lui aussi ressuscité,  qui donnait de l’argent ici et là en guise de cadeaux.

De larges banderoles flottaient dans   le ciel:

THIS WORLD IS YOURS

THIS COUNTRY IS YOURS

OPERATION CHRISTMAS WILL DESTROY THE POVERTY

Nous avions des larmes aux yeux. Et chacun se présentait devant le micro pour chanter, et quand il chantait faux, un programme réglait automatiquement la note.  Et parfois, il /elle  la rendait vibrante et chaude au point que certains,  qui n’avaient jamais chanté de leur vie pleuraient de joie en trouvant en eux un talent factice mais troublant: les robots avaient enfin pu reproduire de profondes émotions.

Puis quand vint l’heure du repas, nous avions l’obligation d’avaler dix comprimés anticancer, vendus  au coût de 1$ par la firme Phaizer et ses représentants en blouses blanches. Tous des robots. Certains étaient tellement sophistiqués qu’on leur listait  nos symptômes et le robot, transmettant ceux-ci en temps réel à une énorme usine mobile qui fabriquait un médicament sur mesure. Plus tard, plusieurs se rendirent compte que le médicament était une formule unique sous diverses appellations et formats.

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Cela se passa le 24 décembre 2039 dans la petite ville nommée Cruciville, au nord de la province de Québec, là où plusieurs avaient déménagé pour quitter les chaleurs insupportables des étés du long Fleuve Saint-Laurent.   Le lendemain, nous avions l’intention d’aller piqueniquer au parc. Nous étions choyés. Il restait encore des lacs quasiment en eaux pures que tentaient de rejoindre certains groupes de « survivalistes. »

Pendant les décennies suivant le célèbre COP21  Montréal s’était étendu vers Québec et l’Ontario, avec ses 22 millions d’habitants  sans capacité de respecter les règles élémentaires d’hygiène. De sorte que le Fleuve Saint-Laurent, là où étaient entrés Cartier et Frontenac,  était depuis longtemps déclaré zone sinistrée. Des poissons échappés des bateaux en provenance de l’Asie avaient infesté le fleuve de créatures  bizarroïdes  qui se multipliaient à un rythme alarmant, l’eau s’étant réchauffée.  De plus, ces poissons  n’étaient pas comestibles tant la pollution les avaient affectés. Mais plusieurs, tenaillés par la faim, capturaient de ces créatures parfois difformes, sans autres  alternatives.

Mais l’exubérance et l’espoir  qui nous envahissaient t  était d’en finir  cette ère d’austérité qui régnait depuis près de 30 ans. Jamais opération d’une telle envergure n’avait eu lieu. Il était temps…

Chapitre 2: l’accalmie

Le GMP ( Gouvernement Mondial Planétaire) avait inclus dans son plan la fermeture des bourses et annoncé un congé d’une semaine, que l’on nomma en rappel au film des années 50,   » Le jour où la Terre s’arrêta ». Ont voulu désarmer l’arme la plus fatale de l’histoire de l’humanité: l’économie parallèle qui avait détruit presque tous les pays à commencer par la Grèce, cette « première réussite » d’une oligarchie mafieuse invisible.

Durant la période du 26 décembre au premier janvier, jour de la réouverture des marchés, le climat de repos fut l’un des plus surprenants de l’histoire: personne ne travaillait, personne ne se levait au son d’un cadran le matin, et les gens, souriants, vivaient enfin une période de tranquillité qui tranchait avec ce rythme effarant des années précédant l’opération Christmas.

Le 6 janvier au matin, toutefois, le réveil fut plus que brutal: pour se renflouer, les banques saisirent 80 % des demeures et des commerces et toutes les PME furent englouties dans quelques compagnies sans provenance traçables .  Ce fut le commencement du plus grand spectacle jamais vu sur Terre. Pendant une semaine on tenta de comprendre ce qui c’était passé et,  à force de recoller les morceaux, on se rendit compte que la planète avait sans douté été la victime de la plus puissante et dernière fraude « globalisée »:  Les milliers de milliards de dollars amassés disparurent des comptes des pays, des banques nouvellement formées.  Les auteurs de l’opération disparurent.

Là où les populations étaient denses, le prix du litre d’eau grimpa . On tria alors les qualités de l’eau en trois « formats »:

L’eau pure     ( sans plomb, 1.49$ le litre )

L’eau potable  ( traitée, mais supposément sans danger: 1.39$ le litre).

L’eau LN ( L’ Eau Nocive, servant aux lavages et douches vaporisantes: 99 cents le litre)

On découvrit plus tard que cette  , d’une arnaque sans précédent, longuement préparée,   avait acheté la majeure partie de la Sibérie et le lac Baïkal, la plus énorme réserve d’eau douce de la planète que l’on qualifiait de « Perle de Sibérie ». Toux ceux qui y habitaient furent déplacés plus au sud par des armées de robots sans pitié. Des  centaines  de millions d’humains migrèrent ainsi  à la recherche de nourriture et d’eau. Dans des climats insupportables, des marées d’humains périrent. Certains eurent l’idée de creuser la terre et d’y créer des habitats avec ce qui restait des réserves d’eau souterraine, hors de la lumière du jour, comme des rats.

Ma famille et moi avons simplement migré à quelques centaines de kilomètres, au nord du Canada, là où j’allais chasser, là où il y avait de l’eau, dans une forêt encore vierge qui,  curieusement,  s’était de nouveau peuplée d’animaux migrants.

J’ai su, quelques années plus tard, que les hommes du Sud avaient entrepris une guerre avec les armes abandonnées par les dirigeants du GMP. Je n’ai rien su de leurs réussites, mais je savais qu’au sein même de ce GMP s’ourdissaient des complots, des conflits internes qui feraient en sorte qu’en 30 ans, voire moins, leur « système » allait probablement s’effondrer.

Il avaient créé le chaos, car ils étaient les acteurs du chaos.

Nous avons alors compris que pendant des millénaires, par diverses classes dirigeantes , leurs « jouets » c’étaient nous…

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Gaëtan Pelletier

 

La violence des riches

Merci à Michèle pour l’envoi de la vidéo. 

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« Vieux thème, mais encore plus efficace ». gp

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Qui sont les riches aujourd’hui ? Quel impact ont-ils sur la société française ? Pour la sociologue Monique Pinçon-Charlot, les riches font subir au reste de la société une violence inouïe. Une violence banalisée grâce à un renversement du langage : les riches seraient des victimes, menacées par l’avidité du peuple. La sociologue dénonce un processus de déshumanisation, une logique de prédation, une caste qui casse le reste de la société. Et invite à organiser une « vigilance oligarchique » : montrer aux puissants que leur pouvoir n’est pas éternel.

Basta ! : Qu’est-ce qu’un riche, en France, aujourd’hui ?

Monique Pinçon-Charlot [1] : Près de 10 millions de Français vivent aujourd’hui en-dessous du seuil de pauvreté. Celui-ci est défini très précisément. Mais il n’existe pas de « seuil de richesse ». C’est très relatif, chacun peut trouver que son voisin est riche. Et pour être dans les 10 % les plus riches en France, il suffit que dans un couple chacun gagne 3000 euros.

Nous nous sommes intéressés aux plus riches parmi les riches. Sociologiquement, le terme « riche » est un amalgame. Il mélange des milieux très différents, et regroupe ceux qui sont au top de tous les univers économiques et sociaux : grands patrons, financiers, hommes politiques, propriétaires de journaux, gens de lettres… Mais nous utilisons délibérément ce terme. Car malgré son hétérogénéité, ces « riches » sont une « classe », mobilisée pour la défense de ses intérêts. Et nous voulons aujourd’hui contribuer à créer une contre-offensive dans cette guerre des classes que mènent les riches et qu’ils veulent gagner.

Pourquoi est-il si difficile de définir cette classe ?

La richesse est multidimensionnelle. Bourdieu parlait très justement de capital – capital économique, culturel, symbolique –, c’est ce qui donne du pouvoir sur les autres. A côté de la richesse économique, il y a la richesse culturelle : c’est le monde des musées, des ventes aux enchères, des collectionneurs, des premières d’opéra… Jean-Jacques Aillagon, président du comité des Arts décoratifs, vient d’être remplacé par un associé-gérant de la banque Lazard. Dans l’association des amis de l’Opéra, on retrouve Maryvonne Pinault (épouse de François Pinault, 6ème fortune de France), Ernest-Antoine Seillière (ancien président du Medef, 37ème fortune de France avec sa famille) [2]

A cela s’ajoute la richesse sociale, le « portefeuille » de relations sociales que l’on peut mobiliser. C’est ce qui se passe dans les cercles, les clubs, les rallyes pour les jeunes. Cette sociabilité mondaine est une sociabilité de tous les instants : déjeuners, cocktails, vernissages, premières d’opéra. C’est un véritable travail social, qui explique la solidarité de classe. La quatrième forme est la richesse symbolique, qui vient symboliser toutes les autres. Cela peut être le patronyme familial : si vous vous appelez Rothschild, vous n’avez pas besoin d’en dire davantage… Cela peut être aussi votre château classé monument historique, ou votre élégance de classe.

Il existe aussi une grande disparité entre les très riches…

Bernard Arnault, propriétaire du groupe de luxe LVMH, est en tête du palmarès des grandes fortunes professionnelles de France, publié chaque année par la revueChallenges. Il possède 370 fois la fortune du 500ème de ce classement. Et le 501ème est encore très riche ! Comparez : le Smic à 1120 euros, le revenu médian à 1600 euros, les bons salaires autour de 3000 euros, et même si on inclut les salaires allant jusque 10 000 euros, on est toujours dans un rapport de 1 à 10 entre ces bas et hauts salaires. Par comparaison, la fortune des plus riches est un puits sans fond, un iceberg dont on ne peut pas imaginer l’étendue.

Malgré l’hétérogénéité de cette classe sociale, les « riches » forment, selon vous, un cercle très restreint.

On trouve partout les mêmes personnes dans une consanguinité tout à fait extraordinaire. Le CAC 40 est plus qu’un indice boursier, c’est un espace social. Seules 445 personnes font partie des conseils d’administration des entreprises du CAC 40. Et 98 d’entre elles détiennent au total 43 % des droits de vote [3] ! Dans le conseil d’administration de GDF Suez, dont l’État français possède 36 % du capital, il y a des représentants des salariés. Ceux-ci peuvent être présents dans divers comités ou commissions, sauf dans le comité des rémunérations. Cela leur est interdit. Qui décide des rémunérations de Gérard Mestrallet, le PDG ? Jean-Louis Beffa, président de Saint-Gobain, notamment. C’est l’entre-soi oligarchique.

Cela semble si éloigné qu’on peut avoir l’impression que ces riches vivent dans un monde parallèle, sans impact sur notre vie quotidienne. Vous parlez à propos des riches de « vrais casseurs ». Quel impact ont-ils sur nos vies ?

Avec la financiarisation de l’économie, les entreprises sont devenues des marchandises qui peuvent se vendre, s’acheter, avec des actionnaires qui exigent toujours plus de dividendes. Selon l’Insee, les entreprises industrielles (non financières) ont versé 196 milliards d’euros de dividendes en 2007 contre 40 milliards en 1993. Vous imaginez à quel niveau nous devons être sept ans plus tard ! Notre livre La violence des riches s’ouvre sur une région particulièrement fracassée des Ardennes, avec l’histoire d’une entreprise de métallurgie, qui était le numéro un mondial des pôles d’alternateur pour automobiles (les usines Thomé-Génot). Une petite entreprise familiale avec 400 salariés, à qui les banques ont arrêté de prêter de l’argent, du jour au lendemain, et demandé des remboursements, parce que cette PME refusait de s’ouvrir à des fonds d’investissement. L’entreprise a été placée en redressement judiciaire. Un fonds de pension l’a récupérée pour un euro symbolique, et, en deux ans, a pillé tous les savoir-faire, tous les actifs immobiliers, puis fermé le site. 400 ouvriers se sont retrouvés au chômage. C’est un exemple parmi tant d’autres ! Si vous vous promenez dans les Ardennes aujourd’hui, c’est un décor de mort. Il n’y a que des friches industrielles, qui disent chaque jour aux ouvriers : « Vous êtes hors-jeu, vous n’êtes plus rien. On ne va même pas prendre la peine de démolir vos usines, pour faire des parcs de loisirs pour vos enfants, ou pour planter des arbres, pour que vous ayez une fin de vie heureuse. Vous allez crever. »

Comment s’exerce aujourd’hui ce que vous nommez « la violence des riches » ?

C’est une violence inouïe. Qui brise des vies, qui atteint les gens au plus profond de leur corps, de leur estime, de leur fierté du travail. Être premier dans les pôles d’alternateur pour automobiles, c’est faire un travail de précision, c’est participer à la construction des TGV, à l’une des fiertés françaises. Casser cela est une violence objective, qui n’est ni sournoise ni cachée, mais qui n’est pas relayée comme telle par les politiques, par les médias, par ces chiens de garde qui instillent le néolibéralisme dans les cerveaux des Français. Pour que ceux-ci acceptent que les intérêts spécifiques des oligarques, des dominants, des riches, deviennent l’intérêt général.

Comment cette violence objective se transforme-t-elle en assujettissement ?

C’est une forme d’esclavage dans la liberté. Chacun est persuadé qu’il est libre d’organiser son destin, d’acheter tel téléphone portable, d’emprunter à la banque pendant 30 ans pour s’acheter un petit appartement, de regarder n’importe quelle émission stupide à la télévision. Nous essayons de montrer à quel système totalitaire cette violence aboutit. Un système totalitaire qui n’apparaît pas comme tel, qui se renouvelle chaque jour sous le masque de la démocratie et des droits de l’homme. Il est extraordinaire que cette classe, notamment les spéculateurs, ait réussi à faire passer la crise financière de 2008 – une crise financière à l’état pur – pour une crise globale. Leur crise, est devenue la crise. Ce n’est pas une crise, mais une phase de la guerre des classes sans merci qui est menée actuellement par les riches. Et ils demandent au peuple français, par l’intermédiaire de la gauche libérale, de payer. Et quand on dit aux gens : « Ce n’est quand même pas à nous de payer ! », ils répondent : « Ah, mais c’est la crise »

Pourquoi et comment les classes populaires ont-elles intégré cette domination ?

C’est une domination dans les têtes : les gens sont travaillés en profondeur dans leurs représentations du monde. Cela rend le changement difficile, parce qu’on se construit en intériorisant le social. Ce que vous êtes, ce que je suis, est le résultat de multiples intériorisations, qui fait que je sais que j’occupe cette place-là dans la société. Cette intériorisation entraîne une servitude involontaire, aggravée par la phase que nous vivons. Avec le néolibéralisme, une manipulation des esprits, des cerveaux, se met en place via la publicité, via les médias, dont les plus importants appartiennent tous à des patrons du CAC 40.

Sommes-nous prêts à tout accepter ? Jusqu’où peut aller cette domination ?

Dans une chocolaterie qu’il possède en Italie, le groupe Nestlé a proposé aux salariés de plus de cinquante ans de diminuer leur temps de travail [4], en échange de l’embauche d’un de leurs enfants dans cette même entreprise. C’est une position perverse, cruelle. Une incarnation de ce management néolibéral, qui est basé sur le harcèlement, la culpabilisation, la destruction. Notre livre est un cri d’alerte face à ce processus de déshumanisation. On imagine souvent que l’humanité est intemporelle, éternelle. Mais on ne pense pas à la manipulation des cerveaux, à la corruption du langage qui peut corrompre profondément la pensée. Le gouvernement français pratique la novlangue : « flexi-sécurité » pour ne pas parler de précarisation, « partenaires sociaux » au lieu de syndicats ouvriers et patronat, « solidarité conflictuelle ». Le pouvoir socialiste pratique systématiquement une pensée de type oxymorique, qui empêche de penser. Qui nous bloque.

Les riches entretiennent une fiction de « surhommes » sans qui il n’y aurait pas travail en France, estimez-vous. Menacer les riches signifie-t-il menacer l’emploi ?

Cette menace est complètement fallacieuse. Dans la guerre des classes, il y a une guerre psychologique, dont fait partie ce chantage. Mais que les riches s’en aillent ! Ils ne partiront pas avec les bâtiments, les entreprises, les autoroutes, les aéroports… Quand ils disent que l’argent partira avec eux, c’est pareil. L’argent est déjà parti : il est dans les paradis fiscaux ! Cette fiction des surhommes fonctionne à cause de cet assujettissement, totalitaire. Quand on voit le niveau des journaux télévisés, comme celui de David Pujadas, il n’y a pas de réflexion possible. En 10 ans, les faits divers dans les JT ont augmenté de 73 % !

Certains se plaignent d’une stigmatisation des « élites productives ». Les riches ont-ils eux aussi intériorisé ce discours, cette représentation ?

Notre livre s’ouvre sur une citation extraordinaire de Paul Nizan [5] : « Travaillant pour elle seule, exploitant pour elle seule, massacrant pour elle seule, il est nécessaire [à la bourgeoisie] de faire croire qu’elle travaille, qu’elle exploite, qu’elle massacre pour le bien final de l’humanité. Elle doit faire croire qu’elle est juste. Et elle-même doit le croire. M. Michelin doit faire croire qu’il ne fabrique des pneus que pour donner du travail à des ouvriers qui mourraient sans lui ». C’est pour cela que cette classe est tout le temps mobilisée : les riches ont sans cesse besoin de légitimer leur fortune, l’arbitraire de leurs richesses et de leur pouvoir. Ce n’est pas de tout repos ! Ils sont obligés de se construire en martyrs. Un pervers narcissique, un manipulateur, passe en permanence du statut de bourreau à celui de victime, et y croit lui-même. C’est ce que fait l’oligarchie aujourd’hui, par un renversement du discours économique : les riches seraient menacées par l’avidité d’un peuple dont les coûts (salaires, cotisations…) deviennent insupportables. On stigmatise le peuple, alors que les déficits et la dette sont liés à la baisse des impôts et à l’optimisation fiscale.

Depuis que le parti socialiste est au pouvoir, qu’est-ce qui a changé ? Y a-t-il eu des améliorations concernant cette violence des riches que vous dénoncez ?

On ne peut pas parler d’amélioration : nous sommes toujours dans un système oligarchique. Nos dirigeants sont tous formés dans les mêmes écoles. Quelle différence entre Dominique Strauss-Kahn et Nicolas Sarkozy ? Je ne suis pas capable de vous le dire. L’histoire bégaye. Un exemple : le secrétaire général adjoint de l’Élysée est actuellement Emmanuel Macron, qui arrive directement de la banque d’affaires Rothschild. Sous Nicolas Sarkozy, ce poste était occupé par François Pérol, qui venait aussi de chez Rothschild. Les banques Lazard et Rothschild sont comme des ministères bis [6] et conseillent en permanence le ministre de l’Économie et des Finances. La mission de constituer la Banque publique d’investissement (BPI) a été confiée par le gouvernement à la banque Lazard… Et la publicité sur le crédit d’impôt lancé par le gouvernement a été confiée à l’agence Publicis. Qui après avoir conseillé Nicolas Sarkozy conseille maintenant Jean-Marc Ayrault. On se moque de nous !

Pierre Moscovici et François Hollande avait promis une loi pour plafonner les salaires de grands patrons [7]. Ils y ont renoncé. Pierre Moscovici a annoncé, sans rire, qu’il préférait « l’autorégulation exigeante ». Des exemples de renoncement, nous en avons à la pelle ! Le taux de rémunération du livret A est passé de 1,75 % à 1,25 %, le 1er août. Le même jour, Henri Emmanuelli, président de la commission qui gère les livrets A [8], a cédé au lobby bancaire, en donnant accès aux banques à 30 milliards d’euros supplémentaires sur ces dépôts. Alors qu’elles ont déjà reçu des centaines de milliards avec Nicolas Sarkozy ! Elles peuvent prêter à la Grèce, au Portugal, avec un taux d’intérêt de 8 ou 10 %… Avec le crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (CICE), entré en vigueur le 1er janvier 2013, c’est encore 20 milliards d’euros de recettes fiscales en moins chaque année, offerts aux entreprises, et qui plombent le déficit public de façon absolument considérable.

Le Front national a un discours virulent contre les « élites » françaises. N’avez-vous pas peur que votre analyse soit récupérée par l’extrême-droite ?

Nous ne disons pas que les politiques sont « tous pourris », comme le fait le FN. Nous proposons une analyse en terme de classes, pour donner à voir des mécanismes sociaux. Nous cherchons à dévoiler le fonctionnement de cette caste qui casse le reste de la société, dans une logique de prédation qui va se poursuivre dans une spirale infernale. Le Front National désigne comme bouc émissaire l’immigré ou le Rom, donnant en pâture ce qui est visible. Le Rom est d’ailleurs devenu un bouc émissaire transversal à l’échiquier politique, depuis la gauche libérale avec Manuel Valls jusqu’au Front National. Si on doit pointer précisément un responsable à la situation actuelle, c’est plutôt une classe sociale – les riches – et un système économique, le néolibéralisme. Puisqu’il faut des formules fortes : le banquier plutôt que l’immigré !

Vous parlez dans votre ouvrage d’une guerre des classes qui n’est pas sans visage. N’y a-t-il pas un enjeu justement à « donner des visages » à cette classe, comme vous le faites ?

C’est une nécessité absolue. Il faut s’imposer d’acheter chaque année ce bijou sociologique qu’est le palmarès du magazine Challenges. Et s’efforcer d’incarner, de mettre des visages sur cette oligarchie… C’est une curiosité nécessaire, les gens doivent être à l’affût de cette consanguinité, de cette opacité, de la délinquance financière. Nos lecteurs doivent se servir de notre travail pour organiser une « vigilance oligarchique » : montrer aux puissants que leur pouvoir n’est pas éternel, empêcher ce sentiment d’impunité qu’ils ont aujourd’hui, car ils savent que personne n’ira mettre son nez dans leurs opérations financières totalement opaques.

Nous avons aussi expérimenté des visites ethnographiques dans les quartiers riches, pour vaincre nos « timidités sociales ». Se promener dans les beaux quartiers, leurs cinémas, leurs magasins, leurs cafés, est un voyage dans un espace social. Il faut avoir de l’humilité pour accepter d’être remis à sa place, ne pas se sentir à l’aise, se sentir pauvre car vous ne pouvez pas vous payer une bière à six euros. Mais c’est une expérience émotionnelle, existentielle, qui permet des prises de conscience. Une forme de dévoilement de cette violence de classe.

Propos recueillis par Agnès Rousseaux

(@AgnesRousseaux)

Photo de une : complexe de Paraisópolis, à proximité d’une favela, au sud de São Paulo (Brésil) / Tuca Vieira

A lire : Monique Pinçon-Charlot et Michel Pinçon, La violence des riches, Chronique d’une immense casse sociale, Éditions Zones / La découverte, 2013, 256 pages, 17 euros. Pour le commander chez une librairie proche de chez vous, rendez-vous sur La librairie.com.

Notes

[1Monique Pinçon-Charlot est sociologue, ancienne directrice de recherche au CNRS. Elle a notamment publié avec Michel Pinçon Les Ghettos du Gotha. Comment la bourgeoisie défend ses espaces (Le Seuil, 2007), et Le Président des riches. Enquête sur l’oligarchie dans la France de Nicolas Sarkozy (Zones/La Découverte, Paris, 2010).

[2Pour plus d’information sur ce sujet, voir la liste des personnalités qui siègent dans les conseils d’administration des grands musées.

[3Chiffres établis par le mensuel Alternatives économiques.

[4De quarante à trente heures par semaine avec simultanément une baisse de salaire de 25 % à 30 %.

[5Paul Nizan, Les Chiens de garde, 1932

[6Voir Ces messieurs de Lazard, par Martine Orange, éd. Albin Michel, 2006

[7Comme cela a été fait pour les grands patrons du secteur public qui ne peuvent plus être payés plus que 20 fois la moyenne des salaires de l’entreprise.

[8Commission de surveillance de la Caisse des dépôts et consignations

L’industrie de la pauvreté

 

pauvretéDanielle Gagnon, Facebook

26 novembre 2015

Globalement la pauvreté se porte de mieux en mieux au Québec. Sa croissance montre le dynamisme du secteur. La pauvreté est partout : dans la rue, dans les écoles, dans les refuges, à l’hôpital, dans les centres jeunesse, dans l’autobus, à la soupe populaire, à l’orée des bois. Même dans les morgues, le nombre de corps non réclamés ne cesse de s’accroître. Partout, il y a des pauvres et des nécessiteux. La pauvreté s’intéresse particulièrement aux Québécois les moins instruits et à leurs enfants. La pauvreté prévoit que les enfants nés d’une union libre n’ont droit à aucune reconnaissance légale de la part de leur géniteur, les exposant ainsi à la précarité et à l’instabilité.

 

La pauvreté a plusieurs visages, mais lorsqu’elle en montre un les autres la suivent de près. La pauvreté matérielle et financière est le plus souvent accompagnée de pauvreté affective et relationnelle, à laquelle se superpose la pauvreté intellectuelle qu’on appelle aussi l’ignorance.

La pauvreté du peuple québécois est un choix, mais pas un choix personnel! La pauvreté est plutôt le choix que les gouvernements canadiens et québécois appliquent avec zèle au Québec.

La gestion du fleuve St-Laurent est un exemple éloquent des politiques canadiennes d’appauvrissement du peuple québécois. Depuis la construction du canal Érié en 1958, qui a déplacé l’activité portuaire et économique de Montréal vers l’Ontario, le Québec doit accepter le passage du trafic maritime international sans percevoir de redevances. Pour joindre l’insulte à l’injure, le gouvernement canadien sous Harper qui ne reconnaissait pas la nature nationale du pont Champlain projetait d’instaurer le péage pour les usagers alors que cette infrastructure doit permettre le passage de bateaux du fret international.

 

Depuis des décennies, le Canada travaille ardemment à la destruction des richesses du fleuve Saint-Laurent. L’extinction de la ressource halieutique par la pêche industrielle et la destruction des fonds marins par dragage justifie l’abandon des quais du St-Laurent. Il est vrai que les pêcheurs n’y accostent plus, mais les quais sont demeurés des lieux d’appartenance et de socialisation dans les villages de pêcheurs. Le gouvernement fédéral en a remis en détournant d’importants contrats de constructions navales qui logiquement auraient pu et du échoir à Lévis où se trouve le plus ancien et plus expérimenté chantier maritime du Canada. Ces politiques fédérales ont mis fin à l’âge d’or des pêcheries dans les grandes eaux du St-Laurent. Elles ont perturbé le mode de vie des riverains et installé le chômage parmi les populations rurales.

 

Il n’en fallait pas plus pour que le gouvernement Harper modifie la loi sur l’assurance-chômage de manière à encourager les communautés rurales appauvries du Québec à quitter leur campagne pour s’établir ailleurs où il y a du travail, idéalement en Alberta. La chute du prix du baril de pétrole ces derniers mois permet aux Québécois de respirer un peu. Mais la crainte du lobby pétrolier au Canada et au Québec fait toujours craindre le transport du pétrole par oléoduc, par train et par bateau et les risques de contamination des sources d’approvisionnement en eau potable.

Si le Canada applique avec vaillance les recommandations du rapport Durham sur l’assimilation des canadiens français, on peut s’étonner que le gouvernement provincial participe servilement à leurs applications comme si le rôle de l’État du Québec est d’anéantir notre nation.

 

Le projet d’austérité du gouvernement Couillard va tout à fait dans ce sens. Il ajoute sa pierre à l’œuvre du dépérissement de la nation en promettant une longue vie à l’ignorance, la pauvreté et l’acculturation des Québécois. Coupure après coupure, l’éducation publique est une faillite nationale. L’époque glorieuse de l’éducation publique (1960 à 1994) a commencé à s’effondrer à partir de la première cohorte de la Réforme Marois introduite précocement malgré l’avis des facultés d’éducation et malgré l’inexistence de matériel pédagogique. L’insuccès de la réforme est sans appel. En 1994 le Québec comptait 26 % d’illettrés, vingt plus tard, leur nombre a presque doublé atteignant les 49 %. Depuis, les gouvernements exercent de nouvelles coupures : l’aide au devoir, le transport scolaire, l’aide alimentaire, le programme Chapeau les filles, et cetera, et cetera.

 

En privant le système d’éducation publique de ressources et en favorisant l’immigration de personnes instruites, le gouvernement met en place une hégémonie multiculturelle pour contrôler les pouvoirs publics et garantit aux Québécois la vie de porteurs d’eau. Pierre Vallières disait les nègres blancs d’Amérique.

 

Coupures dans l’aide sociale, coupures dans les octrois aux organismes communautaires, le petit peuple du Québec n’est pas sans ressort face à un gouvernement illégitime inféodé à d’autres intérêts que la survivance de la nation. Le petit peuple semble ignorer que la corruption pour le seul secteur de la construction coûte 13,1 % du PIB[i] qui est de 363 milliards[ii], soit environ 48 milliards annuellement.

 

Alors le petit peuple se débrouille comme il peut. Pour compenser le manque à gagner, l’industrie de la pauvreté ne le laisse pas pantois. Des activités « complémentaires » licites et illicites pour arrondir les fins de mois sont possibles. Lorsque la fréquentation des soupes populaires ne suffit pas, le gouvernement québécois encourage la participation humaine aux tests laboratoires des pharmaceutiques. Pour ceux qui sont réfractaires à servir de cobaye à la science, il reste quelques portes de sortie comme le vol et le recel, la vente d’armes, de drogues ou d’organes, la prostitution, le commerce de pornographie juvénile… Malheureusement, ces boulots criminels entraînent la judiciarisation des pauvres. On remarque toutefois que l’industrie de la pauvreté a quand même du bon, elle fait travailler les agents de police, les avocats, les juges et les gardiens de prison.

 

Le régime politique qui s’applique au Québec repose sur la gouvernance des lobbys en lien avec la prédation des richesses naturelles, le financement des partis politiques en lien avec la corruption, l’usurpation du territoire en lien avec les intérêts exigés par les banques centrales.  Il n’en tient qu’au peuple du Québec de s’unir comme un seul homme pour affirmer sa souveraineté sur son territoire et ses institutions. Seule la force du nombre peut permettre de changer le système politique colonial qui est à l’origine de l’industrie de la pauvreté.

 

 

[i] http://ici.radio-canada.ca/widgets/mediaconsole/medianet/7377636#

 

[ii] http://www.gouv.qc.ca/fr/LeQuebec/Pages/%C3%89conomie.aspx

 

Danielle Gagnon

Citoyenne constituante du Québec

Je suis Nègre, et je cours et je cours…

Run,_Nigger,_Run_lyrics_(Slave_Songs_of_the_United_States_version)

Nous voilà tous des nègres qui se lèvent tôt. Tôt pour un toit, tôt pour bouffer. Tôt pour les investisseurs … C’est la valse des épuisés de la mondialisation. Il n’y a jamais assez d’argent, même dans les richesses dites « collectives » pour satisfaire aux monstres terrés dans les paradis fiscaux. Ils avalent toutes les eaux pour le mettre en bouteille. Et nous, crétins, nous les achetons. Ce que la Nature a donné on nous le vole chaque jour. On est des sans abris dans un faux pays soumis à la finance.

On a réinventé le nègre. Il est  sans couleur précise de peau, il est migrant ou stable, devant sa télé. Le sang gicle en HD. Nous sommes gazés. Comme à Gaza. Enclos. En cage, désaillés  et rampants. Nous étions des oiseaux de liberté… On est maintenant des pièces de viande pour la racaille mondialiste.

Le « nigger » finit par trouver normal d’être dans une cage-pays.

On lui dit: « Petit homme, c’est l’austérité ».

Oui, petit homme, c’est l’austérité. Grouille-toi pour nous en sortir.

Mais c’est un nigger-hamster…

gp

Citation

Ce matin, lorsque je suis arrivé à la banque, comme d’habitude, j’ai trouvé le patron dans cet état, et le coffre-fort ouvert… J’ai donné l’alarme. On a immédiatement pendu sept nègres, mais le coupable s’est enfui….

Tintin en Amérique (1932), Hergé, éd. Casterman, coll. Tintin, 1945, t. 3, p. 34
[ Hergé ]

 

Citations negre - Citation et proverbe sur negre

Les otages

la nef des fous

La nef des fous: Jérôme Bosch

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La vie est devenu un enfer social. Il en est qui se couchent tôt pour avoir du temps libres entre 5h du matin et l’heure de l’entrée au travail. Ils se mettent à courir comme des fous pour éteindre le stress du travail. Et plus tard, quand ils auront attrapé un petit coup de vieux, ils se mettront obligatoirement aux pilules.  Ils s’habillent comme les lys des champs. Et c’est là leur richesse. Alors qu’ils n’ont plus de temps « libre ». N’avoir plus de temps libre, c’est être esclave. La propagande a réussi à robotiser la nature humaine. Ce serait là le progrès.

Sorte d’intoxication à l’ambition. C’est une norme que de se détruire dans le travail, les contraintes, les misères dans la foi que le « monde va mal ». Certes, il va mal. Mais il ne va pas mal à cause du cuisinier, du soudeur, du menuisier… Il va mal par ceux qui entretiennent les guerres, l’austérité, les paradis fiscaux, et le reste…

Mais on vous rend coupable de ce « monde qui va mal ». Mais vous y croyez. Mais vous vous dites athées.  On a « organisé » le monde pour que les autos finissent par réclamer de l’asphalte et des ponts. Jusqu’à couvrir la terre de ce qui peut permettre à l’humain de se nourrir.

On vendra des armes pour vivre, car ceux qui meurent sont si loin qu’on se fout bien de qui on tue pour le pain sur la table.

Courez pour être en santé dans une monde où la nourriture est devenue un poison caché.

Quand on n’est pas prisonnier – et plusieurs le sont – on est otages. Nous fermons nos gueules comme ces femmes violées.

Nous sommes en fait violés et silencieux…

Bienvenue dans l’hypocrisie sociale des pays qui n’existent plus, des valeurs qui n’existent plus, sauf celui d’avoir un peu en rêvant parfois d’avoir plus ou beaucoup afin de faire partie des heureux bourreaux.

GP