Archives de Catégorie: SOCIÉTÉ

Les détêtés

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Demain, quand vous vous éveillerez, votre vie sera changée – ou restée la même- par une armée de corniauds bureaux-blattes. Ils accomplissent leurs tâches. Ils rentrent lessivés en ayant – sans le savoir – lavé tout le monde.

Le corniaud à bureau est une espèce translucide, pouvant se camoufler parmi les bonnes gens. Il ne pense ni ne raisonne: c’est une dent de roue de bicyclette, ou plutôt une chaîne.  Il remplira des formulaires, il s’accrochera aux règlements. C’est son boulot. Son boulot qui ne consiste pas à humaniser mais à sculpter, par l’infime pixel qu’il est dans la toile de la vie, les moutures idéales pour les pouvoirés.

Personne ne vote pour les nouveaux maîtres du monde. Ils sont fantômatisés dans l’immense toile des travailleurs. Tout ce qu’ils font, et qu’ils le sachent ou non, c’est d’entretenir un brouillard constant. C’est un otage de l’avoir central et du pouvoir délocalisé.

Le plus grand dessin du monde, le plus réel, le plus fatidique, le plus mortel, est de voir apparaître un monde de clochards et de mendiants dans le monde du travail. Si avoir le choix est synonyme de liberté, n’avoir pas le choix est celui d’être esclave tout en l’ignorant.  C’est là tout le secret et l’astuce de la propagande actuelle: elle est fabriquée comme une image de télévision 1080 p.

Qui donc a quelque chose d’autre que les mots pour se révolter? Le réel est acheté et une mécanique mise en place pour faire perdurer un système auto destructif et éclaté.  Il est même automatisé. Il est même automatisé. Il est même automatisé.

Gaëtan Pelletier

Une misère répertoriée

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Après avoir fait part de mon inquiétude hier, sur les intentions libérales de porter un coup bas aux petites pensions et, mieux encore, de raboter les taux des pensions de l’Etat qui touchent aux échelons inférieurs (les autres, celles des grands commis et des régimes parlementaires et mandataires divers ne seront pas touchés), il serait mal venu de ma part d’oublier ceux qui du chômage ou du régime maladie, chassés par d’autres mesures libérales, finissent dans les couloirs et bureaux du CPAS, à quémander une assistance.
Je ne voudrais pas jeter l’opprobre sur le personnel qu’on y côtoie, en général celui-ci fait ce qu’il peut, tout en respectant les consignes et les règlements, mais pour la plupart, vu le système de recrutement et le manque de formation, n’importe quel enquêteur digne de ce nom ne pourrait faire qu’un seul constat : l’accueil et le suivi des demandeurs sont une catastrophe dans la plupart des CPAS, surtout des grandes villes.
Vous remarquerez que les grands journaux prompts à enquêter un peu partout dans le croustillant qui fait vendre ne s’aventurent pour ainsi dire jamais dans ce secteur.
Comment on y recrute le personnel ?
Une de mes relations – je peux en parler attendu qu’elle a quitté ce bas monde – titulaire d’un master de l’ULg – s’était retrouvée sans emploi et dans l’attente d’un poste correspondant à sa qualification, elle avait accepté une mission de contact avec les demandeurs d’aide. Son rapport, après avoir servi de soucoupe de verre à champagne quelque part dans une administration, doit avoir été détruit depuis longtemps dans une déchiqueteuse à papier de la Ville de Liège.
Son jugement est sans appel. On y recrute n’importe qui, pour faire du n’importe quoi, à condition d’être très rigoureux sur les sommes accordées.
Les CPAS projettent deux images contradictoires. La première est celle de la bouée de sauvetage qu’on jette à quelqu’un qui se noie et à l’aide de laquelle il peut rejoindre la rive et se fondre dans la foule qui travaille. La seconde est le charnier que la société entretient pour y jeter ses déchets humains et qui est commode pour que les actifs n’entendent pas les cris des gens qui y crèvent !

L’employé a deux fonctions dont il s’acquitte à l’aide de schémas circonstanciés et des formules répétitives qui, à la longue, ne le touchent absolument plus pour la conservation minimale d’une empathie professionnelle.
Il doit être d’abord l’inquisiteur qui pose des questions indiscrètes pour monter un dossier complet. Il est redevable à sa hiérarchie de justifier les sommes qu’il concède. D’emblée, il est considéré par le demandeur, comme un employé hostile et sans pitié.
Ma défunte amie m’avait laissé entendre qu’il était impossible à un employé du CPAS de passer pour autre chose qu’un parfait salaud, après l’entretien et les formulaires à remplir. À la longue, cette fonction inquisitoriale décourage l’employé à montrer toute espèce de bienveillance pour le demandeur.
Comment avec un pareil préambule aborder la seconde phase du métier, c’est-à-dire donner de l’espoir à qui touche le fond et suggérer des pistes pour une reconstruction et une remontée sociale ?
Le moyen de ne pas se sentir rabaissé, humilié, découragé en sortant de ces officines des Villes ? C’est tout le problème dont tout le monde se fout, sauf ceux qui ont conservé la fibre sociale dans une société endurcie et corrompue par l’appât du gain.
Il existe même des types du genre Bacquelaine qui vous ferait croire que la société est victime de ces parasites et que s’il y en avait moins, vous pourriez plus facilement changer votre matériel Hifi ! Comme s’il n’était pas, lui, un super parasite, bien plus nuisible que tout ce qui existe en matière de parasitisme social.
Les victimes de cette démocratie n’ont guère de gens secourables autour d’elles, y compris parmi celles et ceux qui ont pour métier et pour devoir de leur venir en aide.
Il y a bien les organisations syndicales dont les délégués font office de thérapeutes. Mais là aussi, il y a des bureaux, des files d’attente et des réponses lénifiantes aux urgences de situation. En fin de compte, la plupart des chômeurs exclus et sans ressources quémandant une aide au CPAS de leur commune, ont le sentiment qu’ils ne sont que des numéros de dossiers, des êtres encombrants dont cette société n’a que faire.

 

Le choix de l’ourson

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C’est fou: les gens « ordinaires », pour se faire conduire au bûcher par la voie de la politique choisissent des gens faisant partie de « l’élite ». Les enfants ont besoin des oursons pour s’endormir, se faire cajoler… Une belle histoire d’amour entre le réel et l’irréel. Alors, qu’est-ce que l’élite peut faire pour nous? Rien, sauf combler notre besoin d’esclavage.

Si la politique avait été là pour changer le monde pour son « bien », il y a longtemps qu’elle l’aurait fait. Tous les peuples lui ont donné sa chance. On cherche le meilleur ourson qui nous endormira le soir. Et, parfois, par la voie de la télé. Slogans! On se fait sloganer à se lécher les oreilles les uns les autres.  C’est un gros party, les élections. Un gros party qui, comme dans les guerre, ne donne aucun gagnant. Sauf des éméchés ayant trop bu de discours patriotiques quand les pays appartiennent au nombreux conglomérats.

Toutes les douleurs du monde de ne guérissent pas par la politique, elle sont causées par la politique. Les oursons de la politique sont des images infantilisant es. Et moins les sociétés sont des communautés- dans lesquelles chacun apporte sa part de vie – plus les oursons de la politique sont « désirés », voire nécessaires. Nécessaires d’un grand creux: nous soupirons. L’esclave vote pour le meilleur maître.

Alors, on se retrouve dans un grand chant de coton, noircis, comme des bêtes, là où le pays est devenu une grande étable. Il faut quatre à cinq ans pour oublier… Mais l’ourson n’est jamais assez gros ou parfait car, en fait, c’est l’usine qui l’a produit qui ne nous appartiens plus.

Gaëtan Pelletier

La thérapie de choc ou la maïeutique néolibérale

Choc thérapie

Le vieux monde se meurt, le nouveau monde tarde à apparaître et dans ce clair-obscur surgissent les monstres.
Antonio Gramsci

Fethi Gharbi

Nous sommes les témoins et les acteurs d’une époque charnière caractérisée par l’éclipse des repères et par l’éfritement des échelles de valeurs. C’est ce vide insupportable régi par le chaos que viennent investir avec la violence d’un ouragan les obsessions mortifères de tous ces hallucinés de la pureté originelle. Nous vivons en effet une drôle d’époque où les tenants du néolibéralisme le plus sauvage se détournent des pseudo-valeurs décrépites de l’idéologie libérale et s’appuient de plus en plus sur les fanatismes religieux devenus plus porteurs, donc plus propices aux manipulations. Mais cette alliance apparemment contre-nature ne constitue en fait qu’un paradoxe formel. Comme le souligne Marc Luyckx Ghisi, l’intégrisme religieux est ce sacré de séparation qui impose à l’homme de dédaigner son vécu pour retrouver le chemin de dieu. Dans le même ordre d’idées, la modernité, avec toutes ses nuances idéologiques, n’a cessé pendant voila plus de deux siècles de déconnecter totalement l’homme de sa place dans le monde en le soumettant aux pulsions d’un ego inassouvissable. Deux visions du monde, diamétralement opposées mais qui se rejoignent en déniant à l’homme sa véritable identité, cette dimension duelle, tout à la fois matérielle et spirituelle, seule en mesure d’assurer à notre espèce un équilibre salvateur.

Le rouleau compresseur néolibéral qui a entamé depuis 1973 sa course macabre au Chili puis en Argentine n’a épargné ni la population britannique sous Thatcher ni américaine sous Reagan et a fini par écrabouiller l’économie de l’ensemble du bloc communiste. Avec l’invasion de l’Afghanistan et de l’Irak, l’hystérie reprend de plus belle et tente non seulement de mettre la main sur les ressources naturelles mais de disloquer irrémédiablement le tissu social et d’anéantir les états de ces pays. Voilà qu’aujourd’hui, tous ces peuples révoltés du Maghreb et du Proche Orient s’éveillant de leur euphorie, se retrouvent eux aussi pris dans le pire des cauchemars : Les chicago-boys islamistes assaisonnés à la sauce friedmanienne poussent à la vitesse d’une Caulerpa taxifolia et envahissent soudainement l’espace sous le soleil revivifiant du printemps arabe. Un tel enchainement de violences a retenu l’attention de la journaliste canadienne Noami Klein qui en 2007 écrit “la strategie du choc” et s’inscrit ainsi en faux contre la pensée ultralibérale de Milton Friedman et de son école, “l’école de Chicago”. Noami Klein s’est probablement inspirée, pour mieux le contester, du leitmotiv friedmanien “thérapie” ou encore “traitement” de choc. Cela n’est pas sans nous rappeler la crise économique de 1929 qui sans laquelle Roosevelt ne serait jamais parvenu à imposer le New Deal à l’establishment de l’époque. C’est donc à la faveur d’une crise que le keynésianisme à pu s’installer au sein d’une société ultralibérale. S’inspirant probablement de ce schéma, Friedman a pensé que seuls les moments de crises aiguës, réelles ou provoquées, étaient en mesure de bouleverser l’ordre établi et de réorienter l’humanité dans le sens voulu par l’élite.

C’est donc à partir des années soixante dix que selon la thèse de Noami Klein le monde s’installe dans ce qu’elle appelle « le capitalisme du désastre ». Cataclysmes naturels ou guerres sont autant de chocs permettant d’inhiber les résistances et d’imposer les dérégulations néolibérales. La stratégie du choc s’appuie tout d’abord sur une violente agression armée, Shock and Awe ou choc et effroi, servant à priver l’adversaire de toute capacité à agir et à réagir; elle est suivie immédiatement par un traitement de choc économique visant un ajustement structurel radical. Ceux du camp ennemi qui continuent de résister sont réprimés de la manière la plus abominable. Cette politique de la terreur sévit depuis voilà quarante ans et se répand un peu partout dans un monde endiablé par l’hystérie néolibérale. Des juntes argentine et chilienne des années soixante dix en passant par la place Tiananmen en 1989, à la décision de Boris Eltsine de bonbarder son propre parlement en 1993, sans oublier la guerre des Malouines provoquée par Thatcher ni le bombardement de Belgrade perpetré par l’OTAN, ce sont là autant de thérapies de choc necessaires à l’instauration de la libre circulation du capital. Mais avec l’attentat du 11 septembre 2001, l’empire venait de franchir un nouveau palier dans la gestion de l’horreur. Susan Lindauer, ex-agent de la C I A (1) affirme Dans son livre Extreme Prejudice que le gouvernement des Etats Unis connaissait des mois à l’avance les menaces d’attentats sur le World Trade Center. Elle ajoute que les tours ont été détruites en réalité au moyen de bombes thermite acheminées par des camionnettes quelques jours avant les attentats. Le traitement de choc ne se limitait plus à susciter l’effroi dans le camp ennemi mais aussi dans son propre camp dans le but de terroriser sa propre population et de lui imposer les nouvelles règles du jeu. C’est ainsi qu’en un tour de main furent votées les lois liberticides du Patriot Act et les budgets nécessaires à l’invasion de l’Afghanistan et de l’Irak.

Cependant, Quarante ans de pratique de la dérégulation n’ont pu dynamiser l’économie mondiale et la dégager du marasme dans lequel s’est englué le capitalisme productif. Mais cherche-t-on vraiment à dynamiser quoi que ce soit?! La financiarisation de l’économie au lieu d’être la panacée tant escomptée a au contraire plongé le monde dans une crise systémique couronnée par le fiasco retentissant de 2008. Cette domination de la finance libéralisée a démontré en définitive que les mar­chés sont incapables de s’autoréguler. La crise a prouvé par ailleurs que la financiarisation n’est en fait qu’une dépravation de l’idée d’investissement, de projet, de projection dans l’avenir qui a toujours caractérisé le capitalisme productif. Ce qui se pratique aujourd’hui c’est essentiellement une économie usuraire, obsédée par l’immédiateté du profit et convaincue du fait que l’argent rapporte à lui seul et sans délai de d’argent. C’est donc dans ce tourbillon de l’autoreproduction du capital que le monde se trouve pris. Le néolibéralisme n’est en fin de compte qu’une vaste opération spéculative visant le transfert massif des richesses vers une grande bourgeoisie atteinte de thésaurisation compulsive, obnubilée par ses pulsions de destruction, ayant perdu définitivement la foi dans l’avenir.

L’agonie du capitalisme productif s’accompagne d’une déliquescence du politique. En effet, après la sécularisation du religieux, il semble aujourd’hui que c’est au tour du politique de subir le même sort. C’est bien en effet depuis le 19ème siècle que le politique s’est emparé progressivement de la gestion du sacré. L’État a fini par exiger de ses sujets la même allégeance que l’Église imposait à ses fidèles. La citoyenneté et la nation sont sacralisés et la patrie va jusqu’à exiger de l’individu le don de sa vie. Le vingtième siècle a été le témoin de ces “religions séculières” qui ont fait du politique un objet de foi et le fascisme a été la forme exacerbée de ce culte voué au politique. Mais avec l’effondrement du communisme et du keynesianisme l’institution politique commence à s’ébrècher et semble complètement se déliter de nos jours. Les prérogatives de l’Etat se réduisent comme une peau de chagrin et le politique a fini par être totalement vassalisé par l’économique. En effet, l’Etat n’a pour fonctions aujourd’hui que de promouvoir l’économique et d’assurer sa sécurité, encore que dans un pays comme les États Unis une bonne partie de l’armée soit tombée entre les mains de sociétés privées. Ainsi, les derniers remparts contre la déferlante subjectiviste viennent de s’écrouler et la mort de l’ État en sonnant le glas des transcendances annonce le triomphe insolent d’une modernité ayant atteint son faîte.

L’ego ainsi libéré de toute transcendance succombe à ses pulsions destructrices. La fièvre de la dérégulation qui s’empare du monde n’est pas synonyme de libéralisation comme le prétendent les ultralibéraux mais d’abolition systématique des règles et des lois qui ont toujours régi et organisé la société des hommes. Si le clivage traditionnel gauche/droite tournait autour du partage de la plus-value au sein d’une société régulée même si elle soufrait d’injustice, le clivage actuel oppose régulation et dérégulation et laisse présager l’avènement d’un monde chaotique. Mue par la pulsion narcissique de la toute puissance, l’oligarchie mondialiste nie toute altérité et s’engage frénétiquement dans un nihilisme destructeur parachevant de la sorte la trajectoire d’une modernité fondée entre autre sur la divinisation de l’ego, la compétition et la chosification de l’humain. Ce narcissisme délirant, pur produit du messianisme inhérent à l’histoire et à la culture nord-américaine a toujours caracterisé l’élite anglo-saxonne étasunienne. Une élite qui ne cesse depuis le milieu du 19ème siècle d’arborer son Manifest Destiny. A la fin de la première guerre mondiale, Wilson affirmait : « Je crois que Dieu a présidé à la naissance de cette nation et que nous sommes choisis pour montrer la voie aux nations du monde dans leur marche sur les sentiers de la liberté » et George W. Bush d’ajouter en s’adressant à ses troupes au Koweit en 2008 : « Et il ne fait pour moi pas un doute que lorsque l’Histoire sera écrite, la dernière page dira la victoire a été obtenue par les États-Unis d’Amérique, pour le bien du monde entier ». Depuis deux decennies, l’élite ploutocratique en versant dans le néolibéralisme semble irrémédiablement atteinte de perversion narcissique où se mêlent haine et mépris de l’altérité, volonté de puissance, sadisme et manipulation. Une interview du cinéaste américain Aaron Russo (2) enregistrée quelques mois avant sa mort permet de mesurer le degré atteint par une telle perversion. Les guerre menées contre le monde arabe et les restrictions des libertés en Occident annoncent l’univers stalinien dont rêve la ploutocratie étasunienne. Un univers qui rappelle bien “1984″ de Georges Orwell que d’aucuns considèrent comme prémonitoire. Il serait plutôt plus pertinent d’y voir la source d’inspiration des think tank américains dans leur quête totalitaire.

Avec le néolibéralisme, nous passons d’une économie de l’exploitation du travail à une économie de la dépossession. La combinaison de l’endettement public, de l’endettement privé et de la spéculation financière constitue l’outil privilégié de ce hold-up du millénaire. En effet les conditions de remboursement sont arrangées de telle sorte qu’elles ne puissent aboutir qu’à la faillite des débiteurs, qu’ils soient individus ou états. Pratique systématique de l’usure, plans d’ajustement structurel, paradis fiscaux, délocalisations, compétitivité, flexibilité sont autant d’armes pour casser tous les acquis des travailleurs et démanteler les frontières nationales au profit d’une minorité avare de banquiers et de multinationales. Face à une telle escalade, la gauche européenne semble totalement hypnotisée n’ayant probablement pas encore digéré l’implosion de l’URSS. Mais quelle alterntive pourrait bien proposer une gauche qui a toujours hésité à mettre en doute le projet ambigu de la modernité et qui a toujours souscrit au développementisme! En se battant uniquement sur le front du partage de la plus-value, la gauche, de compromis en compromission, a permis au système d’atteindre sa phase finale avec le risque d’ine déflagration tous azimuts.

Face à cette capitulation, l’oligarchie mondiale a renforcé encore plus sa domination en récupérant tout en les pervertissant un ensemble de valeurs libertaires. Elle a su si adroitement profiter du concept cher à Gramsci, celui de guerre de position. En effet, dans les pays Occidentaux, le démantèlement du politique s’effectue non par la coercition mais par l’hégémonie, cette “puissance douce” permettant une domination consentie, voire même désirée. C’est ainsi que l’idéal anarchiste, égalitaire et antiétatiste fut complètement faussé par l’idéologie néolibérale. Les anarcho-capitalistes en rejoignant les anarchistes dans leur haine de l’état, considèrent par contre que le marché est seul en mesure de réguler l’économique et le social. Déjà à partir des années soixante l’idée du marché autorégulateur commençait à prendre de l’ampleur. Le néolibéralisme naissant, rejeton du capitalisme sauvage du 19ème siècle, s’allie paradoxalement à l’anticapitalisme viscéral des soixante-huitards pour s’élever contre l’autoritarisme et prôner une société ouverte et libérée de toutes les formes de contraintes. Ainsi du mythe d’une société sans classes des années soixante dix on succombe au nom de la liberté aux charmes d’une société éclatée faite d’individus atomisés. Ce culte de l’ego, synonyme de désintegration de toutes les formes de solidarité, constitue la pierre angulaire de la pensée anarcho-capitaliste et se reflète dans les écrits de théoriciens tels que Murray Rothba ou David Friedman. Ces derniers n’hésitent pas de prêcher le droit au suicide, à la prostitution, à la drogue, à la vente de ses organes…et vont jusqu’à avancer que l’enfant a le droit de travailler, de quitter ses parents, de se trouver d’autres parents s’il le souhaite…C’est ce champs de la pulsuonalité débridée qui commande désormais les liens sociaux et ruine les instances collectives ainsi que les fondements culturels construits de longue date. Comme le souligne Dany-Robert Dufour (3), Dans une société où le refoulement provoqué par le ” tu ne dois pas ” n’existe plus, l’homme n’a plus besoin d’un dieu pour se fonder que lui même. Guidé par ses seules pulsions, il n’atteindra jamais la jouissance promise par les objets du Divin Marché et développera ainsi une addiction associée à un manque toujours renouvelé. Aliéné par son désir, excité par la publicité et les médias, il adoptera un comportement grégaire, la négation même de cette obsession égotiste qui le mine. Ayant cassé tous les liens traditionnels de solidarité, l’individu s’offre aujourd’hui pieds et poings liés à une ploutocratie avide, sure de sa surpuissance. Si la stratégie néolibérale triomphe de nos jours, c’est bien parce qu’elle a su gagner cette guerre de position en menant à bien son offensive… idéologique.

Mais cette entreprise de désintégration du politique suit tout un autre cheminement lorsqu’elle s’applique aux pays de la périphérie. Le plan du Grand Moyen Orient mis en oeuvre depuis l’invasion de l’Irak et qui continue de fleurir dans les pays du printemps arabe combine à la fois la manipulation et la coercition. Si dans les pays du centre, la stratégie s’appuie sur l’atomisation post-moderne, dans le monde arabe, on tente par la fomentation des haines ethniques et religieuses de désintégrer ces sociétés et de les plonger dans les affres d’une pré-modernité montée de toute pièce. On essaie ainsi de les emmurer comme par magie dans un passé hermétique et prétendument barbare. Voici donc que le monde arabo-islamique se trouve soudainement embarqué à bord de cette machine à remonter le temps tant rêvée par Jules Verne. Egotisme post-moderne et tribalisme barbare formeront ainsi les deux pôles de cette dichotomie diaboliquement orchestrée qui est à l’origine de la pseudo fracture Orient Occident. C’est à l’ombre de ce show du choc des civilisations que s’opère la stratégie du chaos créateur.

Quelques actes terroristes spectatulaires par ci, campagne islamophobe surmédiatisée par là et le décor est dressé. Perversion narcissique et déni de soi, réminiscences de la déshumanisation coloniale, se font écho et s’étreignent. Les invasions occidentales deviennent d’autant plus légitimes qu’elles se prétendent garantes d’une civilisation menacée. A la violence répond paradoxalement la haine de soi et l’autodestruction. Celle-ci se manifeste par des réactions individuelles souvent suicidaires, témoignant d’un malaise social exacerbé face au désordre politico-économique régnant. Dans un pays traditionnellement paisible comme la Tunisie, le nombre des immolés par le feu et par l’eau se compte par centaines. Appeler la mort à son secours devient l’ultime alternative qui s’offre à tous ces désespérés. C’est sur ce fond pétri d’échecs cumulés depuis les indépendances que vient se greffer le rêve morbide de tous ces hallucinés régressifs fuyant la domination d’un Occident mégalomaniaque. L’aube de l’islam, devenue ce paradis perdu de la prime enfance constituera le refuge par excellence car situé derrière le rempart infranchissable et sécurisant des siècles. C’est ainsi qu’une irrésistible quête régressive ne souffrant aucune entrave et se dressant violemment contre toute alternative embrase depuis plus de deux ans le monde arabe. Or ce salafisme aveugle, impuissant face à la domination occidentale, préfère s’adonner à l’autoflagellation. L’Empire n’a pas mieux trouvé que de tourner le couteau dans la plaie narcissique de populations aliénées depuis longtemps par l’oppression coloniale. Il s’agit de raviver cette névrose du colonisé par des menées médiatiques où se mêlent l’offense et le mépris. Tout l’art consiste ensuite à orienter cette explosion de haine vers les présumés avatars locaux de l’Occident et de tous ceux qui de l’intérieur freinent cette marche à reculons. Les gourous islamistes à la solde des monarchies du Golfe et des services secrets américains se sont bien acquittés de cette tâche en poussant au Jihad contre leurs propres nations des dizaines de milliers de fanatiques survoltés. Un superbe gâchis qui en quelques années a fini par ruiner la majorité des pays arabes. Le chaos, faute d’être créateur resplendit par sa cruauté et sa gratuité, mais l’Empire ne fait aujourd’hui que s’enliser de plus en plus dans les sables mouvants de Bilad el-Cham. La forteresse syrienne ne semble pas ceder, cadenassant ainsi la route de la soie et le rêve hégémonique des néoconservateurs. Les dirigeants étasuniens, tout aussi prétencieux qu’ignorants de la complexité du monde arabo-musulman ont cru naïvement pouvoir tenir en laisse tous ces pays en louant les services de la confrérie des frères musulmans.

Après le grandiose mouvement de révolte égyptien et la destitution de Morsi, après la correction infligée à Erdogan et le renversement honteux de Hamad, les frères semblent irrémédiablement lâchés par leur suzerain. Un leurre de plus? Ou alors, comme le souligne le politologue libanais Anis Nakach, les frères musulmans n’ont été hissés au pouvoir que pour mieux dégringoler eux et leur idéologie islamiste devenue totalement contre-productive..pour les néolibéraux. Il s’agit maintenant de remettre le Djinn dans la bouteille et de le plonger dans la mer de l’oubli après qu’il se soit acquitté honorablement de sa tâche. Les masses arabes, après deux ans de désordre sous la direction des frères finiront par se jeter sans hésitation dans les bras des libéraux. Mais une autre raison a certainement réorienté la politique étasunienne : c’est cette ténacité des russes à défendre leur peau coûte que coûte. La prochaine conférence de Genève sur la Syrie changera fort probablement la donne au Moyen Orient en accordant plus d’influence à la Russie dans la région. Le thalassokrator américain, balourd sur les continents, préfère apparemment tenter sa chance ailleurs, sur les eaux du Pacifique…

En attendant, l’incendie qui embrase le monde arabe n’est pas près de s’éteindre de si tôt et les apprentis sorciers, épouvantés par l’agonie de leur vieux monde, continueront d’écraser, dans ce clair-obscur de l’histoire, tout ce qui contrarie leur folie hégémonique. ..

Dans la théorie du chaos, soit le système se transforme, soit il s’effondre totalement. Un simple battement d’aile peut changer le monde semble-t-il…

Fethi GHARBI

Notes de bas de page:

1) 11-Septembre : Susan Lindauer et les bandes vidéo manquantes du World Trade Center

2) Aaron Russo Interview Sur Nicholas Rockefeller

3) Dany-Robert Dufour ; Le Divin Marché – La révolution culturelle libérale

Le génie humain

génie humain

Un fermier surveillait ses animaux dans un pâturage éloigné, quelque part au nord de Québec, quand soudain une rutilante BMW s’avança vers lui dans un nuage de poussière.

Le conducteur, un jeune homme portant un complet Armani, des chaussures Gucci, des lunettes soleil Ray-Ban, et une cravate Yves St-Laurent, s’étira le cou par la fenêtre et demanda au fermier : ’’ Si je te dis exactement combien de vaches et de veaux il y a dans ton troupeau, me donneras-tu un veau ? ‘’
Andrew regarda l’homme, définitivement un Yuppie, puis jeta un regard vers son troupeau en train de brouter tranquillement, et répondit avec calme:
’’Oui, et pourquoi pas ? ‘’

Le Yuppie stationne son auto et s’empare de son mini Ordinateur Dell, le branche à son cellulaire, et navigue sur Internet vers un site de la NASA, et contacte ensuite un satellite GPS pour obtenir un positionnement exact de l’endroit, puis fournit les coordonnées à un autre satellite de NASA qui numérise le secteur en une photo ultra haute résolution .

Le jeune homme accède ensuite au site de photographie digitale Adobe et exporte l’image vers un site d’analyse d’image à Hambourg en Allemagne.

Quelques secondes après, il reçoit un courriel sur son Palm Pilot mentionnant que l’image a été analysée et que les données ont été conservées. Il accède ensuite à une base de données MS – SQL via un OBDC connecté à une feuille de calcul Excel avec courriel sur son Blackberry et après quelques minutes ,reçoit une réponse.
Finalement, il imprime en couleurs un rapport de 150 pages via sa mini imprimante HP Laser jet ,se tourne vers le fermier et lui dit :
‘’Tu as exactement 1586 vaches et veaux.
’’ C’est bien vrai. Bien, c’est O.K., tu peux prendre l’un de mes veaux,’’ dit le fermier.
Il observa donc le jeune Yuppie qui choisissait un des animaux et le regarda amusé pendant que le jeune homme installait l’animal dans le coffre arrière de sa BMW .
Alors le fermier dit au jeune homme :
‘’ Hep ! Si je te dis exactement dans quel secteur d’activités tu travailles, me redonneras-tu mon veau ? »
Le jeune homme réfléchit un instant et dit :
’’O.K. Pourquoi pas ?
‘’T’es un membre du gouvernement ’, dit le fermier.
’’Wow ! C’est exact, ‘’ dit le Yuppie, ’’mais comment as-tu pu deviner cela? ‘’
‘’J’ ai pas eu besoin de deviner’’ dit-il. ’’ T’es arrivé ici sans que personne t’invite, tu veux te faire payer pour un réponse que je connaissais déjà, à une question que je n’avais pas posée .Tu t’es servi d’un équipement valant des millions de dollars pour essayer de me prouver que tu es plus intelligent que moi, alors que tu ne connais rien des travailleurs et de ce qu’ils font pour gagner leur vie; de plus, tu ne connais rien aux vaches.

Ce que tu as devant toi, c’est un troupeau de moutons!’’ …

‘’Maintenant, redonne-moi mon chien’’.

Gaëtan Pelletier

Les chevaux du capitalisme

« cheval sur mon bidet; Quand il trotte il fait des pets ». ( chanson pour enfants) . Jean-Paul Sartre 
 *** 
Attelez-vous à la tâche!  
Harnais fournis, foin aussi 
Sur la piste mondialiste à travers la petite route des roublards capitalistes 
Panaches fumants jusqu’aux antidépresseurs  
Buvons tous la lumière de la grande noirceur 
Traînons la masse monétaire de plomb vers les paradis et les îles 
Les sables mouvants, les sables tranquilles 
Vendez votre sang, vos sueurs, bêtes de sommes 
Frileuses dans l’austérité, de crises inventées, dépouillées 
C’est la valse des bourgeois, avec voitures à caméras 
Pour voir en arrière, du pare-choc égratigné, appeurés  
Chevaux-moutons à laine d’acier, tondus, frimés 
Et du crin on aura fait des violons 
Pour les paons de salon, les Mozart avortés 
Prions! Prions! Ô peuple qui tourne en rond 
Sous l’orgueil et le fouet 
Les cris en délire, le sang couleur de feu 
Go!Go! Gogo! 
« Life is beauty foule » 
 
Gaëtan Pelletier 
Décembre  2013 
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La vie au 21 ième siècle: heureux comme un poisson sans eau

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