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Les vingt-quatre lucioles

Saint-Pascal, Kamouraska. Vue sur le fleuve…

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Je grignote les heures et  la vie. Pour ne rien manquer…Parfois a pleine dents, quelquefois à  grandes lippées, comme lorsqu’en appétit,  la faim ne trouvait pas la bouche assez grande….Ici, le repas est le temps…On craint toujours qu’il n’y ait rien à bouffer après…

***

Je me suis levé du bon pied ce matin-là, le deuxième. Je n’avais pas le choix, je n’en avais que deux. Entre deux pieds, il faut choisir le moindre…. Étant donné que  les oiseaux chantaient comme des  réveille-matin, je ne me suis pas plaint. C’est mieux qu’une sonnerie, ou que ce  camion teigneux qui fait sa moisson de vidanges à chaque jeudi, vers cinq ou six heures… Le coq du clocher n’a pas encore ouvert la bouche. Même le curé est endormi.

J’ai déjeuné et je me suis rasé : le miroir était picoté  de barbe. Un œil dans le jour, un autre dans la nuit. La nuit est une raclée. On ne sait pas avec qui on s’est battu, mais on a perdu. Le matin, on a tous un peu l’air d’une peinture de Picasso… Ou une ébauche…

Puis j’ai mis mon chapeau vert pour me jeter ensuite à quatre patte dans la terre. Tout ¸a pour essayer  de purger  le petit potager des mauvaise herbes. Les mauvaises herbes c’est comme la vie : plus il en pousse, plus le jardin pousse. Je me suis dit que cette année nous aurions un bonne récolte.

Un oiseau se pose sur une branche ballante… Il oscille au vent. Des insectes courent ça et là. Des fourmis, surtout. Tout bouge, tout ce qui existe cherche mes yeux, mes oreilles, mon nez. Après une nuit, c’est comme après un semblant de mort : tout nous semble neuf.

Ne rien faire de trop productif. C’est le but… S’il en est un.

Je me rends comptes, là, à quatre pattes, que j’essaie d’éteindre les cadrans. J’ai enlevé toutes les piles. Plus de boulot, plus de grandes ……??????? Du moins j’essaie…  Le ciel, lui aussi, est comme la vie : il a ses nuages noirs menaçants, ses trouées bleues, ses rayons qui balaient les étendues vertes, les clôtures, les pavés noirs d’asphalte.

Je me demandais, avant, pourquoi je faisais tout cela. Toutes ces cérémonies où le seul candélabre est un soleil qui me brûle. En même temps qu’il me fait vivre… Je sais maintenant… Je cherche à rétrécir le temps comme pour l’emboîter avant d’aller en boîte… L’étirer comme on étire un ruban de film de deux heures en regardant tous les détails des images. Attentif. Attentif en même temps que déchiré. Déchiré par l’impossibilité de cette réalisation et du cumul des frustrations qui en découlent. Je me rends compte que mon jardin, mon terrain, c’est la vie : avec ses fleurs annuelles côtoyant les poireaux qu’on peut laisser passer l’hiver, qui dorment sous la neige et renaissent au printemps. Les annuelles, elles, si belles, elles, ne durent que quelques jours… On dirait les amours qui se sont faites couleurs. Rien que pour vous montrer que la passion n’est qu’une luciole un soir de juillet.

Je vais retourner à la pêche. Longer la rivière, être une bouffe à mouches… Mais heureux de l’entendre chuinter, bruisser, ou bien hurler dans ses chutes d’eau. Je regarderai les torrents en vrille, les trous ombrées où se cachent les truites. Je serai seul à parler, comme un fou, comme s’il me manquait quelqu’un pour m’accompagner, mais que j’étais seul dans l’univers. Un vingtroisième…  Des reflets danseront. Mes yeux danseront avec eux.

Ce qui m’amène à penser à mes vers qui dorment dans la cave. Je leur râpe des carottes pour les nourrir. Ils sont vivaces… Rougeoyants… Comment ont-ils pu attraper un  coup de soleil enfouis dans ce sol vaseux?

Midi.

Douche.

Sieste. Qui finit par les amours. On se couche en humains, on se réveille en lapins…

Mon amour est une horloge, et je suis son aiguille…

Midi ou minuit, c’est pareil…

19h00

Visite à ma mère. On parle de l’amour, de la mort, de la guerre… Et de cet oncle enivré, emmené à l’hôpital dans un état comateux, et qui, en transport dans l’ambulance, se fait peinturlurer les ongles et dessiner du rouge à lèvre… La vie est une série de tableaux… Un peu comme au cinéma… 24 images par seconde… Mais on ne les voit pas. Tout bouge. Illusion. Le problème c’est de le savoir. De savoir comment tout cela fonctionne. Le soleil, lui, passe trente fois par mois. C’est aussi une illusion. Et c’est tant mieux pour ceux qui ne le savent pas. Les amérindiens comptaient le temps en lunes, je crois… Rien que pour se guider un peu sur ce qui pousse et qui meurt.

Le soir venu, on a regardé le film «Les heures»… J’y ai vécu trois femmes dans des amours compliqués et des incompréhensions indicibles… Des déchirements… Ceux du temps… Ceux des amours…. Et au moment où Virginia Woolf plonge dans la rivière pour se noyer, je me dis « À quoi bon?»…

Je suis dans une rivière où les reflets de la lumière passent  par des trous sombres, des vrilles excitantes, des moments calmes. Et tout alentour, des moustiques. Comme à la pêche…

Je pêche de l’éternité dans une rivière de temps… J’apprends à nager hors de l’eau…

Et mon je n’est qu’une luciole du NOUS… Mais la luciole est à la fois tout…

24 lucioles pourraient donner l’illusion que le ciel, un beau soir, est un jour… Et pour toujours…

12 mai 2004

Gaëtan Pelletier

P.S.: En relisant ce petit texte, aujourd’hui (2017), je constate que ma mère est décédée l’année suivante, presque à la même date. Une luciole est partie… C’était, il me semble, hier…

Le génie humain

génie humain

Un fermier surveillait ses animaux dans un pâturage éloigné, quelque part au nord de Québec, quand soudain une rutilante BMW s’avança vers lui dans un nuage de poussière.

Le conducteur, un jeune homme portant un complet Armani, des chaussures Gucci, des lunettes soleil Ray-Ban, et une cravate Yves St-Laurent, s’étira le cou par la fenêtre et demanda au fermier : ’’ Si je te dis exactement combien de vaches et de veaux il y a dans ton troupeau, me donneras-tu un veau ? ‘’
Andrew regarda l’homme, définitivement un Yuppie, puis jeta un regard vers son troupeau en train de brouter tranquillement, et répondit avec calme:
’’Oui, et pourquoi pas ? ‘’

Le Yuppie stationne son auto et s’empare de son mini Ordinateur Dell, le branche à son cellulaire, et navigue sur Internet vers un site de la NASA, et contacte ensuite un satellite GPS pour obtenir un positionnement exact de l’endroit, puis fournit les coordonnées à un autre satellite de NASA qui numérise le secteur en une photo ultra haute résolution .

Le jeune homme accède ensuite au site de photographie digitale Adobe et exporte l’image vers un site d’analyse d’image à Hambourg en Allemagne.

Quelques secondes après, il reçoit un courriel sur son Palm Pilot mentionnant que l’image a été analysée et que les données ont été conservées. Il accède ensuite à une base de données MS – SQL via un OBDC connecté à une feuille de calcul Excel avec courriel sur son Blackberry et après quelques minutes ,reçoit une réponse.
Finalement, il imprime en couleurs un rapport de 150 pages via sa mini imprimante HP Laser jet ,se tourne vers le fermier et lui dit :
‘’Tu as exactement 1586 vaches et veaux.
’’ C’est bien vrai. Bien, c’est O.K., tu peux prendre l’un de mes veaux,’’ dit le fermier.
Il observa donc le jeune Yuppie qui choisissait un des animaux et le regarda amusé pendant que le jeune homme installait l’animal dans le coffre arrière de sa BMW .
Alors le fermier dit au jeune homme :
‘’ Hep ! Si je te dis exactement dans quel secteur d’activités tu travailles, me redonneras-tu mon veau ? »
Le jeune homme réfléchit un instant et dit :
’’O.K. Pourquoi pas ?
‘’T’es un membre du gouvernement ’, dit le fermier.
’’Wow ! C’est exact, ‘’ dit le Yuppie, ’’mais comment as-tu pu deviner cela? ‘’
‘’J’ ai pas eu besoin de deviner’’ dit-il. ’’ T’es arrivé ici sans que personne t’invite, tu veux te faire payer pour un réponse que je connaissais déjà, à une question que je n’avais pas posée .Tu t’es servi d’un équipement valant des millions de dollars pour essayer de me prouver que tu es plus intelligent que moi, alors que tu ne connais rien des travailleurs et de ce qu’ils font pour gagner leur vie; de plus, tu ne connais rien aux vaches.

Ce que tu as devant toi, c’est un troupeau de moutons!’’ …

‘’Maintenant, redonne-moi mon chien’’.

Gaëtan Pelletier

Quand il est mort le bûcheron…

bûcherons

Ça me peine: je ne verrai plus le bûcheron qui aimait les arbres , les coupait, en plantait et en prenait soin. Il est décédé il y a quelques jours. Jusqu’à la fin, il allait parcourir les bois le matin, tôt, quand les oiseaux réclament leur repas à leur maman.

C’était comme ça au Québec il y a quelques décennies. Les fils de ces piliers , aujourd’hui  administrateurs, médecins, avocats, simples travailleurs sont issus de cette race qui savaient à peine lire et écrire. Mais personne ne s’en souvient. Ce qui fait mourir ce monde c’est d’en effacer le passé. Le passé c’est la souche de ce que nous sommes. L’essentiel. Et c’est peut-être ce dont nous sommes en train de mourir: de l’essentiel. On se demande à quoi rêvent la génération jeune actuelle. Elle rêve d’une vie simple et tranquille, mais la « machine à fabriquer des êtres et des robots »  elle ,s’occupe de fabriquer les rêves. C’est une propagande intoxicante pour le cerveau et l’être. On se « désêtre »…

La formule frappante serait: une lutte les uns contre les autres et une réussite présente, journalière, annuelle, pour un échec final de l’humanité. Nous cultivons le provisoire et détruisons toute forme de concret pour laisser aux mains des grands chefs d’entreprises et des délirant personnages soi-disant importants nos destins.

Combien donnons nous, chacun d’entre nous pour que nos États fabriquent des armes au lieu de construire ce qui ne détruit pas, nous y inclus? On veut nous faire croire à la nécessité des guerres. Nous payons un prix fou pour la soi disant paix.

Alors, où son les résultats de cette « logique » de fabricants d’armes? Oui, c’était plus simple « avant ». Il y avait un certain confort à « travailler » pour rendre nos vies moins misérables. Mais depuis quelques décennies, chacun est un Christ crucifié entre deux voleurs.

Si on juge l’arbre à ses fruits, la perle Terre suspendue dans l’espace est en train de mourir d’un cancer de pollution, et d’un fourmillement de Satan(s)  élevés au grain du virtuel en train de falsifier la réalité.

Il y a quelque chose qui cloche au pays-Terre: on ne peut pas s’aimer et se détruire en même temps. On ne peut pas aimer la nature et la tuer en même temps. Taxe-carbone mon œil! Comme si l’argent réglait tout… Lui également se dirige vers l’invisible. Imaginez tous les aveugles que nous aurons dans deux décennies!

Gaëtan Pelletier

Le moule satanique

Le château de l'âme

 

«Il ne s’agit pas de penser beaucoup mais de beaucoup aimer.»

Thérèse d’Avila

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Les hommes font des affaires parce qu’ils sont trop lâches pour chercher un peu de sainteté. Et la sainteté n’a rien à voir avec « dieu », mais c’est cette tâche qu’ont les hommes de se parfaire ne serais-ce que pour vivre  cloîtrés dans une petite planète bleue  comme une bonne sœur dans un habit foncé, quasiment langée.

Ne pas se laisser souiller par la vie qui nous entoure, c’est ressusciter à chaque jour. Quand les hommes se font serpents pour les autres hommes, ils crachent leur venin. On est tous souillés.  Et c’est là que rester intact, avec quelques atomes d’âme pour survivre est devenu un art difficile.

Il n’y a plus de feu. Il y en a, caché, sous tiède couverture des braises refroidies. On s’adonne au noir, au froid. On tue dans le silence de tous les viols de la Terre.

L’Homme crée des monuments, déguisé en singe, sans savoir, déjà enterré, qu’il y a plus que ces œuvres de pierres.

Il se croit savant, mais c’est un ignare charbonneux.

On n’a jamais vendu autant de miroir. Au point où la tâche qu’on nous incombe est celle de devenir semblable au cravaté-serpent et ses dogmes de matière. Il parle de la grandeur de l’Univers en semant des idées de temps fragiles. Encagé. Comme un oiseau qui ne peut plus voler.

… Je veux dire que si celui qui est dans l’appartement ne peut voir cette lumière, ce n’est pas parce que la demeure n’est pas éclairée, mais parce que toute cette foule de couleuvres, vipères et reptiles venimeux qui y sont entrés avec l’âme ne la laisse pas profiter de la lumière… ses yeux sont tellement couverts de boue qu’il ne peut presque pas les ouvrir ».

Le château de l’âme.  Thérèse d’Avila.

C’est « fou » de citer une « sainte » !.

Le livre m’a été prêté par une vieille dame un jour. J’étais livreur dans une épicerie. La dame de 80 ans me laissait entrer et m’offrait un grand sourire  » et un petit quelque chose à manger ». Courbée, charmante, avec de la lumière dans la voix. C’était une vieille maison … Son corps et sa demeure en bordure d’une rivière qui coulait vaillamment comme son sang dans ses veines.

Elle avait toujours un petit quelque chose à m’offrir : du chocolat, des beignes, des friandises. De vieilles choses traînaient partout: un tricot abandonné, un chapelet, des images agrippés aux murs, des casseroles dans l’évier… Elle devait coucher sur un de ces vieux lits en montures métalliques qui parlait la nuit pendant qu’elle bougeait.

Une sagesse qui frôlait le ciel. On était bien en sa présence, comme si sa bonté avait imprégné tout ce bois morts et ces « choses ». Mais pour elle, il n’y avait pas de « choses »: ces choses étaient vivantes.

Elle avait peine à bouger, dans son carcan de chair vieillie, mais ses yeux, son discours, ses envolées avaient quelque chose que nous n’avons plus : vieillir n’est pas vraiment vieillir pour ceux qui entretiennent  l’intérieur au lieu de l’extérieur. Et le mot « sérénité » n’était pas un mot: c’était un état qui semblait avoir peint tout ce paysage intérieur créateur.

Puis un jour, alors qu’elle lisait, assise sur une veille berceuse, elle me regarda d’un œil singulier, allumé.

– Vous devriez lire le livre de Thérèse d’Avila.

Je ne connaissais pas Thérèse d’Avila. Pour moi, le mot « religieux » avait quelque chose d’agaçant. Et je la prenais parfois  pour une délurée en face de la mort. Je n’avais pas compris qu’elle était grande en dedans et qu’elle habitait un château dans un taudis tordu.

Elle tenait absolument à ce que je parte avec le livre. Je l’ai fait en me disant que j’allais lui redonner à la prochaine « visite ».

Je me souviens d’avoir essayé de le lire. Je l’ai ouvert maintes fois… Je l’ai abandonné maintes fois… J’étais trop « fermé ». Alors, il dort dans le garage, dans les boîtes de ces trop de livres que l’on garde sans savoir s’il valent la peine. Les livres, parfois, attendent notre maturité.

Elle me l’a prêté.

En fait, je n’ai jamais eu l’occasion de le lui remettre. La vie m’a emmené ailleurs.

La vieille dame est décédée quelques années plus tard. Ce n’était pas un prêt, c’était un don. Mais que fait-on avec un don quand on ne peut le recevoir ?

Elle donnait sans rien demander. Et je suppose que le livre a été inséré dans son âme… Elle n’en avait plus besoin. Passez au suivant…

C’est comme ça qu’on se réveille un jour de longs comas à force de vivre avec des gens qui n’ont pas de vie. Ils n’ont que du bois à vendre. Du bois mort… Du plastique. Rien. Rien de vivant. Du mort en partant.

Elle est revenue aujourd’hui avec cette phrase, ce petit paragraphe… Car la Vie n’est pas enfermée que dans le vaste, mais dans la grandeur de ce que l’on sème en soi. Si petit semble-t-on être! Si humble…

: l’âme humaine comporte un lieu, une Demeure où l’esprit (la mens) peut transcender son existence individuelle. Et 26 cette expérience de transcendance, acquise par l’oraison, prodigue une force qui se répand dans toutes les puissances de l’âme et du corps. Il faut entourer le temple d’une forteresse, il faut pouvoir se défendre. Il fallait y penser, le dire et l’écrire : pour ne pas chuter, pour ne pas ni faillir ni dépérir, il faut être à la fois humble et fort. Il n’y a ici de paradoxe que pour ceux qui confondent vertu et fragilité.

Dans cette ère dite moderne et matérialiste, les structures ont pour objectif de défendre à chacun de « penser » ou de comprendre l’âme humaine. Les sociétés, les méga-structures sont là pour nous fragiliser dans une énorme propagande du bonheur terrestre de par les colossales organisations. Les nouveaux dieux sont des chiffres, des guerres qui règlent des guerres, et un extrémisme de l’individu concentré et construit en un Je enfermé, les yeux plein de boue, dans une vision étroite.

Et si « ne pas se connaître soi-même » était la prison à l’architecture de la soumission?   Tout nous conduit à agir dans une agitation valorisée qui dessine l’esclave que l’on veut au moment où on en a besoin.

En prendre conscience est déjà être un saint parmi la multitude de diables qui se reproduisent sans cesse.

Un moule satanique…

Gaëtan Pelletier

Joyeux sapin!

Sapin animé

 

L’image de l’arbre comme symbole de renouveau de la vie est un thème traditionnel païen qui se retrouve dans le monde antique et médiéval (voir notamment le culte idolâtrique et les nombreuses mythologies liées à l’Arbre du Monde) avant que ce symbole soit assimilé par le christianisme.

Wikipedia

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La parlure des arbres

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Ce matin je suis allé marcher dans la forêt. La forêt a rapetissé parce que  de colossales machines d’acier à grandes gueules broutent   les arbres comme les vaches dévorent les herbes des pâturages, comme les rasoirs cisaillent des barbes des mentons, au point de se demander s’il restera des arbres un jour. Des arbres qui sifflent aux vents et qui répondent aux oiseaux.

Je me suis dit que si « dieu » existe, c’est un arbre, car on ne le voit pas. Il est caché derrière tous les arbres comme se cachent les arbres derrière tous les arbres. Ce  sont des dieux reliés entre eux par des racines invisibles, biscornues, de temps en temps boursouflées  à  en sortir de terre,  qui s’en vont fouiller les sols pour se nourrir avec leurs grandes mains noueuses  et tentaculaires.  Les arbres se respirent entre eux. Ils prennent l’air du vent, l’avalent et, curieusement, ils l’ont fabriqué eux-mêmes en quelque sorte.  Mais pas seuls… Avant, je n’avais pas pensé à ça, parce que pour bien penser il faut « se laisser penser ».  Il  est des arbres  qui , en vieillissant, s’écroulent pour nourrir les autres. Mais ce sont les gros arbres  qui sèchent, pourrissent, qui tombent et écrasent les petits. Victimes de ce qu’ils ont conçu ensemble avec le reste de la nature: le vent. Plus ils sont hauts, plus le vent les touche. Alors, ils tombent pendant que l’on dort.  Comme s’ils craignaient de nous faire peur avec leur propre mort.  Mais je n’en suis pas certain… Les hommes, on les enterre rapidement,   mais les arbres ne s’enterrent pas entre eux. Un arbre ça ne se penche pas, mais quand ça se penche, c’est au ralenti et c’est pour finir dans la terre où il a poussé. Ils vieillissent comme s’ils avaient des os, finissent par être rognés, mollir, plier, puis se transforment en poudre d’arbre. Ce qui en fait de la terre…

Mais il y a des arbres qui parlent:  Il se penche et dit: « Regardez ce qui va vous arriver ». Vous allez fléchir sans réfléchir, car si vous ne réfléchissez pas à votre fléchissement vous allez faire l’erreur de ne pas bouger et voir l’arbre tomber. C’est l’avantage des hommes que de prévoir. Mais quand les hommes ont les pieds tellement ancrés dans les certitudes, ils ne bougent plus.  On dit qu’ils prennent racine.

Quand t’es petit, t’es pas vraiment un arbre; t’es un « arbrion », fluet, mais tu ne t’inquiètes pas trop à savoir si tu vas vivre ou mourir. T’es frêle comme un drapeau d’un pays. Et quand il y a une grande peine, ils descendent le drapeau et vous disent qu’il est en berne. Le drapeau « deuille » pour vous…

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Ça fait des semaines et des semaines  que je vais chaque jour marcher dans la forêt. Au début, je me suis dit qu’il n’y avait rien à apprendre de la forêt parce que c’est comme une matière première à abattre.   Comme les pauvres… Les politiciens lèchent les caméras pour parler des pauvres. Ils ne disent pas qu’ils sont pauvres, ils disent que les pauvres ne veulent pas devenir riches. Mais ça c’est une autre histoire, en même temps que ça n’est pas une autre histoire puisqu’il n’y a pas d’histoire sans que la grenouille, le lombric, le croque-mort, Aristide Morin, Mohamad Saïd Salibi, la truite et les nuages ne soient liés.

Je vous le dis sincèrement, je n’ai jamais eu « d’intentions » en allant passer des heures en forêt à marcher. Je ne me suis pas dit: « Je vais méditer ». Je me suis dit que j’allais faire de l’exercice pour secouer un peu les vieux muscles accrochés aux vieux os. Mais plus j’y allais, plus je revenais en forme,  vers 11h30 et que j’étais vivant comme  à 20 ans , complètement électrisé  sans en comprendre la « raison » . J’ai compris un peu plus tard, à force de marcher et de marcher en regardant des arbres et même la foultitude de petits sapins de Noël qu’il y avait un cadeau en dessous des tout petits sapins qui échappe à la vue des humains. Le cadeau des arbres est de m’avoir fait comprendre que la pauvreté, au fond, c’est de ne se servir que de son cerveau. La pauvreté c’est de ne pas voir l’autre dans son miroir. Comme s’il n’y avait rien d’autre qui avait quelque chose d’intelligent à dire. Aujourd’hui, nous sommes pauvres à n’en plus finir. On est en train de mourir dans une pauvreté planétaire. Comme disait quelqu’un que je ne connais pas très bien: « On pisse dans l’eau que l’on boit ». Si les arbres prenaient notre eau, je pense qu’ils deviendraient malades. Mais il attendent que le ciel leur en envoie. Puis ils s’abreuvent avec leur bouche racine et leurs feuilles et échangent entre eux l’eau qui tombe du ciel. Les humains, eux, en trouvent, la mettent en bouteille et la vendent.

Mais le plus étonnant est que les humains n’ont jamais compris la forêt. Ils ne savent pas qu’un arbre seul ne peut donner une forêt.  Les arbres ne s’arment pas pour détruire les autres arbres. Et ici, au Canada, les arbres ne se demandent pas pourquoi l’érable côtoie le sapin, le bouleau, l’hêtre, le merisier. Les arbres de même « nature » ne se regroupent pas pour combattre les autres arbres.  Les arbres ne disent pas: « Je crois au ciel, même s’ils ont tous les feuilles rivées vers le ciel. Ils ne disent pas, « Je crois aux racines, même si ils ont des branches qui ont l’air de s’incliner pour zieuter le sol pour dire:  » Mes racines sont plus grosses que les tiennes ».

Non!

On a écrit tous les livres du monde avec des arbres, mais les arbres n’ont jamais écrit de livres. On en a fait des maisons, du carton, du papier, du carburant à homo-sapiens, des feux de camp pour chanteurs d’occasion, des sculptures, du sirop, du thé, des canots, des frégates, des cuillères, des arcs et des flèches, et des balançoires pour enfants…  On a fait de la Terre ce qu’on peut faire avec les arbres. Mais, on les a tués… Un arbre mort est utile, mais il ne parle pas.

Les arbres ne se sont jamais dit:  » J’ai tout ce qu’il faut pour fabriquer un arc et des flèches. Il me suffira de me secouer un peu pour faire tomber l’oiseau et lui voler quelques plumes ».

C’est comme ça qu’en marchant ce matin, j’ai croisé, comme presque tous les jours Marie-Perdrix. J’ai la manie de donner des noms aux animaux comme si un être suprême en avait fait quelque chose de singulier. Ils le méritent. Et un à un . Comme « baptisés » dans leur unicité. On donne bien des noms aux chats, alors viva Marie-Perdrix!  Et je me suis dit qu’on devrait vivre comme des arbres. Ainsi, on pourrait marcher fièrement à travers nous sans penser qu’un autre aura des plans bizarres pour nous dire comment  vivre. J’ai dit pour « vivre », mais au fond je devrais dire pour nous faire mourir à petit feu, ou dans une sorte de bûcher économique, pour flamber toutes les Jeanne-d’Arc du monde. Car non seulement ils veulent être un grand arbre, mais avoir toute  la forêt. C’est bête et stupide, car ils utilisent des arbres, leur font la leçon, les instruisent, et brûlent ceux qui semblent ne servir à rien. Puis ils prennent les livres écrits sur des arbres mis en feuillets et font une sorte de propagande pour contrôler les arbres.

Et ce sera comme ça à Noël: on chantera la paix, l’harmonie, on sortira les mouchoirs de papier ( fabriqués avec des arbres), on pleurnichera. Et ça se vendra comme des petits pains de sapins. On se dira qu’on est grands, fils de dieu, qu’on a des émotions et de bonnes banques. Et qu’elles ont remplacé les voleurs de coffre-fort.

Les humains cherchent des systèmes complexes sur l’art de bien vivre. Et les spécialistes-technocrates  sont nombreux  pour vous faire des plans de l’art d’être heureux. Mais au fond, c’est bien simple: il suffit de cultiver des terres, de prendre soin de son voisin comme la prunelle de nos yeux, tout en sachant qu’un jour on ira sous terre,  séchés comme des feuilles d’automne et  qu’on aura nourri quelqu’un.  Il n’existe pas de grands plans pour l’humain. Il y a 7 milliards de dieux, sans compter Marie-Perdrix, des poissons, de la lumière, de l’eau.

À Noël, ne pensez pas donner quelque chose, mais donner quelqu’un: vous. Emballons nous de la Vie!.. Le reste a peu d’importance.

Gaëtan Pelletier

 

Le chat d’Auschwitz

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« Tu sais, Martha, un jour nous  irons pisser sur Mars. Et il aura de l’eau que nous aurons apportée  de la Terre. Nous aurons tout un téléchargement d’armes pour nous protéger, nous défendre. Nous vendrons des armes pour vivre. On fera venir des acheteurs de partout… Martha! Martha! Martha!  

Un énorme vaisseau spatial, en forme de banque, emporta Martha sur une planète lointaine. 

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Le problème avec l’humanité est qu’elle n’a pas d’avenir. Elle en a dans la tête des boursouflés du cerveau, grisés, réglant le sort du monde avec des machines à laver la vaisselle et des gadgets inutiles. Tellement inutiles qu’on meure de faim en regardant des hamburgers volants à la télé. Même dans les pays les plus pauvres.

On fait partie du chiendent et de la tomate, du chat et de la souris. On fait partie des autres qui sont la terre dans laquelle nous poussons. Il y a le ventre de la mère et le ventre social complexe devenu le ventre mondialiste, etc. Nous poussons dans les autres et dans la cendre de l’Histoire. Plus tard, de grands savants vous construirons un « MOI » utile pour eux. Utile pour leurs projets. La souris n’y fera pas partie, comme le sel de la mer, ni le tamia rayé qui rôde en ce moment autour de la maison où j’habite. Ni les étoiles… On a dévié nos regards. Quand on maltraite le moindre insecte, on maltraite toute la vie. Et certains se font des étages de « valeurs » de par leur conception du monde. Mais ces valeurs n’existent pas dans l’Univers. Elles existent dans les visions implantée.

Ce que je possède ou possédera sera mon bonheur. Le futur n’a jamais eu d’avenir puisqu’il y a des siècles on a amélioré la vie de l’Homme  par l’esclavage. Et cet esclavage continue sous une autre forme.  Ce cher esclavage a pour nom travail. Le progrès (sic) consiste à travailler pour quelqu’un d’autre ou quelque chose d’autre sans travailler pour NOUS.

On ne peut pas être soi-disant intelligent et insensible. On ne peut pas inventer et créer davantage de technologie et s’émerveiller si nous ne pouvons nous émerveiller de la Vie.

Il se pourrait alors, qu’à force d’insister, l’Homme finira par créer l’ultime machine qui sera son dieu. Le Dieu de tous les petits dieux de la robotisation et de la fascination de ce qui n’existe pas dans la nature. Nous avons présentement enclenché cette démarche par une fascination dépassant tout entendement. Tel un enfant ébloui par son jeu devant un miroir.

Personne n’est une île. Mais la Terre dans l’Univers – pour le moment- oui. Et nous sommes tous de petits Robinson tentant de survivre à la menace la plus dangereuse: le un en combat contre le nous.  Le communisme n’est pas un système, c’est un état inconscient mal interprété et passé au tamis des société pour tenter d’expliquer cette relation de la vie à la Vie. Du un au nous. Sans différence réelle sauf dans les apparences de parcours.

Nous confondons l’amour qui est un acte réel envers la Vie et le sentimentalisme égotique.  Et c’est la raison pour laquelle les commandants des camps de prisonniers aiment leurs chiens et ne voudraient pour rien au monde les brûler. Oui, dans le courant de l’histoire de l’humanité,  certains en ont mangé. Ils n’avaient pas le choix. Nous avons maintenant le choix de nourrir un chat et la possibilité de nourrir les humains tant du point de vue matériel que spirituel.

Dans notre monde actuel on peut aimer à un point tel la richesse, son bateau, son auto, son chat – que l’on croit posséder-, son pouvoir, au point de brûler au feu de la technologie et d’une économie affolée et ignorante des sources même de sa nécessité.

Il y a des gens bien qui ne brûleraient jamais leur bateau de croisière ou leur chien. Mais il n’est pas certain que si l’esclave est lointain, dans un pays loin de chez-vous, il n’aura aucun remord à choisir.

On ne peut être en vie et choisir de ne pas cultiver la Vie. Mais aujourd’hui on le peut. Comme on prend soin d’un moteur de tondeuse… Voire de la couleur de la tondeuse.

On est un bon gars quand on ne brûle pas les chats…

Gaëtan Pelletier

juillet 2015

La guérilla atrophiée

Guerre

Petit homme mécanique, hors-logé, trafiqué, brigandé par la race des saigneurs, où vas-tu?

Dans le silence fébrilisé, la danse sarcastique et le sang-pétrole, tu givres, mou comme un brin d’herbe noyé.

Homme délumiéré.

Ombragé de la voix. Aveugle et déambulant avec la canne blanche des États.

Tu pleures comme pleurent tous les enfants cherchant leurs parents.

Et dans la pénombre circulaire, d’une société bicyclette-stationnaire, tu peines et tu peines, parfois bien vêtu, des neurones, mais nu de la vérité.

Déparadisiqué, tronqué, flambé, toi, la merveille des merveilles du monde!

Te voilà à zéro.

Le progrès, cette machine à voyager dans le temps,  à travers les grands férus des savoirs inutile, des becs à ongles d’acier, que tu paies pour te faire tuer, le progrès te ramène à l’ère des cavernes.

Menottés de tes frissons. Tu crois! Tu crois croître! Mais tu croupis, t’accroupis, petite île ou petite elle dans son Pacifique océan virtuel.

La guerre! La guerre! La guerre!

Elle a avalé des millions d’enfants…

Où vas-tu? Petit homme…

Au pas des GPS tronqués…

Que la machine est belle!

La tuerie de toute beauté!

On te vend de la colle à lambeaux chaque jour…

Guérira, guérira pas? Guérilla, guérilla pas…

Gaëtan Pelletier

15 mais 2013-05-15