Archives de Tag: littérature

La maison


C’était une maison de mille montres
Une maison de mille horloges

C’était une maison toute illuminée
Et les yeux étaient comme des fenêtres…

C’était une maison qui pouvait danser
On y entendait des airs intérieurs…
De l’extérieur…

C’était une maison qui pleurait
Et de ses fenêtres coulaient
La pluie…

C’était comme un grand sablier rose
De sable habité
Qui coulait parfois en jours moroses

C’était la maison d’un seul invité…
L’âme…

C’était un corps…
Qui est encore…
Et qui s’en ira
Quand s’en iront
Toutes les roses horloges
Qui le font, le logent….

Gaëtan Pelletier

Carottes

 

Bio, Carottes, Légumes, Alimentation, Jus De Carotte

Photo: Pixabay

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Quand j’étais enfant, je prenais des bains de lumière : le matin, l’après-midi, et le soir en flirtant avec les étoiles. Je les regardais sans qu’un seul point d’interrogation ne me pousse dans la tête. J’étais vierge comme une feuille d’imprimante. Et je délogeais toutes les saveurs de la vie cachée sans en vouloir comprendre le sens. J’étais la vie. Et l’autre qui se présentait était en moi et moi en elle. Tel que nous le sommes tous, sans le savoir, trop noyés de points d’interrogation. Les oiseaux étaient des violons volants qui passaient portés par des airs que l’on respire tant qu’on peut s’en nourrir pour une vie.

Qui donc a coupé ce cordon si beau et mystérieux?

La féerie, jamais ne dormait. Juste avant que n’arrive les cloisons empoisonnantes. Les arbres se sont transformés et on aurait dit qu’un hiver était entré en moi. Un hiver sans feuilles. Alors, j’écrivis pour refaire les feuilles, tout en gelures du savoir être perdu. Ce n’était plus douceurs, mais frémissements de peur. Le savoir des Hommes n’étaient que trop souvent légendes dans lesquelles ils s’embourbaient. J’ai appris le grand cimetière des guerres  et l’emmêlure des os sur lesquels je dansais.

C’est le printemps. Et voilà les pousses si tièdes qui sortent, étouffées d’avoir dormi sous la terre glacée. Et je retourne semer ce qui s’est perdu. Entre terre et ciel, de par le soleil qui se fait grand ami, l’enfance revient un peu. Il me reste quelques points d’interrogation. Quelques uns. Je me demande pourquoi les hommes ne plantent-ils pas des pois et des carottes, du navet ? Pourquoi dorment-ils dans des chalets de cinquante étages rêvant au petit jardin qui les attend, au loin, dans la campagne?

J’ai à peine l’œil pour voir la graine de la carotte. Peu importe. J’en échappe sept ou huit. Alors il en poussera. J’ai appris à faire confiance en ce que je ne vois pas. Et j’arrose l’invisible.

    Gaëtan Pelletier, 18 mai 2020

Reproduction interdite

La musique invisible

 

La nuit est une noire
Le jour est une blanche
Et chacun joue de son instrument
Avant, pour comprendre le souffle perdu
De l’après…
 
Entre
Temps
 
Le charme des fleurs sont des aiguilles parfumées, qui meurent et qui meurent trop vite pour  en comprendre la beauté.
Les fleurs font peur.
La beauté arrivée, aussitôt nous quitte, et nous voilà alarmés.
 
La blanche est dans le ciel, sans portée. En nuées flottantes, en colères d’éclairs et de tonnerres. La vie a une odeur de pluie pendant que la tristesse est la vallée de la joie.
 
La nuit est une noire
Le jour est une blanche
 
Vous êtes un jazz ou une mélopée.
Une chanson d’amour.
 
Je suis en adoration devant le sifflement du vent qui fouette les feuilles, les clapotis des notes imprévisibles sur les toits, et les pleurs des maisons qui coulent aux yeux des gouttières.
 
La nuit est une noire
Le jour est une blanche
 
Il faut des yeux d’aveugles pour voir, et des sourds pour entendre des yeux.
La nature est un livre en braille, un livre en pleurs, un livre à la joie…
Hymnotisant!
 
 
 
 
 
 
La flûte enchantée, Mozart. On dirait un sourire et quatre yeux… 
 
Gaëtan Pelletier
03 septembre 2012

Courtepointe

Il nous faudrait des yeux
Plus grands que nos corps
Des yeux creux jusqu’à l’âme
Des yeux pour pouvant sourdre 
L’aveugle indifférence

Il nous faudrait tricoter
Des bas de laine jusqu’aux peines
Les souffrances des autres
Au froid qui nous enterre
Sous nos avoirs si fiers 

Il nous faudrait une prière
Sans mots que les regards
Sans cérémonie, sans déni
Sans dieux préfabriqués 
Un monde empli de chaleur
Un frisson de lumière
Une parlure d’éclair: 
 
«Je suis celui qui suis»
«Tu es celui qui est»

Et notre monde serait de paix
Maillé à  l’endroit et l’envers
À toutes les couleurs, cousues
Dans une doublure d’amours 

Gaëtan Pelletier
5 janvier 2009

La petite histoire de l’hyper lapin

Description de cette image, également commentée ci-après

Oryctolagus 

Après avoir couru après la richesse pendant des millénaires, l’homo cannibalus de planète, se trouva à court de victuailles. Ayant rayé de la carte la plupart des animaux sauvages de la planète, vers 2073, un savant eut l’idée de créer en laboratoire un lapin géant afin de subvenir aux besoins des riches. Les pattes et les viscères seraient transformées en une sorte de boudin pour les pauvres.

Le premier pouvait atteindre 5 mètres de haut et fournir autant de chair qu’un orignal. Voyant qu’ils broutaient énormément d’herbes, d’autres scientifiques créèrent  une verdure,  elle aussi géante,  pouvant  nourrir l’animal: la romaine californienne.

La vache disparut quasiment du paysage bucolique pour faire place à ces Lagomorphes géants.

Les 9,3 milliards d’habitants de la planète  respirèrent: la famine cessa sur presque tous les continents. Les Chinois en firent une copie encore plus grosse, ce  qui exacerba les relations Chine-États-Unis. Le Rabbit-Apple fut détrôné par l’ingéniosité des scientifiques chinois qui, grâce à leurs prix bien en deçà de ceux des étasuniens,  purent racheter pratiquement tout le troupeau planétaire. Le Qi-Tuzi devint la nourriture principale d’une planète dont l’air raréfié était maintenant bouffé par les hordes de lapins qui s’échappèrent des enclos d’élevage.

L’homme ne pouvant plus subvenir aux besoins de la bête, les lapins mutèrent d’une étrange façon: lents, presque patauds au début, ils apprirent à utiliser leurs pattes arrière avec grande agilité et vitesse en multipliant simplement les mouvements et à les rythmer. Et, privés de nourriture, ils découvrirent un insecte bizarre qui conduisait un VUS. Suivant les autoroutes les lapins virent qu’il y avait de la nourriture en abondance en autant qu’ils tapent sur le toit de leur habitat métallique fragilisé par les constructeurs radins. Il en sortait de la nourriture à volonté.

Les lapins apprirent à ce moment-là qu’une laitue pouvait courir. Mais bien moins vite qu’eux.

Gaëtan Pelletier

© gp,lavidure.05 mars 2020

La putain à roulettes

C’était un soir en février 2048 et notre homme, en manque, commanda une pizza et six bières.

Il sortit de son placard une poupée d’amour avec qui il entreprit une relation sexuelle. Elle était quasiment réelle et satisfaisait non seulement toutes ses demandes mais devinait d’avance ce qu’il désirait, la poupée étant reliée à un algorithme fin finaud (sic) détectait de par sa peau maintenant nue tout ce dont il avait envie. Le nouveau modèle avait même la capacité de se transformer visage et corps en une cinquantaine de vedettes du grand écran passé ou futur. Au moment où s’imaginait faire l’amour avec Marilyn, la poupée changeait de forme et chantait la chanson pour le célèbre président. Même les torsions de son corps allaient de pair avec ses désirs au moment précis où une pensée jaillissait de son esprit.

Notre homme était dans tous ses ébats pendant que la pizza cuisait dans le four. Il testait sa nouvelle poupée. Il faisait exprès de passer d’un fantasme à l’autre pour bien voir si elle réagissait au dixième de seconde.  Et lorsque qu’il sentit monter en lui le sperme qui allait le faire éjaculer. La poupée s’éteignit, prit un format cubique et se transforma en valise quittant rapidement l’appartement sur ses roulettes.

« Votre abonnement est terminé. Veuillez contacter votre vendeur.  »

Essoufflé, il chercha son portefeuille pour insérer la carte qui pouvait faire revenir la poupée électronique, mais il constata que son portefeuille avait été vidé de toutes ses cartes de crédit.

Il décida de se rhabiller.

Il n’avait plus de vêtements… La poupée ayant tout emporté.

© Gaëtan Pelletier

La ruée vers la glace

Pour se venger de l’homme et de ses abus, la nature nous a envoyé un tueur : la chaleur. Quand je suis allé me baigner, les poissons suaient dans l’eau. L’eau était si basse dans la rivière que les poissons se tenaient au fond de peur de manquer d’eau. Comme les humains.

Comme dans le film d’Aki Kaurismäki, J’ai engagé un tueur, la chaleur nous a poursuivis pendant tout l’été. Les pelouses ont rendu l’âme. Elles étaient jaune chinois. La pelouse du voisin a rendu l’âme. Elle est morte devant nos yeux. Elle ne pouvait pas mourir devant nos oreilles. On n’entend pas les pelouses mourir. Ni les arbres.

-Il fait tellement chaud que je m’habillerais Adam.

-Encore.

Pour le vélo, on a pédalé à l’intérieur de la maison,  quasiment au frais. J’ai attendu l’automne comme on attend une princesse au coin d’une rue. Elle est venue avec ses vêtements tout trempés.

« Tu reviendras l’été prochain. Je te jure que tu vas sécher. »

Et la princesse fit demi-tour, se transforma en neige un peu plus tard.

Le soleil s’était mué  en une arme infernale.  Dès que l’on mettait le nez, la bouche, la joue, la jambe dehors,  le calorifère cosmique nous ramenait à l’intérieur en courant. On faisait nos courses dans l’air conditionné des super marchés. Ils fabriquent du « petit air du nord » à la machine.  Dans 30 ans, peut-être qu’un descendant des Chaplin fera un film : La ruée vers la glace

On ne s’en fait pas trop. On s’est dit que si nous pouvons aller sur la lune, nous pouvons aller quelque part ou la l’homme peut leurrer la truite. Avant, on était poisson. Maintenant on coure les rivières. Elles arrivent avec des programmes sociaux, des promesses, … pour leurre… rien d’autre.

Un temps fera son temps.

Et les fourmis, bien au sec,  s’empressèrent d’investir les armoire, courant sur le plancher pour s’évader. On grimpait sur les chaises. Nonnnnnnnnnnnnnn!

— Nous avons peur des fourmis, mais pas des centrales nucléaires, ni des bombes. C’est curieux?

– C’est l’été, mon amour! Et l’été c’est beau.

– Mais il fait tellement chaud qu’on ne peut plus aller dehors.

– On ira l’hiver prochain.

Et il neigea à travers la fenêtre.

« Dire qu’on a sucé des glaçons pendant tout l’été ».

Gaëtan Pelletier

Pour tous les silences

Il avait son petit appartement (de plus en plus minuscule au fil des ans) et n’avait conservé que le peu dont il avait besoin. Table de billard, piscine, ordinateur, cinéma maison, roulotte avaient disparu et tous ceux qui aimaient le voir entouré d’objets ne venaient plus et ne téléphonaient plus.

C’est ainsi, qu’une vie durant, il avait dû renouveler sans cesse l’intérêt des autres à son égard et qu’au fil du temps il fut envahi par tous les objets témoins de ces amitiés éphémères. Puis, peu à peu, plus aucun ne l’a fait sourire: ni la roulotte, ni non plus ce vieil ami dont il était sans nouvelles depuis ces fameuses vacances qui n’eurent pas lieu car son fils lui avait demandé la roulotte la veille de leur départ.

Non ça n’allait pas… Il avait besoin que quelqu’un remplace la moustiquaire brisée de la porte-patio de son appartement.

L’ouvrier spécialisé lui avait dit: « Tout est trop vieux, achetez une porte neuve »! L’artisan lui avait dit: « Je n’ai pas le temps.  C’est pourtant facile à faire, même un imbécile peut le faire »! Son garçon lui avait dit: « Mais t’as pas besoin d’une moustiquaire »!  Il les a écoutés.  Après tout, puisqu’il ne souhaitait pas tomber en disgrâce aux yeux de tous, vieux et sans objets, il se devait de les laisser se montrer de bon conseil, même si cela ne lui était d’aucune aide.

Eux racontent qu’il n’a plus toute sa tête, car il est obsédé par la moustiquaire de sa porte-patio. Vous n’en croyez rien? Interrogez son fils qui lui rend occasionnellement visite…

moustiquaire4

« Eh bien il faut voir que depuis trois années, chaque fois que je vais le voir, il est question de cette sapristi moustiquaire! A force, tous ont hâte qu’il se retrouve dans une maison pour personnes âgées et qu’il cesse de lasser tout le monde avec cette moustiquaire. Cela devient pénible pour les autres! On dirait un enfant qui ne sait rien faire et qui voudrait tout avoir… mais qui a besoin des autres évidemment! Que voulez-vous, ça n’ira pas en s’améliorant! Pour l’instant il se débrouille car il peut aller à la banque, mais viendra le jour où je serai obligé de me charger de ses avoirs! Je m’y prépare mentalement. »

« Tiens il me téléphone justement »!

« Quoi? … venir manger chez toi samedi prochain? Bien non vois-tu… je te rappelle que je travaille toute la semaine moi! Lorsque le samedi arrive, je dois aller faire les emplettes et le soir venu j’ai absolument besoin de détente et de musique! D’ailleurs c’est ce que vivent tous ceux qui sont dans ma situation. Nous n’avons plus aucun temps à nous. Tu comprends j’en suis certain!

« Ah oui ce Noël nous partons en vacances dans le sud avec des amis. Je préfère t’en aviser longtemps à l’avance pour éviter que tu ne t’y prennes à la dernière minute pour trouver un endroit où aller réveillonner. Ça ne se fait pas, te laisser seul à Noël. Tu me connais: j’ai le coeur tendre! 

Quoi?  je suis fils unique? Ecoute crois-tu que je peux l’oublier puisque c’est moi qui doit tout faire pour toi »!

« Ah oui au fait, pendant que j’y suis, j’irai chez toi cette semaine pour te faire signer l’endossement de l’hypothèque du condo que j’achète. Essaie d’être là car je dois finaliser tout ça avec la banque. Quoi? écoute as-tu compris ce que je viens de dire? Evidemment que je n’aurai pas le temps de prendre le repas avec toi ce jour-là non plus. Il faudra remettre ça. Toi tu as des horaires flexibles, mais moi pas. Je sais bien que tu dois t’ennuyer. Il n’y a personne de ton âge dans ton entourage. J’y pense… n’en doute même pas! Je me dis souvent que je serais tranquille si je te savais entouré. Tu sais c’est facile: on fait tout disparaître chez toi en vendant ou en donnant à des oeuvres tout ce qui ne te sera plus utile (je conserverai pour toi les objets de valeur) et tu pourras te la couler douce dans une résidence pour personnes âgées.  Là-bas tu auras tout, mais alors tout ce qu’il te faut!

« Et le plus beau c’est que tu n’auras plus besoin de penser à ta moustiquaire car je te l’accorde, depuis trois ans qu’elle est éventrée, nous avons l’air de vivre à la mendicité. Je sais que tu es fier, moi aussi d’ailleurs, donc ça ne va pas. Attends j’ai quelqu’un sur une autre ligne, je te reviens. Oui? non non j’arrive bientôt. Je consolais mon père qui a toujours cet énorme problème de moustiquaire éventrée qui le détruit peu à peu. Je sais .. je suis sensible que veux-tu. Après tout c’est mon père! Oui d’accord je le lui dirai. »

« C’était Robert. Il m’a demandé de te dire de ne pas t’en faire parce qu’il y a des gens qui vivent bien pire situation. Prends les prisonniers… qu’il m’a dit: eux seraient heureux d’avoir une moustiquaire à la porte, même éventrée! C’est comme ça! On n’a pas tout ce qu’on veut dans la vie. C’est bien dommage d’ailleurs parce que moi aussi, si j’avais tout ce que je veux, je n’aurais plus besoin de toi pour l’hypothèque. »

« Bon allez. Prends soin de toi. Garde le moral. Tu disais? Ecoute je n’ai pas le temps de discuter. Une prochaine fois. Allez à bientôt. »

« J’espère qu’il ne se mettra pas en tête d’engager des frais exorbitants pour faire changer toute la porte-patio. L’hiver arrive. Ce serait une dépense insensée. Mais voilà, c’est ce que je dois craindre sans cesse de sa part, car il vieillit et n’a décidément plus toute sa tête. »

« Nous sommes différents, car moi, lorsque je serai vieux, je ne ferai pas tourner les autres en bourrique.  Je donnerai tout mon argent à mes enfants et j’irai vivre dans une maison pour personnes âgées et découragées. Je suis sûr que je pourrai leur remonter le moral. »

Que voulez-vous, la vie est injuste. Tu travailles toute ta vie et un jour ton existence fait chier les autres. Je sais bien… on peut jouer les forts et même les insouciants quand on a suffisamment de pognon et de ruse pour les tenir en respect, mais ils demeurent tout de même aux abois. A croire qu’en vivant longtemps on développe une aura qui rend les autres agressifs!

moustiquaire

Cette nuit-là, il faisait très chaud. Il n’avait plus de climatiseur. Son fils l’en avait débarrassé il y a trois étés de cela, lorsqu’il avait dû être hospitalisé d’urgence pour une appendicite. Lorsque l’hôpital avait rejoint son fils pour lui apprendre que son père était entré d’urgence à l’hôpital, celui-ci avait eu peur que des voleurs ne s’introduisent dans son appartement par la fenêtre où était situé le climatiseur et ne dérobent les objets de valeur.  Il les avaient donc tous emportés avec le climatiseur, afin de les mettre à l’abri.

Depuis ce temps, il n’y a plus que la porte-moustiquaire éventrée lorsqu’il fait chaud, comme cette nuit-là…  Mais il se gratte toute la nuit (les moustiques que voulez-vous) et il doit chasser les mouches toute la journée. On pourrait croire que ça l’occupe, mais avec l’âge il devient de plus en plus morose et se fatigue de tout.

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Que n’avait-il plus d’outils, tous donnés à son fils qui lui avait vanté les joies du bricolage, ni d’escabeau que celui-ci lui avait emprunté de façon définitive car il disait craindre qu’il fasse une chute. « Réfléchis: Je ne pourrai pas prendre soin de toi si tu te casses les deux jambes! Je ne peux pas continuellement être aux petits soins avec toi.  J’ai bien d’autres choses à faire! »

Cette nuit-là, il s’est levé et s’est dirigé vers la porte-moustiquaire, là où il y avait le trou béant, témoin de sa folie. Il décida de supprimer l’objet du litige entre lui et son fils, entre les attentes et les besoins maudits. Il s’élança dans la moustiquaire pour qu’elle cède enfin:  un premier geste vers la raison des autres!  L’état dans lequel elle se trouvait avait fait taire toute dignité en lui et avait accentué l’emprise du monde extérieur sur sa vie:  un monde sur lequel la seule ouverture que cette moustiquaire lui permettait d’avoir était depuis trop longtemps source de conflits.

L’été où il avait été hospitalisé, il n’avait pas protesté auprès de son fils du fait qu’aucun voleur n’aurait pu s’introduire chez lui par la fenêtre où se trouvait le climatiseur, puisqu’il demeurait au cinquième étage. Il se doutait qu’il l’aurait mal pris.

ELYAN

 

Le réveil-oiseau

Enfants à flute

Je rêve de redevenir vieux et tranquille. Ridé comme un océan, mais l’esprit lisse comme un enfant qui joue de la flûte sans rêver d’être Mozart et enchanté.

Et j’y travaille, tout paresseux, et c’est bien ainsi. Hier, dans le jardin, les oiseaux cherchaient des vers comme des poètes affamés. Je les louchait, en souriant, parce qui donc aujourd’hui s’attarde aux oiseaux?   Les enfants vont sur le net pour les voir…

Les oiseaux poussent dans les arbres. Mon voisin a tellement d’arbres que le terrain sur lequel nous habitons est une sorte de banlieue. J’étais assis, au petit coin d’ombre, sur la marche que j’ai poli dix fois, toute égratignée. Un peu à l’image du monde: plus il en passe, plus il est éraflé.

En ce moment, la Terre a l’aire d’une tête de juive conduite dans un camp de concentration. On fera des tapis avec le poil!. J’ai vu tous les écrits savant du net. Enfin! Pas tous. Mais comme ils sont gémellaires, on finit par rendre sa lassitude et soupirer.

Je reviens aux oiseaux… Une fois le jardin arrosé, dans les minimes crevasses, dans les creux en bols, ils y ont trouvé une piscine. Je ne sais pas qui j’ai pu rendre heureux en ce monde, mais les oiseaux avaient l’air de se farcir de ce festin d’eau. Ils batifolaient, s’ébattaient, et dans cette belle frétillance, un mouvement si rapide, en ressortait une sorte d’aura d’eau Eldorado. L’eau est un trésor… Et nous sommes constitués d’au moins 70% d’eau. On peut donc servir à la fracturation du gaz de schiste…

Les oiseaux me reviennent.

Ce que je déteste des oiseaux est de les voir lever la tête et demander au ciel où se trouvent les vers, les graines, les pailles, alors que nous il nous faut calculer, embaucher une firme d’ingénieurs, la tête haute, casqués.

Le réveille-oiseau

oiseau

De temps en temps, j’écris la nuit. Les oiseaux me réveillent… Quand ils commencent à chanter, la fenêtre est ouverte, l’air entre, le rideau fait des flaques sonores sur l’encadrement. Les oiseaux me réveillent pour me dire que le temps d’écrire est terminé.

J’enlève mes ailes et je m’en vais sur mon oreiller sans plumes. Le petit cadran volant me dit d’aller au lit-nid.

« Dieu » leur a implanté une sorte d’instrument à vent dans la gorge… Je ne sais. Ils se parlent entre eux dans la forêt. Je me souviens d’un jour en Abitibi où je travaillais l’été et que le soir, après le travail, je sortais pour écouter les oiseaux.

Peu importe où ils meurent, leur génie est de transmettre le même langage pratique à travers les âges. Et c’est la raison pour laquelle ils sont toujours là.

Tandis que nous… On ne sait pas.

Gaëtan Pelletier

24 juillet 2013

P.S.: C’était écrit: « Entrez le titre ici ». Alors, entrez-le avant que quelqu’un le fasse pour vous.

Je dédie ce petit billet à mon cousin Jeannot qui nourrissait les oiseaux, tirait des érables l’eau à faire le sirop, fabriquait des escaliers et cultivait l’amour comme si c’était la nourriture la plus important du monde.  Également à mon frère Jacques, bien tatoué, révoltés, de temps en temps drogué, comme s’il voulait voler…

Tout cela pour dire que les morts peuvent nourrir les vivants, et que les vivants peuvent nous apprendre que vivre dans la simplicité est transmettre un message simple.

Twit

© Gaëtan Pelletier 

Les virtuoses du silence

Il en est passé
Des horloges sous les ponts
Qui coulaient qui coulaient
Mais toujours en rond

Un jour, le temps fut mort
Un jour, le temps se mit à parler
Et j’entendis, et je vis des heures
Des horloges sous les ponts, des douleurs

Pareilles aux miennes, pareilles
Et de mon âme je vis le chemin de mes hier
Les larmes du monde se faire rivière
Pareilles aux miennes, pareilles

Le UN sans mourir, revécut du deux
Et du trois, puis de l’infini grand ouvert
Leur bonheur avait franchi la rivière
Jusqu’à la mer , au delà du UN, plus d’un deux

Les musiciens m’apparurent enfermés
Dans des oreilles de quatre murs
Chambrés, chanterelle, sans violon
Qu’un cœur de bois, ciselé et dur

Puis je devins un violon, quatre sons
Quatre touchers, mille couplets accouplés
Pareilles aux miens, pareils
Le chant avait grandit, d’un infini doigté

C’est comme ça, tout comme ça
Que l’on peut toucher les yeux fermés
Les douleurs et les bonheurs pareils
Aux siens, à jouer de la Vie, tout éveil

Depuis, je ne peux plus regarder devant
Sans voir les alentours et l’amour
Les haines et les guerres, sol ou do
Les violons solo jouer leur muet menuet

Les virtuoses du silence, n’écoutent rien
La vie va comme un chant, chacun une note
Les virtuoses du silence, virtuoses de l’absence
Ne savent lire, peureux, que la portée des silences

© Gaëtan Pelletier
31 décembre 2008