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Le siècle des noirceurs

L’homme vitrine

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La langue de l’amour est morte. Et dans la fébrilité inconsciente de la chair aux enchères, la pauvreté de plastique, de gadgets, d’immolation continue, la vie est une sorte de terre cuite derrière une vitrine astiquée où tous les pantins sont à vendre pour un job.

Les cerveaux sont moulés.

Usinés.

Pas plus « profonde » et monocolore qu’une Ford-T sociale. Machinés. À la chaîne. Figés.

« Vos enfants sont les enfants de la Vie », disait Khalil Gibran. Ils sont maintenant les enfant des états. Ils sont peut-être si affamés de leur BIG MOI qu’ils vendent leur cerveaux aux états. Fiers à bras, fiers à neurones.

Notre petit penseur ne sait pas qu’il est pensé. Il est ciselé aux doctrines martelées incessamment, abonné à tout le frelaté qu’il avale chaque jour. Il est pourrissant, mais vivant. Soutenu par les « spécialistes », cette horde de zombies calcinés au savoir scientifique, vendeurs de salades mondialistes.

Imbriqué dans toutes les formes de contrôles numérisés, se débattant dans le grand filet des technologies, – à la fois s’y baignant de plaisir -, sans savoir nager dans l’océan de la Vie.

Le petit simiesque est « écoutatif ». On ne lui parle pas de réalité, ni d’Histoire, ni de philosophie, pour décoder l’image du monde, de sa venue sur Terre, de son essence.

Plus de passé, un présent contaminé par la destruction du passage des autres, des sociétés, des guerres, etc. Non. Notre nature est désormais d’être un fonctionnaire aux mains javellisées qui a «  une vision du futur ».  On a barbouillé l’image de la trajectoire de l’humanité, caviardé le passé, embrumé le présent. Il ne reste que le futur incertain mais prometteur par la chimie des nouvelles molécules et l’espoir de trouver de l’eau sur Mars alors que l’Afrique en manque.

Il n’est plus inspiré… Il est respiré jusqu’à son dernier souffle. Déryhtmé. Sa vision est celle d’un aveugle guidé par des chiens.

Détêté. Le dépoisson… Issu de l’eau, on lui bouffe la tête pour qu’il ne se serve plus de la structure cachée et lumineuse de son entièreté liée à la  grandeur des ondes vibratoires camouflée sous ce montage de chair.

C’est maintenant une machine, un montage plastique.

Pourvu qu’il serve!

C’est sans doute le plus étrange des nègres concocté par le besoin fourbe et matérialiste des fabulateurs à formules répétitives.

Quand on a vendu son corps, on a vendu son âme. Nous sommes dans une ère de décapités à coups de sabres roses. À coups de discours aux phrasés des langues de lames aiguisées de leur spécialité.

La vente de « certitudes » des corporations est maintenant une sorte de monoxyde de carbone hypnotique mais vraiment efficace.

Nous vivons de la mort du vivant. Les plantes, les forêts, les terres, les pays, les « idées ».

La Vie est une vente de feu…

Allumez! avant d’éteindre…

Gaëtan Pelletier

Les otages

la nef des fous

La nef des fous: Jérôme Bosch

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La vie est devenu un enfer social. Il en est qui se couchent tôt pour avoir du temps libres entre 5h du matin et l’heure de l’entrée au travail. Ils se mettent à courir comme des fous pour éteindre le stress du travail. Et plus tard, quand ils auront attrapé un petit coup de vieux, ils se mettront obligatoirement aux pilules.  Ils s’habillent comme les lys des champs. Et c’est là leur richesse. Alors qu’ils n’ont plus de temps « libre ». N’avoir plus de temps libre, c’est être esclave. La propagande a réussi à robotiser la nature humaine. Ce serait là le progrès.

Sorte d’intoxication à l’ambition. C’est une norme que de se détruire dans le travail, les contraintes, les misères dans la foi que le « monde va mal ». Certes, il va mal. Mais il ne va pas mal à cause du cuisinier, du soudeur, du menuisier… Il va mal par ceux qui entretiennent les guerres, l’austérité, les paradis fiscaux, et le reste…

Mais on vous rend coupable de ce « monde qui va mal ». Mais vous y croyez. Mais vous vous dites athées.  On a « organisé » le monde pour que les autos finissent par réclamer de l’asphalte et des ponts. Jusqu’à couvrir la terre de ce qui peut permettre à l’humain de se nourrir.

On vendra des armes pour vivre, car ceux qui meurent sont si loin qu’on se fout bien de qui on tue pour le pain sur la table.

Courez pour être en santé dans une monde où la nourriture est devenue un poison caché.

Quand on n’est pas prisonnier – et plusieurs le sont – on est otages. Nous fermons nos gueules comme ces femmes violées.

Nous sommes en fait violés et silencieux…

Bienvenue dans l’hypocrisie sociale des pays qui n’existent plus, des valeurs qui n’existent plus, sauf celui d’avoir un peu en rêvant parfois d’avoir plus ou beaucoup afin de faire partie des heureux bourreaux.

GP

La propagande chirurgicale du massacre des bisons

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« La dictature parfaite aurait les apparences de la démocratie. Une prison sans murs dont les prisonniers ne songeraient pas à s’évader. Un système où, grâce à la consommation et au divertissement, les esclaves auraient l’amour de leur servitude. » A. Huxley

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Bizarrement, les producteurs d’armes, les plus grands, voient revenir les victimes de leur réussite économique (SIC). On se plaindra, on érigera des barbelés, puis on augmentera la production d’armes pour régler le con-flit. 

Il serait sans doute plus payant de fermer les usines d’armement, supposément CRÉATRICES D’EMPLOIS, et ensuite « financer » la réception des migrants.

La misère passée et actuelle, – encore plus flagrante -, repose sur des raisonnements hypocrites, supportés par des assassins qui se donnent bonne conscience.

Au fond, nous sommes tous victimes d’une dictature planétaire sur fond de « réussite sociale » dans les pays dits développés qui développent de plus en plus d’armes sophistiquées ou barbares. Tuer l’autre, c’est se tuer également, puisque nous somme un particules éphémères d’un Tout.

 

Nous sommes ces bisons soumis à une machine infernale de propagande chirurgicale quotidienne, noyés dans des nouvelles et les pubs .

Nous sommes les amérindiens planétaire, décultivés, dépossédés dans une « culture » fondue.

L’important, c’est de fondre la beauté  en une insignifiante monoculture.

Il n’existe plus de réels travailleurs, seulement des dépendants aux énormes conglomérats qui sautillent de pays en pays pour la main-d’oeuvre au prix le plus bas possible.

On est menés par des sauterelles qui ont transformé tout avoir en mode virtuel et même les « races », les singularités, les couleurs de ce que la VIE avait créé et continue de crée.

Je ne suis pas Charlie, je suis bison. Et tout le monde est un bison qui coure devant une machine pour ne pas se faire écraser.

Plus on coure vite, plus l’argent s’en va vers la machine.

Gaëtan Pelletier 

 

My dinner with Andre… We are Bored…

Toujours d’actualité… 1981. Louis Malle.

La balle et la bête

 

 

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<p>Antoine D’Agata/Magnum Photos<br />
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Faire l’amour pour faire des soldats 

Sculptés aux folies des États 

Des délirés en mission du trépas 

Aux pas et aux pas, la vieille finesse guerrière 

Les balles s’avalent, faites pour trouer les chairs 

Ils déchirent des maisons, des lits, des amours 

Des pays étrangers, qui étrangent les amours 

Pour un temps qui devient un toujours 

L’argent pousse dans des rivières de sang 

Des enfants oubliés au coin des quatre temps 

La musique est si belle en pétarades giclées

Vas-y petit éternel!

Tu ne mourras pas dans le lit qui t’a sculpté 

Faire l’amour pour faire des soldats 

Comme on pétrit des petits pains pour les États 

Enrobés de la fièvres des Goebbels nouveaux-nés 

Dégrise tes neurones au javel des doutes 

Accroché comme un pleurote 

Aux girouettes humides qui secouent leurs étoiles 

Agrippées au décorum

Comme un bonbon givré et sucré

Faire l’amour pour faire des enfants

Des tueurs à gants blancs

Des chiffrés charcutés

Fiers avant, et après bien roulant

Dans des fauteuils d’éclopés

Faire l’amour pour faire des parents

Pour faire des parents qui feront des enfants…

Un cercle vicieux de cent mille ans… 

D’or et navrant 

Gaëtan Pelletier 

Janvier 2015 

 

Susan George : « Le pouvoir des transnationales, illégitime et non élu, veut en finir avec la démocratie »

Lucie Fougeron, Cyprien Boganda, Dominique Sicot

Dans l’Humanité Dimanche. « Nous sommes cernés. » Ainsi débute le nouvel ouvrage de Susan George, les Usurpateurs. Comment les entreprises transnationales prennent le pouvoir. Fidèle à la méthode du dévoilement qu’elle éprouve depuis son premier livre,Comment meurt l’autre moitié du monde, ce 17e opus pose la question de la légitimité des détenteurs du pouvoir dans la mondialisation, en montrant les rouages de l’émergence d’une « autorité illégitime » qui s’ingère dans les affaires internationales grâce à des moyens impressionnants. Présidente d’honneur d’ATTAC France et présidente du conseil du Transnational Institute, poursuivant son combat contre la mondialisation capitaliste, elle met au jour la cohorte d’individus et d’entreprises mus par leurs seuls intérêts, et qui, s’immisçant dans les traités de libre-échange, se substituent à l’autorité issue du fonctionnement démocratique. Entretien.

HD. Dans votre ouvrage Les Usurpateurs, vous vous qualifiez de « chercheur militant », quel sens cela a-t-il pour vous ?

Susan George : Les chercheurs en sciences sociales sont nécessairement de parti pris du fait de leur champ d’études. En outre, j’ai toujours été de ceux qui étudient le pouvoir. Dans mon premier livre (Comment meurt l’autre moitié du monde, 1976 – NDLR), je donnais un conseil : n’étudiez pas les pauvres, ils savent déjà ce qui ne va pas pour eux. Mais si vous voulez les aider, travaillez sur ceux qui les maintiennent dans cette situation. C’est ce que je m’efforce de faire.

HD. Vous écrivez : « Nous sommes minoritaires ? Tant mieux ! » Pourquoi cela ?

Susan George : Ce sont toujours les minorités qui ont les bonnes idées, et souvent il faut un temps très long pour que d’autres prennent conscience de cette idée, puis s’engagent, ou tout au moins ne s’y opposent plus.

HD. C’est donc une raison d’espérer ?

Susan George : Je crois à ce que les scientifiques appellent la criticalité auto-organisée : un système physique ou chimique arrive à un point où sa configuration va changer, sans qu’on puisse dire quel grain de sable va susciter ce changement. Cela me semble fonctionner aussi en sciences sociales, en histoire… L’exemple le plus récent, c’est l’immolation par le feu de Mohamed Bouazizi en 2010 en Tunisie, qui a déclenché une révolution qui continue… Il me semble que l’on se rapproche de ce type de moment critique.

HD. Votre ouvrage est sous-titré : « Comment les entreprises transnationales prennent le pouvoir ». Ce terme de « transnationale » n’est pas couramment utilisé en France. De quoi s’agit-il ?

Susan George : Je parle d’entreprises « transnationales » (ETN) – c’est d’ailleurs la terminologie des Nations unies –, plutôt que « multinationales » car leurs dirigeants sont très majoritairement de la nationalité du pays où est situé leur siège social. Ainsi, on peut dire que Total est français, Nestlé est suisse, Siemens est allemand, etc. S’ils sont tout à fait capables de licencier massivement dans les usines de leur « patrie », comme ailleurs, ils ont un ancrage social, politique et culturel dans leur pays d’origine, ils ont les codes pour naviguer dans ce cosmos et servir les intérêts de leur entreprise.

HD. Vous dites que ces ETN partagent un jargon et des ambitions, mais aussi une idéologie…

Susan George : Le néolibéralisme et la mondialisation néolibérale les ont vraiment renforcées. Juste un exemple : le rapport sur la compétitivité et la croissance en Europe rédigé par Jean- Louis Beffa (administrateur de Saint-Gobain et membre de plusieurs conseils d’administration) et Gerhard Cromme (Siemens, ThyssenKrupp), à la demande de Hollande et Merkel, en 2013, est devenu un véritable évangile. Si les économistes peuvent donner plusieurs sens à la compétitivité, eux n’en parlent qu’en termes de réduction du « coût du travail ». Et désormais, elle n’a plus que ce sens… alors que peu de monde s’interroge sur le coût du capital…

HD. Vous montrez que les ETN constituent aujourd’hui la première puissance collective mondiale, loin devant les gouvernements, dont vous précisez qu’ils leur sont trop souvent inféodés…

Susan George : Une étude de trois chercheurs de Zurich (Stefania Vitali, James Glattfelder, Stefano Battiston – NDLR) a montré comment 147 « super-entités » dominent l’économie mondiale. Et les ETN se sont organisées dans ce but. Le lobbying vise à obtenir la législation qui est bonne pour l’entreprise en question. Cela existe toujours – le plus puissant, celui de la santé, représente en 2013 un budget de 129 millions de dollars (104,7 millions d’euros). Mais depuis une vingtaine d’années se développent des coalitions par industrie, par branche, qui visent à obtenir des changements d’une tout autre ampleur. Elles font en sorte d’être là où les choix sont faits, là où on élabore, selon leurs désirs, l’avenir. Cela culmine dans le projet de traité transatlantique où elles se concentrent sur la régulation – les protections, en fait – concernant l’environnement, les consommateurs, la santé publique… Cela va toucher la vie quotidienne de plus de 800 millions de personnes.

HD. Comment en est-on arrivé là, d’autant plus dans le cadre de régimes démocratiques ?

Susan George : C’est le grand mystère… Pourquoi les gouvernements cèdent-ils aux sirènes et à l’influence des transnationales, sauf s’ils sont complètement prisonniers de leur propre idéologie – le néolibéralisme –, presque pour tous maintenant ? Les ETN apparaissent alors comme représentant les intérêts de la France ! Ce qui est complètement faux, comme ailleurs en Europe, car ce sont les PME-PMI qui fournissent très majoritairement l’emploi. Or, on les laisse en déshérence, comme le montre le rapport trimestriel de la BCE qui interroge les 130 banques les plus importantes sur leurs pratiques de prêts aux PMEPMI : depuis 2007, elles leur ont prêté moins et ont durci les termes du crédit. C’est là qu’il faut agir, et pas en chouchoutant les ETN !

HD. Ces transnationales ont réussi à dicter deux projets de traités – transatlantique et transpacifique – qui vont complètement remodeler les échanges mondiaux. Quelles en seront les conséquences ?

Susan George : Tout simplement la mise en danger de la démocratie, en particulier par deux biais. D’une part, elles se sont emparées du pouvoir judiciaire, dans le cadre des litiges opposant entreprises et États, en remplaçant les tribunaux par des cours d’arbitrage privées qui permettent à une entreprise de porter plainte contre un gouvernement pour n’importe quelle loi ou décision de justice qui peut altérer ses profits, actuels ou futurs. Un gouvernement va y regarder à deux fois avant de faire voter une loi visant à améliorer la propreté de l’eau ou à limiter les gaz à effet de serre, qui risquera de lui coûter des milliards en indemnisation.

D’autre part, il y a la question de la régulation, cruciale pour les échanges commerciaux, avec en ligne de mire leur fluidification censée relancer la croissance, les économies réalisées par les entreprises devant profiter aux consommateurs… Libre à chacun de croire à cette fable. Ce qui va être fait n’est pas encore très clair, et j’explique dans ce livre les enjeux et les scénarios qu’il faut avoir bien en tête. Les transnationales mènent une attaque contre les trois pouvoirs, législatif, judiciaire et exécutif.

HD. Les initiatives d’alerte s’amplifient concernant les dangers que ces projets recèlent pour la santé et l’environnement. En est-il de même pour la question du travail ?

Susan George : C’est encore difficile. Les syndicats étasuniens pensent qu’il faut négocier car cela leur permettrait d’améliorer leurs conditions et d’avoir plus de lois. Les États-Unis n’ont pas ratifié les conventions du BIT (Bureau international du travail), et la moitié des États ont des lois antisyndicales… Mais là encore, c’est l’« harmonisation » par le bas que visent les ETN. Un exemple : Veolia a porté plainte contre l’Égypte, qui aurait violé le contrat passé en augmentant le salaire minimum ! La sensibilisation des syndicats commence, en Irlande, en Espagne…

HD. Certains lieux de pouvoir sont ignorés du grand public. Vous évoquez l’exemple de l’IASB…

Susan George : Il s’agit de l’International Accounting Standards Board, ou Bureau international des normes comptables, créé au début des années 2000. À l’époque, l’Union européenne avait mobilisé un groupe de conseillers issus presque exclusivement des quatre principaux cabinets d’expertise comptable mondiaux (KPMG, PwC, Ernst & Young et Deloitte). Il s’agissait d’harmoniser les normes des pays européens. L’IASB a depuis acquis un pouvoir très important, puisqu’il décide désormais de normes comptables applicables en Europe, dans les BRIC (Brésil, Russie, Inde, Chine) et dans bien d’autres pays en développement. Tant que les transnationales ne seront pas soumises à des normes de comptabilité et de déclaration fiscales « pays par pays », elles pourront échapper à l’impôt en toute légalité, en jouant sur la localisation de leurs profits.

HD. Vous consacrez des pages édifiantes à ce qui se passe aux Nations unies…

Susan George : Je raconte comment les transnationales cherchent à étendre leur influence au sein de l’ONU. Dès les années 1980-1990, leurs représentants ont commencé à s’inviter au sein de conférences internationales que l’ONU organisait. Elles prétendent remédier à la supposée « incompétence » des États. Elles participent à tous les groupes de travail réfléchissant aux problèmes actuels et futurs de l’humanité : réchauffement climatique, protection des océans, etc. À l’image des sommets de Davos, ces groupes sont toujours composés de quelques émissaires des gouvernements, quelques professeurs et beaucoup de représentants de l’industrie. Il est assez stupéfiant de voir Bill Gates prendre la parole à l’assemblée générale de l’Organisation mondiale de la santé ! Il n’y a plus aucune limite.

HD. Comment expliquer ce « dysfonctionnement » ?

Susan George : Le politique a été complètement phagocyté par ce nouveau pouvoir qui est celui des transnationales, un pouvoir non légitime parce que non élu. Dans le même temps, la valeur actionnariale a été érigée en vertu cardinale. Pour les multinationales, les travailleurs ne créent pas de valeur. Seul le capital en crée. Ce principe explique tout leur mode de fonctionnement.

HD. Comment qualifier cette prise de pouvoir ? De complot ?

Susan George :Je ne crois pas aux conspirations. Je crois en revanche à l’existence de groupes d’individus ou d’entreprises qui cherchent avant tout à défendre leurs intérêts. Ils disposent pour cela de moyens colossaux.

HD. Comment reprendre le pouvoir face aux « usurpateurs » ?

Susan George : La connaissance est un préalable à l’action. C’est pourquoi j’ai cherché à mettre au jour les rouages de cette prise de pouvoir. Ensuite, de nombreuses associations et organisations ont leur rôle à jouer. Les syndicats de magistrats peuvent mettre leur grain de sable dans les rouages des mécanismes d’arbitrage, les associations de consommateurs tenter de contrer telle ou telle norme imposée par les lobbies industriels, les ONG multiplier les pétitions… À ce jour, notre appel pour dire « stop au TAfTA » (Transatlantic free Trade Agreement – NDLR) a été signé par 750 000 personnes. Il faut que des millions d’Européens se joignent à ce mouvement et s’élèvent contre ce traité.

Susan George : Les Usurpateurs. Comment les entreprises transnationales prennent le pouvoir. Le Seuil, 2014, 192 pages, 17 euros.

Face à la complexité des grandes manoeuvres en cours, incarnées dans les traités stratégiques dont les noms – TAFTA, pour Transatlantic Free Trade Agreement (ou accord de libre-échange transatlantique) et TTIP, pour Transatlantic Trade and Investment Patrnership (ou partenariat transatlantique de commerce et d’investissement) – sont déjà tout un programme, Susan George guide ses lecteurs dans les méandres opaques d’une véritable mutation politique. Cet ouvrage, riche d’exemples édifiants, est un outil d’information et de combat. Dans la lignée de ses travaux de « chercheur militant » – de son best-seller, en 1976, Comment meurt l’autre moitié du monde à Cette fois, en finir avec la démocratie. Le rapport Lugano II (2012) –, elle se bat, aux côtés d’autres, pour que les citoyens, alertés des conséquences de ce démantèlement de l’intérêt public, rejoignent la mobilisation. Le site du Transnational Institute (Amsterdam) : www.tni.org (en anglais et en espagnol).