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La fabrique des Nestor

Nestor: valet du capitaine Haddock

« En privatisant des éléments de la vie publique, l’organisation privée en prive la collectivité. La société privée opère donc un détournement de richesses au titre de la propriété; elle ne se dégage pas de la vie publique, mais au contraire s’y engage dans le but d’y assurer une occupation. La société s’en trouve dominée par des sociétés. Le programme managérial qui se substitue au fait politique dans la société moderne contribue alors à jeter les bases d’un ordre gestionnaire que l’expression «gouvernance» baptisera plus tard, et radicalisera. »

Alain Deneault:   Gouvernance

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La décollectivité 

Il y a belle heurette ( eh! oui, c’est ainsi que ça s’écrit, et c’est beau, du moins avant la glissade… belle lurette ) que le mot collectivité est un concept fantomatique trimbalé dans les sphères de la politique et de la totale financiarisation pour nous rassurer. La pratique du concept de collectivité a été matérialisée dans les premiers groupements humains obligés de s’unir pour survivre. Il faut plusieurs mains nues pour abattre un mammouth… Le mammouth actuel est ce gouvernement de pays lié à cet empoisonnant « secteur privé » qui, comme le souligne Deneault rend le public…privé.

La collectivité c’était autrefois les petits villages. On y retrouve plus que des « anciens » vieillissant, la jeunesse étant partie aux Klondike des villes pour aller gagner sa croûte. Voilà donc que l’on fait face à une délocalisation de masse: ce ne sont pas seulement les jeunes qui déménagent , mais des villages qui fondent, des mentalités soudées assassinées. .. C’est la Montagne de Ferrat qui se nivelle au mode de vie américain. La vie ne semble plus rien avoir avec la Vie: c’est celle des écrans et des miroirs aux alouettes, pièges désormais servant à une nouvelle servilité et au meurtre d’une réalité lentement dissoute sous les encombrements du pseudo progrès.

La notion de délocalisation n’est ni plus ni moins qu’une formule cachée pour vendre des pays par échantillons. On râpe les pays comme on râpe du mozzarella. Et les souris grignoteuses se cachent aux encoignures des organigrammes complexes de noms d’entreprises ou de compagnies sniper déguisées en entreprises privées, louables, selon une éthique du management supposément propre et qualifié pour le grand partenariat avec les pays. Bref, une caca cacophonie trompeuse et hypocrite.

L’immolation obligée 

S i le travail n’a jamais tué personne, il en a rendu plusieurs handicapés. Si aller à la guerre pour son pays et ses valeurs avait un sens, on se demande aujourd’hui à quoi nous jouons sous le joug de cette mondialisation turbulente et nocive. Si le progrès promis n’est pas là, si nous sommes que victimes de ce sabotage volontaire qui nourrit un crépuscule qui n’en finit plus, alors à quoi sert cette immolation involontaire à laquelle nous nous livrons? Nous allons tous à cette guerre économique qui elles également ont dépecé des peuples entiers. Demandez-leur s’ils voulaient quitter leur pays?

Un train de vie 

Pour le citoyen lessivé, il y a une foultitude de kapos croyants en cette religion qui frôle le nazisme. Adolf n’a-t-il pas anéanti l’Allemagne jusqu’au dernier jeunot pour son « projet d’un Reich millénaire? Où en sommes-nous dans cette « entreprise » des pays « développés », de ces accrocs à entrepreneuriat, sorte de panacée aux maux du capitalisme… créés par le capitalisme? L’arme fatale, c’est le management, technique vendue aux dirigeants politiques.

Le management est la mise en œuvre des moyens humains et matériels d’une entreprise pour atteindre ses objectifs. Il correspond à l‘idée de gestion et de pilotage appliquée à une entreprise ou une unité de celle-ci. Lorsqu’il concerne l’entreprise tout entière, on peut généralement l’assimiler à la fonction de direction (la « fonction administrative » de H. Fayol). Management, Wikipedia

Les pays se sont virtualisés. Il n’existe qu’un montage -vernis, dans une sorte de fable du pouvoir inactif, inopérant. La pauvreté des « pays », notre pauvreté a été creusée par une globalisation des marchés. Ainsi, 24 voitures de l’AMT ( Agence Montréalaise des Transports) seront assemblées en Chine. Le soumissionnaire le plus bas… Si vous lisez l’article,  vous verrez une compagnie chinoise qui devait construire les voitures aux États-Unis (Boston) mais qui décide de délocaliser leur production en …Chine. Ce n’est là qu’un exemple de la panoplie de tromperies et d’opérations de dernière minute dans une de ces industries.

Tout ça légitimé par le pouvoir politique avec des raisons nébuleuses. Allons-y pour la novlangue:

À l’Assemblée nationale, jeudi, le chef de la Coalition avenir Québec, François Legault, a interrogé le premier ministre Philippe Couillard à propos de l’abaissement de l’exigence de contenu canadien, qui a permis à CRRC de l’emporter sur le seul autre soumissionnaire, Bombardier Transport. Ce dernier, qui exploite une usine dans le Bas-Saint-Laurent, demandait un prix plus élevé que CRRC. La Presse 

L’usine du Bas-Saint-Laurent, une petite ville de 3000 habitants a perdu le contrat. C’est à 20 km de mon village. Mais ce n’est pas important, ce qui l’est que ce type de manœuvres est devenu …monnaie courante dans tous les pays. Le « public » est devenu le privé. Les Super Nestor… Élus.

Privare 

La concentration de richesse par le privé ( du latin privare, privilège), conduit notre monde vers une « race » de valets au service de capitaines un peu trop portés sur « la bouteille » du pouvoir. En prolongeant la pensée de Deneault, nous sommes des exclus, bref, des privés de ce qui nous appartient. Nous sommes privés de par le …privé.

Et ainsi se construit et continue de se construire – avant l’ère du valet robot- une série provisoire de Nestor, valet, qui valait, mais ne vaut plus. L’âme des peuples est foudroyée par la grande noirceur de la déshumanisation.

Il ne reste plus que la construction d’un robot-prêtre, robot-curé, ou de quelque autre « appareil »  pour prier…  On le fera, si besoin est. Car tout se construit maintenant est pour la déconstruction de l’humain. Il suffit de lustrer et de polir notre « homme » de manière à qu’il puisse penser vivre dans un monde meilleur. Nous faisons face à un nouveau progrès: la magie et l’illusion que nous possédons ce qui nous appartient. Nous, y compris.

Gaëtan Pelletier

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Entendez-vous les sourds?

surdité

Il est difficile de faire comprendre quelque chose à un homme quand son salaire dépend du fait qu’il ne la comprenne pas.

Upton Sinclair 

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Chez les politiciens, il y a un art d’être sourd qui est profondément agaçant. Tous attelés à leurs rituels, avec les meilleurs économistes pour les conseillers, le facteur humain n’entrera plus jamais dans grandes formules économiques pour améliorer la qualité de vie des citoyens.

Les politiciens sont sourds à tout ce qui bouge, qui démontre, qui dessine le calvaire à venir. Pourtant, ils font la sourde oreille.  Il n’y a pas que « leur capitalisme » qui se fissure, il y a cette race humaine en train de boire et de manger tout le bouillon infect d’une pollution illimitée. Le 1% et le 0.01% son en train de ronger tout ce qu’il y a à ronger en ce monde pour l’envoyer dans un coffre fort. Le richesse  est une loto ambulante pour les faibles d’esprit. Un malheureux credo.  Mais tout l’art de cette réussite n’est-il pas cautionné par l’État, ses écoles, et son système parallèle de formation par une recrudescence d’apparences de « réussites »?

Personne ne semble se poser la question à savoir où sont les vrais terroristes. Bien sûr, il existe le célèbre État Islamique qui fait frémir les populations. Mais il y a une autre forme de terrorisme fantôme dans nos pays mêmes: ceux qui nous dirigent sous l’appellation mensongère de démocratie. Ellen’est que trop liée,  sans le savoir, à la voie unique de l’économie prétendument salvatrice. Mais l’économie sauve « quoi » et « qui »? Rien ni personne. Sa façon de procéder créée maintenant plus de problèmes qu’elle ne peut en gérer.

On ne peut pas sauver les humains en détruisant la Terre. C’est la formule mathématique la plus banale qui soit. On ne peut pas les rendre riches en détruisant leurs richesse de base pour la faire dévier en un bouquet d’invisible. Et pourtant c’est ce qu’ils font. Et la preuve que ça ne fonctionne pas nous gifle chaque jour. Nous sommes en train de tout perdre de nos acquis de milliers d’années d’évolution . Tout ça pour confier à des politiciens et des économistes une planète d’une si grande richesse qu’elle mériterait d’être sous les lois des poètes et des philosophes.

Gaëtan Pelletier

14-18 : « On croit mourir pour la Patrie, on meurt pour des industriels »

Souricide

trappe Lucifer

Un message du département de la défense de votre pays.

Conseils d’emploi :

1.     Appâter la tapette avec un morceau de denrée appétissante solidement fixée au déclencheur : fromage, pain blanc, saucisson, cerneau de noix…

2.     Disposer le Piège à Souris Lucifer perpendiculairement aux bas des murs, endroits où circulent habituellement les souris.

3.     Armer le piège

4.     Ébouillanter les Piège à Souris Lucifer après usage pour en débarrasser l’odeur. 

Piège à souris Lucifer 

La révolte d’un cyclope abruti 

Quand on songe à tout l’argent et sueurs que nous avons donné pour boucher le trou de toutes les formes de mégalomanies des dirigeants, des dictateurs, et du reste de la clique, nous avons un sérieux problème.

On pourra dire que l’histoire de l’humanité , à force de « donner aux dieux » odieux, a été elle-même, en fin de compte, l’offrande finale. On n’a rien vu venir, adoratifs, d’un œil franc et de l’autre voilé par la piraterie mondiale.

Les peuples sont maintenant comme des estomacs qui se mangent et se digèrent pour n’avoir plus rien à manger.

Krishnamurti disait que le savoir n’achète pas la sagesse. Or, les sociétés « évoluées » n’achètent maintenant rien que le « savoir ». La sagesse ne développe pas d’armes, la sagesse n’est pas en bourse. Étonnamment, on nous demandera d’être « équilibré ». Or, nous vivons dans un monde qui cultive le déséquilibre laissant aux citoyens « l’art de s’équilibrer » dans un monde qui valse et qui valse sur l’air d’une cacophonie arythmique.  Et l’éducation est devenue la fabrication d’un outil-chair infusé aux formules vides, marchant au pas de « lois » par une propagande hypocritement bienfaisante. Il n’existe plus que l’abrutissement continu.

L’État, c’est la religion des athées. Cette naissance d’une religion pompeuse des affaires ne fait plus aucune place à la spiritualité. Ni à la liberté tant criée.

Le NDM

Le Nouveau Désordre Mondial. Et pour la petite histoire de ce travail qui nous rend libre:

L’expression vient du titre d’un roman de l’allemandphilologueLorenz Diefenbach(en), Arbeit macht frei : Erzählung von Lorenz Diefenbach (1873), dans lequel les joueurs et les fraudeurs trouvent le chemin de la vertu par le travail.(…)  La citation est adoptée en 1928 par le gouvernement de Weimar comme un slogan vantant les effets de leur politique souhaitée de grande échelle de travaux publics programmés pour mettre fin au chômage. Arbeit macht frei

Pour mettre fin  au chômage… Quelqu’un connaît-il une formule plus « contemporaine » de la condition des travailleurs du 21ème siècle? Ils sont poussés pas un terme nouveau: la précarité, un slogan « moderne ». Voilà notre cyclope  devenu pirate ( chômeur) par le voile du nouveau langage du fléau libéral-mondialiste. La création d’un vendeur de slogans , aveugle, mais riche. Bien machiné aux marchés et aux chiffres.

« Les armes vous protègent ».  Etc, . Ainsi vivons nous des guerres à répétition pour « équilibrer » les forces de cette infime planète. Le Nouveau Désordre Mondial est tout simplement payant. Il n’a rien d’humain. Le moyen d’être libre est de travailler encore plus pour votre « qualité de vie ». Les travailleurs sont-ils actifs pour des paradis fiscaux ou pour eux?

On ne sait plus vraiment pour qui on travaille, quand on travaillera, combien de temps durera notre contrat. Et de par la mondialisation, le ressort est bâti au Mexique, le mécanisme aux États-Unis ou en France, et de par la sous traitance, le bois viendra de l’Afrique, etc. Et le travailleur de …partout.  La machine à tuer, ainsi divisée, en pièces, est « invisibilisée ». On ne sait pas pourquoi, mais on a faim. On pense savoir pour qui, mais au fond on ne le sait pas. On nous apprend comment, parce que c’est utile… Mais pas pour qui, mais pour QUI…

En résumé, l’histoire de l’humanité  est celle de la souris qui – sans le savoir –  bâtit le piège par  lequel elle sera éradiquée.

Appâter

Disposer ( diviser et étaler les pièces)

Armer

Ébouillanter

P.S.: Ébouillanter, c’est comme rendre ignorants les nouveaux venus dans le système.  On nomme cela  propagande   information.

Efficace, écologie, économique.   On croirait entendre un politicien ou un banquier…

Gaëtan Pelletier, monocle d’Amérique

Les détrangers

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En France, en droit du travail, un contrat à durée déterminée (CDD) de droit privé (pour la fonction publique les CDD sont de droit public) est un contrat de travail pour lequel un employeur (société, entreprise) peut recruter directement un salarié pour une durée déterminée, car la cause de cette détermination, de la date ou l’échéance, de fin de contrat est prévue explicitement par le Code du travail.  Wikipedia

Les mexicains viennent travailler au Québec avec un CDD dépendamment des choux, des navets, de la laitue romaine… Désormais, en France, au Canada, et dans un pays pas loin de chez-vous, nous travaillerons tous en CDD, selon les navets élus. Nous serons tous « à la pige »… L’économie a aussi sa valse météorologique: d’une élégance s’apparentant la danse transcendante d’une abeille cherchant une fleur pour le nourrir. Il ne restera que le chiendent…

On s’est fait plumés comme des dindes… Et avec les plumes qui nous restent, on s’ouvre un blog, ou on s’amuse à détresser la grande folie mondiale des singes à mallettes. Pendant qu’on trouve trois vérités, on nous bâtit 1000 mensonges. Alors, ce sont des bâtisseurs… On se le fait dire. Goebbels avait ses slogans et il était cru. Cru c’es Sushi sous ça!. Cuit, ce serait mieux. Mais qui donc est prêt à faire flamber un « géant » à la joue luisante de banquier? Ou un de ces grand jours de paris de pétrole?

Non, ce n’est pas l’heure. On n’est pas encore assez à bout. On l’est, mais on a tendance à croire en la bonté et à la bonne foi des dirigeants dirigés.  À force de faire le saint pour son pays, on est crucifié. On est tous des Jésus! Mais on nous habille bien, et on nous vend des maisons 5 fois le prix de leur valeur réelle. Le marché ne nous fait pas marcher, il nous fait courir.

Marathon donc! C’est si beau d’être en forme, le matin, suintant dans son auto-mobile pour aller jouer dans une cage dorée, la poupoule qui donne ses œufs sans faire de bruit ni de poule à travers les nids de poules de la rue Cancrelats.

On aura tous le nom d’un mot de passe: CDD: matricule 236-1BZ*.

Slowly but surely! Lentement mais sûrement.  Poussé à pas de loup par les loups de tous les loups.

On est maintenant des itinérants en  puissance impuissance.   Tu t’achètes une nouvelle maison? … Tu ne pends pas la crémaillère mais un banquier gélatiné du cerveau et de l’âme. Un de ces âpres religiosé à la saveur du 21 e siècle. Un nègre à chemise blanche comme la robe de Marie. La mère de j’ai su…

C’est l’avenir! Mais c’est le présent. Le présent  « cadeau ».

Nos maisons seront sans doute toutes mobiles. On rencontrera des gens. On se fera des amis de 15 minutes. Andy Warhol l’aurait dit…  Facebook ou Walmart…

Demain, c’est vraiment beau! Dommage que je sois né hier. J’ai tout raté. J’ai raté mon audition à  » The  Voice », ou La Voix au Québec. À voir tout ce monde chanter et rêver, il semble que personne ne veut plus semer de carottes. Ni planter de choux. On veut être adulés… Et sans efforts… Comme les oiselets qui chantent le matin près de ma maison en hurlant qu’ils ont faim. Ils volent les vers de mon jardin, mais pas ceux des poèmes…

« Meursault, pour moi, n’est donc pas une épave, mais un homme pauvre et nu, amoureux du soleil qui ne laisse pas d’ombres. Loin qu’il soit privé de toute sensibilité, une passion profonde parce que tenace, l’anime : la passion de l’absolu et de la vérité. Il s’agit d’une vérité encore négative, la vérité d’être et de sentir, mais sans laquelle nulle conquête sur soi et sur le monde ne sera jamais possible. »

Il est vrai que lorsque les robots auront pris notre place, on aura tout le loisir de chanter sous la douche froide d’un monde étrange. La « voix » éteinte par cette nouvelle ère de ce monde qui parle et s’exprime, se reconnaissent sans vraiment se connaître.  Un monde ou on sera des détrangers : on accepte de se laisser mourir pour le mensonge. Camus a sculpté un Meursault qui acceptait de « mourir pour la vérité ». Nous voilà dans un monde où l’on force tout le monde à vivre…

Gaëtan Pelletier

4 mai 2015

Susan George : « Le pouvoir des transnationales, illégitime et non élu, veut en finir avec la démocratie »

Lucie Fougeron, Cyprien Boganda, Dominique Sicot

Dans l’Humanité Dimanche. « Nous sommes cernés. » Ainsi débute le nouvel ouvrage de Susan George, les Usurpateurs. Comment les entreprises transnationales prennent le pouvoir. Fidèle à la méthode du dévoilement qu’elle éprouve depuis son premier livre,Comment meurt l’autre moitié du monde, ce 17e opus pose la question de la légitimité des détenteurs du pouvoir dans la mondialisation, en montrant les rouages de l’émergence d’une « autorité illégitime » qui s’ingère dans les affaires internationales grâce à des moyens impressionnants. Présidente d’honneur d’ATTAC France et présidente du conseil du Transnational Institute, poursuivant son combat contre la mondialisation capitaliste, elle met au jour la cohorte d’individus et d’entreprises mus par leurs seuls intérêts, et qui, s’immisçant dans les traités de libre-échange, se substituent à l’autorité issue du fonctionnement démocratique. Entretien.

HD. Dans votre ouvrage Les Usurpateurs, vous vous qualifiez de « chercheur militant », quel sens cela a-t-il pour vous ?

Susan George : Les chercheurs en sciences sociales sont nécessairement de parti pris du fait de leur champ d’études. En outre, j’ai toujours été de ceux qui étudient le pouvoir. Dans mon premier livre (Comment meurt l’autre moitié du monde, 1976 – NDLR), je donnais un conseil : n’étudiez pas les pauvres, ils savent déjà ce qui ne va pas pour eux. Mais si vous voulez les aider, travaillez sur ceux qui les maintiennent dans cette situation. C’est ce que je m’efforce de faire.

HD. Vous écrivez : « Nous sommes minoritaires ? Tant mieux ! » Pourquoi cela ?

Susan George : Ce sont toujours les minorités qui ont les bonnes idées, et souvent il faut un temps très long pour que d’autres prennent conscience de cette idée, puis s’engagent, ou tout au moins ne s’y opposent plus.

HD. C’est donc une raison d’espérer ?

Susan George : Je crois à ce que les scientifiques appellent la criticalité auto-organisée : un système physique ou chimique arrive à un point où sa configuration va changer, sans qu’on puisse dire quel grain de sable va susciter ce changement. Cela me semble fonctionner aussi en sciences sociales, en histoire… L’exemple le plus récent, c’est l’immolation par le feu de Mohamed Bouazizi en 2010 en Tunisie, qui a déclenché une révolution qui continue… Il me semble que l’on se rapproche de ce type de moment critique.

HD. Votre ouvrage est sous-titré : « Comment les entreprises transnationales prennent le pouvoir ». Ce terme de « transnationale » n’est pas couramment utilisé en France. De quoi s’agit-il ?

Susan George : Je parle d’entreprises « transnationales » (ETN) – c’est d’ailleurs la terminologie des Nations unies –, plutôt que « multinationales » car leurs dirigeants sont très majoritairement de la nationalité du pays où est situé leur siège social. Ainsi, on peut dire que Total est français, Nestlé est suisse, Siemens est allemand, etc. S’ils sont tout à fait capables de licencier massivement dans les usines de leur « patrie », comme ailleurs, ils ont un ancrage social, politique et culturel dans leur pays d’origine, ils ont les codes pour naviguer dans ce cosmos et servir les intérêts de leur entreprise.

HD. Vous dites que ces ETN partagent un jargon et des ambitions, mais aussi une idéologie…

Susan George : Le néolibéralisme et la mondialisation néolibérale les ont vraiment renforcées. Juste un exemple : le rapport sur la compétitivité et la croissance en Europe rédigé par Jean- Louis Beffa (administrateur de Saint-Gobain et membre de plusieurs conseils d’administration) et Gerhard Cromme (Siemens, ThyssenKrupp), à la demande de Hollande et Merkel, en 2013, est devenu un véritable évangile. Si les économistes peuvent donner plusieurs sens à la compétitivité, eux n’en parlent qu’en termes de réduction du « coût du travail ». Et désormais, elle n’a plus que ce sens… alors que peu de monde s’interroge sur le coût du capital…

HD. Vous montrez que les ETN constituent aujourd’hui la première puissance collective mondiale, loin devant les gouvernements, dont vous précisez qu’ils leur sont trop souvent inféodés…

Susan George : Une étude de trois chercheurs de Zurich (Stefania Vitali, James Glattfelder, Stefano Battiston – NDLR) a montré comment 147 « super-entités » dominent l’économie mondiale. Et les ETN se sont organisées dans ce but. Le lobbying vise à obtenir la législation qui est bonne pour l’entreprise en question. Cela existe toujours – le plus puissant, celui de la santé, représente en 2013 un budget de 129 millions de dollars (104,7 millions d’euros). Mais depuis une vingtaine d’années se développent des coalitions par industrie, par branche, qui visent à obtenir des changements d’une tout autre ampleur. Elles font en sorte d’être là où les choix sont faits, là où on élabore, selon leurs désirs, l’avenir. Cela culmine dans le projet de traité transatlantique où elles se concentrent sur la régulation – les protections, en fait – concernant l’environnement, les consommateurs, la santé publique… Cela va toucher la vie quotidienne de plus de 800 millions de personnes.

HD. Comment en est-on arrivé là, d’autant plus dans le cadre de régimes démocratiques ?

Susan George : C’est le grand mystère… Pourquoi les gouvernements cèdent-ils aux sirènes et à l’influence des transnationales, sauf s’ils sont complètement prisonniers de leur propre idéologie – le néolibéralisme –, presque pour tous maintenant ? Les ETN apparaissent alors comme représentant les intérêts de la France ! Ce qui est complètement faux, comme ailleurs en Europe, car ce sont les PME-PMI qui fournissent très majoritairement l’emploi. Or, on les laisse en déshérence, comme le montre le rapport trimestriel de la BCE qui interroge les 130 banques les plus importantes sur leurs pratiques de prêts aux PMEPMI : depuis 2007, elles leur ont prêté moins et ont durci les termes du crédit. C’est là qu’il faut agir, et pas en chouchoutant les ETN !

HD. Ces transnationales ont réussi à dicter deux projets de traités – transatlantique et transpacifique – qui vont complètement remodeler les échanges mondiaux. Quelles en seront les conséquences ?

Susan George : Tout simplement la mise en danger de la démocratie, en particulier par deux biais. D’une part, elles se sont emparées du pouvoir judiciaire, dans le cadre des litiges opposant entreprises et États, en remplaçant les tribunaux par des cours d’arbitrage privées qui permettent à une entreprise de porter plainte contre un gouvernement pour n’importe quelle loi ou décision de justice qui peut altérer ses profits, actuels ou futurs. Un gouvernement va y regarder à deux fois avant de faire voter une loi visant à améliorer la propreté de l’eau ou à limiter les gaz à effet de serre, qui risquera de lui coûter des milliards en indemnisation.

D’autre part, il y a la question de la régulation, cruciale pour les échanges commerciaux, avec en ligne de mire leur fluidification censée relancer la croissance, les économies réalisées par les entreprises devant profiter aux consommateurs… Libre à chacun de croire à cette fable. Ce qui va être fait n’est pas encore très clair, et j’explique dans ce livre les enjeux et les scénarios qu’il faut avoir bien en tête. Les transnationales mènent une attaque contre les trois pouvoirs, législatif, judiciaire et exécutif.

HD. Les initiatives d’alerte s’amplifient concernant les dangers que ces projets recèlent pour la santé et l’environnement. En est-il de même pour la question du travail ?

Susan George : C’est encore difficile. Les syndicats étasuniens pensent qu’il faut négocier car cela leur permettrait d’améliorer leurs conditions et d’avoir plus de lois. Les États-Unis n’ont pas ratifié les conventions du BIT (Bureau international du travail), et la moitié des États ont des lois antisyndicales… Mais là encore, c’est l’« harmonisation » par le bas que visent les ETN. Un exemple : Veolia a porté plainte contre l’Égypte, qui aurait violé le contrat passé en augmentant le salaire minimum ! La sensibilisation des syndicats commence, en Irlande, en Espagne…

HD. Certains lieux de pouvoir sont ignorés du grand public. Vous évoquez l’exemple de l’IASB…

Susan George : Il s’agit de l’International Accounting Standards Board, ou Bureau international des normes comptables, créé au début des années 2000. À l’époque, l’Union européenne avait mobilisé un groupe de conseillers issus presque exclusivement des quatre principaux cabinets d’expertise comptable mondiaux (KPMG, PwC, Ernst & Young et Deloitte). Il s’agissait d’harmoniser les normes des pays européens. L’IASB a depuis acquis un pouvoir très important, puisqu’il décide désormais de normes comptables applicables en Europe, dans les BRIC (Brésil, Russie, Inde, Chine) et dans bien d’autres pays en développement. Tant que les transnationales ne seront pas soumises à des normes de comptabilité et de déclaration fiscales « pays par pays », elles pourront échapper à l’impôt en toute légalité, en jouant sur la localisation de leurs profits.

HD. Vous consacrez des pages édifiantes à ce qui se passe aux Nations unies…

Susan George : Je raconte comment les transnationales cherchent à étendre leur influence au sein de l’ONU. Dès les années 1980-1990, leurs représentants ont commencé à s’inviter au sein de conférences internationales que l’ONU organisait. Elles prétendent remédier à la supposée « incompétence » des États. Elles participent à tous les groupes de travail réfléchissant aux problèmes actuels et futurs de l’humanité : réchauffement climatique, protection des océans, etc. À l’image des sommets de Davos, ces groupes sont toujours composés de quelques émissaires des gouvernements, quelques professeurs et beaucoup de représentants de l’industrie. Il est assez stupéfiant de voir Bill Gates prendre la parole à l’assemblée générale de l’Organisation mondiale de la santé ! Il n’y a plus aucune limite.

HD. Comment expliquer ce « dysfonctionnement » ?

Susan George : Le politique a été complètement phagocyté par ce nouveau pouvoir qui est celui des transnationales, un pouvoir non légitime parce que non élu. Dans le même temps, la valeur actionnariale a été érigée en vertu cardinale. Pour les multinationales, les travailleurs ne créent pas de valeur. Seul le capital en crée. Ce principe explique tout leur mode de fonctionnement.

HD. Comment qualifier cette prise de pouvoir ? De complot ?

Susan George :Je ne crois pas aux conspirations. Je crois en revanche à l’existence de groupes d’individus ou d’entreprises qui cherchent avant tout à défendre leurs intérêts. Ils disposent pour cela de moyens colossaux.

HD. Comment reprendre le pouvoir face aux « usurpateurs » ?

Susan George : La connaissance est un préalable à l’action. C’est pourquoi j’ai cherché à mettre au jour les rouages de cette prise de pouvoir. Ensuite, de nombreuses associations et organisations ont leur rôle à jouer. Les syndicats de magistrats peuvent mettre leur grain de sable dans les rouages des mécanismes d’arbitrage, les associations de consommateurs tenter de contrer telle ou telle norme imposée par les lobbies industriels, les ONG multiplier les pétitions… À ce jour, notre appel pour dire « stop au TAfTA » (Transatlantic free Trade Agreement – NDLR) a été signé par 750 000 personnes. Il faut que des millions d’Européens se joignent à ce mouvement et s’élèvent contre ce traité.

Susan George : Les Usurpateurs. Comment les entreprises transnationales prennent le pouvoir. Le Seuil, 2014, 192 pages, 17 euros.

Face à la complexité des grandes manoeuvres en cours, incarnées dans les traités stratégiques dont les noms – TAFTA, pour Transatlantic Free Trade Agreement (ou accord de libre-échange transatlantique) et TTIP, pour Transatlantic Trade and Investment Patrnership (ou partenariat transatlantique de commerce et d’investissement) – sont déjà tout un programme, Susan George guide ses lecteurs dans les méandres opaques d’une véritable mutation politique. Cet ouvrage, riche d’exemples édifiants, est un outil d’information et de combat. Dans la lignée de ses travaux de « chercheur militant » – de son best-seller, en 1976, Comment meurt l’autre moitié du monde à Cette fois, en finir avec la démocratie. Le rapport Lugano II (2012) –, elle se bat, aux côtés d’autres, pour que les citoyens, alertés des conséquences de ce démantèlement de l’intérêt public, rejoignent la mobilisation. Le site du Transnational Institute (Amsterdam) : www.tni.org (en anglais et en espagnol).

La noyade des kapos

BRAZIL. Codajas. 1993.

 

Au cours des trente dernières années l’arsenal financier n’a pas cessé de peaufiner ses montages destinés à la dissimulation et au brouillage des pistes. Les sociétés-écrans ont vu leur nombre exploser, les prête-noms ont fait florès. Le néolibéralisme financier a son vocabulaire édulcorant : l’évasion de capitaux par le choix avisé de procédures légales de circulation de l’argent a été rebaptisée « optimisation fiscale ». Yann Fiévet 

La vie s’en va comme un accident au ralenti… Et l’imbécillité de l’obscurantisme est toute cachée derrières les dirigeants. Nul politicien, ni même économiste ne peut maintenant tracer un portrait « réel » de la situation planétaire. Nous avons perdu tout contrôle sur nos vies, et nous nous déployons avec joliesse – et bien hardie, quoique naïve – nos pancartes afin de  tenter de sauver cette société déchiquetée par les lions de la finance.

La berlue la plus totale! À se demander si nous ne sommes pas piégés comme des rats dans les égouts d’un monde toujours rapiécé comme jadis rapiéçait ma grand-mère, ses bas.

Dans un monde de « grands projets » – comme s’il se voulaient d’améliorer le monde,- nous nous retrouvons sous un amas d’avocasseries, de visions brouillées et de mensonges éhontés. Ford a créé la chaîne de montage, mais les économistes et les affairistes déshumanisés ont créée une machine à enterrer l’argent.

Pour en sortir, il ne faudra pas simplement prendre la Bastille, mais prendre la Terre qui appartient à tous.

Voulait-t-on vraiment nous sortir de la misère du défrichage de la terre, de la semence, de la dureté des climats, de la faim? On l’a fait pour nous enfoncer dans un misérabilisme soigné et parfumé. Une odeur de sainteté!… Mais, au fond, une puanteur extrême et une destruction lente mais « continue » de maman-Terre.

Les beaux mensonges!

Même si nous luttons contre le changement climatique, nous ne pouvons lutter contre l’avidité absurde du carnassier singe à cravate. L’invasion la plus barbare depuis la naissance de cette humanité est celle de l’actuel personnage qui a fabriqué le robot le plus nocif: le cryptage de l’économie.

Dès lors, il ne reste qu’une solution: diluer ce poison en divisant pour régner. Il faut fragmenter et se réunir en noyaux de résistance. Mais, étant donné qu’on nous a appris, et bien appris à être individualistes, nous avons perdu notre capacité à vivre en clans.

Nous avons la plus architecturale forme de propagande qui puisse exister: celle dans laquelle l’État est condensée en un Goebbels estampillé… La propagande, c’est l’école. La propagande c’est de croire que la réussite technique est un gage de réussite sociale. Que la réussite de quelques uns est la réussite de tous.

De tous les temps, il n’y a jamais eu autant d’esclaves, autant de manipulation, autant de chefs miteux.

Nous vivons dans une usine à transformer des humains en des bêtes de somme.

Mais le plus angoissant est de prendre conscience que ceux qui devraient nous faire prendre conscience ont perdu tout contrôle et tout portrait d’un monde  soufflé par la monstruosité d’un charabia dans lequel se tortillent dirigeants et kapos vertueux.

Gaëtan Pelletier

28 novembre 2014