Archives quotidiennes : 6-mars-2014

Schindler’s List – Katica Illenyi

 

 

Eleanor Rigby- The Beatles (Violin Cover) Genevieve Salamone

Chronique d’un asile d’aliénés : Dialogue aussi matinal qu’imaginaire entre un fou et son psychiatre

 

Par Manuel de Diéguez

Préambule

1 – Comment me lire?

La diffusion de mes textes sur internet pose à l’afflux croissant des visiteurs un sérieux problème de lecture. Il n’est pas coutumier qu’une science fasse ses premiers pas sur le net – en l’espèce, une anthropologie descriptive et interprétative de la condition simiohumaine. Aussi les derniers voyageurs ne sauraient-ils se trouver informés du contenu des « volumes » parus avant leur arrivée sur les lieux; mais comment leur demander d’attendre la publication en librairie de textes qui échappent nécessairement au monde de l’édition? Depuis le XVIIIe siècle, le monde a commencé de subir une collision entre la pensée philosophique, qui se veut approfondissante, et l’actualité politique, qui demeurait superficielle; car le savoir scientifique mise sur la durée, tandis que la communication instantanée des évènements présente un tissu de plus en plus inassimilable par la planète de Gutenberg, qui en est devenue poussive et demeure au milieu du gué. Mais l’histoire au jour le jour se situe désormais sur un échiquier philosophique et anthropologique capable d’approfondir l’anecdotique.

Il me faut donc présenter à mes lecteurs les conditions de lisibilité d’un texte dont le train rapide jure à la fois avec l’allure de sénateur de l’édition et avec la précipitation des médias. Il s’agit que le public dispose du mode d’emploi, de l’orientation et de la problématique de l’immédiat que je tente de mettre sur pied depuis mars 2001. Mais mes travaux antérieurs remontent à l’âge des traînards, où ils demeurent consultables; on les trouve chez Gallimard, le Seuil, Plon, P.U.F. Albin Michel, Fayard et dans les articles que j’ai rédigés pour l’Encyclopedia Universalis,dans lesquels j’expliquais que les théories scientifiques légalistes sont oniriques par définition et notamment que la physique mathématique classique ressortissait à l’anthropologie critique depuis Platon. Il fallait apprendre à radiographier le fonctionnement finaliste, donc magique du verbe expliquer dans le cerveau d’un simianthrope né pour rendre l’expérience abusivement loquace.

Exemple: Le psychiatre mis en scène ci-dessous est sur le point de prendre sa retraite. Si j’en crois le recul anthropologique dont témoigne son axiomatique générale, il semble qu’une longue pratique médicale lui ait permis d’acquérir une perception fiable du sens psychologique des pathologies cérébrales. Le fou me paraît âgé d’une trentaine d’années. Il se pourrait qu’il fût professeur de lycée, parce que sa culture me semble plus littéraire que celle du psychiatre – il cite Rabelais, mais j’ai le sentiment qu’il a lu Cervantès, Swift, Kafka, Dostoïevski, Shakespeare, si j’en crois la symbolique qui sous-tend sa démence.

2 – Une psychanalyse de la physique classique

Je convie donc mes lecteurs nouveaux à une réflexion sur le statut anthropologique de la raison et de la folie. Quels sont leurs rapports avec la morale si les mises en scène du signifiant font toujours appel au symbolique? Car dès lors que les dialectiques les plus rigoureuses censées régir la nature enchaînent fatalement leurs raisonnements sur des récits fantastiques cachés, il faut se demander où passe la frontière entre la pensée logique et les rêves pathologiques qui étoffent la « raison ». La théologie, par exemple, construit des syllogismes irréfutables à partir du postulat fabuleux selon lequel un Dieu vaporisé répandrait ses effluves dans le cosmos.

Comme il se trouve que, depuis la plus haute antiquité, les Célestes se présentent dans le cosmos sous les traits de personnages habillés par l’imagination dite religieuse d’une espèce que sa solitude rend bavarde dans l’immensité, le simianthrope se procure des chefs du cosmos qui rassurent son encéphale épouvanté – mais il n’y a que deux millénaires à peine que ce couturier-né tente désespérément de réduire le luxueux apparat de ses démiurges et d’en limiter le nombre. Il n’est pas près d’unifier ses théologies éclatées, tellement les tronçons en décousent âprement entre eux. Comment se fait-il que si les convictions doctorales d’une divinité répondent à des vœux tout humains, les sciences résolument expérimentales peuvent, de leur côté, se révéler aussi oniriques que les théologies et conjurer les mêmes craintes devant le silence de l’univers que la foi? La physique classique, par exemple, croyait rendre intelligibles, donc expliquantes les routines aveugles de la matière cosmique.

Et puis, sous quel prétexte leur constance, qui les rend tout bêtement prévisibles, donc seulement profitables et volubiles à ce titre, serait-elle l’oracle écouté d’une signification transanimale et sacrée? Certes, tout raisonnement bâti sur ce matériau se rendra invincible, mais à la condition expresse que le postulat qui le téléguidera, donc le présupposé qui le pilotera sur le chemin de la vérification expérimentale soit tenu d’avance pour convaincant. De quoi suis-je convaincu, donc de quoi suis-je l’approbateur quand l’évènement payant a bien voulu venir au rendez-vous censé persuasif que la nature lui a fixé?

On voit que la « raison » dite scientifique du demandeur se définit sur le mode d’un acquittement mythologique des créances que le prêteur présente aux guichets de la banque qu’on appelle la nature, puisque la démonstration dite probante répond aux motivations qui sous-tendent la requête. Mais pourquoi croit-on que la répétition finalisée tiendrait un langage de la « raison »? Pourquoi le singe parlant rend-il bavardes les ritournelles et les redites de la matière dont il enregistre les profits? Si nous ne plaçons pas les phénomènes rituels, donc calculables sous la lentille d’un microscope électronique – celui d’une anthropologie critique – les composantes psychiques de l’alliance, irraisonnée par nature, de la notion d’intelligibilité dont la matière serait porteuse avec celles de rentabilité et de ponctualité échapperont au décryptage de la nosologie cérébrale dont souffre une espèce réduite à bâtir des « explications » de l’inerte sur des preuves seulement utilitaires et jugées désirables précisément à ce titre.

3 – L’économie mondiale et le symbole de la boue

Dans le dialogue ci-dessous sur l’économie mondiale et sur la crise mondiale, l’examen du dosage tout subjectif entre le réel et le symbolique que concocte l’encéphale simiohumain aboutit à un décorticage des conséquences logiques d’un rêve universel: la boue censée avoir submergé l’univers est celle qui fait suffoquer le monde depuis les origines. Le fou se veut lucide en ce qu’il aperçoit clairement la démence qui compénètre la logique financière et politique du monde contemporain, mais il ne s’est pas encore initié à la spectrographie d’une raison toute pratique et d’une intelligence de trésoriers réputée donner leur sens aux liturgies du cosmos enregistrées par la logique d’Aristote à Einstein.

De son côté, le psychiatre est un allumeur du cerveau embrumé de ses clients. Sa méthode est une maïeutique en ce qu’il feint d’entrer pleinement dans le domicile cérébral du fou qui vient le consulter; mais il conduit peu à peu son malade à accoucher de la fausse éthique qui pilote la pseudo conscience du singe semi pensant. A ce titre, il donne une signification évolutionniste à l’adage de Rabelais: « Science sans conscience n’est que ruine de l’âme« .

Mais qu’en est-il de la notion de « ruine » psychique appliquée au malade qu’on appelle l’humanité et qui se proclame en bonne santé dans sa demeure? Depuis vingt-cinq siècles, c’est la pathologie dont souffrent inconsciemment les bien-portants qui intéresse la philosophie socratique.

Mais, pour répondre à cette question, il ne suffit pas de démontrer que la démence raisonne avec une rigueur logique sans égale, encore faut-il que la logique délirante apparaisse fondée sur la cohérence interne de la symbolique qu’elle évoque; et ce sera une symbolique de la boue qui servira de support à toute la construction pseudo rationnelle. Comment la morale va-t-elle s’introduire à la fois dans cette logique et dans cette symbolique, sinon par le relais d’une anthropologie critique qui articulera toute la dialectique interrogative sur le courage et la peur de l’humanité et qui révèlera que toutes les théologies semi animales sont construites sur le modèle politique de la prédéfinition de la notion de vérité illustrée par le récit?

De plus, cette dialectique est celle qui sous-tend les chefs-d’œuvre de la littérature mondiale. Cervantès, Swift, Kafka, Gogol ou Dostoïevski ont mis en scène des logiciens d’une symbolique de la folie du monde; et cette symbolique repose sur des radiographies du courage et de la peur. On appelle ces héros universels don Quichotte, Gulliver ou le Raskolnikov des Possédés. C’est dire que la réflexion sur les prisonniers de la boue est l’échelle de Jacob d’une science anthropologique des geôles cérébrales. Cette discipline rendrait compte du fonctionnement schizoïde de la boîte osseuse des évadés chancelants de la zoologie. Mais quelle est la généalogie de la raison qu’ils se sont construite dans leur cage au cours des âges?

Le fou : Peut-être savez-vous déjà, docteur, qu’au cours de la nuit dernière un torrent de boue a envahi la planète tout entière. Il n’est plus ni ville, ni village qui ne se trouvent asphyxiés et à demi noyés sous une masse immense et immonde de détritus.

Le psychiatre: Oui, j’ai appris ce matin qu’il n’est plus ni de rue, ni de ruelle qui ne charrient ce déluge, oui, je sais que vous ne trouverez pas un arpent du globe terrestre où ne coule ou ne stagne ce Niagara noir et fétide.

Le fou : Qu’allons-nous entreprendre, docteur, pour remédier à un désastre que je qualifierais de cosmique, tellement l’enfouissement de notre astéroïde sous la boue me semble un engloutissement de la « capitale du soleil » ou de l’ « asile de nos murs  » comme disait saint Eluard.

Le psychiatre: A mon avis, la solution la meilleure et la plus rapide serait de laisser sécher ces milliards de milliards de tonnes de glaise. Aussi, ai-je immédiatement alerté notre laboratoire, qui en a analysé quelques fragments. Malheureusement, on me dit que le temps de séchage varie selon les échantillons et que seule une connaissance précise de leur provenance nous informera éventuellement sur le temps de dessication que réclame cette matière. Les lieux et les climats de toutes les nations de la terre nous feront connaître les détails indispensables à la mise en place de nos moyens de lutte contre ce fléau.

Le fou : Je reconnais bien là le type de délire dont souffre le corps médical. Alors qu’il conviendrait d’agir avec énergie, efficacité et sans perdre une seconde sur les cinq continents, alors qu’il importe de sauver sur l’heure le genre humain d’un désastre imminent, vous faites procéder à de patientes analyses chimiques d’une seule goutte de boue afin de nous informer de la lenteur et de la rapidité qu’elle mettra à durcir. Mais c’est bien à ce trait, voyez-vous, que la folie se fait reconnaître : vous ne poussez pas le troupeau de vos raisonnements sous les coups de fouet d’une logique suffisamment claquante pour le conduire tout entier au pâturage de la vérité, vous ne vous demandez même pas comment le durcissement de ce Niagara remédierait instantanément au malheur sans nom qui frappe l’astéroïde sur lequel nous tressautons. Le voulez-vous en acier trempé ? Croyez-vous qu’à le frapper sur l’enclume de sa pétrification, il sera plus aisé de laver et de rincer la mappemonde? Qu’elle se change en rocher ou qu’elle demeure couverte d’un liquide saumâtre, je ne vois pas comment la forge de l’oisiveté dans laquelle vous la porterez à son degré de fusion remédiera à la confusion, comme dirait Lacan.

Le psychiatre: J’entends la voix de la sagesse qui inspire votre sens rassis ; mais si vous ne voulez pas de mon séchage, quelle médication proposez-vous ?

Le fou : La thérapeutique qu’appelle la situation est pourtant claire et simple à souhait. Quelle est la mécanique qui régit la démence centrale de l’univers ? Quel est le poumon de fer des Etats, des peuples et des nations, sinon leur artillerie bancaire ? Si vous vous assurez de la solidité des institutions mondiales du crédit, les torrents de boue demeureront impuissants à escalader les fortifications naturelles sur lesquelles repose la santé du monde et la solidité même des Etats. Mais pour qu’un système de prêts et de remboursements bien échelonnés se rende fiable, il faut dissoudre davantage la masse de boue qui escalade nos murailles, afin que la matière liquide rende plus fluante la confiance des populations. Si vous la durcissez, docteur, elle cessera de couler en ruisselets, de s’infiltrer en tous lieux de la terre et de s’introduire dans tous les pores du cosmos, de sorte que votre séchage me paraît une méthode délirante et, pour vous le dire tout net, tellement folle à lier que votre science médicale est à enfermer à l’asile de ce pas.

Le psychiatre: Fort bien, Monsieur ; mais si le durcissement de la boue vous paraît indigne d’Hippocrate et de Galien, dites-moi donc quelle thérapeutique vous permettra de la liquéfier davantage.

Le fou : Rien de plus simple, docteur, il faut soumettre dare dare le système bancaire tout entier au test le plus stressant possible, afin de vérifier sa capacité de résistance à la boue. Les établissements de crédit usuraires qui auront résisté à cette épreuve recevront un certificat de vertu, donc de bonne santé; et la vaste population des naufragés de l’argent cher saura que ses châteaux-forts sont munis de pont-levis et de meurtrières dont la boue ne saurait franchir les créneaux.

Le psychiatre: Vous soutenez mordicus que la confiance est la matière fluide par excellence de la viabilité des Etats et qu’elle doit s’insinuer en virtuose dans la place ; mais quelles sont les vérifications vertueuses de sa liquidité qui vous permettront de conclure que vos mille canaux et vos mille robinets résisteront aux fuites d’une boue à laquelle vous demandez, dans le même temps, de se rendre liquoreuse? Voyez-vous, Monsieur, nous disposons d’un remède efficace contre la boue, la logique, dont la magistrature nous interdit depuis Aristote de soutenir une thèse et son contraire au même instant et sous le même rapport.

Le fou : Docteur, je crois qu’il me faut vous apprendre les secrets et les chausses-trapes de votre logique ; et, pour cela, voici la première leçon de cohérence qu’ enseigne cette discipline. Sachez qu’elle se divise entre deux territoires, deux royaumes et sans doute deux empires de la science économique. Le premier embrasse le commerce et l’industrie des nations, lequel obéit à la loi dite de l’offre et de la demande, dont la sainteté subit des outrages répétés à sa pudeur ; car tantôt les banques jettent par les fenêtres l’argent qui leur est confié par leurs clients, qu’on appelle également des déposants, tantôt elles vendent leurs charmes à crédit et se prostituent à un prix exorbitant. De leur côté, les entreprises converties à la chasteté font fabriquer leurs produits de consommation dans des pays où la main d’œuvre est demeurée monacale, ce qui rend conventuel dans le monde entier le marché de la consommation des produits frais. Afin de porter remède à la lascivité généralisée qu’engendre la fraction de l’économie consacrée à la parturition des marchandises périssables, les banques prêtent aux fabricants des sommes tellement fantastiques qu’elles se voient contraintes de les tirer des mamelles des Etats, qui, de leur côté se les procurent à bas prix par l’impôt.

Le psychiatre : Et pourquoi une si saine nativité et de si bonnes mœurs entraînent-elles tant d’effets malheureux?

Le fou : Hélas, docteur, un chômage massif résulte logiquement de l’impuissance dont souffrent les citoyens de consommer des biens trop dispendieux pour leur bourse. Certes, les marchandises sont confectionnées quasi gratuitement à l’étranger, ce qui devrait conduire vers leurs pâturages naturels le troupeau des brebis de votre logique. Mais la procréation des produits ne rencontre que goussets et cassettes vides. Du coup, en bonne et saine logique d’Aristote, les banques injectent de plus en plus gratuitement des capitaux sauve-qui-peut dans une économie rendue exsangue d’avance, ce qui ne tarde pas à soustraire à la vue la hauteur vertigineuse d’une masse monétaire impossible à rembourser. Quelle est la logique de l’insolvabilité programmée qui sert de poumon à cette folie ? Un miracle, docteur, celui de faire consommer de force et à tout vat des foules désœuvrées et privées de pécune. Puis une seconde logique non moins asphyxiante fait alors semblant de courir au secours de la première et de tenter de la guérir de la suffocation.

Le psychiatre : J’ai hâte, Monsieur, de connaître la suite de votre histoire des déconfitures de la logique. Car si la raison elle-même raconte une histoire de fou, la pathologie dont elle souffre ne peut qu’aggraver l’état du malade. Comment défiez-vous les verdicts de la logique dont je vous ai rappelé la thérapeutique infaillible?

Le fou : Sachez, docteur, que si désemparée qu’elle soit, l’espèce de raison qui régit la moitié de l’encéphale du patient ne peut que se trouver remise d’aplomb par les bons soins d’une humanité enfin rendue super logicienne et qu’incarne un empire riche, lui, d’une masse infinie et inépuisable d’écus imaginaires, mais néanmoins de nature à remettre notre planète sur pied en un tournemain. Car nous jouissons de la protection gratuite d’une nation qui veut bien entretenir plus de mille garnisons, forteresses et châteaux-forts sur les cinq continents. Oui, docteur, nous bénéficions des grâces d’un empire bucolique, lequel produit chaque année une quantité illimitée de papier monnaie à notre bénéfice, ce qui n’est rendu possible qu’à l’école et à l’écoute de la logique séraphique qui inspire sa bonté. Savez-vous, docteur, que par l’effet de la logique des anges qui liquéfient la boue du monde, nous sommes dispensés de jamais rembourser les sommes que notre bienfaiteur rend vaporeuses dans les plus hautes régions de l’atmosphère? Qu’il est noble, qu’il est pur, le sceptre sous lequel nous nous épanouissons ! Savez-vous que cette manne s’élève déjà à plus de cinquante mille milliards de dollars? Vous voyez, docteur, que notre ciel de la logique protège tous les peuples et toutes les nations de la terre d’un désastre sans remède, et cela quand bien même cet empire des cieux se trouve réfuté depuis belle lurette sur la terre. Qu’allons-nous faire de l’entassement des félicités que cette dette immense nous octroie? Car la raison véritable, docteur, obéit au double attelage du monde et du ciel, de sorte qu’il ne sert de rien d’invoquer la logique périmée d’Aristote, d’Archimède ou de Descartes. Ah ! Docteur, la santé économique et mentale du monde entier repose désormais sur l’art du cocher suprême qui tient d’une main ferme les rênes du cosmos – j’ai nommé le paradis militaire et bancaire du Nouveau Monde !

Le psychiatre : Il faudra que vous vous demandiez si nous ne pourrions prononcer le panégyrique d’une raison américaine tellement surhumaine que sa logique étranglerait dans ses serres celle des évadés actuels de la zoologie. Car enfin, Monsieur, il existe une cour de cassation des jugements déments du singe semi pensant et l’esprit de logique de cette cour se hisse à contempler de haut la contradiction interne que vous mettez sans vous en douter super-logiquement en scène. Dites-moi donc comment, en bonne et saine logique d’une humanité véritable, vous remettrez le monde sur ses pieds. Sera-ce à fabriquer force écus de papier, sera-ce à les colloquer dans un monde stellaire? Vos parchemins volants, comment les suspendez-vous dans le vide de l’univers, comment les faites-vous retomber en pluie sur la terre, comment fécondent-ils arpents et lopins, comment emportent-ils subitement dans les nues la boue liquoreuse dont vous refusez la solidification?

Le fou : Et vous, docteur des mitres et des tiares, si vous consolidez votre boue providentielle sur toute la terre habitée, si vous en faites de l’or en barre, si vous la changez en une pluie de grâces, ne pensez-vous que ce sera l’encéphale même du genre humain que vous allez ramener à l’âge de la pierre taillée? Car enfin, Monsieur le philosophe, la logique a besoin d’un pilote, le pilote a besoin d’un système de navigation, le système de navigation a besoin d’un capitaine et le capitaine a besoin du guidage d’une étoile. Cette étoile, docteur, appelons-là l’intelligence, cette étoile, faisons-en le souverain de la raison du monde.

Le psychiatre: Monsieur, je crains que votre espèce de raison ne refuse d’acquitter le tribut que le vrai souverain de l’intelligence lui réclame. Votre logique vous enseigne seulement, primo, que la force fait le droit, secundo,qu’un empire de la guerre serait justifié à se présenter en législateur de la planète, tertio, que l’illusion de la richesse serait une victoire de l’esprit et que la terre entière serait conviée par le ciel de la démocratie à frapper de la fausse monnaie sur l’enclume de la logique du monde. Mais voyez-vous, Monsieur, c’est sur la balance de la morale qu’une raison saine dépose l’or de l’intelligence et c’est l’humanité dans sa folie que les plateaux de cette balance-là enseignent à peser.

Le fou : Qu’allez-vous faire, docteur, de la boue qui recouvre la terre ? La couperez-vous en morceaux ? La placerez-vous sur des chariots ? La transporterez-vous je ne sais où ? Ferez-vous du vide de l’immensité la poubelle de la folie du monde?

Le psychiatre: Je crois, Monsieur, que vous commencez de porter un vrai regard sur la folie, et que ce regard est celui d’une morale de l’intelligence. Mais savez-vous d’où vous regardez l’alliance de la raison avec la morale? Voyez-vous, Monsieur, il existe une psychanalyse des dérobades de l’intelligence quand une haute morale apostrophe sa droiture. Pourquoi avez-vous dit pis que pendre de la logique économique dont l’immoralité fait, de la planète du capitalisme bancaire un asile d’aliénés? Pourquoi avez-vous raisonné si juste sur la folie et l’absurdité des marchands de boue du Déluge et pourquoi avez-vous prononcé ensuite une apologie vibrante du grand orchestrateur de ce désastre, l’empire américain? Comment accordez-vous ces deux logiques, Monsieur le logicien ? Ne pensez-vous pas que les croyants qui, d’un côté, se prosternent devant une divinité qui les comble de bienfaits mirifiques dans l’au-delà et qui, de l’autre, les voient se précipiter en masse dans une géhenne brûlante s’ils ne lui prêtent pas humblement allégeance, ne pensez-vous pas, Monsieur, que ces gens raisonnent comme vous, eux qui adorent la justice immorale d’un tortionnaire éternel et qui le saluent dans leurs prières?

Pourquoi cette oscillation de votre logique entre une lucidité luciférienne et de si pieuses louanges à la gloire d’une idole cruelle et aveugle ? Quelle est l’immoralité qui vous permet de condamner l’immoralité du monde, puis de la sanctifier à toute allure? Quelle est la morale de la science de l’humain qui vous permettrait de juger de l’immoralité de Dieu, sinon une intelligence qui vous éclairerait sur le balancement perpétuel d’une humanité errante entre les sacrilèges de la lucidité et la piété apprise des génuflexions ? Et si le courage et la peur étaient le moteur à deux temps de l’histoire de la folie et si le besoin de se soumettre à un maître et celui de se mettre debout se faisaient la guerre sous les crânes, ne pensez-vous que nous disposerions d’une balance à peser ensemble la démence et l’intelligence et que nous saurions alors de quelle fontaine de la logique la vraie morale s’alimente?

Car si vous observez la boue de cette nuit avec les yeux d’une éthique, voyez comme elle a d’ores et déjà changé de substance, la folie, voyez comme sa matière se laisse apercevoir avec les yeux d’une autorité que vous appellerez demain la reine de l’intelligence. De quel télescope allez-vous vous armer afin de reconnaître la folie en tant que telle?

Le fou : Docteur, la folie dont vous parlez me donne le vertige : ne remonte-t-elle pas aux origines du monde ? Ne sont-ils pas innombrables, les fous qui, depuis des millénaires, combattent la folie et l’immoralité des dieux de leurs congénères? Comment deviendrais-je une apôtre de la raison si vous me demandez maintenant de combattre pour une éthique de l’intelligence qui citerait enfin le Dieu des singes devant son tribunal?

Le psychiatre : Je crois, Monsieur, que vous avez pris le chemin de la guérison. Si vous décidez de porter la boue du monde et du ciel confondus sur vos épaules, si vous décidez de les combattre toutes deux jusqu’à votre dernier souffle, vous saurez que votre rêve, Monsieur, je l’ai fait à votre âge et que c’est lui qui m’a appris que le médecin de la folie est le patient d’un héroïsme de l’éthique.

Le 2 janvier 2011

aline.dedieguez.pagesperso-orange.fr

VIA:

http://w41k.info/47210

Les prisons privées aux États-Unis : un commerce plus lucratif que la drogue.

Telam

TELAM – Des décennies de politiques xénophobes et de main dure (tolérance zéro), et un système pénal ancré dans l’enfermement, ont créé aux États-Unis la plus grande population carcérale au monde et une industrie multimillionnaire de prisons privées.

Il y a un peu plus de 15 ans, la chercheuse étasunienne et militante des années 6O, Angela Davis, inventa le terme de « complexe industriel carcéral » et l’a comparé au puissant et redouté complexe militaro-industriel étasunien.

« Les prisons ne font pas disparaître les problèmes, elles font disparaître les êtres humains. Et la pratique de faire disparaître un grand nombre de personnes des communautés pauvres, immigrantes et racialement marginalisées est devenue littéralement un grand commerce », écrivait la dirigeante communiste.

La plus grande entreprise carcérale des États-Unis, Corrections Corporation of America (CCA) fut aussi la première de cette industrie innovatrice.

Créée en 1983, elle fut conçue par Jack Massey, le même homme qui à la fin des années 60 fonda l »Hospital Corporation of America qui est aujourd’hui la plus grande entreprise d’hôpitaux et de centres de chirurgie privés des États-Unis.

L’année suivante, Wackenhut Corrections Corporation apparut sur le marché, une entreprise qui plus tard sera rachetée par le Groupe Geo, la seconde compagnie la plus grande du complexe industriel.

« L’industrie surgit dans un contexte dominé par la mentalité conservatrice de l’époque de Ronald Reagan et dans le cadre de la politique de la main dure, qui créèrent une demande suffisante pour convaincre un groupe d’investisseurs qu’il existait une opportunité pour les entreprises », expliqua à Télam Donald Cohen, directeur exécutif de l’organisation In The Public Interest

D’après ce qu’il a raconté au téléphone depuis son bureau de Washington, les entreprises commencèrent par construire des « prisons spéculatives », autrement dit, elles construisirent sans encore avoir de contrats avec les gouvernements locaux ou des états.

Les premières prisons furent construites dans des villages petits et pauvres avec la promesse de garantir des emplois, d’augmenter la perception d’impôts et de diminuer les coûts que provoquait pour les gouvernements la population carcérale croissante.

Elles étaient soumises aux mêmes réglementations que les prisons publiques et, une fois mises en service, elles étaient soumises aux contrôles des mêmes entités gouvernementales, mais comme pour toute entreprise, leur objectif final était le profit.

Selon Cohen, depuis les débuts de l’expansion de cette industrie, elle se fonde dans le « coupe de fonctionnaires »

Cela a commencé par les municipalités, les gouvernements des états ont suivi, principalement dans le Sud du pays, près de la frontière avec le Mexique, et finalement, l’Etat Fédéral s’y est mis avec l’arrivée de Bill Clinton à la Maison Blanche,

Clinton a encore durcit la politique criminelle du pays, mais ce fut son implication dans la fin de l’« ère du grand état » qui réduisit dramatiquement la bureaucratie publique qui ouvrit la porte au Département de Justice pour contracter des prisons privées où se retrouvaient par dizaines de milliers des migrants sans papiers et des criminels.

« Au milieu des 90, CCA était une de entreprise les mieux cotées à Wall Street », fait remarquer Judy Green, directrice de l’organisation Justice Strategies, une organisation spécialisée en politique criminelle basée à Brooklyn, New York.

Mais le plus grand boom pour le complexe industriel carcéral naissant vint après la déclaration de « guerre contre le terrorisme » en 2001 et, en particulier, avec la politique pour freiner l’immigration du second mandat du républicain Georges W Bush.

A la fin de 2010 le complexe industriel carcéral hébergeait 8% des prisonniers du système fédéral et des états, et s’était installé avec diverses intensités dans 30 des 50 états du pays selon l’Office des Statistiques de la Justice étasunienne.

En pourcentage, cela paraît peu, mais ce qui retient l’attention, c’est le rythme de croissance de cette industrie en fonction de l’augmentation du nombre de personnes détenues dans le pays.

Entre 1999 et 2010, la population carcérale aux États-Unis grandit de 18% mais le nombre de prisonniers dans les prisons privées fédérales et des états augmenta d’environ 80%.

CCA possède 66 prisons avec une capacité de 91 000 prisonniers, alors que le Groupe Geo possède 65 prisons et peut héberger plus de 65 700 détenus. Leurs bénéfices annuels en 2011 furent de 1 700 millions et 1 600 millions de dollars respectivement.

Au niveau fédéral, cette croissance se base sur la privatisation d’une grande partie du système de détention des immigrants sans papiers, pendant que pour les états, elle fut obtenue grâce à « la coupe des fonctionnaires » par les autorités locales, qui permit la signature de contrat peu conventionnels.

Un rapport de 2012 d’In the Public Interest analyse 62 contrats d’entreprises carcérales avec des gouvernements d’états et révèle que plus de 65% contiennent des clauses qui obligent l’état à garantir une occupation minimale de 80 à 100% des « chambres », même si le taux de criminalité diminue.

Par exemple, dans le Colorado, le nombre de crimes s’est réduit d’un tiers dans la dernière décennie et cela permis la fermeture de 5 prisons publiques depuis 2009.

A l’origine, le gouvernement du Colorado avait défendu la signature de contrats avec des prisons privées en usant de l’argument que les prisons étaient débordées.

Cependant, en 2012, après la fermeture de cinq prisons, le gouvernement local signa un contrat avec CCA pour leur garantir en 2013, l’arrivée d’au moins 3 300 prisonniers dans les trois prisons que l’entreprise possède dans cet état, pour un coût annuel de 20 000 dollars par prisonniers.

A l’égal de l’industrie militaire, l’industrie carcérale a acquis ses talents pour la négociation à coups de millions de dollars investis en lobbying et obtenu une partie de son influence grâce au groupe ALEC (Conseil d’échanges législatifs étasuniens)

ALEC n’est pas formellement un groupe de lobbying.

Son slogan est « gouvernement limité, liberté de marchés, fédéralisme », sa fonction est de rédiger et promouvoir des projets de lois et ses membres comprennent plus de 2 000 législateurs de l’état et directeurs exécutifs de grandes corporations (jusqu’à il y a quelques années CCA et le Groupe Geo)

Leur regroupement est organisé par des commissions, comme celles du Pouvoir Législatif, et chacune d’elles est dirigée par un législateur en fonction et un entrepreneur impliqué dans le secteur en question.

Les medias étasuniens et parmi eux le New YorkTimes et la revue The Nation, relièrent ALEC avec des lois de main dure, comme celle qui permis aux citoyens de tirer quand ils sentaient que leur vie était en danger, ainsi qu’aux principales normes qui permirent la privatisation du système pénitencier.

« Les entreprises carcérales n’ont pas créée les lois, mais elles ont aidé à ce quelles soient approuvées… et cela à un sens. Si tu es côté à Wall Street, tu dois croître. Et pour que tes actions montent, ton marché doit s’agrandir », synthétise Judy Green.

Les 30 dernières années ont démontré que l’unique manière de s’agrandir du système carcéral ce sont les politiques criminelles dures.

Telam

Article original en espagnol Cárceles privadas en EEUU: un negocio millonario CONTRAINJERENCIA, le 3 mars 2014.

Traduction Anne Wolff

Notes de traduction,

résumé d’un commentaire

Certaines prisons privées se sont fait une spécialité des « immigrants sans papiers ». Les conditions de détentions abominables ont été stigmatisées par la LDDH. Les détenus, maltraités physiquement, qui n’y bénéficient d’aucuns soins de santé et doivent dans certaines d’entre elles, payer eux-mêmes leur nourriture (rappelons que ces prisons sont subsidiées à hauteur de 20 000 mille dollars par an et par tête).

Un autre article que j’ai lu à ce sujet évoquait des juges peu scrupuleux qui prononçaient leurs sentences non plus en fonction de la gravité des faits, mais en fonction de quotas à atteindre pour remplir les prisons.

Et j’aimerais aussi attirer l’attention sur le fait que de nombreuses associations espagnoles, lancent l’alerte sur le fait que leur pays prends le même chemin de la dangereuse alliance entre tolérance zéro et privatisation des prisons.

Quelques chiffres et un graphique

D’après l’étude réalisée en 2011 par Roy Walmsley, pour le Centre international d’études pénitentiaires :

Les États-Unis comptent (en 2011) 2 292 133 prisonniers pour une population de 3O8 497 039 habitants soit 743 prisonniers pour 100 000 habitants et 23% de la population carcérale mondiale. (et depuis l’ère Reagan se chiffre ne cesse de croître dans une proportion supérieure à 15% par an !)

En comparaison, la Russie compte 559 prisonniers pour 100 000 habitants, la Chine 122 et la France 102

mondialisation.ca

Les amuseurs publics

Dans le monde du « bloging », il y a les sérieux :

Ils analysent le monde, la géopolitique à partir de pièces détachées, ou encore – bien mieux – à travers les estampillés d’universitaires qui font des carrés de sable dans un monde qui ne tourne pas rond.

En fait, ils n’incluent pas l’aspect humain, mais répètent la froideur d’analyse.

Ce sont les dieux du Web…

Sans le savoir, ils écartent souvent l’aspect humain, tout comme les guerriers propres qui font sauter les enfants à coups de mines antipersonnel dont les industries sont financées par des firmes  d’une propreté autant admirable que sournoise.

C’est du sérieux. Du cerveau. Alors ne doutez pas du cartésianisme ni du sérieux, ni de la vérité de ce genre d’analyses à matière grise.

Ils sont prisés comme les lignes de cocaïne dans les grandes réunions.

On fume pas, on ne boit  pas, on ne trompe pas sa femme, on est dans un monde parfait.

L’eau de javel des émotions a foutu le camp et le quand…

L’éternité est enfermée dans un corps pareil au petit papillon qui vole et qui vole…

Il en est si peu dans le petit courant de ma vie, de rencontres, qui ont une ouverture sur l’aspect  spirituel de la Vie.

La sécheresse a soif de l’eau.

Le sable et l’eau se boivent ou s’avalent. C’est un mouvement de la Vie

Quand tu aimes Henriette, Thérèse n’aime pas. C’est la dualité des amours simples. Quand tu crois posséder et circonscrire la « réalité », tu oublies les parties manquantes. Ou bien tu les écarte, comme Les invisibles. Parfois, et sinon plus actives que cet agilité du cerveau.

Il danse sur sa trampoline, oubliant que le trampoline n’est qu’un élastique infime sur la surface du monde, sur la surface de l’Univers.

Alors, pour plaire, tu dois te caser dans un univers de grands penseurs qui jugent si ce que tu fais est bon dans un monde qui juge qui tu es est bon par ce que  le bon qui plaît est « correct ».

Hors de la religion, point de salut.

Les faux assouplis pensent être souples. Ils sont aussi rigides que les gens raides qu’ils combattent.

Car tout est jugement de par « nos » critères.

Si on abandonnait les critères, la chose « questionnant » risquerait de glisser vers « l’illusion ».

Alors, le sérieux, ce sont les traceurs de démarcation.

Eux aussi ont la vérité.

Comme leurs ennemis.

En cela, je considère que le sens de l’humour est bien plus sérieux que la placidité et la fixité des paragraphes carrés et des analyses de Jello figés dont nous sommes inondés.

L’amuser public est bien plus sérieux…

C’est qu’il jongle en quatre dimensions.

Le bois mort peut servir à construire des maisons.

Mais il n’améliore pas la forêt… La souplesse des branches.

Et le fond caché des sous-bois qui nourrit.

Gaëtan Pelletier

12 septembre 2012

P.S.: Je l’ai classé dans philosophie. Prenez les petits carreaux de votre cerveau et classez. Je n’ai pas de classe…

L’école n’est pas ce que j’ai appris, c’est l’ignorance qui m’attend chaque matin.

Gaëtan Pelletier

13 septembre 2012

Édition Tiroir