
L‘Etat est le plus froid des monstres froids. Il ment froidement ;
et voici le mensonge qui s‘échappe de sa bouche :
“Moi l‘Etat, je suis le peuple.”
Friedrich Nietzsche
Constat
Avant – c’était il y a quelques décennies – c’était L’État qui faisait progresser les sociétés. On avait des projets, des rêves, des visions et des réalisations. Pour l’heure, il n’émerge des dirigeants qu’un filet de discours insipides, un inside patois et, surtout, une addiction au pouvoir à l’odeur d’une morue qui ne sait pas nager.
Les grands changements se faisaient, il y un demi-siècle, aux décennies, voire aux vingt ans. Le monde a changé : les changements sont rapides. Tout au plus cinq ans.
La structure actuelle de l’État n’a plus sa fluidité : elle patauge dans la mélasse. La beurrée est lourde et on l’on tente, sans trop de succès, d’y coller la mouche qu’est le citoyen.
L’État blâme le citoyen.
Le citoyen blâme l’État.
Les États modernes
Les États modernes ont bâti leur cible sur la pauvreté et la misère qui a régné avant les années cinquante. Mes parents qui sont passés à travers la crise de 1929, dans une société où le savoir était l’apanage d’un groupe de dirigeant liés au grand pouvoir de l’Église catholique, ont souffert de la faim…Ou des menus pauvres en diversité. Les valeurs véhiculées étaient, elles aussi, tout aussi pauvres : souffrir, mourir, pour aller au ciel. La souffrance était un moyen pour atteindre le Nirvana. Mais plus tard, dans une autre vie…
Vive les usines à fabriquer des âmes!
Et pour ce qui est de l’ouverture d’esprit et de l’amnésie, le présent pape condamne l’homosexualité, la contraception, l’avortement. La liste est longue.
Je reviens à mes parents.
Ces gens-là se sont nourris de légumes-racine, de jarrets de porc, de quelques œufs et de fèves au lard. Quand ils en avaient…
Issu d’un milieu pauvre, j’y ai goûté.
Le menu m’a rempli le ventre. Le vomi qui m’en est resté est celui du bourgeois bien-pensant dont l’œil crachait un regard fielleux sur la pauvreté. La pauvreté n’étant qu’une impuissance, un manque de volonté, dans un monde au nez collé au front.
Le bourgeois-pape a ses valeurs dans une boîte scellée.
C’est pour ça qu’au boxing-day, il se débarrasse de son trop avoir pour chariter les pauvres.
Il vide sa maison.
Finalement, le pauvre est la poubelle de ce gentils bourgeois. Sauf qu’il ne passait qu’une fois par année.
Le stress et la pharmacologie
La génération qui a suivie est devenue de par les richesses acquises, le savoir-margarine, une classe de petits bourgeois se nourrissant d’une cuisine fine, grasse, et pensée… Il est devenu cérémonieux et d’apparat. La valeur se mesurait à ses avoirs, tant culturels que matérialistes.
Le ridicule ne les a pas tués, mais il en a fait mourir plusieurs de crises cardiaques, les artères plus bouchées qu’un discours papal.
Ils ont élevé leur progéniture à la manière de leur façon d’être, sûrs qu’il n’y aurait plus jamais de misère. Dans une vie sans histoire…
Une vie sans Histoire
Vint une nouvelle maladie : le stress. Mais la société découvrit une belle usine : les pharmacies. La pollution, le rythme de vie, les grandes ambitions, firent en sorte que notre humain se rendit compte qu’il travaillait sous pression… Mais… On pouvait le décompresser. Comme un fichier RAR. En capsules, en poisons de tout acabit et de couleurs composites.
Quand on vit vite, on se guérit vite…
Beau crédo!
Une vie sans histoire, ça n’existe pas. Du Houdini chimique. Comme les pubs à la télé : le type avale une pilule et en quelques secondes il s’en va en patins à roulettes poursuivre un bus.
Non, ça n’existe pas.
On a cru aux menteurs. Et encore on y croit.
Et le mensonge est tellement beau que tous les pays de ce «monde» qui ont tous pour nom 1929, voudraient vivre notre rêve.
De la voiture à l’âme
Après avoir eu le ventre plein, au point de gonfler – toujours comme la morue – notre Homme, une fois débarrassé de la fausse religion, fut convaincu qu’il était à la mesure de son sac de vidanges : une denrée périssable, un montage de chair, une caverne à émotions.
L’état et la science (sic) l’y encourageait. Une fois parti, et sous terre de six pieds, que reste-t-il de nos amours? La science travaille sur ce qu’elle voit et sur une dose contrôlée d’imagination. De peur de sombrer …dans le doute. La certitude étant le nouveau crédo. Une pomme + une orange = 2.
L’intelligence ne veut pas s’aventurer plus loin que ses yeux à travers un prisme cartésien.
Hubert Reeves doute…
Et il est si savant qu’il nous fait douter.
Pourquoi ne pas douter de lui?
Comment tuer le matérialisme
Platon n’a jamais pensé que l’Homme irait un jour sur la lune. Et au coût de près de 300$ milliards USD.
Non.
Il rêvait :
La recherche de la meilleure constitution est le principal souci de Platon, car le but d’une cité bien constituée est de faire mener à ses citoyens une vie heureuse, vie heureuse qui ne se peut réaliser qu’en fonction de l’état de l’âme. L’âme est ainsi toujours la finalité des spéculations, tant politiques que métaphysiques, de Platon.
L’état de l’âme… Dans un monde matérialiste, consumériste – ce bouche-trou qui camoufle les nids de poules de nos cervelles de poulet à la Kentucky, on a l’impression que nos États nous ont créé un Auswitch tellement discret, que même un Hubert Reeves ne pourrait pas le voir.
Les brûlures sont intérieures.
La pharmacie un glaçon.
Il rêvait ce à quoi nous rêvons…
Un monde où le véhicule utilitaire ne mène nulle part, sauf ce long chemin qui va du cerveau au nombril.
Les États incompétents
L’État est aux prises avec le plus de la même chose, l’argent. N’étant plus compétent dans la manière de gérer les vies des citoyens, c’est le citoyen qui devra tuer l’État pour accéder à une certaine forme de bonheur.
L’État est un hippopotame dans la mélasse.
Et on attend de lui qu’il nous apprenne à bouger.
Il n’y a plus rien à attendre. Tant qu’il aura des gaz et que les masques à gaz seront disponibles, nous serons dans un coma.
En fait, nous le sommes déjà : on est branchés à des appareils qui nous nourrissent d’un liquide encore plus épais que la mélasse.
C’est sucré.
Mais ça nourrit quoi?
Un corps de 1929?
Mais nous ne sommes plus en 1929.
Sauf dans ces pays de la Terre où on a gardé des humains sur leur faim. La raison est simple : nous, les riches, nous mangeons des humains. Et des enfants, en plus… Et quand on ne les mange pas, on en tue dans les guerres.
On vit encore dans une monarchie : celles des idées.
Oups! Celle de l’idée…
Gaëtan Pelletier
28 décembre 2008