Il ne faut surtout pas sauver le soldat Needham

«J’en rêve encore. J’ai vu des enfants – des  corps des enfants coupés, brûlés et mutilés. Voir  des femmes mortes et des femmes mutilées vous change à jamais »

John Needham,  Juillet 2009

John Needham est décédé d’une overdose de médicaments, en 2010. En 2008, il  avait battu à mort  sa copine, Jacqwelyn Villagomez. Ce jeune homme, sportif, bon garçon est sorti de la guerre d’Irak, blessé mentalement et physiquement. Sa « transformation » s’est faite durant son année de service dans une unité dont les méthodes étaient pour le moins douteuses. (1)

Après une tentative de suicide pendant le service, il fut blessé au dos et transporté dans un hôpital en Allemagne. Il devient accroc à la médication, puis après une suite d’interventions chirurgicales, il fut atteint d’une infection. On découvrit par la suite une tumeur de la grosseur d’un pamplemousse.

En 2007, il écrivit une lettre aux autorités concernées au sujet des méthodes de l’unité 2-12, dans le but de porter des accusations de crimes de guerre. Cette lettre se «  perdit » sans doute volontairement jusqu’à ce qu’une documentariste produise une vidéo de 47 minutes, une entrevue avec le père de John pour éclaircir cette affaire.(2)

John fut incarcéré et accusé de meurtre. Son père dut payer une caution de 1 million de dollars pour le faire libérer en attendant son procès qui n’eut jamais lieu.

AVERTISSEMENT : les images sont atroces et difficiles à supporter. Néanmoins, elles ont été intégrées dans la lettre de John par un site américain – ainsi qu’à la vidéo – avec un commentaire sur la « nécessité d’aller implanter une démocratie »,  et le prix à payer.

Lettre de John  ( Traduction maison  : Gaëtan Pelletier)

18 décembre 2007

Pour: M. Randy Waddle, inspecteur général adjoint, Ft. Carson, au Colorado,
CC: LTC John Shawkins, inspecteur général, Ft. Carson, au Colorado,
le major général Mark Graham, commandant, Ft. Carson, au Colorado
Major Haytham Faraj, USMC, Camp Pendleton, en Californie
Lt général Stanley Greene, l’armée américaine inspecteur général

Objet: Notification formelle des atrocités de guerre et crimes commis par
le personnel de la Compagnie B, 2-12, 2e Brigade Combat Team, 2nd Infantry
Division en Irak

Cher Monsieur Waddle,

Mon nom est John Needham. Je suis un membre de la Compagnie Bravo du 2e Bataillon, 2e Division d’infanterie, 2e Brigade Combat Team, 2e Division d’infanterie, (BCO ,2-12INF, 2BCT, 2id. J’ai été déployé avec mon unité à l’Irak d’Octobre 2006 jusqu’à Octobre 2007, puis  j’ai été évacués pour des blessures physiques et mentales dont  souffert pendant mon déploiement. Le but de ma lettre est de rapporter ce que je crois être des crimes de guerre et de violation du droit des conflits armés que j’ai personnellement témoins alors qu’il était déployé en Irak.

En arrivant en Irak en Octobre 2006 mon unité a été affectée à l’unité de cavalerie ¼ au Camp Prospérité. En Mars 2007, j’ai été renvoyé de mon unité, la société B 2-12 au camp Falcon. C’était  au camp Falcon que j’ai observé et  été forcé de participer à des actes laids et inhumaines contre les citoyens irakiens dans notre domaine de responsabilités. Ci-dessous je liste quelques-uns des incidents qui ont eu lieu.

En Mars 2007, j’ai été témoin que le  SSG Platt a tiré  et de blessé  un ressortissant irakien sans cause de   provocation. Le sergent-chef a déclaré qu’il soupçonnait l’Irak d’être  un «trigger man » . Nous n’avions pas été attaqués et nous n’avons trouvé aucune preuve au sujet de cet l’homme pour soutenir cette allégation. Pendant que  l’Irakien  saignait sur le sol , PVT Smith a demandé d’administrer les premiers soins à l’irakien. SSgt Platt a dit non : “laisser-le  saigner.” Quand SSG Platt s’est éloigné ,  Pvt Smith et PVT Mullins se sont dirigés vers l’irakien et  l’ont traîné dans une ruelle, et appliqué les premiers soins. Ils l’ont ensuite conduit à une  cache pour un traitement ultérieur.

En Juin 2007 1SG Spry demanda qu’un  jeune iranien  soit  arrêté, interrogé, détenu et tué. Nous n’avions aucune preuve que l’Irakien  était un insurgé ou terroristes. Dans tous les cas où nous avons procédé à des arrestations, aucun ne constituait   une menace.  Bien que je n’ai pas été  personnellement témoin de l’assassinat, j’ai observé 1SG Spry démembrer le corps et parader  attaché au capot d’un Humvee dans le quartier Mouhalla,  pendant que l’interprète lançait  des avertissements en arabe dans  le haut-parleur. J’ai une photo qui montre 1SG Spry, en train d’extirper le le cerveau de la victime.

À une autre occasion un  irakien  a été arrêté par une équipe dirigée par le Sgt Rogers, pendant  il marchait dans une ruelle. L’Irakien  a été détenu et interrogé, les  mains attachées derrière le  dos, SGT Rogers lui arracha la peau du  visage.

1ER Spry a abattu un adolescent irakien  d’environ 16 ans. Cela sans aucune provocation, l’Irakien ne  représentant  aucune menace à l’unité. Il était simplement sur son vélo au passage  d’un site embuscade. Quand je suis arrivé sur la scène,  j’ai observée 1SGT Spry avec SSG Platt qui démembrait  corps du garçon.

En août 2007, j’ai répondu à l’appel radio du SGT Rogers rapportant  qu’il venait d’abattre un Irakien qui tentait d’entrer par un trou que le peloton avait créé en faisant exploser un mur,  afin de leur permettre l’observation de la zone au cours d’une patrouille de sécurité. Quand je suis arrivé, j’ai vu un seul homme armé qui était encore en vie,  couché sur une barricade. L’homme était âgé d’environ  30 ans. Il avait un vieux pistolet Ruger accroché à son pouce. Il était évident,  pour moi ,  que le pistolet a été placé là, vu la  façon dont il était  suspendu à son pouce. L’Irakien  était encore vivant quand je suis arrivé.

J’ai vu le SGT Rogers lui tirer dessus à deux reprises dans le dos avec des balles à pointe creuse. L’Irakien  était encore en mouvement. Je demandais pourquoi ils lui ont tiré dessus à nouveau quand j’ai entendu le sergent Hoskins dire “il se déplace, il est toujours vivant.”

SPEC Hoskins ensuite déménagé à l’irakien et l’a tiré derrière la t^teé . SSG Platt et SGT Rogers étaient visiblement excités de cet acte.  Je les ai vus  ensuite  extirper  la cervelle de l’ irakien  et le placer dans le le « body bag ».  CPT Kirsey doit avoir appris quelque chose de  cet incident parce qu’il était très bouleversé et a admonesté les sous-officiers impliqués.

J’ai vu et entendu 1SGT Spry se  vanter tuer les chiens. Il tenait un compte . Au dernier décompte,  Je me souviens qu’il se vantait d’avoir tué 80 chiens.

En de nombreuses occasions j’ai observé les  SGT Temples, SSG Platt et SGT Rogers battre et abuser d’adolescents irakiens,  certains aussi jeunes que 14, sans cause. Ils devaient pénétrer dans r  une maison près des zones où ils soupçonnaient que nous avions reçu des tirs de snipers, puis ils arrêtaient  et battaient  les enfants.

J’ai des photos qui supportent mes allégations. J’ai aussi de nombreuses autres photos sur un PC portable que l’unité m’a illégalement saisies. J’ai demandé qu’elles me soient retournées, mais ils ont refusé.

Mes expériences m’ ont porté un coup terrible. Je souffre du SSPT( 3 )  et  dépression. Je n’avais aucun moyen d’arrêter les actions atroces  de mon unité. Quand j’ai refusé de participer, ils  ont commencé à abuser de moi et  à me harceler. Je suis toujours en traitement à l’hôpital naval de Balboa. Je vous demande respectueusement que vous enquêtiez  sur ces questions et assumer ma sécurité  en me réaffectant  à une autre unité qui n’est pas située  à Fort Carson, que vous retourniez  mon PC ou, du moins, le saisir pour protéger  les preuves sur celui-ci , et que vous émettez un ordre militaire de protection afin d’interdire les membres de mon unité fautive de harceler, d’exercer des représailles, ou de me contacter.

J’ai quelques photos et quelques documents à l’appui de ces allégations.

Respectueusement,

PFC John Needham
de l’armée américaine

____________________________________

1-      Selon les propos du père de John Needham, Michael, un vétéran de la guerre du Vietnam, l’unité 2-12 s’adonnait au pillage, à la recherche de drogues, et à la revente de marchandises.

2-      On the Dark Side in Al Doura- A Soldier in the Shadows

3-      SSPT : Syndrome de Stress Post Traumatique

Référence :

A – http://www.aolnews.com/2010/02/26/iraq-war-vet-in-murder-case-found-dead-faced-other-charge/

B – http://www.salon.com/2009/02/12/coming_home_three/

C – http://drvitelli.typepad.com/providentia/2011/12/the-military-john-needham-and-ptsd-.html

D- http://www.dailymail.co.uk/news/article-2061425/Troubled-Iraq-veteran-John-Needham-killed-girlfriend-dead-18-months-later.html

Gaëtan Pelletier, Janvier 2012

Pourquoi?


Pourquoi est-ce que les États-Unis disent que l’Iran est dangereux pour la planète?

 

Pourquoi y-a-t-il autant de maladies alors que nous avons une médecine aussi sophistiquée?

 

Pourquoi n’avons-nous plus envie de travailler autant, alors que le travail est une activité de la vie?

 

Pourquoi plante-t-on autant d’aiguilles dans le corps des enfants pour qu’ils soient en « santé » plus tard?

 

Pourquoi devenons-nous de plus en plus pauvres dans les pays riches?

 

Pourquoi dépense-t-on autant d’argent pour la guerre, alors que si on la dépensait pour la paix, on aurait sans doute de meilleurs résultats?

 

Pourquoi avons-nous envie de fuir un monde qui nous donne autant de conforts?

 

Pourquoi avoir donné hier 40% de nos revenus à l’État, et maintenant près de 60%?

 

Pourquoi avons-nous évolué du mal être physique au mal être psychologique?

 

Pourquoi des gens du bout du monde viendraient nous attaquer, alors qu’ils ne sont que des paysans aux yeux si beaux qu’on aimerait les voir de près?

 

Pourquoi créer un système scolaire qui fait que les citoyens commencent à travailler à 30 ans?

 

Pourquoi travailler jusqu’à 67 ans pour une pension, alors que beaucoup de travailleurs seront soit malades ou soit décédés?

 

Pourquoi sommes-nous des fleurs et que les abeilles sont des F-35 venus prendre notre nectar?

 

Pourquoi autant d’amour quand on reçoit un enfant et autant de haine quand on reçoit un adulte?

 

Pourquoi le progrès est-il une télé au lieu d’un art de vivre?

 

Pourquoi les soldats fument-ils autant dans les guerres? Ils n’ont pas peur de mourir?

 

Pourquoi devrions-nous nous abonner à l’éternité ici-bas?

 

Pourquoi sommes-nous autant dénaturés?  Feriez-vous fonctionner vos autos aux carottes?

 

Pourquoi tout le monde veut devenir chanteur, vedette, et non pas soudeur, électricien, ou vidangeur?

 

Pourquoi établir une liste de « métiers » avec cotes de valeurs?

 

Pourquoi se mettre à genoux devant un médecin et vomir devant le vidangeur qui passe à tous les vendredis?

 

Pourquoi les églises sont-elles vides alors que les banques sont pleines?

 

Pourquoi n’existe-t-il pas de « vidéo game » de Jésus contre Allah?

 

Pourquoi voulons-nous vendre nos idées?

 

Pourquoi sommes-nous autant  effrayés, alors que les dinosaures sont disparus?

Gaëtan Pelletier

L’ÂMOGRAPHE: LES COCHONS NE MEURENT JAMAIS

Groinnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnnn!

Les porcs indiquent le plus souvent le “gronk” (généralement connu sous le nom de “oink”). Ils ont un rituel raffiné de courtoisie, y compris une chanson entre les mâles et les femelles. Les porcelets nouveau-néss apprennent à fonctionner à  la voix de leur mère .Les porcs apprécient la musique.

. Le cochon, animal social

J’aime  les porcs. Les chiens  nous regardent  avec vénération.Les chats nous toisent avec dédain. Lescochons nous  considèrent comme des égaux.

Wiston Churchill

Il y a bien des étapes dans la vie. L’une des plus belles se situe au commencement de celle-ci : on n’a pas de projet, on est le projet. Les plus affligeantes attentes sont les plus angoissantes. Et c’est au moment où tout n’est que projet. Et c’est de cette manière que les gens passent aujourd’hui leur temps : dans la peur de ne jamais rien terminer. Tout simplement parce qu’ils n’arrivent pas à se concentrer sur ce qu’ils sont en train de faire, mais obsédés par la phase dite finale. Alors, on se retrouve toujours avec un bas différent. Et deux bas de «mouture» moyenne, puisque l’un a été fabriqué dans la hâte de crainte que l’autre nous échappe.

Il survient alors, à l’achèvement de l’existence, comme une sorte de retour vers cette enfance à l’âme pure, sans souillure : rien à terminer. Et c’est ainsi que je suis devenu, tranquillement, péniblement, un «lâche-prise». De sorte qu’aujourd’hui, ma plus belle réussite est de tricoter un bas sans me soucier si j’aurai le temps de tricoter l’autre.

***

Peu après mes six ans, mon père décida que ce n’était pas encore le temps pour moi d’aller à l’école. Il avait trouvé un emploi de cuisinier dans le nord de l’Ontario. Mes parents firent les rapidement préparatifs et nous quittâmes le  petit village de Sully  pour un long trajet en auto.

Pour ce qui était de l’école, il fallait se soumettre à l’impératif de l’époque : manger. Les besoins primaires.

- Tu iras plus tard… L’an prochain…

Partis un soir d’octobre, en automobile, par un matin frisquet, alors que les herbes avaient des engelures le voyage m’angoissait un peu.  C’était dans les années cinquante.  Les routes bordant le Saint-Laurent étaient sinueuses… Mais sans trop de trafic. La randonnée, toutefois, me parue  longue.  Nous nous sommes s’est arrêtés  pour le déjeuner « Au Martinet», à La Pocatière.  Après ce fut Québec, Montréal.

La nuit venue, nous nous fîmes un arrêt à un motel. Pendant ce temps, mon frère qui avait à peine un an, avait eu le temps de faire «ses besoins » dans l’auto…et sur moi,  ronflant  sur le siège arrière. Les odeurs étaient insupportables. Je voyais le tableau de bord tout illuminé, danser dans une sorte de gigue, de par ma tête qui oscillait entre le réveil et le sommeil.

*

Le trajet jusqu’au camp se fit dans une Autoneige B-12  Bombardier avec de hublots ronds, à travers lesquels je scrutais ce paysage triste d’automne, avec ses arbres défoliés, cette humidité qui emplissait l’atmosphère  Il n’y avait pas de route pour s’y rendre. Seulement  une voie raboteuse et ardue. Le trajet me parut une éternité.

*

L’hiver arriva. Les chutes de neiges recouvrirent  les bois. Un beau duvet blanc, dans la patience infinie des flocons. Et  à tous les matins, on m’envoyait jouer dehors.  C’est par un de ces matins que je vis le cochon  attendre son repas : les restes du petit déjeuner  que mon père, cuisinier,  balançait  sur la neige avec une chaudière de métal.  De la nourriture chaude qui au contact du tapis glacé  faisaient se soulever  des panages de vapeurs et des exhalaisons aux effluves vibrantes et composites. Le  cochon  avalait ce repas avec un appétit insatiable.  Je le regardais, sans broncher, et il  semblait ne pas trop  se soucier de  moi.

Après quelques matins, il remarqua ma présence. Il se tourna  et me regarda. Je scrutai longuement ce regard aux yeux rouges et ces étranges sourcils roses. Il se rapprocha pour me renifler avec ses deux grosses narines boursoufflées, la tête hautaine, les oreilles pendantes.  Je ne ressentais aucune crainte. Il me semblait que nous avions la même pour curiosité pour les êtres étranges que nous étions  l’un pour l’autre. Il ressemblait à une tirelire vivante. C’est tout ce que je connaissais des cochons. Que savait-il de moi? Je l’ignorais. Mais nous avions une chose en commun : aucun préjugé. Je n’avais pas lu sur les cochons, et lui n’avait pas lu sur les humains. Nous étions deux solitudes, absentés de nos semblables, qui cherchaient désespérément un contact.

Nous sommes prudemment  devenus amis. On a fini par trouver un beau compromis : jouer.

Je courais et il essayait de m’attraper. Je m’arrêtais, puis je repartais. Je pense qu’il  avait compris le jeu : il m’attendait en s’immobilisant.  Nous recommencions alors le même stratège.

Le jeu se terminait quand mon père m’appelait pour aller manger.

Plus les jours passaient, plus nous étions attachés et fidèles. Il devint si habitué à mes sorties qu’il m’attendait à la porte le matin.  Je descendais les deux ou trois marches et lui caressais  le crâne. Puis un jour j’eus l’idée de grimper sur lui. Je le pris pour un cheval. Et lui  se prit à ce  jeu  que nous répétions par la suite à tous les matins. Dès que je m’étais installé, il partait en à toute allure  dans son trajet devenu habituel :  faire le tour du camp.  En tournant  les coins de la bâtisse,  dans son trajet brisé et brusque, il me désarçonnait et je tombais la face en plein dans la neige. Je me relevais, sonné, le capuchon tout croche.  Le cochon  s’arrêtait et m’attendait. Pataud, je me relevais et reprenais ma monture. C’était une drôle d’impression : plus je devenais habile, plus la monture grossissait. Au début, on l’aurait dit adapté à ma taille. Vers la fin, toutefois, on aurait dit qu’il grossissait pour me défier. Je montais alors une gros bête large, trapue, et de plus en plus batailleuse. Car je vis plus tard que c’est comme ça que ça se passe dans la vie : les défis, on dirait,  deviennent plus gros, plus «résistants».

Le jeu dura je ne sais combien de mois. Les enfants n’ont pas la notion du temps, ils ont celle du froid, de la chaleur, des émotions. Et personne n’en fait des horloges de ces émotions. Personne n’a pensé à faire du froid ou de la chaleur des horloges.

Il a fallu des adultes, plus tard, pour regarder le ciel, les saisons, bref, sortir d’eux pour essayer de comprendre l’univers dans le quel ils vivaient. Puis plus tard encore, ils utilisèrent se «temps» pour avilir les Hommes. Ils le hachèrent comme on hache les parties d’un cochon pour s’en nourrir. Ils le hachèrent pour créer des esclaves. J’ignorais à ce moment que le cochon pût être un esclave. Mais, en fait, c’était une bête en liberté qui restait alentour du camp parce que chaque jour lui apportait ses besoins primaires. Il avait été «domestiqué». Mais moi je ne l’étais pas encore.

Au printemps, début mars, quand le soleil se mit à dissoudre lentement cette poudre blanche,  de petits étangs agités par le vent  s’installèrent   sur la croûte durcie par les traîneaux et les chevaux. Ma  monture disparut. Je ne posai pas de questions. L’esclave avait-il pris la fuite? L’esclave avait-il trouvé meilleure nourriture que les restes des repas des humains?

Comment savoir? L’instinct, ici, ne fonctionnait pas.

Je m’attendais à ce qu’il soit là à tous les matins, comme d’habitude. Mais j’étais à la fois inquiet et surpris : inquiet de son absence et surpris par tous les reflets qui poussaient sur la neige et les flaques d’eau. Comme si la vie revenait tranquillement. Une autre vie. Une vie qui me ramènerait un autre compagnon.

Les conifères enneigés se mirent à pleurer et à verdir. Et des chants d’oiseaux emplirent peu à peu la forêt. Et l’arrière du camp ne fut plus souillé par les restes du déjeuner.

L’ami ne se présenta plus.

Et je ne l’attendis plus : deux enfants venaient d’arriver au camp. Et c’est avec eux que j’appris de nouveaux jeux.  Entre autres, celui de créer des images à l’aide de cubes. Celle qui m’étonna et me marqua pour la vie représentait le diable. J’ignorais alors ce qu’était un diable, un Satan. Mais la créature n’avait rien de rose : c’était une sorte de monstre «hors-vie», cornée, à longue queue. Je pense que j’ai eu peur. Mais je ne savais pas pourquoi j’avais peur. C’était par instinct. Le cochon, lui qui se vautrait dans la vase, lui qui était souvent sale, lui qui avalait les restes de repas parfois puants, portait à confiance. . En fait, je pensais qu’en grandissant tout le monde devenait un beau cochon gentil. Mais ce jeu-là, ce jeu «arrêté», à accoupler des cubes pour en faire des images m’a a la fois attiré et répugné. On aurait dit qu’à force de vivre avec un cochon, j’avais appris à reconnaître les créatures de ce monde en lorgnant l’invisible.

J’ai continué à jouer au jeu des cubes. Sur un côté il y avait un lac, sur l’autre un ciel, et sur le troisième un animal agile, griffé, mais gros comme un chat qui aurait vécu dans un camp.

Le temps passa. Un temps trafiqué, mais un temps tout de même.

Moi j’engraissais… Les repas avaient un goût nouveau dont j’appréciais grandement la saveur.

Et plus j’en avalais, plus je courais vite.

J’avais les joues roses, qui s’empourpraient. Et je jour où je passai devant un miroir, étrangement, je vis que mon regard n’était pas si différent de celui de ma monture.

***

Combien d’années? Combien  de ces ans ont passé avant que je m’arrête  devant cette usine à tuer des cochons, à les dépecer? Je ne sais… Trente ans,  quarante ans?

Je sais seulement que personne ne voulait débiter ces bêtes pour un salaire aussi minable qu’on offrait ici.  Alors on fit venir du bout du monde de gens qui parlaient une langue que personne ici ne comprend. Des gens de pays si pauvres qu’ils n’ont rien à jeter aux cochons pour qu’ils restent avec eux, n’ayant eux-mêmes rien pour se nourrir.

Alors ils quittent leur pays pour se nourrir des restes de repas que nous jetons par la porte.

Ils essaient d’apprendre que le temps va si vite, que les besoins primaires sont encore si pressants, qu’on n’a pas le temps de se faire des amis en les taillant avant de bien les regarder dans les yeux.

Et quand ils se promènent dans le village, les gens ne leur portent pas trop d’attention : ce ne sont que des dépeceurs  de cochons.

Infinito par MESA – Street Art au Sahara

L’artiste de rue MESA est allé dans le désert du Sahara pour vivre avec les familles sahraouies des camps de réfugiés.
«Dans le Sahara les conditions de vies sont extrêmement difficile, ils vivent dans le désert des déserts, sur une terre qui n’a pas de fin, et où le temps n’existe pas, explique MESA.

“Les vieux villages sahraouis qui se trouvent dans le Maroc du Sahara Occidental occupé, ont été et continuent aujourd’hui d’être victimes de crimes contre l’humanité. Ils sont séparés de la libération du Sahara par le «mur de la honte» (un mur militaire), défendu avec de grandes forces militaires, et protégé par des millions de mines terrestres.
Après avoir vu la réalité, je suis fier d’apporter mon petit grain de sable, de transmettre un message de paix et de liberté.

 

 

 

 

 

 

 

 

Complément d’info  :
Territoire non autonome selon l’ONU, cette ancienne colonie espagnole n’a toujours pas trouvé de statut définitif sur le plan juridique, plus de trente-cinq ans après le départ des Espagnols, en 1976. Le Sahara occidental est en proie à un conflit opposant les indépendantistes sahraouis du front Polisario au Maroc qui revendique sa souveraineté sur l’ensemble du territoire. Devenu un enjeu global illustrant la rivalité entre le Maroc et l’Algérie, le dossier saharien bloque toujours la construction de l’Union du Maghreb arabe (UMA).
Le territoire est revendiqué à la fois par le Maroc — qui l’appelle « Sahara marocain » — et par la République arabe sahraouie démocratique (RASD), proclamée par le Front Polisario en 1976. Celui-ci est un mouvement dont l’objectif est l’indépendance totale du Sahara occidental, revendication soutenue par l’Algérie.
Depuis le cessez-le-feu de 1991, le Maroc contrôle et administre environ 80 % du territoire, tandis que le Front Polisario en contrôle 20 % laissés par le Maroc derrière une longue ceinture de sécurité, le « mur marocain »

PRIÈRE

Donnez-moi un arbre
Donnez-moi une rivière
Donnez-moi un caillou
J’en ferai la Terre…

Donnez-moi une ombre
Donnez-moi un air
Donnez-moi un champ
J’en ferai une chanson…

Donnez-moi un rire
Donnez-moi le temps
Donnez-moi un instant
J’en ferai l’Éternité…

Mais, mais, mais, mais..
Si tu n’entends pas
Mais, mais, mais, mais
Je ferai le premier pas

Je tuerai tous les sourds
Je tuerai les aveugles
Je tuerai tous les fous
Qui n’écoutent et ne voient pas…

Ceux qui tuent tous les arbres
Et toutes les rivières
Comme si tu n’étais pas là
Dans ton éternité…

Mais, mais , mais, mais
Si tu n’entends pas
Mais, mais ,mais, mais
Je ferai le premier pas

Je te tuerai en me taisant
Comme tu me tues dans ton silence
Je tuerai tous tes sourds et tes aveugles
En ne disant, assassinant la voix
Que tu as mise en moi..

Donne-moi un arbre
J’en prendrai les fruit
Pour les planter en terre
Pour qu’ils portent…

Ta voix et tes silence
Sous une couche de matière
Où l’on dirait tu dors
Depuis trop d’hier…

Mais, mais, mais, mais…

Gaëtan Pelletier
12 novembre 2000

Perdus d’avance…

Silence, on souffre!
Pitié pour la condition animale

«La tragédie du jour suivant, écrivait Edward Gibbon à propos des spectacles romains, consista dans un massacre de cent lions, d’autant de lionnes, de deux cents léopards et de trois cents ours.» Le temps de ces spectacles odieux est révolu (même si divers combats de coqs ou de taureaux font penser qu’on pourrait encore remplir un cirque avec des amateurs de sang). Mais la vérité, si l’on consent à la regarder en face, est que notre société fait preuve d’une plus grande et plus secrète cruauté. Aucune civilisation n’a jamais infligé d’aussi dures souffrances aux animaux que la nôtre, au nom de la production rationnelle «au coût le plus bas». Pour sept cents fauves massacrés un jour de fête dans l’Empire romain, ce sont des millions d’animaux que nos sociétés condamnent à un long martyre.

N’ayons pas peur des mots : la France est couverte de camps de concentration et de salles de torture. Des convois de l’horreur la sillonnent à tout instant et en tous sens. Pour cause d’élevage intensif, les fermes, devenues des «exploitations», se sont reconverties en centres de détention à régime sévère, et les «fillettes» de Louis XI passeraient pour de véritables hangars face aux dispositifs où l’on enferme des créatures que la nature avait conçues pour la lumière, pour le mouvement et pour l’espace.

En France, 50 millions de poules pondeuses -à qui l’on a souvent tranché le bec au fer rouge – sont incarcérées à vie dans des cages minuscules où elles ne peuvent ni dormir ni étendre les ailes, mais seulement absorber une nourriture éventuellement issue de fosses septiques et de boues d’épuration… Les truies sont sanglées jour et nuit dans des stalles qui leur interdisent toute espèce de mouvement, et ce pendant deux ans et demi… Des veaux de 145 kg sont enchaînés dans l’obscurité en cases de 0,81 m… Des poulets, dits « de chair », ont les flancs si hypertrophiés que leurs os ne les portent plus et qu’il leur est impossible de se déplacer. Au moyen d’un tube de 40 centimètres enfoncé dans l’oesophage, des appareils pneumatiques font avaler chaque jour 3 kilos de maïs brûlant (l’équivalent de 15 kilos pour un humain) à des canards et à des oies immobilisés dans des « cercueils » grillagés, puisque, de toute façon, ils ne peuvent plus se tenir debout. Pour finir cette existence qui a surtout le mérite d’être brève, beaucoup seront transportés dans des conditions effroyables, entassés sans nourriture, sans soins, sans eau, au cours de voyages proprement étouffants, interminables et souvent fatals. Qui a vu cela ne l’oublie plus jamais.

En Chine, où il est courant d’ébouillanter et d’écorcher vifs les animaux, des ours sauvages sont enfermés jusqu’à ce que mort s’ensuive dans des cages où ils ne peuvent pas même s’asseoir et où ils perdent jusqu’à l’usage de leurs membres. Une sonde est en permanence enfoncée dans leur foie pour y prélever la bile, utilisée en médecine traditionnelle. En Occident, la «communauté scientifique» fignole des animaux d’un genre nouveau : sans poils ni plumes ni graisse, aveugles et dotés de quatre cuisses, manifestement conçus pour le bonheur au grand air! Il serait long, et pénible, de multiplier les exemples.

Pour ces millions, pour ces milliards d’animaux, le simple fait de vivre, depuis la naissance jusqu’à la mort, est un supplice de chaque seconde, et ces régimes épouvantables leur sont infligés pour des raisons si mesquines qu’on a peine à croire que des êtres humains puissent s’en prévaloir sans honte : une chair plus blanche, quelques centimes gagnés sur un œuf, un peu de muscle en plus autour de l’os. «Cruelles friandises», disait Plutarque.

Quant aux animaux sauvages, pour n’en dire qu’un mot, on se doute qu’ils ne sont guère épargnés par le piège, le fusil, le poison, le trafic, la pollution ou la destruction de leur habitat. 8 500 espèces de vertébrés sont menacées d’extinction à court terme. L’homme est seul responsable de cette extermination qui ne peut être comparée qu’aux extinctions massives du mésozoïque. Au Cameroun, les grands singes sont actuellement victimes de ce qui mérite pleinement d’être appelé une destruction systématique, comparable à une sorte de génocide. Et, dans le domaine de la protection des animaux sauvages, ce n’est certes pas la France qui pourra donner des leçons, elle qui montre tant de zèle à légaliser le braconnage.

On a vu récemment de monstrueuses hécatombes, de terribles holocaustes où les animaux étaient non pas « euthanasiés », comme on le dit pudiquement, mais massacrés et brûlés par milliers, par millions en Grande-Bretagne, victimes d’une maladie le plus souvent sans réelle gravité (la fièvre aphteuse), mais coupables de gêner le commerce et de déprécier la marchandise. Il faut d’ailleurs savoir que les abattages continuent après l’épizootie et que 450 000 vaches saines sont actuellement sacrifiées en France à «l’assainissement du marché». Ce traitement, déjà révoltant quand il s’agit de lait ou de choux-fleurs, est-il admissible sur des êtres sensibles, affectueux et craintifs, et qui ne demandent qu’à vivre ? Rares ont été les professionnels qui se sont plaints d’autre chose que du montant ou de la rapidité de versement des primes au moyen desquelles on s’acharne à maintenir coûte que coûte une agriculture de cauchemar : un système d’indemnités après sinistre, une prime à la torture et à la pollution? Qui n’a pensé aux pires horreurs médiévales en voyant ces crémations en masse, ces charniers remplis à la pelleteuse? À quelle horreur veut-on nous préparer en appelant «sensiblerie» ou «zoophilie» toute compassion à l’égard de la condition animale?

Ces condamnés sans langage

Les sentiments et les affaires n’ont jamais fait bon ménage, mais il semble quand même qu’on ait franchi les limites du supportable. Un producteur fait-il encore la différence entre une créature qui souffre et un objet manufacturé, quand il appelle un veau «le produit de la vache»? Et alors qu’on entend de plus en plus souvent parler d’«organes vitaux» pour les voitures et de «pièces détachées» pour les corps?

Il est vrai que partout des hommes, des femmes, des enfants sont victimes de l’injustice, de l’arbitraire, de la misère ou de mauvais traitements, que l’humiliation du prochain est un principe universel, que trop d’innocents croupissent en prison. Mais les souffrances s’additionnent sans s’exclure. «Dans le combat pour la vie, écrit Raoul Vanegeim, tout est prioritaire.» Peut-on être heureux quand on sait que d’autres êtres vivants, quels qu’ils soient, gémissent?

Ceux que la souffrance animale laisse indifférents, fait sourire ou hausser les épaules au nom des «priorités» devraient se demander si leur réaction ne ressemble pas à celle des adeptes de l’inégalité, partisans de l’esclavage jusqu’au début du XIXe siècle, ou des adversaires du vote des femmes voilà à peine plus de cinquante ans. Au Cambodge, au Rwanda, dans les Balkans et ailleurs, n’a-t-on pas fait valoir également une «priorité» entre les plus proches voisins de nationalité, de religion, de «race» ou de sexe pour renvoyer les victimes à l’étrangeté, et si possible à l’animalité, afin de les éliminer plus facilement?

Notre compassion est-elle si limitée qu’il faille établir des hiérarchies subjectives entre ceux qui méritent d’être sauvés en premier lieu, puis en second, puis plus du tout? Faudra-t-il attendre qu’il n’y ait plus un seul Européen dans le malheur avant de se soucier des Africains, ou que tous les humains soient comblés pour s’occuper des animaux? A quel odieux «choix de Sophie» serions-nous alors sans cesse confrontés?

Claude Lévi-Strauss a écrit : «L’homme occidental ne peut-il comprendre qu’en s’arrogeant le droit de séparer radicalement l’humanité de l’animalité, en accordant à l’une tout ce qu’il retirait à l’autre, il ouvrait un cycle maudit, et que la même frontière, constamment reculée, servirait à écarter des hommes d’autres hommes, à revendiquer au profit de minorités toujours plus restreintes le privilège d’un humanisme corrompu aussitôt que né pour avoir emprunté à l’amour-propre son principe et sa notion? (…) L’unique espoir pour chacun d’entre nous de n’être pas traité en bête par ses semblables est que tous ses semblables, lui le premier, s’éprouvent immédiatement comme des êtres souffrants.»

Au risque de choquer, demandons-le franchement : pourquoi les hommes auraient-ils le droit de se conduire avec les non-humains comme des barbares avec des innocents, et faudra-t-il toujours être l’inquisiteur, le démon, l’esclavagiste ou l’oppresseur d’un autre ? Quelle vie est a priori méprisable? Tant que certains se croiront autorisés à maltraiter un être sensible parce qu’il porte des cornes ou des plumes, nul ne sera à l’abri.

La cause des animaux a beaucoup avancé, dans les faits comme dans les mentalités. Rien qu’en France, des dizaines d’associations la défendent, et jamais elle n’a rassemblé dans le monde autant de militants. Quatre-vingt-dix pour cent des Français se déclarent prêts à payer 15 centimes de plus un œuf de poule libre. Même la législation évolue. Mais peu, et lentement. Et les phénomènes d’extinction massive et d’élevage intensif rattrapent vite les quelques avancées, non pour des motifs sentimentaux ou philosophiques (car l’opinion s’indigne sincèrement des brutalités envers les animaux), mais, encore une fois, pour cette même raison économique, qui s’oppose obstinément à la sensibilité individuelle.

Aux innombrables condamnés sans langage qui espèrent de nous des gestes qui ne viendront pas, nous n’avons à offrir que de bien piètres signes. On ne s’attend pas à ce que les Français deviennent tous végétariens ni, comme certains le demandent, que les droits humains soient étendus au singe. Mais quelle honte y aurait-il à faire un pas dans le sens de la compassion, à créer par exemple un secrétariat d’États à la condition animale comme il y en a un à l’économie solidaire? La Belgique n’a pas craint de le faire. La Pologne a renoncé au gavage ; la Grande-Bretagne envisage d’interdire la chasse à courre. Malgré sa politique agricole, l’Europe s’est déjà timidement mais réellement penchée sur la question de l’élevage, de la chasse, de l’expérimentation et du bien-être. Tôt ou tard, on s’indignera massivement que des hommes aient pu torturer des animaux, même pour des raisons économiques, comme on s’indigne aujourd’hui des massacres romains, des bûchers, du chevalet et de la roue. N’est-il pas préférable que le plus tôt soit le mieux?

Armand Farrachi
Le monde Diplomatique, Aout 2001, p.21

«Le seul moteur de notre civilisation productiviste est la destruction. Destruction des hommes, des peuples, des milieux naturels, destruction même de cette économie qui, emportée par son élan criminel, s’autodétruit et ne trouve à se survivre qu’en détruisant ailleurs.» Ce constat d’Armand Farrachi est clair : malgré les meilleures déclarations d’intention la planète est en danger. Qui sont les ennemis de la Terre? Les producteurs qui se livrent au pillage de la nature. Les chasseurs, pour qui la mort du non-humain est un loisir. Les idéologues qui justifient la violence contre le vivant par les concepts commodes de «progrès» et d’«humanisme». Les consommateurs, prêts à brader leur liberté et leur responsabilité contre la promesse d’un bienêtre trompeur.

Ce texte est extrait de Les Ennemis de la Terre; Réponses sur la violence faite à la nature et à la liberté, paru aux éditions Exils.

Romancier et essayiste, Armand Farrachi a notamment publié La Dislocation (Stock, 1974), Descendance (Stock, 1982), Rousseau ou l’état sauvage (PUF, 1997), Sermons aux pourceaux (Zulma, 1997). Il s’est engagé auprès des écologistes de terrain, en particulier pour la protection de la faune sauvage.

Bibliothèque virtuelle des droits des animaux

COMMENTAIRE

À l’inverse d’Armand Farrachi, Pascal Bruckner, dans son ouvrage «Le fanatisme de l’apocalypse : sauver la terre, punir l’homme» (Grasset, 2011) ridiculise les écologistes, les faisant passer pour des terroristes :
«La planète est malade. L’homme est coupable de l’avoir dévastée. Il doit payer. Telle est la vulgate répandue aujourd’hui dans le monde occidental. Le souci de l’environnement est légitime : mais le catastrophisme nous transforme en enfants qu’on panique pour mieux les commander. Haine du progrès et de la science, culture de la peur, éloge de la frugalité : derrière les commissaires politiques du carbone, c’est peut-être un nouveau despotisme à la chlorophylle qui s’avance.»

«La meilleure façon de ne plus polluer, serait-ce de mettre un terme à l’existence humaine? Devrions-nous éradiquer tous les citoyens de tous les pays pour sauver notre planète? L’écologie deviendrait-elle une religion avec ses prêtres, ses temples, son vocabulaire et sa version de la fin du monde?» (Question de débat à l’émission «Plus on est de fous, plus on lit!», Radio-Canada)

***
COMMENTAIRE

Bon sang, il suffit de regarder autour de soi! Nul besoin de faire de projection dans le futur ou de référer à un quelconque calendrier Maya – il suffit de regarder autour de soi, maintenant, c’est tout. Est-ce si difficile? Mais, peut-être qu’après tout, nous ne voulons pas le voir ni le savoir…

SOURCE: SITUATION PLANÉTAIRE 

R.AMB.BO 8886

 

 Quand le vaisseau atterrit sur la planète, les êtres qui l’occupaient furent ravis par la beauté de celle-ci.

Un jardin sauvage aux plantes et aux forêts grandioses.

C’était en 8886 de l’ère actuelle.

Et des oiseaux. Pour la première fois ils voyaient des volées d’oiseaux dans un ciel bleu.

Pendant des jours, des mois, ils fouillèrent sans trouver de trace de vie intelligente.

Cependant, par un jour de canicule, sur une plage, ils découvrirent enfoui dans un coffre contenant des milliers de disques. 

 

Ils l’intégrèrent à leur analyseur robotisé qui finit par bâtir un lecteur adapté au disque.

Puis un soir, ils prirent place devant un grand écran pour visionner les disques.

Tous les contenus étaient passés au filtre d’un ordinateur puissant qui devait par la suite leur révéler la grandeur d’une telle civilisation disparue.

Au bout d’une semaine, l’ordinateur surchauffa et cessa de fonctionner.

Ils essayèrent de décrypter le langage mais ils avaient peine à saisir les propos du héros.

Les lettres R.AM.BO. demeurèrent un mystère.

Ils regardèrent toutefois la série avec grand intérêt.

Ils en conclurent, dans un rapport, après avoir quitté la planète que ce surhomme était responsable de la disparition de l’humanité.

Gaëtan Pelletier 1995

 

Il faut sauver les Indiens Huichols

Photos de :norma delia

Plaidoyer. Au Mexique, une compagnie minière canadienne menace la montagne sacrée de ce peuple. Indigné, le Prix Nobel de littérature J.M.G. Le Clézio écrit au Point.

L’Histoire bégaie, on le sait. Parfois, il y a tellement d’insupportable dans ce bégaiement qu’on ne peut l’accepter. Le génocide amérindien fut organisé pour une grande part à cause de la convoitise des conquérants pour l’or et l’argent, chose tellement incompréhensible pour les habitants du Nouveau Monde que certains (les Purepecha du Michoacan) se posèrent même la question : “Assurément, ces hommes doivent se nourrir de ces métaux pour les désirer à tel point.” Pour eux, ces métaux étaient “l’excrément du Soleil et de la Lune” et ne servaient qu’aux objets de culte.

Depuis 2009, la compagnie minière canadienne First Majestic Silver, spécialisée dans la prospection des métaux précieux, a pu racheter 22 concessions à l’ouest de l’Etat de San Luis Potosi, dans le nord du Mexique, dans une montagne nommée Cerro Quemado, près de la station de chemin de fer Real de Catorce. Cette montagne est depuis toujours le lieu mythique pour les Indiens Wixaritari – plus connus du grand public sous le nom de Huichols – où ils s’approvisionnent en peyotl pour leurs cérémonies de divination thérapeutique et leurs rituels liés au culte du Soleil.

L’Histoire ici bégaie outrageusement : au XVIIIe siècle, les Huichols furent au centre d’une révolte contre le pouvoir colonial espagnol, car leur territoire était envahi par les prospecteurs – comme dans le cas de la ruée vers l’ouest, des aventuriers et des hommes de main de toutes origines, attirés par la perspective de riches filons. A la fin du XIXe siècle, un métis du nom de Manuel Lozada organisa une autre révolte pour défendre l’autonomie des peuples habitant l’Etat du Nayarit – Coras et Huichols -, et sa défaite sonna le glas de la relative liberté que les Indiens avaient acquise sur leur territoire. Fragilisée par les divisions, la population autochtone figure aujourd’hui parmi les ultimes résistants de l’indianité dans un monde de plus en plus conformiste et matérialiste.

Le projet de la First Majestic Silver n’arrive pas par hasard. La crise économique mondiale a donné un regain de popularité à la valeur refuge que constituent les métaux précieux. Mais la prospection et l’exploitation des anciens filons ne peuvent se faire actuellement que dans des conditions d’extrême agressivité : recherche en profondeur, éventration à la dynamite, utilisation de polluants (mercure et cyanure), rejets de boue contaminée qui mettent en danger la nappe aquifère. Partout dans le monde de tels projets sont combattus par les associations de protection de l’environnement – comme cela fut le cas récemment en France avec le projet minier de Salsigne (Aude), stoppé par les militants.

Cause juste. Que restera-t-il de la montagne sacrée des Huichols après de tels outrages ? Même si éventuellement le filon est abandonné faute de rentabilité (ou parce que le cours des métaux sera retombé), le mal sera irrémédiable. La montagne où les Indiens se rendaient chaque année au bout d’une longue marche pleine de souffrance et de mysticisme sera devenue un lieu dévasté, fracturé, violenté.

Certes, l’on peut regarder tout cela comme l’énième épisode de la défaite du monde amérindien traditionnel et penser que, après le génocide perpétré au XVIe siècle par les conquérants, ce drame est le dernier souffle qui éparpille dans l’oubli des peuples déjà devenus fantômes. Ce doit être, j’imagine, la réponse des ingénieurs et des dirigeants de la First Majestic Silver. Il y a quelques décennies, les compagnies qui éventrèrent le territoire des Indiens Navajos, au sud des Etats-Unis, ironisaient sur cette manie qu’ont les Indiens de considérer que le monde entier serait “terre sacrée”.

Mais la question n’est pas, qu’on y réfléchisse, seulement celle des Huichols et du Cerro Quemado. Il ne s’agit pas d’affirmer un privilège exotique en vue de maintenir une poignée d’hommes dans leur droit, contre l’abus d’une compagnie minière nord-américaine – même si, de toute évidence, la beauté, la pensée et la justice sont de leur côté. La question est de mettre un frein, chaque fois que cela est possible, à la rapacité des puissants exercée contre ce qu’il y a de précieux et d’unique – l’héritage, le respect, l’équilibre du monde -, mieux que des symboles, la substance vivante de notre commune humanité. Nous devons tous soutenir la juste cause des Huichols et demander au gouvernement mexicain d’annuler l’autorisation d’exploiter le Cerro Quemado accordée hâtivement à la First Majestic Silver.

Click here to find out more!J.M.G. LE CLÉZIO, PRIX NOBEL DE LITTÉRATURE

Les écrivains se mobilisent

Le romancier et poète Homero Aridjis, figure majeure de la littérature mexicaine contemporaine, auteur notamment du ” Temps des anges ” (Mercure de France), a fondé avec son épouse Betty l’association de protection de l’environnement Grupo de los Cien. Dans une pétition signée par 150 artistes et intellectuels (dont les Nobels J.M.G. Le Clezio et Tomas Tranströmer, l’écrivain canadien Margaret Atwood ou encore Francisco Toledo, Lawrence Ferlinghetti, Jerome Rothenberg et Peter Matthiessen), il demande à Felipe Calderon d’annuler les concessions minières sur le territoire sacré du peuple Huichols. Contact pour signer la pétition : bettyaridjis@yahoo.com.

Source du texte: Dazibaoueb

BONJOUR LA VIE!


J’aurai vécu maille par maille, le temps qui tricote les jours.
Cherché les fleurs de lumière, les chapelets d’âmes en prière

Bonjour la vie!

Je me serai baigné aux frissons de tant d’amours, que j’en aurai brûlé mon souffle, les échanges aquarelles, grêles, sur nos toiles de chairs buvardes.

Bonjour la vie!

Toi qui m’a fait rencontrer des diables à tous les coins d’heure
J’ai laissé taire ces démons pour écouter les anges camouflés. J’ai laissé la laine du temps filer pour un repaire campé.

Bonjour la vie!

J’ai tournillé, engourdi, à tous les soirs, dans l’aventure de détruire les rumeurs du mourir à jamais. Il ne m’est resté qu’une réponse debout, une bulle éclatée du fumet du cœur…Mais j’y ai cru, et encore j’y croît…

Bonjour la vie!

Toi et tes beaux océans, unis aux pleurs des hommes cassés de toutes les guerres.
Pauvre lui-elle! Pauvre nous! J’y laisserai sans doute quelques gouttes. Voyages de mes amers, dunes austères. Et de là mes doutes…

Bonjour la vie!

Toi la belle aux magies des moments qui parlent de par le grillon enfoui sous l’herbe, le langage des braises d’un feu de camp, je t’entends. Dans tes symphonie déliées, tu colores mon âmes et celles des amours, apparoir des miroirs.

Bonjour la vie!

Tu m’as fait chasseur de beauté, garni d’une seule arme, la tendresse. Je me serai battu à tendre ma joue. J’aurai accroché mes paupières de fil de fer, pour te voir toujours, même la nuit…

Bonjour la vie!

Je marcherai encore aux dalles des villes, aux fonds spongieux des forêts. À chaque pas, chaque pas, découvrant ta grandeur, chaque foulée aura été un monde…Là où toute sortie est une entrée… Mes jambes s’usent, mais je vais, bien quiet, là d’où je viens…

Bonjour la terre!
Bonjour la vie!

Ils étaient les héritiers de la Terre

Quelques uns des milliers de portraits tirés par Edward S. Curtis dans les années 1890 …


 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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MARC LAFONTAN