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Bacc. Français, Université d’Ottawa.

Andragogie: Université de Rimouski

Né à Sully. Pohénégamook.

http://fr.wikipedia.org/wiki/Poh%C3%A9n%C3%A9gamook

Travaillé dans divers domaines.  Pour…finir, enseignant.

Musicien. ( basse, guitare) . Compositeur.

Yoga

Bicyclette.

Arbres.

Les humains…

gaetanpelletier@hotmail.com

L’alambic


Les chasseurs dalambic

Les chasseurs d’alambic

Sully, 1955 ( circa)

“Pris modérément, 
il ralentit l’âge, 
il chasse la toux, 
il éclaircit l’esprit, 
il soigne l’hydropisie, 
il guérit la strangulation, 
il dissout la pierre et repousse la gravelle, 
il chasse la mélancolie, 
il protège et préserve la tête de tourner, 
les yeux d’être éblouis, 
la langue de zézayer, 
la bouche de gargouiller, 
les dents de claquer, 
la gorge de racler, 
la trachée de se durcir, 
l’estomac de se contracter, 
le coeur de gonfler, 
le ventre de se crisper, 
les intestins de gronder, 
les mains de trembler, 
les tendons de se raccourcir, 
les veines de se rétrécir, 
les os de se déformer, 
la moelle de se liquéfier, 
et c’est en vérité une liqueur souveraine 
si elle est prise systématiquement.”

Un remède assurément miraculeux et indispensable !

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Les premières gouttes d’alcool sont apparues lorsque, pour la première fois,Noé a ressenti un désespoir profond qu’il ne pouvait noyer dans un vulgaire verre d’eau. La solution consistait donc à consommer sans modération quelques litres de ce liquide salvateur qu’est la bière.  ou le whiskyé

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L’alcool a toujours été un remède à la misère humaine. Dans ce petits pays, un village étroit dans l’immensité d’alors qu’était la Terre, les humains vivaient. Et vivre c’est souffrir un peu…

Je peux voir encore cet alambic fabriqué de pièces éparses que l’on camouflait en les éparpillant,   une fois démantelées   dans  divers bâtiments. Il était posé  sur un poêle à bois. Même si la fabrication de l’alcool  se faisait généralement le matin  très tôt, vers cinq heures, j’étais là. Une grande fête… On plaçait le liquide dans l’alambic et on attendait. Un liquide à l’odeur de fruits, bulleux, effervescent,  Puis goutte à goutte cette distillation de la misère humaine sortait au bout d’un tuyau de cuivre torsadé. On y plaçait un verre… L’expectative  était longue… Les désirs le sont tous, car ils ne mènent qu’à un autre désir : mais c’est toujours un peu la délivrance.

Chacun  en s’humectant les lèvres, salivés à  goûter à la première crue pour savoir si elle serait bonne… Elle était toujours exquise … Même si les premières petites rasades semblaient amères. On grimaçait, on levait le verre à la lueur de la fenêtre pour en voir la translucidité.

On s’impatientait  comme on attend à l’hôpital quand on a mal. On respirait court.

La vie était dure.

L’hiver,  c’était sous la lampe à l’huile qui faisait un grand cinéma d’ombres dans la maison. On pouvait entrevoir  des oiseaux sombres au plafond. Des ailes fuyantes… Mais ce qui fascinait le plus, était sans doute dans le visage des gens presque crispés.  Comme une file attendant le bonheur. Le bonheur qui arrivait goutte à goutte. Un peu comme dans la vie. Le baume sur la plaie vive des jours.

Je n’ai jamais connu mon grand-père du côté maternel. Henriette, la grand-mère avait épousé en seconde noces un Cloutier. C’était un petit homme frêle, un peu renfrogné, ronchonneur,  comme un cultivateur après une mauvaise récolte. La vie était toujours une mauvaise récolte… Un menu bonhomme au visage osseux. Henriette se défoulait sur lui. Car elle avait un caractère de cheval sauvage, mêlé à une tendresse. Autant de caractère finit toujours par tuer les autres… Mais autant de caractère est aussi signe de faiblesse.

Je ne sais trop ce qu’ils partageaient, mais au moins, ils partageaient la coulée de leur alambic. La cuvée étant terminée ils se retrouvaient avec chacun deux litres de ce faux gin qu’ils allaient cacher dans la cave. Ils avaient – après avoir fait refaire le solage de cette vieille maison – créé une cachette au haut du mur de ciment. Et au moment de se diviser la cuvée ils regardaient d’un œil loupé la bouteille pour savoir si celles-ci étaient égales en contenu. Pas une once d’injustice. Mais bien de la chamaille pour un millimètre qui dépassait l’autre.

Le grand-père vécut et mourut comme sa terre : sèchement, abandonné, l’air d’attendre une récolte qui ne viendrait jamais.

Il m’emmena souventes fois à la pêche. Orgueilleux, il détestait revenir à la maison sans prises. Je le regardais pêcher, sacrer, maugréer au bord de la rivière. Tortueuse comme la vie, tortueuse comme le cours de l’existence qui se fraye un chemin à travers la rocaille.

Il n’y avait pas de place pour le rêve dans ce monde : on vivait, on travaillait, on allait au ciel ou en enfer. On passait plus de temps à étouffer ses remous intérieurs qu’à vivre. L’alambic était une sorte de délivrance à ce monde enclos. Comme des humains dans un parc de savoirs : l’espace était restreint et la vie moche.

Alors, il restait l’alambic et son produit voluptueux, qui  goutte à goute délivrait son paradis caché.

Pourquoi ai-je vécu là dans cette maison? Je pense que mon père avait dû faire un mauvais coup et qu’il n’avait plus d’argent pour se payer un loyer. Du moins, c’est ce qu’il arriva pour une période dont j’ai oublié la longueur. Car les visites et le temps passé dans cette maison s’emmêlent.

Puis un jour…

Les policiers sont entrés dans la maison pour chercher l’alambic. Je me souviens clairement de ma mère crispée, enceinte de mes frères jumeaux, assise, en train de coudre, sur cette vieille machine en balançant du pied.

Ils n’ont  rien trouvé. Ni alcool, ni alambic. Il n’y avait que des images du Christ, lui et son cœur saignant, ou encore des ersatz des œuvres divines datant du moyen-âge. Et des crucifix qui paraient les murs comme des toiles d’espoir pour un monde meilleur.

Ils ont dû passer le village au peigne, car les alambics étaient répandus comme une mauvaise herbe.

Durant cette période, je me souviens que, pendant la nuit, ma grand mère montait  au second étage, sur un escalier torsadé et craquant, pour me soulager des maux d’oreilles qui me menèrent plus tard à l’otosclérose, maladie qui frappa Beethoven. Elle grimpait avec sa lampe, allumait sa pipe et me soufflait de la fumée dans les oreilles.

Mon père continua à cultiver les alambics longtemps. Le jour où il dénicha une maison et trouva le moyen de vivre, il débusqua un recoin dans la maison pour y fabriquer sa mouture frelatée.

La vie dans cette maison pour craquer aux vents, me semblait étrange. Je me souviens d’un hiver – il n’y avait pas de toilettes – où  nous allions dehors, faire nos besoins- à moins 15 degrés. Dans un pot de chambre dont nous rejetions le contenu dans la neige le lendemain. Le compostage n’était pas encore à la mode. Mais il était… Et la neige, dès que les premiers rayons chauds du soleil se montraient le nez, fondait en avalant ce tas brun.

Le terrain était vaste : assez pour labourer deux grands potagers. On se partageait la terre comme la récolte de l’alambic : chacun son jardin. Le grand-père et la grand-mère luttaient à savoir qui ferait la meilleure récolte. La meilleure, c’était celle qui sortait de la bouche d’Henriette.

L’été, c’était le grand luxe : nous allions nous soulager dans un cabanon de planches brûlées par le soleil et investi de mouches plus bleues que le ciel et plus grasses qu’un obèse volant étasunien. C’était leur McDo… Le bruit des mouches?  Comme des avions…

On s’asseyait sur ce trône de bois et l’on rejetait les «débris de corps» dans une latrine où nageaient les nouvelles de l’époque sur des déchirures  de journaux écrits noirs sur brun.

Et de par les interstices, le soleil traçait  des lignes de lumières sur le sol.

Grand-maman Henriette cultivait son potager avec la même joie qu’elle cultivait son amour pour la récolte de son alambic. Elle se levait le matin, déjeunait, puis allait sarcler. Il y avait de jours où elle sarclait en titubant, car elle allait puiser ses forces dans le sous-sol de la maison en avalant un petit verre. À la fin de la journée, elle adorait sarcler.

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