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Lettre aux actionnaires de la minière Osisko – Notre quotidien, cet enfer

Le Regroupement des citoyens du quartier sud de Malartic, vous connaissez? Non? Vous devriez pourtant, car nous sommes intimement liés aux activités quotidiennes d’exploitation de la mégafosse à ciel ouvert, 24 heures par jour, sept jours par semaine à Malartic, en Abitibi. En fait, vous l’aurez compris, Osisko est notre voisin immédiat, et de surcroît un riche voisin corporatif coté en Bourse.

Laissez-nous, s’il vous plaît, vous raconter brièvement notre histoire. Entre août 2009 et août 2010, alors que la compagnie Osisko érigeait le mur de quinze mètres qui allait séparer la ville de sa future fosse, nos résidences se trouvant à proximité de ce mur et de la fosse, notre qualité de vie a totalement basculé. S’il est vrai que l’exploitation de la mégafosse rapporte des dividendes fort intéressants qui vous permettent peut-être de bénéficier d’un certain paradis financier et peut-être fiscal quant aux gains rapportés, il est également vrai d’affirmer que de l’autre côté du mur, c’est l’enfer, du moins en ce qui concerne notre qualité de vie. En fait, notre vie est devenue un véritable enfer.

Une entente avec Osisko

Un regroupement de citoyens de notre secteur s’est formé en août 2010, que l’on a nommé le Regroupement des citoyens du quartier sud de Malartic (RCQSM). Nos objectifs étaient simples et légitimes, soit: obtenir du soutien juridique, aux frais de la compagnie Osisko, afin de connaître nos droits quant à ce que nous vivions et pour négocier, avec chacun d’entre nous, la vente de notre maison à Osisko. Pour chacun d’entre nous, il était devenu évident qu’il fallait quitter ce secteur de la ville. Qui voudrait acheter nos maisons, et à quel prix?

Après plus de huit mois de batailles, appuyé par un comité bénévole, en l’occurrence le Comité de vigilance de Malartic, notre regroupement signait le 2 mars 2011 une entente avec Osisko dans laquelle celle-ci accordait cinq heures de soutien juridique à chacun des membres de notre regroupement, soit pour 39 dossiers. Nous pensions qu’Osisko confirmait ainsi la promotion de deux valeurs importantes: le respect et l’équité. Respect et équité en cherchant un équilibre entre l’économie, l’environnement et les aspects sociaux et humains.

Depuis, Osisko a acheté la maison de 30 membres de notre regroupement, mais n’a jamais donné suite à une demande de négociation pour les neuf propriétaires restants. Nous voyons défiler dans les médias les nombreux prix d’excellence récoltés par la compagnie, dont particulièrement celui décerné par l’Association de l’exploration minière du Québec (AEMQ) soulignant le HAUT DEGRÉ DE RESPONSABILITÉ ENVIRONNEMENTALE ET SOCIALE. Permettez-nous de ne pas comprendre et de ne pas reconnaître tant de mérite et de prix!

Surtout, ne pas sursauter…

Pour nous, c’est le bruit élevé continu, la poussière 24 heures sur 24, des sautages quotidiens exposant de toute évidence nos résidences à une certaine fragilisation à court et moyen terme. Au quotidien, portes et fenêtres fermées en tout temps, oublions la corde à linge, le lavage continuel de l’auto, des meubles patio, des fenêtres extérieures et même des murs de nos maisons. Après deux ans, nous n’avons encore aucune idée de la nature de cette poussière que nous respirons.

En prime et cadeau, en avril 2011, après la signature de notre entente, nous avons eu droit à une augmentation du nombre de décibels admissibles par décret ministériel. Le tout, avec l’accompagnement de l’ancien ministre des Ressources naturelles et de la Faune, et actuel député de notre circonscription (Pierre Corbeil). Nous pensions l’avoir élu pour l’intérêt de tous. Lorsque les vents sont en direction de nos résidences ou que la pression atmosphérique présente certaines conditions favorables, nous subissons les bruits de l’exploitation de la fosse à tel point que de l’intérieur de nos maisons nous entendons tous les bruits de l’exploitation. Nous nous exerçons à ne pas sursauter lorsqu’il y a un sautage. Pour terminer, est-il nécessaire de vous faire la description des conséquences de tous ces dommages subis, sur notre sommeil, notre santé physique et mentale?

Questions embarrassantes

Nous avons mené une dure bataille afin que la compagnie commence les négociations. La réponse s’est d’abord fait attendre, puis silencieuse et ambiguë, pour recevoir par écrit récemment un non catégorique. Endurez votre sort! Pendant ce temps, la compagnie est occupée à saupoudrer des millions de dollars afin de soigner son blason de bon citoyen corporatif. Ainsi, elle subventionne une équipe de hockey en position financière fragile, commandite l’équipe nationale de ski, investit de façon massive et intensive dans les médias nationaux et régionaux en s’attribuant le mérite d’être une compagnie de la nouvelle génération. Laquelle, au fait?

À notre avis, les dirigeants de la compagnie Osisko, à la lumière de ces informations, devraient répondre à des questions fort embarrassantes de la part d’actionnaires éthiquement responsables devant qui ils sont redevables. Comment concilier la crédibilité de la belle image projetée par Osisko, soi-disant société modèle, avec ce que des citoyens de Malartic vivent? Pour nous qui sommes ignorés, insultés et méprisés quant au respect de nos droits, il nous semble qu’éthiquement, ces placements ne respectent pas les standards acceptables et ne sont nullement responsables.

Notre qualité de vie

Nous avons décidé de poursuivre la bataille afin d’obtenir gain de cause pour un droit que nous considérons comme fondamental et légitime: notre qualité de vie. Investisseurs de la compagnie Osisko aujourd’hui, nous faisons appel à votre conscience et à vos valeurs. Il nous semble totalement inacceptable qu’une compagnie comme Osisko ayant une valeur boursière de 5,4 milliards ne veuille pas régler avec neuf citoyens-propriétaires et six locataires. Nous revendiquons le droit de retrouver la qualité de vie au quotidien que nous avions avant l’arrivée de la compagnie. Nous sommes majoritairement de Malartic depuis plus de 40, 50 et même depuis plus de 65 ans. Certains d’entre nous ont plus de 80 ans.

Nous n’avons pas d’argent pour engager des lobbyistes pour vous rejoindre, ni des milliers de dollars pour acheter de la publicité. Nous sommes de conditions modestes et n’avons que nos crayons pour vous écrire et notre parole pour vous parler. Enfin, nous vous remercions d’avoir pris le temps de nous lire. Pour nous, il nous semble important d’informer les actionnaires ette situation invivable. Quand la compagnie Osisko vous dira qu’elle crée des centaines d’emplois bien rémunérés et que c’est bon pour l’économie de tout le Québec, s’il vous plaît, pensez à nous! Est-il acceptable de tolérer que cela se passe ici au Québec en 2011 quand une solution respectueuse, rapide et fort peu coûteuse existe?

Nous, ce n’est pas Trou Story, mais True Story!

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Mario Gagnon, Alain Lahaie et Carl-Hugues Leblanc, regroupement des citoyens du quartier sud de Malartic

 

 

Trou Story

ROUYN-NORANDA – Richard Desjardins et Robert Monderie présentaient dimanche en grande première Trou Story, un documentaire sur l’industrie minière au Québec et dans le Nord de l’Ontario. Un film qui risque de faire l’effet d’une bombe auprès du public.

La trame du film débute en Ontario, à la fin des années 1800. On aborde, à l’aide d’images d’archives de l’Office national du film et de la narration de Desjardins, la formation de mines à Sudbury, Cobalt, et Timmins.

Abitibi-Témiscamingue: festival du cinéma

Des images parfois choquantes de résidus miniers et de sites désaffectés tournées à vol d’oiseau sont projetées, relatant l’histoire de cette industrie qui fait vivre de nombreuses régions ressources. Desjardins va même jusqu’à dire que l’or, bien que précieux, est presque inutile, ne servant qu’à faire «des bijoux, de la vaisselle liturgique, des lingots comateux».

La grande majorité du film est axée sur l’histoire de cette industrie qui a connu ses jours noirs. Grèves, conditions de travail et de santé exécrables et crise économique font partie des aspects de l’industrie abordés par les réalisateurs. Le passé des mines et les dommages qu’elles ont causés sont au centre du récit, les réalisateurs ne mentionnant pas ou très peu les progrès faits par l’industrie en matière d’écologie et de conditions de travail.

 

Nationalisation des mines

Le film est déjà bien entamé lorsque les premiers intervenants s’expriment aux réalisateurs. Des élus de Sudbury, Timmins, Rouyn-Noranda, Malartic et Val-d’Or font partie des interrogés, en plus de certains écologistes et historiens. On aborde notamment la question de la santé publique dans le quartier Notre-Dame, voisin de l’ancienne fonderie Horne à Rouyn-Noranda, où l’on a recensé un taux de plomb anormalement élevé dans le sang des résidents ces dernières années.

©Marie-Hélène Paquin/Agence QMI
Les réalisateurs Richard Desjardins et Robert Monderie.

Le chanteur et documentariste ne demande rien de moins que la nationalisation des mines par le gouvernement. «Surtout pour les matières qui sont non-renouvelables, il devrait y avoir une participation plus significative de l’État, a-t-il revendiqué. En Australie, ils sont en train d’évoquer ça. L’Équateur a mis sous réserve des gisements d’or pour plus tard, au Botswana.»

 

Osisko

La dernière portion du film est consacrée à la minière Osisko, la plus grande mine à ciel ouvert au Canada, installée en pleine ville de Malartic. Bien que cette mine ait offert des centaines d’emplois aux résidants de cette ville, Desjardins et Monderie ont réussi à mettre la main sur des citoyens mécontents de l’avènement de cette industrie dans leur ville où l’économie était à son plus bas.

©COURTOISIE OFFICE NATIONAL DU FILM
Image du film Trou Story, de Richard Desjardins.

On aborde aussi le déménagement forcé d’un quartier complet de Malartic, qui a dû être rasé pour qu’on puisse y creuser une fosse. «En plus, les résidants de ce quartier-là avaient déjà été déportés dans les années 1950 à cause d’une autre mine», a ajouté le réalisateur en point de presse.

Le maire de Malartic a tenu à souligner que certains résidants en avaient alors profité pour faire un peu d’argent sur le dos de la compagnie privée en obtenant des sommes bien plus élevées que la valeur de leur maison.

L’équipe de Trou Story espère que leur documentaire aura un impact sur la population québécoise. «On sait que le film n’aura pas un impact auprès du gouvernement, mais on espère que le public va réagir et qu’il va essayer de changer les choses, a affirmé Desjardins. Pour ça, il faut qu’il soit vu.» Son vœu devrait être exaucé puisque dès le 4 novembre, le film prendra l’affiche dans une dizaine de cinémas au Québec.

 

Trou Story: l’industrie minière se défend

QUÉBEC – «Notre industrie est à mille lieues de ce qui est présenté dans le film», a déclaré Dominique Dionne, présidente du conseil d’administration de l’Association minière du Québec (AMQ), en réaction à la première du film Trou Story, qui critique l’industrie minière dans la province et le Nord de l’Ontario.

«Nous agissons aussi comme de réels partenaires des milieux où nous menons nos activités, et ce, dans le plus grand respect des normes environnementales», a indiqué Mme Dionne par voie de communiqué, en désaccord manifeste avec le propos du documentaire réalisé par Richard Desjardins et Robert Monderie.

En admettant que les habitudes de cette industrie étaient différentes dans le passé, la présidente du conseil d’administration de l’AMQ a soutenu que le Québec gagne maintenant au développement de ses mines, en invoquant notamment les considérables retombées fiscales qu’elle apporte au gouvernement. «Le Québec a tout à gagner à demeurer un leader mondial du secteur minier, puisque toutes les régions profitent des retombées économiques», a-t-elle soutenu.

«Nous avons au Québec une masse critique d’explorateurs, d’entrepreneurs, de gestionnaires, de travailleurs et d’autres artisans de l’industrie, qui fait l’envie de plusieurs pays», a pour sa part affirmé Claudine Renauld, directrice générale de Minalliance, qui regroupe l’Association de l’exploration minière du Québec et l’AMQ.

«Nous avons toutes les raisons d’être fiers de cette industrie», a-t-elle ajouté.

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