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La fable du quai et du con

Photo: Gaëtan Pelletier, Quai de Kamouraska 
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Il était une fois un bureaucrate assis sur sa chaise qui avait pour tâche de créer de la richesse. Il était vêtu comme les lys des champs et une auto rutilante au soleil l’attendait pendant que son chauffeur bavardait avec une vieille dame.

– Elle ne tombe pas du ciel, lui dit le cultivateur.

– Non. Je suis boulanger, il me faut le grain mais pas l’appât du gain.

– Voyons messieurs, leur dit le bureaucrate. Imaginez 1000 touristes  venus passer trois jours et trois nuits dans votre beau village. Il suffit de d’ouvrir une fenêtre sur la mer et d’y placer un bateau. Tous les restaurants et les petites boutiques seront pleins à craquer. Et l’argent ne tombera pas du ciel mais entrera dans vos coffres. Créer de a richesse est aisé…

Quelques mois passèrent et une seconde réunion eut lieu dans un petit resto du centre ville. Il n’y avait pas âme qui vive, sauf le cultivateur, le boulanger, ainsi  que le maire.

– Où est passée toute cette manne de touristes qui ont dépensé en juillet?

Le bureaucrate évita de dire qu’il avait fait le même discours dans l’autre village quelques mois auparavant.

– C’est simple, répondit le bureaucrate: vous n’avez pas suffisamment d’infrastructures attirantes. Il vous faudrait une fête, un festival, ou je ne sais quoi.

La vieille dame qui entra dans le restaurant débarquait d’un bus de voyageurs.

– J’arrive d’un voyage merveilleux: il y avait au moins 1300 touristes. Il y avait trois bateaux et une fête de cerfs-volants. J’ai dépensé au moins 600$ à la foire. Ils ont dû faire fortune.

– Je n’y comprends rien dit le cultivateur. C’est comme si je semais une partie de mon terrain et que je semais l’autre partie l’année suivante. Ce serait la même récolte. Le boulanger n’aurait pas plus de blé.

Les autres restèrent silencieux, pendant que le bureaucrate, diplômé, leur dit en sortant du restaurant.

– Vous ne comprendrez jamais rien à la création de la richesse de par l’industrie touristique.

Gaëtan Pelletier

Le tourisme-vermine

Le lac souffre de l’augmentation de sa population. Sa surface a diminué, les collines environnantes ont été déboisées pour le bois de chauffage. Cette déforestation et l’augmentation de l’agriculture sur son bassin versant ont augmenté l’apport de vase et de nutriments : la vase comble le lac et les nutriments favorisent la croissance des plantes et des algues et pourrait provoquer un phénomène d’eutrophisation. Les jardins flottants eux-mêmes diminuent la surface du lac, à mesure que leur support se transforme en sol. (Wiki) 

Le tourisme est une « industrie » qui se développe tellement qu’elle envahit les villages « splendides » à l’autre bout du monde. Les problèmes que connaissent les habitants, cultivateurs, en plus de ceux causés par la baisse du niveau de l’eau, l’utilisation des engrais chimiques, en voilà un nouveau: ou deux… On a rasé la forêt surplombant une partie du lac pour y construire des hôtels.

Avant que le Myanmar n’ouvre davantage le secteur aux investisseurs, dans les années 1990, le pays n’accueillait que quelques milliers de touristes par an ; ils sont aujourd’hui environ 300 000. On compte désormais plus d’une dizaine de grands hôtels autour du lac et sur ses eaux, et pas loin d’une trentaine d’hébergements dans une ville voisine, alors qu’il n’y en avait encore que deux dans la région au milieu des années 1990. Le développement de la zone “ne fait qu’augmenter la quantité de détritus à traiter, d’électricité à produire, d’eaux usées sans doute déversées dans le lac, dans une région du monde où les infrastructures sont souvent insuffisantes”, déplore Alan Ziegler, professeur ­associé à la National University de Singapour et coauteur de l’étude de l’organisation japonaise. ( Le courrier international) 

Ces travailleurs ne gagnent qu’environ 2$ par jour. Jadis, on opérait le cultures en mode écologique, sans engrais, mais depuis quelques années, on doit recourir aux engrais pulvérisés sans masques.

Les « achats » de paysages

Le citadin de béton cherche des paysages. Et ce n’est pas seulement en Birmanie. Au Canada, acheter une maison avec un coucher de soleil, – vue sur le Grand Saint-Laurent, une bicoque délabrée coûte de deux à trois fois le prix réel, apportant ainsi à la communauté un accroissement des taxes municipales. Au point où ils ne peuvent plus y vivre…

Ces passants-caméra et shorts viennent béer aux paysages des parties sauvages et pauvres de tous les pays. Drogués à l’effervescence des villes, de la « culture et des arts », ils s’enivrent des couchers de soleil, et du « bucolique » des pauvres.

Après quelques semaines, voire jours de tartines, ils retournent à la gastronomie des arts pendus aux murs des musées.  Des vacances: une cuite.

À long terme, ces dévoreurs de paysages, finissent par ronger une région. Comme des rats… Des camé-rats…

Bref, on consomme du bucolique comme on consomme tout ce qui est techno et « à la mode ». Faut croire que les arts des accrocheurs de tableaux sont appétissants, les chanteurs, les spectacles. Et voilà la pauvreté comme un spectacle à vendre. La simplicité et la misère sont des télé-réalités sans l’écran… En direct…

Dépecer le « monde » 

On dépèce le monde. Sans que personne ne le voit vraiment, puisque toutes les petites agglomérations font des études chaque années pour voir si le PIB-tourisme n’a pas augmenté. Les tourismes  passent souvent sans ravages. Mais la notion même de « l’industrie touristique » est une diversion puisque sans production, les échanges et les répartitions ne sont que déplacements des avoirs monétaires.

Le touriste est un visiteur de « l’autre monde ». Une sorte de voyage dans le temps et dans les coutumes. La manne est affriolante. Le touriste y laisse son argent et repart. Les gens ont l’impression d’avoir gagné quelque chose. Parfois en y perdant leur belle simplicité de vivre, malgré la pauvreté.

À détruire par hyper-voyeurisme, on finira par avaler le paysage, les habitants, et le spectacle au complet.

En ville, c’est le spectacle qui s’en va. Mais en campagne, le paysage n’est pas une pièce de théâtre, une  peinture, une photo. Il est vivant!  Il reste.

À la limite, tout en douceur, le tourisme risque d’être une sorte de charognard gentil. À la limite, une fois le paysage avalé, le touriste ira ailleurs. Et à la vitesse dans laquelle les investisseurs « développent, dans une ou deux décennies, il faudra aller faire du voyeurisme là où la petite planète le permet encore.

On aura détruit un paysage. Rien d’alarmant. On aura simplement tué quelqu’un par « dommage collatéral ». Ça servira à faire un mémoire ou une thèse pour les grands analyses du futur.

À travers un écran tridimensionnel.

P.S.:

Tout cela se passe au Lac Inle , en Birmanie. Là où l’on cultive les tomates sur des champs flottants.  C’est la destruction en « slow-motion ». Les voyeurs sont aveugles… Et les « développeurs » des visionnaires…

File:Inle Lake,Floating Garden.JPG

Gaëtan Pelletier

18 novembre 2013