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L’homme qui regardait la télévision qui le regardait

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Selon les documents publiés, les pirates de la CIA pouvaient entrer dans les iPhone d’Apple, dans les appareils qui fonctionnent avec le système Android et même dans des téléviseurs intelligents Samsung dans le but de récupérer des messages textes ou des messages vocaux. Par la suite, les pirates cryptaient ces appareils à l’aide de logiciels sophistiqués. Radio-Canada 

L’histoire d’Alexis qui regardait la télé le dimanche 

Cette histoire est véridique.

Il était une fois , il y a de ça 40 ans, un homme qui vivait quasiment en ermite sur un petit lopin de terre, dans une maison au bardeau de cèdre noirci par le soleil. Il cultivait sa terre et bûchait son bois pour l’hiver.  Le dimanche, il regardait la télé. Mais, un peu fêlé, disait-on, il s’habillait proprement, ajustant sa cravate, défroissant son veston, certain que les personnages de la télévision le voyaient.

Et tout le village rigolait de ce « Fool on the Hill ». Tout le monde sait que personne dans un appareil de télévision ne peut voir les spectateurs. Mais il tenait à son rituel: jamais il n’ouvrait la télé sans se raser, se laver, et porter ses plus beaux vêtements.

Il mourut quelques années plus tard, sa maison tombant en ruine, on l’acheta pour une bouchée de pain. Puis on jeta  la télé aux ordures-recyclages (sic, quelle belle menterie!).

Voilà qu’aujourd’hui, avec les appareils modernes, il se peut que votre télévision vous regarde, vous épie, et enregistre ce que vous dites, ce que vous faites. Tout est possible. Ce cher totalitarisme – au nom de la sécurité – vous fouille probablement jusque dans vos écrans d’ordinateur. Et pourquoi pas?  Il est devenu difficile d’avoir le contrôle de ses propres appareils… À se demander si l’appareil ne vous contrôle pas, sachant ce que vous bouffez, ce que vous pensez, vos intérêts, vos petits luxes et voilà le portrait de vous que vous ne connaissez même pas.

Désormais, avant d’ouvrir un appareil, assurez-vous de vous habiller convenablement, – idées y comprises – selon les règles de l’État. Le totalitarisme, lui, se présente endimanché, pur, chaste, immaculé.

Depuis que je suis au courant des méthodes CIiennes ( prononcer scie hyène), je me méfie de mon grille-pain, de ma brosse-à-dents électriques, de mon stylo, et même de mon chat. Charlie a des yeux charbonneux et bizarres: on dirait deux caméras qui me surveillent. Et je me demande si cette queue plus que poilue n’est pas une antenne…

Gaëtan Pelletier

Les pays d’en haut: le syndrome Jason Bourne

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Déçus?

On le serait à moins.  On ignore qui peut se retrouver spectateur d’une série « parfaitement » ratée. Ratée par le scénario, le ton, et le bûchage  ou mutilation de talents. Ce n’est sans rappeler les films ayant pour héros Jason Bourne qui, a force d’être prolongé a perdu toute crédibilité. Paul Greengrass nous donne des plans de 1/4 de secondes… Il a massacré tous les Jason Bourne, sauf le premier.

Nous perdons énormément de temps à chercher ce qui devrait caractériser l’histoire d’une partie du Québec et de certains « acteurs » de cette histoire, d’un ton, d’un espace, d’un rythme, surtout. Il nous reste l’action… Et ça hurle!

La vitesse tue… Mais là il y a plus. La minceur caricaturale pour ne pas dire bédéesque des personnages nous laisse pantelants. La direction d’acteurs a massacré énormément de talents dans des répliques fausses dans lesquels les seuls sentiments exprimés sont ceux de la fâcherie ou la colère. Moins fort, plus fort, médium, saignant.

Ce n’est pas une série, c’est un steak!  Malheureux aux acteurs qui sont embarqués dans cette galère en y voyant le rôle de leur vie! Les pays d’en haut  risque de passer à l’histoire comme un échec et une machine à broyer des talents. Fait étrange, ce sont les acteurs de rôles secondaires qui réussissent à nous faire croire que « c’est bon ».  Quoique Vincent Leclerc s’en tire très bien. Dommage qu’il ne nous soit pas plus familier dans d’autres rôles.

La série a le défaut de n’avoir aucune qualité… Sauf, peut-être, celle des décors.  C’est un chœur cacophonique bizarroïde d’acteurs soumis à une direction d’acteurs pressée.  On ne sait pas ce qui se passe derrière les caméras et R.C.

Reste que les quelques spectateurs que je connais ont décidé d’abandonner le visionnement de la série qui aurait été supposément meilleure dans la seconde. Or, elle garde les mêmes défauts.

Dommage pour les acteurs de talents, car, au fond, on dirait une pièce de l’école secondaire, version 5ième, et on a hâte aux vacances.

Gaëtan Pelletier

 

Bye! Bye! 2013: le meilleur depuis des décennies

byebye2012

Coup de théâtre: Véronique Cloutier, Louis Morissette, Hélène Bourgeois Leclerc, Joël Legendre et Michel Courtemanche, qui avaient pourtant annoncé qu’ils ne reviendraient pas au Bye Bye, seront dans notre télé le 31 décembre!

Ils seront toutefois entourés d’une brochette d’humoristes: François Morency, Jean-François Mercier, Martin Petit, André Sauvé, Laurent Paquin, les Denis Drolet, Claudine Mercier et Jean-Michel Anctil.

Radio-Canada parle d’une formule renouvelée et cite Louis Morissette: «L’ajout de ces humoristes de talent donnera un nouveau souffle à l’émission et apportera un regard différent sur l’actualité de l’année.» La Presse, Richard Therrien 

Louis Morrissette et Cie, 2008

Le mécontentement à l’égard du Bye Bye 2008 s’est matérialisé en de nombreuses plaintes déposées au bureau du Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC); signe qu’en humour, ce qui fait rire les uns peut faire grincer les dents des autres.( Cyberpresse, Fannie Olivier)  La Vidure 

Ce fut sans doute un épisode difficile pour le couple Cloutier-Morrissette. Ils avaient dû s’expliquer dans une sorte de conférence de presse pour … s’expliquer.

Le Bye! Bye! 2013 sera considéré, non seulement comme une revanche, mais une nouvelle manière de faire les Bye! Bye!   En fait, l’attente du public n’est pas  dans le génie des  maquillages, mais le rire. Un Bye! Bye! sans rires est un Bye! Bye! raté.

L’intelligence des textes et la quasi absence des moments morts ont transformé le Bye! Bye! en un « show extrême ».   L’idée de glisser des capsules de nouvelles avec Laurent Paquin, style « Saturday Night Live » venait fragmenter les longs monologues ou chansons auxquelles on nous avait habitués.

La réussite des du spectacle était dans le rythme, l’absence de moments « morts » ou ennuyants, – centrés sur la politique ou autre sujet allongé et plat.  Une part d’autodérision du show-business lui-même. Fallait le faire. Car le dérisoire n’existe pas seulement en politique mais dans la « culture » de la télévision québécoise, ou du cinéma. Puis une beau clin d’oeil original sur Hanna Montana  jouée par le moins érotique des comédiens québécois: Antoine Bertrand. « Normalement », on aurait caricaturé la scènes avec une comédienne de talent, avec un « corps de talent »…  🙂

Le lapin dans le chapeau du génie 

On aurait pu s’éterniser sur la Commission Charbonneau… Mais le coup de génie fut de jouer avec les antipodes: André Sauvé le cérébral questionnant confronté aux Denis Drolet.

Si le Bye! Bye! avait été un plat à bouffer, les « convives » devraient enfin accorder la meilleur note pour la recette: 9/10.

Réussir un Bye! Bye! c’est faire rire, étonner, surprendre. On peut oublier les apparitions en flash, telles celle de la mairesse de Lac-Mégantic ou Annie Brocoli, mais l’effet de l’ensemble de ces apparitions soudaines -incongrues nous a dérouté. Faire rire c’est ne pas deviner la blague qui arrivera… Et tout cet ensemble bien huilé dans des pubs « adaptées ».

La leçon du Bye! Bye! 2013 

Tous les Bye! Bye! précédents nous ont fait croire qu’il fallait adapter le Bye! Bye! à la revue des événements de l’année. Le coup de génie fut celui d’éviter le piège de la revue… Et l’autre, de l’avoir fait en coups d’œil rapides, sans s’éterniser sur certains événements.

Cette louange pourrait aller au montage du « spectacle »: Impeccable! Mais c’est surtout l’ensemble qu’il faut non seulement saluer mais réfléchir. Dans cette mouture moins givrée, plus mouvante, les futurs Bye! Bye! devront adopter cette formule de capsules courtes, « punchées », comme le sont les spectacles des meilleurs humoristes.

Il est difficile de cerner, d’analyser une telle réussite, car tout tient dans le « ciment » qui a pris en enlevant le trop d’eau délayant les Bye! Bye! de jadis.  Comme dirait le coach du CH: c’est un travail d’équipe. Un travail d’équipe et de plaisir.

Il ne sera plus possible désormais de revenir aux anciennes formules des Bye! Bye! Puisque celui-ci a réussi à nous faire rire, les suivants n’auront pas d’autre choix que… de nous faire rire.

Mais la plus belle réussite du Bye! Bye! est que le couple Cloutier-Morrissette  a su – avec tous les complices aux talents divers et éclatés ,-  se remettre un peu des critiques des années passées. Critiques qu’il ne méritait pas.  Mais passons…

Autodérision

Les années se succèdent avec les grands projets politiques ( La Charte), mais avec un désir de délivrance du peuple des coups ratés dans de nombreux domaines. Les Bye! Bye! c’est l’occasion de nous « autodéclarer » idiots, stupides, et ratés… C’est l’occasion de rire de ce que nous sommes en tant que peuple, en élisant de la racaille, de nous qui écoutons et nous gorgeons de l’insipide d’une certaine forme de télévision, oui, de rire de ce que nous sommes.

Tout cela en une heure.

Ne reste plus qu’à attendre l’an 2014, et sa ribambelles d’imbécillités.

À se demander si le rire n’est pas l’ultime intelligence qui nous reste. Car à travers les échecs et les absurdités répétées au fil des ans et des ans, on peut se soulager en une heure et en recommencer une autre…

Rire des élus pour lesquels nous avons voté… Rire des émissions que nous « aimons » regarder c’est une belle autodérision.

Mais il ne manquait qu’un sujet: l’économie.

Le ridicule ne tue pas, mais l’économie, elle, sait nous tuer un peu chaque jour…

Gaëtan Pelletier

1 janvier 2014

P.S.: On peut aussi lire les critiques styles « La Presse » que l’on retrouve ICI. (« Plus de pour que de contre ») .   On peut bien décortiquer les sketchs un à un , « j’ai aimé », « j’ai pas aimé », mais on oublie que le Bye! Bye! n’est pas un spectacle « d’œuvres choisies » mais un « choix » de ce qui s’est passé. Peu importe le choix des événements, car on ne pourra les couvrir tous.

La critique est simple: on rit ou on rit pas.

Gabriel Nadeau-Dubois à TLMEP

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Gabriel Nadeau-Dubois, à TLMEP n’a rien ajouté de neuf à son parcours, sauf le livre « Tenir tête » qui sera lancé le 10 octobre, et dont on trouvera un résumé de l’éditeur plus bas.

Les seules phrases percutantes furent celles concernant la charte québécoise: « Ce n’est pas en enlevant un hidjab que l’on produit un québécois ». Cité de mémoire… Les mots ne sont pas les mêmes, mais le sens l’est. Quant aux attentes d’un Nadeau-Dubois en politique, il fait la remarque que « quelqu’un de connu  ne fait pas nécessairement un bon politicien ».

Pour le reste, ajoutons qu’il note au passage le danger du consumérisme en provenance des États-Unis qu’il considère plus dangereux que les craintes actuelles concernant la perte d’identité québécoise.

Pour le reste, GND est étudiant en philosophie et sans doute faudra-t-il attendre quelques années avant que « la vedette » s’inscrive réellement dans une action sociale hors du champ de son rôle de leader dans la crise du « printemps érable » dont il refuse l’appellation disant l’avoir ignorée dans son livre.

L’entrevue accordé à Claude André dans le journal Métro, en date d’aujourd’hui (6 octobre), est représentatif de l’homme d’opinion.

Sans doute ressuscitera un jour un nouvel activiste qui pourrait avoir la trempe d’un Bourgault, Michel  Chartrand…

Gaëtan Pelletier

Entrevue

Adulé des uns, honni des autres, le très médiatisé Gabriel Nadeau-Dubois, qui n’utilise jamais la formulation «printemps érable», lance ces jours-ci Tenir tête. Le récit a pour toile de fond l’historique printemps québécois de 2012. Rencontre.

Vous avez mélangé à la fois des éléments du récit, de l’essai et du mémoire de maîtrise dans Tenir tête.
Oui. Ce livre-là m’offre une occasion de contribuer au débat public et, humblement, à analyser le Québec d’aujourd’hui à travers ses médias, sa démocratie…

Lors du dépôt de son budget 2010, l’ancien ministre des Finances Raymond Bachand l’a qualifié de «révolution culturelle». Vous croyez vraiment qu’il faisait référence à la Chine de Mao et à la purge des élites intellectuelles?
Je pense qu’il s’agit d’une personne qui possède une certaine culture et il reprenait ce vocable-là. Je m’amuse un peu avec cela dans le livre, mais cette déclaration est intéressante : c’est vraiment un aveu de la radicalité des intentions du gouvernement libéral, alors que dans l’espace public on a essayé de présenter ces mesures d’augmentation des frais de scolarité comme étant essentiellement d’ordre comptable et administratif. Lorsqu’on dit d’un budget qu’il est une «révolution culturelle», c’est que l’on veut changer la culture politique du Québec et la manière dont les gens vivent leur rapport à l’État.

Certains observateurs soutiennent que le conflit aurait été orchestré par les libéraux pour en arriver à l’application d’une politique de polarisation (wedge issue) favorable au gouvernement Charest.
Je pense que la wedge politic s’est jouée à la fin de la grève, quand le gouvernement Charest a voulu tabler sur la polarisation et l’augmenter pour diaboliser les étudiants et ainsi solidifier sa propre base. Au départ, le gouvernement a vraiment sous-estimé les étudiants. Les libéraux étaient convaincus qu’il n’y aurait pas de grève jusqu’à ce qu’on y soit, probablement le 22 mars, ou s’il y en avait une qu’elle tomberait très rapidement. C’est pour cela qu’ils ont tant tardé à négocier. Mais oui, leur plan B a été la répression et lawedge politic. De penser que le conflit a été orchestré de toute pièce serait surestimer les libéraux.

Comment vous êtes-vous senti lorsque Line Beauchamp a rendu public à Tout le monde en parle l’histoire des lunettes de sa collaboratrice que vous auriez brisées après une introduction dans ses bureaux de comté?
C’était très habile de ressortir une histoire… vieille d’un an et demi! Qui plus est, je n’ai jamais brisé les lunettes de quiconque. Il s’agissait d’une phrase déjà préparée je crois. À partir de ce moment-là, cette histoire ne m’a plus jamais quitté.

Dès lors, saviez-vous que vous deviendriiez la cible des attaques du gouvernement?
Non. Dans un premier temps, je me demandais s’il y aurait une grève. Dans un deuxième temps, si elle durerait suffisamment longtemps. Dans un troisième temps, jamais je n’aurais cru que la CLASSE pendrait une place si prépondérante publiquement. Historiquement, la CLASSE représente le  courant plus alternatif du mouvement étudiant. Celle qui est le moins sous le feu des projecteurs. Or, elle a été projetée vers l’avant et c’était imprévisible. Dans un quatrième temps, il était tout aussi imprévisible que, personnellement, je me retrouve autant au premier plan.

Vous dites appartenir à une tendance politique à laquelle certains étudiants ont reproché son pragmatisme et son souci de l’image. Qu’est-ce qui vous a sensibilisé à l’importance de l’image?
Durant la grève, j’étais conscient que lorsque je me présentais devant les médias, les gens qui m’écoutaient, chez eux, partaient déjà avec toute une série de préjugés. La moindre des choses était de m’assurer qu’aucun obstacle esthétique ou d’image ne viennent perturber mes interventions. Le fond devait l’emporter sur la forme.

Lors d’un discours qui allait déterminer la suite des choses au Cégep de Valleyfield, vous avez avoué aux militants que vous aviez peur de la grève.
Le but était d’être le plus honnête possible et de dire aux autres étudiants que lorsqu’on rentre dans ce moment politique-là, on ne peut pas savoir d’avance comment les choses vont se dérouler. L’idée était de faire comprendre que c’était notre seule chance de renverser la vapeur, sinon la hausse passait.

On pourrait brosser un parallèle avec un célèbre discours de Pierre Bourgault, qui allait dans ce sens en parlant de l’indépendance du Québec (au grand dam de René Lévesque). Bourgault, à qui on vous a souvent comparé, est-il votre modèle?
Bourgault est l’une de mes inspirations politiques. Ce que je retiens surtout de lui, c’est son courage politique et sa volonté de prendre les gens au sérieux. De ne pas leur mentir en leur disant que le changement social, que ce soit pour réaliser l’indépendance ou obtenir davantage de justice, ce n’est pas toujours facile et qu’il faut faire des sacrifices. Collectivement cependant, nous sommes capables de faire des choses.

De quel milieu socioculturel êtes-vous issu?
J’ai été élevé dans un milieu très politisé. Mon père était organisateur communautaire et il a été très engagé dans le milieu syndical pendant longtemps. Ma mère est avocate spécialisée dans le droit du travail. Elle défend les travailleuses et travailleurs victimes d’accidents.

Qui sont vos héros, vos modèles?
On a parlé de Bourgault. Il y a aussi des gens comme Michel Chartrand, des femmes comme Madeleine Parent… Des militantes et militants qui ont donné leur vie pour une cause et dont l’âge n’a jamais atténué les convictions.

Êtes-vous guévariste (partisan de Che Guevera)?
Non (sourire). Absolument pas. Je ne pense pas que ce soit un modèle souhaitable ou applicable au Québec en 2013. Il y a une certaine forme de pragmatisme chez moi. Je pense qu’il faut partir d’où nous sommes pour changer la société. C’est ce que nous avons fait pendant la grève : nous sommes partis d’un enjeu très concret, comme la question des frais de scolarité, qui peut sembler à courte vue ou corporatiste, et cela nous a servi de tremplin pour ouvrir des perspectives et des débats.

Vous n’utilisez jamais l’expression «printemps érable»…
C’est un beau jeu de mots qui a une très belle résonance poétique au Québec et je comprends que cela puisse séduire bien des gens, mais ce parallèle avec les révolutions arabes me met mal à l’aise. Je trouve cela tirer par les cheveux. J’en ai pris conscience lorsque j’étais en France où, après avoir parlé du «printemps érable», un jeune Tunisien est venu me dire : «Fais attention, ce n’est pas la même chose. Chez vous, c’était un mouvement citoyen et pacifique, tandis que dans notre cas, c’était presque une guerre civile. Il ne faut pas romantiser ou poétiser ces moments qui ont été très difficiles pour les pays arabes.» Depuis, j’ai fait le choix de ne pas en parler dans ces termes-là.

Mai 68 à Paris, c’était votre modèle?
Nos grands modèles furent les précédentes grèves étudiantes au Québec. L’une des grandes forces de la CLASSE a été sa conscience historique. La grève de 2005, celle de 1996, celles des années 1970 et 1980…

Où vous voyez-vous où dans 20 ans?
Très bonne question. Je l’ignore. L’enseignement est quelque chose qui pourrait m’intéresser.

Si vous dites que vous ne ferez pas de politique, personne ne vous croira.
J’ai déjà été approché, mais je ne suis pas intéressé pour le moment. Je ne crois pas qu’être connu soit une raison suffisante pour être un bon candidat et, a fortiori, pour être un bon politicien. Je ne dis pas que je n’en ferai jamais ,mais ce n’est pas dans mes priorités de l’heure.

Vous parlez d’écologie et de justice sociale, mais vous n’abordez pas la question de la souveraineté du Québec dans votre livre…
Dans mon livre, j’en parle dans l’épilogue parce que, en toute justice pour le mouvement étudiant, ce n’était pas explicitement affiché par le mouvement, même si, de mon point de vue, c’était sous-jacent. Je suis indépendantiste et les projets dont je parle ne peuvent pas être réalisés au Québec sans l’indépendance.

Outre les quolibets lancés sur les réseaux sociaux et dans les médias, on a appris à un moment, à travers un témoignage de l’intérieur, que les policiers de la SQ vous haïssaient viscéralement. Comment avez-vous composé, humainement, avec cette haine?
Je n’aurais pas répondu la même chose il y a un an mais, maintenant, j’en suis venu à accepter que cela fait partie des risques que l’on prend. C’est sûr que, sur le coup, c’était difficile et ce n’est pas vrai que l’on peut ignorer. Je n’ai jamais été capable de le faire. Je lisais les bêtises écrites à mon sujet. Ça frappe toujours au visage, mais en même temps nous étions très bien entourés. Il y avait dans ce mouvement une cohésion, une solidarité et un immense sentiment d’appartenance, et cela me rendait plus fort. Pour chaque bêtise que je lisais, chaque lettre de menace que je recevais, des automobilistes me klaxonnaient dans la rue, des passants me tapaient sur l’épaule et d’autres m’encourageaient à poursuivre.

J’imagine que sur le plan personnel, il faut être «fait fort» et avoir un estime de soi assez solide…
J’étais convaincu que je faisais la bonne chose. J’ai eu des moments de doutes et de remises en question sur ce que je devais dire ou faire. Mais, fondamentalement, sur le fait que ce mouvement était légitime, je n’ai jamais eu l’ombre d’un doute. J’étais persuadé que collectivement nous faisions la bonne chose.

Après la fameuse manifestation du 22 mars, les choses ont basculé…
C’est le moment où, le mouvement comme le gouvernement, nous sommes dit en même temps : «Wow, c’est gros!» Tout le monde au Québec l’a réalisé. Or, voyant que le mouvement ne s’essoufflait pas, la stratégie gouvernementale est devenue assez claire : on polarise et on jette de l’huile sur le feu. Les libéraux savaient qu’ils profitaient de la confrontation dans les rues et ils la stimulaient volontairement, car ils en profitaient politiquement. Ça me semble assez claire.

Pensez-vous que la police au Québec défend des intérêts politiques?
Il ne faut pas tomber dans la théorie du complot et dire qu’il y aurait eu des ordres directement donnés par des politiciens aux policiers. Par contre, je crois qu’il y a une culture policière qui est problématique au Québec et notamment au SPVM. Il y règne une culture répressive qui doit changer. On le voit dans les cas de profilage racial, social et également lors des interventions de contrôle des foules, c’est assez clair. Ce qui confirme cela, c’est non seulement la brutalité concrète envers les étudiants, mais aussi le climat psychologique et verbal dans lequel ces choses se sont produites.

Pouvez-vous préciser?
Ce n’était pas seulement : «On vous tasse, on vous brusque, on vous pousse», mais plutôt, et c’était verbalisé ainsi : «On va vous casser la yeule les petits criss!»

Vous dites avoir reçu des menaces de la part de la SQ?!
Un jour, par l’intermédiaire de mon attaché de presse, la SQ m’appelle pour me dire : «Tu as reçu des lettres de menaces. Cette fois-ci, c’est très sérieux, il faut que tu te présentes à notre quartier général. Il faut qu’on te protège, car ta sécurité est en danger.» On a donc filé vers la SQ dès la fin de l’entrevue à Radio-Canada. Nous sommes montés et on m’a isolé de mes deux compagnons. Ensuite, on m’a emmené dans une salle d’interrogatoire, puis on a commencé à m’interroger en me disant : «Depuis les événements des derniers jours, le ministre Dupuis nous a demandé de nous impliquer dans le dossier, non seulement en matière de contrôle des foules, mais aussi de renseignements et d’informations et c’est dans ce cadre-là qu’on te rencontre aujourd’hui.» Cela a duré près d’une heure vingt. Je le raconte en détails dans le livre.

Vous êtes-vous senti menacé à ce moment-là?
Au départ, j’étais convaincu que j’allais là pour ma propre sécurité. Ça n’a pas pris beaucoup de temps avant que je réalise que c’était seulement une excuse. Alors, oui, à ce moment-là, je me suis senti menacé. Cela dit, ces menaces étaient moins pire que la brutalité réelle que l’on retrouvait dans les rues. Si je raconte cette anecdote, c’est pour montrer que de la SQ au SPVM il y avait, de manière synchronisée, une culture répressive.

Vous êtes devenu, à un moment, l’équivalent d’une véritable superstar pour de nombreuses personnes. Comment composiez-vous avec le Gabriel Nadeau-Dubois réel et le personnage médiatique que vous deveniiez?
C’est sûr que tu ne le vois pas venir. Ça arrive de façon imprévue, d’autant plus que mes interventions dans les médias étaient plutôt platoniques et politiques. J’ai toujours refusé le human interest et les entrevues personnalisantes. On avait d’ailleurs un mandat à la CLASSE en ce sens. En fait, ça nous a tous surpris. J’avais la chance d’être dans une organisation qui me rappelait toujours à l’ordre et me ramenait toujours sur terre. Les médias sont une machine qui tend à créer des personnalités et des personnages, de sorte que l’on peut parfois se confondre soi-même avec ledit personnage. Sur le moment, c’était difficile, mais je peux dire, avec le recul, que n’eut été de cette organisation et de ses militants qui étaient constamment sur mon cas, de la culture démocratique donc, j’aurais probablement davantage succombé aux sirènes de la popularité.

Que pensez-vous du fait que Léo Bureau-Blouin, votre ancien collègue qui était président des étudiants du collégial (FECQ), soit devenu député du Parti québécois?
C’est une décision avec laquelle je ne suis pas d’accord. Cela dit, c’est son choix. Je n’ai pas envie de tomber dans des guerres d’ego ou de verser du fiel sur lui. Ça ne m’intéresse pas de faire ça. Mais, comme beaucoup de gens dans le mouvement étudiant, et même parmi son organisation, j’ai trouvé que c’était rapide. Et c’est cela qui peut froisser les gens.

Vous avez qualifié un étudiant (Laurent Proulx) en faveur de la hausse de «p’tit con». Les statuts de la CLASSE vous le permettaient?
J’ai dit cela lors d’un discours, c’était une erreur. Je m’en suis excusé et je le referai autant de fois qu’il le faudra. Il s’agissait d’un moment d’ivresse militante qui n’était pas écrit dans mon discours.

Qu’est-ce que cette expérience vous a appris sur vous-même et sur le Québec?
Sur le Québec, des dizaines de choses, mais pour résumer, ça m’a donné beaucoup d’espoir. Notamment avec le mouvement des casseroles. Le Québec a repris confiance en lui. Des centaines de milliers de personnes avaient soudainement une meilleure vision d’elles-mêmes et une meilleur vision du Québec que devenir des «bons gérants de dépanneurs» ou «on va avoir un équilibre budgétaire et c’est ça notre projet de société». On a vu des gens qui avaient des projets, des valeurs de justice sociale, d’écologie et de démocratie. Et ça, pour moi, c’était très réconfortant.

Source 

« Toute histoire a un commencement, et pour moi l’aventure du printemps 2012 débute le 12 juin 2009 lorsque j’ouvre le journalLe Devoir. »

Dans ce livre, écrit avec le style qu’on lui connaît, on suit pas à pas Gabriel Nadeau-Dubois au fil des luttes, des rencontres décisives, des assemblées générales, des confrontations avec journalistes, ministres, juges et policiers, mais aussi dans son analyse de la grève de 2012. Chemin faisant, le lecteur prendra acte, non sans stupéfaction, de la misère morale et intellectuelle d’une certaine élite québécoise. Il renouera surtout avec la formidable vigueur des étudiants qui se sont opposés au mercantilisme de cette élite.

Tenir tête doit être lu par ceux qui ont partagé la colère des étudiants,
mais aussi par les autres, qui se surprendront peut-être à admettre que
la cause des étudiants est également la leur.

Gabriel Nadeau-Dubois a été l’un des porte-parole de la Coalition large de l’Association pour une solidarité syndicale étudiante (CLASSE) pendant la grève étudiante de 2012. Après des études en Histoire, culture et société à l’UQAM, il étudie à l’Université de Montréal en philosophie. Il est aussi chroniqueur à Radio-Canada.

Les textes de GND sur Cent Papiers

http://centpapiers.com/dun-pays-devaste-a-un-pays-en-deuil/

http://centpapiers.com/drogue-au-bitume-la-face-cachee-de-la-prosperite-albertaine/

http://centpapiers.com/la-peau-prend-le-gout-du-souffre/

http://centpapiers.com/gabriel-nadeau-dubois.lutte-etudiante-pourquoi-je-demissionne./

http://centpapiers.com/gabriel-nadeau-dubois-a-tlmep/

Noël Story: Les Paré allongés…

Dans Noël Story, Ti-Mé, Jacqueline, Caro, Thérèse et Réjean se rassemblent au chalet de Rénald et de Lison pour célébrer Noël à la campagne. Arrivés sur les lieux, les convives perdent toutefois le sourire lorsqu’ils réalisent que Pinson et Creton les ont inscrits — à leur insu — à un concours télévisé organisé pour trouver la plus belle famille de Noël. Également dans la course pour mettre la main sur le prix de 250 000 $ : les Groleau (interprétés par Lise Dion, Jean-Michel Anctil et Dominic Sillon) et Jean-Lou (Michel Côté).

Je suis un grand fan de l’œuvre de  Meunier. Car il s’agit bien d’une œuvre…

Mais le Noël des Paré – je sais que l’on s’attendait à beaucoup – a eu de grands trous…

D’abord, 1h30, c’était trop. La sauce n’a pas pris… Un peu liquide.

Deux comédiennes ont sauvé le show : Josée Deschênes et Diane Lavallée. On aurait dit que Meunier avait gardé le meilleur pour elles. D’autant qu’elles avaient conservé le rythme et le ton des « anciennes » émissions.

Tout un tour de force.

Le rythme

Il manquait cette soudure dans les dialogues que l’on retrouvait jadis. Les Paré, plutôt mal préparés… C’est du moins l’impression qui en ressortait, puisque l’on attendait la réplique qui tardait d’une fraction de seconde… Mais c’est encore trop pour ces hurluberlus

Comme un orchestre aux musiciens qui faussent. Hélas! Pas facile de redonner vie à une bande de loufoques qui s’amusaient.

Habitués au rythme qui ne laissait pas de place pour respirer, nous avons pu respirer enfin… Un eu d’ennui, certes. Car cet allongement creusait et brisait ce à quoi on nous avait habitués.

Back to the burlesque

Les personnages de  La Petite Vie sont déjà d’énormes caricatures en partant… En ajoutant, nous voilà revenus au burlesque d’il y a 40 ou 50 ans. Dommage! La « famille Grolo  » jouait  un peu gros et les bastonnades avaient fait place aux dialogues échevelés de Claude Meunier. Un brin Charlie Chaplin, en fait. Le talent de Dominic Sillon a été mal servi. À se demander s’il n’aurait pas dû participer à l’écriture… Mais la gestuelle un peu somnifère nous a vite privé de son talent.

La vie des personnages colorés de La Petite Vie tient au montage de Meunier qui les a créés. Ce qu’ils sont est ce qu’ils disent… Et avec un rythme essoufflant.

Pour ce qui est du gai , ce long monologue inutile, malgré le talent de Michel Côté, n’avait plus sa place. Passé date. On ne rit plus des « tapettes » comme il y a 15 ans.

Encore une caricature enflée qui a fait en sorte que nous nous retrouvions devant un personnage plutôt ballonné, comme ces pères Noël soufflés rapidement sur les galeries des maisons du Québec.

Toutes ces enflures – y compris celles d’un Guy Jodoin incapable de s’ajuster à son rôle, se sentant obligé d’en mettre – en ajoutait au grand désert du spectacle. On ne savait plus trop s’il était dans le public ou vraiment animateur…

La mise en scène

Peut être que tout cela aurait pu être en partie évité par la mise en scène. De fait, ce « tournage en rond » et mal réglé n’a pas relevé, mais plutôt écrasé cette construction frêle.

Dommage!

Comme disait une dame : « Les Paré auraient dû rester chez eux, dans leur maison . »

Cette sortie a déséquilibré le spectateur et nuit grandement à l’ensemble.

La cohésion…

C’est ce qui marque la famille Paré. La cohésion de leur univers de cinglés qui est un peu le nôtre…

Ce doit être ça le secret de Meunier : dévoiler et grossir les traits des anormaux qui sommeillent en chacun de nous.

Et les combiner en un théâtre loufoque dans lequel on se laisse prendre.

On ne s’est pas reconnus.

Nous sommes plus fous que dans l’épisode d’hier…

Le langage ou le geste?

C’est là le grand dérapage….

Les Paré règlent leurs comptes en salves de langages fous… Pas à coups de bâtons et de danses sans…danse.