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Effondrement : COUSTEAU résuma en 2 minutes ce qui nous arrive(1977)

 

L’odeur du sportif de la cravate

cerveau sportif

Nous vivons dans un monde dans lequel nous rencontrons souvent « personne »: nous rencontrons des feuilles de papiers, des règlements, ou bien des robots… On traite les différents humains à travers des murs de paperasse. Le sport le plus en vogue passe par  « le concept ». Il faut créer dans sa « tête »… Pas question de faire du terrain. Les « concepteurs » travaillent à établir un nouveau pont, à élaborer des stratégies sur la manière d’aborder un estropié du travail, au lieu d’aller le rencontrer.

Le paperassier est un assis sur son QI, boit de l’eau Nestlé, et ne s’approche de personne, sauf de lui de temps en temps. C’est un barbare rose qui a appris l’art de « s’éloigner de proche  » (sic). Il garde ses distances comme les banques gardent leur argent. Il garde ses biens avec des chiens cravatés.

La Terre est un grand restaurant à saveur du « MOI ». Plus le paperassier « travaille » à gérer le monde de par ses neurones « stéroïdés » aux concepts qui gonflent et qui gonflent, plus il raffermit sa conviction au point d’en être le porte-bât  aux yeux bandés. Il se se voit que de l’intérieur dans son petit miroir trafiqué , caviardant les autres. Il est le texte et les autres les maux…

Pendant ce temps, sur le terrain de la vie, notre esclave suinte pour ces nouveaux dieux échevelés du progrès. Le progrès à détérioration continue. Comme une lente aseptisation de tout ce qui vit au profit de tout ce qui s’encoffre. Au profit de ce qui ne dure pas… Et, pour cette raison, il créera les formules creuses  qui se perpétueront à travers la lignée suivante.

Le paperassier est une sorte de papier humide qui absorbe les concepts et les lois des diktats de l’État. C’est une gaufre perdue dans une boîte de gaufres congelées. À travers ces cristaux de glace, de la culture de la distance, il finit par agrandir la prison de l’esclave au point de le rendre aveugle: il sait reculer tous les murs et accusera l’œil du citoyen d’être affaibli.  Ou de n’être pas suffisamment intelligent pour absorber le génial cryptage du moi-vapeur. Notre abuseur public, employé d’État ou de INC  invisibilus  s’adonne au sport le plus répandu et tout aussi nocif que les produits de Monsanto: le conformisme, cette religion laïque issue de la robotisation humaine.

Pour ce charlatant Aqua-Velva, au menton lustré, l’esclave est responsable de la désintégration du monde, des sociétés, de la disparition du  tigre de Sibérie, des grillons du Québec,  bref, de tout. Il vous enverra tailler les feuilles d’un arbre pour sauver l’arbre. Car, pas question d’abattre la racine dont il fait partie. Si l’arbre meurt, vous serez l’incompétent. Et avec le bassin  de chômeurs apeurés, il trouvera  bien un autre esclave  vidé, prêt à courir le cent maîtres…

Ses émotions restent à la maison. C’est un tendre aux valeurs « familiales »… C’est un animalcule, une larve de société.  Il a l’ambition de LUI, et il sort de sa bouche une sorte de putrescence centenaire, toute malodorante de stagnation. C’est son progrès, pas le nôtre. Un étang ne coule pas…

Il ne coule que de l’encre et l’encre devrait gérer le monde.

 

Gaëtan Pelletier

Prohibé

picasso

La femme qui pleure – Picasso

Il y a cette dame qui lutte contre chacune de ses rides en étalant le rayon des cosmétiques sur chaque cellule de sa peau, confiante que ses chaussures tendances et ses vêtements dernier cri (le même qu’a eu son conjoint en la voyant) lui épargnent l’outrage d’être elle-même.

ENFANT ORDINATEUR

Il y a ces enfants qui avant de grimper aux arbres savent formater un ordinateur, installer Windows et contourner le contrôle parental.

Il y a ces polliticailleux tous mus par une soif d’atteindre une rente viagère confortable, confiant l’honneur et le mérite à un distributeur de médailles qui une fois l’an pique la curiosité des médias et la poitrine des récipiendaires en les marquant du sceau: Government approveed!.

 

pancartes1

La rue, la butte de terre, le poteau électrique sont autant de vitrines de propagande pour les rois de la pub munis de cloueuses électriques et de contrats juteux: on va te la vendre l’idée! Squatage de biens publics pour la gloire des «un-jour-je-régnerai». Foi de poteau!

bourse tokyo

La finance n’en finit plus de tenir les statistiques de ses statistiques et d’émettre quelques communiqués sur sa progression aux effets rouleau compresseur sur l’économie: des trimestres tous plus chiffrés que les précédents, statistiquement à la hausse, inversement proportionnels à la réalité commune.

Les publicités sont toujours plus efficaces: 89% des gens utilisent un produit et sont satisfaits. On ne dit pas que 100% croient qu’ils sont dans le 11% qui l’ignoraient. Le syndrome du bonnet d’âne effraie. On peut miser sur ses effets.

Il y a le courant social qu’un vent de folie rythmée au « bling bling tchiqua ching » scande. Appuyez sur F1 pour dérégler l’harmonie et s’entame le karaoké des esclaves qui chantent pour oublier leurs chaînes.

Que penser de la tendance mots-clefs:  rôle social. Mieux que la conscience qui demeure un choix de libre-arbitre, le rôle social peut pour sa part s’armer contre lui-même, faire le travail ingrat des décideurs à court d’idées et de volonté. Si on lui laisse l’illusion qu’il est puissant, ces derniers s’embêteront moins à devoir sauver les apparences, l’important étant d’avoir l’air de collaborer jusqu’à ce qu’un autre puissant rôle social aille butiner ailleurs et que les choses reprennent la même place inchangée. On aura greffé deux ou trois nouveaux intervenants et autant en emporte le vent.  On dirait presque du home staging et le camion qui ramasse le décor attend prêt à partir en tournée ailleurs. Sale p’tin d’banques et clowns riches au QI ravagé par des pirouettes mentales devront suivre la foule qui les réclame vers d’autres lieux, d’autres vents.

Il y a cette lubie de citoyens soucieux que les travailleurs qui se promènent sur le trottoir (ils précisent le rôle des gens lésés car on ne peut pas être simple promeneur dans l’histoire) devraient pouvoir respirer autre chose que la fumée de cigarette provenant des terrasses. Peut-être sont-ils en manque d’émanation d’essence, le prix de cette dernière ne permettant plus que les effluves soient aussi perceptibles et enivrantes qu’aux jours d’antan.  Quoi qu’il en soit, si le rôle social parvient à brimer ses propres droits, on ne saurait ne pas l’y encourager.  Il y aura moins de boulot à  faire pour empiéter sur les droits et libertés.

La charte des droits et liberté, qui sera bientôt imprimée sur les rouleaux de «PQ» aura toujours son utilité. Il suffira de savoir par quel bout la consulter. D’ailleurs je m’étonne que ces fameux outils promotionnels incontournables n’aient pas été plus exploités. Je lance l’idée. Je sais j’aurais pu devenir riche en la faisant moi-même. Riche à rien, comme il y en a beaucoup: un brassage d’inutile et un rinçage d’inutilisable. On alterne.

 

les labours

La Leçon de labourage (1793-98) – François-André Vincent

Quand tout est prohibitif peut-on dire qu’il y a prohibition? Il y aurait donc des effets sans cause: Il faudra une médecine pointue pour soigner tout ça. La médecine de profil client a de l’avenir.

Lorsque l’habitant tirait la charrue et le boeuf et que le tout basculait dans une ornière, il n’y avait pas de puissante machine pour les en extirper. Elle n’était pas inventée et à l’époque où elle le fut l’habitant n’a plus eu besoin d’elle. A croire qu’il faille toujours courir après le progrès au cas où un jour nous serions en parfaite synchronicité, pas derrière ni devant mais dedans. Et roule l’inutile dans un désordre alarmant où se côtoient folie et développement durable dans une cacophonie bling bling digne de Picasso IV. Personne n’a les moyens d’y échapper.  Esprit censuré, volonté prohibée.

Un chausson aux pommes avec ça?

ELYAN

http://centpapiers.com/prohibe/

L’art de la délogique

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Le 21 ième siècle est l’art de la délogique et du mensonge: On vous dira que c’est l’Océan ( les banques et les énormes entreprises) qui nourrissent les rivières ( les travailleurs, les citoyens, les « petits »).  Comme si les rivières et les fleuves avalaient l’eau des lacs. Que les océans remontaient vers les fleuves. Et que l’argent, finalement, façonne les humains…

Gaëtan Pelletier, Entrepreneur en reconstruction de la réalité

Le Dépotoirium, Chapitre 31

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La vie est désormais une nouvelle version de la fable de La Fontaine : le renard a la liste de tous les corbeaux et  la quantité de leurs fromages, ainsi que la qualité. .C’est un calculateur et parleur, un babillard qui a la langue dans toutes les poches des banques. Il use de ces réseaux dits « sociaux » pour glaner vos goûts, vos dégoûts, vos amours, vos désamours, et il se pourlèche les babines tel un loup se glissant dans votre ordinateur.  Il vous traque et vous détraque dans un amalgame de fourberies. Un vrai magicien d’US.  Il forme même des renards pour aller conter fleurette aux corbeaux.  Ponzi Way Of Doing !

***

Dans la grande trousse fournie par l’État concernant l’art de réussir sa vie, il n’y a plus que quelques mots : la trilogie, travail,  argent, économie. Le « nouveau travail » consiste à jouer au savant en participant à la science disjonctée, (parfois en vendant son cerveau aux nations les mieux nanties), pour motifs de profits, bien souvent, et par quelques hurluberlus qui rêvent de conquérir la planète Mars, sans toutefois en connaître les raisons pratiques. Impôts et taxes sont désormais le don obligé. Viva le nouveau dieu qu’est l’homme! Et comme dans toute religion, celle-là, laïque, il existe des formes nouvelles de dîmes et de dons obligés pour que le citoyen participe aux grandes œuvres qui sont l’équivalent des cathédrales de jadis.  Les épluchés sociaux, pelés par les boutiquiers stockeurs mondialistes vous formatent une vie de bonheur au bas de chaque écran que vous regardez, aux marteaux des pubs plus invasives que des punaises de lit. On vous intoxique lentement à la compétition. Pour l’estime de soi, il faut « abattre » les autres. « Je suis diplômes. Je suis travail. Je suis réussite. » L’impatience vous gangrène l’esprit. Vous vous tendez. Vous êtes un arc et vos flèches se retournent, en fin de compte, toutes sur vous. On veut bien mourir, mais pas chaque jour. Big Pharma est le pompier douteux qui éteint les feux de vos douleurs. Dormez à l’oxycontin, flottez jusqu’à Zanzibar au diazépam, et mourez au hasard dans un van, sous les yeux de vos enfants rivés à leurs tablettes. Les hyper riches sont les nazis du 21ième siècle éparpillés sur un tout petit globe bleu. Avalez  toutes ces recettes  sophistiquées pour trouver un croûton de bonheur. Le nouvel Hitler n’est aucunement raciste. Il s’est même multiplié comme un pain de Jésus.   Que tu sois de Karachi, de Saint-Juste-de-la Bretonnière,  de Tangso, de Lagos, de Gamirasu, de Metz, peu importe. Tous goûteront à la finale cancéreuse de la planète. Car la finance s’est emparée de toute la nature, des hommes, et même d’une nouvelle drogue : la surconsommation, à la portée de tous grâce au crédit. Il vous lance de « l’avoir » comme on lance des biscuits à une Blondi affamée, chienne d’Adolf.

Nous encourageons des armuriers de nos impôts. Igor en a-t-il contre René, Edward contre Kheilane, Adib contre Lenka?  On mourra de nos bonheurs en nourrissant des fous qui aiguisent des armes et ses conspirations dont on admire le génie.  Chaque humain est devenu une putain. Nous sommes en « activité putanière » à temps plein. Nos salaires sont des rations. Le reste s’en va à l’État pour acheter le nécessaire pour se défendre contre un ennemi dont nous ne savons rien, sinon que c’est un humain comme nous.

***

Depuis que Mona est née nous trouvons le sommeil dans les  recoins du jour et de la nuit.  Ce printemps, la pluie a fait son pipi de cumulus stradivarius, un vrai violon transformé en bateau, qui déluge et déluge jusqu’à déraciner des arbres et des maisons. La neige s’en va sous terre. Elle meurt lentement à la vue du soleil et de l’axe de la Terre qui pivote. Mona nous donne à peine le temps de regarder la télévision pour être au courant de tous les bons coups tordus qui dérèglent la belle race humaine. Mona a de petites pousses  de cheveux roux. Les oiseaux reviennent du Sud et se perchent sur les fils électriques. Ils n’ont pas peur de tomber parce qu’en chutant, ils ont leurs ailes. Ils ne savent même pas qu’ils ont des ailes comme nous ne savons pas que nous avons une âme. Autre chose sous ce capot qu’est le corps.  Nos vies sont sur des fils et nous n’avons pas d’ailes. Alors, comme tout le monde, nous tombons, nous chutons.  Quand je  regarde les oiseaux,  je me dis que « dieu » les a mis pour nous montrer le chemin de l’âme. Parfois, on dirait des peintures volantes, des chanteurs un peut trop matinaux,  les êtres les plus libres en ce monde. Plus libres que les humains.  Les arbres se sont fait des bébés-feuilles. Au début, c’est tout menu. Elles ont l’air frêle. Puis  ça s’ouvre comme des antennes paraboliques pour boire  la lumière et la chaleur du soleil. Le soleil est un tétin  pour tout le vivant.

De temps en temps, on parle à Anne et Carl par Skype. On s’est demandés pourquoi on avait mis au mon des enfants.  Ce doit être pour la même raison que les arbres font des bourgeons.  On s’inquiète. On s’inquiète parce que lorsque les enfants  auront trente ans, on sera en 2050. En 2050, ils achèteront sans doute des bouteilles d’air de Chine et « Eau Canada » sera la propriété d’intérêts étrangers. C’est aussi compliqué que ça. Pendant l’hiver on avait hâte au printemps. C’est le printemps et on a hâte à l’été. Avoir hâte est l’envers d’être. On ne peut pas « bien exister » si notre cerveau est une masse mouvante de pensées et de poisons de tout le barda de ce monde. Il fallait trouver une solution pour échapper aux torrents de « la pensée ». Si vous dites aux gens qu’ils sont pensés, ils le nieront. Ils disent qu’ils pensent. Ils se croient supérieurs parce qu’ils pensent en s’abonnant à tous ceux qui « pensent ».   Les hommes sont liés aux idées pareilles aux chiens attachées à leurs niches. Et ils croient  être libres… Nous consommons de la connaissance ( du savoir en boîte)  et des certitudes. Les hommes sont toujours des enfants qui ne sont pas sortis de leur berceau et des bras de leurs mamans. Il en est qui vendent de la drogue et d’autres des idées.  Et nous payons cher pour entretenir des gourous à cravate, des poteaux technologiques – comme ces miroirs donnés aux attardés que nous sommes.  Il y a entre la réalité et nous tout un monde qui barre la route de nos esprits, de nos âmes. La « réalité », l’ouverture d’esprit, le silence, tout cela est fondu et nos rapports au monde réel éclatés. Il est là le nouvel apprentissage du siècle du numérique, du fatras organisé, des peurs vendues aux quatre coins de la planète. On ne peut rien apprendre si « nous sommes appris ». Mais nous jappons, grognons, à genoux, couchés, limités. Nous préférons acheter des limites vendues sous couvert de sécurité et de confort. Ces limites mêmes sont nos chaînes. L’être humain est un être d’aventure de l’esprit, d’âme. Et plus nous sommes « usinés », plus nous nous morfondons dans un moule invisible taillé par les financiers, les faux meneurs des pays. Il n’existe plus de pays, il n’existe que des usines.  Et les riches nous lancent leurs os, prenant tout le reste. Et ils enferment l’avoir comme un trésor. Il n’existe pas de trésor mort et utile. Ce qui est utile est vivant et bouge. Et c’est ainsi que les chiens ne sont plus bons qu’à faire des os pour les chiens +.  Chèques et math. Carte de débiles. Cartes de crédit. Nous sommes vides comme des lapins de Pâques. Une croquée et le lapin se brise sous la dent, émietté-chocolat. C’est bon comme si Jésus était caché à l’intérieur.

La pensée du jour

Vous ne pouvez pas être sensible si vous n’êtes pas passionné.

 Krishnamurti

***

Le soir, comme d’habitude, Maggie et moi, ont lis dans notre lit. Chacun ses bouquins. Elle recherche des stylistes-penseurs. Depuis que je suis né j’ouvre des livres, fasciné par les récits des grands conteurs, captivé par les mots et les phrases, les paragraphes, les pages et l’odeur des livres. Ça sent le souvenir et le plaisir du souvenir.  Avec les livres électroniques, les odeurs ont déserté, la vie y est désertée, trop apprise dans l’ordre rendu coquet. Les fleurs de rhétorique n’ont plus leur parfum de jadis. On a tué le mystère des madeleines.  En ouvrant les livres d’aujourd’hui, la culture est livresque. On écrit à partir des livres et non de la vie.  Ils/elles ont le style sucré, barbe à papa, et à la fin du livre il ne reste rien. Rien sur la vie, le cosmos, la misère humaine. Il faut en ouvrir mille. C’est chercher du lithium avec une baguette de sourcier. Mais on trouve de l’eau. Lire c’est parfois se doucher avec les pages d’un dictionnaire avec des lettres-gouttelettes.

— Qu’est-ce que tu lis, Maggie?

— Un livre qui parle du climat. Ou des soucis à venir…

— Tu veux m’en lire un extrait?

Elle navigue, évasive, sous ses tenailles chenues. Le songe  était faux. Sa petite accolade n’était qu’un rêve tourné en nuages telles des vapeurs d’eau. Ses petites mains osseuses manipulaient son clitoris à la vitesse de la lumière. Elle rêvait d’homme homme tendre et dur, prête à se jeter dans les bras du premier velu. Alors, sur son lit de fer, elle ondulait, pendant que dehors les brassées de vent faisaient battre en chantonnant la fenêtre entrouverte. Tout oscille dans cet univers clos dans lequel ses amours s’épuisent. Des ces voyages aériens elle avait tant rêvé. Le jour allait bientôt s’ouvrir et laisser les arbres chantonner avec sa brassée d’oiseaux moqueurs. Elle pensait en même temps aux arbres rongés dans la forêt touffue. Et cela la ramena à l’entour de son vagin mal rasé.  Elle se remémore sa vie de bureau, les blagues d’Éric, ses cafés délirants, et les mots qui sortent de sa bouche. Ah! Elle ne rêve que de les arrêter. Mais la Terre ne va pas bien. Tous ces plastiques qui se retrouvent dans les océans, toute cette horreur des tôles gondolées des bidonvilles. Elle s’arrête un moment. Incapable de se concentrer. Elle se jette sur son flacon immobile de pilules. Elle tente de balayer ses pensées du jour qui reviennent sans cesse. Boomerang! Boomerang.  Elle repart dans son rêve du ténébreux Éric qui se tient dans l’embrasement clair de la porte, sourire moqueur. Ils ont une mission en commun : nettoyer cet univers sale, les scories qu’on semées les générations précédents qui ont tout eu. Son clitoris s’énerve. Le doigt d’Éric de Norvège est là. Elle imagine ses muscles vibrant sur son corps paralysé par sa force. Il chantonne un air qu’elle ne connaît pas en des mots étranges pour elle. Après une dizaine de minutes, les convulsions dérobent son idée et son esprit redescend vers son clitoris. Elle entend la voix bienveillante d’Éric, une voix fantomatique qui remplit la pièce : « Détend-toi ». Puis il la frôle de son souffle qui agite tout son corps. Et son doigt devient Éric.

Une voix déchire la nuit. Elle a trouvé son slogan.

— Un livre concernant le climat?

— Oui.

Je n’avais rien à faire. Je ne dors jamais avant deux heures de la nuit. Alors je me suis amusé.

Dialogues sur les trains

Deux humains étaient debout sur des rails et voyaient le train se diriger vers eux. Une énorme locomotive.

« Nous devrions parler du train »

«  C’est exact »

« À quelle vitesse va le train penses-tu ? »

«  Soyons plus pratique. Il nous faut d’abord calculer la vitesse du train »

«  C’est génial! As-tu ce qu’il faut? »

« Oui, grâce à mon portable et à mon lien avec un super ordinateur »

« Je n’ai rien pour le moment car l’ordinateur demande un moment de répit pour calculer notre distance et la grosseur du train »

« La grosseur du train ? »

«  Oui. Plus la locomotive est grosse, plus le train est proche, donc moins il est loin »

« C’est génial! Alors, tu as une réponse? Bon! Tu me le diras quand tu en auras une.

«  J’en ai une. »

« L’ordinateur dit qu’il ne peut plus calculer la grosseur de la locomotive  et qu’il faudrait choisir, par exemple, le son de la locomotive »

Et il appuya sur la touche.

« Tu as une réponse? »

«  L’ordinateur dit qu’il n’entend plus ma voix ».

On entendit une explosion de tôle froissée, un grand vacarme, si grand que les quatre oreilles dormirent de leur dernier sommeil, sourds au train.

Les deux policiers qui enquêtaient sur la scène en conclurent qu’ils s’étaient suicidés.

« C’est impossible » dit son confrère.

« Ah! Pourquoi ?

« L’auto est en marche. Donc ils s’apprêtaient à partir. »

« C’est logique. Je me demande s’ils savaient qu’ils étaient sur les rails »

L’autre éclata de rire en butant son pied sur un bras au bout duquel pendait un téléphone.

« Ils ont déraillé »

« Donc ce n’est pas le train qui les a tués? »

« On ne le saura jamais. Mais si on veut s’occuper des autres cas, c’est bien le train »

Quand Maggie a lu mon histoire, elle m’a dit que j’étais à l’envers de la thèse de Yuval Noah Harari.

— Pourquoi?

— Parce qu’il croit que l’homme trouvera une autre machine qui sera plus qu’un train… Et  peut-être que cette recherche sera sa fin.  Ce qui ne l’empêchera pas de voir tout le reste qu’écarte Harari, de bon gré ou de mal gré. On peut connaître le cœur du néo-libéralisme en ignorant le sans cœur de la bête globalisante.

— Tu trouve ça dans tes livres d’écrivains stylistiques?

— Non. Dans tes écrits… Tu devrais l’intituler  La fin du monde va bon train…

— T’es trop drôle!…

***

Je regarde l’eau couler à travers la fenêtre. Il a plu pendant deux jours. Le terrain est tourbeux. Les fenêtres sont picotées de gouttelettes qui glissent, tentant de s’accrocher à la vitre. Les  ruisselets qui courent sur la route  semblent ne plus savoir où aller. Les nuages sont charbonneux et Mona braille. Mais il n’y a personne pour lire le braille.  On la berce, on la cajole, et puis, après un bon boire, c’est le silence. On est devenus des cloîtrés et la vie est un monastère : pris, nourris, travaille. Mona a pris toute la place. Il y a quatre yeux qui la surveillent presque vingt quatre heures sur vingt quatre. Quand elle dort, à deux,  nous avons deux yeux qui dorment.  On veille l’iris ouvert,  ou une partie du cerveau en dormance,  de peur qu’elle s’étouffe dans ses petits vomis. Comme dirait le comique avec ses calembours :  parlant de vomis, vaut mieux surveiller. On ne comprend rien au nourrisson. On vit sur le mode 911. On craint pour sa vie. Il n’y a plus 8 milliards d’humains sur Terre, il n’y a que Mona.  Elle est trop neuve pour qu’on la comprenne. C’est comme déballer un cadeau électronique et chercher le livre qui nous explique comment ça fonctionne.

— Tu n’aurais pas oublié le livre d’instruction dans ton ventre?

—  Ça n’existe plus…Il faut le télécharger sur l’internet, répondit Maggie, me tortillant une grimace.

Je suis devenu  muet comme une carte de Google Map.

On dirait que le nourrisson  passe sont temps à crier « Au secours! ». On débute tous dans la vie comme ça : « Au secours! ». On coure les seins, les faux seins de la pharmacie : les tétines  en plastiques qui imitent les biberons.  Même Einstein est né ainsi. Il a pleurniché dans son berceau, comme tous les enfants.  Après il a trouvé sa célèbre formule   E=mc2. « Écoutez-moi, je produis de la merde rapidement et  au carré ». Avec la quantité de couches que nous achetons, Mona est Einstein.  Mona, pour le moment, n’est pas plus qu’un brin d’herbe. Sauf qu’elle deviendra un être humain. Même si on veut en faire une merveille, c’est elle qui décidera.

Le brin d’herbe

Quand le printemps arriva, le petit brin d’herber s’est mis à boire l’eau de la terre.

Ça l’a fait grandir, il est devenu tout vert, tout solide.

Quand le printemps est arrivé le petit brin d’herbe a levé ses petits yeux vers le ciel. Il a tété la lumière, heureux. Mais il voyait les fleurs, belles en leurs couleurs. Mais point il ne les enviait. Il grandit jusqu’à les voir de haut, se disant qu’il touchait le soleil. Et des petites créatures bien vivaces bourdonnaient et s’accrochait à lui comme on s’accroche à un arbre.

Quand il fut adulte, on le faucha, on le laissa sécher et les vaches s’en nourrirent.

Quand les vaches eurent donné leur lait, tout leur lait, leurs bébés, on les abattit. Une fois mangées, ce qui en resta se répandit dans la terre, sécha près d’un brin d’herbe.

Pour que les arbres donnent des fruits, les abeilles ne cessaient de travailler.  Et l’eau, qui regardait chaque jour le soleil, avec de petits reflets d’argent, se transforma en une vapeur chaude et monta vers le ciel. Le vent les sculpta et le soleil les transforma en d’étranges formes luminescentes qui firent la joie des hommes. De temps en temps, mêlées aux vents et aux courants froids, la pluie, en colère secoua les brins d’herbes, arracha des toits de maisons…

Mais cela passa…

Puis un peintre amusé voulut faire de cela une « toile ».

Puis un poète amusé voulut faire de ce langage le langage des langages.

Puis un musicien amusé voulut en faire une musique.

Puis ils se dirent: « Tout cela m’appartient ». C’est mon œuvre.

L’un ne voyait pas comme l’autre, l’autre ne voyait pas comme l’un. L’un n’entendait pas comme l’autre. L’un ne parlait pas comme l’un. Et ils se dirent: « Cela c’est moi! » Moi SEUL!

Chacun voulait être tout et réclamer la richesse du TOUT.

Comme le brin d’herbe, personne ne songea à tout ce qui les avait nourrit, de manière invisible, de la terre, de l’eau, des espaces, de l’air et des autres.   Ils avaient grandis par les autres. Grandis par la liberté de ne pas n’être qu’une nourriture. Grandis par les tout petits brins d’herbe, des hommes-abeilles, des humains souffrant de la faim, mourant de soif, de tout ce qui vit. Comme si un ensemble avait une valeur une fois séchée, emprisonnée. Ils réclamèrent de l’argent pour avoir créé sans savoir qu’ils avaient été créés.

Maggie, pour le Dépotoirium

La pensée du jour

On est si grands que ça? J’ai plus de respect pour la feuille de laitue et le vers de terre qui travaillent ensemble…

JB

***

Maggie est vannée. À force de porter le bébé, les muscles de ses poignets sont devenus douloureux. Tendinite. Ça poigne est cuite.  C’est le médecin qui l’a dit. Et on ne contredit pas un DR. Un DR connaît tous les nerfs, les os, le cœur, les poumons. C’est un géographe du corps humain. C’est un mécano de la chair. On écoute. En plus, il lui a offert un traitement aux  antidépresseurs. « Bonjour Tristesse ». La vie est un livre de Sagan. Elle les a pris chaque jour se disant qu’un jour elle les enverrait à la poubelle. Ça m’a rappelé une veille chanson : « Where Are The Flowers Gone ? » Mais où donc s’en vont les milliards de pilules que gobent les humains? Il n’y a pas de cimetière de pilules…  J’ai eu peur…Peut-être qu’ils reviennent de par l’eau que nous buvons? … Peut-être que nous arrosons nos plants de tomate avec de l’eau anti-dépressive? Alors, tout devrait bien aller. Même les légumes sont imprégnés de ces substances de laboratoire. Je sors du cabinet, malade…malaaaaaade. Je verse mon sang dans ton corps. Je suis comme un oiseau mort. Lama. Lama. Lamentation.  J’ai toujours cet air de chanson qui me trotte dans la tête et pas de bouton pour l’éteindre.

***

Mona s’est calmée. Mona a commencé à sourire et à babiller des sons pour nous imiter : paaaaa, bli, bla, prout, et bougement de lèvres. Un jour elle pourra prononcer Worcestershire. Puis, quand elle sera grande, elle écrira une thèse : Le sourire de la Joconde et les copies robotiques japonaises.  On naît, on grandit, à Santa-Pacôma ou à Rio, puis on enfile les habits d’un hyper héros,  on devient rat de bureau fat et lardé,  pour ensuite craindre  la mort et le crépuscule des cellules. On est tous victimes de ce schéma poli, si gentils que nous sommes. On finit par s’y faire et se défaire. Toutes les vies humaines sont similaires. Même si on adopte la coiffure avec brioche, la mohawk tressée, ou la ombrée avec un balayage caramel. Au bout d’une vie on ne sait pas trop ce qu’on y gagne à part avoir nourri le coiffeur qui a ouvragé  votre treillis de cheveux. Mais c’est à la mode…

***

C’était un beau dimanche en mai. Nous étions assis sur la galerie. Puis au loin on a vu une vieille auto rouler vers notre maison. Elle était toute petite, puis elle a grossi.  L’auto s’est arrêtée. C’était une auto vieille de cent mille ans. Le type qui la conduisait en avait vingt-huit. Il est sorti avec un sac, un grand sourire, et une valise remplie d’objets bizarres. Un vendeur itinérant?  Ils sont tous sortis de prison et veulent se réintégrer à la vie. C’est-à-dire, pourrir dans un bureau avec un veston et une cravate ou dans une usine à souder la même pièce pendant 25 ans. Alors, ils vendent de l’hétéroclite : un couteau pour couper les tomates, un mini ventilateur pour ordinateur,  une mini caméra de surveillance dans un stylo,   etc.

« Je m’appelle Rick et je sors de prison. J’ai besoin d’aide. En attendant de trouver un emploi… »

— Tu as fait quoi pour aller en prison?

— Voyons Jason!  Ce n’est pas une question à poser.

— J’ai volé un couteau à tomates, un mini ventilateur et une caméra de surveillance…

Maggie a éclaté de rire, alors que j’étais là, penaud, à les regarder tous les deux.

— Tu veux un café?

— Ouah! Vous êtes des gens biens, vous.

— On essaie fort…

Maggie est entrée dans la cuisine, la porte se lamentant comme le chat qui sortait de la maison.

— Beau chat!

— On l’a trouvé… Il errait alentour de la maison. On l’a nourri… Et il revient toujours.

— Il a un nom?

— Crusoé.

—  Crusoé?

Il a sorti son attirail. Tout ce dont nous n’avions pas besoin. Sauf le couteau à tomates. Et encore…

Pendant qu’on buvait notre café, il lorgnait les  boisés environnant.

— C’est beau ici. On peut à la fois voir un peu le fleuve et aller dans la forêt…  Profitez-en! Dans quelques décennies, il n’y aura plus de forêt. Il y en aura une qui appartiendra au gouvernement ou à une compagnie privée. Alors, à chaque trente mètres, pour continuer, vous devrez visionner  une pub sur un tout petit écran. Et la porte ne s’ouvrira qu’au moment où la pub sera terminée.

— Le café est fort, dis-je.

— Pas tant que ça. En prison, on ne fait que lire. Je suis en quelque sorte allé à l’université nourri logé.

— Vous avez plein d’herbes autour de la maison. Dommage que je n’aie pas un coupe-bordure à vous vendre.

Pendant qu’il parlait, je regardais l’auto et je vis une forme humaine bouger, ou un gros chien.

— C’est quoi?

— C’est ma blonde qui dort dans l’auto.

— Ta blonde?

— Oui. Mon amour…

— Elle ne prendrait pas un café?

— Peut-être… Elle est en désintox et médicamentée. Elle dort au moins douze heures par jour. C’est une fille qui a mal. On s’est rencontré un jour par un simple commentaire sur un site internet : Le Dépotarium. Là où on ne parle pas trop de politique, de guerres, mais de vie ou de philosophie. Elle est ensuite venue me voir en prison et ça a cliqué. Je ne connais pas cette bande de fous qui ont démarré ce site, mais ça nous a fait du bien. Dommage qu’ils soient moins actifs…

Maggie et moi on s’est regardés, surpris. Et quand on s’est quitté des yeux, la fille est sortie de l’auto avec un étui de guitare.

— Elle joue de la guitare?

— Oui, et elle écrit des chansons.

***

Pendant que l’on mangeait, vers 18h30, Tommy demanda à Zumela si elle avait pris ses médicaments.

— Oui, mon amour.

— Zumela? C’est un nom étrange mais beau.

— On a pris ça dans la série espagnole Vis-à-Vis.

— On ne la connaît pas… La série, ai-je précisé.

Quand Zumela  nous regardait, j’avais l’impression que nous étions un livre vivant pour elle, ou des spécimens rares à étudier.  Il y a de ces gens qui ont le regard tellement vaste, tellement vrillant, qu’ils creusent  en vous une sorte de brèche.  Quand ils sont partis, quelques heures plus tard, Tommy nous a demandé une adresse internet pour que nous restions en contact. Alors, Maggie lui a donné celle du Dépotoirum.

— C’est vous Maggie! Comme disait la fille d’un livre que j’ai lu « la journée est neuve ».

— On cherche un coin pour s’installer avec une vieille maison mobile.

— Vous aimeriez prendre soin des vieux?

— Pourquoi?

— On aurait du travail pour vous. Ce n’est pas certain…

— Pourquoi pas! Demain on le sera. Au moins nous ne sommes pas des robots.

Zumela  s’est mise à pleurer et à pleurer comme si un miracle s’était produit.

— Il faut si peu pour échapper à la misère. Si peu… Je me demande pourquoi personne ne songe à cette misère qui nous tue à chaque jour.

— Vient mon amour, on s’en va.

— Dans l’auto…

— On verra…

***

La chambre était toute petite, mais ils ont gonflé le matelas par terre. Pour eux, c’était un château.

« Il faut si peu ». Il faut des humains. Pour les autres il faut beaucoup de choses pour calfeutrer un vide.

Ils sont repartis le lendemain.

C’étaient des oiseaux de la vie.

© Gaëtan Pelletier

Le Dépotoirium, Chapitre 30

Le Dépotoirium, Chapitre 29

Le Dépotoirium, Chapitre 28

Le Dépotoirium, Chapitre 27

Le Dépotoirium, Chapitre 26

Le Dépotoirium, Chapitre 25

Le Dépotoirium, Chapitre 24  

Le Dépotoirium, Chapitre 23

Le Dépotoirium, Chapitre 22

Le Dépotoirium, Chapitre 21

Le Dépotoirium, Chapitre 20

Le Dépotoirium, Chapitre 19

Le Dépotoirium, Chapitre 18

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Le Dépotoirium, Chapitre 16

Le Dépotoirium, Chapitre 15

Le Dépotoirium, Chapitre 14

Le Dépotoirium, Chapitre 13

Le Dépotoirium, Chapitre 12

Le Dépotoirium, Chapitre 11 

Le Dépotoirium, Chapitre 10

Le Dépotoirium, Chapitre 9

Le Dépotoirium, Chapitre 8

Le Dépotoirium, Chapitre 7

Le Dépotoirium, Chapitre 6

Le Dépotoirium, Chapitre 5

Le Dépotoirium, Chapitre 4

Le Dépotoirium, Chapitre 3

Le Dépotoirium, Chapitre 2

Le Dépotoirium, Chapitre 1

Comment les élites nous mènent au désastre

En début d’année, les exercices de futurologie sont toujours tentants, surtout dans les périodes aussi tourmentées que la nôtre. Que nous réserve l’économie mondiale en 2019? Allons-nous vers un nouveau Krach boursier? La logique financière menace-t-elle maintenant? Théophile Kouamouo a abordé toutes ces questions avec Paul Jorion, anthropologue et enseignant… Paul Jorion est également un ancien trader, celui qui a prédit plusieurs années à l’avance la crise des subprimes.. Il parle aussi bien de l’argent et des marchés obligataires que de l’intelligence artificielle et des risques d’effondrement de la civilisation humaine. C’est L’Autre Interview.

Source : Le Média, Youtube, 08-01-2019

– Mais, madame, personne ne vit plus de la terre… L’ancienne fortune domaniale est une forme caduque de la richesse, qui a cessé d’avoir sa raison d’être. Elle était la stagnation même de l’argent, dont nous avons décuplé la valeur en le jetant dans la circulation, et par le papier-monnaie, et par les titres de toutes sortes, commerciaux et financiers. C’est ainsi que le monde va être renouvelé, car rien n’était possible sans l’argent, l’argent liquide qui coule, qui pénètre partout, ni les applications de la science, ni la paix finale, universelle… Oh ! la fortune domaniale ! elle est allée rejoindre les pataches1. On meurt avec un million de terres, on vit avec le quart de ce capital placé dans de bonnes affaires, à quinze, vingt et même trente pour cent.
Doucement, avec sa tristesse infinie, la comtesse hocha la tête – Je ne vous entends guère, et, je vous l’ai dit, je suis restée d’une époque où ces choses effrayaient, comme des choses mauvaises et défendues… Seulement, je ne suis pas seule, je dois surtout songer à ma fille. Depuis quelques années, j’ai réussi à mettre de côté, oh ! une petite somme… »
Émile Zola,
L’Argent.

Triste réalité